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Blog de Jean-Claude Grosse

Le livre des cendres d'Emmanuelle

11 Mai 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #poésie, #pour toujours

couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle
couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle

couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle

Est paru le 7 mai 2017, au soir d'une présidentielle ordinaire à la française, cuisine électorale soignée avec plats mijotés longtemps à l'avance, petits plats dans les grands,  Livre des cendres d'Emmanuelle, édition courante aux Cahiers de l'Égaré, édition de tête chez Le Sélénite.

Note de l'éditeur de l'édition courante

En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane m'a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle. Il m'avait appris par deux lettres, deux ans après, en 2005 donc, la disparition d'Emmanuelle et je venais lui rendre visite chez lui, pour la première fois à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70. 

Il y eut une deuxième visite. La troisième, décalée pour cause de neige, n'eut pas lieu. Quand je repris contact en avril 2008, Louis-Jacques Rollet-Andriane venait de disparaître à son tour. Pendant mes deux visites, je pus filmer Chantelouve et en particulier le faux livre contenant les cendres d'Emmanuelle, au milieu d'autres livres de l'une des bibliothèques.

J'ai édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan : Le sexe et la fronde, Pourquoi la jalousie est une boucle étrange, Lesbos Alpha, Lesbos Omega, Pour qu'il puisse y avoir une dernière parole, Liberté charmée et l'irremplaçable Bonheur. J'ai entretenu avec elle une longue correspondance, du 19 mars 1988 au 31 mars 2005, partiellement publiée dans Bonheur et Bonheur 2. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et sans doute est-ce la raison de cette correspondance heureuse selon sa propre formule, « sans rien entre nous qui pèse ou qui pose »

J'ai envoyé le tapuscrit de Louis-Jacques Rollet-Andriane à Pierre Pascual, jeune éditeur et passionné par toute Emmanuelle, en juin 2016. Nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples. 

Une histoire commencée avec la publication en 1959 sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur, du roman Emmanuelle, trouve une forme d'achèvement avec la publication sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur du Livre des cendres d'Emmanuelle, en 2017, dix ans après que son auteur me l'ait confié. Mais il va de soi que pour Pierre Pascual comme pour moi-même, l'oeuvre plurielle d'Emmanuelle Arsan continue et continuera à « faire l'amour ».

 

Jean-Claude Grosse

 

Avant-propos de l'édition de tête

 

En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle à l’éditeur ami Jean-Claude Grosse qui venait lui rendre visite chez lui, à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70.

Jean-Claude Grosse, qui a édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan et entretenu avec elle une longue correspondance, m’a envoyé ce tapuscrit en juin 2016 ; nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples. 

Le Livre des cendres d’Emmanuelle est un vibrant hommage à Marayat qui, pendant plus de quarante ans, a illuminé la vie de Louis-Jacques, façonnant avec lui l’enfant de leur vie : Emmanuelle

À sa mort, Louis-Jacques conservera les cendres de Marayat dans un livre. C’est ce livre « que personne n’a écrit, que nul ne lira » que Louis-Jacques décide de transformer en poèmes vivants, pour que sa femme, celle qui fut tout autant que lui « Emmanuelle », vive encore. 

Ce recueil vient clore une aventure commencée en 1959 avec la publication du premier tome anonyme de celle qui portait ce prénom qui aura traversé les décennies.

Après EmmanuelleEmmanuelle à Rome, Les enfants d’EmmanuelleLes soleils d’Emmanuelle, le Livre des cendres d’Emmanuelle vient achever en poèmes l’histoire d’une vie ; une vie pleinement et multiplement vécue par celles qui portaient tous les visages, investissaient tous les corps : Louis-Jacques et Marayat.

Lorsqu’il y a quelques années j’ai commencé à écrire moi aussi une Emmanuelle, j’avais décidé d’adopter pour parler du couple mythique que formaient L.J. et Marayat, le féminin pluriel. J’ai découvert dans ces poèmes que Marayat utilisait elle-même ce féminin pluriel pour parler d’ « elles ».

Le futur sera féminin pluriel. 

J’ai tenté de respecter tant que faire se pouvait la forme du tapuscrit original qui ne comportait pas de nom d’auteur en choisissant de n’en faire figurer aucun sur la couverture.

Le respect de cet anonymat et de tous les jeux/je qui en découlent rendra je l’espère hommage à celui qui s’écrivit pendant des décennies au travers de son Emmanuelle rêvée, et qu’une fois son incarnation terrestre disparue il ne pouvait plus investir. 

Après maintes réflexions, j’ai décidé de faire coexister pour la première fois, sur la page de grand titre, le nom de Louis-Jacques avec celui d’Emmanuelle, non loin du visage esquissé de Marayat. 

Trio enfin réuni.

Pour Louis-Jacques et Marayat, le chiffre trois était le chiffre de l’amour, rien ne pouvait naître du couple fermé sur lui-même ; Emmanuelle était cet(te) autre attendu(e) invoqué(e) espéré(e), cet(te) autre qui était possiblement eux-mêmes, « elles-mêmes », simultanément ou à tour de rôle. 

Je ne reviendrai pas pendant des pages et des pages sur l’identité d’Emmanuelle Arsan, je me suis expliqué sur ce choix dans la préface de La Philosophie Nue il y a quelques mois. Louis-Jacques aura le dernier mot ; Marayat, la dernière image, déjà floue, presque éteinte ; la Siamoise nue s’efface pour n’être plus que toutes les femmes, Emmanuelle, rien de moins. 

Que l’auteur ait remis ces poèmes en personne à celui qui serait susceptible de les éditer prouve qu’il acceptait enfin que son nom soit accolé à une « œuvre emmanuelle » (même si tristement amputée de sa moitié), et qu’il espérait que cette œuvre soit partagée. 

C’est aujourd’hui chose faite, dix ans après, dans cet écrin couleur de cendres.

 

 

Pierre Pascual 

 

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Les 3 jours Tutor du Revest

1 Mai 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #Le Revest-les-Eaux, #voyages, #ateliers d'artistes, #les 4 saisons d'ailleurs, #cahiers de l'égaré, #jean-claude grosse

oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017
oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017

oeuvres d'artistes à l'occasion du tortutrankil du 1° mai 2017

29-30 avril-1° mai, Tutor au Revest

2° saison

J'avais raté la 1° saison, je n'allais pas rater la 2° saison.

Une association revestoise, avec apparemment beaucoup de connexions, de relations, des soutiens divers, dont la municipalité présente à différents endroits par son maire, l'adjointe à la culture, a organisé ce long week-end du 1° mai, un parcours artistique vivant, des rencontres artistiques informelles (expo, photo, vidéo, peinture, sculpture, musique et ovni artistiques) dans le village. 43 artistes visibles dans 12 lieux, 4 maisons du village, église, Cercle revestois, tour du Revest, Maison des Comoni.

J'ai déambulé en 3 temps, dimanche matin de 10 H 15 à 12 H 45, dimanche après-midi de 15 H 15 à 19 H 15, lundi du 1° mai de 10 H 45 à 12 H 45. Plus de 8 H pour voir, entendre, sentir, vivre, échanger, discuter, offrir une quinzaine de livres à des artistes (Donjon Soleil sur les 10 ans des 4 Saisons du Revest, De l'impasse à la traverse sur les 20 ans, Disparition sur le peintre disparu Michel Bories).
1° point de déambulation, l'église où une œuvre vivante constituée de papillons attend que nous en libérions un, moment unique de libération d'un papillon unique, celui que nous choisissons de libérer, moment de prise de conscience de l'effet papillon parce que papillon après papillon, l'oeuvre change, se vide, laissant apparaître une œuvre vivante (tu assistes au plus à 3 métamorphoses infimes de l'oeuvre qui comporte 532 papillons), mais aussi quand tous les papillons seront libérés, une autre œuvre ; à chaque papillon libéré, l'oeuvre change et ouvre par fragments sur l'oeuvre d'en-dessous dont j'ai deviné au 2° jour qu'elle est constituée de lettres, pour des mots sans doute. J'ai choisi, j'ai été choisi par le papillon N° 33 sur les 532, le papillon libéré était celui du Christ libéré. Je l'ai dédié à … Très belle expérience vécue en écoutant l'artiste Christine Pereira dont les propos sont éminemment philosophiques (de tradition extrême-orientale mais à valeur universelle). Titre de l'oeuvre: C'était, ce fut, ce n'est plus. Je rajouterais: ce sera pour toujours car si le présent passe, never more, le passé ne s'efface pas, il sera toujours vrai que je t'ai dit Je t'aime le 14 février 1967 et ainsi pour tout ce que nous produisons d'immatériel (paroles, émotions, sentiments, pensées...) du premier cri au dernier souffle, c'est notre livre d'éternité, unique, infalsifiable, non écrit à l'avance, non destiné à un quelconque jugement dernier. Mon prochain thème d'écriture: où va ce livre d'éternité au fur et à mesure que nous l'écrivons; cette mémoire inaltérable, cette vérité éternelle, métaphoriquement parlant, est-elle "semblable" à l'ADN, mémoire de 3,5 millions d'années d'évolution, agissante en permanence à travers l'ARN ?

2° point : l'attente avec Caro Coss ; sur un châssis de 5X5 cm, j'ai écrit « mon » texte sur l'attente : attendre, suspens du temps, du trop plein, présence du vide créateur. Quand j'attends, salle d'attente, file d'attente, bouchon, quai de gare, queue de petite surface, queue à un meeting politique, à un concert, j'ai l'habitude de fermer les yeux, de rester immobile ou debout, de respirer lentement, laissant pénétrer ce qui est produit par les autres, sonnerie de portable, discussion au téléphone ou à voix bien audible, pets sonores, sans porter de jugement genre quel con, quelle conne; ce vide récepteur qui évacue le stress de l'attente peut devenir créateur parce que soudain, une pépite surgit au milieu des banalités, un jugement sur le comportement sexuel du partenaire (jamais entendu d'homme parler comme ça), une épreuve vécue avec intensité. Bref, je n'aime pas attendre mais quand cela m'arrive, j'en fais un usage mien.

3° étape : la « paper doll », on pouvait l'habiller avec des post-it ; j'ai écrit ceci sur un post-it : je t'habille, tu te déshabilles quand tu veux. Ça semble coquin, une invitation. J'y ai mis beaucoup de respect: la décision t'appartient. Je ne te demande rien. J'ai offert à l'artiste, Agnès Albérola, Bonheur 2, ma correspondance heureuse avec Emmanuelle Arsan.

4° point : contemplation par deux fois, seul, de « Contemplation », une œuvre visuelle modifiée par un éclairage coloré changeant avec accompagnement de battements d'un cœur, on va d'un rouge léger à un vert suivi d'un bleu pour finir sur du rouge et ça recommence, un cycle à partir d'un panneau vertical éclairé pouvant évoquer une artère aux deux sens du terme, l'interne, l'externe : tout est circulation, tout est circulaire. Ayant vécu un accident cardiaque que j'ai traité avec "négligence" ou à propos, juste respirer calmement, aspirine pendant 6 jours, et visite chez le cardio, 6 jours après d'où urgences et stents, cette contemplation m'a permis de m'adresser à monsieur coeur, de le saluer, de lui dire toute la confiance que j'ai en lui. Aurélie Magnoni, artiste, signe cette proposition.

Avec Alexandre de l'Atelier du parfum, c'est à un voyage, yeux fermés, que je suis invité, description de l'endroit, une île paradisiaque avec ses cocotiers et ses senteurs. On peut sur rendez-vous, sur entretien et essais, obtenir le parfum qui nous signe, par celui qui s'ajoute, un plus acheté dans une boutique, un artifice, mais celui qui émane de notre corps. Un seul atelier de ce genre en France, à Toulon ; presque un magicien, Alexandre, très séduisant avec son costume noir, son castelet noir, sa cravate rouge.

Dans la cave de cette maison de village, un concert avec deux instrumentistes et une vidéo de vie quotidienne et de fêtes en Afrique, très doux. Mais descente et remontée de l'escalier de bois à allure très lente pour bien assurer chaque pas sur chaque petite marche.

À la tour, peintures numériques, enluminures et musique créée pour les deux artistes. J'ai demandé le morceau pour l'alphabet des vanités : 26 lettres et Le livre des vanités. J'ai lu le texte accompagnant quelques unes des lettres. Un trou dans l'alphabet, rien pour la lettre Y. J'ai déclaré : c'est ma vanité. Je vais tenter d'écrire un texte pour la lettre Y. Bertrand Dhermy signe cette illumination au sens rimbaldien d'enluminures, painted-plates qui hélas n'est pas le sens donné à l'oeuvre de Rimbaud.

Chez l'ami Robert, le Bob des piliers du bar du château, expo de peintures, deux artistes ; j'ai apprécié le travail de France Gaillet. Il veut proposer d'accueillir pour la Saison 3, des œuvres de Michel Bories. L'espace est bien, permettant d'accueillir une dizaine de pièces dont Le Maire des USA, œuvre de 1995, proposée à Barak Obama pour la Maison Blanche durant le temps de ses deux mandats. La proposition n'a rencontré aucun écho.

À la maison des Comoni, j'ai été sensible au travail des réalisateurs de courts-métrages : Kino Porquerolles et Barbak Gougoutte. Le film Respire, réalisé par Barbak et Gougoutte du Revest a été récemment primé. Univers surprenant, un loueur d'appartement donnant les clefs à deux impressionnants loulous mutiques, saisi d'une subite douleur poitrinaire, se retrouve entre les mains d'un des loulou qui l'invite et l'incite à respirer, profondément ; inspir, respir, deviennent intensément présents, respir profond qui le libère de sa douleur et le libère tout court ou tout long, mélange de corps, de ventres énormes, hors-normes, images nous réconciliant avec le hors-norme car les normes sont dans les têtes, arbitraires. Du premier cri au dernier souffle, la vie est respir. Le savez-vous, en écrivant ce passage, je respire, j'expire des millions d'atomes, j'inspire un atome expiré par César au moment de son assassinat. Je ne me vois plus pareil depuis que je sais ça. Je trie mes atomes et molécules pour ne pas polluer les autres, loin, très loin, l'effet papillon. Je suis très sensible à cela, c'est un de mes thèmes dans L'Île aux mouettes.
Apparemment, dans la salle d'exposition, il y a eu des lectures aléatoires. Les aléas de mes déambulations ne m'ont pas mené jusque-là.

Et last but not least, la salle des mariages avec Gregory, le Docteur Prout et ses machines.

Vue la machine diplomatique conçue pour voir un pouce sous tous les points de vue; machine essentielle en ces temps de campagne électorale mais comme j'ai dit au docteur, les points de vue même multiples ne permettent pas de dégager une vue d'ensemble ; deux argumentaires sont généralement d'égale force rationnelle, pour ou contre également justifiés donc la décision sera irrationnelle. Vue aussi la machine à instruction massive qui canarde à coups de fumées, l'ennemi; vue la machine électrostatique à ébouriffer les cheveux.
Le parcours artistique organisé par l'association Tutor, 43 artistes dans 12 lieux d'exposition, a fait venir dans les 1500 personnes en déambulatoire de santé :artères débouchées, coeur palpitant, oreilles décollées, yeux rivés, pensées d'éternité.
Une très belle initiative qui sera sans doute reproduite, l'an prochain. Mon souhait, être associé à cet événement avec peut-être un salon de lecture.

 

Un extrait non publié de L'Île aux mouettes sur le respir à partir de la confusion chez Hamlet entre dormir, mourir, rêver

Shakespeare - ma douce Ophélie, sors du noir ! entre dans la grande bleue ! dans le bleu du lac ! toi la magnifique aux cheveux rouges, voici les 24 roses rouges de notre mouette ! toi la magnifique en robe Mouette, voici les 24 roses blanches de la mouette ! va au profond de toi ! toi qui écoutes tant les autres et si peu toi ! écoute les mouettes criardes, les mouettes rieuses ! elles veulent te déchiqueter crue, vivante, toi, la mouette blessée ! fais la morte ! ma belle et pure Ophélie aux émanations d’amour ! elles détestent le silence !

(Ophélie entre dans sa 14° apnée ; une infirmière vient)

L’infirmière - dites-lui au revoir, elle est en train de partir

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! Merci !

(Ophélie est en apnée depuis une heure)

Le médecin réanimateur - votre épouse est décédée depuis une heure ! nous avons prévenu la morgue ! ils viendront la récupérer dans une heure !

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! merci !

Le narrateur - Depuis le démarrage de l’apnée, tous, après une lente inspiration, retiennent leur souffle, ferment les yeux, s’immobilisent. Ils tiennent plus ou moins longtemps. La poupée Kitty fait entendre sa musique. L’épousée soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une grande violence, replonge, reste quelques minutes, hoquet très violent, elle crache du sang noir et fumant, elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’époux. Là bas, à Baklany, au Baïkal, en synchronicité avec ce qui se passe ici, la chamane Koulbertichova sort de son rêve lucide. Elle vomit du sang noir et fumant. Elle bave, éructe. Elle est trempée par la transpiration. Les sœurs Gorenko, koutouroutsouks de la chamane, qui vivent à Baklany, sont en nage aussi, elles vocalisent kouarr kriièh kouêk, le cri de la mouette abattue dans La Mouette et tombée sur la plage, la même ou une autre.

Le père - tu nous reviens ?... elle nous revient !

Shakespeare - Ophélie, ma douce Ophélie, reviens-nous ! ta chaise t’attend ! tu sais que l'eau veut détruire ton cerveau. Tiens ! voici le crâne de César ! Que devient César une fois mort et changé en boue, poussière et eau ? il pourrait boucher un trou et arrêter le vent du dehors. Oh ! que cette argile, qui a tenu le monde en effroi, serve à calfeutrer un mur et à repousser la rafale d'hiver !

Ophélie, toi qui distilles le sublime amour, tu n’es pas encore destinée à l’eau et à la poussière ! à devenir boue bouche-trou !

Hamlet est fasciné par la mort ! Mourir … dormir, rien de plus ... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir … dormir, dormir ! peut-être rêver !

Ce ne sera pas ton dénouement, Ophélie ! Ta chaise t’attend ! Reprends ta place !

Le narrateur - L’épousée ouvre les yeux, sourit. Le brancardier de la morgue arrive, trop tard, trop tôt. Le personnel médical est sidéré. Le médecin réanimateur annule le PV du décès.

Ophélie - kouarr kriièh kouêk

(tous poussent un profond soupir de soulagement, vocalisent kouarr kriièh kouêk, tous embrassent la mouette, se pressent sur elle ! bienvenue ! à Baklany, la chamane Koulbertichova danse, les sœurs Gorenko vocalisent)

Shakespeare (hurlant pour l’obtenir) - … Silence ! (puis chuchotant) … Le reste … c’est silence …

Jean-Claude Grosse
 

le maire des USA, 1995, par Michel Bories
le maire des USA, 1995, par Michel Bories

le maire des USA, 1995, par Michel Bories

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