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Blog de Jean-Claude Grosse

Marilyn Monroe dernières séances/La malédiction d'Edgar Hoover

1 Juillet 2011 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Marylin dernières séances est devenu un film, présenté ce 24 janvier 2010 sur Arte et qu'on trouve en DVD. C'est une réussite.
James Ellroy vient de sortir UNDERWORLD USA, 3° volet de sa trilogie sur les USA des années 60, après AMERICAN TABLOÏD et AMERICAN DEATH TRIP.
C'est pourquoi je fais remonter cet article écrit le 12/12/2006.

grossel

Marilyn dernières séances de Michel Schneider
 a obtenu, le 14/11/06, le prix Interallié.

ça dérange, ça déménage, ça balade, ça échoue
entre Marilyn Monroe
et Ralph Greenson


Photo d'André de Dienes (cliquer)

J’avais déjà lu de Michel Schneider : Morts imaginaires, appréciant que cet analyste combine fiction et document pour affronter les derniers moments de personnes célèbres, pour tenter de voir, d’écouter si s’y disait une vérité.
On avait tenté cet exercice au Revest avec les agoras: du premier au dernier mot, qui s'étaient déroulées les 2/12/02, 6/1/03, 10/2/03, 3/3/03 avec les psychanalystes Paul Mathis et Jean-Paul Charencon. Les agoras sont enregistrées mais pas publiées ni mises en ligne.
Marilyn dernières séances participe de la même combinatoire : fiction et document pour tenter de voir, d’écouter ce qui se joua peut-être entre Marilyn Monroe et son dernier analyste Ralph Greenson.
Ce roman de 529 pages où l’essentiel de ce qui est écrit, rapporté, est retranscription fidèle d’articles, de livres mais où aussi l’auteur a fait appel à sa capacité d’invention de dialogues, de propos, de lettres se lit avec émotion pour peu que l’on ait été « séduit » par Marilyn, se lit avec effroi aussi car avec ces deux personnages, on franchit souvent la frontière entre la vie et la mort, entre le rêve et la réalité, entre les mots et les images, entre le paraître et l’être, entre la folie et la normalité, entre la peau et la chair, entre le corps et l’esprit. Aucune vérité ne pouvant se dire sur ces 30 derniers mois de la vie de Marilyn Monroe, sur le suicide ou l’assassinat de la star, sur les responsabilités ou non de Greenson, on sort de cette lecture hébété, tellement on est bousculé dans nos certitudes, dans nos regards sur soi, sur autrui, sur l’amour, sur le sexe.
La construction du roman est à l’image de cette saisie impossible, donc de l’impossibilité d’une histoire linéaire, avec un début, une fin, des personnages nettement dessinés sur lesquels on peut parler, qu’on peut juger. Rien de tel avec eux d’où un livre semblable à une partie d’échecs, avec des allers retours dans l’espace et le temps, entre 1950 et 2006, entre les différents protagonistes de ce récit en boucle qui se termine par les mots du début, par la nomination du journaliste Forger W. Backwright, auteur du roman : Marilyn dernières séances, dernière pirouette de l’auteur qui nous a baladés dans les innombrables impasses et miroirs de la question : qui suis-je ?, lui-même étant sans doute ballotté dans sa confrontation à ces deux énigmes que restent en fin de partie, et tout au long de la partie, Marilyn et Romi.
Ce livre, ce roman est terrible pour ceux qui comme moi croient à l’amour, qui croient savoir à peu près qui ils sont, sans prétention, qui ne sont pas border line (est-ce le mot juste, pas sûr) comme Marilyn, transgressif (est-ce le mot juste, pas sûr) comme Ralph.
Malgré ou grâce à ses excès, Marilyn est très attachante, indéniablement intelligente : il y a des textes, des paroles, des répliques, des poèmes, des notes qui sont des diamants, à noter, à méditer car je suis convaincu que les border line (est-ce le mot juste, pas sûr) nous disent beaucoup sur ce que nous sommes. Elle avait le sens de la formule qui bouscule, qui ouvre des abîmes.


Photo d'André de Dienes (cliquer)

Marilyn dernières séances de Michel Schneider,
roman chez Grasset, 2006

Michel Schneider lit le 1° chapitre de son roman (cliquer)

En relation avec Marilyn dernières séances, on lira le roman, document-fiction: La malédiction d’Edgar de Marc Dugain sur les 48 ans de règne d’Edgar Hoover, à la tête du FBI, roman là encore terrible par ce que nous découvrons sur les Kennedy entre autres ( deux des amants parmi tant d'autres de Marilyn, Robert Kennedy étant chez Dugain soupçonné de participation à l'assassinat de la star) et sur la « démocratie » américaine ; le moins qu’on puisse dire est que nous tombons de haut, du haut de nos certitudes là encore.
Dans les deux cas, peut-être gagnons-nous en réalisme, en souhaitant que cela ne nous conduise pas au cynisme.

«Edgar aimait le pouvoir mais il en détestait les aléas. Il aurait trouvé humiliant de devoir le remettre en jeu à intervalles réguliers devant des électeurs qui n'avaient pas le millième de sa capacité à raisonner. Et il n'admettait pas non plus que les hommes élus par ce troupeau sans éducation ni classe puissent menacer sa position qui devait être stable dans l'intérêt même du pays. Il était devenu à sa façon consul à vie. Il avait su créer le lien direct avec le Président qui le rendait incontournable. Aucun ministre de la Justice ne pourrait désormais se comporter à son endroit en supérieur hiérarchique direct. Il devenait l'unique mesure de la pertinence morale et politique.»


John Edgar Hoover, à la tête du FBI pendant près d'un demi-siècle, a imposé son ombre à tous les dirigeants américains. De 1924 à 1972, les plus grands personnages de l'histoire des États-Unis seront traqués jusque dans leur intimité par celui qui s'est érigé en garant de la morale: 8 présidents, 18 ministres de la justice.

Ce roman les fait revivre à travers les dialogues, les comptes rendus d'écoute et les fiches de renseignement que dévoilent sans réserve des Mémoires attribués à Clyde Tolson, adjoint mais surtout amant d'Edgar. À croire que si tous sont morts aujourd'hui, aucun ne s'appartenait vraiment de son vivant.

"Truman Capote les appelait Johnny and Clyde. Lui, c'était John Edgar Hoover, célèbre patron du FBI sous huit présidents, l'autre, c'était son amant et adjoint, Clyde Tolson. Ils vécurent en couple, dans l'ombre. A côté des puissants, mais en fait au coeur du pouvoir. De 1924 à sa mort, en 1972, traversant Pearl Harbor, l'affaire Rosenberg, le maccarthysme, la baie des Cochons, la mort de Marilyn, les assassinats des Kennedy... on doit à Hoover quarante ans de coups tordus, de politique réactionnaire, de manipulations perverses, que Marc Dugain relate sous la forme de Mémoires imaginaires du compagnon de celui qui fut l'ombre portée sur l'Amérique politique. Après James Ellroy (American Tabloïd, American Death Trip) et Don DeLillo (Outremonde), Dugain se lance aux trousses d'un personnage fascinant, droit sorti d'un film d'Orson Welles. Mais qu'est-ce que «La malédiction d'Edgar» ? L'une de ces biographies romancées qui vous font regretter les vrais romans et les solides biographies ? Une peinture historique de la vie politique américaine et de ses «affaires» ? Une analyse psychologique d'un homme détestable mais fascinant ? Un portrait de cour d'«une âme de boue, le plus solidement malhonnête homme qui ait paru de longtemps», comme disait Saint-Simon du duc de La Feuillade ? Rien de tout cela. Simplement un bon roman... Un roman qui parle aussi du réel comme bien peu de romans français savent le faire..."
Michel Schneider, Le Point du 26 mai 2005

La malédiction d'Edgar de Marc Dugain,
roman chez Gallimard, 2005



Je mets en ligne aussi un article de Philippe Sollers:
Un roman de Michel Schneider
Marilyn s'allonge
Dans « Marilyn dernières séances », le romancier raconte comment, de 1960 à 1962, l'actrice la plus belle du monde eut avec son psychanalyste une relation secrète, destructrice, platonique, fascinante. Explications

L'apparition fulgurante de Marilyn Monroe et sa mort plus qu'étrange ont donné lieu à un tel déluge de commentaires, de fantasmes et de rumeurs qu'on est un peu perdu dans cette mythologie déferlante. Mais voici un fil rouge qui, s'il n'explique pas tout, se révèle d'une formidable efficacité. Il suffit de rappeler que John Huston aimait souligner la coïncidence entre l'invention du cinéma et celle de la psychanalyse. Quoi ? Marilyn Monroe et la psychanalyse ? Mais oui, et c'est là que surgit un personnage incroyable, Ralph Greenson, de son vrai nom Roméo Greenschpoon, le psy de la plus célèbre actrice du monde.
Michel Schneider a écrit un roman passionnant, qui est aussi un essai passionnant, à travers une enquête et une documentation passionnantes. Hollywood, en réalité, était un grand hôpital psychiatrique bouclé sous des trombes de dollars, et Freud, qui croyait apporter la peste à l'Amérique, aurait été fort étonné de découvrir que sa bouleversante découverte avait attrapé là un virulent choléra. Cinéma ou vérité des paroles ? Images ou surprise des mots ? Qui va avaler quoi ? Qui va tuer qui ? En Californie, disait Truman Capote, «tout le monde est en psychanalyse, ou est psychanalyste, ou est un psychanalyste qui est en analyse». Voici donc des séances vraies ou vraisemblables de cure, avec dérive de deux personnages se piégeant l'un l'autre, jusqu'à une folie fusionnelle mortelle. Le roman de Schneider, mieux que toute biographie, permet enfin de déchiffrer la boîte noire de ce crash. Pas de mot de la fin : la chose même, dans toute sa terrible complexité. Une très bonne écoute, donc. Du grand art.
Marilyn se révèle ici très différente de sa légende autoprotectrice de ravissante idiote et de sex-symbol. C'est une fille intelligente, cultivée par saccades, extrêmement névrosée à cause d'une mère démente, enfermée dans un corps de rêve qui fait délirer les hommes, ne sachant plus qui elle est ni à qui parler, contrôlant son image mais sans avoir la bonne partition sonore du film qu'elle est obligée de jouer sans cesse, sous le regard d'un spectacle généralisé que le nom de ses employeurs, la Fox, résume comme un aboiement. Seules les photos la rassurent, il y en a des milliers, c'est son tombeau nu de silence. On ne la voit d'ailleurs pas vieillir en caricature américaine liftée et bavarde. Elle ne voulait pas de cette déchéance. S'est-elle suicidée ? Probable. A-t-elle été assassinée ? Pas exclu. S'agit-il d'une overdose accidentelle de médicaments dont elle faisait une consommation effrayante ? Restons-en là. Marilyn ou la suicidée du spectacle ? C'est sans doute le bon titre de ce film d'horreur. Ce n'est pas tous les jours, en effet, qu'on rencontre pêle-mêle autour d'un cadavre éblouissant le président de la première puissance mondiale (Kennedy), un chanteur-séducteur star (Sinatra), la Mafia (à tous les étages), la CIA et le FBI, un écrivain estimable (Arthur Miller), un champion national de base-ball (Joe Di Maggio), un petit Français à la coule (Yves Montand), des tas d'amants plus ou moins anonymes (dont beaucoup ramassés au hasard) et enfin des millions d'Américains à libido simpliste, soldats, hommes politiques, ouvriers, machinistes, tous affolés du regard à la moindre manifestation de ce corps de femme. Naufrage du cinéma : ce Titanic pelliculaire rencontre un iceberg détourné de sa position, la psychanalyse. L'iceberg lui-même coule à pic. Rideau.
Car ce Ralph Greenson n'est pas n'importe qui. En principe, c'est un freudien strict, auteur d'un livre technique qui a fait date, ami d'Anna Freud, la fille du génie viennois. Seulement voilà : avec Marilyn, sa vie est chamboulée, il s'écarte de plus en plus de la pratique normale, voit sa patiente chaque jour pendant des heures, l'introduit dans sa famille et, sans coucher avec elle, se mêle de ses contrats en garantissant sa présence sur les plateaux (Marilyn a des retards légendaires). Il surveille ses médicaments, ses piqûres, ses lavements, joue la bonne soeur, repère la crainte maladive de sa patiente pour l'homosexualité sans peut-être se douter de sa frigidité, bref se lance à corps perdu dans une tentative de sauvetage très rentable. Schneider relève avec finesse qu'au lieu d'entraîner Marilyn vers le chemin classique père-vie-amour-désir il l'enfonce dans son angoisse mère-homosexualité-excrément-mort. Elle le mène en bateau, il s'installe. Comment aurait-elle pu s'en tirer ? Des enfants ? Peut-être, mais peut-être pas non plus. En 1955, Marilyn est, avec Truman Capote, dans une chapelle de Foyer funéraire universel (ça, c'est l'Amérique) pour l'enterrement d'une actrice, et elle lui dit : «Je déteste les enterrements. Je serais drôlement contente de ne pas aller au mien. D'ailleurs, je ne veux pas d'enterrement - juste que mes cendres soient jetées dans les vagues par un de mes gosses, si jamais j'en ai.» Elle n'en a pas eu, et c'est, bien entendu, une des clés du problème.
En février 1961, Marilyn est hospitalisée dans une clinique psychiatrique. Elle envoie une lettre bouleversante à Greenson : «Je n'ai pas dormi de la nuit. Parfois je me demande à quoi sert la nuit. Pour moi, ce n'est qu'un affreux et long jour sans fin. Enfin, j'ai voulu profiter de mon insomnie et j'ai commencé à lire la correspondance de Sigmund Freud. En ouvrant le livre, la photographie de Freud m'a fait éclater en sanglots : il a l'air tellement déprimé (je pense qu'on a pris cette photo avant sa mort), comme s'il avait eu une fin triste et désabusée. Mais le docteur Kris m'a dit qu'il souffrait énormément physiquement, ce que je savais déjà par le livre de Jones. Malgré cela, je sens une lassitude désabusée sur son visage plein de bonté. Sa correspondance prouve (je ne suis pas sûre qu'on devrait publier les lettres d'amour de quelqu'un) qu'il était loin d'être coincé! J'aime son humour doux et un peu triste, son esprit combatif.»
Schneider nous dit que cette lettre n'a été retrouvée qu'en 1992 dans les archives de la 20th Century Fox. On veut bien le croire, mais quelle inquiétante étrangeté ! Sensibilité et subtilité décalées de Marilyn, dont Billy Wilder disait : «Elle avait deux pieds gauches, c'était son charme.»
Qu'aurait fait Lacan avec Marilyn ? Rien, ou pas grand-chose. Il lui aurait démontré, par ses silences et ses saillies inspirées, qu'il était absolument allergique à l'industrie cinématographique, à Hollywood, à toutes ces salades d'argent et de pseudo-sexe. Il lui aurait demandé des prix fous pour venir le voir dix minutes. Au lieu de la materner et de la faire déjeuner en famille, il se serait montré indifférent à ses films comme à ses amants. Kennedy ? Sinatra ? Arthur Miller ? Les metteurs en scène ? La Mafia ? De braves garçons, aucun intérêt. Freud lui-même ? Sans doute, mais encore. Anna Freud ? Passons. Bref, en grand praticien de la psychose, très peu humain, il aurait poussé la paranoïa jusqu'au bout avec une patiente hors pair, à la séduction invincible, porteuse du narcissisme le plus exorbitant de tous les temps. Quelle scène ! Marilyn, devinée à fond, en aurait eu marre, et l'aurait peut-être tué puisqu'il ne lui aurait même pas demandé une photo d'elle. Voilà le drame de l'Amérique, et peut-être du monde : la psychanalyse n'y existe plus puisque le cinéma a pris la place du réel.

Né en 1944, Michel Schneider a été énarque, directeur de la Musique au ministère de la Culture et psychanalyste. Il est l'auteur de « Glenn Gould, piano solo » .

Par Philippe Sollers
Nouvel Observateur - 14/09/2006

Petite note sur cette critique de Philippe Sollers:
Évidemment, Ralph Greenson n'avait rien compris au transfert-contre-transfert, son diagnostic sur la peur de l'homosexualité de Marilyn était incomplet, s'y ajoutait la frigidité (sous-entendu peut-être: moi, je l'aurais décoincé) et bouquet, la question: qu'aurait fait Lacan? à l'opposé de Greenson, il aurait été infect avec la star qui l'aurait peut-être tué au lieu de se tuer. Un nouveau roman est dans l'air, clair: comment s'y prendre avec Marilyn quand on est Lacan. Mais chacun sait que le divan lacanien n'a pas été bénéfique pour tous les par(â)lants à Lacan. Il y a une condescendance déplacée dans la critique de Sollers; Schneider est moins sûr, pas trop sûr même, à preuve, 529 pages pour tenter de rendre compte de ce qui s'est peut-être passé entre Marilyn et Ralph, entre janvier 1960 et le 4 août 1962, jour où Ralph a été le dernier à voir vivante Marilyn et le premier à la voir morte.




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The Misfits d'Arthur Miller (1960)

1 Juillet 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

The Misfits d'Arthur Miller

 

TheMisfits.jpg

 

J'avais le livre dans ma bibliothèque depuis 1961, publié par Robert Laffont pour la Bibliothèque du Club de la Femme. 50 ans que ce livre attendait que je le lise. J'avais lu les documents précédant le récit, l'interview d'Arthur Miller, regardé les photos l'accompagnant prises sur le tournage du film à l'été 1960. C'est le projet  Pour Marilyn qui m'a poussé à le lire, parce qu'il semble qu'il y ait beaucoup de points communs entre Roslyn et Marilyn, Marilyn inspirant Arthur Miller, son mari encore, quand il écrit ce scénario. "J’avais conçu ce film comme un cadeau pour elle et j’en suis ressorti sans elle."
"Même enfance difficile, même relation névrotique avec la mère, faite d’intimité et de rejet, même angoisse, même solitude, même sentiment d’abandon, même regard émerveillé et enfantin sur le monde dès qu’il s’agit d’enfants ou d’animaux ; mais cette admiration candide se transforme en scepticisme aussitôt que les hommes s’approchent un peu trop près et tombent amoureux d’elle," écrit Serge Toubiana. En Roslyn, Marilyn se montre parfaite. "Elle était merveilleuse, dira John Huston. Elle ne jouait pas. Elle vivait vraiment son rôle." J'ai vu le film quand j'ai eu fini le livre, deux jours pour lire, deux heures pour voir.
Ce récit me paraît encore très actuel par ce qu'il raconte de la disparition d'un genre de vie, d'un type d'hommes sous les coups de boutoir de l'industrialisation et de la consommation. Les fiers mustangs de la conquête de l'Ouest sont capturés pour être transformés en pâtée pour chiens et chats. Les cow-boys se clochardisent. Après les 30 glorieuses, nous sommes entrés dans les 40 ruineuses sauf pour les banquiers et quelques autres et jusqu'à ce que les indignés soient des millions. Et cette histoire de « paumés », de « désaxés », de désemparés (je ne mets pas de «  » à ce mot qui est la traduction de 1961, « désaxés » étant le mot d'aujourd'hui, désemparés parce qu'il me semble le plus proche de la réalité du quatuor :
3 H et 1 F, 3 H tombant amoureux de la même F, Guido d'abord, Gay ensuite vers lequel elle va aller, Perce enfin qui demande à Gay s'il peut ou non marcher sur ses plates-bandes; 3 H voyant en Roslyn ou cherchant en Roslyn, 3 types de F, elle-même cherchant en Gay, un H pouvant évoquer le père, un H auquel faire totalement confiance), cette histoire donc vaut métaphoriquement pour des millions de spoliés, désindustrialisés, paupérisés, déplacés, déclassés … Mais l'essentiel de cette histoire n'est pas là pour moi, car les conditions socio-économiques ne pèsent pas trop sur ces personnages : à part Guido prêt à la fin à y renoncer, ils refusent les gages, le salariat et l'esclavage concomitant pour rester libres (Gay, Perce) dans ce désert du Nevada, dans ces paysages de collines et de montagnes désolées, à perte de vue. Ils n'ont pas de vie de rechange, n'imaginent pas d'autre vie, n'imaginent rien d'alternatif; 68 et l'imagination au pouvoir, la sobriété heureuse, la décroissance: ils n'en ont pas idée mais ils ont des vérités tirées de leur expérience. Cette nature joue son rôle en ce sens qu'elle amène les personnages à voir plus loin que le guidon. Ils méditent sur le ciel, les étoiles, la vie, la mort : ils sont en contact avec le temps éternel et accèdent à des vérités exprimées avec des mots simples mais ô combien profondes (les chapitres 10 à 12 en sont remplis ; je retiens celle-ci de Guido sur et à Roslyn : Vous avez le don d'émotion. Vous êtes vraiment dans le coup.Tout ce qui arrive à quelqu'un c'est comme si ça arrivait à vous en même temps ! Une vraie bénédiction.)
Cette vérité sur Roslyn est la clef du récit. Son empathie, sa compassion pour les salades, les lapins (c'est vivant un lapin ! Ça ne le sait pas que ça fait du mal !), la chienne, les mustangs heurtent les mâles. Arthur Miller en a fait une vérité définitive.
L'interviewer : L'homme et la femme sont toujours en conflit, le pire est la victoire de l'un ou de l'autre, avez-vous dit récemment. Qu'entendez-vous par là et ne croyez-vous pas à la possibilité d'une vie en commun d'où toute idée d'affrontement stérile serait exclue au profit d'une aide mutuelle ?
Arthur Miller : Le conflit est insoluble. L'homme et la femme sont des êtres inconciliables. Tous deux veulent la liberté, mais ne l'entendent pas de la même façon. La femme dit : Tout est sacré. Il ne faut pas faire de mal à une mouche. L'homme répond : Il me faut la liberté à tout prix. S'il faut tuer pour l'obtenir, je tuerai.
Le récit raconte tout autre chose que cela. La révolte de Roslyn lors de la capture des mustangs traitant les hommes de cadavres ambulants fait éclater le trio : Perce est le plus vite convaincu du bien fondé de la position de Roslyn (qui est une position morale, plus qu'éthique ; elle  a une discussion avec Gay sur la bonté, sur le mal qu'on fait) ; Gay après avoir envisagé de lui faire cadeau de cette horde se ravise quand elle propose de lui acheter les chevaux pour les libérer mais c'est lui-même qui après avoir recapturé l'étalon libéré par Perce coupe la corde entravant l'animal ; Guido devient agressif, méprisant pour les femmes et Roslyn qui a fait mouche en lui disant : vous pourriez bien faire sauter le monde entier que vous n'éprouveriez pas de regret que pour quelqu'un d'autre que vous-même ! Sur 3 mâles, l'attitude vraie de Roslyn en a touché 2, sauvé 2, pas au sens religieux, pas sauvé du péché mais de l'instinct meurtrier, des pulsions de mort (Perce, celui qui a le plus de féminin en lui; Gay, le mâle qui a compris dans son combat avec l'étalon que s'il était encore le plus fort, ce n'était que pour un temps; seul Guido reste avec son agressivité, son amour-propre; Roslyn avait eu raison quand elle avait réagi à propos de la grâce; pourquoi Guido n'avait-il pas appris la grâce à sa femme ?). Rien à voir avec le sentimentalisme féminin du lieu commun véhiculé par Arthur Miller et tant d'autres. C'est cette face de Roslyn qui me paraît la plus prometteuse : sa capacité d'émerveillement, son éblouissante beauté qui irradie et fait que les 3 en tombent amoureux, en partie en compétition, ses questions, ses jugements, sa capacité à sentir l'autre, sa vulnérabilité désarment les guerriers. Bien sûr, elle a des hésitations, des peurs, ne sait pas trop si elle doit faire confiance ou retourner à sa solitude pour ne pas être déçue tant son désir de fusion, de communion est fort. Mais en fin de compte, elle se livre, va même jusqu'à envisager un enfant avec Gay, un enfant courageux dès le début.
Le récit emprunte au scénario. Arthur Miller dit pourquoi dans Note de l'auteur. Ce que j'ai trouvé intéressant c'est que le narrateur de ce récit mettant l'accent sur ce que voit la caméra n'hésite pas à objectiver sa narration en utilisant le ON impersonnel ou des adjectifs démonstratifs, ce qui amène le lecteur à s'attarder tant sur les expressions des visages que sur les pensées ou sentiments qui traversent les personnages, que sur les paysages et leurs effets sur les protagonistes. Ces notations littéraires, philosophiques, psychologiques, poétiques ouvrent beaucoup de perspectives que le film ne peut rendre.
Une œuvre forte qu'on peut trouver collection Pavillons poche chez Laffont, sans doute dans une meilleure traduction que celle de 1961, sans nom de traducteur ; les mœurs ont heureusement changé.

 

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Quant au film, je le trouve assez fidèle au récit avec un parti-pris de gros plans et non de panoramiques sauf pour les paysages ce qui permet d'apprécier ce qui se passe dans les cœurs, sur les visages. Marilyn est formidable, son visage est habité, son regard parlant, sa voix en français pas très convaincante. Les autres sont également formidables : Clark Gable qu'on voit devenir sinistre puis s'adoucir à la fin, usé par son combat avec l'étalon, Montgomery Clift, à la fois drôle et tragique, doux aussi et Guido, Eli Wallach, très ambivalent, à l'amour-propre exacerbé comme Gay car l'incompréhension entre eux est lié à cet amour-propre, facile à blesser, facile à maîtriser aussi, quand on accepte la part de féminin en soi que représente Roslyn : vous avez le don de vie, Roslyn ! Vous voulez vivre pour de bon ! lui dit Guido. Elle l'a déjà affirmé :  À la vie ! Quelle qu'elle soit !

                                                                                 Jean-Claude Grosse, le 23 juin 2011

 remember the misfits by adesso et sempre

 

 

 

 

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Marilyn et JFK/François Forestier

1 Juillet 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Note de lecture
Marilyn et JFK
François Forestier

Voilà un livre qui s’appuie sur une documentation considérable. Pas moins de 122 titres sont énumérés dans la bibliographie.
Cela rejaillit-il sur l’écriture ?
Voilà un récit assez peu chronologique puisque démarrant le 22 novembre 1963 à Dallas, jour de l’assassinat de JFK, se terminant presque sur la mort de Marilyn, le 4 août 1962. Le dernier chapitre étant consacré à La grande lessive, au grand nettoyage, avec l’assassinat à Washington, le 12 novembre 1964, de Mary Pinchot Meyer. Chapitre suivi d’un In memoriam édifiant consacré à 25 personnages de cette saga sordide vue sous l’angle du sexe. JFK fut-il un grand président ? À part quelques allusions, l’auteur nous livre en pâture la frénésie sexuelle de JFK, celle de MM, ces deux exacerbés du sexe ne semblant pas se retrouver que pour la culbute. Cette saga se déroule au vu et au su de tous sans que ça transpire dans les journaux car les ausculteurs des culbutes du président et de la star par Magnet-o-Phones planqués, photos  compromettantes  (mais cela suppose une attitude de coincé, les moeurs ont tout de même fortement évolué et ceux qui étaient, sont choqués par les galipettes n'ont après tout qu'à ne s'intéresser qu'à leur vie privée et pas à celle des autres) et autres moyens d’espionnage ont tous des dossiers sur les autres, peuvent jouer de l’arme du chantage, s’en serve jusqu’à la mort de MM. Sont dans le cirque à scruter la piste, le FBI et Hoover à titre personnel (tenu par le pénis pour une photo de fellation détenue par deux membres de la Mafia), la CIA et Angleton à titre personnel, la Mafia et plusieurs de ses membres à titre personnel (qui finissent très mal comme Sam Giancana, tortionnaire des balances et violeur de MM, un soir de bourre), Robert Kennedy, Joe DiMaggio (le plus propre, le plus fidèle, le plus aimant), Ralph Greenson le dernier analyste de la star (démoli par l'auteur) et d’autres, détectives privés travaillant pour plusieurs clients et pour eux-mêmes, spécialistes des écoutes travaillant pour plusieurs clients et pour eux-mêmes… Chacun est regardé pendant qu’il regarde.
On sort de cette lecture, lessivé. Le mythe JFK est réduit en miettes. La famille Kennedy, Joe en tête, apparaît pour ce qu’elle est, cynique, manipulatrice, idéologiquement raciste, quasi fasciste (pour Joe, le père tout puissant). Le mythe MM explose : en particulier, elle était sale, (mais cela renvoie peut-être à ce qu'elle a été salie, toute petite et comme on ne veut pas, sait pas quand on est petit la responsabilité du violeur, on se fait sale, on se croit sale... mais l'auteur n'a pas ce genre de réflexions, pas davantage sur ses "caprices") clivée entre la star et Norma Jeane. FBI, CIA, Mafia, organisations de l’ombre apparaissent en pleine lumière, manipulatrices, en conflit et se rendant de mutuels services.
Tout cela se passe en pleine guerre froide avec des moments particulièrement risqués : la baie des Cochons, Berlin, l’affaire des missiles soviétiques à Cuba.
Sûr qu’on aimerait que ces histoires de cul trouvent leur toute petite place (et encore car les histoires de cul ça ne regarde que les intéressés mais l'intrusion dans la vie privée ça commence avec les ragots entre voisins et ça grimpe tous les échelons jusqu'au 7° ciel) dans une fresque d’envergure. Dans la guerre culturelle entre l’Occident et l’Union soviétique, les USA ont été particulièrement offensifs pour compenser l’adhésion des intellectuels de gauche, très majoritaires, au modèle communiste, transformé en modèle totalitariste par des idéologues et propagandistes américains et par quelques « théoriciens ». Le livre de Frances Stonor Saunders, Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle, publié chez Denoël en 2003 est éloquent à ce sujet.
Je reprocherai à l’auteur de faire du mauvais esprit : il le revendique dans l’avant-propos. Son mauvais esprit consiste en jugements de valeur lapidaires sur certains personnages, certains faits. Le style est plutôt débraillé, fait pour aller vite, à la hussarde comme JFK (le coup en 20 ou 40 secondes):
il y a monsieur raf raf,
« Marilyn pourrit tout, autour d’elle, en cercles. »

« Un jour, une femme de ménage trouve une petite culotte noire dans le lit du président. Elle la rapporte à la first lady. Jackie va voir son mari, lui tend la dentelle, et se contente de dire :
-    Pas ma taille
Franchement, il y a quelque chose de pourri à Camelot. » (page210).
Et je pourrais continuer ainsi.
Ce mauvais esprit là pourrit tout, autour de lui, en cercles, à l’image de la pourriture qu’il décrit et juge. C’est le Tous pourris des spectateurs de la politique spectacle, de ceux qui ont viré leur cuti, communistes devenus front national, soixanthuitards devenus cyniques hommes d’affaires, banquiers de haut « vol », voisins- voisines du ragot de caniveau…
François Forestier est journaliste au Nouvel Observateur.

Jean-Claude Grosse, le 22 juin 2009

Marilyn dernières séances

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Les entretiens d'Altillac 2 avec Marcel Conche

1 Juillet 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #les entretiens d'Altillac

Visite à Marcel Conche

 

Marcel-Conche1.JPG

photo François Carrassan

 

François Carrassan et moi-même avons rendu visite à Marcel Conche pendant la Pentecôte 2011. Nous avons fait le choix de ce week-end dans une sorte de somnolence intellectuelle et nous en avons payé le prix, le 11 juin, avec des bouchons en série, aux péages, sur des rétrécissements de voies, sur des jonctions d'autoroutes, tous les points noirs entre Toulon et Montpellier en passant par Aix, Arles, Nîmes où c'était la féria sur 9 kilomètres d'autoroute avant Nîmes. De quoi faire l'expérience infernale de la société de la bagnole et, comme dit Guy Debord, de ses esclaves motorisés.
Après Montpellier, en allant vers Millau, Rodez, Figeac puis Gagnac sur Cère, découverte et traversée de paysages superbes, variés par des routes vides, la France rurale, la France profonde, celle des éleveurs et des producteurs invisibles ce jour-là. Quel contraste entre l'agitation d'en bas, dans les plaines, et le silence des plateaux, des Causses...
Trop de retard pour rendre visite, le samedi soir.
L'hostellerie Belle Rive à Gagnac est accueillante et paisible.

Nous passons le dimanche avec Marcel Conche. Les échanges sont vifs, enjoués. Marcel rit beaucoup. Il est question d'Éric Weil, François ayant été son étudiant à Nice. De Clément Rosset, aussi, qui, fidèle à Nietzsche, n’a jamais vu dans la morale autre chose que l’expression du ressentiment. Et François s’amuse à rappeler que Rosset résumait la pensée de Weil ainsi : si quelque chose ne va pas, appelez la police… Et François évoque une conférence donnée par Eric Weil, dans les années 1970, devant une assemblée de professeurs de philosophie inquiets pour leur profession qu’on cherchait à réformer. Le titre en était  L’avenir de la philosophie. Les professeurs s’attendait à une défense corporatiste de leur métier. Et voilà que Weil développe, indifférent à leurs revendications, sa thèse de la philosophie comme mise en ordre du monde en proie à la discordance et à la violence. Et il concluait sa conférence en disant que, devant le désordre présent du monde, la philosophie avait un bel avenir. Il ajoutait pour finir : « l’homme charnel en moi dit hélas ». Ce fut le coup de grâce pour l’assemblée. Et François rit encore en revoyant  les mines dépitées des professeurs qui n’avaient que leur pitance en tête.
Marcel considère que la question du fondement de la morale est une question pour philosophe ; dans la pratique, les gens n'ont  pas besoin d'un fondement pour suivre sans les connaître, les impératifs  kantiens.  (Marcel ne se situe pas sur ce plan pour fonder la morale universelle des droits de l'homme, mais sur ce qui se passe quand deux personnes acceptent le dialogue, Hitler et un Juif par exemple ; mais  là, on peut se douter, contrairement à Marcel, qu'Hitler balancera son discours raciste et sa solution finale à la tête du Juif, et que  le principe du dialogue ne suffit donc pas à garantir une égalité d’échange entre Hitler et le Juif, comme entre deux humains en général; à quoi Marcel rétorque que si Hitler balance un tel discours, il n'est pas dans le dialogue lequel est clairement défini dans Le fondement de la morale).


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photo JCG

 

Conversation à sauts et à gambades dans une atmosphère bien peu ordinaire, avec un homme allant sur 90 ans, d'une mémoire exceptionnelle (dates, noms, prénoms, circonstances, faisant remonter, revivre le passé de la Corrèze sous Pétain, la famille, les amitiés nouées pendant la scolarité …), d'une assurance intellectuelle tempérée par de rares concessions, passant des sujets philosophiques aux questions personnelles, avec naturel, des vérités philosophiques aux opinions politiques (son opposition à l'intervention en Libye, la blague corrézienne de Chirac, la candidature israélienne au FMI, la démocratie et la non-satisfaction des besoins vitaux et humains pour de plus en plus de gens), aux sentiments (tomber amoureux, être amoureux, aimer), conversation en va et vient permanent entre la Grèce antique et le monde d'aujourd'hui, mise en perspective particulièrement éclairante.
Échappées sur les improvisations permanentes de la Nature, sans plan, sans pensée (dernière en date : la bactérie tueuse), les poètes, les créateurs étant ses rejetons qui, comme l’homme, n’auraient jamais dû exister… (Rires).
Des sujets sont plus ou moins approfondis :
De l'homme à l'animal : continuité ou discontinuité ? Quel est le rôle du  cerveau  dans  l’expression de la pensée ? (exemple de Bergson avec L'évolution créatrice ou Les données immédiates de la conscience dont les chapitres s'appuyant sur des recherches scientifiques sont dépassés.)
Comment parler de la spécificité de l'homme en dehors des notions de conscience, d'intentionnalité ( pour Marcel, par le « Dasein » défini comme l'Ouvert ; l'homme : « être » ouvert à ce qui s'offre à lui, sur quoi il peut porter un nombre indéfini de jugements vrais alors que l'abeille ne sort pas des significations « abeille » de son monde d'abeille) ; mais reste entière la question de l’apparition de cette ouverture ( de cette « éclaircie » comme dit Heidegger)…
La fonction des droits de l'homme (sur ce sujet, François propose une  position  intéressante à partir de la formule bien connue de  Montesquieu : une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi, mais elle doit être loi parce qu’elle est juste ;  mais les sauts et gambades n'ont pas permis de développer : nous nous sommes égarés ou éloignés du sujet) ; si les droits de l'homme sont le moyen pour l’individu de s’opposer à l’ordre établi et  à la loi étatique dès lors qu’il ressent leur injustice (cf. logement, nourriture, santé, éducation) et s’ils sont, dans le même temps, définis par l’Etat, n'est-on pas dans une situation paradoxale ?  Il arrive aussi que les Droits de l’Homme soient relativisés au nom de la souveraineté nationale ( un concept qui ressemble de plus en plus au phantasme d’un passé et d’une puissance perdus ) et soient sacrifiés au nom de petits arrangements entre amis de la scène internationale
 

Marcel-Conche.JPGphoto FC

 

Le scénario proposé par Christian Girier : Un Infini bonheur ou Le pot de miel et le tsunami, semble intéresser Marcel comme le projet de livre Avec et sans Marcel Conche dans l'esprit de Philosopher à l'infini. Projet pouvant voir le jour pour fin 2012.
 

 

Remarques pertinentes  sur Avec Marcel Conche, dans le cas d'une réédition.
 

 

François prend à la dérobée quelques photos de Marcel. Ce qui en émerge, c'est le côté bien planté sur terre de l'homme. Indéniablement, Marcel est paysan par tout un tas d'aspects : il est rusé (ruse différente de celle du paysan mais née dans ce monde), se sert de ses capacités pour tracer son chemin de liberté. Et il a toujours  raison…

 

Marcel conche3

photo FC

 

Le retour se fait le lundi sans problème majeur. Revenant déjeuner à un restaurant de Lunel, pratiqué le samedi, François a le plaisir de retrouver un carnet noir, échappé d'une poche. Hasard, signe, destin ? Les mots manquent.

 

 

 

JCG et FC

 


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Les entretiens d'Altillac 2 avec Marcel Conche

1 Juillet 2011 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #les entretiens d'Altillac

Je rendrai visite à Marcel Conche durant le week-end de Pentecôte, les 11-12 et 13 juin 2011.
J'aurai avec moi, le livre Avec Marcel Conche auquel ont contribué 28 auteurs et qui est sorti des presses le 27 mai
On ne trouvera pas dans ce livre ma Note sur un silence. On la trouvera ici.
 
1105-104_couv.JPG
J'aurai peut-être aussi la réponse d'Edgard Gunzig, mon ami cosmologiste, organisateur des rencontres de Peyresq, à la question que m'a posée Marcel Conche :
jusqu'à quand peut-on prévoir une éclipse, quelques années, siècles, millénaires, plus ?
Jean-Claude,

ça dépend évidemment de la précision souhaitée, mais avec "une assez bonne précision" (de l'ordre de la seconde) on peut prévoir plusieurs siècles à l'avance, même plusieurs millénaires et même dizaines de millénaires, voire cent à deux cents millénaires ; dans ces derniers cas je ne sais pas très bien avec quelle précision ...
Par contre pour les millions d'années, la prédiction est impossible, le système est totalement chaotique (imprédictible).

NB Je connais un logiciel qui permet de prévoir les éclipses et les positions de toutes les planètes de - 5000 environs avant J.C. jusqu'à + 100.000 ans après JC.
Le spécialiste Français de cette prévision à très long terme est le professeur Lascar du Collège de France ...


Amitiés à Marcel
 
Je lui proposerai un scénario de film qui serait réalisé par Christian Girier :
Un Infini bonheur ou le pot de miel et le tsunami
Et mon ami François Carrassan lui présentera son livre à venir :
Il n'y a pas d'autre monde
 
Le silence d'Émilie
de Marcel Conche
(paru le 19 octobre 2010)
 
édition hors commerce
sur souscription
20 euros franco de port
à l'ordre des Cahiers de l'Égaré
669 route du Colombier
83200 Le Revest
 
COUV le silence emilie
entre Marcel Conche, philosophe et Edgard Gunzig, cosmologiste 
 
J'écrivais l'article ci-dessous: Marcel Conche sur le départ pour la Corse, le 4 juillet 2008.
Dans quelques jours, vers fin juillet (2009) mon ami Marcel va quitter la Corse pour revenir dans la maison de son enfance, des circonstances rendant possible ce retour, aujourd'hui souhaité.

Il raconte dans Corsica, son séjour corse qui a duré un an.

C'est donc en Corrèze qu'Edgard Gunzig et moi irons le voir, le 11 novembre 2009.
Dans Les dossiers de la Recherche N° 35, trimestriel de mai 2009, Le big bang, il y a un article d'Edgard Gunzig: L'espace-temps s'est créé lui-même, apprécié par Marcel. J'attends beaucoup de cet échange que je filmerai entre un métaphysicien de la Nature et un théoricien de l'autoémergence de l'Univers.
Depuis le Journal IV, Diversités, j'ai reçu la plaquette Regard N° 104 consacrée aux réponses de Marcel Conche et d'Émilie à un questionnaire auquel deux numéros avant avait répondu Michel Onfray.
Pour ceux qui suivent le cheminement de Marcel, Télérama comme le Nouvel Observateur ont parlé de la muse de Marcel, je crois qu'il faudrait plutôt dire son initiatrice à la "religion" d'Émilie.

Regard est une aventure plus que sympathique que l'on doit à l'artiste
Chaque plaquette est tirée à 2500 exemplaires approximativement.
On s'y abonne pour 18 euros les 6 N° à l'ordre de
Regard-Marie Morel
01260 Le Petit Abergement.

Autant j'avais trouvé assez plates les réponses de Michel Onfray, autant celles de Marcel Conche m'ont paru aller à l'essentiel, pas du tout dans le goût du jour (le mauvais goût).
 
Celles d'Émilie me semblent en partie stéréotypées, je veux dire que lorsqu'on lit ses lettres dans le Journal étrange ou Confessions d'un philosophe on a affaire à une écriture et à une pensée, la brièveté des réponses semble limiter la profondeur de sa pensée. Je préfère donc ses lettres à ce qu'elle dit dans ce Regard.
Quant à Marcel, il me semble avoir "compris" Émilie, sa "religion" et je suis sûr qu'il avancera encore en compréhension puisque avec Émilie, une manifestation concrète et complexe d'harmonie avec le Tout est incarnée. Ce pourrait être le cas de bien d'autres à condition d'avoir l'héroïsme du coeur, d'être dans la Bonté.

Exemples:
Avez-vous assez de temps ?
Non, jamais assez dit Michel Onfray,
Oui, toujours plus qu'il ne m'en faut dit Marcel Conche,
Jamais répond Émilie.
Qu'est-ce qui vous rend heureux ?
Mille petites choses dans une journée. Michel Onfray
Les traités de paix. Marcel Conche
La poésie de la vie. Émilie.
Que préférez-vous chez les autres ?
la rectitude répond Michel Onfray,
la bonté répond Marcel Conche,
la justice répond Émilie.
 
Je signale aussi la parution dans le N° de juillet-août de Philosophie Magazine d'un entretien de Brigitte Bardot, commenté par Marcel Conche. C'est réjouissant car à son pessimisme pensé évoquant Cioran et son inconvénient d'être né, Brigitte Bardot répond en contre-point par son amour des animaux et de la nature, en quoi elle est sur la ligne de la Bonté du Tout, plus essentielle que l'unité des contraires: amour-haine, paix-guerre... caractéristique des mondes humains. À corriger par cette constatation fondamentale que si l'humanité avait choisi la loi du plus fort, elle n'existerait déjà plus; c'est bien la considération du faible, de l'enfant qui a permis à l'humanité de persévérer.
Jean-Claude Grosse, le 4 juillet 2009

Marcel Conche
sur le départ pour la Corse

Mon ami Marcel Conche quitte dans 3 jours (on est en juillet 2008) le village où j'allais lui rendre visite pour une autre région où j'irai aussi lui rendre visite. La prochaine avec Edgard Gunzig, cosmologiste ami, pour une discussion filmée entre un philosophe du Tout et un chercheur de l'origine de l'univers. Ce devrait être une de ces rencontres dont on verra les images tant que nous durerons.
À 86 ans, ce changement de vie, de pays, de visages, de paysages, révèle l'ouverture d'esprit et de coeur de cet homme qu'on ne peut réduire à la seule dénomination de "philosophe" même s'il en est un, éminent, convaincant.
Il s'offre un avenir, un destin. Il s'offre à un à venir, à des hasards de rencontres nouvelles.
Ce qui garde jeune de coeur.
Je lui souhaite de longs matins devant la mer.

 

Elle est retrouvée
quoi ?
L'éternité !
C'est la mer mêlée au soleil
(ou)
C'est la mer allée avec le soleil
Arthur Rimbaud


Poème manuscrit de JCG


Je suis heureux d'avoir publié sa conférence de Toulouse du 27 janvier 2008, parue le 1° juillet, juste pour son départ: La voie certaine vers "Dieu"

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