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Blog de Jean-Claude Grosse

Raging Bull/Caliband Théâtre

10 Mars 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #spectacles

Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat
Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat
Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat

Raging Bull, photos Antoine Leclerc / Yann Cielat

Présentation du spectacle par la compagnie :

Quand théâtre et danse se rencontrent pour affronter le Taureau enragé du Bronx. 

Jake LaMotta, alias Raging Bull, a été champion du monde des poids moyens de 1949 à 1951. Il a connu un parcours chaotique, passant de la célébrité à la déchéance, de la prison à la rédemption. Monté très haut et redescendu très bas. Avec toujours chevillée au corps la rage, celle qui fait gagner sur le ring, celle qui fait dérailler sa vie. C’est aussi elle qui lui a permis de trouver la force de se mettre à nu dans une autobiographie bouleversante.

Un comédien, un danseur et un musicien portent ensemble le récit du boxeur, sa lutte perpétuelle contre les autres et contre sa propre violence. Comme sur un ring, les deux interprètes révèlent la beauté brute de cette confession, et comme un arbitre le musicien sampleur donne le tempo.

D’après l’autobiographie de Jake LaMotta (traduction de Jacques Martinache) publiée aux éditions 13E Note Éditions.

Adaptation, mise en scène et interprétation : Mathieu Létuvé (très habité)
Chorégraphe : Frédéric Faula
Danseur : Frédéric Faula (en alternance avec Lino Merion) (très élégant, performant, en harmonie avec le comédien et le propos)

Création musique et sons : Olivier Antoncic (excellente, variée, d'aujourd'hui et de l'époque)
Musicien live : Olivier Antoncic (en alternance avec Renaud Aubin)
Lumières : Eric Guilbaud
Graphismes et animations vidéos : Antoine Aubin (superbes)
Scénographie : Renaud Aubin, William Defresne
Costumes : Corinne Lejeune
Régie lumières, son et vidéo : Eric Guilbaud, Renaud, Antoine Aubin et Matthieu Leclère

Crédit photo : Antoine Leclerc / Yann Cielat

 

J'ai vu ce spectacle d'une heure, ce vendredi 10 mars au PJP, Maison des Comoni au Revest.
C'est un spectacle coup de poing avec une intensité rare, très physique pour raconter la vie de Jake LaMotta, le gagnant de Marcel Cerdan. Surnommé le taureau du Bronx, incarné par le Minotaure, sous la forme d'animations vidéos et d'un casque de minotaure, par le comédien et le danseur, LaMotta qui a connu la brutalité paternelle, les coups, a appris à les rendre. Mauvais garçon, filant un mauvais coton, incarcéré, c'est en prison qu'il apprend la boxe. Encaisseur sans aucun KO, c'est un cogneur sans pareille. Travaillé par une culpabilité qui le ronge, il a tué un malfrat, fracassé son meilleur ami, violé Viola, cogné sa femme Vickie, c'est grâce au père Joseph qu'il va progressivement après sa descente aux enfers trouvé la force de surmonter toutes ses peurs. La rédemption de LaMotta, dont la vie est racontée dans sa crudité, sa cruauté, sa rage (avec les mots de son autobiographie) nous touche parce qu'elle montre que la lumière peut jaillir, ne peut jaillir que du dénuement, du dépouillement, il a tout perdu, il connaît enfin le non-attachement (c'est moi qui emploie cette expression bouddhiste) et rêve d'ascension spirituelle, de devenir comédien, celui qui est capable d'être le passeur des autres parce qu'il se laisse traverser par les personnages qu'il sert, révèle, défend, sans jugement. Le boxeur n'est-il pas aussi à sa façon capable de se mettre à la place de son adversaire pour anticiper les coups, les esquiver. J'ai vu LaMotta, âgé, sur certaines vidéos, il est très attachant.

Au service de cette histoire déjà superbement racontée par LaMotta lui même dans son autobiographie et par le film de Scorsese (1980) avec de Niro dans le rôle, un acteur, un danseur et un sampleur, un trio d'enfer très imbriqué, intriqué comme on dit en physique quantique pour nous secouer d'images saisissantes et d'énergies justes qu'on peut apprécier par les photos et par le trailer. Scénographie dépouillée, éclairages créant les espaces, jeu alternant déchaînement et apaisement. Bref, de quoi comprendre l'impact de la boxe sur le cinéma, sur les foules, l'hystérisation par les merdias : cet art du mensonge (cet art qui se déploie dans un espace sacré antérieur à la civilisation dit Joyce Carol Oates dans De la boxe) parle de nous à travers son espace clos, ses deux adversaires (nous et nous, l'animal en nous habité par l'instinct de survie, l'esprit de lutte et l'homme de raison, de calcul, capable d'identification, de fusion à autrui) et l'arbitre, son rituel en 10 ou 15 rounds, ses tintements de cloche. Me faire passer de la déchéance à la rédemption en 1 H m'a fait du bien. Je me suis vu grimper à la corde imaginaire comme le fait le danseur à la fin. Oui, je me sens en ascension finale vers le blanc, pas du tout dans une descente de fin vers le noir.

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