Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Blog de Jean-Claude Grosse

La grande crise du XXIe siècle est en cours

5 Janvier 2010 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

La grande crise du XXIe siècle
(article paru dans la revue I.A. en décembre 2009)

Par Jacques Cheminade

3237901486_a6247e4bcd.jpg
« Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve » Hölderlin

La « crise », celle que nous vivons et que les images du monde nous renvoient, n’est pas seulement la manifestation d’une désintégration financière. Il s’agit, par delà, d’une crise de civilisation, dont l’enjeu est la sauvegarde du bien commun et la vie des générations à naître. Le monde de l’avoir, de la possession et des rapports de force dans lequel nous vivons est livré au présent et n’est plus en mesure d’équiper l’homme et la nature pour l’avenir. L’aspect financier et monétaire de la crise est le reflet sur les murs de la caverne, ceux de notre vie quotidienne, d’un outrage fait aux qualités humaines de l’homme, à sa capacité de créer, de découvrir et de penser dans le temps long.
Deux exemples en sont révélateurs. Le premier a été la distribution avortée, sur le Champ de Mars à Paris, de cinq mille enveloppes contenant chacune un billet de banque d’une valeur comprise entre 5 et 500 euros. Il s’agissait de la promotion d’un site internet, Mailorama. Lorsque l’opération a été interrompue, un groupe de personnes parmi les 7000 rassemblées a exprimé sa frustration en frappant les policiers, rouant de coups un photographe et vandalisant un véhicule. Le sommeil de la raison a ainsi engendré ses premiers monstres, ceux des jeux romains. Le second exemple est la publication par un philosophe généralement estimé, André-Comte Sponville, d’un éloge de la cupidité dans le numéro de l’hebdomadaire Challenges du 10 septembre 2009. « Quel développement humain quand la cupidité s’en mêle ! », nous dit-il en citant Mandeville : « Vices privés, bienfaits publics ». Ainsi nous est livrée la morale de l’affaire.
C’est la création de monnaie sans contrepartie réelle, sans utilité pour le financement de l’économie et des êtres humains qui la composent et en vue d’un profit immédiat, qui est au centre même de la crise. Cela s’appelle un ordre « monétariste », dans lequel une finance devenue folle crée une sorte de casino émettant du crédit à tout va, au nom de l’efficacité des « vices privés ». Les Etats, dans ce système, ont perdu le contrôle de la monnaie, tombé entre les mains des établissements financiers. Celle-ci devient ainsi un instrument de violence livré seulement à lui-même.
Le casino est, de plus, « asymétrique » : pile, je gagne avec l’argent des autres et j’empoche un énorme bonus, face, je perds en partie mon bonus mais pas les sommes engagées par la banque. Et je joue toujours avec des effets de levier comme les produits dérivés, qui me permettent d’engager plusieurs fois la mise d’autrui avec laquelle je m’enrichis ! Car les perdants seront ceux dont on a pillé l’épargne : la banque universelle permet, au nom de l’efficacité, de jouer non seulement avec les capitaux propres de l’établissement, mais en pompant sur les dépôts des épargnants. Et en cas de krach systémique, qui couve depuis plus de trente ans mais qui s’est manifesté dans toute sa brutalité avec la chute de Lehman Bothers en octobre 2008, les ultra-libéraux d’hier exigent des Etats qu’ils viennent combler leurs pertes. Contraints de s’incliner face à la menace d’un effondrement généralisé et faute d’avoir le courage de changer de système, les Etats obtempèrent.
Car ce jeu se déroule sur une scène incestueuse, comme l’était hier la relation entre les bureaux de Madoff et ceux de Wall Street. Le lobby des banques, qui a ses entrées dans tous les cercles de pouvoir, fait régner sa loi malgré les rodomontades des dirigeants, car ceux-ci leur ont livré le financement de la dette publique. Ils sont ainsi tenus, comme des commerçants face à une mafia, tandis que les responsables de la crise jouissent d’une insolente impunité. Un secteur financier parasite s’arroge près de 40% des bénéfices aux Etats-Unis, alors que son poids économique est de 10%. Et l’Etat, pour le sauver, crée de la monnaie de singe, devient faux monnayeur. Selon N. Barofsky, inspecteur chargé du programme TARP d’aide aux banques, le total de subventions, garanties, aides et cautions gouvernementales atteint 23.700 milliards de dollars en deux ans, soit presque le double du Produit intérieur brut (PIB) annuel américain ! La Réserve fédérale (banque centrale, en fait une banque de banquiers) américaine achète désormais des bons du Trésor pour permettre à l’Etat de renflouer les établissements financiers. Les banques d’Angleterre, de Suisse et du Japon font de même : la planche à billets électronique fonctionne comme les imprimantes de l’Allemagne de Weimar en 1923. La Banque centrale européenne (BCE) ne peut le faire, mais elle livre des liquidités aux établissements qui présentent des créances, même toxiques, en les prenant en pension pendant 3 mois, 6 mois ou un an. Cela n’apparaît pas comme une création monétaire dans son bilan !
Deux chiffres illustrent l’état de banqueroute virtuelle du monde. Les produits financiers dérivés existant à un moment donné représentent environ 700.000 milliards de dollars, soit environ 14 fois le PIB annuel de tous les pays du monde. Les transactions annuelles sur ces paris atteignent, elles, environ le double. Ce sont des dettes de jeux qui ne peuvent pas être remboursées, et qui créent dans le monde entier un risque immédiat d’hyperinflation ou de conflit, au détriment d’une livre de chair humaine.
Quant à l’émission incontrôlée de monnaie, elle n’a jamais progressé aussi vite. De 1990 à 2007, la monnaie en circulation, estimée sur la base des bilans des banques centrales, progressait de 15% par an en moyenne ; aujourd’hui, le rythme est de plus de 30%. En 1990, la base monétaire représentait 4% du PIB mondial ; aujourd’hui, c’est 21%.
Le centre de ce système est la City de Londres, qui abrite un vaste conglomérat d’intérêts financiers, opérant suivant une logique monétariste impériale et réclamant une « gouvernance mondiale » pour abolir la résistance éventuelle des Etats-nations. Il s’agit, selon Marc Roche dans Le Monde du 18 mars 2009, de « la plus grande, la plus belle, la plus sophistiquée, la plus perméable des ‘machines à laver’ les fonds troubles ». « La culture de la cupidité de la City est à la base de ces graves dysfonctionnements ». En fait, deux dates majeures ont engagé le mécanisme infernal que nous subissons. La première est le 15 août 1971, lorsque le président américain Richard Nixon a supprimé la libre convertibilité du dollar en or, enterrant le système de Bretton Woods, permettant des mesures de dérégulation des marchés et encourageant ainsi des spéculations de plus en plus énormes. La seconde est le 27 octobre 1986, date du « Big Bang » de la City, précédant celui de Wall Street et créant le centre de la déréglementation pour tout le système financier et monétaire international, avec l’apparition de tous les produits à effet de levier et le jeu à tout va. Aujourd’hui, la City devance toujours New York en termes de compétitivité dans le jeu destructeur, car elle reste, malgré la tourmente, numéro un planétaire dans le négoce des devises, les marchés à terme, l’assurance, les services juridiques et comptables, la finance islamique ou la gestion de patrimoine.
Le pire est que les mesures prises partout, et en particulier aux Etats-Unis et en Angleterre depuis deux ans, ont sauvé temporairement le système en aggravant les conditions de la crise, tout comme un Gribouille qui se jetait au fond de la mare pour ne pas être mouillé par la pluie. Les sommes d’argent déversées sur le secteur financier, sans conditions, ni contrôle ni supervision réels, ne sont pas allées alimenter l’économie physique et les investissements sociaux, mais ont permis au jeu de reprendre dans des conditions encore plus folles. On administre au malade les mêmes drogues que celles qui l’ont envoyé à l’hôpital : on cherche à sortir d’une crise née de l’endettement excessif sans contreparties dans l’économie réelle par de nouvelles dettes entre joueurs de l’économie virtuelle !
Ainsi, la plus grande compagnie d’assurances du monde, AIG, qui aurait dû être mise en faillite, a bénéficié de 175 milliards de dollars de la part de l’Etat américain, ce qui signifie la spoliation du contribuable et la réduction brutale des dépenses sociales pour tous les citoyens. Priorité au renflouement ! Au bénéfice de qui ? De ceux qui avaient gagné au jeu contre AIG dans des contrats sur assurance de risque (CDS ou CDO conçus à l’origine depuis la filiale londonienne d’AIG!). Ainsi, AIG, sur la somme avancée par l’Etat américain, a remboursé approximativement 70 milliards de dollars à diverses banques, dont 11,9 milliards de dollars à la Société Générale et 12,9 milliards à Goldman Sachs. Or le renflouement d’AIG a été organisé par le secrétaire au Trésor de l’Administration Bush, Henry « Hank » Paulson, un ancien de Goldman Sachs, avec la collaboration étroite du dirigeant de Goldman Sachs en exercice, Lloyd Blankfein. Et ce n’est là qu’un exemple, particulièrement choquant, de conflits d’intérêt tels que tout le système peut être considéré comme un immense Madoff.
Ne craignant rien, les établissements financiers les plus importants se sont mis à jouer désormais avec ce que l’on respire, ce que l’on mange et avec la vie humaine elle-même, sur des marchés parallèles qu’ils ont organisés pour échapper aux contrôles, pourtant timides, des marchés officiels, ou bien de gré à gré, « entre soi ».
Alléchés par le marché du CO2, Goldman Sachs, la Hong-Kong and Shangaï Banking Corp, Citigroup, Morgan Stanley et même EDF multiplient les partenariats avec des « start-up écologiques ». Les allocations de droit à polluer sont ainsi devenues objet de spéculations sur le Chicago Climate Exchange et en Europe à Paris sur le Bluenext pour les échanges au comptant et à Londres sur l’ECX pour les échanges à terme, bien plus intéressants pour les spéculateurs. Le marché espéré est de plusieurs centaines de milliards de dollars, avec une augmentation du crédit carbone qui revient à 7 euros, est valorisé à 15 euros par le marché et pourrait dépasser 50 euros lorsque prendra fin le programme actuel d’émission d’allocations gratuites par pays. Beaucoup proposent la « création d’un système mondial de droits à polluer négociables sur un seul marché » et la mise en place d’une « gouvernance mondiale » correspondante, qui pourrait taxer n’importe qui sur la surface du globe. C’est la liberté des renards dans le poulailler mondialisé !
Sur les produits agricoles, ce que l’on mange après ce que l’on respire, la City et Wall Street annoncent de nouvelles spéculations après celles de 2007-2008, avec des titres là aussi à effet de levier. Le plus terrible est que l’on ne trouve pas les quelque 40 milliards de dollars qu’il faudrait pour traiter le problème de la faim dans le monde, alors que se préparent des spéculations sur des centaines de milliards sur les produits agricoles ! Alors que l’engagement du Millenium, pris en 2000, prévoyait de réduire le nombre d’êtres humains souffrant de la faim de 800 millions à 400 millions, ils sont aujourd’hui plus d’un milliard, en augmentation de 11% sur la dernière année.
Enfin, on s’apprête à spéculer aussi sur la vie humaine. Il s’agit de la titrisation des contrats d’assurance-vie. Le marché est de… 26.000 milliards de dollars, vingt fois plus que celui des « subprime » (prêts hypothécaires immobiliers de basse catégorie) qui déclenchèrent l’avalanche de 2007-2008. Voilà comment cela fonctionne : on pousse des individus à prendre des contrats d’assurance-vie, on leur propose immédiatement 50% sur une police qui aurait profité à autrui à leur décès, on accumule ces polices, on titrise le tout en recollant des petits bouts de police et on replace le bébé sur les marchés. Jenny Anderson, une journaliste du New York Times, note : « si les gens vivent plus longtemps que prévu, les investisseurs pourraient avoir des rendements pauvres ou même perdre de l’argent. »  A quoi un de ces investisseurs spéculateurs sur la vie m’a répondu : « Pas de souci. Entre- temps, on aura fait de l’argent, et de toutes façons, avec le monde qui s’annonce et les restrictions des dépenses de santé, il serait déraisonnable de penser que l’espérance de vie continue à augmenter ».
Le jeu se fait désormais de manière encore plus folle qu’auparavant. Sur les tables officielles des casinos, c'est-à-dire les marchés supervisés, on joue en intraday, au jour le jour, à haute vitesse (high frequency trading) en utilisant des informations privilégiées et gagnant des différentiels sur quelques milli ou nano secondes. Les traders spécialisés font ainsi entre 500 et 2000 opérations par jour ! Goldman Sachs, qui dispose avant le public et la quasi-totalité de ses concurrents des informations sur la vente et l’achat des titres et les notifications d’exécution des opérations, se trouve comme un joueur de poker capable de voir subrepticement les cartes de ses adversaires avant qu’elles soient abattues. Résultat : au cours du deuxième trimestre 2009, les équipes de trading de Goldman Sachs ont connu 46 journées de bénéfices supérieurs à 100 millions de dollars et n’ont subi que deux séances de pertes.
Cependant, il y a pire. Il s’agit de la multiplication des « plateformes alternatives » (en anglais, on dit de façon plus imagée « dark pools »), c'est-à-dire de bourses parallèles, totalement opaques et dérégulées, qui représentent plus de la moitié des opérations effectuées si on ajoute la privatisation absolue des opérations de gré à gré. Il n’y a plus d’établissement de soins pour les fous de la finance ! Tout se concentre auprès de la City de Londres et de Wall Street. En Europe, les systèmes informatiques se délocalisent dans la capitale britannique, là où sont les nouvelles plateformes alternatives et où l’on peut négocier sur les grandes valeurs en un clin d’oeil et dans une totale opacité. Plus encore, le projet de Bourse transatlantique installée à Londres proposera à ses clients la palette complète de produits cotés, depuis les actions de la zone euro jusqu’aux dérivés du marché londonien Liffe, en passant par la nouvelle offre de négociations de blocs, Smart Pool, lancée en février, et son système multilatéral de négociation alternative, Nyse Arca, qui a débuté en mars. Ainsi se constituent de nouveaux centres de piraterie financière, protégés par un Empire mondialisé qui « tient » des Etats-nations pratiquant une « servitude volontaire ». Il est vrai que notre ministre de l’Economie, Christine Lagarde, et le nouveau commissaire européen chargé du Marché intérieur et des Services financiers, Michel Barnier, entendent proposer à la City des régulations et des supervisions européennes. Cependant, prétendre réguler et contrôler le vice sans remettre en cause le système qui l’engendre ne peut pas aboutir à la vertu.
Dans ces conditions, beaucoup de gens se demandent pourquoi l’émission à tout va de monnaie virtuelle n’entraîne pas dès maintenant une hyperinflation. Au contraire, peut-on constater, les prix baissent. La réalité est que l’émission de monnaie, utilisée pour spéculer, a entraîné une flambée inflationniste des marchés boursiers, en particulier en Asie et au Brésil, des marchés obligataires et du prix des matières premières, de l’or, des terres rares et du pétrole. Ces hausses sont déconnectées de la réalité économique. En même temps, les prix des biens de consommation et de production plafonnent ou baissent, car le chômage augmente, le pouvoir d’achat salarial diminue et, surtout aux Etats-Unis, ceux qui peuvent le faire épargnent au lieu de dépenser, pour rembourser les crédits qui leur ont été consentis. En fait, plus les Etats émettent de monnaie, plus les établissements financiers, par effet de levier, accroissent leurs spéculations alors que pratiquement rien ne va à l’économie réelle. L’inflation monétaire et financière s’accompagne ainsi d’une déflation du prix des biens de consommation et de production. La société sacrifie le long terme et le niveau de vie du plus grand nombre à l’enrichissement à court terme de quelques-uns. C’est la règle du jeu monétariste.
Cependant, à ce jeu les Etats s’endettent au-delà de toute crédibilité future. Déjà, en Europe, on parle cyniquement des « PIGS » (en anglais, cochons), c'est-à-dire du Portugal, de l’Irlande, de la Grèce et de l’Espagne (Spain) dont on pense qu’ils devront obtenir l’aide d’autres Etats pour sauver leurs finances publiques. D’ores et déjà, alors qu’en principe l’Allemagne et la Grèce appartiennent toutes deux à la zone euro et sont donc en principe solidaires, il faut aux emprunteurs publics grecs un taux supérieur de plus de 2% à celui des allemands pour trouver preneurs. Cela indique une spéculation à la désintégration de la zone euro. Aux Etats-Unis, la dévaluation du dollar est la politique réellement suivie par les autorités, qui espèrent anéantir une partie de leur dette par l’inflation.
 De telles politiques sont non seulement autodestructrices mais ne peuvent réussir, tant s’accumulent les points de rupture du système. On peut en compter au moins cinq, outre celui de la dette des Etats, la « mère » des points de rupture. Il s’agit des crédits hypothécaires autres que les subprime aux Etats-Unis (emprunts Alt-A, contaminés de proche en proche par les autres), de l’immobilier commercial, des cartes de crédit, dont les taux de délinquance s’accroissent rapidement, des Leverage Buy Outs (LBO, sommes prêtées par les banques aux prédateurs pour s’emparer de sociétés et que ceux-ci ne peuvent plus rembourser) et des effets de commerce qui dans de nombreux cas, ont servi de caution pour des titres émis sur des marchés opaques de gré à gré. Les dominos sont donc nombreux et très « toxiques », sans appui sur le réel. La question n’est pas de savoir si la prochaine manifestation de la crise sera plus grave que la précédente, mais quand elle surviendra si l’on ne change pas de système.
D’excellentes analyses existent sur cette crise, comme celles des rapports présentés par Philippe Marini et Didier Migaud, respectivement aux commissions des finances du Sénat et de l’Assemblée nationale. Ils énumèrent bien au cas par cas les problèmes : paradis fiscaux, agences de notation, absence de contrôle des fonds spéculatifs et des marchés de gré à gré, bourses parallèles, titrisation à tout va… Cependant, ils pensent et proposent au sein du système, alors que le vrai problème est la perversité d’un système fondé sur le profit immédiat pour une minorité et à n’importe quel prix. Tant qu’on laissera à la base opérer des traders souvent dragués par les recruteurs de Wall Stret sur des sites de poker en ligne, et au sommet régner un conglomérat d’intérêts financiers basé à Londres, une sorte d’ « Empire britannique » fonctionnant suivant le vieux modèle vénitien et babylonien, le désastre sera inévitable et généralisé, à un moment de l’histoire où il n’y a plus de coupe-feu nationaux.
La principale leçon de cette grande crise du XXIe siècle est que c’est de système qu’il faut changer. En passant d’un ordre monétariste à taux de change flottants à un système de crédit public à taux de change fixes, ou du moins très stables, ne permettant pas les spéculations folles. Pour fonder une reprise mondiale, il faut un Nouveau Bretton Woods, un nouveau système économique international dans lequel les principaux Etats du monde reprennent aux établissements financiers l’émission de monnaie, en vue d’un avantage mutuel fondé sur la réalisation de grands travaux et l’essor technologique entraînant la création d’emplois qualifiés.
Pour dégager le terrain, il est nécessaire d’arrêter un renflouement financier sans conditions ni contrôle, qui empire chaque jour la situation, et de mettre en place une banqueroute organisée, civilisée, des effets spéculatifs et de ceux qui les ont promus.

La pyramide de dette engendrée ne peut être remboursée au sein du système existant. Le système dans lequel nous vivons actuellement est de toutes façons condamné. Le choix est entre le chaos économique, financier et social, débouchant inéluctablement sur des régimes d’exception à l’intérieur des Etats et des guerres à l’extérieur, ou bien un nouvel ordre économique et monétaire international fondé sur le développement mutuel, reprenant au minimum ce qui marcha dans les politiques de l’Administration Roosevelt aux Etats-Unis et dans les plans de la reconstruction et du développement de l’Europe d’après-guerre, pendant les Trente Glorieuses.
Utopie, retour au passé ? Non, car c’est le système actuel qui va droit dans le mur, le mur de l’argent au-delà duquel il y a la guerre de tous contre tous, faute de dessein commun. La question, la vraie question, est celle du discernement et du courage politiques.

  
         peace.jpg
         
    
Lire la suite