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Blog de Jean-Claude Grosse

D'une métaphysique pour vivre vraiment

26 Novembre 2006 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #essais

DU CHOIX D’UNE MÉTAPHYSIQUE
POUR DONNER DE LA VALEUR À SA VIE


Notre monde, notre époque, post-modernes pour certains, se caractérisent par la perte du sens et de la valeur. Le nihilisme et le relativisme conjuguent leurs effets dévastateurs sur les esprits qui ne croient plus à rien si ce n’est au triomphe du rien. Il y a là quelque chose qui semble profondément vrai : tout ce qui existe est voué à disparaître, ne laissant à terme aucune trace. Il n’y a pas d’être, il n’y a que l’apparence absolue, tout étant voué à la mort, au néant. Ainsi donc, il y a un nihilisme ontologique indépassable. Mais il ne se déduit pas de ce nihilisme que, tout étant voué au rien, rien n’a de valeur. Paradoxalement, cette destinée, cette destination n’influent pas sur ma liberté : voué au rien, mais vivant , pour un certain temps, inconnu de moi, j’ai toute latitude pour vivre ma vie, un don, comme je l’entends. La fin, connue, anéantissement, néantisation, ne détermine en rien mon chemin, mon parcours : c’est moi qui le dessine et rien ni personne, même si aucune trace ne subsiste, ne pourront faire que mon dessin n’a pas été dessiné. Cette métaphysique de l’apparence ne m’affaiblit pas, ne me mutile pas.
Au contraire, je découvre que la valeur et le sens de ma vie, c’est moi qui en décide : je peux être cause de moi-même, dessiner mon parcours même si je sais qu’il peut être interrompu à tout moment, brutalement. Je peux décider de devenir ce que je suis, de développer mes dons (ce dont la Nature m’a fait don, ne serait-ce que cette faculté commune à tous les hommes : penser). Il y a là une posture tragique : affirmer ma vie et mes dons, malgré la mort qui me guette, qui n’est pas dans l’air du temps. On aurait plutôt tendance à baisser les bras, à se laisser aller, à se laisser vivre. Tel n’est pas mon choix : malgré les terribles épreuves infligées par la mort, j’ai fait choix de travailler à la mémoire des disparus, d’inscrire ce travail dans un travail plus vaste de partage de ce dont je suis convaincu et que j’appelle pour le moment : gai savoir mais que je devrais appeler : sagesse tragique. J’invite ceux qui se sentent un peu dans cet état d’esprit à lire, méditer:

Jean-Claude Grosse

Ce portrait de Marcel Conche est dû à Jean Leyssenne.
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Port-Cros/François Carrassan

14 Novembre 2006 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Port Cros
Parc national
par François Carrassan

Voilà un petit livre qui se lit avec gourmandise.
La façon dont l’auteur nous guide dans la visite de l’île (utilisant le "vous" pour faciliter l'approche, l'apprivoisement) n’a rien d’anecdotique même si quelques anecdotes savoureuses émaillent le récit comme celle concernant Gaby, le maître d’hôtel du Manoir: aujourd’hui, c’est la fête, demain, c’est le hasard.
On se promène dans l’espace de l’île, terre et mer, à pied, en zodiac, en plongée, au présent mais en se posant des questions : si l’île est un paradis, où est l’enfer (toujours en face : île du Levant ou presqu’île de Saint-Tropez), que signifie la protection de la nature (étrange expression n’ayant pu naître que dans l’esprit de l’homme, principal destructeur, sans vergogne, de la nature).
François Carrassan réussit cet exploit d’être vice-Président du Parc national de Port-Cros et de ne pas sombrer dans les clichés d’un panégyrique : au contraire, il nous donne tous les éléments pour ne pas être dupe de cette réussite, de ce miracle. Allant jusqu’au paradoxe : et si c’était l’action de protection de la nature qui la faisait exister ? Sans l’intervention volontariste de quelques personnes puis de l’État, l’île serait comme l’enfer d’en face, l’enfer civilisé de la consommation frénétique, l'enfer de la Côte d'Azur.
Cette réussite naturelle doit tout à l’homme. Les interdits nombreux sont là pour nous rappeler que l’île est un artifice, pour la faire apparaître comme monde opposé à notre univers quotidien : opération relevant de la magie puisqu’il s’agit de nous faire croire à l’existence de la nature, à la fragilité de la bio-diversité, c’est pourquoi nous ne sommes que de passage sur l’île, le temps d’un transit, d’un transfert, comme sur la terre. Belles méditations pascaliennes sur le temps (non sur l’infini), sur tout change, même la mer n’a pas toujours été là (il y a 18.000 ans, par exemple), avec l’humour qui caractérise la pensée et l’écriture de l’auteur. Comme quand il se moque des raccourcis que font certains reliant insularité et intériorité, solitude et originalité, vrai moi au fond du vallon de la solitude.
Je me suis fait des réflexions un peu similaires au retour d’une sortie en mer du côté de la presqu’île de Saint-Tropez, en juin 2006 :
"2 H 1/2 de promenade instructive et citoyenne qui m’a amené dans mes impressions de retour à souhaiter que l’on réussisse à barrer la route aux individualistes friqués-propriétaires privés ( y compris de bateau, voilier ; il y a jusqu’à 300 mouillages dans une petite crique du côté de la pointe du Brouis, en été) qui dénaturent ces côtes et nous interdisent de nous approprier cette beauté naturelle (ce que le directeur de Port-Cros appelle le caractère des lieux et qui n'est pas quantifiable) dont nous avons tant à tirer pour nous réconcilier avec nous-mêmes et la nature (à preuve, les 1.200.000 visiteurs annuels des îles d'or où on ne peut séjourner mais où on va comme certains vont à Dieu, pour s'y ressourcer, se réconforter et autres usages, ludiques, esthétiques, contemplatifs, méditatifs, à comparer aux quelques centaines de villas secondaires qui mitent la côte et empêchent cette appropriation au sens poétique du terme). À quand l'expropriation de quelques-uns pour le bénéfice du plus grand nombre ? J'oubliais l'objection: la liberté de faire ce qui me plaît, la liberté de quelques jets-skis d'emmerder tout le monde, la liberté d'avoir ma piscine à 20 mètres de la mer..."
Habiter la terre en poète disait Hölderlin.
Port-Cros a été publié chez Actes-Sud en octobre 2006, 6,50 euros.
Les illustrations de Denis Clavreul, très peu appuyées, renforcent la "leçon" de ce petit livre: "Vous aurez compris que la protéger (la nature, l'île) aujourd'hui n'est pas la soustraire au temps qui vous emporte avec elle mais à la médiocrité dde l'époque qui se prend toujours pour la fin de l'histoire. Car il y a un usage de la terre irréductible aux intérêts de la politique ou de l'économie. Et la protéger c'est ainsi la garder dans le jeu de la vie diverse et improbable."
On apprécierait la rencontre entre François Carrassan et Marcel Conche: leurs échanges sur la nature-la Nature seraient courtois et édifiants. À suivre.
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