Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Blog de Jean-Claude Grosse

SAINT-JOHN PERSE: 30 ans déjà

16 Octobre 2006 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #essais

Saint-John Perse et autres poètes d’altitude
"Portrait de Saint-John Perse par Robert Petit-Lorraine (programme du colloque Saint-John Perse Médiathèque d'Hyères/ Faculté des Lettres Toulon, 8-9 déc. 2005)

Les deux textes qui suivent datent de 1986, pour la création du texte de Saint-John Perse tiré d'
AMERS: Les tragédiennes sont venues, à l'été 1986, à Châteauvallon, à La Seyne et au Revest , dans une mise en scène de Dominique Lardenois, un décor de Jean-Michel Bruyère, les tragédiennes étant Élizabeth Macocco, Dominique Lacarrière, Josiane Carle. Ces textes ont été publiés dans le N°8 de la revue APORIE.


DIALOGUE SUR LA MER, PAR- DELÀ LA MORT

D'UN ÉCHANGE DE REGARDS

Les revendications de l'âme sur la chair sont extrèmes.
Qu'elles nous tiennent en haleine! Et qu'un mouvement très fort nous porte à nos limites, et au-delà de nos limites!
Enlèvement de clôtures, de bornes...
Apaisement au coeur du Novateur...
... Plus loin, plus loin... les premières îles solitaires...
... Plus loin, plus loin... les îles hautes
... Et au-delà, les purs récifs...
...Et au-delà, et au-delà, qu'est-il rien d'autre que toi-même, qu'est-il rien d'autre que d'humain?...
... Et à celui qui chevauchait en Ouest, une invincible main renverse le col de sa monture, et lui remet la tête en Est. '"Qu'allais-tu déserter là?...
p.c.n.c
. SAINT-JOHN PERSE

À UN ECHANGE DE VUES

L'horizon marin est cette ligne qui évoque le mieux pour moi, l'idée de limite, ce qui me la rend plus familière et plus accessible.

L'horizon marin est cette ligne toujours présente, toujours mouvante, délimitant un espace entre elle et moi, un en-deçà que peut appréhender mon regard et un au-delà qui m'échappe, que je ne peux saisir.

Mon déplacement engendre celui de l'horizon. Et je peux penser que si mon avance fait reculer l'horizon, elle me fait aussi connaître ce qui, avant mon déplacement, ne m'était pas connu.

Ma découverte, cependant, est désenchantée. Cet horizon marin qui m'appelle en aiguisant mon désir, qui me pousse à l'action et me met en mouvement vers l'inconnu, ne me fait découvrir, connaître que la même mer, le même océan.

Ma navigation n'est pas navigation de transgression de la limite, de franchissement de la ligne, alors même que j'ai pris le large pour cela. À l'horizon, pas de mer nouvelle, pas de terres nouvelles. Pas de Nouveau Monde.

D'où vient l'échec de ce regard qui veut voir au-delà de ce qu'il est possible de voir?
De ce qu'il veut voir là où il faut baisser les yeux.
De ce qu'il veut éclairer, éclaircir ce dont l'approche demande respect et pudeur.
De ce qu'il veut sortir des limites et ne sait pas s'arrêter à temps.
Jean-Claude GROSSE,  confrontant  SAINT-JOHN PERSE à Emmanuel LÉVINAS.

SAINT-JOHN PERSE FACE AU MIDI TRAGIQUE

Le 20 septembre 1975, dans sa maison des Vigneaux bâtie sur la presqu'île de Giens "par un Anglais qui se souvint peut-être d'Aden, de Colombo ou de Nassau", Alexis Léger nous quittait.

On sait son inquiétude lorsqu'il s'y installa en 1957, âgé de 70 ans, après dix-sept ans hors de France. "Serait-ce la fin d'un exil? Ou seulement d'un nomadisme?... À la Méditerranée comme mer, m'habituerai-je jamais?... La lumière méditerranéenne nous frappe de cécité et clôt pour nous le seuil métaphysique." Inquiétude dissipée en quelques mois. "Les Vigneaux m'ont bien eu!" écrit-il en septembre 1959. Ses croisières en Méditerranée, commencées en 1963 mais qui jamais ne le mèneront en mer Égée, confirmeront cette réconciliation. "Déchaînement près du Cap Corse, d'une tempête farouche en pleine lumière méditerranéenne, et dont l'étrangeté est telle, parmi tant de clarté et de pureté, comme au foyer même de la flamme, qu'elle me réconcilie avec cette mer d'azur ignorante de l'ombre."

Mystère, le poète Saint-John Perse avait, avant l'homme Alexis Léger, consommé l'alliance avec cette mer et ce midi.

"Midi, ses fauves, ses famines...", ainsi parle le poète, l'homme au masque d'or, dans Amers, écrit entre 1953 et 1956, avant la rencontre avec les Vigneaux et ce midi du Midi qu'est la presqu'île de Giens. Certes, la mer invoquée est plurielle, réelle et symbolique, chargée d'histoire et sans mémoire, atlantique et méditerranéenne, à perte de vue devant le regard et au coeur de l'homme... Mais le lecteur méridional s'éprouve en pays familier. Le poète est de "ceux-là qui, de naissance, tiennent leur connaissance au-dessus du savoir." Anticipant sur le vécu de l'homme. "La terre ici pour moi soulèvera peu à peu ses paupières, et je saurai m'en concilier l'attrait."

Qu'aime-t-il de "cette pointe extrème d'une France d'Oc, sans frontière autre vers le Sud que cette ligne très fictive de partage entre le ciel et l'eau"?

"La discrétion de cette terre ascétique, sans graisse ni mollesse, et d'autant plus avide d'être. Terre ignorante du soc et de la bêche, et qui ne cèderait qu'au bulldozer ou à la dynamite... Lieu de pierre où il n'y a que de la pierre, belle... J'aime jusqu'à cette menace invisible du feu qui sait courir sans attouchement sur l'haleine des cistes. Tout cela est bon pour moi! Mon horreur des fleurs sera ici bien servie! Moins bien ma passion de l'arbre, de la feuille et du fruit."

L'auteur de Sècheresse est porté par nature à rechercher l'attrait de toute région terrestre où l'attache son sort. Et donc à interroger cette Provence maritime dont le visage lui est devenu cher, à partir de 1957.
Il aime:
"La montagne qui sans hiatus ni césure accompagne l'homme jusqu'à la mer.
Le mystère souterrain de la grande chaîne volcanique qui ceint l'arène méditerranéenne.
Les incursions des forces naturelles si surprenantes et qui ressemblent fort à des égarements: beaux orages électriques, tornades tropicales.
L'hybridité en tout, entre la terre plébéienne et la mer patricienne.
La richesse en essence et en sels d'une flore soumise à l'ambiguïté des saisons.
Le sel des Salins: Pesquiers, Hyères.
L'autorité inattendue des parties hautes de l'arrière-Provence, terre fourrée de sangliers et survolée parfois encore des derniers grands aigles de Bonnelli.
L'enchantement de cet enchaînement de petites communautés heureuses sur leurs éminences mises à nu.
Le mistral dont l'irruption est toujours salutaire."

Pour Saint-John Perse, la poésie n'est pas un jeu d'intellectuel. Il est poète par un contact ininterrompu, nécessaire, avec le sol, les arbres, l'air et les vagues. Il est on ne peut plus proche de la nature, quasi-animalement, même si son regard est celui d'un familier des grandes étendues, semblant toujours scruter on ne sait quel désert, quelle immensité, capable à la fois, d'exciter par un lointain objet l'acuité de la vue, nécessaire à qui veut que rien ne passe inaperçu, et d'entretenir profondément un grand rêve intérieur.

On comprend alors mieux son emploi du temps aux Vigneaux."Peu littéraire: débroussaillement et terrassement, à force de bras (les miens!) et d'outils (merveilleux!). (Connaissez-vous rien d'aussi affolant qu'une grande quincaillerie de province, plus riche en tentations qu'aucune grotte de Saint-Antoine?)"

Et recherche d'un puits, à fond de val ou de maquis, "porté sur d'anciens plans notariés et louangés encore de vieilles gens du pays qui l'ont connu jadis, avant l'embroussaillement de ma jungle. L'événement sera pour moi considérable, car le mystère de l'eau m'a toujours et partout bouleversé".

Ici, le poète aux gestes quotidiens pleins de sens et de mystère se fait entendre. "Par l'oeil magnétique de mon puits non couvert, j'accèderai au mystère et comme au souffle même de notre nuit terrestre. Je ne lui élèverai point d'édicule de pierre. Me pencher sur lui me suffira; et j'y ferai descendre, à bout de cordelette, la timbale d'argent de mon enfance qui m'a toujours servi, en tous pays, à prélever sur terre, les différents crus de l'eau." (Rien à voir avec le drame de "Jean de Florette" et de "Manon des sources" où le rapport à l'eau relève d'une pensée calculante.)

Mais aussi pratique des bains de mer glacés par mistral de novembre quand toute son enfance avait été terriblement brulée de fièvres paludéennes."La santé me semble assez privilégiée sous un pareil climat, ou plus particulièrement sur ce bout de presqu'île, fort aéré. Je n'y ai pas manqué un bain de pleine mer et je suis sûr que je pourrais continuer de nager jusqu'à la fin novembre, ou même décembre. Des criques abruptes, au bas de ma falaise, me livrent assez brutalement à l'eau vive. Il me faut seulement échanger l'alizé contre le mistral. Je m'y ferai: c'est toujours du vent."

Mais pourquoi Alexis Léger qui vit si bien le Midi, à partir de 1959, conserve-t-il cependant à son encontre, une vive aversion?
Pourquoi se sent-il, malgré son plaisir, "face à cette mer latine qui n'est point celle de son enfance ni d'aucun de ses ascendants?"Pourquoi derrière l'écran lumineux du site méditerrannéen, c'est toute une ambiance atmosphérique, tout un arrière-plan psychologique, toute une imprégnation d'histoire et de civilisation ancienne à laquelle le poète demeure étranger?

Hypothèse 1: Saint-John Perse partage l'aversion du Nietzsche de "La naissance de la tragédie" contre Socrate et la civilisation héllénique, accusés d'inaugurer la pensée rationaliste, hostile à l'art, oublieuse de Dionysos et de son ivresse. N'est-ce pas ce qu'il reproche à Pindare, "grand poète-né, dévoyé par une civilisation d'emprunt"? "S'il sait ce que c'est que d'être réellement ivre, il n'écrit qu'une heure après l'avoir été, fidèle en cela à la leçon d'Athènes, dont le prestige un jour s'est imposé à lui."

Hypothèse 2: Saint-John Perse ne se sent pas homme de Méditerranée car il est homme d'Atlantique, "cette mer ouverte qui ne fut le berceau d'aucune civilisation et qui, de l'homme incirconscrit, fut le site le moins clos." " Tout ce que promet le soleil couchant aux occupants de cette jetée d'embarquement qu'est l'Europe, il est né dedans, au beau milieu de la corbeille antillaise. Le couchant n'est-il pas la patrie, la vraie patrie de tous les hommes de désir?" (Claudel 1949).
Homme de désir, il a un mot d'ordre: passer outre! Poète, il veut que la poésie soit "novation qui toujours déplace les bornes".
Les tragédiennes ne réclament-elles pas de grandes oeuvres séditieuses, de grandes oeuvres licencieuses?
Jean-Claude Grosse, Aporie N°8

N.B. J'ai écrit en 1986 à une cinquantaine de personnalités du monde du spectacle (théâtre et cinéma) pour leur demander si comme les tragédiennes de Saint-John Perse, elles étaient en attente, en recherche de grandes oeuvres séditieuses, de grandes oeuvres licencieuses. Aucune ne m'a répondu. En 1988, je leur adressai ce message:

Isabelle Adjani - Fanny Ardant - Maria Casarès - Miou-Miou- Françoise Fabian - Nicole Garcia - Delphine Seyrig - Jean-Louis Barrault - Gérard Depardieu - Jean-Claude Drouot - Michel Blanc - Jean-Claude Carrière - Antoine Vitez - Ariane Mnouchkine - Peter Brook - Catherine Deneuve - Sylvia Montfort - Madeleine Renaud - Jeanne Moreau - Danielle Darrieux - Michel Piccoli - Michel Serrault - Alain Cuny - Michel Bouquet - Samy Frey - François Marthouret - Laurent Terzieff - Christophe Lambert - Hélène Cixous - Roger Planchon - Jean-Pierre Vincent - Patrice Chéreau -

D'Oedipe-Roi en tenue de soirée

Les tragédiennes sont venues inquiètes de carrière, stars grosses d'ennuis à toutes chutes de l'écrit, implorant naissance de grandes oeuvres séditieuses, de grandes oeuvres licencieuses.

Les tragédiennes, au bord de mer, ont déposé tout l'appareil caduc du drame, exhibant le masque chevelu du sexe, divin dépoilement clamant l'urgence du plus grand texte à venir.

Les tragédiennes, stars excitées au comble, mêlées dans les fosses d'urine de l'arène aux enragés en tenue de soirée, ont mis bas les trophées du trône et de l'alcôve.

Max, mon amour, I love you!
Péril en la demeure!

Temps d'attente et de sècheresse!
Temps du Dernier Homme!
J.C.F. RESSAC ( alias FC et JCG)

TRENTE ANS APRÈS

Le 20 septembre 1975, Alexis Léger nous quittait. Trente ans après, parce que nous sommes à l’époque des commémorations (il faudrait interroger cette pratique institutionnalisée depuis quelques années : serait-ce parce que le legs ne s’est pas fait, que la transmission n’a pas eu lieu qu’on s’évertue à commémorer à tout va ?), un colloque international consacré à Saint-John Perse a été organisé à la médiathèque d’Hyères et à l’Université du Sud, les 8 et 9 décembre 2005. Une plaque commémorative a été posée à l’entrée du petit cimetière marin de Giens.
La conférence inaugurale a été assurée par Salah Stétié : Équinoxe d’une heure, approche profonde de l’homme, dans sa complexité, sans complaisance, de l’œuvre, dans ses registres et ses filiations, méditation sur les raisons de la poésie : pour mieux vivre selon le Nobel Français, pour mieux se ramifier, selon une formule de René Char qui me semble convenir aussi bien à Saint-John Perse qu’à Salah Stétié. La lecture de sa contribution par Salah Stétié, pleine d’énergie, de rythme, avec une gestuelle précise, a été bien reçue. La salle de 80 personnes n’était pas pleine : il n’y avait pas de jeunes, pas d’étudiants de lettres. La doyenne de l’UFR de lettres fit la remarque, affirmant qu’une cassure avait eu lieu, que la grande poésie ne faisait plus partie de leur culture.
La question, si ce constat est vrai, sans doute à 99%, est : à quoi, à qui, devons-nous cette cassure? Tout un faisceau de réponses est possible mais déjà, je n’incriminerai pas l’école, le collège, le lycée : la poésie y est pratiquée, étudiée, même si ce n’est pas assez. On connaît la phrase de Flaubert : la civilisation est une histoire contre la poésie. Donc, la poésie est marginalisée, même étudiée, parce qu’on n’en comprend pas la portée métaphysique, essentielle pour donner du sens et de la valeur à la vie, notre vie. En ces temps de nihilisme, ces temps post-modernes comme on dit, vivre c’est vivre le temps d’une façon paradoxale : être de l’époque d’après la modernité, c’est être après l’après, dans un après intransitif, radical dont on croit ne pouvoir sortir que par deux issues, par le désastre inéluctable ou par un retour à l’archaïque. La querelle d’Avignon 2005 a, en partie, été causée par cette thématique.
(voir SEL N° 3).
Mais, c’est hors de l’école surtout que la poésie est ignorée . D’avoir trop dit que la chanson, surtout française, c’était de la poésie, on en a oublié la poésie. Et, il est vrai que les grands formulateurs ne sont connus et appréciés que d’un petit nombre : 1%.
La grande poésie est-elle élitiste et la chanson, populaire ? Faut-il maintenir et justifier, comment ?, cette échelle de valeurs ou faut-il, comme le veut le relativisme dominant, mettre sur le même plan, poésie de haut vol et chanson de platitude ? Bien sûr, il y a de la poésie de platitude et de la chanson d’altitude.
Je dis cela parce qu’à ma façon, je me suis opposé à ce constat affligeant en faisant qu’un projet de poésie d’altitude s’inscrive dans la vie artistique de plusieurs villes de ce qui n’était pas encore l’agglomération Toulon-Provence-Méditerranée. C’était dans les années 1984 –1987.
En 1984, a été organisée une grande exposition sur Saint-John Perse, au musée de Toulon, par la ville, IMPACT, et la fondation Saint-John Perse (catalogue tiré à 200 exemplaires).
En novembre 1985, était créée à Châteauvallon et à La Seyne, Marie des Brumes d’Odysseus Elytis. Le 7 décembre 1985, une journée était consacrée au Nobel Grec, dans le cadre des Rencontres littéraires de Toulon.
En juillet 1986, était créé le poème de Saint-John Perse : Les tragédiennes sont venues, à Châteauvallon, La Seyne et au château de la Ripelle au Revest.
En juillet 1987, était créé Égée-Judée de Lorand Gaspar à la tour du Revest et au Pradet. Le 30 mai 1987, une journée avait été consacrée à ce poète au fort Napoléon à La Seyne (plaquette tirée à 600 exemplaires).
Pour ces trois spectacles et ces rencontres, ce sont cinq villes qui se sont associées. La presse de l’époque avait couvert ces créations à la fois par un travail d’annonce et par un travail de critique mais c’étaient des journalistes, des critiques, pas des pigistes. Et les articles étaient bien placés et conséquents.
En mai 1992, ce programme reprenait avec la création par L'Insolite Traversée à la Maison des Comoni au Revest de Madeleine Musique d’après Lecture d’une femme de Salah Stétié, spectacle repris au festival d’Avignon en juillet 1993.
La revue Aporie du Revest a consacré quatre N° à ces quatre poètes : les N° 5, 8, 9 et 13, entre 1986 et 1990.
Les Cahiers de l’Égaré du Revest ont publié un essai d’Odysseus Elytis : Avant tout, et deux livres de Salah Stétié : Le voyage d’Alep, et Lumière sur lumière ou l’Islam créateur.
Enfin, ont eu lieu à la Maison des Comoni au Revest, deux rencontres : l’une organisée par l’UFR de Lettres sur Léon Vérane, Philippe Chabanaix et les Fantaisistes, et l’autre par Les 4 Saisons du Revest sur Germain Nouveau.
Ce bilan s’achèvera par des manifestations originales : 3 Poètes en partage consacrés sous forme de diwan à Sappho-Elytis, en grec ancien, en grec moderne et en français ; à Pétrarque-René Char en latin, en italien et en français ; à Marina Tsvetaeva-Henri Michaux, en russe et en français et 5 Paroles d’auteur avec Jacques Kerriguy, Jean-Claude Villain, Michel Flayeux, Andrée-France Baduel, Jean- Max Tixier.
On notera au passage que le signataire de ces lignes, lui-même poète, un peu, n’a pas cherché à se mettre dans la distribution : il s’est contenté, et ce n’était pas rien, d’organiser ces manifestations qui ont rencontré le public, même si ce n’était pas la foule mais tout de même, à Châteauvallon ou au Revest, on a vu du monde.
Pour conclure ce rappel : c’était il y a 20 ans et ça a duré jusqu’à fin 2004. Est-ce que l’on pourrait voir de tels textes montés aujourd’hui à Châteauvallon ? NON ! Est-ce que des villes pourraient s’associer pour poursuivre ce travail d’exigence : l’élitaire pour tous (soyons plus modestes : pour quelques dizaines, centaines de gens)? La réponse est : NON ! L’agglo TPM a une politique « culturelle » spécialisée et volontariste selon ses critères qui ne sont que des critères de chiffres et de retour sur investissement en termes d’images pour les élus. Le contenu, TPM s’en moque ; il faut du monde, sur n’importe quoi : le jeune public, ici, le cirque, là, le hip-hop, là-haut, l’opéra, là-bas, en bas, le design, en hauteur, l’art contemporain, au bord de l’eau. Et un jour, le théâtre sur d’anciens chantiers. Quant à la presse locale couvre-t-elle correctement les événements culturels ? NON ! En 20 ans, la situation a bien changé. Les caractéristiques de l’époque ne suffisent pas à expliquer ce qui s’est passé .Il y a des explications locales : des hommes politiques sont arrivés au pouvoir, peu soucieux de culture, d’art (il suffit de lire les propos du président de TPM , à l’assemblée communautaire du 22/10/ 2004 pour comprendre la « démarche » du monsieur) ; à la culture, on a un élu qui cumule la présidence de 2 commissions culture, celle du CG 83 et celle de TPM, avec une directrice des affaires culturelles de TPM qui n’est autre que sa fille ; la commission culture de TPM n’est qu’une chambre d’enregistrement sans débat (les comptes-rendus sont édifiants). Bref, les nouveaux hommes politiques de l’agglo et la transformation du quotidien dominant en organe de propagande de cette agglo expliquent la régression observée, confortée par le silence des directeurs des structures, peu enclins à provoquer du débat, si ce n’est pour obtenir plus, toujours plus de moyens au service de leurs maîtres. Je n’oublie pas le public qui s'intéresse à d'autres choses.                                                                                                         
Le 9 décembre 2005, Jean-Claude Grosse
Directeur des 4 Saisons du Revest et des Cahiers de l'Égaré

Voici un commentaire sur l'article du 9/12/05 consacré au colloque Saint-John Perse organisé par l'Université du Sud:
Commentaire de Gérard Lépinois sur comment parler du temps d'après la modernité, les temps post-modernes.
Je dois ce que j'en dis à Denis Guénoun dans Avez-vous lu Reza? paru chez Albin Michel.

Vous pouvez trouver mes retours sur certains livres chez zazieweb en lien sur le blog.

J'ai fait un retour sur:
Avez-vous lu Reza? de Denis Guénoun, Albin Michel
Relations d'incertitude d'Edgard Gunzig, Ramsay
L'homme du hasard de Yasmina Reza, Livre de poche
Les Représentations de la Méditerranée sous la direction de Thierry Fabre, Maisonneuve et Larose
Sur le pont d'Avignon de Régis Debray, Flammarion
Le cas Avignon 2005, Éditions de l'Entretemps.
Saint-John Perse à Giens de Jean-Max Tixier, Images en Manoeuvres Éditions
Avec des "si" de Marcel Conche, PUF
Mes retours sont signés       grossel

« En ces temps de nihilisme, ces temps post-modernes comme on dit, vivre c’est vivre le temps d’une façon paradoxale : être de l’époque d’après la modernité, c’est être après l’après, dans un après intransitif, radical dont on croit ne pouvoir sortir que par deux issues, par le désastre inéluctable ou par un retour à l’archaïque. »

Vue profonde que celle-ci. Après cet après, semble-t-il, il y a un infini suspens de corps incapables de se toucher d’une façon ou d’une autre. Un paradis d’enfer. Par-delà la contradiction entre les termes, un grand voyage intransitif dans des limbes nous est promis. Nous touchons ou plutôt nous sommes touchés partout par une absence radicale de racines qui nous presse de planer dans son élément. Nous devenons comme des papiers soulevés par la soufflerie d’un sacré monde. De plus en plus, nous nous nourrissons d’air artificiel. En ce sens, le lyrisme n’est pas mort. Nous sommes de plus en plus en proie à un néant nourricier qui se fait prendre pour de l’être, et le seul possible. L’archaïque peut d’autant plus paraître l’âge d’or qu’il devient hors de toute portée. Quant au goût du désastre inéluctable, il est le reflet trouble de ce qu’on nous fait vivre comme désastre de l’inéluctable. On cherche à nous constituer un destin dont la seule issue est l’absence d’issue. S’il en venait à s’accomplir, la seule chance de survivre dans un tel paradis, ce serait de « positiver », d’être capable de transfigurer le néant vécu en le seul être possible ( et la seule valeur possible, au sens économique aussi ). Si nous laissons faire, après l’après et l’avant, ce qu’il y aura, c’est un ici et maintenant sans ici et maintenant, un présent d’absence, le baiser incessant des lèvres, moins de la mort, que d’une douce agonie. Or à ce jour, pour l’essentiel, nous laissons faire et penser la machine.
Gérard Lépinois


Voici un autre commentaire:

Mon cher JCG,

Une dichotomie manichéenne hante tes propos et les affaiblit. Sans doute de nature morale, elle partage le monde entre bien et mal, gentils et méchants, etc... Je me souviens du coup que tu fis de la grande et de la petite responsabilité qui faisait penser à la grosse et à la petite commission pour dire le caca et le pipi de notre enfance. Et voici à présent la poésie d'altitude... Image d'autant moins pertinente que la vraie poésie se moque de la poésie, comme tu me l'entendis dire à l'ouverture du colloque...Quant à "la portée métaphysique de la poésie essentielle pour donner du sens et de la valeur à la vie", merci d'indiquer à quelle compagnie aérienne s'adresser.

Bien à toi, FC

Et l'ami de m'envoyer un livre, Saint-John Perse à Giens, avec ce mot: quelques traces de plus pour prolonger ce qui ne durera pas quand même.

Cher FC,

J'apprécie comme toujours ton sens de la formule. Je veux tout de même répondre.
Oui, aucune trace n'est éternelle, tout est voué à disparaître, chefs d'oeuvre comme  produits en série, plus vite obsolètes que les premiers cependant; génies comme salauds et cyniques, réalistes comme utopistes, irresponsables comme petits ou grands responsables; humanité comme glaciers ou terre ou soleil...Dans le temps éternel de la Nature, tout apparaît et disparaît, tout n'est qu'apparence. Mais dans le temps rétréci de nos vies et de nos projets dont on n'est jamais sûrs qu'on aura le temps de les réaliser car nous ne sommes pas maîtres du temps de notre vie qui peut cesser à tout instant, laisser des traces, créer des oeuvres a du sens et de la valeur et cela vaut le coup d'essayer de donner le meilleur de soi-même, de développer le meilleur de soi-même pour autrui, sans que cela donne une supériorité à celui qui fait un tel choix par rapport à celui qui choisit d'être un jouisseur égoïste par exemple. Ces choix relèvent de l'éthique de chacun et ne sont pas à discuter.
Par contre, il y a bien une morale universelle qui vaut pour tous, celle des droits de l'homme même si elle n'est pas appliquée plus, morale qui me demande par exemple de ne pas tuer ce qui m'amène à ma responsabilité: vais-je, en cas de guerre, répondre présent à l'ordre d'incorporation? On a vu des réfractaires (c'est différent d'être déserteur), hier au Vietnam, aujourd'hui en Tchétchénie. C'est un exemple de grande responsabilité, notion qu'on trouve chez Montaigne. Si tueur,  je suis jugé plus tard pour crimes de guerre contre l'humanité, vais-je me défiler derrière l'excuse: j'ai obéi aux ordres? Par petite responsabilité, on peut entendre les multiples décisions que nous prenons chaque jour, souvent sans trop réfléchir et qui ont des conséquences, multipliées par 6 milliards de gens. Donc, je revendique mon soi-disant manichéisme: je choisis la responsabilité même si je suis souvent pris en défaut, plutôt que l'irresponsabilité affichée ou insouciante.
Quant à la poésie de haute altitude, je pense effectivement, si on prend l'exemple de Saint-Jonh Perse, qu'elle a un contenu métaphysique, que les thèmes, les mots, les images, les rythmes du poète font advenir un sens, une valeur, que Vents, cela donne du sens, un sens métaphysique, ignoré des vents et des communs humant les vents. Quand on a à sa disposition une métaphysique de la Nature, on ne peut que noter les points d'accroche entre Saint-John Perse et  Marcel Conche, par exemple.
Bien à toi, JC.


Photo du spectacle: Les tragédiennes sont venues de Saint-John Perse, mis en scène par Dominique Lardenois, créé en juillet 1986, à Châteauvallon, au château de La Ripelle au Revest, au Fort Napoléon à La Seyne. Photo d'Élian Bacchini, propriété des 4 Saisons du Revest.

Note de lecture

Sujet : Saint-John Perse à Giens paru aux éditions Images En Manoeuvres, novembre 2005, ISBN: 2849960454 - 15 euros
Date : 02/02/2006 18:44
De : grossel sur zazieweb

Saint-John Perse a vécu de juin 1957 au 20 septembre 1975 aux Vigneaux, une maison à lui offerte par une Américaine, dans la presqu'île de Giens. Après 17 ans d'exil, l'ancien secrétaire du Quai d'Orsay, Alexis Léger, déchu de ses droits par le régime de Vichy, rétabli dans ses droits par le général de Gaulle, le poète, prix Nobel 1960, homme d'Atlantique s'installe en Méditerranée.
Parce que très discret peut-être ou par indifférence, les Hyérois et les Varois, sauf exception, ne se sont même pas rendu compte qu'ils comptaient parmi eux, à côté d'eux, un poète de haute altitude.
Le N°8 de la revue "Aporie" (1987) a été consacré à ce sujet : Saint-John Perse face au Midi tragique.

Jean-Max Tixier écrit deux textes : "Retour à la presqu'île" et "La maison de mer". Il connaît bien l'homme et l'oeuvre, sans avoir pu le rencontrer mais fréquenter une oeuvre, n'est-ce pas rencontrer intimement, essentiellement ?

Guy Thouvignon a pris les photos qui accompagnent le livre. J'ai eu une insatisfaction : 3 photos de la propriété des Vigneaux, certes vendue et sans plus aucune trace de Saint-John Perse. Les autres photos, bien que prises sur les lieux ne me semblent pas en correspondance avec la puissance du poète.


Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article