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Blog de Jean-Claude Grosse

Un été avec Montaigne/Antoine Compagnon

20 Août 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Un été avec Montaigne

Antoine Compagnon

Éditions de l’Équateur/France Inter (avril 2013)

Voici donc en petit livre, un an après, les 40 chroniques données par Antoine Compagnon sur France-Inter vers midi, en juillet août 2012, sur proposition de Philippe Val, le videur condamné de quelques humoristes dont Stéphane Guillon, indemnisé par la justice à nos frais pour 235000 euros.

L’objet est plaisant à lire, je n’ai pas écouté les chroniques. Et vite lu. En une journée d’oisiveté. On ne passe pas l’été avec Montaigne et encore moins une vie. Paradoxe d’un livre qui veut nous (re)donner le goût de lire Montaigne, à sauts et à gambades, de lire, relire Les Essais, œuvre d’une vie, consubstantielle à l’homme c’est-à-dire que lisant Les Essais, on a affaire au plus près, au plus intime, au plus profond, au plus sincère, au plus authentique, à Montaigne, se décrivant dans son parler non pédantesque, non fratesque, non plaideresque, mais plutôt soldatesque et se construisant par lui.

Pourquoi donc nous proposer un été avec Montaigne quand c’est une vie avec intermittences qu’on peut y passer ?

Disons donc qu’on a affaire à un coup médiatique et éditorial qui a dépassé les espérances des initiateurs (de 5000 exemplaires prévus à plus de 90000 vendus).
Le contenu de l’opuscule justifie-t-il ce succès ? À mon avis, non. Mais c’est ainsi et ça parle du temps d’aujourd’hui, de ce qu’on lit, comment, pourquoi. Chaque chronique part d’une citation, plus ou moins resituée dans son contexte, dont le sens est restitué pratiquement par de la paraphrase de qualité, sens éventuellement actualisé. C’est donc plus un opuscule pour novices en Montaigne que pour lecteurs considérant Les Essais comme faisant partie des dix livres pour vivre vraiment.

Un manque essentiel : l'approfondissement de cette notion de Nature si employée par Montaigne, se conformer à la Nature et à sa nature, Nature est un doux guide.

Marcel Conche qui s’est mis à Montaigne à 44 ans en est un des lecteurs importants d’aujourd’hui auquel on doit la mise en évidence de Montaigne philosophe. Sa préface à l’édition des PUF, Quadrige 2004, comme le plan rigoureux qu’il dégage des grands essais en fin d’ouvrage font aujourd’hui référence. Antoine Compagnon a choisi l’édition de la Pochothèque de 2001. Je conseille bien sûr ses deux livres : Montaigne ou la conscience heureuse, Montaigne et la philosophie (aux PUF) qui n’atteindront jamais 90000 exemplaires. Dommage.

De l’opuscule d’Antoine Compagnon, j’ai tout de même dégagé un questionnement.
Se retirant sur ses terres et dans sa librairie pour rendre hommage à son ami La Boétie, étant dépossédé du cœur de son tombeau, Le discours de la servitude volontaire, Montaigne change au bout de quelques années de projet, non pas écrire un tombeau à l’ami mais s’écrire, se décrire, se construire, au petit bonheur la chance, pas seulement. L’épitaphier inabouti Montaigne est devenu l’essayiste inachevé Montaigne, curieux de tout et d’abord de lui donc des autres et inversement, doutant aussi de tout, assuré de rien, ne voyant jamais le Tout ou le tout d’un sujet, voyant que tout change, fluctue. Ce livre-homme, cet homme-livre, portant en lui l’humaine condition qui a si bien parlé de l’amitié, parce que c’était lui, parce que c’était moi, n’a pas réussi à faire récit, légende de son ami comme homme, œuvre, vie alors que Les Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque était un de ses livres préférés.

Il y a là pour moi, un mystère et un défi. Il me semble, c’est un de mes projets, que nos disparus, nos chers disparus méritent au moins des épitaphes au plus près de ce qu’ils firent, de ce qu’ils furent. Je serai donc épitaphier.

Me reste à lire : Comment vivre ? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse de Sarah Bakewell.
Jean-Claude Grosse

Un été avec Montaigne/Antoine Compagnon
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Montaigne en politique/Biancamaria Fontana/Agone

20 Août 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Montaigne en politique

Ce livre de Biancamaria Fontana, paru chez Agone, un éditeur de livres parlant du monde, ouvrant des pistes, est intéressant à plus d'un titre.
Situant Les Essais dans le contexte de l'époque, essentiellement les guerres de religion et la conquête du Nouveau Monde, il permet de corriger le portrait habituel, traditionnel de Montaigne et d'en montrer l'actualité.
On voit Montaigne en sage stoïcien, sceptique pour ce qui concerne l'état du monde, l'action politique, s'isolant du monde, suspendant son jugement, ne prenant pas position par prudence, par relativisme culturel, se faisant matière de son livre, développant un individualisme préféré à toute position partisane de soumission à des dogmes vrais seulement pour ceux qui y croient.
Biancamaria Fontana montre comment ce portrait un peu forcé de Montaigne, trop influencé par les postures des grandes figures de l'Antiquité, est décalé. Montaigne n'est pas un sage par imitation de l'Antiquité mais par son propre cheminement. Le ton des Essais évolue au fil de l'écriture, devenant plus personnel, l'argumentation comme les exemples prenant de plus en plus appui dans le présent et sur l'époque. Et c'est ce cheminement personnel qui permet de prendre la mesure de l'actualité des Essais. Une question comme la liberté de conscience est une question posée avec la plus grande acuité dans nombre de pays en particulier musulmans. Après les révolutions du Printemps arabe de 2011 qui ont semblé être des révolutions irrésistiblement démocratiques, le désenchantement est grand qui voit partout s'installer des régimes islamistes, résolument
opposés à toute forme de laïcité. La question de la tolérance, au cœur de la réflexion des Essais, est significative de la difficulté épistémologique rencontrée lorsqu'on se demande si on peut trouver des règles, des modèles valant universellement pour le gouvernement des hommes et des sociétés. Montaigne construit sa propre réflexion à la fois par rapport au corpus antique et par rapport aux théories ou essais de son temps : Machiavel,
Bodin, La Boétie. Tantôt en accord, tantôt en désaccord. Montaigne construit sa réflexion librement, confrontant les points de vue, les faits, les événements, les personnes. Il constate que les époques changent, que les hommes sont divers et contradictoires, que ce qui vaut aujourd'hui ici n'a pas valu hier et ailleurs. Cette instabilité a pour cause l'irrationalité de nos comportements, de nos croyances, de nos opinions. Cette volatilité, cette opacité rendent impossible toute prédiction sur les effets d'une décision individuelle ou collective, prise en haut de l'État ou en bas. Ce qui a échoué là-bas, hier, réussira peut-être ici, demain. Si donc on ne peut trouver de règles, de modèles valables universellement en postulant une nature humaine, comment décider, agir ? Faut-il s'abstenir ? L'expérience peut-elle aider ? Le dernier chapitre des Essais n'apporte pas de réponse car comme dans beaucoup d'autres chapitres, les exemples sont contrebalancés par des contre-exemples, les théories par des contre-théories. Il est vain de croire au pouvoir de la raison, barrée épistémologiquement par l'irrationalité profonde de l'homme. L'exemple de l'Édit de Nantes avec toutes les valses-hésitation avant, après, a une valeur de grande actualité puisqu'on voit tous les pays du printemps arabe refuser la liberté de conscience, la séparation de l'État et de la religion, vouloir un régime islamiste, un président croyant. Il semble évident que les peuples religieux sous influence des Islamistes, des islamiques, des salafistes, des wahhabites, des frères musulmans ne veulent pas de la démocratie à l'occidentale et que ce modèle n'est sans doute pas prêt de s'y développer. Pour le dire autrement et comparativement, autant le combat pour les droits de l'homme a été essentiel pour ruiner les pays de l'est, autant ce combat semble peu efficace en terres d'Islam comme d'ailleurs en Chine.
Ce sont les rapports de force entre tenants d'opinions différentes, de croyances exacerbées qui semblent décider. Une minorité agissante peut être plus décisive qu'une majorité silencieuse. Une majorité arriérée, inculte peut être un frein, un obstacle à ce qui semble bon pour la société, sa modernisation. L'affrontement des valeurs ne se tranche pas par le débat mais par l'affrontement, le combat même si on trouvera des contre-exemples. L'Histoire ne donne pas de leçons, la politique se fait au petit bonheur la chance ou au grand couperet des désastres. Par suite les notions de juste milieu, de prudence prisées par les anciens ne sont pas opérantes. Elles ont à être définies au cas par cas. Tantôt il sera bon de ne pas intervenir dans le débat ni de prendre position ou partie. Tantôt il sera souhaitable de prendre position, voire partie. Montaigne a été plus présent dans les combats de son temps qu'on ne l'imagine que ce soit entre les deux camps, catholiques et protestants ou à Bordeaux comme maire par deux fois. Et l'étude des choix faits par Montaigne montre comment il navigue, méfiant vis à vis des puissants, éloignés des vraies valeurs par la cupidité, l'appétit de pouvoir, la flatterie courtisane, méfiant vis à vis des réactions spontanées des gens humbles ou pauvres, plus réceptif envers les réactions des gens de moyenne région. Montaigne accorde son intérêt à la médiocrité, entendant par là le bon sens, l'honnêteté des gens confrontés aux problèmes du quotidien. Nulle aristocratie dans son comportement, nul élitisme. Montaigne se sent bien dans la solitude mais bien aussi au contact de ses semblables. Il est soucieux de l'élévation de ses semblables par une éducation du jugement.
Ce livre m'a permis de nuancer ma vision trop traditionnelle de Montaigne et de corriger ma vision de sa relation à La Boétie. Il se démarque du Mémoire sur la pacification des troubles, de son ami. On sait par ailleurs comment la publication tronquée du Discours sur la servitude volontaire sous le titre de Contr'Un par les protestants obligea Montaigne à se justifier par le livre II avec l'apologie de Raymond Sebond et le chapitre sur Julien l'Apostat.

JCG

Montaigne en politique/Biancamaria Fontana/Agone
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Shakespeare antibiographie/Bill Bryson

19 Août 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Shakespeare

Antibiographie

Bill Bryson

traduit par Hélène Hinfray (à signaler)

Petite Bibliothèque Payot 2012

Préparant un projet pluriel sur Shakespeare et Cervantes pour 2014-2016 avec 40 à 45 auteurs de théâtre anglais, espagnols, français, allemands, américains, canadiens… je ne pouvais que tomber sur l’antibiographie de Bill Bryson.

L’auteur, amoureux de Shakespeare, a, sans employer l’expression et sans en avoir l’intention, écrit un livre quantique sur le Barde. Éternellement insaisissable, il est l’équivalent littéraire d’un électron. On ne peut déterminer à la fois la vitesse et la position d’un électron, ce sont les relations d’incertitude. Shakespeare est un électron caractérisé par le flou quantique, tantôt onde, tantôt corpuscule selon l’observateur et son regard, d’ici et de là en même temps, selon la non-séparabilité de l’espace, un mystère car on ne sait quasiment rien sur lui malgré des milliers de livres érudits (on n’a que 14 mots de lui), un mystère s’épaississant avec le temps, un mystère qui a bénéficié de quelques hasards chanceux, de quelques autres malchanceux, qui a suscité admiration et passion souvent au mépris de la vérité, quelqu’un dont on ne sait pas comment s’écrit vraiment son nom ni quelle apparence il a réellement.

Ce n’est que le 9 mars 2009 que le Shakespeare Birthplace Trust a authentifié le seul véritable portrait connu, peint de son vivant (vers 1610) dit portrait Chandos.

Quant au nom du Barde, on peut l’écrire Willm Shaksp, William Shakespe, Wm Shakspe, William Shakspere, William Shakspeare, Shagspere. La prononciation n’est pas plus assurée que l’orthographe. L’Oxford English Dictionary a retenu Shakspere.

Bill Bryson (dont je découvre l’humour) a déclenché chez moi grâce à la traductrice, Hélène Hinfray, un rire rabelaisien, hénaurme. Comment ne pas rire en comparant nos pratiques d’auteur avec droits d’auteur, édition, protection de l’œuvre, salons et fêtes du livre avec dédicaces à celles du temps de Willm, l’œuvre appartenant à la troupe, n’étant pas publiée le plus souvent, œuvre écrite en vitesse pillant des histoires déjà existantes, des répliques déjà dites, sans souci de précisions orthographiques, historiques, psychologiques ?

Comment ne pas rire en comparant le monde du théâtre élizabéthain et notre univers théâtral contemporain ? Dans des conditions particulièrement difficiles à cause de la peste, des fermetures de lieux, des incendies, des interdits, des amendes, des querelles, de la compétition entre troupes, sur une période de 75 ans environ jusqu’à la fermeture des théâtres par les puritains en 1642, plusieurs auteurs majeurs voient le jour : Marlowe, Shakespeare, Ben Jonson. Un art s’invente, prenant toutes libertés avec les règles du théâtre antique, intrigues et personnages étant considérés comme faisant partie du domaine public, une langue s’élabore avec jubilation (d’où mon allusion à Rabelais). Qu’invente notre théâtre subventionné avec droit d’exclusivité et pratiques opaques de carriéristes professionnels ? Le In en Avignon fait un appel massif à des troupes étrangères. Quelles langues nouvelles s’élaborent dans la déconstruction, l’hybridation, la transversalité ?

Le quantique Shakespeare se dérobe à la précision, au portrait, à l’analyse, à la biographie, à la biobibliographie, à l’étude de texte et de l’œuvre car on n’est jamais sûr de rien. L’Enquête sur Hamlet de Pierre Bayard est finalement simple, à la condition d’être sûr d’avoir la bonne version de la pièce (on en connaît trois), ce qui n’est nullement prouvable malgré le folio de 1623. Pas d’enquête simple par contre pour le Barde, non par volonté délibérée de sa part mais parce que la fin du XVI° et le début du XVII° en Angleterre sont des temps de troubles, de désordres, d’effervescence sans assurance du lendemain (la plus grande performance de Shakespeare est d’avoir passé le cap de la première année de vie).

Le nombre d’anecdotes montrant le peu que nous pouvons savoir est ahurissant (mais nous savons sur lui plus que sur ses contemporains), de quoi faire une pièce qui devrait clouer le bec aux érudits. On sait presque tout pour presque rien d’assuré. Le Barde est comme le chat d’Erwin Schrödinger, à la fois vivant et mort (à prendre presque au pied de l’expression) et aucun observateur ne pourra dénouer l’énigme. Il est un sourire sans visage comme le chat du Cheshire de Lewis Carroll.

C’est toute la force de cette antibiographie très documentée et brève à la fois de nous mettre en présence d’un homme opaque, d’une œuvre floue et de les situer dans un contexte de chaos et de désordre. Autrement dit, la place du hasard est essentielle dans la construction de ce qu’on sait du Barde comme un peu d’ordre naissant du désordre ambiant caractérise sa vie et son œuvre : rien d’un homme maître de son destin et de sa plume, l’opposé des sûrs d’eux, des assurés, une illustration de l’application possible des théories physiques les plus modernes non seulement à l’univers mais à l’homme. Ce à quoi s'est essayé Gérard Lépinois dans Le hasard et la mort, publié aux Cahiers de l'Égaré. À la vérité se substitue la probabilité et l’improbabilité. Sans Henry Condell et John Heminges, pas de folio 1623 sauvant 18 pièces d’une perte irréparable. Alors qu’a disparu Cardenio qui s’inspire d’un personnage de Don Quichotte. On ne pourra jamais reconstituer la pièce. On ne peut que réinventer une intrigue. Un roman américain se serait saisi de cette histoire. Cette possibilité de réinvention, d’invention, des milliers de livres l’ont utilisée. Délia Bacon avança la thèse que le véritable auteur était son homonyme Francis Bacon. Même Freud y alla de son fantasme, Shakespeare n’étant autre qu’un Français, Jacques Pierre. 50 prétendants ont ainsi été proposés.

C’est cette espèce de folie érudite et spéculative qui provoque en moi, un rire hénaurme, le foutage de gueule de Bill Bryson donnant au sourire du chat tout son pouvoir de floutage.

L’homme est insaisissable, son œuvre partiellement incertaine, contenant nombre d’incertitudes indécidables. Profitons sans vergogne de ce legs qui n’est pas un héritage laissé par Wm mais bien un legs constitué par la postérité. Lisons, jouons l’œuvre du Barde qui contient 138198 virgules, 26794 deux-points, 15785 points d’interrogation, 884647 mots dont 2035 inventés, 800 environ passés dans la langue courante devenue anglaise, ce qu’avait fait notre Rabelais quelques décennies avant avec la langue française (nous n’avons de la main du Barde que 14 mots) répartis en 31959 répliques et 118 406 lignes, où l’amour est évoqué 2259 fois et la haine, 183 fois.

Le Barde a commencé sa vie officielle, enregistré sous une inscription latine le 23 avril 1564 en calendrier julien donc le 3 mai 1594 en calendrier grégorien et l’a achevée sous une inscription anglaise le 23 avril 1616 toujours en calendrier julien (alors que Cervantes meurt vraisemblablement le 23 avril 1616 en calendrier grégorien).

Entre 1564 et 1585, sa biographie ne retient que quelques apparitions. Entre 1585 et 1592, on perd toute trace, ce sont les années perdues. De 1596 (année de la mort de son fils Hamnet à 11 ans) à 1603, c’est la renommée et une relative aisance, c’est la construction en une nuit de légende, le 28 décembre 1598, du Globe (qui brûlera en 1613) sur lequel on ne peut rien dire car ce qu’on sait c’est sur la foi d’un dessin d’un autre théâtre, Le Cygne, dessiné par De Witt en 1596, dessin perdu, malchance, mais reproduit, chance, par un ami de De Witt, dessin retrouvé, chance, en 1888. Le Shakespeare’s Globe Theatre de 1997 s’inspire de ce dessin. C'est l'acteur américain Sam Wanamaker qui fut l'instigateur de cette reconstruction. Il mourut 4 ans avant l’inauguration du théâtre situé à 230 mètres de l'emplacement historique.

Pendant les J.O. 2012 de Londres et au-delà, le Festival mondial de Shakespeare a produit plus de soixante-dix pièces du barde à travers le Royaume-Uni, pour ce qui s’est voulu la plus grande célébration de Shakespeare jamais réalisée. Un million de billets pour des événements qui se sont déroulés un peu partout dans le pays, depuis Stratford-upon-Avon où est basée la Royal Shakespeare Company jusqu'au Globe, reconstruit au bord de la Tamise, qui a accueilli des troupes du monde entier pour jouer chacune des 38 pièces du dramaturge dans une langue différente, La Mégère apprivoisée, donnée en ourdou, La Tempête interprétée en arabe, Troïlus et Cressida en maori, ou encore un Roi Lear en langue aborigène. Il y a même eu Peines d'amour perdues en langage des signes. Une troupe irakienne de Bagdad a mis en scène un Roméo et Juliette décoiffant : la division entre chiites et sunnites remplaçant le conflit entre Capulet et Montaigu, et le personnage de Pâris - celui autorisé à faire la cour à Juliette - étant un membre d’Al-Qaida. De même, une troupe tunisienne a joué une version revue et corrigée de Macbeth directement inspirée du printemps arabe et intitulée Macbeth : Leïla and Ben, A Bloody History, en référence à l'ancien dictateur Ben Ali et sa femme Leïla. Quant à la Compagnie hypermobile, basée à Paris, elle a joué Beaucoup de bruit pour rien. À qui pensait-elle ? Entre 2014 (450° anniversaire de la naissance) et 2016 (400° anniversaire de la mort), Hamlet sera joué par la Royal Shakespeare Company dans le monde entier.

Un de mes regrets en tant que shakespearien, c'est de n'avoir pu accueillir simultanément à la Maison des Comoni au Revest, Bernd Lafrenz et Gilles Cailleau.

Bernd Lafrenz, comédien allemand, joue en solo du Shakespeare depuis 30 ans en Allemagne et en France : 4000 représentations, 800.000 spectateurs, 1.500.000 kilomètres pour 8 pièces, Hamlet, Macbeth, Othello, Roméo et Juliette, Le Roi Lear, La Tempête, La Mégère apprivoisée, Le songe d'une nuit d'été. Il a présenté les 4 premières en français au Revest.

Gilles Cailleau a fait Le tour complet du coeur (toutes les pièces de Shakespeare en solo sous chapiteau pour 50 spectateurs, spectacle de 3 H 15 qui a plus de 400 représentations dont une semaine dans le jardin du Revest et dont j'ai édité le texte, 3 éditions déjà). Quelle belle rencontre cela aurait été. C'était prévu pour 2005. Mais la bêtise n'a pas d'horizon.

Me reste à lire une antibiograhie de Cervantes pour compléter « mon » projet pluriel 2014-2016.

Jean-Claude Grosse

Shakespeare antibiographie/Bill Bryson
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