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Blog de Jean-Claude Grosse

La Réunion, le choc végétal /La vie des plantes /Emanuele Coccia

12 Octobre 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #agoras, #jean-claude grosse

un livre majeur

un livre majeur

carte de l'île intense

carte de l'île intense

La Réunion : le choc végétal

 

Lire le livre La vie des plantes, une métaphysique de l'échange d'Emanuele Coccia (Rivages 2017), livre majeur d'après moi, à La Réunion fut une chance. La végétation y est tellement prégnante, luxuriante, variée, odorante, colorée qu'on se trouve immergé avec une force incroyable dans cet univers vivace, poussant sur des parois vertigineuses, verticales, les remparts, recouvrant de tapisseries de grandes feuilles vertes, le moindre relief.
La Réunion est une île jeune, encore en formation, ça se voit presque à l'oeil nu. Actions tectoniques, volcaniques, érosions par pluies, cyclones, rivières et cascades, vents violents, effondrements, éboulements. Ce qui explique ces reliefs abrupts, ces murailles ou remparts, ces pitons, ces cirques, ces cascades, ces coulées de laves, ces plaines de sables, ces forêts encore endémiques.

Sur ces reliefs abrupts, changeants, dans cette région à deux saisons dont l'été tropical, ça pousse, ça vit, ça se pousse, ça se reproduit. Les effets dévastateurs d'un cyclone sont cicatrisés en deux ans. Pour un incendie c'est plus long mais guère. Un éboulement est vite revégétalisé sans intervention humaine. Sur les coulées de lave, tiens des fougères, première plante à émerger. La puissance de la végétation s'impose au regard, au corps. Difficile d'avancer dans la forêt de Sainte-Marguerite, en 50 mètres, on découvre grâce aux panneaux, 50 espèces endémiques : le mapon, le tan george, le tan rouge, le petit natte, le corce blanc, le bois de maman, le bois de gale, le catafaille, l'arbre à banane, le bois de cabri, le bois de négresse, le bois de piment, le bois de pomme rouge, le takamaka, le vacoa, le bois de savon, le bois de perroquet, le bois jaune, le bois d'osto, le bois d'olive blanc, le fanjan mâle ou arbre-fougère, le filaos. Essayez de marcher sur les reliefs recouverts de tapisseries de grandes feuilles. Cette puissance est apparemment inerte, on ne voit aucune action des plantes. Et elle est apparemment muette, on n'entend aucun langage des plantes. On saisit alors le ridicule de la prétendue puissance de l'espèce humaine qui ne sait que pratiquer de la monoculture intensive sur des sols plats, en pente douce, ici la canne à sucre et les ananas. Les plantes s'installent partout, prolifèrent partout sans faire de bruit, dans une coexistence incroyable au moins pour les espèces endémiques. Pas de guerre des plantes pour un territoire. Dans les forêts plantées par l'homme, ce n'est pas toujours le cas. Introduit par les eaux et forêts, le cryptoméria se révèle une plaie et on est en train de déboiser ces forêts importées. Paradoxe, cette végétation endémique, indigène est concentrée dans 100.000 hectares d'espaces naturels sensibles, protégés, entretenus par les emplois verts du Parc national de La Réunion, ce qui laisse comprendre que l'ennemi de la végétation c'est l'homme, y compris le randonneur laissant ses déchets bio-dégradables sur les aires de pique-nique remarquablement aménagées. On peut pique-niquer partout et c'est une pratique massive le dimanche. Les Réunionnais vivent dehors, font leur barbecue, se rassemblent, familles entières.

 

La vie des plantes est un livre court de 150 pages plus 35 pages de notes et renvois bibliographiques qui opère une révolution copernicienne par rapport à la doxa dominante, le spécialisme et par rapport aussi aux modes se nourrissant de concepts ou notions dont on décide plus ou moins arbitrairement qu'elles doivent être centrales, décisives dans notre vision du monde. Cette révolution copernicienne, comme la 1°, met le soleil au centre et renvoie la terre à son orbite autour du soleil. Non, la terre n'est pas le centre. Non la terre n'est pas le but de l'évolution. Non l'homme n'est pas l'animal supérieur qu'il croit être, aboutissement d'une sélection naturelle des espèces selon les lois du hasard. Pour le moment, l'homme n'a pas encore compris qu'il n'est qu'un accident, non une nécessité. Il se croit supérieur, possesseur et maître de la nature (Descartes et les dégâts de cette vision). Constatant au bout de quelques siècles les effets dévastateurs de cette idéologie de prédation en toute inconscience mais toute puissante, il invente l'écologie. La terre devient un habitat, l'habitat de tous, à respecter, ménager, aménager. On se soucie du milieu, des milieux, des éco-systèmes, des équilibres. Chaque espèce a son monde, son umwelt, son « monde propre », son environnement, s'y adapte. Parfois le rapport s'inverse, l'espèce modifie son environnement, se crée une niche. Voilà les discours dominants d'aujourd'hui même si l'écologie n'est toujours pas véritablement passée dans les mœurs (le faut-il d'ailleurs ? la disparition de l'espèce est une option, parmi d'autres, à forte probabilité). Descartes a encore du temps pour lui, l'homme et ce qui le spécifie soi-disant, la raison, produisent toujours des discours formatés par le milieu universitaire où les conflits de visions (et de pouvoirs) même feutrés sont la clef de la compréhension du succès de telle théorie, de l'échec de telle autre. Bref, ne règne pas une atmosphère d'unanimité dans les milieux scientifiques et la curiosité philosophique se racornit dans un climat aussi délétère. Dernier exemple en date : la forêt amazonienne réoxygène-t-elle l'atmosphère de la terre ou contribue-t-elle aux rejets de gaz carbonique dans cette atmosphère.

« Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? »

On a des tenants scientifiques des deux thèses comme pour le réchauffement climatique, oui le réchauffement est incontestable, c'est déjà trop tard, c'est pas encore trop tard mais ça urge ; foutaise, ce n'est qu'un épisode comme on a connu d'autres réchauffements, d'autres glaciations, le climat, ce n'est pas immuable. Bref le monde des experts, des spécialistes, c'est pas à prendre au sérieux.

Alors quoi l'atmosphère ? L'atmosphère terrestre n'a pas toujours été ce qu'elle est. Cet air qui nous enveloppe, nous traverse à chaque inspiration, cet air que nous modifions à chaque expiration (je ne parle pas des gaz émis par les vaches dans les pâturages, c'est hénaurme!), il est respirable, il est source de vie du premier cri, premier souffle (après la vie marine dans le ventre-mer, le ventre-mère, qui laisse des traces à vie, on est eau, eau de mer) au dernier souffle. Or cet air n'a pas toujours été respirable et par la pollution croissante, devient de plus en plus irrespirable. « Notre » air respirable, nous le devons aux plantes, plus précisément aux feuilles, à leur capacité de photosynthèse. « Notre » univers, l'univers que nous « habitons » est le résultat d'une catastrophe de pollution appelée grande oxydation, holocauste de l'oxygène, catastrophe de l'oxygène. Par la photosynthèse, les feuilles transforment l'énergie solaire en matière vivante. Les plantes, venues de la mer, où beaucoup vivent encore, en venant coloniser la terre, en l'oxygénant, ont amené la mer, milieu fluide, sur terre, dans l'air précisément, milieu fluide. L'air, l'atmosphère c'est la création d'un milieu fluide par les plantes, un milieu d'immersion qui nous enveloppe comme la mer, un milieu qui nous enveloppe, nous pénètre, nous habite à tout moment par le souffle, milieu dans lequel nous sommes actifs ou réactifs par le souffle. Il y a compénétration, symbiose. L'extraordinaire de cette métamorphose de l'univers par les plantes est qu'elle s'accomplit sans que les plantes bougent mais simplement par le fait d'être là et ainsi de faire monde. L'atmosphère devenu respirable, rendu respirable à tout moment par les plantes, sans aucune action ni volonté d'action sur le monde, rendant la vie possible à tout ce qui est apparu, apparaît sur terre, n'exigeant de nous qu'inspiration puis restitution, expiration (modification de l'air), c'est donc ce fluide qui fait que nous sommes reliés à tout ce qui vit et qui fait que tout est dans tout (selon Anaxagore). L'environnement de l'homme, de tous les animaux, ce n'est pas la terre, c'est l'air. La nutrition, propre aux animaux, usine à combustion, épisodique, vient après la respiration, permanente. « Les plantes sont la soupe primordiale de la terre qui permet à la matière de devenir vie et à la vie de se retransformer en matière brute. L'atmosphère est ce mélange radical qui fait tout exister danq un même lieu sans sacrifier formes ni substances » p.67. Cette façon d'être au monde, de faire monde, de créer l'atmosphère qui convient à tout par la photosynthèse , les plantes l'ont complété par le système racinaire, apparu bien plus tard dans 'évolution. Ce qui fait d'une plante un double système, héliocentrique, héliotropique par les feuilles, géocentrique, géotropique par les racines. Celles-ci ont la propriété de s'enfoncer, de s'étendre, de réduire, fendre les matériaux les plus durs, même le béton. Les racines décomposent les matières, les rendent nourricières. Au travail aérien, lumineux des feuilles correspond le travail chtonien, nocturne des racines. Les plantes relient terre et air, sol et ciel, relient les milieux, les espaces de façon inclusive et non exclusive. Pas de séparation entre vivant et milieu. La vie est cosmique. Pas un fait de niche. Elle rayonne dans tous les milieux, fait de tout un cosmos dont l'unité est atmosphérique. Par les plantes et l'héliocentrisme, le soleil devient la peau de la terre, la terre se nourrit de soleil, se construit de sa lumière. Les plantes métamorphosent la lumière en substance organique et font de la vie un phénomène principalement solaire.

Le géocentrisme dominant de nos savoirs et du sens commun empêchent de voir cet héliocentrisme, la vie comme lumière transformée. Le géotropisme de notre culture nous a amenés à choisir la terre, la nuit, à penser sans le soleil, sans soleil. Comme si la terre pouvait être pensée séparée du soleil, comme si chaque milieu, chaque niche, chaque « monde propre » était exclusif des autres. En fait la révolution copernicienne mettant le soleil au centre et la terre en mouvement autour de lui n'a jamais été accomplie, aboutie par sciences et philosophie ni par le sens commun. Il faut apprendre à voir, ressentir (mot plus juste, à l'image des plantes, à l'écoute, immobiles et réactives) la terre comme corps céleste. Tout est ciel en elle, espace de flux, d'influences, de mélanges, de réciprocités, de symbioses. Cette conception héliocentrique oblige à renoncer aux notions de sol, d'habitat, d'espace d'accueil, de « racine » (pensez aux multiples usages de ce mot, cette volonté de trouver, retrouver nos racines avec tous les dégâts liés aux quêtes et affirmations identitaires) diffusées par l'écologie, les sciences, la philosophie « classique ». Même le naturalisme si riche de Marcel Conche est limité par ces notions rétrécissantes, réductrices, séparatrices et séparatistes.

Après feuilles et racines, les fleurs. La fleur est l'appendice qui permet aux plantes d'accomplir le processus d'absorption, de capture du monde. La fleur est un attracteur cosmique, corps éphémère qui attire le monde vers elle. Dans la fleur, la reproduction cesse d'être un instrument de narcissisme individuel. Elle est ouverte aux possibles de la mutation, du changement. La fleur est un espace d'élaboration, de production, d'engendrement de nouvelles identités individuelles, un laboratoire de nouveautés. Elle construit ses appendices de reproduction en masse innombrable pour rapidement s'en débarrasser. Cet excès engendre les légions de pollinisateurs animés et inanimés. La fleur en outre montre souvent un mécanisme de désappropriation de soi, de devenir étranger à soi-même. Par exemple, la plupart des fleurs hermaphrodites développent un système d'auto-immunisation pour éviter l'auto-fertilisation, une défense contre soi-même qui permet de mieux s'ouvrir au monde, aux influences, aux mélanges.

La vie des plantes est un livre en 3 parties : Théorie de la feuille (l'atmosphère du monde), Théorie de la racine (la vie des astres), Théorie de la fleur ( la raisons des formes), précédées d'un Prologue, suivies d'un Épilogue, nourri des travaux de botanique contemporaine (on découvrira Francis Hallé), de biologie des plantes, s'appuyant sur la longue tradition naturaliste de la Renaissance à la modernité. C'est un livre de scientifique pratiquant la philosophie sans subir le diktat du spécialisme. Le monde n'est pas défini par un ordre des causes mais par le climat des influences (on pensera à la théorie des climats de Montesquieu), la météorologie des atmosphères (succès de cette notion applicable, appliquée à nombre de situations : l'atmosphère politique est de plus en plus irrespirable, l'atmosphère artistique est polluée par l'argent-roi, l'atmosphère culturelle est au ras des pâquerettes, asphyxiante comme un gaz mortel, atmosphère mortifère). Il faut apprendre à sentir un climat (de violence latente, prête à exploser), une atmosphère (de haine raciale, prête à se déchaîner). Comme les plantes sont capables de transformer en vie n'importe quel bout de terre, d'air et de lumière, la pensée devrait transformer en idées n'importe quel objet, matière, événement, au lieu de construire l'idée à partir de connaissances déjà structurées. De même que la semence, le gène, est équipée d'une forme de savoir, d'une connaissance, d'un programme pour l'action, un « pattern » qui n'existe pas sous forme de conscience mais qui lui permet d'accomplir tout ce qu'il fait sans erreurs. Dans la semence, le code génétique, le savoir coïncide avec l'essence, la vie, la puissance, l'action elle-même sans séparation. Les gènes sont l'esprit de la matière. Et une graine est comme un cerveau, un trait de la matière détenant savoir, connaissance et pouvoir d'action. Penser la raison comme semence, c'est en faire une faculté cosmique et naturelle de façonnage de la matière, existant dans le monde physique et coïncidant avec le cours « naturel » des choses. On est à mille lieues de la raison comme faculté exclusivement humaine fondant la soi-disant supériorité du prédateur qui se croit supérieur. La raison est la fleur du cosmos, elle est un pouvoir de multiplication du monde. Elle ne restitue jamais l'existant à lui-même, elle multiplie les corps, renouvelle le possible, remet à zéro le passé, ouvre l'espace comme un futur inconcevable, ce que Marcel Conche appelle la créativité de la Nature.
En lisant La vie des plantes, j'ai eu l'impression de lire un livre majeur, conforté par mon immersion dans la nature réunionnaise. On pourrait souhaiter parfois des formulations moins obscures. Livre majeur qui remet le règne végétal et le soleil à leur place. Qui peut inciter quelques-uns, quelques-unes, toujours rares, à se penser, à se vivre, à penser, à réagir comme plante, feuille, racine, fleur, à accepter d'être traversé par l'air ambiant et passeur d'air renouvelé. (Le texte ci-dessous de Goethe donne un exemple de compréhension profonde de ce qui se joue avec la métamorphose des plantes).

J'insiste sur les enjeux de ce livre : les plantes, êtres sans mouvement, ont inventé un mode de relation au monde. Elles ne se sont pas contentés d'attendre, de se livrer au hasard. Elles se sont accrochées à la terre, amarrées là où le hasard de la semence les a jetées pour mieux pénétrer l'air puis le sol, s'exposant, s'ouvrant à tout ce qui est dans le monde environnant sans distinction de forme et de nature, permettant au monde de s'engouffrer en elles, bâtissant des canaux, ouvrant des percées pour que le monde puisse glisser, tomber, s'insinuer en elles. Pas de peur, l'ouverture au monde sans peur. La rencontre avec l'autre suppose la métamorphose de soi provoquée par l'extérieur. Cette absorption, cette capture du monde se fait par la fleur, par le sexe, la sexualité. La fleur est le lieu d'une explosion inédite de couleurs, senteurs et formes, sans souci d'identité à conserver, à exprimer. La fleur n'exprime pas une vérité individuelle, elle ne définit pas une nature, ne communique pas une essence. La fleur est le laboratoire de la conjonction, l'espace du mélange, du disparate.

 

Pour libérer La Réunion, l'île intense.

2500 km2 dont 1000 km2 utilisables, utilisés par la canne en particulier, l'espace pour l'habitat finit par poser problème. Deux saisons dont l'été, chaud, pluvieux, cyclonique. La côte, inhospitalière aux navires, comporte seulement 20 kms de récifs coraliens pour baignades en lagon, sûres, ailleurs c'est interdit. Climat émollient en bas, propice aux rencontres, de toute évidence, on se cherche, on se trouve, c'est l'île des mélanges et ça donne de beaux yeux, oh les yeux verts de Claire ou de Jasmine !

Les hauts, à partir de 500 m jusqu'à 2200 m et plus pour les pitons, c'est le triomphe, dans 100.000 hectares d'espaces naturels sensibles, des arbres, endémiques pour 30%, des fleurs, des oiseaux.

850 kms de sentiers balisés avec des dénivelés qui attirent les fous de la diagonale du fou, le grand raid en octobre (164 kms et 9260 m de dénivelé que le meilleur fait en 24 H, les autres en 3 jours, certains finissant en réanimation, 2 à 3 mois de récupération, 6 mois de préparation, une pression sociale forte, risque de surestimation et au bout, après l'effort, le déconfort de la dépression, plus de shoot, d'adrénaline).

La Réunion, malgré le Parc national, le classement au patrimoine mondial des pitons, remparts et cirques depuis 2010 n'a pas fait choix de vivre écologiquement, la sobriété heureuse. La Réunion a opté pour le tout voiture, de belle voitures, on se surendette pour elles. Cela donne 1,1 milliard € attribués par la Région à cette route pharaonique en construction sur l'océan, la NRL (nouvelle route du littoral), comprenez bien : 1,1 milliards € pour les bétonneurs donc les gros héritiers des gros colons d'hier et pour comprendre mieux, 25 millions € attribués par la même Région pour le logement. Plus de 110.000 illettrés sur 865.000 habitants. Comme qui dirait, y a des problèmes mais aux Réunionnais à se bouger.

Comme le tout voiture triomphe, il y a beaucoup de carcasses, 2539 répertoriés dans mon carnet de voyage. Dans une île au réseau routier de qualité, aux aires de pique-nique nombreuses et bien aménagées (500 tonnes de déchets ramassés chaque année, quand même, la propreté laisse parfois à désirer), c'est une verrue sur le corps de l'île intense, du paradis. Comme il y a beaucoup de chômage, que les Réunionnais, hommes et femmes, aiment être dehors, marcher, courir, la Région devrait lancer un Grand Défi Jeunes pour libérer l'île intense de l'emprise métallique qui rouille : récupérer les 2539 carcasses, les compacter, les compresser, à la César mais plus innovant, monter les compressés au bord du cratère Dolomieu de La Fournaise, y réaliser la plus grand installation du monde, avec le sponsoring des sociétés d'hélicoptères et des entreprises du BTP et livrer cette œuvre géniale aux génies éruptifs et aléatoires du volcan La Fournaise.

 

Jean-Claude Grosse, le 13 octobre 2017, après 3 semaines d'immersion

1 des 230.000 touristes des 6 premiers mois 2017,

ayant généré 142,3 millions € pour l'économie locale

commentaires sur les photos : les baleines à bosse sont identifiables à leur queue, pas de ce côté, de l'autre, aucune n'est identique, il y avait 140 baleines répertoriées quand on y était, on en a vu une quinzaine dont 3 à une dizaine de mètres (30 à 40 tonnes), on a eu la chance de voir 3 sauts complets hors de l'eau; des franciséas ou jasmin des îles ou yesterday-to-day-tomorrow; un coin pique-nique à la descente du volcan de la Fournaise, 150 m plus bas, brouillard à couper au couteau, nous au soleil; soleil et déjà monte, monte le brouillard, épais; arbre fougère dit fanjan mâle, aire de pique-nique aux Makes; les formes bizarres des tamarins, espèce endémique; un tisserin mâle au travail, c'est le mâle qui fabrique le nid, la femelle peut en refuser jusqu'à 3 ou 4, exigeantes les femelles !; tapisserie végétale recouvrant n'importe quel relief; un piton; la cascade, le voile de la mariée; fougères et le grand étang, résultat du conflit entre deux volcans, l'un éteint, l'autre actif; orchidée, il y en a qui poussent, parasites, sur les tamarins, là où il y a des noeuds; la fleur comme attracteur cosmique, appelant pollinisateurs animés et inanimés, c'est autrement plus sophistiqué que notre pauvre sexualité de reproduction à l'identique ou presque (oh qu'il ressemble à maman!); la côte inhospitalière, la lave ayant coulé jusqu'à l'océan; cascade du Grand Galet, on peut s'y baigner; une lanterne rouge, c'est son nom; il est y pas beau l'oiseau, pas besoin de Jacques pour le libérer

reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse
reportage photos : Jean-Pierre Grosse

reportage photos : Jean-Pierre Grosse

« Bien-aimée, la variété te trouble, multiforme,

De ce fouillis de fleurs épars dans le jardin ;

Tu entends bien des noms, et l’un à ton oreille

Toujours repousse l’autre avec ses sons barbares.

Toutes les formes se ressemblent, aucune à l’autre n’est égale ;

Ainsi le chœur évoque une règle secrète,

Une énigme sacrée. Puissé-je, douce amie,

Te donner aussitôt, heureux, le mot qui la résout !

Observe-la croissante : la plante peu à peu

De degré en degré se forme en fleurs et fruit.

Elle naît de la graine, aussitôt que la terre

De son sein muet et fécond doucement l’amène à la vie,

A la sainte et toujours mouvante lumière confie

Aussitôt le frêle édifice des feuilles germantes.

Simple, la force dormait dans la graine ; un modèle premier

Tout enclos en lui-même, gisait ramassé sous le voile,

Feuille, racine et germe ébauchés seulement, incolores ;

Ainsi le noyau garde au sec une vie latente,

Puis gonfle, se confiant à une douce humidité,

Et s’élève aussitôt, quittant l’ombre alentour.

Mais la forme d’abord apparue reste simple ;

Et tel parmi les plantes se désigne l’enfant.

Tout aussitôt surgit une autre pousse, renouvelant

Dans ses nœuds successifs et toujours la première.

Non pas toujours semblable ; car la feuille suivante

Est mieux formée et tu le vois, diverse,

S’étend, s’échancre et multiplie pointes et découpures

Autrefois confondues dans l’organe inférieur.

Elle atteindra ainsi la perfection prévue,

Et mainte espèce te saisit d’étonnement.

Très nervuré et dentelé, sur un plan grassement gonflé,

L’élan surabondant paraît libre et sans fin.

Cependant, de sa main puissante, la nature

Contient la formation et doucement la guide

Vers plus de perfection encore. »

Goethe, (Essai sur) La métamorphose des plantes (1790), traduit par Henriette Bideau, p. 161-162 (éditions Centre Triades 1975)

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