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Blog de Jean-Claude Grosse

Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

21 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

début du livre : Marcel Conche y donne un aperçu de sa philosophie.

J’en viens à des concepts clés, dont je fais usage habituellement.

Nature. J’entends, par là, la φύσις grecque, omni-englobante, omni-génératrice, qui englobe absolument tout ce qu’il y a. Je n’utilise pas la nature comme n’étant que la moitié du réel, par opposition à ce qui est culture, histoire, esprit, liberté, etc.

Ensuite, monde. Pour moi monde, c’est-à-dire cosmos. Un monde est nécessairement fini, contre Kant qui parle, dans sa première des Antinomies de la Raison Pure, du monde infini dans l’espace et le temps. C’est impossible et contradictoire avec la notion de monde, parce qu’un monde est nécessairement structuré, donc fini, parce qu’il n’y a pas de structure de l’infini.

Ensuite, mal absolu. C’est-à-dire mal qui ne peut se justifier à quelque point de vue que l’on se place. Qui est sans relations, absolu, veut dire sans relation, donc il n’y a rien qui puisse le justifier.

Ensuite, apparence absolue. Absolue, c’est-à-dire sans relation ; sans relation à un sujet ou un objet. C’est la notion que nous retenons de notre lecture de Pyrrhon.

Ensuite, temps rétréci. Nous ne pouvons vivre dans le temps immense de la Nature. Nous vivons dans un temps finitisé, que j’appelle le temps rétréci. Et c’est ainsi que nous pouvons croire à l’être, alors que nous ne sommes pas vraiment.

Ensuite, le réel commun. Je distingue le réel commun et le réel des philosophes. C’est-à-dire pour nous, être en tant que nous sommes des êtres communs. Ce cahier est réel. Pour un savant, c’est la même chose ; pour les philosophes, il y a autant de réels que de grandes métaphysiques. Pour les philosophes, d’abord, le réel est ce qui est éternel, et ce qui est éternel varie d’un philosophe à l’autre, d’un métaphysicien à l’autre.

Ensuite, scepticisme à l’intention d’autrui. C’est une notion dont je fais usage habituellement. Le scepticisme à l’intention d’autrui, cela veut dire d’abord que je ne suis pas sceptique. Je suis tout à fait assuré de la vérité de ce que je dis. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde ; alors je suis sceptique pour laisser une porte de sortie à ceux qui ne voient pas les choses comme moi. Parce que, si vivre dans l’illusion les rend heureux, pourquoi pas ? Cela ne me gêne pas du tout.

Ensuite, sagesse tragique. C’est une notion que j’ai empruntée à Nietzsche il y a trente-huit ans, dans mon livre Orientation philosophique, dans le chapitre Sagesse tragique. Je laisse de côté ce que Nietzsche entend par ce mot ; pour moi cela veut dire qu’il faut toujours s’efforcer de réaliser ce que l’on peut réaliser de meilleur, quoique ce soit périssable et appelé à disparaître.

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Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

16 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation.  2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation. 2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge

différents espaces et artistes du Jardin Rouge

Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

 

Présenter ainsi la Fondation Montresso : fondation dédiée à l'art contemporain au cœur d'une oliveraie de 11 hectares à une vingtaine de kilomètres de Marrakech, le long d'un oued pouvant être ravageur en cas de fortes pluies, (en arrivant au Jardin Rouge, j'ai vu une tour déstabilisée par une crue récente, hiver 2014, devenue tour penchée, bétonnée pour rester ainsi comme un mémorial) auquel on accède par une petite route sinueuse, très abîmée, après avoir traversé trois petits villages dont Oulad Bouzid (4 artistes ont réalisé des fresques murales dans l'école reconstruite du village) semblant à l'écart du progrès, c'est je l'espère révéler le caractère inédit, original de cette réalisation.
Loin des centres, lieux, manifestations qui font et défont les réputations d'artistes, la Fondation Montresso, créée en 1981, est due à l'initiative d'un collectionneur, JLH, collectionneur depuis 35 ans et qui pouvant venir en aide aux artistes, décide de devenir mécène, inventant un « concept » comme on dit aujourd'hui, consistant à accueillir en résidence des artistes choisis sur projets. Pour JLH, le mécénat devient une expérience de vie. Je l'ai vu discuter avec un des artistes en résidence, mettre la main à la pâte.

Les résidences durent de 2 semaines à 2 mois. Une première résidence est une sorte de prise de contact, un essai de compréhension de la démarche de l'artiste, invité à travailler dans son esprit, son style habituel. Connaissance faite, d'autres résidences permettent de solliciter l'artiste pour qu'il se perfectionne, s'aventure dans des formats plus grands, expérimente, se confronte aux autres résidents en se livrant à des cartes blanches. La Fondation met à sa disposition un des six ateliers. Il est hébergé, nourri, blanchi. Le matériel dont il a besoin est fourni ou pris en charge. Une présentation de fin de résidence met en valeur les œuvres réalisées pendant la résidence. J'ai pu voir les guerriers bantous, dos au mur de Kouka. L'artiste cède une œuvre qui va enrichir la collection permanente. La Fondation sort une plaquette sur l'artiste et ses réalisations (j'en ai reçu 5, elles sont très pertinentes, textes et photos) et le fait connaître à son réseau de collectionneurs ainsi qu'aux critiques d'art et journalistes spécialisés.
La Résidence Jardin Rouge a été opérationnelle de façon informelle à partir de 2009, la première saison culturelle a été pensée en 2014. Une vingtaine d'artistes ont été accueillis, d'horizons et styles divers, de pays différents. En 2016, un espace d'exposition de 1300 m2 a été inauguré. 3 grandes expositions annuelles y seront organisées. Déjà ont été exposés Gérard Dancinan, Olivier Dassault et très prochainement la 1° exposition XXL collective de quelques artistes résidents : Jonone, Fenx, Tilt, Cédrix Crespel.

Accompagnée de la chargée de communication, nous avons visité les ateliers, rencontré les artistes au travail, vu les œuvres réalisées, écouté les commentaires très documentés sur les œuvres et techniques des artistes, parcouru l'oliveraie, lieu d'accueil de sculptures monumentales, visité le somptueux espace d'exposition et d'événements avec grande pièce d'eau à gauche du hall d'accueil et deux espaces en dénivelé et en continuité où était exposé le remarquable travail d'Olivier Dassault.

Parcourant le site de la Fondation, lisant les documents fournis, j'ai tenté de comprendre la démarche et de l'interroger. « Passeur d'art », dit la brochure de présentation. JLH a cherché à partager son amour d'artistes, ceux qu'il a d'abord collectionnés puis ceux qu'il a ensuite sélectionnés pour les résidences. Les coups de cœur de JLH, les compagnonnages durables révèlent l'éclectisme du fondateur. Il s'agit donc d'une subjectivité qui s'affiche, s'affirme, en toute indépendance, sans souci d'histoire de l'art, sans souci de profit, de spéculation. Il s'agit me semble-t-il d'une démarche personnelle authentique de partage, d'un style de vie en lien avec des artistes vivants et à l'oeuvre. JLH ne nous a-t-il pas dit : « je pense que nous communiquons trop ; pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce propos me semble vouloir signifier que ce qui est premier pour le Jardin Rouge est l'expression des artistes. Un lieu au service d'artistes pour leur libre expression, pour l'épanouissement de leur expression.

La brochure de présentation signale d'autres objectifs. Un rayonnement international par coopération, collaboration avec d'autres manifestions, Mister Freeze à Toulouse, la librairie ArtCurial à Paris (édition du port-folio des réalisations de l'artiste allemand Hendrik Beikirch qui a réalisé le monumental portrait d'un vieux Marocain sur un mur en face de la gare de Marrakech). Une dissémination du concept par exemple en Chine, à Shenzhen, avec Le Jardin Orange. La recherche d' « un langage universel par la culture » afin d' « ouvrir et enrichir les regards et la curiosité. »

La démarche de la Fondation Montresso me semble exemplaire, au service des artistes accueillis. Rien à dire sur la sélection : elle relève de la responsabilité du Jardin Rouge. L'éventail des oeuvres des artistes que j'ai pu voir est large, éclectique, innovant dans certains cas (le travail à la bombe de Benjamin Laading ou le travail sur trame de Valérie Newland), inspiré de réalisations déjà installées dans le paysage artistique dans d'autres cas, par exemple le mouvement des graffitis new yorkais des années 1980, réactualisé, revisité au Jardin Rouge par Tats Cru + Daze (New York) + Ceet (Hong Kong).

Présentations de fins de résidence, événements dans le nouvel espace pour collectionneurs et « spécialistes », exportation des œuvres, autant de moyens pour promouvoir les artistes. La communication semble inévitable, nécessaire. Plaquettes de qualité, site, brochure sont les médias de cette communication. Le réseau de collectionneurs est évidemment la clef du succès pour la Fondation et « ses » artistes.

Cette démarche peut-elle permettre de créer un langage universel par la culture ? Qu'entendent-ils par là ? « Lorsque nous parlons de langage universel ce n’est pas tant dans son émission mais plus dans sa réception, l’idée d’être compris par tous. L’idée d’être un carrefour culturel par la rencontre d’artistes de différentes nationalités qui peuvent être amenés à créer ensemble suite à leur rencontre à Jardin Rouge, une réflexion créatrice artistique duale et mixte-culturellement. » Cette pratique peut-elle ouvrir et enrichir les regards et la curiosité ? La réponse est Oui pour ceux qui auront la chance de voir les œuvres, de rencontrer les artistes et qui voudront regarder. Ce sera le cas d'un petit nombre qui aura d'ailleurs du mal sans doute à mettre en mots son éveil, son réveil. Au contact d'une œuvre bouleversante, on reste sans voix.

La Fondation n'a pas le souci du grand public. Plutôt celui des amateurs d'art donc le souci de gens déjà en recherche pour qui l'art se distingue de la culture. L'art est spontanéité créatrice. Son résultat, l'oeuvre, n'est pas conçu, connu à l'avance. L'oeuvre est toujours surprenante, pour son créateur comme pour le « regardeur », mot employé dans la brochure. Montrée, exposée, l'oeuvre devient objet culturel, monnayable, inséré dans un discours par les critiques, dans une histoire de l'art par les historiens de l'art, elle devient objet de mode, à la mode, médiatisée par des médias serviles, marchandisée par le marché de l'art qui est particulièrement influent et influencé, prescripteur des nouveaux goûts, l'oeuvre perdant son pouvoir de surprise et parfois de bouleversement intime, la seule vraie influence d'une oeuvre.

Je pense donc que la Fondation doit continuer à mettre l'accent plus sur la singularité que sur l'universel. Un artiste est seul, son langage est singulier, rares sont ceux qui profiteront de son langage. Telle est la réalité. Les foules immenses qui se pressent à des rétrospectives consomment du patrimonial, des discours formatés qui leur disent quoi voir, comment voir. On est dans une manipulation de masse du regard devenu voyeur. Le Jardin Rouge échappe à cette hystérie consumériste. Il permet au « regardeur » de faire la moitié du chemin, de se faire « voyant ».

Merci à JLH et à ceux qui nous ont accueillis, la responsable artistique, la chargée de communication, les artistes.

Jean-Claude Grosse, Marrakech, 16 novembre 2016

P.S.: il serait intéressant de comparer si c'est possible Le Jardin Rouge et La Demeure du Chaos, près de Lyon, dont je suis les réalisations apocalyptiques. Cherchez sur internet.

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Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

16 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

Il y a 5 ans, le 16 novembre 2011, éclatait l'affaire Agnès M., suite au viol et à l'assassinat barbare d'Agnès,  allant sur ses 14 ans, par un lycéen du Chambon sur Lignon, condamné comme mineur et malade mental à la perpétuité, (seul cas en France, c'est dire la violence des faits et l'impossibilité ou incapacité de comprendre un tel acte).

Je réactualise donc cet article qui présente le livre pluriel, Elle s'appelait Agnès, écrit par solidarité et en empathie avec la famille, les grands-parents en particulier qui ont suivi l'écriture du livre, avant de me demander de ne pas le publier de façon comminatoire. J'ai satisfait à l'injonction jusqu'à ce que justice passe, 2 procès, juin 2014, octobre 2015. J'ai décidé de publier le livre après la projection du film Parents à perpétuité où les parents de Matthieu s'expriment, plus de 4 ans après les faits. Au moment de l'écriture, nous avons "oublié" les parents de l'assassin, sauf un texte entre Père et fils, signé François Lapurge.
JCG

P.S.

Hasard ou pas, ce 16 novembre 2016, diffusion du film Truman Capote, réalisé par Bennet Miller, avec Philip Seymour Hoffman et Catherine Keener dans le rôle de Lee Harper, l'amie et auteur d'un seul livre, livre culte, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Le film retrace entre autre la genèse du roman-vérité De sang-froid, en lien avec l'assassinat le 14 novembre 1959 de 4 membres de la famille Clutter dans un village du Kansas, Holcomb, par deux jeunes marginaux Perry Smith et Richard Hickock, qui finirent pendus le 14 avril 1965, Truman Capote les ayant suivis en prison, ayant assisté à l'exécution, épreuve dont il ne se remettra pas.

D'où mon interrogation: avons-nous eu raison de choisir la fiction, ne pouvant écrire des récits documentés tant sur Agnès que sur Matthieu ?

J’ai l’impression qu’il y a 3 choix possibles par rapport à l'écriture sur le mal, le silence (motivations multiples), la fiction, le document-vérité ( Truman Capote, Charles Reznikov dans Testimony ou Holocauste);
la moins dangereuse pour soi est la fiction me semble-t-il,
c’est pourquoi je suis peu réceptif à tout un tas d’écrits y compris de théâtre où on se met à la place de, après s’être documenté sur ce que vivent les gens dont on veut parler
(je ne citerai pas de noms, pas d’oeuvres)

Réaction d'un auteur de théâtre, Caroline de Kergariou :

Cher Jean-Claude

Je lis avec surprise ta postface à ton article et ne suis pas du tout d'accord avec ton propos.
Je suis littéralement descendue aux enfers (des mois de dépression majeure, un état de zombie) quand j'ai écrit LA CAVE qui est pourtant une pure fiction.
Alors, la fiction ferait-elle courir moins de risques à l'auteur ?
Peut-être cela dépend-il des gens... Petit détail supplémentaire : je ne me suis pas documentée sur l'affaire avant d'écrire, seulement après.
J'avais juste le souvenir de deux gamines mortes de faim dans une cave.
Je me suis demandé ce que l'on pouvait éprouver dans une telle situation, c'est ce que j'ai cherché à imaginer.

Amicalement, Caroline, Paris, le 20 novembre 2016

L'article de wikipédia consacré à ce qui s'appelle L'affaire Agnès M. présente cette tragédie me semble-t-il avec précision ; je reste dubitatif cependant sur toutes les remarques concernant les"défaillances" et "dysfonctionnements", les "erreurs et fautes" d'expertise qui ont suivi le 1° viol et l'entrée au Cévenol; après coup, il est facile d'exhiber la dangerosité du "monstre" (le terme a été employé sans vergogne par la presse) et de se faire le chroniqueur d'une tragédie annoncée; le débat qui a suivi la projection du documentaire Parents à perpétuité est très instructif à cet égard; des erreurs peut-être, des fautes, c'est à prouver; la famille d'Agnès a demandé en avril 2015 au Conseil supérieur de la Magistrature d'examiner les décisions de la juge qui a instruit la 1° affaire de viol ; elle « a fait preuve de manquements dans l'exercice de son métier de juge d'instruction ». « Nous demandons au Conseil supérieur de la magistrature d'examiner ce dossier et de prononcer à son encontre une sanction disciplinaire », concluent-ils. À suivre donc.

Les parents de Matthieu, l'assassin d'Agnès, s'expriment, les soeurs aussi, dans le documentaire réalisé par Anne Gintzburger, Parents à perpétuité, même titre qu'un article du Monde magazine du 15 novembre 2014, documentaire diffusé sur LCP Public Sénat, samedi 7 février et dimanche 8 février 2016. C'est un documentaire d'une grande force émotive et réflexive. On y apprend que le lycée du Cévenol a définitivement fermé. 76 ans d'histoire et toute une histoire de Justes balayée par deux crimes qui font poser la question: monstre ou humain ? Les parents et les soeurs (17 et 11 ans) répondent par une attitude exemplaire d'amour parental et soral; Sophie la mère est particulièrement touchante, le père Dominique dit des choses fortes; j'ai beaucoup apprécié les propos de Margaux, l'aînée (quelle maturité) et de Zelie la dernière (son histoire de Matthieu blanc et de Matthieu noir est parlante et sans doute cathartique). Matthieu est le seul mineur condamné à la perpétuité en France. Déclaré malade au 2° procès, il a été recondamné sans circonstances atténuantes. À son propos, un psychiatre a évoqué un OVNI scientifique. Marcel Rufo qui suit les parents parle de psychose mais ce n'est pas le nom de sa maladie, de sa pathologie. Son indifférence affective par rapport à son crime est ce qui fait problème, pas de regrets, pas de remords, pas de demande de pardon. Rufo se demande: sera-t-il capable avec le temps de sortir de cet état ? Une psychanalyste de mes amies m'a évoqué une structure possible de pervers paranoïaque. On ne peut qu'éprouver de l'empathie pour ces parents à perpétuité, pour les soeurs de Matthieu Bien sûr on n'oublie pas Agnès ni la famille d'Agnès.

Suite à la diffusion de ce documentaire que j'ai regardé deux fois, Les Cahiers de l'Égaré ont fait imprimer 100 exemplaires du livre Elle s'appelait Agnès, écrit par un collectif d'auteurs de théâtre, de professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse (éducateur en prison, directeur de prison pour jeunes, psychologue), livre écrit par solidarité avec la famille d'Agnès. Ces auteurs ont participé pour un certain nombre d'entre eux à la marche blanche du 16 novembre 2012 à Paris, à la mémoire d'Agnès. Il y a plusieurs textes en lien avec le double violeur-tueur car dans une telle tragédie, on ne peut dissocier le bourreau et la victime. Cela fit problème lors d'une rencontre des auteurs à Paris, en novembre 2012, indépendamment de la présence à cette réunion des grands-parents d'Agnès. Le texte Essai d'abjection introspective fut violemment critiqué. Moi-même quand je l'avais reçu, j'avais dit: il est irrecevable. J'avais dit à l'auteur: Prolonge ton texte sur ce qu'il éprouve au moment de l'acte monstrueux par ce que dit le bourreau après dix ans de suivi et de prison. Dans le 2° texte, le bourreau n'a pas changé d'un pouce, quelques mots seulement ont changé. Nouvelle proposition à l'auteur: Écris alors du point de vue de la victime, sa prise de conscience après coup qu'elle a eu affaire non au prince charmant mais à la beauté et à la monstruosité du diable au corps.

Deux lettres recommandées me sommèrent en décembre 2012 de ne pas publier le livre dont on avait prévu la sortie après le procès de juin 2013.

J'ai respecté l'injonction qui m'a été faite alors que rien ne m'empêchait de sortir ce livre pluriel, sur le plan judiciaire et pénal. Aucun nom, aucun lieu, aucune date en lien avec les faits, que de la fiction.

Pour remercier les auteurs qui s'étaient investis dans ce travail d'empathie et de solidarité, j'ai édité seulement les exemplaires d'auteurs du livre Elle s'appelait Agnès, en février 2015 après les 2 procès (2° procès en octobre 2014). Le livre était prêt depuis novembre 2012. Je l'ai édité hors commerce, exemplaires réservés exclusivement aux auteurs, soit 20 exemplaires.

Aujourd'hui, je réimprime 100 exemplaires en tirage avec PVP, partiellement diffusé en librairie mais aussi en vente directe. Et un exemplaire au dépôt légal, ce que je n'avais pas fait en 2015. Je transmettrai un exemplaire du livre à la famille de Matthieu pour leur montrer qu'ils ne sont pas seuls, même si on n'est pas nombreux. Si on avait vu le documentaire Parents à perpétuité, si on avait lu l'interview du 15 novembre 2014 dans le Monde magazine, cela aurait sans doute modifié les écritures des 20 qui ont écrit Elle s'appelait Agnès. Le livre existe maintenant, sans bruit, nourri de la tragédie de deux familles.

Avons-nous eu raison de donner forme à un élan d'empathie qui a été unilatéral ?

Reçu ce message :

Merci Jean-Claude de nous avoir envoyé la video de ce document formidable. Le témoignage de ces parents, surtout celui du père est très touchant, il pose des questions essentielles. C'est enseignant pour nous tous. La justice est paradoxale en reconnaissant Mathieu malade et en le condamnant à perpétuité (un mineur), au lieu de l'orienter vers un service de psychiatrie. Cependant le père note que Mathieu est mieux enfermé dans sa cellule. Il existe en effet des êtres qui se sentent plus en sécurité enfermés car ils perçoivent qu'ils ne disposent pas de défenses psychiques pour contenir ce qui les submerge. Et d'autre part, payer en prison peut être pacifiant par rapport à la responsabilité de leur acte malgré l'absence de culpabilité. La psychose est évidente chez ce jeune, c'est ce que j'ai perçu depuis le début mais c'est étonnant, il n'y a que Rufo qui l'évoque. Bien amicalement M-P

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Vers les dunes de Merzouga

6 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #voyages

dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre

dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre

Vers les dunes de Merzouga

Partis le lundi 31 octobre de Marrakech vers 9 h du matin, nous sommes revenus à Marrakech le vendredi 4 novembre vers 16 h. 1100 kms environ, en empruntant quelques routes inédites pour nous, particulièrement risquées suite à des pluies une semaine avant.

En six ans et plus, j'ai pu voir l'extraordinaire transformation du Maroc. D'abord les routes, beaucoup réaménagées comme la montée vers le col du Tichka à 2260 m, infernale montée, encombrée de poids lourds, devenue route à 3 voies. Ou comme la piste de 20 kms après le col du Tichka vers Telaouet, fief jadis du Glaoui dont la kasbah mal en point est devenue musée ; c'est maintenant une route praticable en cours d'élargissement, qui va devenir dans les deux ans qui viennent attractive pour les circuits touristiques. On arrive au célèbre ksar d'Aït-ben-Haddou en découvrant au passage celui de Tamedakhte. Pareil pour la plus extraordinaire route du Maroc, 137 kms entre Ouarzazate et Demnate que nous avons parcourue en 5 heures, à refaire un jour en sens inverse, route de flancs de montagne, de fonds de vallée, 10° en moyenne, route défoncée, noyée, bref, un régal pour le chauffeur qui a croisé en tout et pour tout sept 4X4 d'Espagnols frimeurs. Donc pas encore une route à touristes mais une route à couper le souffle par la variété des paysages. Et bien sûr la magnifique route du sud pour aller de Rissani à Ouarzazate par Tazzarine, Nkoub, Agdz. La route du nord de Ouarzazate à Errachidia puis Erfoud, Riffani est très prisée par les circuits touristiques car elle va vers les gorges du Dadès, de la Todra par la vallée des roses ou vallée du M'Goun. Il est évident que le tourisme est une source de développement pour ce pays et donc les infrastructures doivent être en bon état. Les entrées des villes sont particulièrement soignées. En cours l'entrée de Rissani. Les bâtiments publics, officiels sont mis en valeur, écoles, administrations. On voit apparaître des complexes sportifs et culturels en direction de la jeunesse, pas seulement à Marrakech. La flotte des taxis s'est intégralement renouvelée. Plus de grosses Mercedes polluantes sauf exception dans les coins les plus reculés. On voit de plus en plus des panneaux photovoltaïques pour faire fonctionner les pompes des puits et même les panneaux des contrôles de police.

1° nuit dans les gorges du Dadès dans un dar en hauteur, dominant les gorges dont la cascade. 2° nuit à la casbah Mohayout à Merzouga. 3° nuit en bivouac. 4° nuit à Ouarzazate.

Merzouga ce n'était rien, il y a vingt ans. En 2005, grosses inondations qui détruisent le village. Aujourd'hui, on n'a que l'embarras du choix pour être hébergé. Après 4 visites de kasbahs, nous optons pour la kasbah Mohayout.

C'est à partir de cet hébergement que j'ai fait ma première marche dans les dunes, le matin vers 9 30, ma première balade en dromadaire jusqu'au bivouac, 1 h ½ l'après-midi vers 16 h, ma première soirée et première nuit en bivouac, mon premier lait de chamelle. Le bivouac, installé dans une cuvette au pied d'une dune qui nous domine d'une centaine de mètres, accueille une vingtaine de personnes. Indonésiennes, Allemands, Belges, Français. Grande discussion le soir avec un Français dont je ne sais rien. Discussion sur le cosmos, sur notre petitesse. Pascal en pratique et sa peur des deux infinis, nous, nous y sommes habitués ou accoutumés. J'observe le ciel, la nuit tombe vite, vers 17 h 30. Je me lève deux fois pour, dans un silence d'une densité exceptionnelle, voir l'évolution de la voûte étoilée. Les pléiades, Orion me sautent dessus. Ce n'est que la 2° fois que la grande ourse et l'étoile polaire sont visibles. Il doit être 3 h du matin. Impossible de dormir. Ça cogite, en lien avec un texte écrit le matin à la casbah après la marche ardue dans les dunes et dont j'ai fait cadeau au personnel qui l'a encadré et affiché dans l'entrée. Ce fut une nuit méditative, une grande nuit, pas comme la nuit mystique de Pascal mais une nuit d'insomnie à forte charge émotionnelle et spirituelle.

Voici le dit des dunes de l'erg Chebbi à Merzouga :

 

1 – Ce matin 2 novembre 2016

fête des morts / de tous les morts

tu marches / pieds nus / sur le sable très ancien / des dunes de l'erg Chebbi

Les dunes ondunent / nés des vents de sable

Beaucoup de traces / d'empreintes /

pas assez pour tout imprimer / pas assez pour tout saccager

Les dunes sont plus vastes que les pas des hommes aux semelles de vent /

que les sillages des trials / des quads / des buggys / des 4 x 4

Tu traces ton sillage en tanguant sur des crêtes vierges

Tu ne remarques même pas le tracé / non loin de là / des chameliers et de leurs caravanes

Personne n'empruntera ton tracé

Chacun peut y aller de sa singularité

même si des habitudes s'observent /

beaucoup préfèrent les sommets / assez peu les cuvettes

Personne ne lira ton allégresse car cette marche ardue t'euphorise

Le silence t'enveloppe /

Yeux mi-clos / tu parcours formes et courbes /

douce sensualité / hors d'atteinte de tes mains / de tes désirs /

rien d'agressif dans ces ondulations figées / pas d'appel d'appâts charmeurs

Il a fallu tant et tant de tempêtes / pour aboutir à cette permanence / de rondeurs et d'arêtes /

qui fait la nique à l'impermanence du flux héraclitéen

Tu écoutes la chamade de ton cœur cardiaque après une rude montée

Tu te laisses rouler sur le sable ruisselant qui ne t'ensevelit pas

Ce soir / au sommet d'une dune / tu regarderas le coucher du soleil

puis le ciel étoilé te mettra en présence de l'infini et de l'éternité

Tu resteras sans voix / il n'y a pas de mots pour de tels moments /

Au petit matin / le lever du soleil te ramènera au temps circulaire /

celui qui s'écoule comme sable entre tes doigts de pied

Tu regardes le mur de pisé du Dar Mohayout où tu écris

La paille y laisse d'innombrables signes sans messages à déchiffrer

Les étourneaux s'approchent à vingt centimètres de ta page

Ils picorent des miettes sur la table en zellige

puis s'envolent dans un froissement d'ailes /

tu connais leur murmuration / quand ils sont des milliers / cherchant leur aire pour la nuit

Les eucalyptus s'agitent / frémissent selon

Ma page s'est remplie

Je retrouve mes esprits / je suis en vie / je pense à mes morts /

sont-ils redevenus poussière ?

Je leur dédie cette journée si particulière / moi au désert

Sable / Poussière / Est-ce même matière ?

 

2 – Ce 2 novembre 2016 vers 16 H

fête des morts / de tous les morts

tu grimpes sur ton dromadaire / en décubitus sternal

Quand il se relève / pattes avant puis arrière / en deux temps /

tu t'agrippes bien au harnais

Tu es en tête de caravane / tu accompagnes le mouvement de l'animal /

d'un mouvement du bassin sur la selle dure

Le guide suit une piste sinueuse évitant trop grandes montées ou descentes

Tu vois le sens de l'économie des efforts en acte / pas mesurés / cadence lente

Du haut de l'animal sans nom /

les musulmans ne leur donnent pas de nom /

auquel tu parles /

tu l'as nommé Joseph / Jésus ne doit pas être loin

tu vois bien la configuration des dunes sur 180° /

tu vois aussi qu'en avançant / ça change

Le paysage immuable change avec ton déplacement /

dunes après dunes / grandeurs variables /

Avant le bivouac / arrêt sur une arête /

grimpette glissante jusqu'à un sommet /

grimper une dune c'est expérimenter la reprise /

se reprendre / glisser et remettre ça /

épuisant

Au sommet / tu assistes à un coucher de soleil dans le désert / il est 17 H 30

tu te poses une question mystifiante /

si la lumière solaire met 8 minutes pour arriver sur Terre /

que vois-tu ? au moment où tu vois ce qui t'environne dont ton ombre immense ?

Pas d'émotion particulière / moins qu'au bord de l'océan / mais plus de questions /

le désert est pour toi propice au questionnement / c'est ton premier désert

c'est sans doute l'effet de la 1° fois /

Tu descends vers le bivouac / à grandes enjambées / t'es un géant de la descente

Accueil par les Berbères du campement / Thé vert à la menthe / Cacahuètes / Repas

Va savoir / toi qui en général préfères écouter / tu vas te mêler à une conversation

tu laisses passer l'épisode sur la mort de tout un tas de langues

tu saisis l'émoi pascalien d'un baroudeur s'interrogeant sur sa place dans le cosmos /

Qu’est-ce l’homme dans la nature ?

Un néant à l’égard de l’infini /

un tout à l’égard du néant /

un milieu entre rien et tout /

la nuit est tombée depuis un bon moment déjà / il regarde la voûte étoilée

c'est clair / on n'est pas à l'échelle / l'échelle des grandeurs donne le vertige

notre échelle de 24 H par jour / de 365 jours par an / ça fait petit

par rapport aux 100 000 années-lumière de la Voie Lactée que nous contemplons /

10 puissance 21

toutes ces lumières qui nous arrivent ont mis plus ou moins de temps pour nous arriver

regarder une étoile / c'est regarder du temps passé / une étoile vieille / peut-être morte /

et des distances astronomiques /

tu essaies de repérer les étoiles que tu connais / Les Pléiades

tu évoques les grands nombres /

les 10 puissance 40 /

10 puissance 47 molécules d'eau sur Terre

10 puissance 50 atomes pour  la Terre

10 puissance 85 atomes pour l'univers

50 billions de cellules pour le corps humain

8 ×10 puissance 60 d'intervalles de temps de Planck depuis le Big Bang

les petits nombres /

les 10 puissance – 20 /

une cellule humaine 10 puissance – 5

une molécule d'ADN 10 puissance – 9

un atome 10 puissance – 10

un noyau 10 puissance – 15

un quark / 10 puissance – 18

le temps de Planck / 10 puissance – 43 seconde

pour connaître tes chances à la loterie / évalue à 10 puissance – 9

pour tes chances au poker / à 10 puissance – 6

et soudain tu penses à la dune de 180 mètres qui domine le bivouac

des milliards de grains de sable accumulés / entassés

tu en es sûr / tu connais la théorie du grain de sable qui enraye toute machine /

et tu la pratiques chaque fois que tu as des chances de réussir le désordre dans l'ordre

à quelque part donc dans cette distribution / il y a

le grain de sable qui fera s'écrouler la dune de Merzouga en une grande vague ocre

quel grimpeur par une glissade aux effets secondaires inattendus provoquera l'effondrement ?

quel rapace se jetant sur le fennec des sables ?

quelle patte d'oiseau ?

Tu te lèves deux fois

vers 1 H du matin / tu repères sans difficulté Orion

et vers 3 H / elle est là / bien visible / l'étoile polaire /

à 5 fois la distance des roues arrière de la Grande Ourse

Au petit matin /

tu refuses de faire comme les autres /

tu ne grimpes pas au sommet de la dune /

pour regarder le lever du soleil /

tu ne seras pas dupe / même si c'est beau /

c'est ta Terre qui tourne sur son axe autour du soleil

 

3 – La tentation du désert

Les marchands de sable détestent prêcher dans le désert. Que le désert croisse !

Honneur à qui favorise le désert ! à qui recèle un désert !

Prophètes de malheur, annonceurs d’apocalypses naissent du désert. Brament dans le désert. Aboulique, la foule. Boulimiques, les masses. Venues du Nord, déferlent par les autoroutes du soleil. Maximalisation du Sud.

A l’heure de midi, le midi brûle. Le désert croît. Déserts, les chantiers. Licenciés, les ouvriers. Moi, les pieds dans l’eau. Indifférent au paradis.

Prophètes de bonheur, annonceurs d’âges d’or surgissent du désert. Exultent dans le désert. Mimétique, la foule. Léthargiques, les masses. Venues du froid, s’allongent sur le sable chaud.

Sieste sous parasol. A l’heure de midi, il fait nuit. Le désert croît. Déserts, les embarcadères. Désarmés, les rafiots. Moi, la tête dans les étoiles. Indifférent à l’enfer.

Les assoiffés de pouvoir déversent sur la foule, les grandes eaux de leurs mirages.

Fébriles, les assujettis fascinés par ces images qui ne désaltèrent pas.

Qui en appellerait à la traversée du désert ?

Sur les plages de sable, l’indifférence d’aujourd’hui. Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable, l’indifférence d’hier. Dure. Sèche. Érémitique.

Du désert, aimer à la folie le grain de sable qui enraye la machine, saboteur de toute folie des grandeurs.

Du désert, garder le grain de sable, inaltérable, ne pas s’attarder à la dune, sa répétition en masse, altérée par tout vent de sable.

Favoriser le désert

jusqu'au mira (g cl) e de l'oasis

(Hammadraout, Yémen, 1994 dans La Parole éprouvée, 2000, Les Cahiers de l'Égaré)


 

4 – Passion nomade

Sédentaire depuis des millénaires, que reste-t-il dans tes sur place du nomade que tu fus si longtemps ? Sais-tu seulement cette part de toi, cette part d’autrefois laissée au désert ?

Installé dans le dur des murs de ta maison, tu aimes ce qui est dur : sûreté de tes options, pureté de tes émotions, dureté de tes décisions. Installé pour durer, tu es incapable de reconnaître le nomade que tu fus autrefois.

Installé dans le dur, tu en oublies la précarité de tes conditions de vie, la fragilité de tout ce que tu as acquis.

Installé pour durer, tu voudrais durer, préférant l’état au passage mais tu es en transit, n’ayant aucun héritage à transmettre. Tu es en transit et tu te crois le maître, rejetant en toi le métèque.

À l’extrême de mon attention, je suis plein d’attentions pour toute chance fragile, toute combinaison unique, refusant la profusion, la production en série, l’immonde prolifération, l’intolérable pollution. Par petits écarts en portée et en direction, je passe du proche au lointain, inventant la diversité par proximité, la succession par approximation. Imprévisible, imperceptible, je surgis, négligeant les grands départs, les grands écarts, les longues migrations des campeurs qui se déplacent sur les autoroutes du conformisme. Sans avoir à prendre place dans les sur place saisonniers des sédentaires qui vont s’exposer sur les rivages sans infini, j’ai à portée de mémoire, lointains et prochains, découverts autrefois, la première fois.

(Campement de La Ripelle au Revest, 1975 dans La Parole éprouvée, 2000, Les Cahiers de l'Égaré)

5 – Dispersion 1

entouré de limites je tourne en rond

champ miné pulvérisé par leur minable savoir

j’essaie de me trouver

on me sonde on me triture à l’ultra-son à l’électro-choc à l’infra-rouge à l’insuline

je me répands sur des lamelles de verre

dans des éprouvettes des cornues des ballons

je deviens rouge de chiffres et d’hypothèses

sur l’autel des théories on m’immole

je suis fixé au stade sadico-anal

car je me gratte le cul avec plaisir

j’ai sucé jusqu’au sang le sein maternel

je suis donc jouisseur en sus

j’ai pissé dans mes langes et j’étais aux anges

alors je rêve de paradis perdu

j’ai chié dans le pot et à côté du pot pour les faire chier

ça ils ne l’ont jamais supporté

je me suis masturbé et je ne suis pas devenu sourd

qu’ils sont lourds !

que de progressions de régressions

que de fixations de transgressions

j’ai bien du mal à me construire

ils m’ont dispersé

aux quatre petits coins de leur grand pouvoir

(Bures-sur-Yvette, 1961 dans La Parole éprouvée)

6 – Dispersion 2

Des milliards d’impressions sur ma peau

des milliards de réactions dans mon cerveau

des milliards d’excitations venues du dehors

pénétrant mes dedans par les yeux les doigts les narines les oreilles

les milliards de neurones de mes pauvres nerfs mis à vif

des milliards de stimuli

des milliards de réflexes

des milliards d’informations reçues au fond des cellules

expédiées du fond des cellules

tout cela me dépasse

je ne suis pas à la bonne échelle

je ne suis pas responsable de cette organisation proliférante de l’infime

de ces cellules qui se divisent

de ces molécules qui se combinent

de ces électrons rebelles

de ces radicaux libres

de ces particules étranges

je ne suis pas responsable de ces milliards d’automatismes de l’intime

à logique primaire binaire

je me désolidarise de moi-même

je vais m’organiser autrement

je ne serai pas reproductible par clonage

(Paris, 1973 dans La Parole éprouvée)


 

7 – Homme de maturation lente, je suis dépassé par les énervés.

Lourds de leur légèreté, sourds aux nécessaires solidarités, ils osent.

Croyant être au cœur des choses quand ils ne sont qu'au bord.

N'est-on pas toujours seulement au bord des choses et des êtres ?

Peut-être même est-on toujours à côté ?

Alors qu'on croyait avoir bien ciblé, bien visé !

Sait-on ce qu'on dérange quand on avance

ce qu'on détruit quand on bouge ?

(Ouverture manuscrite de La Parole éprouvée)

 

8 – Imprévisible, investir les interstices de leurs territoires sédentaires.

À la manière du sable. Partout. Chaque trou.

Ils ne contrôlent pas tout.

Présence légère, camper à la nomade. Au bord des choses.

Sans frénésie. Sans appétit.

Solidaire, choisir une position.

Sans tourner le dos à ses frères.

Ni leur faire face.
Installer la caravane, provisoire. Sans rien déranger.

Occuper la position, précaire, à l'extrême de l'inattention.

Provoquer le déplacement à l'épuisement de la distraction

quand l'habitude fait voir un territoire

là où l'on avait choisi un emplacement. Sans rien emporter.

En laissant tout en place et en plan.
Partir sur la pointe des pieds.

Crainte de gêner en faisant du bruit.

Pas d'itinéraire à suivre.
Nos pères ne transmettent pas leurs repères.

Pas de voies à ouvrir.
Nos fils ne veulent pas hériter pas de nos repaires.

Le désert efface toute trace de réussite hargneuse et tapageuse

de qui a fait son chemin.

Ne pas s'attarder.

Passer à la ligne.
N'aimer que les inachèvements.

Opter pour la dérive et l'inconséquence.
Seulement habité par un souffle.

(Finale manuscrit de La Parole éprouvée)

 

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