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Blog de Jean-Claude Grosse

L'été du Léthé/19 juin 2016

23 Juin 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture

le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf

le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf

L'été du Léthé

L'été du léthé a eu lieu le 19 juin, de 11 H à 17 H du côté de La Ripelle au Revest ; 8 participants,

4 F, Fabienne, Marie-Hélène, Muriel, Sylvie, 4 H, Christian, Lionel, Raphaël et moi

c'est la 1° fois depuis 2000 que je mets en pratique ce jeu de l'invitation à la Vie

que j'avais écrit pour Cyril Grosse et Katia Ponomareva

consignes :
vous penserez à vos maîtres secrets, héros de la mythologie ou héros ordinaires, un homme et une femme car nous sommes les deux, moi, je choisis Orphée et Hélène

notation sur votre cahier ou carnet des ressentis de la balade, elle durera entre 20 et 30’, ressentis les moins subjectifs possible, mettre à contribution les 5 sens; durée de la notation: 15'

lecture par chacun d’un texte de son choix, pas plus de 5’ (c’est très long 5’!); peut-être des textes de correspondances, de synesthésies
- Les correspondances verticales : pour Baudelaire, la réalité qui l’entoure est composée de symboles que seul le poète peut déchiffrer et qui lui permettent d’entrevoir le monde invisible et immatériel de l’Idéal, c'est platonicien, on peut s'en émanciper mais pas du vertical
- Les correspondances horizontales se traduisent concrètement chez Baudelaire par le mélange des sensations qui semblent se fondre, fusionner entre elles ; cf. le poème Correspondances :

« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent »

moi, j'ai lu aux compagnons Le dit de la petite pierre tirée de la mer


partage du repas, images bienvenues pour un éventuel film réalisé par Christian Darvey
sieste ou balade dans le coin, vers l’aire de battage, en traversant la forêt magique avec les panneaux de découverte pour les enfants à poney


un temps d’écriture, ressentis et correspondances, faire apparaître des connexions, des relations dans le désordre de ce qui est apparu, a été ressenti, de ce qui a émergé, souvenirs,
réminiscences et correspondances
un temps d’effacement, on gomme, on oublie, on efface et on garde, on trie, on ordonne ou on déstructure ou les deux, influence du Léthé sur l’été et de l'été sur Léthé

durée 1 H 15


le temps de lecture des textes de chacun
réactions éventuelles, j'appelle ça des retours amoureux, sur chaque texte et effectivement les retours ont été très fouillés, incitateurs pour d'autres éclaircies

durée 1 H

l'ensemble des textes sera lisible sur le site des écritures nomades

19 juin 2016, 11 heures du matin

dans la pinède oliveraie du château de La Ripelle

tu t'immerges dans les sensations

profusion de ce qui s'offre à tes sens

simultanément

successivement

parfums, couleurs et sons se répandent

se répondent-ils ? y a-t-il des correspondances ?

horizontales ? les verts des verdures s'orchestrent en chanson

trois petites notes de musique qui se font la nique

verticales ? la foultitude des feuilles de toutes sortes t'ouvre

sur l'innombrable, l'indéfini

et rupture, te ferme à l'inaccessible Infini

l'odeur du crottin des 50 chevaux, juments et poneys

envahit tes narines

hennissements, aboiements, raclements de sabots

mastication du foin, plus d'herbe verte à se mettre sous la dent

ça urine, ça défèque, ça bande, plutôt mou, c'est vivant

t'as pas ta jument pour te coller à elle, lui renifler le cul

tu penses à l'unité des contraires

tantôt simultanés, tantôt successifs

sûr, Héraclite a compris ce qui dynamise la Nature

elle est matin soir, nuit jour, hiver été, guerre paix, satiété faim,

vivant et mort, éveillé et endormi, droit et courbe,

montant et descendant, rassemblé et séparé, haut et bas,

consonant dissonant, commencement fin,

pur impur, beau laid, beaucoup et peu, vide et plein,

en repos en mouvement, mort et immortel, juste injuste,

esclave et libre, même et autre, réel et rêve

oui, tu l'éprouves : la guerre est père de toutes choses

mais dans cette guerre des contraires

le sens de la mesure est respecté

pas d'excès, une harmonie d'ajustement des proportions

y a que l'homme pour hubriser l'harmonie par démesure

3 cyprès se jettent sur le ciel, signatures ? griffures ?

les deux, mon visionnaire obscur, développe !

c'est violent

violon du vent, un reste de mistral, dans les branches

y a du Vent Gogh dans l'air battu sur l'aire de battage

4 scabrieuses (mot valise non ?) finissent de s'épanouir

commencent à faner

de si mignonnes fleurs pour mignonne

allons voir si la scabrieuse

qui ce matin avait déclose...

des scabrieuses modestes

pas tape à l'oeil comme les roses rouges, blanches du poète

qui d'amours piquées en est mort

le cycle de la vie de la mort là sous tes yeux hérissant ta pensée

discret cycle ralenti pour ne pas te livrer à l'angoisse

fourmi grosse de fourmis dans les jambes par imposture de posture

t'agitant sur la pierre de la restanque où tu es assis

la pierre ? fracas de la brûlure première se refroidissant sous tes fesses ?

fragment de lave en fusion se pétrifiant sous ton survêtement ?

premières cigales d'été excitant leurs élytres pour la suite des cigales

pies voleuses jacassant dans les ramures ombreuses

tu racontes quoi, là ?

rature ! homme des mots qui sonnent faux !

tu n'es pas Orphée pas d'orifice

lapsus pardon pas d'Eurydice à sanctuariser

celle qui est partie si vite t'a laissé son cahier d'éternité

son cahier de caresses

tu n'es pas Hélène pas de Pâris à parier

appariée que t'es à Man hélas auquel tu reviendras

tu ressens au tréfonds ses angoisses d'abandon

comment se libérer de l'angoisse ?

la dire, trouver une écoute, sans dialogue

ce 19 juin 2016, à 15 H, c'est l'été du Léthé

oublis et souvenirs

les effets du Léthé au petit hasard la chance

remontées des Enfers pour de très rares

descente en enfer pour le plus grand nombre

tu te souviens

19 mai 2001, disparition de la mère, dans son sommeil

elle t'avait fait ses adieux sous forme de bonne nuit, à demain matin

63° anniversaire de l'exécution des Rosenberg sur la chaise

5 décharges pour venir à bout d'Ethel

19 septembre 2001, disparition du fils, Cyril, du beauf, Pof

jamais vues les photos des corps percutés, refus obstiné

19 septembre 2016, tu n'iras pas à Cuba

mais tu rassembleras les amis chez toi pour une lecture

tu l'as oublié

le 30° anniversaire de la mort du mec Coluche

sa plume de paon dans le cul

il a fallu qu'une fille te rappelle l'accident d'Opio

tu te souviens à peine de l'adolescent que tu fus

il y a 60 ans

âme en panne d'amour mais pas d'imagination

qui se voyait des ailes dans le dos

brouillant les horizons

s'élevant pour repêcher la lune tombée dans l'eau

non non ce n'est pas qu'un reflet

tu le jures elle est vraiment tombée

dans le lac si vieux si profond si glacé

si Baïkal

à 10000 kms de ton lieu de surgissement

ce lac qui t'aimante

où tu veux vivre deux saisons de cavale en cabane

pour ton ascension, ton élévation,

là tu veux surprendre : remplacer la descente sous terre

par l'ascension sublime, en 2028

comme le racontera ta dernière bande, écrite avant

tu le jures elle n'aura rien à voir avec la dernière bande de Beckett

elle n'est pas tombée dans la salle verte du Riuferrer

au trou d'eau glacée de son village funéraire

au lieu de son enfouissement

là où tu as compris 40 ans après, le 28 août 2010

3 mois avant sa disparition foudroyante

que, femme, jeune fille de 16 ans, elle te désirait

et que ce serait pour le temps de sa vie

et pour le restant de tes jours

fini l'aiguillon des désirs

quelques sourires et quelques regards au fond de certains yeux

te suffisent

l'essentiel est devant toi

c'est quoi disparaître, s'y préparer

arriver là où ça prend fin,

elle : les bras remplis de riens

toi : les bras remplis de rien

Chagall inégal et sans échelle

tu regardes le ciel de ce 19 juin 2016

l'impermanence au-dessus de toi

nuages blancs devenant menaçants

soleil frappant puis caché

bleu qui ne te parle pas comme le Bleu Giotto ou le bleu Klein

ce ciel ne te parle d'aucune transcendance

il est ouverture sur la Nature, l'Infini, l'Éternité

qui sont la Présence, le Présent, toujours changeant et se cachant

tu ressens bien les fragments de l'Obscur, l'Héraclite

tu te rappelles ton rêve d'ailes nouvelles pour le moulin de La Ripelle

ton rêve de scène flottante sur le grand bassin du château de la comtesse

tu te rappelles la scène argentée des tragédiennes Persiennes

disant leurs véhémences scabrieuses nues sous la tunique

être injurié par de telles harpies, si laides, si difformes, quel luxe

tu te souviens qu'ici sur la terrasse du vieux moulin à huile

La Esméralda, Frollo, Phoebus, Quasimodo jouèrent leurs funestes amours

Médée dévora ses enfants pour châtier son Jason coureur de mers à engrosser

tu te souviens des boeufs à la Blue Note avec des musiciens de jazz jusqu'à l'aube

tu te fais une promesse

oui tu l'écriras l'histoire-lune-soleil séparés-emmêlés pour ta petite fille

et tous les enfants du monde

une belle histoire avec de bons sentiments

libérée de toutes les peurs de tous les péchés originels

comme le souhaitait ton amie Emmanuelle Arsan dans Bonheur

tu l'écriras avec elle le livre de l'innocence assumée assurée

de l'innocence désarmante, pas désarmée

le titre s'offre à toi : Pépé, le feu rouge, il est vert

titre venu de quand Cyril enfant parlait ainsi, il y a 40 ans

sur la route de Corsavy

Papy, le feu rouge, il est vert

tu te le promets, rien à voir avec Le Petit Prince

ça n'y aime pas du tout les hommes

toi, tu es ambivalent envers eux, amour haine

dans des proportions harmonieuses

tu ne tueras aucun homme

mais tu ne te laisseras pas bouffer par le prédateur

tu ne piqueras la place de personne

et tu assureras la transmission de tes places

tu aimeras ou seras l'ami de très rares femmes avec ce qu'il faut de distance et de proximité

et tu ne te laisseras pas séduire détruire

tu dis merci à ce 19 juin 2016 prolifique prolixe

pourquoi ce fétichisme des dates, des heures, des secondes Bleu Giotto ?

le Temps absolu c'est l'Éternité du Présent éternel, insaisissable, inconcevable

les dates c'est ta liberté

tu temporalises du présent vers le passé que tu ressaisis

du présent sur le futur où tu te projettes

et parce que ton temps qui passe, never more

n'est-il pas vrai qu'il a eu lieu

que ce sera toujours vrai que tu as eu lieu, for ever

tu ne sais toujours pas ce que deviennent nos livres d'éternité

amérindien pour quelques heures, pieds nus sur la terre sacrée

tu rends ce que tu as emprunté, ce qui s'est offert

une pierre sans beauté apparente, une caillasse banale

merci les filles et les garçons pour vos mots choisis

merci les verts de toutes les verdures

pour vos verts indicibles sur la page du poète

pour vos verts irreprésentables sur la toile du maître

le vert n'est-il pas la couleur du hasard, du jeu ?

le hasard n'est-il pas le grand joueur, le grand créateur ?

chance malchance, fortune infortune, amour naissant amour infidèle

tu joues du piano vert végétal

pour une rencontre de hasard

qui deviendra rendez-vous épisodiques

si ta po ésie rime avec sa peau aussi

19 juin 2017, tu renouvelleras l'été du Léthé

tu éditeras Le livre des cendres d'Emmanuelle

12 ans après sa disparition

10 ans que tu as ce manuscrit offert par son mari

il va sortir au Grand Jour

Jean-Claude Grosse, 19-23 juillet 2016

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