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Blog de Jean-Claude Grosse

Le dit de la petite pierre tirée de la mer/J.C. Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

vélelles dans leurs différents états
vélelles dans leurs différents états
vélelles dans leurs différents états
vélelles dans leurs différents états

vélelles dans leurs différents états

Le dit de la petite pierre tirée de la mer

Tu reposais

posée sous 10 cm

de Méditerranée clapotante.

Il s'agissait de ramener une pierre de son choix.

Au hasard c'est toi que j'ai choisie

pour un jeu de mots dont j'ignorais les consignes.

Je me posai deux questions existentielles :

que deviennent nos pensées, émotions, sentiments

passant du never more au for ever ?

où sont mémorisés

vos livres d'éternité

vos vies spirituelles

dans quelles langues

pour quels usages ?

Te regardant dans la paume de ma main

je vis des écritures inconnues aux traits discontinus

elles se proposaient à ma sagacité de chercheur somnambule

posant ses questions mal posées à des Répondeurs silencieux.

Les Dieux gardent le silence pour manifester leur toute puissance.

De la petite pierre tirée de la Méditerranée clapotante

j'ai tiré quelques images

tirées par les cheveux d'algues photophiles.

Dans vos veinules des pulsations ralenties.

Une longue larme en formation au temps des glaciations.

Vos aspérités enfin sans agressivité ni risques.

Vos vies coulées écoulées

écroulées sous le gris de l'usure.

Nos percussions devenues impacts en douceur.

Sur la paroi de nos dessins rupestres informes et colorés

nos crevasses enfin comblées par les érosions

conduisant à la fin des temps sans fin.

Te regardant avec d'autres yeux que ceux de l'usure

je vis des tourbillons particulaires

une agitation élémentaire de filaments primaires

des échanges de matière entre toi et ton milieu.

Je vis que les différences sont superficielles

entre toi, la pierre, la solide

et elle, si belle, la mer, la liquide.

Je vis l'unité profonde de tout ce que je voyais sous l'eau

puis de ce que je vis sur la plage

et de ce que je vis sur les roches du rivage.

Je vis les mêmes briques de matière imbriquées

particules atomes molécules.

Je vis les mêmes briques de vie imbriquées

acides aminés cellules

plancton algues éponges poissons.

Je vis que ta solidité n'était qu'apparence

que tu n'étais que vide et tourbillon.

Je compris que je n'étais qu'une apparence d'identité.

Sur la plage vide de Port Man à Port-Cros

je compris que j'étais

en dissolution

en évaporation

comme l'eau sous le soleil

que ma peau se renouvelait

éjectant ses cellules mortes

les remplaçant par des vivantes

je compris que je change de corps

sans m'en rendre compte

plusieurs fois l'an

que je suis homme neuf

renouvelé

plusieurs fois l'an.

Sur la plage vide de Port Man à Port-Cros

tout d'un coup je fus saisi de joie

ou d'effroi

je ne sais plus trop.

Expirant en pleine conscience

j'eus conscience d'expirer quelques électrons

que j'avais inspirés

quand nous avions échangé nos respirs

au moment de ta disparition.

Je compris que mes briques

imbriquées

remplacées

venaient de partout

de loin dans l'espace

de loin dans le temps

que j'étais éjecteur

et récepteur

de toutes ces briques invisibles

qui se baladent depuis la nuit des temps.

Sur la plage vide de Port Man à Port-Cros

je compris que j'étais traversé

d'infini

d'éternité

à tout moment

à tout présent

que j'étais sans âge

sans limite

dilué

dissous

évaporé

vaporeux

écume

armada de milliards de vélelles

traversant l'océan de la vie

à la voile

sans boussole autre

que le hasard des vents

m'échouant sur la plage de Port Man

en frange Bleu Giotto

comme notre seconde d'éternité

Bleu Giotto

quand nos regards se sont regardés

la première fois

ricochant au grè des échos

du bruit de fond cosmique

du rayonnement fossile de l'origine.

Au début, fut le bruit.

Peut-on remonter de l’écho inaudible à l’assourdissement premier ?

Que nous reste-t-il de l’aveuglante lumière de la première brûlure

de l'explosion d'un si petit point

d'un si petit rien du tout

d'un si petit vide de tout

de l'expulsion à grande échelle

et depuis si longtemps

pour si longtemps

de matière et d'énergie génératrices ?

Au commencement, fut le cri.

Peut-on remonter aux grandes houles de l’origine,

aux temps de l’immersion mémorisée dans le ventre-mer ?

Que nous reste-t-il du court séjour dans la poche des eaux très anciennes ?

Petite pierre tirée de la mer

tu m'as étiré jusqu'aux confins.

Je respire large

je respire l'air du large.

Jean-Claude Grosse, le 14 juillet 2015

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