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Blog de Jean-Claude Grosse

Shakespeare et la mouette à tête rouge

20 Avril 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées

deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées

Me rendant avec l'ami François Carrassan chez l'ami Marcel Conche en Corrèze du vendredi 8 avril au lundi 11 avril, nous avons écouté la première partie de l'émission La grande table sur France Culture le 8 avril, consacrée au manuscrit retrouvé de Hamlet par Gérard Mordillat.

Hamlet, la pièce la plus célèbre du répertoire mondial, a toujours fait l’objet de nombreuses spéculations érudites, notamment au sujet d’une éventuelle version antérieure. Ces hypothèses seraient-elle en passe d’être levées ? C’est la conviction de Gérard Mordillat, qui présente ici la formidable découverte qu’il doit à un universitaire anglais excentrique, Gerald Mortimer-Smith. Grâce à ce dernier, Mordillat a eu entre les mains une version d’Hamlet inédite, précédant de toute évidence la plus ancienne connue : le fameux « proto-Hamlet », écrit à quatre mains par Thomas Kyd et William Shakespeare ! A partir de ce document désormais disparu, Gérard Mordillat a reconstitué la pièce d’origine et il nous en propose ici la lecture, précédée du récit de sa découverte, dans lequel il reprend les hypothèses les plus audacieuses de Mortimer-Smith. On lit ici Shakespeare comme on ne l’a jamais lu. Il y aura un avant et un après Hamlet le vrai.

Écoute par hasard, bien sûr, et par hasard, Gérard Mordillat évoque le passage où Ophélie, Valentine, évoque sa défloration, son viol peut-être, sûrement même par Hamlet, comme elle a dû l'être par le Roi; elle est donc bonne pour le nonnery, le couvent ou le bordel...

L'enquête de Pierre Bayard sur Hamlet est également évoquée dans cette émission :

Aucun texte littéraire n’a probablement suscité autant de lectures et interprétations qu’Hamlet et n’a à ce point fasciné les critiques, qui n’ont cessé de débattre des ambiguïtés et des contradictions de la pièce, dont les principales concernent les circonstances dans lesquelles est mort le père du héros. Mais tous ces auteurs parlent-ils bien du même texte ? Ce dont témoigne Hamlet, en raison du nombre de ses commentaires, est de la difficulté, dans l’échange littéraire, à éviter le dialogue de sourds. Il est en effet impossible, quand nous discutons d’une œuvre, de sélectionner des passages identiques, de les percevoir à travers des théories semblables, d’inventer des questions qui ne soient pas marquées par une époque et par la personnalité de celui qui les pose. Bref, de parler de la même chose que les autres lecteurs. Trouver la solution à ce problème du dialogue de sourds est pourtant un passage obligé si vous voulons reprendre l’enquête inachevée sur la mort du père d’Hamlet. Et tenter, en reconstituant ce qui s’est passé il y a cinq siècles à Elseneur, de résoudre l’une des plus vieilles énigmes de la littérature mondiale.

Il se trouve que fin 2010 pour les 40 jours du départ de la mouette à tête rouge (moment rituel dans beaucoup d'endroits du monde), j'ai beaucoup écrit sur cette disparition, pensant à La Mouette de Tchekhov dont la structure reprend celle d'Hamlet et pensant bien sûr à Hamlet. Tout ce travail d'écriture a donné 3 textes édités :

L'île aux mouettes, 2012

L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, 2014

Là où ça prend fin, 2014. Ce que je rends public ici n'a pas été retenu pour ces éditions. Mais ces scènes continuent de m'habiter. Les ordinateurs sont des mémoires conservant si on le souhaite les différents états d'un texte. En voici un.

8 – Le narrateur - Lors d’une visite de l’époux à l’épousée, à l’hôpital. Une deuxième opération au cervelet a été réalisée, elle s’est bien passée. L’épousée sort de son coma artificiel progressivement. Elle est en réanimation. On est le 19 novembre vers 21 H. A-t-elle toute sa tête ? Les effets d’une anesthésie sont parfois surprenants avant le retour du patient à la conscience claire.

L’épousée - Bonjour ! c'est la Saint-Valentin. Tous sont levés de grand matin. Me voici, vierge, à votre fenêtre. Pour être votre Valentine. Alors, il se leva et mit ses habits, Et ouvrit la porte de sa chambre. Et vierge, elle y entra, et puis jamais vierge, elle n'en sortit.

L'époux - suave Ophélie ! ô cieux ! est-il possible que la raison d'une jeune fille soit aussi mortelle que la vie d'un vieillard ? Sa nature s'est dissoute en amour ; et, devenue subtile, elle envoie les plus précieuses émanations de son essence vers l'être aimé.

La fille – maman délire ! à quoi joues-tu ?

L'époux - je lui donne la réplique !

L'épousée - je ne délire pas ! croyez-moi ! je suis née le jour de la Saint-Valentin ! je suis femme de l'amour ! pour l'amour ! je vais vous dire ! c'est un jeu ! ils veulent me faire l’amour ! ils veulent me faire mourir ! je les entends chuchoter ! je les entends rire ! ils me triturent partout ! ils entrent leurs doigts dans tous mes endroits ! je témoignerai ! je les reconnaîtrai à leurs voix ! méfiez-vous du docteur ! il dit qu'entre lui et moi, il y a un fil ! c'est lui qui veut couper le fil ! ne le laissez pas s'approcher de moi ! soyez prudents ! discrets ! ne les laissez pas abuser de moi ! me salir ! je me sens sale ! salie !

La fille - maman, veux-tu le bassin pour uriner pendant que je suis là avec toi ?

La mère - tu me comprends ma fille ! je ne délire pas ! croyez-moi !

(Elle se met à chanter)

Ils l'ont porté tête nue sur la civière. Hey no nonny ! nonny hey nonny ! Et sur son tombeau à Corsavy, il a plu bien des larmes. Adieu, mon fils de lumière ! Voici du romarin et voici des pensées, en guise de pensées

(À l'époux) Voici pour toi du fenouil et des ancolies.

(À la fille) Voilà de la rue pour toi, et en voici un peu pour moi ; nous pouvons bien toutes deux l'appeler herbe de grâce, mais elle doit avoir à ta main un autre sens qu'à la mienne... Voici une pâquerette. Effeuille-la pour savoir combien je t’aime !

- Elle m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie … pas du tout ! (Treplev rit)

Je t’aurais bien donné des violettes, mais elles se sont toutes fanées, quand Cyril est mort ... On dit qu'il a fait une bonne fin. Car le passionné Cyril était toute ma joie. Et ne reviendra-t-il pas ? Non ! Non ! il est mort. Il ne viendra jamais. Il est parti ! il est parti ! Et je perds mes cris.

La fille - d'où sors-tu ça, maman ?

L'épousée - c'est le chant d'Ophélie ! mon chant !

L'époux - nous veillons sur toi ! nous allons veiller sur toi ! nuit et jour !

Le narrateur - Shakespeare, un comédien allemand, ami proche de la famille, célèbre pour ses interprétations des pièces de l'Anglais, est entré dans la chambre N° 8 des soins continus ; il est venu exprès de Fribourg, ayant compris la gravité de la situation

Shakespeare - ma chère Ophélie ! ne donne pas raison à la Reine ! (il joue la Reine)

La Reine - Il y a en travers d'un ruisseau un saule qui mire ses feuilles grises dans la glace du courant. C'est là qu'elle est venue, portant de fantasques guirlandes de renoncules, d'orties, de marguerites et de ces longues fleurs pourpres que les bergers licencieux nomment d'un nom plus grossier, mais que nos froides vierges appellent doigts d'hommes morts. Là, tandis qu'elle grimpait pour suspendre sa sauvage couronne aux rameaux inclinés, une branche envieuse s'est cassée, et tous ses trophées champêtres sont, comme elle, tombés dans le ruisseau en pleurs.

Ses vêtements se sont étalés et l'ont soutenue un moment, nouvelle sirène, pendant qu'elle chantait des bribes de vieilles chansons, comme insensible à sa propre détresse, ou comme une créature naturellement formée pour cet élément. Mais cela n'a pu durer longtemps : ses vêtements, alourdis par ce qu'ils avaient bu, ont entraîné la pauvre malheureuse de son chant mélodieux à une mort fangeuse.

L'épousée - la Reine n'aura pas raison ! ni l'eau du ruisseau ni l’eau du cerveau !

La fille - sers-toi de ta maîtrise de l'apnée, maman ! tu les auras !

L'époux – oui ! tu les auras !

L'épousée - je les aurai !

(elle s'endort, apaisée)

…..............................

Le narrateur - tous rentrent dans la chambre N°8

Shakespeare - ma douce Ophélie, tu es Verseau, comme Jeannot, verse l’eau de ton cerveau, joue au cerceau, toi qui aime faire des ronds dans l’eau avec les bateaux de Roro !

La fetite pille - mamie annie dodo bobo ! o ! o !

Le narrateur - tout d’un coup, de l’eau sort de la capeline que la mouette porte sur la tête, l’oreiller est inondé ; ils n’avertissent pas le personnel soignant

La fetite pille - mamie annie o ! plus bobo o ! plus dodo !

Le père - ma mouette rieuse ! tu as un cancer au niveau de l’utérus, là où tu as porté la vie deux fois ! cette grenade a métastasé dans le cervelet, dans les vertèbres lombaires, dans un ganglion

La fille - tous les endroits où tu dis avoir mal !

Le gendre - tu dois désactiver la grenade !

Le père - par apnée !

La fille - par apnée, maman !

Shakespeare - ma douce Ophélie, sors du noir ! entre dans la grande bleue ! dans le bleu du lac ! toi la magnifique aux cheveux rouges, voici les 24 roses rouges de notre mouette ! toi la magnifique en robe Mouette, voici les 24 roses blanches de la mouette ! va au profond de toi ! toi qui écoutes tant les autres et si peu toi ! écoute les mouettes criardes, les mouettes rieuses ! elles veulent te déchiqueter crue, vivante, toi, la mouette blessée ! fais la morte ! ma belle et pure Ophélie aux émanations d’amour ! elles détestent le silence !

(Ophélie entre dans sa 14° apnée ; une infirmière vient)

L’infirmière - dites-lui au revoir, elle est en train de partir

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! Merci !

(Ophélie est en apnée depuis une heure)

Le médecin réanimateur - votre épouse est décédée depuis une heure ! nous avons prévenu la morgue ! ils viendront la récupérer dans une heure !

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! merci !

Le narrateur - Depuis le démarrage de l’apnée, tous, après une lente inspiration, retiennent leur souffle, ferment les yeux, s’immobilisent. Ils tiennent plus ou moins longtemps. La poupée Kitty fait entendre sa musique. L’épousée soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une grande violence, replonge, reste quelques minutes, hoquet très violent, elle crache du sang noir et fumant, elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’époux. Là bas, à Baklany, au Baïkal, en synchronicité avec ce qui se passe ici, la chamane Koulbertichova sort de son rêve lucide. Elle vomit du sang noir et fumant. Elle bave, éructe. Elle est trempée par la transpiration. Les sœurs Gorenko, koutouroutsouks de la chamane, qui vivent à Baklany, sont en nage aussi, elles vocalisent kouarr kriièh kouêk, le cri de la mouette abattue dans La Mouette et tombée sur la plage, la même ou une autre.

Le père - tu nous reviens ?... elle nous revient !

Shakespeare - Ophélie, ma douce Ophélie, reviens-nous ! ta chaise t’attend ! tu sais que l'eau veut détruire ton cerveau. Tiens ! voici le crâne de César ! Que devient César une fois mort et changé en boue, poussière et eau ? il pourrait boucher un trou et arrêter le vent du dehors. Oh ! que cette argile, qui a tenu le monde en effroi, serve à calfeutrer un mur et à repousser la rafale d'hiver !

Ophélie, toi qui distilles le sublime amour, tu n’es pas encore destinée à l’eau et à la poussière ! à devenir boue bouche-trou !

Hamlet est fasciné par la mort ! Mourir … dormir, rien de plus ... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir … dormir, dormir ! peut-être rêver !

Ce ne sera pas ton dénouement, Ophélie ! Ta chaise t’attend ! Reprends ta place !

Le narrateur - L’épousée ouvre les yeux, sourit. Le brancardier de la morgue arrive, trop tard, trop tôt. Le personnel médical est sidéré. Le médecin réanimateur annule le PV du décès.

Ophélie - kouarr kriièh kouêk

(tous poussent un profond soupir de soulagement, vocalisent kouarr kriièh kouêk, tous embrassent la mouette, se pressent sur elle ! bienvenue ! à Baklany, la chamane Koulbertichova danse, les sœurs Gorenko vocalisent)

Shakespeare (hurlant pour l’obtenir) - … Silence ! (puis chuchotant) … Le reste … c’est silence …

À Marrakech,

du 22 décembre 2010 au 18 janvier 2011, pour le 40° jour,

pour le voyage de l’âme de notre mouette, 24 roses rouges

pour le voyage de l’âme de la mouette, 24 roses blanches

Jean-Claude Grosse

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