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Blog de Jean-Claude Grosse

Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

16 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation.  2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation. 2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
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différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge

différents espaces et artistes du Jardin Rouge

Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

 

Présenter ainsi la Fondation Montresso : fondation dédiée à l'art contemporain au cœur d'une oliveraie de 11 hectares à une vingtaine de kilomètres de Marrakech, le long d'un oued pouvant être ravageur en cas de fortes pluies, (en arrivant au Jardin Rouge, j'ai vu une tour déstabilisée par une crue récente, hiver 2014, devenue tour penchée, bétonnée pour rester ainsi comme un mémorial) auquel on accède par une petite route sinueuse, très abîmée, après avoir traversé trois petits villages dont Oulad Bouzid (4 artistes ont réalisé des fresques murales dans l'école reconstruite du village) semblant à l'écart du progrès, c'est je l'espère révéler le caractère inédit, original de cette réalisation.
Loin des centres, lieux, manifestations qui font et défont les réputations d'artistes, la Fondation Montresso, créée en 1981, est due à l'initiative d'un collectionneur, JLH, collectionneur depuis 35 ans et qui pouvant venir en aide aux artistes, décide de devenir mécène, inventant un « concept » comme on dit aujourd'hui, consistant à accueillir en résidence des artistes choisis sur projets. Pour JLH, le mécénat devient une expérience de vie. Je l'ai vu discuter avec un des artistes en résidence, mettre la main à la pâte.

Les résidences durent de 2 semaines à 2 mois. Une première résidence est une sorte de prise de contact, un essai de compréhension de la démarche de l'artiste, invité à travailler dans son esprit, son style habituel. Connaissance faite, d'autres résidences permettent de solliciter l'artiste pour qu'il se perfectionne, s'aventure dans des formats plus grands, expérimente, se confronte aux autres résidents en se livrant à des cartes blanches. La Fondation met à sa disposition un des six ateliers. Il est hébergé, nourri, blanchi. Le matériel dont il a besoin est fourni ou pris en charge. Une présentation de fin de résidence met en valeur les œuvres réalisées pendant la résidence. J'ai pu voir les guerriers bantous, dos au mur de Kouka. L'artiste cède une œuvre qui va enrichir la collection permanente. La Fondation sort une plaquette sur l'artiste et ses réalisations (j'en ai reçu 5, elles sont très pertinentes, textes et photos) et le fait connaître à son réseau de collectionneurs ainsi qu'aux critiques d'art et journalistes spécialisés.
La Résidence Jardin Rouge a été opérationnelle de façon informelle à partir de 2009, la première saison culturelle a été pensée en 2014. Une vingtaine d'artistes ont été accueillis, d'horizons et styles divers, de pays différents. En 2016, un espace d'exposition de 1300 m2 a été inauguré. 3 grandes expositions annuelles y seront organisées. Déjà ont été exposés Gérard Dancinan, Olivier Dassault et très prochainement la 1° exposition XXL collective de quelques artistes résidents : Jonone, Fenx, Tilt, Cédrix Crespel.

Accompagnée de la chargée de communication, nous avons visité les ateliers, rencontré les artistes au travail, vu les œuvres réalisées, écouté les commentaires très documentés sur les œuvres et techniques des artistes, parcouru l'oliveraie, lieu d'accueil de sculptures monumentales, visité le somptueux espace d'exposition et d'événements avec grande pièce d'eau à gauche du hall d'accueil et deux espaces en dénivelé et en continuité où était exposé le remarquable travail d'Olivier Dassault.

Parcourant le site de la Fondation, lisant les documents fournis, j'ai tenté de comprendre la démarche et de l'interroger. « Passeur d'art », dit la brochure de présentation. JLH a cherché à partager son amour d'artistes, ceux qu'il a d'abord collectionnés puis ceux qu'il a ensuite sélectionnés pour les résidences. Les coups de cœur de JLH, les compagnonnages durables révèlent l'éclectisme du fondateur. Il s'agit donc d'une subjectivité qui s'affiche, s'affirme, en toute indépendance, sans souci d'histoire de l'art, sans souci de profit, de spéculation. Il s'agit me semble-t-il d'une démarche personnelle authentique de partage, d'un style de vie en lien avec des artistes vivants et à l'oeuvre. JLH ne nous a-t-il pas dit : « je pense que nous communiquons trop ; pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce propos me semble vouloir signifier que ce qui est premier pour le Jardin Rouge est l'expression des artistes. Un lieu au service d'artistes pour leur libre expression, pour l'épanouissement de leur expression.

La brochure de présentation signale d'autres objectifs. Un rayonnement international par coopération, collaboration avec d'autres manifestions, Mister Freeze à Toulouse, la librairie ArtCurial à Paris (édition du port-folio des réalisations de l'artiste allemand Hendrik Beikirch qui a réalisé le monumental portrait d'un vieux Marocain sur un mur en face de la gare de Marrakech). Une dissémination du concept par exemple en Chine, à Shenzhen, avec Le Jardin Orange. La recherche d' « un langage universel par la culture » afin d' « ouvrir et enrichir les regards et la curiosité. »

La démarche de la Fondation Montresso me semble exemplaire, au service des artistes accueillis. Rien à dire sur la sélection : elle relève de la responsabilité du Jardin Rouge. L'éventail des oeuvres des artistes que j'ai pu voir est large, éclectique, innovant dans certains cas (le travail à la bombe de Benjamin Laading ou le travail sur trame de Valérie Newland), inspiré de réalisations déjà installées dans le paysage artistique dans d'autres cas, par exemple le mouvement des graffitis new yorkais des années 1980, réactualisé, revisité au Jardin Rouge par Tats Cru + Daze (New York) + Ceet (Hong Kong).

Présentations de fins de résidence, événements dans le nouvel espace pour collectionneurs et « spécialistes », exportation des œuvres, autant de moyens pour promouvoir les artistes. La communication semble inévitable, nécessaire. Plaquettes de qualité, site, brochure sont les médias de cette communication. Le réseau de collectionneurs est évidemment la clef du succès pour la Fondation et « ses » artistes.

Cette démarche peut-elle permettre de créer un langage universel par la culture ? Qu'entendent-ils par là ? « Lorsque nous parlons de langage universel ce n’est pas tant dans son émission mais plus dans sa réception, l’idée d’être compris par tous. L’idée d’être un carrefour culturel par la rencontre d’artistes de différentes nationalités qui peuvent être amenés à créer ensemble suite à leur rencontre à Jardin Rouge, une réflexion créatrice artistique duale et mixte-culturellement. » Cette pratique peut-elle ouvrir et enrichir les regards et la curiosité ? La réponse est Oui pour ceux qui auront la chance de voir les œuvres, de rencontrer les artistes et qui voudront regarder. Ce sera le cas d'un petit nombre qui aura d'ailleurs du mal sans doute à mettre en mots son éveil, son réveil. Au contact d'une œuvre bouleversante, on reste sans voix.

La Fondation n'a pas le souci du grand public. Plutôt celui des amateurs d'art donc le souci de gens déjà en recherche pour qui l'art se distingue de la culture. L'art est spontanéité créatrice. Son résultat, l'oeuvre, n'est pas conçu, connu à l'avance. L'oeuvre est toujours surprenante, pour son créateur comme pour le « regardeur », mot employé dans la brochure. Montrée, exposée, l'oeuvre devient objet culturel, monnayable, inséré dans un discours par les critiques, dans une histoire de l'art par les historiens de l'art, elle devient objet de mode, à la mode, médiatisée par des médias serviles, marchandisée par le marché de l'art qui est particulièrement influent et influencé, prescripteur des nouveaux goûts, l'oeuvre perdant son pouvoir de surprise et parfois de bouleversement intime, la seule vraie influence d'une oeuvre.

Je pense donc que la Fondation doit continuer à mettre l'accent plus sur la singularité que sur l'universel. Un artiste est seul, son langage est singulier, rares sont ceux qui profiteront de son langage. Telle est la réalité. Les foules immenses qui se pressent à des rétrospectives consomment du patrimonial, des discours formatés qui leur disent quoi voir, comment voir. On est dans une manipulation de masse du regard devenu voyeur. Le Jardin Rouge échappe à cette hystérie consumériste. Il permet au « regardeur » de faire la moitié du chemin, de se faire « voyant ».

Merci à JLH et à ceux qui nous ont accueillis, la responsable artistique, la chargée de communication, les artistes.

Jean-Claude Grosse, Marrakech, 16 novembre 2016

P.S.: il serait intéressant de comparer si c'est possible Le Jardin Rouge et La Demeure du Chaos, près de Lyon, dont je suis les réalisations apocalyptiques. Cherchez sur internet.

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