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Blog de Jean-Claude Grosse

Laïcité positive et positivisme/ Fatum et vide éthique

20 Septembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #agoras

Laïcité positive et positivisme

Voilà un article d'
Alain Foix
, comédien, metteur en scène, écrivain, bien documenté avec citations à l'appui, qui permet de mesurer quelques enjeux concernant les attaques "soft" contre la laïcité.
La notion de "laïcité positive" prend une curieuse couleur.

Comme le disait Auguste Comte, il ne faut pas laisser le mot "religion" aux religieux, formule reprise par Marcel Conche lors d'une discussion que j'ai eue avec lui.
C'est sur ce terrain délicat que s'est aventuré avec rigueur Marcel Conche dans La voie certaine vers "Dieu" ou l'Esprit de la religion, publié aux Cahiers de l'Égaré.



portrait de Marcel Conche par Jean Leyssenne

C'est aussi la démarche de José Valverde, auteur dramatique, dont je mets la contribution en ligne: Notre religion. Et celle de Gérard Lépinois, auteur de Fiction du capital, publié aux Cahiers de l'Égaré, et dont le texte Fatum et vide éthique me semble une contribution d'éclaireur.
grossel



Cela a sauté aux yeux, mais tellement violemment que les médias en sont restés aveugles. Nulle part je n’ai vu relever dans les journaux la curieuse concomitance entre la déclaration de Benoît XVI stigmatisant « une société imprégnée de positivisme et de matérialisme. Ces idéologies, qui ont conduit à un enthousiasme excessif pour le progrès, déterminent la conception de la vie d’amples secteurs de la société » et celle de Nicolas Sarkozy affirmant la nécessité d’une laïcité positive. Appel à une laïcité positive et critique du positivisme, les deux termes pourraient dans ce contexte et en surface apparaître contradictoires, mais il n’en est rien, bien entendu. De fait, notre Président de la République ne fait qu’emboiter le pas du Saint-Père en lui empruntant son propre vocabulaire. En effet, le concept de laïcité positive est forgé par Benoît XVI et se rapporte aux Etats-Unis : « Il y a une chose que je trouve fascinante aux États-Unis : c’est que ce pays est né avec une conception positive de la laïcité. Ce nouveau peuple était constitué de communautés et de personnes ayant fui des Églises d’état. Elles voulaient un état laïc pour permettre aux gens de toutes les confessions de pratiquer leur propre religion. […] Ils étaient laïcs justement par amour de la religion, de l’authenticité de la religion, qui ne peut être vécue que dans la liberté. […] Je pense que c’est quelque chose de fondamental et de positif, à prendre en considération, y compris en Europe » (discours prononcé le 29 février dernier, quand il a reçu au Vatican le nouvel ambassadeur des États-Unis près le Saint-Siège).

Que Sarkozy reprenne à son compte un concept forgé par l’Eglise, a des implications extrêmement importantes. Cela suppose le fait que le chef de l’Etat français se rallie à la notion de la laïcité édictée par l’église et qui se résume en ces mots de Benoît XVI : « laïc par amour de la religion ». Ainsi, sous l’apparente bonhommie de ce terme qui vient en se glissant derrière le concept déjà très contesté de discrimination positive, se cache une violente attaque contre une certaine conception de la démocratie à laquelle on veut en substituer une autre, celle d’une démocratie comme simple moyen. Conception partagée à la fois par les capitalistes intégristes du marché, par Bachar El Assad, Président Syrien (qui, juste après la visite de Sarkozy a déclaré au journaliste de France 2 qui a sursauté et le lui a fait répéter, que : « la démocratie est un simple moyen … pour libérer le commerce. ») , et par Jean-Paul II qui dans le n° 70 d’Evangelium vitae écrit : « Fondamentalement, elle (la démocratie) est un « système » et, comme tel, un instrument et non pas une fin. Son caractère « moral » n’est pas automatique, mais dépend de la conformité à la loi morale, à laquelle la démocratie doit être soumise comme tout comportement humain: il dépend donc de la moralité des fins poursuivies et des moyens utilisés. Si l’on observe aujourd’hui un consensus presque universel sur la valeur de la démocratie, il faut considérer cela comme un « signe des temps » positifainsi que le Magistère de l’Église l’a plusieurs fois souligné. Autrement dit, la loi morale édictée par l’Eglise et la religion, est seule garante de la bonne marche d’un Etat. » (souligné par moi), Le cardinal Ratzinger (le futur Benoît XVI) dans une note en date de 2002 en rajoute une couche : « Pour la doctrine morale catholique la laïcité est comprise comme une autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique,- mais pas par rapport à la sphère morale…. la “laïcité”, en effet, désigne en premier lieu l’attitude de celui qui respecte les vérités qui procèdent de la connaissance naturelle sur l’homme vivant en société. Peu importe que ces vérités soient enseignées aussi par telle ou telle religion particulière puisque la vérité est une. ».

Le professeur Thierry Boutet dans sa conférence du 26 juin 2008 au Vatican intitulée « Politique, forme exigeante de charité » enfonce le clou :

« Le religieux précède le politique. Il le précède historiquement mais aussi anthropologiquement et ontologiquement. La quête de sens, la quête religieuse, l’instinct religieux sont connaturels à l’homme… Comme l’a très bien remarqué Nicolas Sarkozy (souligné par moi), le politique n’a pas vocation à répondre à cette quête…A l’origine donc, l’autorité procède du religieux… Le questionnement religieux est bien antérieur au questionnement politique… La politique est fille de la religion et de la métaphysique (souligné par moi »)

Qu’on ne s’y méprenne pas. Il s’agit d’une attaque en règle de la philosophie des Lumières d’où nous vient l’esprit de la révolution française et notre conception de la laïcité comme séparation de ce qui est de l’ordre de la raison, de la sphère publique et de la foi appartenant au domaine de la sphère privée. A cette pensée philosophique posée comme négative, on veut affirmer une autre pensée qui serait positive. Le mot positif si fréquent dans la bouche de Sarkozy est de cet ordre. Cette positivité est à opposer au positivisme que Benoît XVI attaque de front. Qu’est-ce que le positivisme ? C’est la doctrine d’Auguste Comte qui affirme que seule la connaissance des faits est féconde, que le domaine des « choses en soi » est inaccessible et que la pensée ne peut atteindre que des relations et des lois. Affirmant la primauté de la notion de progrès, Auguste Comte met en valeur une avancée de l’histoire liée à l’esprit humain qui s’élève des ténèbres du passé. Il ne s’agit évidemment pas pour moi de soutenir la pensée de ce philosophe qui eut dans ses applications des conséquences absolument néfastes, notamment dans la pensée coloniale du XIXè siècle. Mais ce qui est important ici, est de savoir pourquoi Benoit XVI s’y attaque si violemment. Tout simplement parce qu’il est pour lui l’expression de l’horreur absolue, celle « d’une société sécularisée dont l’horizon est devenu le siècle, où l’homme est devenu la mesure de toute chose et qui n’a plus comme but ultime sa sanctification, mais sa sécurité et sa prospérité (dixit Thierry Boutet qui cite avec répugnance Auguste Comte : « Tout est relatif au temps… voila le seul principe absolu». Une telle philosophie empêche d’en revenir aux fondamentaux, notamment ceux de l’église, qui sont transhistoriques et qui depuis le passé le plus lointain, fonde le présent.

C’est ce qui s’appelle une position fondamentalement réactionnaire. Mais qui chez nos politiques s’élève aujourd’hui fortement contre de telles affirmations ? Je n’entends que silence, à gauche dans les rangs. On positive, comme il se dit à Carrefour, et bientôt, notre Président qui sait user des slogans publicitaires nous vendra son contrat de confiance comme il se dit chez Darty, sa belle famille, contre l’abandon du contrat social.

Alain Foix, 17 septembre 2008


                                      NOTRE RELIGION


La religion des « Droits/Devoirs de l’Homme » à laquelle j’adhère est comme les précédentes religions apparue au moment où le développement des techniques le permettait. Aujourd’hui, le développement du pouvoir technique de l’Humanité implique de la part de chaque citoyen une responsabilité personnelle accrue par rapport à l’avenir de notre espèce, d’où l’invention de cette religion nouvelle. Elle possède une étrange particularité, c’est qu’elle ne combat que les religions dites « intégristes ». Ses principes fondamentaux mettent l’Homme au Centre, laissant chacun libre de considérer que celui-ci est la conséquence d’une volonté divine ou non, pourvu que les morales légèrement différentes suivant les pays et les religions plus ou moins implantées  respectent ce  principe de base. Le développement de l’Humain dans l’Homme avec toutes ses potentialités et donc le développement exponentiel de ses responsabilités est l’objectif explicite de cette religion nouvelle qui s’impose petit à petit à toute l’Humanité.
Certains seront peut être choqués de me voir qualifier de religion « le droit de l’hommisme », surtout ceux qui conserve leur foi en Dieu, même s’ils ont  admis les droits, c'est-à-dire les devoirs, qui régissent notre forme de théocratie où  l’Homme est  Dieu. J’ai choisi le terme de religion pour m’amuser un peu de cette petite provocation.

∑ Ce n’est pas une petite provocation ! Quand on sait qu’une partie de l’humanité est prête à en découdre, bombes atomiques à l’appuie avec l’autre partie !

En effet, et nous devons comprendre à quel point la religion des « Droits/Devoirs de l’Homme » pose des problèmes de conscience réels aux croyants les plus attachés au pied de la lettre des textes fondateurs de leurs religions.  Pour ces croyants « intégristes », l’acceptation des principes des droits de l’homme ne va pas de soi, comme pour nous, et cela génère, pour eux, une authentique souffrance qu’il nous faut respecter. Je parle de religion car la religion parle de relier et de relire mais pour nous qui sommes athés ou agnostiques (ma position) c’est en fait la totalité des livres et des témoignages directs de l’homme sur terre et cela depuis la nuit des temps qui nous relient. Oui ! Résolument, ardemment toutes les traces du passé de l’humanité sur terre nous passionnent et nous fondent. Toutes les pensées venues de la nuit des expériences humaines nous sont lumières dans le noir, comme nous sont lumières les connaissances sans cesse renouvelées et approfondies de l’histoire de notre cosmos et des avancées de la science. Nous sommes farouchement des humains de ce début de millénaire, ici et maintenant, nous avons à inventer, à réinventer sans cesse la morale indispensable à l’humanité en devenir d’Humanité. Il est temps pour moi de proposer un nom plus simple et plus beau pour cette religion qui met l’homme à venir en son centre et je propose HUMANISME.
Personnellement je vois bien que les « croyants en Dieu », car je refus le terme d’ « incroyant » pour moi qui croit en l’Homme, essayent de faire marcher la machine de l’histoire dans l’autre sens.  Ils y parviennent, (hélas !) quand la misère donne la main à la religion ou les fusils dirigent les consciences, mais ils sont globalement depuis un siècle en recul irréversible. L’humanité est encore si jeune ! La civilisation ayant laissé trace historique est vieille de quelques petits millénaires seulement alors qu’il a fallu des millions d’années pour faire émerger l’Homme de la bactérie !
En vérité ce que l’on nomme religion et ne relie plus que quelques uns avec quelques autres et plus ou moins mollement en France est surtout un marqueur sociologique et politique, un appendice devenu inutile et qui subsiste comme vestige.
Ce n’est le plus souvent qu’un truc pour aller ici ou là pêcher des voix ! Les « pêcheurs » de voix, savent bien ce qu’ils font mais ne croient pas sérieusement à ce qu’ils disent, autrement comment se conduiraient-ils, en ce monde, avec une telle indifférence par rapport au soi-disant gros morceau de vie, celle qui les attendrait après celle-ci ?
La religion c’est comme cet inutile petit bout de chair qui pendouille sous mon oreille et qui ne me sert en rien à mieux entendre alors que ma petite prothèse intra auriculaire est tellement efficace ! Notre corps a de ces petits restes inutiles, de ce singe, de cet oiseau, de ce poisson que nos lointains ancêtres nous ont légués. Je ne m’aventurerai pas à imaginer le corps des hommes explorateurs et conquérants du cosmos en l’an 30000 !

Eclaboussés de lune des vers luisants qui passaient en procession lente, cela arrive, s’esclaffent bruyamment, c’est plus rare, et le soleil interloqué se penche sur le balcon du ciel en robe surannée, allez savoir pourquoi si le sujet vous intéresse !

José Valverde

Il serait intéressant de dire aussi quelle conception de la laïcité, il nous faut. Dans la discussion entre EAT, après Alain Foix, José Valverde a proposé un texte de 2 pages sur la "religion" des droits de l'homme, l'humanisme. Il me semble que Marcel Conche avec son fondement de la morale, avec la morale universelle des droits de l'homme, avec sa sagesse tragique et son Esprit de la religion peut nourrir cette réflexion. Je renvoie au livre: Actualité d'une sagesse tragique de Pilar Sanchez Orozco, publié par Les Cahiers de l'Égaré.

Jean-Claude Grosse



Fatum et vide éthique

La crise financière est une occasion de constater qu’à ce stade de l’histoire la communauté humaine produit, pour l’essentiel, les conditions de sa propre impossibilité, sous la forme d’une irrationalité archidominante des échanges (en un sens très large), soigneusement entretenue par la quasi-totalité des élites mondiales.
Les administrations et les raisonnements, en un paradoxe apparent, aboutissent presque tous à la mise au point d’une espèce de fatum, par définition incontrôlable en dernière analyse et qui s’impose à tous.
Ce fatum, qui joue ici comme « hasard » de la destinée de tous au-delà de tout calcul, rend opaque par exemple la notion de volonté des marchés.
Difficile en effet d’humaniser en quoi que ce soit le sort auquel on semble bien obligés de s’en remettre et d’y voir quelque chose comme une « main divine ».
On peut en tirer ceci que les marchés, dans leur liberté échevelée, perfectionnent à leur façon l’idée de Dieu, loin d’anéantir celle-ci comme on le croit assez souvent. S’ils en reviennent sans doute au fatum antique, en ridiculisant notamment la notion de liberté chrétienne, c’est en débarrassant le culte de tout anthropomorphisme inutile.
Bref, la finance est aujourd’hui ce par quoi collectivités et individus ne maîtrisent essentiellement pas leurs vies.
D’un autre côté, d’où vient qu’il apparaisse aujourd’hui si difficile, voire impossible, d’opposer, ne serait-ce qu’à l’échelle d’une seule société, une alternative valable à la fatalité d’une irrationalité archidominante et de son cortège d’injustices ? D’où vient que des notions comme celles de révolution ou de réforme « progressistes » paraissent et soient largement, peut-être durablement, vacantes ?
Très vaste question, mais à laquelle il conviendrait aussi, je pense, de chercher à répondre du côté de certaines considérations éthiques.
Par exemple, pas mal d’entre nous, dans leur rapport à autrui, se croient meilleurs que d’autres (et éventuellement susceptibles d’aider à la construction d’une société moins inhumaine). Mais le sont-ils tant que cela et jusqu’où sont-ils prêts à l’être ?
Il est assez facile de seulement se gausser de zombis de la finance qu’en même temps on a le plus grand mal à comprendre, et pour cause puisqu’ils font tout pour sembler habiter une autre planète.
Si l’on veut avoir une chance de dépasser ce qui est une crise générale du crédit qui touche non moins aujourd’hui tout projet politique alternatif, il faudrait aussi faire effort pour se mettre un peu plus au clair soi-même en tant qu’individu.
Pour qui souhaite une société plus libre, c’est-à-dire moins soumise à un aveuglement entretenu, il conviendrait aussi de creuser la question de savoir en quoi il entretient son propre aveuglement, et cela pas du tout dans l’illusion d’aboutir à une impossible transparence individuelle.
Et pour qui souhaite aussi une société plus juste, de creuser celle de savoir en quoi la soif de justice qui l’anime est, dès aujourd’hui, plus ou moins limitée dans la pratique, non seulement par les circonstances mais aussi par la prise en considération, souvent obscure, de son intérêt égoïste.
Certains pourront crier au retour de la morale, mais comment s’imaginer qu’elle puisse être absente, dans un monde qui n’en a pas du tout fini avec la question du divin, notamment sous la forme d’un fatum de marché ?
Et comment peut-on songer sérieusement, sans questionnement éthique, à la possibilité d’une société moins inhumaine ? Croit-on pouvoir rendre crédible un projet « progressiste » de transformation sociale, sans tirer un certain nombre de leçons, notamment éthiques, des désillusions d’un passé souvent criminel ?
Par exemple, qui est prêt aujourd’hui à appuyer une révolution de ce type sans avoir des garanties suffisantes sur ce que deviendront les dirigeants de celle-ci et leur politique ?
Il est insuffisant de constater que les mécanismes de la finance, et leurs zombis, sont amoraux, si on est incapables de mettre sur pied un projet sérieux de moralité politique, et si cette idée même fait rechigner.
Or, en tout cas dans une perspective athée, le souci éthique – lequel n’est pas seulement moral, mais déjà social – bute beaucoup sur le caractère éphémère de la vie humaine.
Il est extrêmement difficile sans autre perspective d’au-delà que très éventuellement mémorielle, de consacrer vraiment (sans arrière-pensées conscientes ou inconscientes) une partie importante de sa vie à la tentative de construction d’une société moins inhumaine.
En effet, pourquoi le ferait-on, alors que non seulement on va mourir mais disparaître ? Pour l’amour d’autrui, ou du moins de ce qu’il peut y avoir de meilleur chez beaucoup d’hommes ? Mais qui est capable d’une telle gratuité, n’est-ce pas là qu’idéalisme ?
Ne vaudrait-il pas mieux se baser sur l’attente d’une participation à un plus grand bonheur commun, en escomptant un plus grand bonheur individuel de celui-ci ?
Mais, même en avouant honnêtement leur propre intérêt à l’affaire, combien aujourd’hui sont capables durablement de faire preuve de suffisamment de générosité et de rigueur soutenues dans l’élaboration et l’application de lois qui se rapprochent, non pas d’une impossible justice absolue, mais du traitement le moins injuste possible de tous les hommes ?
Sans parler de la nécessité de faire correctement face à la violence plus que jamais prévisible des pouvoirs alors dépossédés (même s’ils le sont, au fond, du pouvoir notablement illusoire dont ils favorisent la prééminence).
Ne serait-ce que l’existence d’une société laïque, mettant donc à distance les croyances religieuses comme l’incroyance, conduit forcément à poser le problème de la mortalité (sans au-delà religieux) des hommes et aussi des institutions, si elle ne veut pas se contenter d’en subir les conséquences.
Il faut partir de ceci que, lorsqu’on ne dispose que d’une courte vie (et de si peu de capacité d’attention concrète), il est d’autant plus difficile de s’intéresser véritablement à l’humanité tout entière ; que la solution de « bon sens » paraît plus évidemment à beaucoup de tirer un profit maximum de sa vie, y compris au détriment des autres.
Cela ne vise en rien à justifier un retour à la religion ( ou à un quelconque fondement métaphysique des valeurs morales), dont on a assez vu qu’elle ne garantit pas du tout ici bas la prise en compte dans un esprit de justice de la totalité des hommes.
Mais cela impose à quiconque - non croyant ou croyant d’ailleurs - veut dans un tel esprit ne serait-ce qu’améliorer nos sociétés, et réduire la part béante du monde qui dérègle de plus en plus les « destinées » de celles-ci, de chercher à s’interroger sur les fondements et les limites de sa démarche.
Nous n’avons aucune chance d’en sortir autrement avec les faux réformistes et les faux révolutionnaires (dont nous sommes tous, plus ou moins).
Les zombis de la finance et leurs serviteurs les plus immédiats ont au moins ceci de moral qu’ils ont été conduits à cacher de moins en moins leur jeu. Si pour les faire reculer la ruse est certainement toujours nécessaire, il y a d’abord et en même temps à entamer tout un travail de vérité chez chacun de ceux qui veulent vraiment les contrer, à commencer par les responsables, et avec la population.
N’en déplaise, aujourd’hui la question politique, économique et sociale croise encore celle de « Dieu » et toujours celle de la mort de chacun. Et on ne voit pas comment une avancée réelle serait envisageable sans la recherche d’une éthique profondément renouvelée dans ses fondements et dans sa force d’exigence.

Gérard Lépinois, 19 septembre 2008      






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Nouveaux médias, nouveaux langages, nouvelles écritures

2 Septembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Nouveaux médias, nouveaux langages,
nouvelles écritures

Editions L’Entretemps

Cet ouvrage rendant compte d’un séminaire sur les nouveaux médias, nouveaux langages, nouvelles écritures, organisé à La Friche Belle de Mai à Marseille en mars 2004 comporte six exposés, six approches dont une plus concrète, celle de Michel Simonot sur la création de La mémoire du crabe que j’avais édité aux Cahiers de l’Egaré en 2002.
Ouvrage peu aisé à lire, si je le compare à un livre plus récent dont j’ai rendu compte : Internet, un séisme dans la culture ? de Marc Le Glatin, il m’est assez difficile d’en rendre compte. N’ayant guère envie d’utiliser les mots des auteurs, souvent très, trop techniques, je vais tenter de dire ce que je crois avoir compris.
Les nouveaux médias pour les auteurs mettent en cause certaines postures, celle de spectateur face à une œuvre, celle de lecteur, simple récepteur du texte d’un auteur. Par là même, les nouveaux médias en produisant de nouvelles attitudes contribuent à déplacer certains questionnements sur la place de l’art dans la société, sur les processus de création, sur les formes et contenus de la démocratisation culturelle, sur le public et le spectateur.
La relation de face à face œuvre-spectateur fait place à des dispositifs qui intègrent le spectateur, l’autonomisent par rapport à l’œuvre, lui donnent la possibilité de varier ses points de vue, de réagir, de participer au processus créatif, à sa diffusion, à sa transformation, d’être un individu en lien avec du collectif  par les liens proposés, créant du collectif par les liens qu’il propose.
Les nouveaux médias induisent de nouvelles écritures, en fragments, rendant possibles de multiples assemblages donc des sens multiples, de la responsabilité des lecteurs-récepteurs, suffisamment grands garçons pour ne pas dépendre du sens construit par l’auteur.
Evidemment les nouveaux médias ont des caractéristiques qu’il faut connaître pour pouvoir les utiliser en conscience. Le niveau du programme et de ses fonctionnements discrets, non apparents, est le niveau le moins accessible à la plupart des utilisateurs qui n’auront peut-être qu’une illusion de liberté quand ils produiront, créeront ce qui apparaîtra sur l’écran.
Il me semble que les interventions avaient besoin de justifier l’usage du mot nouveau, présent 3 fois dans le titre. Cette justification se fonde sur la mise en cause du face à face œuvre-spectateur mais cette mise en cause, affirmée, non prouvée, n’est pas nécessairement aussi décisive que le prétendent les intervenants. La relation d’un spectateur à une œuvre dépend beaucoup de la qualité de l’œuvre comme de celle du spectateur. Un spectateur consommateur de films, de pièces, de toiles, de photos ne tirera pas de sa relation à ces choses ce qu’en tirera un spectateur actif, soucieux de culture de soi. Un tel spectateur, un tel lecteur auront le souci du questionnement, d’une forte confrontation avec l’œuvre et ils en tireront pour eux-mêmes plus d’apports que si on leur avait favorisé des possibilités d’interaction.
Dans les contributions intéressantes de ce séminaire, la distinction entre style (marque d’une singularité) et écriture, les précisions apportées pour cerner la notion d’écriture (un usage réfléchi, choisi, cohérent des codes destiné à faire réfléchir le lecteur, le spectateur à la place qu’il occupe, à le faire changer de place). Egalement très intéressante, la contribution sur le droit du lecteur car aujourd’hui, en droit, le lecteur n’existe pas. Les seules avancées de taille sont une décision du Conseil constitutionnel disant que les lecteurs, le lectorat ne pouvaient faire les objets d’un marché et le lancement des Creative Commons avec cette idée que l’auteur a une affaire avec le lecteur d’où l’émergence de contrats stipulant des droits au lecteur : reproduire l’œuvre, l’incorporer dans une ou plusieurs œuvres collectives, créer er reproduire des œuvres dérivées…
Evidemment les efforts des uns et des autres pour spécifier les nouveaux médias : simulation, autonomie, circulation… permettent de saisir en quoi ces médias modifient de plus en plus profondément nos relations au réel, au social, au politique, au symbolique…     

Jean-Claude Grosse, 23 août 2008


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J’ai tant rêvé de toi/Olivier et Patrick Poivre d’Arvor

2 Septembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

J’ai tant rêvé de toi
Olivier et Patrick Poivre d’Arvor

J’ai acheté ce livre sur la base d’un malentendu ou d’un mal lu. Je l’avais acheté pour Solenn, la fille anorexique et suicidée du journaliste, non pour apprendre des choses sur ce drame ou cette tragédie mais parce que le travail de deuil, l’impossible travail de deuil prend selon les gens, ceux qui restent, avec leur culpabilité, leurs regrets, leurs souvenirs, des formes variées et que je me nourris de ces cheminements pour le mien propre. Je comptais donc découvrir le chemin tracé par Patrick Poivre d’Arvor.
Le livre est dès lors d’autant plus étonnant.
Ce qui me semble le plus fabuleux c’est cette entreprise borgésienne de fabriquer une pure fiction, une fable, présentée comme la réalité. Je ne savais plus, avançant dans ma lecture, si Pavel Kampa avait existé, avait eu le prix Nobel de littérature. Jaroslav Seiffert, oui mais Pavel Kampa, doute. Je me souvenais de Vladimir Holan, de sa Nuit avec Hamlet. Beaucoup de temps passé sur ce projet de création pour la scène, décor de Franta, et rien à l’arrivée alors que j’avais réussi pour Marie des Brumes d’Odysseus Elytis, Les tragédiennes de Saint-John Perse, Egée de Lorand Gaspar…Mais pas de Pavel Kampa. Mêler le faux et le vrai, citer de vrais noms au milieu de noms inventés et le tour de passe-passe fonctionne. La soirée avortée à l’ambassade de France avec Vaclav Havel, Jack Lang est de ce point de vue une absolue réussite. Même si certains épisodes peuvent alerter sur le côté fictionnel comme l’envolée, la diatribe de Youki Roussel sur une table de l’ambassade alors que les invités s’en vont dépités. Ou l’absence de Pavel à cette soirée après sa  découverte du tatouage de Youki et les révélations qu’elle lui fait, le démasquant et le conduisant au suicide (peut-être) avec son fusil de chasse. Surprenante cette fêlure, cette faiblesse, cette décision chez un imposteur de cette envergure. Episode traité brièvement et qui nous laisse sur nos questions : pourquoi ce renoncement à l’ultime consécration alors que Youki a peu de chances d’être entendue par ces invités serviles, prêts à honorer le grand poète, dévoreur de femmes. Imposteur, salaud oui mais comme dit Desnos : le corps du plus vicieux reste pur, donc pas imposteur, pas salaud jusqu’au bout. Cette rédemption de dernière heure, le jour anniversaire de ses 70 ans est comme un miracle arraché par Youki, prête au sacrifice jusqu’à la vue par Pavel du tatouage qui s’est transmis sur 3 générations.
Le faux-vrai à l’œuvre dans ce roman amène à douter de l’existence de cette Agathe Roussel, témoignant sur les ondes et dans la presse, pendant quelques jours, de ce qui se passe à Prague, au lendemain de l’invasion soviétique, le 21 août 1968. Je me souviens, digérant avec difficultés, l’échec politique de mai 68, avoir pleuré à cette nouvelle et avoir décidé définitivement de ne jamais être stalinien. Devenu trotskyste, j’ai participé aux combats pour la libération des dissidents de la Charte 77 donc de Vaclav Havel dont j’ai voulu faire éditer et créer l’œuvre théâtrale complète pour vérifier si comme on l’a trop dit, cette œuvre ne tenait pas la distance parce que trop didactique (c’est même dit dans ce roman quand est évoquée l’opposition entre Vaclav et Pavel). Débat pour moi toujours d’actualité car cette accusation automatique de didactisme pour toute pièce politique ou engagée a stérilisé durablement l’écriture politique pour la scène.
Doute aussi sur l’histoire du dernier poème de Desnos, nécessaire pour les besoins de la fiction.
Vrai par contre tout ce qui concerne Desnos et Youki, la fin de Desnos à Terezin, disparaissant d’épuisement, un mois après la fin de la guerre, le 8 juin 1945. Cet ancrage dans la réalité du poète et dans la réalité de son œuvre (les titres des chapitres sont des citations tirées de Desnos ; de nombreux passages de Desnos sont cités, intégrés à l’histoire, reprenant vie, vivant d’une nouvelle vie, celle de Youki Roussel, faisant suite à celle de Youki Foujita devenant Youki Desnos.
Je me suis remis à l’œuvre de Desnos en même temps que je lisais le roman. Plaisir de renouer avec le double Desnos, celui des jeux de mots dont je me suis beaucoup servi comme déclencheur avec mes élèves, celui des poèmes d’amour sans retour dans lequel je n’ai pas beaucoup de mal à me reconnaître comme amoureux, expérience qui m’a conduit à une autre écriture poétique, moins lyrique.
Dernier thème de ce roman et non le moindre : l’anorexie et son contraire, la boulimie. Le regard porté sur cette maladie m’a semblé vrai sans me donner les clefs pour comprendre et encore moins pour réagir en présence de tels symptômes.
Je n’épiloguerai pas sur l’écriture à deux voix, quatre mains car c’est comme venu d’une même voix me semble-t-il, que j’ai lu ce roman. Réussite donc de ce projet.
Les effets de résonance de ce roman en moi ont été multiples et riches. A toi donc lecteur de vérifier si d’autres échos te parviennent à cette lecture.
Jean-Claude Grosse, Corsavy, le 1° août 2008


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Les constellations du hasard/Valérie Boronad

2 Septembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Les constellations du hasard
de Valérie Boronad
chez Belfond
boronad_les-constellations-du-hasard.jpg
Premier roman. Envoyé par la poste. Retenu et publié.
Une réussite.
L’histoire : un  jeune écrivain français d’origine bretonne, Luc Kervalec, part aux Etats-Unis, un manuscrit dans sa sacoche, pour rencontrer Paul Auster, son maître en écriture, espérant son soutien. Las, le manuscrit est volé, envolé, noyé dans les eaux froides de l’Atlantique. Luc, le narrateur, finit, après errance et aventures, par revenir chez son logeur qui devant son désarroi, lui propose un programme de survie : apprendre à nager et taper ce qui lui sera dicté. C’est ainsi que le narrateur se retrouve secrétaire d’un génial poète, Alejandro Asturias, dont l’œuvre, instinctive, retranscrit le chant du monde de l’origine de l’univers à celle des espèces et de l’homme, de l’histoire des civilisations à celle de quelques individualités, originales ou communes. La manière dont le narrateur évoque cette œuvre creuse un espace dans le roman, un vide comme un appel à une parole poétique à naître, donnant ainsi envie de création et l’on est curieux de savoir quels poètes auraient ce souffle. Nous avons pensé à Neruda et à son Chant général, à Saint-John Perse (Vents, Amers). Homère, Hésiode, Dante pourraient aussi être des maîtres à revisiter. En tout cas, belle leçon d’écriture : réussir par une écriture prosaïque à faire percevoir une écriture poétique d’altitude, d’élévation. Dans cet « échange » avec le poète, le narrateur découvre la vie d’Alejandro, son coup de foudre pour Cécilia, son départ pour les Etats-Unis, sa découverte du drame de Cécilia. Et matière à son nouveau roman auquel il consacre ses heures de nuit. Voulant se faire connaître de Paul Auster, et voulant faire connaître l’oeuvre du poète, le narrateur se lance dans une arnaque à l’américaine qui foire en ce qui concerne l’interview de Paul Auster, foire aussi en ce qui concerne la soirée consacrée au poète – « un rien imperceptible et tout est déplacé »-  mais atteint son but de manière oblique, grâce à une constellation des hasards qui se densifie au fur et à mesure que le roman avance.
Deux registres d’écriture pour ce roman, celui concernant le narrateur, avec un ton d’admonestation et d’humour, celui concernant le poète, inspiré. Cette histoire d’écrivain en herbe et de poète au génie inconnu est l’occasion de belles pages sur la littérature, sur l’amour des livres, leur pouvoir consolateur et libérateur, sur la magie des mots, « ces graines à semer »…
Souhaitons à ce premier roman un bel écho public.
Albertine Benedetto et Jean-Claude Grosse,
Corsavy, le 4 août 2008, pour l’abolition des privilèges

Valérie Boronad, Les Constellations du hasard, Paris, Belfond, 2008 par Daniel Fattore

Il en est également question ici:
Julien, Clarabel, Jean-Claude Grosse, Chroniques de l'imaginaire,Cinquième de couverture, Camille et d'autres sans doute, avec des avis contrastés !

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7 pierres pour la femme adultère/Vénus Khoury-Ghata

2 Septembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Note de lecture sur
7 pierres pour la femme adultère
de Vénus Khoury-Ghata


    Le roman de Vénus Khoury-Ghata paru en 2007 au Mercure de France et réédité par France Loisirs en février 2008 nous introduit dès son titre dans une problématique contemporaine, sujet d’un débat sur les tenants de l’universalisme des droits de l’homme et de ceux pour qui le respect des coutumes passe avant tout, dénonçant l’ ethnocentrisme européen : il y a aujourd’hui encore des femmes qui meurent par lapidation pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage. C’est le cas de Noor, mère de trois garçons et mariée à un homme qui la délaisse. Dans le village de Khouf aux portes du désert, par une nuit de vent violent, le khamsin,  Noor, partie à la recherche de son chat, rencontre un étranger venu de l’autre côté de la montagne en jeep (probablement l’ingénieur responsable de la construction d’un barrage) qui la viole tout en lui donnant, comme elle le dira, du plaisir. Sous le coup d’une fatwa, elle attend sans révolte sa lapidation prochaine.
    Une étrangère au village, la narratrice, Française venue apporter de l’aide humanitaire à la suite d’une déception amoureuse, va vouloir intervenir dans l’ordre immuable du village et se met en tête de sauver Noor, enceinte, aidée par Amina, une célibataire (« une marmite qui n’a pas trouvé de couvercle » !).
    Vénus Khoury-Ghata donne à cette histoire une dimension  qui, sans en nier le tragique, ne le laisse pas envahir tout l’espace. Sa langue précise, poétique, violente parfois nous fait partager le quotidien de ces femmes, la vie au village, elle nous fait voir toute la complexité d’un univers extrêmement codifié et dont l’arriération frappe nos yeux occidentaux. Vénus Khoury-Ghata est clairement du côté des femmes, les opprimées, les victimes, mais sans complaisance et sans caricature. Elle aborde également d’autres aspects dont en particulier la critique fine du système des humanitaires.
    C’est finalement une histoire lumineuse et violente qui se passe dans un lieu non défini (ce pourrait être en Iran ou en Afghanistan, le lieu évoqué mêle les caractéristiques géopolitiques de ces pays) avec des personnages extrêmement attachants. Et le livre nous tient en haleine jusqu’au bout…
Albertine Benedetto
à Corsavy
vendredi 8 août 2008

Chère Albertine,

Merci pour cette note de lecture sur ce roman dont l’écriture comme l’histoire tiennent en haleine. Histoire violente, cruelle. Ecritures plurielles pour un récit qui peut amener certains à ne pas poursuivre la lecture tant on appréhende la lapidation de Noor. A tel point que l’exécution d’Amina intervient paradoxalement comme un soulagement, sans rien enlever à la barbarie de ces mâles s’acharnant à coups de bâtons et de pieds sur cette marmite qui n’a pas trouvé son couvercle.
Je relèverai dans les particularités d’écriture, ce tutoiement de la narratrice, se tutoyant elle-même, comme pour mettre à distance cette histoire qu’elle revit en l’écrivant. Je relèverai aussi la crudité des expressions concernant la sexualité, leur expressivité nourrie d’une vie réduite au minimum, survie presque dans ce désert hostile, étouffant et rendu encore plus étouffant par le corset de règles archaïques.
Je ne trouve rien de sympathique à un tel monde, machiste, refoulant le féminin, l’humiliant, le massacrant si nécessaire. Il va de soi pour moi que les droits de l’homme, universalistes, appliqués à une telle société constitueraient une avancée considérable et rendraienr leur dignité aux femmes.
Jean-Claude Grosse
Corsavy, le 9 août 2008


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