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Blog de Jean-Claude Grosse

La culture, pour qui ?/ Jean-Claude Wallach

21 Septembre 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

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La culture, pour qui ?

Jean-Claude Wallach

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Ce petit livre de 120 pages qui a pour sous-titre : Essai sur les limites de la démocratisation culturelle, n’est guère engageant par les titres de son sommaire

- prologue : des mots pour nos maux
- premier acte : la démocratisation est-elle soluble dans la culture ?
- deuxième acte : la culture est-elle soluble dans la démocratisation ?
- épilogue : c’est au pied du mur que l’on voit (qu’on voit) le maçon
On se dit : jeux de mots faciles. Il se révèle à la lecture, pas toujours aisée, que les mots pour bien nommer les choses sont définis, étudiés dans leurs origines historiques, dans leurs effets idéologiques, politiques.
D’abord la distinction entre art et culture. Art désignant les critères, procédures, circuits de soutien à la création, de production d’œuvres tendant à l’excellence artistique. J.- C. Wallach montre bien que depuis Malraux, les artistes, autoproclamés, ont su imposer à l’état, l’autonomisation de leurs pratiques, rendant difficile l’évaluation, favorisant un monde de l’art pour l’art, peu soucieux de la rencontre avec les publics et avec les problèmes d’une société en pleine mutation. La notion d’excellence artistique est du plus grand flou artistique, elle est autoréférentielle, n’a pas à se définir, les experts de l’excellence artistique faisant partie du milieu, les professionnels de la profession, légitimant leurs places et celles des artistes dans un grand processus de cooptation où l’innovation, l’émergence de formes et d’artistes nouveaux ont du mal à se faire une place. Il s’agit bien d’une lutte des places. Culture désigne tout ce qui concerne l’aménagement du territoire en équipements culturels, en moyens et  personnels dégagés pour  favoriser la circulation des œuvres, selon la finalité définie par Malraux : permettre l’accès des œuvres au plus grand nombre, exigence ayant entraîné la mise en place de politiques successives de démocratisation culturelle. Sans résultats convaincants malgré un maillage du territoire réussi, des moyens conséquents, les financements croisés qui ont impliqué de plus en plus les collectivités autres que l’état, méprisées, négligées longtemps par les artistes, soucieux avant tout de leur reconnaissance par l’état, garant de leur indépendance, malgré aussi des personnels en nombre et compétents pour faciliter la médiation entre les œuvres et les publics.
Une des explications fournies pour expliquer cet échec est intéressante. Quand Malraux a créé le ministère de la culture, en remplacement des Beaux-Arts, jusqu’alors rattachés à l’éducation nationale, il a séparé ce qui relevait de l’art, des artistes, de leur professionnalisation de ce qui relevait des pratiques amateurs, rattachées à la jeunesse et aux sports. Cela a eu pour conséquences une double tendance au mépris :des professionnels pour les amateurs et des amateurs pour les professionnels, avec repli de chaque milieu sur lui-même.
Or, avec l’apparition des nouvelles technologies, les pratiques amateurs ont considérablement évolué, se sont considérablement diversifiées, avec une autodidaxie importante, court-circuitant les institutions de formation, de sélection, d’habilitation. Pendant que les professionnels vivaient entre eux, en vase clos, sauf aventures exceptionnelles, difficilement reconnues d’ailleurs, les vrais gens s’aventuraient ailleurs, inventant leurs nouveaux territoires de l’art, à définir autrement que le sens donné par un rapport à Michel Dufour en 2001, leurs nouvelles pratiques culturelles que les professionnels disqualifient en les caractérisant de pratiques de consommation culturelle, visant particulièrement l’usage de la télévision.
Tout ce qui est dit sur la diversité des pratiques culturelles aujourd’hui, sur leur individualisation, sur leur ancrage dans la sphère privée, à la maison, avec toutes les conséquences que cela a : dissolution de la notion de goût comme attribut d’un groupe social légitime et légitimant, dissolution des notions d’auteur, de créateur, d’œuvre, dissolution des missions des équipements culturels, dissolution des frontières entre amateurs et professionnels… me conforte dans ce que j’ai proposé depuis plusieurs années et au moment de la présidentielle 2007. Les pistes proposées par J.- C. Wallach pour réconcilier art et culture, artistes et publics, amateurs et professionnels dans la perspective d’une démocratie culturelle bien plus pertinente que la chimérique démocratisation culturelle sont à prendre en considération même si on sent trop le désir de maîtrise de l’avenir, peu compatible avec ce que la complexité du monde introduit d’incertitudes dans le champ social.
Une réjouissance : les exclus de la culture, ceux qui disaient : ce n’est pas pour moi, ceux que les « élites » méprisaient, ayant le dégoût de leurs goûts, tentant d’universaliser les leurs, les déplacés pas à leur place à l’opéra, au concert, au théâtre, au musée, ont développé, non une contre-culture, mais d’autres formes leur permettant de se singulariser, de se situer dans le monde, de s’exprimer, de créer. Belle revanche qui provoque depuis plus de 10 ans maintenant, la crise des institutions culturelles et annonce peut-être la mort de l’art et de la culture « officiels » qui avaient pour but non l’appropriation par le plus grand nombre des chefs d’œuvre mais l’instauration d’une culture « légitime » réservée en fait à une « élite ». Revanche porteuse selon moi d’espoir dans la mesure où, ce qui se passe avec la musicalisation de la société le montre, les vrais gens que les pouvoirs s’efforcent de contrôler, de formater, font la preuve, non de leur résistance, mais de leur capacité à se déplacer, à se déporter ailleurs que là où on veut les situer. Même l’usage de la télé est moins aliéné que ce que les gens de pouvoir s’imaginent, moins aliénant donc. Il semble se passer la même chose avec les images qu’avec la musique : une imaginalisation de la société. Ce retour de et à la sphère privée, ce tour de la sphère privée, ce détour par la sphère privée que cette société s’efforce de réduire au maximum me semble être la meilleure résistance à Big Brother et surtout la meilleure façon pour chacun de devenir cause de soi-même, au sens où Marcel Conche entend cette expression. On devine que je me désintéresse par suite du sort des artistes et de la culture « officielle ».
 
Le 2 août 2007, Jean-Claude Grosse

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windows 7 tech support 28/11/2013 08:36

Your blog is very good with the latest information. This was very much a good book that deals with Different cultures and its influence in our socio-political sphere.You guys are doing a wonderful job in keeping up such a wonderful blog.

terrain hostile 21/09/2013 15:14

je viens simultanément de commander votre dernier ouvrage et d'apprendre votre décès. Il me tarde donc d'entreprendre votre ouvrage mais pas d'en discuter avec vous.