Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Blog de Jean-Claude Grosse

Peut-on jouir du capitalisme/Luis de Miranda

21 Avril 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Peut-on jouir du capitalisme ?
de Luis de Miranda

aux éditions Punctum


Luis de Miranda est né en 1971. Cela m’explique l’étonnement éprouvé à la lecture de cet essai. Il ne me semble pas du tout dans l’air du temps. Convoquer Lacan, Heidegger et le jeune Marx, surtout pour ouvrir des voix et voies à une vie nouvelle, voilà qui rappelle le meilleur de 68 et qui, en 2008, ne manque pas d’audace. La critique via les discours théorisés par Lacan, en particulier le discours du maître, devenu discours du capitaliste, la critique de la société de consommation, l’accent mis sur l’aliénation du consommateur, du jouisseur, la démonstration de l’impossibilité pour le désir de jouir du capitalisme et des objets produits par lui, voilà qui me rappelle  Herbert Marcuse,  Henri Lefebvre et bien d’autres penseurs de 68, Michel Clouscard (Néo-fascisme et idéologie du désir, en 1973 chez Denoël).
Ce qui est étonnant de la part de Luis de Miranda, c’est le chemin qu’il parcourt. Commencer par Lacan, passer par Heidegger qui précède Lacan et terminer par Marx qui les précède tous deux, m’a laissé perplexe. D’autant que le jeune Marx ouvre en beaucoup moins de pages bien plus de perspectives que Lacan qui a droit à deux chapitres sur quatre ou que Heidegger (un chapitre).
Lacan bouche au désir l’horizon de la jouissance absolue avec sa notion de plus de jouir. Heidegger amorce une sortie de l’inauthenticité avec sa notion de désir-sans-objet en ce sens que le capitalisme avec son impératif de « fun » ne peut concevoir d’autre mode de fonctionnement du désir que dans un passage, un enchaînement sans fin d’objet en objet. Le désir-sans-objet nous met en relation avec un en deçà du langage, ce que Heidegger nomme Terre.
Marx fait prendre conscience que l’individu n’est pas séparé par le discours de ce qu’il désire par-dessus tout (l’inatteignable objet a) car ce que l’individu aliéné désire, c’est ce qu’une société à un moment historique donné désire. Remplaçons le télos capitaliste par un autre contrat social et la créativité prendra le pas sur la répétition, l’individu séparé de lui-même reprendra conscience de son être collectif c’est-à-dire que la société est notre œuvre commune, en perpétuelle transformation, création, créalisation.
L’auteur invente ces concepts : créel, créalisme, créalisation, pour nommer les voies de sortie du capitalisme dont l’objectif est l’accumulation du capital au prix du solipcisme de chaque consommateur et de chaque salarié.
On trouvera dans wikipédia un article sur Luis de Miranda et sur ces concepts dont les noms ne sont guère enthousiasmants : dommage.
Evidemment, on attend la parution de son essai sur les lignes de vie de Deleuze.
Donc, un livre révélant qu’une pensée souterraine chemine contre le discours dominant, capitaliste, publicitaire, une pensée libératrice, utopique au meilleur sens du terme, car utopie d’un possible immédiat, à portée de désir, de corps, de sensibilité, d’amour des autres.
Cela ne concernera qu’une minorité, les autres continuant à se vautrer dans le consumérisme.
La lecture de ce livre suppose tout de même un vocabulaire « technique » qui n’est pas celui du plus grand nombre. Le souci de démonstration de Luis de Miranda lui fait perdre de fait nombre de lecteurs ce qui est regrettable puisqu’il reproche à Lacan son rationalisme, son scientisme même, et revendique avec Heidegger et Marx, la vie corporante et le droit au sensible. Cela supposait un poème plus qu’une démonstration.
Pour ma part, c’est ce que j’ai tenté dans l’essai : 68, Emmanuelle, nous et moi (doux émois) écrit en 1988-1989. Je pense avoir proposé une ligne de vie qui ne soit pas celle, dominante, de l’aliénation individuelle par la consommation sans limites, la jouissance sans entraves mais celle, minoritaire, solitaire (et paradoxalement solidaire) de l’épanouissement par la création, celle de la création de nouveau, la création faisant advenir ce que la nature n’a pas créé mais devenant comme naturel.

Jean-Claude Grosse

Le créalisme
(source: wikipédia)

À la faveur de l'expérience Arsenal du Midi (l'une des deux signatures-anagrammes de l'auteur, avec Animal du Désir), un laboratoire d'écriture mené sur Internet de 2004 à 2007, Luis de Miranda a rassemblé son projet littéraire et philosophique sous le terme de créalisme. Pour lui, le créalisme est une politique du réel en tant que co-création en devenir (l'être comme « Créel »), où le sujet actif occupe une place centrale, où l'imagination, la passion, la volonté, l'art, le désir, redéfinissent sans cesse, au présent et en acte, les conditions de possibilité d'une vie désaliénée, voire d'une mutation continue, démultipliée et plus ou moins latente de la société.
Le créalisme, également né de travaux menés par Luis de Miranda à l'université de Paris-I entre 2003 et 2007, sur Jacques Lacan, Karl Marx, Gilles Deleuze et Martin Heidegger, pose le primat de la créativité au cœur de l'être, et loin d'être agencé aux seules disciplines artistiques, il concerne la dynamique d'extension des territoires vivants, une éthique aventureuse, une praxis éprouvable et collective de la singularité. Sous cette acception, le Créel est un tissu vif d'interrelations, tandis que le Réel est son compost.

Luis de Miranda


Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Luis de Miranda 15/02/2009 13:26

voilà, cette fois-ci UNE VIE NOUVELLE EST-ELLE POSSIBLE, deuxième volet du dyptique, sera en librairie après-demain si la révolution n'éclate pas d'ici là...