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Blog de Jean-Claude Grosse

Les mots de la rencontre : poèmes

15 Mars 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #poésie

Les mots de la rencontre

Semaine de la langue française, du 14 au 24 mars 2008 :
les mots de la rencontre.


Les 10 mots sont : apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi, visage.

Voici ce que j'en ai fait.

1- Deuil / clin d’œil

Nous nous sommes séparés
sans avoir réussi à nous apprivoiser
Ce que je n’ai pu te dire
ce qui aurait dû se dire
– mais j’étais paralysé
la peur d’être ridiculisé –
je te le dis ici
sur ce papier
pour ne l’avoir pas dit sur le fait
Je n’ai pas aimé ton arrivée
Pour l’agressivité j’étais prêt
Tu me dérangeais
J’étais déboussolé
Nous nous sommes rencontrés
J’étais noué
J’ai aimé ta façon
jubilatoire
de me dénouer
de me déjouer
Je me suis parlé
mis en mots
mis à table
Toi
tu t’en es servie
pour te jouer de moi
sans tact
À ce jeu
tu as vite gagné la partie
Je ne savais pas que
la moquerie est l’arme de la profonde incursion
dans le territoire de l’autre
Je me suis dit :
Elle n’est pas ce qu’elle paraît
cela est attesté par  son visage
 par sa voix
car j’ai aimé ta voix
telle qu’elle est encore sauvage
mais de ce stage
tu attendais de la dévoyer
comme tu l’as fait
de ton corps que tu as pris à bras le corps
pour en faire ce corps de danse qui prend feu dans tes solos
Alors je me suis dit :
Fais une profonde incursion dans son territoire
ce vendredi
dis-lui
j’aimerais masser ton dos
pour parfaire notre duo
mais j’avais peur que tu m’envoies paître
de ta voix non domestiquée encore
que tu nous faisais entendre la nuit
à ton insu du creux de tes draps de lit
où j’aurais tant voulu faire des folies
dans un touchant corps à corps

Sur le plancher
par deux fois je me suis approché

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2- C’est toujours la même histoire

Je n’ai jamais eu le temps de te rencontrer
ni le temps d’un éclair
ni le temps d’une éternité
Je n’ai jamais ouvert la fenêtre
sur vos visages éphémères
sur vos visages sans âge
Je n’ai jamais eu le temps de vous entreprendre
Toujours j’étais débordé
submergé
noyé dans mon nombril
sans même un poil pour brin de gaîté
Alors j’ai collectionné mes velléités
Collectionneur de timbres-poste
sans destinataires
je les ai collés sur les pages vides
de mes agendas
et j’ai fermé les rideaux ridés
de ma jeunesse close
Jeunesse-Terminus
moi qui me voulais Don Juan d’Orient-Express
me voici fonctionnaire à carrière d’Omnibus
Je rêvais de soirs bondissants
soirs de léopards soirs de guépards
de palabres languissantes
me voici enchaînement de jours croupissants
Désormais les chambres de mes désirs sont condamnées
Plus jamais je ne coucherai dans les draps de mes bras
les filles-libellules nées des marais de ma paresse
Plus de passerelles entre rêves d’ailleurs
aux verts luxuriants
et réalité d’ici
aux gris ternis
Maintenant j’accroche les heures
au porte-manteau des habitudes
Je frotte les minutes sur du papier d’émeri usé
pas question fonctionnaire de faire des étincelles
Mes élans ennuyés s’engluent
dans la toile d’araignée
que j’ai tissée
pour réduire à l’impuissance
l’inhabituel
Je suis l’omnibus de la rectitude honnête
L’écartement de mes écarts est le plus petit du monde
J’ai l’air d’une bouteille de whisky
derrière les barreaux d’une prison
C’est vrai que je bois comme un trou
ça redonne du punch au fonctionnaire sans mystère
Taupe sans rêves je fais les cent pas
dans le cul-de-sac de ma villa
Aveugle aux mots
je ne sais plus comment les tripoter
pour me faire jouir
C’en est fini de ma sensibilité érotique
Je suis un fonctionnaire sans tressaillements
Aux soupirs du soleil je me suis attaché par les pieds
À une longue corde brisée j’ai suspendu mes oreilles
À travers des passoires
je fais passer les incongrus grumeaux affectifs
de ma pensée logique qui vague divague
Avec pour tête une serrure fermée à double tour
et pour cœur une valise à double fond
je peux tenter la fin du voyage

Pas de nouveauté au carrefour de la bêtise

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3- La chevauchée fantastique

Inutile de chercher à se faire entendre
Ils se font sourds
puisque tu n’es qu’un nomade
un barbare
Tes paroles tu les veux limpides
ils les reçoivent troubles
tu soulèves trop de poussière
dans tes chevauchées de misère
Tes caresses tu les veux fertiles
ils les ressentent louches
là où tu passes ils croient
que l’herbe ne repousse pas
Dans ta tête tu t’affoles
tu as un tel désir de les aimer à la mongole
mais ils n’ont guère de goût pour les différences
elles les dérangent
alors tu es condamné à la solitude
Tu désirais être pour eux
l’amorce d’un carrefour
ils ne connaissent que le sur place
Tu désirais être pour eux
l’annonce d’un tourbillon
ils ne connaissent que le calme plat
Et tu es seul à aimer
ces chemins qui ne mènent nulle part
chemins de razzia
et chemins de joie
alors tu es condamné à l’altitude
Tu feras des descentes
mais ils n’adopteront pas la tente
ils ne connaissent que la propriété privée
et le jardin potager
Toi qui voulais être levain de leur quotidien
levier de leur médiocrité
Là-haut l’air se fait plus pur
là-bas l’herbe se fait plus drue
il n’y a plus d’arbres soucieux de leurs racines
et de leur cime
il n’y a plus que l’herbe drue
sans origine ni fin
comme toi
Tu voulais pousser dans les interstices
pour les obliger
à penser rhizome
entre les lignes

Ils ont préféré
penser dans la ligne

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Jean-Claude Grosse

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