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Blog de Jean-Claude Grosse

Derniers fragments d’un long voyage de Christiane Singer

24 Mars 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture


Derniers fragments d’un long voyage
de Christiane Singer  chez Albin Michel (2007)


Voici un récit commencé le 28 août 2006 et terminé 6 mois après, le 1° mars 2007, délai annoncé et prononcé comme un décret par un jeune médecin : Vous avez encore six mois au plus devant vous, avait-il dit à Christiane Singer. Le 4 avril 2007, elle mourait ayant laissé en partage ce récit poignant.
De cette lecture, je retiens surtout que certaines souffrances nous seront toujours étrangères, que devant elles et en présence des personnes qui en sont traversées, il ne faut pas chercher des paroles de réconfort, exhorter à aimer la vie, à ne pas penser à la souffrance, à la mort, toutes attitudes et paroles incongrues, à côté. Mieux vaut le silence, le regard ou une vraie rencontre de quelques minutes, une vraie conversation où c’est le « malade » qui guide le bien portant. Je mets le mot entre guillemets parce que Christiane Singer le récuse. Parler de maladie, c’est se situer dans un registre d’oppositions : maladie, santé qui occulte la réalité, qui sépare ce qui est lié, uni et que nous n’avions jamais envisagé les choses comme cela.
Que vit le « malade » ? Indéniablement, Christiane Singer a tenté d’être au plus près de ce qu’elle éprouvait et le moins qu’on puisse dire c’est que les repères habituels s’estompent, ne fonctionnent plus et que cette expérience violemment physique est en même temps, une expérience métaphysique où des mots comme « ma vie », « la vie », « la mort », « ma mort » ne sonnent plus pareil .
Je me garderai bien de contester l’expérience de Christiane Singer. Éprise de religions et de pratiques spirituelles, elle a, « grâce » aux cruelles souffrances, accompagnées de rémissions passagères, renoncé à juger, à espérer, à craindre : elle a appris à accepter, à connaître joie et bonheur, à ne pas vivre comme des contraires ce qui nous apparaît tel, à voir la vie à l’œuvre là où nous voyons la mort à l’œuvre, à voir l’amour universel qui baigne tout, qui embrasse tout, qui est plus que reliance, qui est comme la matière, l’esprit de tout ce qui apparaît-disparaît sans qu’on puisse vraiment distinguer le passage. A-t-elle connu une expérience mystique ? Comme pour la « maladie » que je n’ai pas connue, je préfère me taire, n’ayant jamais connu, vécu d’expérience mystique.
Ce récit, sans doute à lire et relire, me permettra, je l’espère, en présence de souffrances terribles, celles d’autrui ( je pense à mon père, je pense à ma mère : ai-je su avoir la modestie, l’humilité devant ce contre quoi on ne peut rien, à part alléger la souffrance et encore), les miennes peut-être un jour, me permettra peut-être d’accepter et de découvrir, d’apprendre comme Christiane Singer, en acceptant l'"épreuve", a découvert et appris et transmis.


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