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Blog de Jean-Claude Grosse

L'insurrection poétique des consciences/J.C.Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #poésie

le poète transparent, de jour comme de nuit; qui veut le lire, l'écouter, le rencontrer ?
le poète transparent, de jour comme de nuit; qui veut le lire, l'écouter, le rencontrer ?
le poète transparent, de jour comme de nuit; qui veut le lire, l'écouter, le rencontrer ?

le poète transparent, de jour comme de nuit; qui veut le lire, l'écouter, le rencontrer ?

L'insurrection poétique des consciences

Réquisitoire


Amères sont les mères
Me désespèrent les pères

Mère
cesse au nom de tes peurs de tirer à mots portants sur mes désirs sans nom
de baliser mon entrée dans la vie avec les feux verts et rouges
de ton conformisme
je ne veux plus de ton amour terre à terre : pipi caca dodo
annonciateur de l’enfer au jour le jour : boulot métro dodo
plus de tes sollicitudes hérissées
de tes injonctions paradoxales
cesse de mettre entre moi et le monde
le filet de tes paroles convenues
de me gaver de tes mièvreries et jérémiades
de m’habiller avec les chiffons de tes mensonges
Mère
tu n’es pas la mère que tout enfant mérite d’avoir
parce qu’il ne suffit pas de m’avoir pour être ma mère
Enfants, nos vraies mères sont à inventer !


Père
sévère d’hier
cesse de te mettre en travers de mes traversées de miroir
(Raclée)


Père d’aujourd’hui
qui n’a de père que le nom
qui n’a rien à me proposer à quoi m’opposer ou m’identifier
qui m’imite en tout
père démissionnaire, je suis sans repères
père soumis volontaire, je suis sans imaginaire
(Rien)
Père
tu n’es pas le père que tout enfant mérite d’avoir
parce qu’il ne suffit pas de m’avoir pour être mon père
Adolescents, nos pères ont été phagocytés avec leur consentement par nos mères, travesties d’hommes et de minettes
Jeunes gens, il est trop tard pour inventer nos vrais pères !

Nos parents nous élèvent
comme on élève dindes et poulets
comme on gave canards et oies
volatiles de leur bestiaire d’histoires édifiantes
Ils se trompent de sens
Nous ne sommes pas nés pour l’élevage
mais pour l’élévation

Appel à résurrection / insurrection

Où êtes-vous

vieux camarades

des vieilles mascarades

que nous n’avons pas connues

nus parmi tous les nus de la terre nue

Dans les fosses communes réintégrez-vous le chaos initial

nuages incertains des particules premières

gigantesque désordre du sauve-qui-peut stellaire

Dans les volcaniques sous-sols préparez-vous le bouquet final

par éruption et coulée de laves en fusion

Êtes-vous les couturiers des ultimes productions d’ordre

au hasard de distributions et de rencontres dans le désordre

Avez-vous trouvé l’harmonie des mondes

si rassurante

décrite par les découvreurs somnambules

ou êtes-vous entrés dans l’infernale ronde

si angoissante du désordre cosmologique

de la catastrophe thermique

décrite par les chercheurs funambules

Revenez vieux frères

Aux frontières du cauchemar

il n’y a pas de repos éternel

ni de réincarnations spectaculaires

pas de conservation de la matière

ni de passage solennel de barrière

pas de paradis plein de promesses

ni d’enfer aux flammes vengeresses

Aux frontières du cauchemar

il n’y a que l’impossible mariage du hasard et de la nécessité

la tragique rencontre du chaos et de la régularité

il n’y a que turbulences et déviances

dérèglement et instabilité

poursuivant on ne sait quelle finalité

Aux frontières inconnues

il n’y a rien que des hommes nus

que des hommes volés

des hommes morts pour rien

des hommes de rien morts comme des chiens

de pauvres hommes volés par les hommes de biens

Revenez vieux camarades

des classes enragées des classes dangereuses

revenez prendre place dans les bousculades

qui font chanceler les chancelleries

revenez riches du bouillonnement des galaxies

pour ébranler les pyramides du respect

revenez prendre place sur les barricades

vous les expulsés les exilés

vous les enragés sans voix ni droits

vous les errants interdits de stationnement

citoyens de nulle part parce que citoyens à part nulle

revenez prendre votre revanche

sur les hommes des sarcophages des aéropages

revenez riches des convulsions sidérales

pour renouer avec toutes les hérésies toutes les frénésies

et substituer au rougeoiement des bûchers de toutes les Inquisitions

le flamboiement des feux de joie de la Révolution

Les dits d’Octobre

Je suis né 23 ans après la révolution d’Octobre

avec au sexe un élan de cathédrale

dans les yeux l’éternité de l’étoile polaire

dans les mains la ferveur de la pierre d’angle

et mon cœur connaissait déjà toutes les impostures

Je suis né 23 ans après la révolution d’Octobre

avec au ventre le désir d’engrossements patients

dans le sang l’éphémère exubérance des tropiques

dans les pieds la légèreté nomade

et mon corps s’essayait déjà à toutes les danses

Je suis né 23 ans après la révolution d’Octobre

et je me suis adressé à vous mes semblables :

Premier couplet en 1967 devant La LibertŽé guidant le peuple de Delacroix

La révolution d’Octobre a 50 ans

je suis debout, plein de fougue

abattons le monde fou !

Deuxième couplet en 1977 devant Le Triomphe de la Mort de Breughel

La révolution d’Octobre a 60 ans

je suis toujours debout

mais aussi le monde fou

qu’attendons-nous ?

Troisième couplet en 1987 devant Le Radeau de la Méduse de Géricault

La révolution d’Octobre a 70 ans

elle va bientôt se retrouver au trou

la Révolution trahie

Quatrième couplet en 1997 devant Le Jardin des DéŽlices de Bosch

Plus rien ne résiste à l’argent fou

Cinquième couplet en 2017 devant les ruines du Parthénon

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Conjugaison

Je te terrorise

tu me terrorises

nous vous terrorisons

vous nous terrorisez

ils finirent par s’entretuer

ce fut la fin de la guerre

entre frères ennemis

ou et

je me terrorise

tu te terrorises

nous nous terrorisons

vous vous terrorisez

ils finirent par se suicider

ce fut la fin de la haine

de chacun contre lui-même

Relevé topographique

Ma carte

je suis le seul à l’avoir dressée

il s’agit d’un territoire très sous-développé

il y a quand même une capitale

MOI

et des villes satellites

TOI LES AMIS

il y a beaucoup de déserts

les autres

Agneau de Dieu

J’ai attendu longtemps

de passer sous l’arc de triomphe du monde

Je suis passé

roulé par la boue du monde

Me voici enfin

agneau si doux

attendant le moment de folie collective

pour redevenir loup

Mésallier les mots

Poète je suis le sel de la terre

une condensation actuelle de désirs restant à l’état de désir

et qui sur le papier se pulvérisent

au contact glaçant des mots hostiles

aux rencontres incongrues

aux évidences profondes

Poète je suis le décodeur des hasards de l’univers

mes poèmes sont des rapts réalisés avec des sueurs proportionnelles

à l’éclat des chevelures de comètes à fixer pour la postérité

mes poèmes sont des pièges à emploi souple

capables de se plier aux exigences cachées des particules charmées

Poète je suis l’homme qu’il vous faut

mon programme réclame pour chacun

la libre disposition des choses

la possibilité de jouir de leur séduction

de se méfier de leur érosion

la libre disposition de soi-même

la possibilité de développer son étrangeté légitime

d’aller jusqu’au bout de ses pentes quotidiennes

d’être aussi fou que son voisin et plus fou que le divin

dont la soif de création s’est arrêtée à l’incréé

mon programme réclame pour chacun

une réduction des horaires de banalité

une augmentation raisonnée des horaires de folie douce

Poète je suis un écran pour moi-même

un miroir magique pour les autres

je suis l’homme des amertumes et des bonheurs

l’homme des régressions et des expansions

l’homme des mutismes et des confessions

Comme le mercure sous la pression d’un doigt

je me multiplie en sphères solaires avides de beauté

au lever et au coucher

je suis l’homme de la détente et de la danse

l’homme de la transe

l’homme qui s’accroupit pour mieux sauter par-dessus

les cordes du quotidien

l’homme dont le cul se refuse à l’hygiène du langage

je ne veux pas tisser des phrases grammaticalement correctes

avec les mots d’argot de nos sexualités de bordel

j’aime marier les mots sous la pression d’un rire inextinguible

coupant comme une lame d’acier

pour trancher à vif dans ces phrases

qui ne conduisent à aucun belvédère

où prendre l’air et avoir vue sur la mer

j’aime marier ces mots qui ne se rencontrent jamais

Ces mésalliances sont la préfiguration noir sur blanc

des unions entre les hommes à venir

Poète

je tire des boulettes noircies d’encre

sur les mots bien élevés

qui se lèvent à l’entrée d’un supérieur

s’assoient sur ordre

se mettent en rang

et font du pas cadencé sur la page

Jean-Claude Grosse

La Parole éprouvée (Les Cahiers de l'Égaré, 2000)

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