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Les Cahiers de l'Égaré



Vendredi 9 janvier 2009
Interview de Dominique Guillet, Président de l'association Kokopelli
et auteur du manuel de production de semences dans le jardin familial
"Les Semences de Kokopelli"



Univers-nature - Pour la libération de la semence et de l'humus, c'est tout un programme !
Pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené à la création de l'association Kokopelli ?

D. Guillet, association Kokopelli, Dominique Guillet - Nous avons créé l'association Kokopelli en 1999, suite à la fermeture de Terre de Semences. Créée en 1994, Terre de semences était une société qui distribuait et produisait des semences issues de l'agriculture biologique et biodynamique, elle a été fermée suite à la menace de la répression des fraudes, provoquée par le ministre.
Il faut prendre conscience que la majorité des aliments que nous consommons sont issus de variétés qui sont inscrites sur l'un des catalogues nationaux de la communauté européenne et cela fait des dizaines d'années que ça dure. En 1961, il y a eu une convention, qui s'appelle la convention de Paris, elle a créé l'UIPOVE (Union internationale pour la protection des obtentions végétales). Ainsi, à cette date, les multinationales qui s'étaient créées un cadre juridique ont accaparé ou acheté tous les semenciers de l'hémisphère nord : à savoir un bon milliers de semenciers en l'espace de 30 ans. Ce qui fait qu'aujourd'hui nous avons une dizaine de multinationales qui contrôlent 50% de la semence planétaire et 60% de l'agrochimie.
Pour ces 10 multinationales, les fusions actuelles nous donnent DuPont, Monsanto, Singenta, et Limagrain. Ainsi, en fait la majorité des variétés qui étaient soit produites, soit distribuées par Terre de Semences étaient dans la stricte illégalité dans la mesure où elles étaient des anciennes variétés non-inscrites sur le catalogue.
Depuis 1941, quand on fait le bilan de ce qui existe dans les catalogues nationaux, on s'aperçoit qu'il existe avant tout des hybrides F1. Un hybride F1, par définition, c'est une variété qui génère un marché captif, puisque étant soit stérile, soit dégénérescente, vous ne pouvez pas reproduire les semences conformément au type de votre hybride F1 de départ.
A partir du moment où Terre de Semences a été un peu trop connu et distribué par certaines jardineries, la pression s'est faite sentir, mais surtout, Terre de Semences a refusé de rentrer dans le cadre d'un décret mis en place fin 1997 et qui instituait la création d'un catalogue pour variété amateur. Or, pour inscrire nos variétés dans ce catalogue, il fallait payer un demi-droit qui était de l'ordre de 1450 FF par variété, il fallait prouver que nos variétés étaient âgées de plus de 20 ans, il fallait prouver qu'elles soient DHS (détermination à l'homogénéité et la stabilité), donc tout un tas de paramètres dans lesquels Terre de Semences ne voulait pas s'engager car, premièrement on n'avait pas d'argent et deuxièment, tout ce qui est fixisme on n'y croit pas du tout, la vie étant avant tout évolution. Terre de Semences a donc refusé de s'incrire dans ce cadre juridique mis en place par le Ministère de l'agriculture à la fin de l'année 1997, et en 1999 on a fermé Terre de Semences sous la pression et nous avons créé l'association Kokopelli pour reprendre un peu le flambeau de Terre de Semences, tout en sachant que toutes les variétés que nous avons aujourd'hui sont encore dans la quasi-illégalité.

Univers-nature - Donc pour bien préciser les choses, aucune semence non-inscrite au catalogue officiel ne peut être commercialisée officiellement ?

Dominique Guillet - Prenons l'exemple des tomates. Il y a à peu près 87% d'hybrides F1, 11% de variétés fixées sous obtention végétale, et il ne reste que 2% de variétés du domaine public. Donc cela veut dire que 98% des tomates sont sous brevet, ainsi un semencier, dans la main d'une multinationale, va tout simplement payer pour l'inscrire au catalogue officiel et payer une seconde fois pour la protéger avec un brevet durant 20-25 ans.
Le but de notre association est donc de collecter un maximum de ressources génétiques qui viennent de la planète et de les remettre à la disposition du jardinier. On est en fait une banque de semences vivantes et pour nous, alors que nous fonctionnons sans aucune subvention, il est hors de question de payer pour avoir le droit de protéger un héritage de la planète, certaines variétés existant depuis des centaines d'années.
On nous rétorque souvent que tous ces cadres juridiques sont là pour la protection du consommateur, or, d'un point de vue pratique ça fait plus de 10 ans que l'on fait ce travail et si les consommateurs n'étaient pas heureux de nos semences et de la saveur de nos anciennes variétés, ils ne reviendraient pas, or ils reviennent tous les ans nous acheter des semences. En outre, dans nos clients depuis 7-8 ans nous avons la mairie de Paris, de Poitiers, le Conseil Général de la Guadeloupe, le château de Versailles, le parc du Luberon, bref tout un tas de collectivités qui nous payent par mandat administratif, simplement parce qu'ils apprécient énormément la qualité des semences et des variétés que l'on met à leur disposition.

Univers-nature - C'est assez révélateur...

Dominique Guillet - Effectivement c'est assez révélateur d'un certain état schizophrénique de notre société !

Univers-nature - Si l'on se fait l'avocat du diable, n'avez vous pas l'impression de tourner le dos au progrès, de nier l'avenir, ne menez vous pas un combat d'arrière garde quelque part ?

Dominique Guillet - Il est évident que l'on ne va pas dire qu'une variété est superbe parce qu'elle est ancienne, ce que l'on veut dire c'est qu'un environnement est perpétuellement en évolution et que si les milliards et les milliards de dollars que l'on a mis dans la recherche sur les hybrides F1 depuis 1925, ou sur les OGM depuis une vingtaine d'années, on les avait mis dans l'amélioration et la sélection des anciennes variétés, où en serait-on en ce moment ? c'est la question et c'est nous qui la posons !

Univers-nature - Les arguments des agro-semenciers sont, entre autre, la nécessité de nourrir la planète, que les anciennes variétés ne sont pas adaptées à la lutte contre certains parasites et qu'elles ne sont pas assez productives, que répondez-vous à cela ?

Dominique Guillet - Oh, c'est un vaste débat. Nous avons passé un an et demi en Inde pour lancer un centre de ressources génétiques, soit une banque de semences au service de la paysannerie indienne, et on a bien vu ce qui se passait là-bas. En Inde, il existait de 100 à 200 000 variétés de riz avant la révolution verte et après celle-ci, il n'en reste que 50 !
En fait la biodiversité a été totalement éradiquée, toutes les variétés de riz qui étaient adaptées à des terroirs bien précis ont été totalement éradiquées, le tout accompagné d'une destruction du milieu social, destruction du rôle de la femme dans la société indienne, pollution effrénée des nappes phréatiques, de l'air, du sol, etc. Quarante ans de révolution verte, un désastre total !
Et maintenant, les multinationales réattaquent avec une seconde révolution verte, à savoir la révolution des biotechnologies et ce que l'on appelle les OGM. On voit bien ce qu'a donné l'introduction de 3 variétés de coton transgénique, un désastre total. Depuis quelques années on sait que de 15 à 20000 paysans se sont suicidés, souvent collectivement, sur les places de villages indiens parce qu'ils étaient complètement ruinés. Quand un paysan en Inde est ruiné, que fait-il ? ou il se suicide, ou bien il part en bidonville, ou il vend sa terre à la banque ou, entre autre à Cargill, qui contrôle 70% des farines planétaires. On voit bien à quoi a mené l'agriculture moderne dans les pays du tiers-monde, ainsi que la révolution verte : à rien du tout !
Aujourd'hui, environ une personne, toutes les 2 secondes meurt de faim sur la planète, et ni la révolution verte, ni les hybrides F1, ni les OGM n'ont rien changé ou ne changeront rien à cela. Ce qu'il faut c'est simplement développer de nouveau les techniques d'agrobiologie tropicale pour les pays du tiers monde, reverdir le désert... et pour cela, on a toutes les solutions : il faut un minimum d'argent et un minimum de volonté publique et politique.
Nous avons toutes les solutions pour nourrir la planète, la faim dans le monde cela n'existe pas, c'est un outil géopolitique. On sait fort bien que même en Inde, on pourrait vraisemblablement avec des techniques d'agrobiologie un petit peu intensives, nourrir plus d'un milliard d'habitants.

Univers-nature - Votre discours est très clair, sans ambiguité, néanmoins sur le mode de production vous n'avez pas une position aussi tranchée notamment en direction de la bio. Quel mode de production avez-vous adopté ?

Dominique Guillet - Il est évident que pour nous, toutes les semences qui sont produites ou distribuées par Kokopelli sont issues de l'agriculture biologique ou biodynamique. Il est hors de question de remettre en cause les fondements de ces modes de production.
Néanmoins, quand on voit les tendances de l'agriculture biologique actuelle que l'on peut appeler agriculture biologique productiviste, il est difficile de ne pas poser certaines questions et les différentes questions que l'on pose très fermement c'est :

   1. quelle est l'origine des semences utilisées ?
   2. quelle est l'origine et la nature des fertilisants utilisés ?
   3. qu'en est-il de l'aspect social, tout autant en occident que dans les pays du tiers-monde?

Si je reprend chacun des points, il faut savoir qu'en ce qui concerne la production de légumes, domaine que nous connaissons à Kokopelli, vraisemblablement plus de 90% des semences sont issues de la chimie et sont des semences hybrides F1. Donc l'agriculture biologique, quant à la production de légumes, n'utilise quasiment pas d'anciennes variétés, et pour nous un hybride F1, nous l'avons dit tout à l'heure, c'est évidemment la non-durabilité, car il génère un marché captif en vous plaçant dans l'impossibilité de refaire vos semences.
Le second point, la fertilisation; dans la majorité des domaines qui produisent des légumes en bio, il y a un manque total d'autonomie quant à la fertilisation. A savoir que très peu d'agrobiologistes pratiquent en ce moment soit les rotations de cultures, soit l'utilisation des engrais verts, soit l'utilisation d'une fumure animale parce qu'ils n'ont pas d'animaux (on connait l'état de l'élevage dans ce pays ou dans les différents pays d'Europe occidentale). Donc que font les agrobio, ils téléphonent à une société qui leur amène un camion chargé de sacs en plastique; dans les sacs en plastique se trouvent principalement une biomasse volée au tiers-monde, à savoir du guano qui arrive de Bolivie, du tourteau de ricin et de cacao qui arrive d'Afrique, etc. et l'on trouve également tous les déchets de l'agro-industrie : de la poudre de sang, de la poudre d'os, de la poudre de plumes, des fumiers traditionnels chauffés, soi-disant, à 1000 degrés pour détruire les organophosphates ou organochlorés, on processe des algues pour en retirer des oligoéléments, etc., etc. bref on est dans une non-durabilité totale. Nous posons donc la question de la durabilité de l'agriculture biologique, qui, a nos yeux actuellement, est quasiment le contraire d'une agriculture durable.
Autre point à évoquer, l'aspect social; on a vécu en Inde pendant un an et demi, on travaille sur l'Afrique et on voit bien que dans certains domaines, fussent-ils Demeter (marque de certification des fermes biodynamiques, ndlr) il n'y a pas un gramme de matière produite sur place qui reste sur place, tout est exporté chez les blancs. Les filles sont payées dans les jardins à un dollar par jour, et même si dans un système Demeter, elles sont payées 2 dollars par jour cela ne changera pas grand chose quant à ce qu'elles vont mettre dans le bol de la famille. Pour la plupart, un dollar par jour leur suffit juste à acheter un peu de riz blanc totalement déminéralisé, et ce n'est pas cela qui va les nourrir et nourrir leurs enfants. Donc on se pose aussi la question sur le commerce équitable, quand on voit la misère dans laquelle vivent des milliards de personnes sur la planète, payées à hauteur d'un dollar par jour.



TGV: Terrorisme à Grande Vitesse

Un appel à faire dérailler
le Terrorisme Alimentaire qui sabote la Biosphère !

Suite à mon mail précédent, intitulé "Kokopelli l'Insurgé", je souhaite rappeler que "Dans les cosmogonies Amérindiennes, Kokopelli est bien sûr le Semeur, le Joueur de Flûte, mais il est aussi le Shaman, le Farceur, le Vagabond, le Troubadour, le Colporteur, le Dissident, l’Hérétique, et le Séducteur."



L'Association Kokopelli existe toujours parce que le peuple nous a soutenus contre la Terreur d'Etat qui nous aurait sinon impitoyablement écrasés. Nous avons appris aujourd'hui que le Ministère de l'Agriculture a interdit au Potager du Roi (Château de Versailles) de commander des semences chez Kokopelli (ce qu'ils faisaient depuis un grand nombre d'années). Est-ce une nouvelle version du néo-libéralisme? Le Ministère de l'Agriculture va-t-il envoyer une missive à toutes les municipalités petites et grandes, à tous les jardins municipaux et botaniques, à tous les parcs régionaux, pour leur interdire de commander des semences chez Kokopelli? Les collectivités publiques auront-elles Monsanto comme fournisseur agréé et certifié conforme?


Cela fait plus de dix années que nous sommes harcelés par la mafia semencière et par leurs valets d'Etat. Parce que nous vendons des graines de tomates ? Peut-être, mais surtout parce que nous promouvons des dynamiques d'autonomie: le jardinage familial, l'agro-écologie, la production autonome de semences, le soutien aux paysans du Tiers-Monde.


N'est-ce pas, en fait, cette promotion des Autonomies, en commençant par le jardin potager, que les Autorités reprochent réellement aux "Jeunes de Tarnac", (et à toute une "mouvance" qualifiée "d'anarcho-autonome" ou "d'ultra" afin de détourner l'attention de la crise qui se profile) ? A la question posée par le journal Libération (11 décembre) : "Comment s'expriment leurs velléités terroristes ?", le contrôleur général Christian Chaboud, responsable de la lutte antiterroriste, a répondu : "De par leur attitude et leur mode de vie."


L'autonomie serait la preuve d'une tendance au sabotage et au terrorisme ? Pathétique.


Une certaine presse s'est offert le luxe de grands titres lors de l'arrestation musclée des neuf jeunes de Tarnac accompagnée libéralement de télé-réalité. Cette même presse a quelque peu omis de "couvrir" la libération de sept d'entre eux avec les mêmes grands titres. Deux restent en prison: Julien Coupat et Yildune Levy. Je vous invite à consulter l'article publié en ce jour dans l'édition informatique du journal "le Monde" par le philosophe Michel Terestchenko "Non à la banalisation des législations d'exception!". Est-ce normal "que la nuit, toutes les deux heures, la lumière s'allume dans la cellule d'Yldune Lévy" ? Est-ce normal qu'elle n'ait toujours pas été entendue par un juge d'instruction après 6 semaines d'incarcération? (Il est vrai que les juges d'instruction seraient sur un siège éjectable. Pour que peut-être l'Etat jouisse d'un peu plus d'Autonomie ?)


Sont-ce les "dommages collatéraux" de la lutte anti-terroriste ? Mais qui sont les vrais terroristes ? Qui sont les vrais saboteurs ? Ne sommes-nous pas confrontés à une gigantesque entreprise de sabotage à l'échelle planétaire ? La biosphère est en train d'agoniser: pollution et érosion des sols, désertification, éradication de la biodiversité, cancérisation de l'humanité... Le principal coupable est l'agriculture chimique, mortifère et cancérigène. Le principal Terrorisme est Alimentaire: il permet de contrôler les peuples, il a été mis en place, depuis 1945, par les multinationales de l'agro-chimie et de la semence et par tous leurs complices dans certaines hautes administrations des pays Occidentaux.


 Le manifeste "L'Insurrection qui vient" ne serait-il pas le cri de désespoir d'une certaine jeunesse face à l'autisme des Autorités sous le contrôle total de ces multinationales et de quelques empires financiers et économiques ?


Ces multinationales continuent de s'organiser pour s'assurer du contrôle total de la planète et nous remercions tous ceux qui nous ont amené des informations concernant la nature et les agissements du MOMAGRI suite à mon appel à la vigilance. Le MOMAGRI est un "comité bien visible": ne le perdons pas de vue ! Par contre, ses finalités réelles ne sont pas tout autant visibles.

Le MOMAGRI, le "Nouvel Ordre Mondial de l'Agriculture", c'est la recette assurée d'un nouveau TGV, un "Terrorisme à Grande Vitesse". Le nec plus Ultra du Terrorisme Alimentaire, une solution certaine pour la Fin dans le Monde.


Alors, non, je ne soutiens pas des saboteurs de TGV mais par contre, je dénonce les saboteurs de ce permanent "Terrorisme Alimentaire à Grande Vitesse".

Je ne promeus ni la violence (qui reste bien évidemment l'apanage "légal" des dominateurs), ni la non-violence. Mais une question reste entière: A quoi cela mène-t-il les tolérants de tolérer les intolérants ? Que chacun tire les leçons du passé.

J'ai pu lire aujourd'hui que je détournais les fondements de Kokopelli, une association "distribuant des produits à l'ancienne" ! Cela fait plus de dix années que je crie haut et fort qu'il ne sert à rien de protéger la biodiversité alimentaire si nous n'avons pas la liberté sociale de l'utiliser. Kokopelli n'est pas tourné vers le passé mais vers le futur. Au coeur de cette extinction d'envergure planétaire, nous voulons préserver des semences pour les oasis du futur, il est vrai, mais nous avons surtout à coeur de lutter pour conserver la liberté sociale de les jardiner et de les jardiner en agro-écologie.

Au risque de me répéter une énième fois, je réitère la question de Roger Heim en 1965, alors directeur du Muséum d'Histoire Naturelle et président de l'Académie des Sciences: «On arrête les “gangsters”, on tire sur les auteurs de “hold-up”, on guillotine les assassins, on fusille les despotes - ou prétendus tels - mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ?» Roger Heim avait préfacé l'ouvrage de Rachel Carson "Le Printemps Silencieux" qui dénonçait déjà en 1962 les incroyables méfaits de l'agro-chimie.

Qui mettra en prison les empoisonneurs publics?

Et au risque que d'aucuns m'accusent encore de mélange de genres, je réitère ce que j'ai exprimé dans mon article "Kokopelli, un joueur de flûte enchantée dans le Rêve de Gaïa": nous sommes spoliés par une confiscation systématique des plantes alimentaires, des plantes médicinales, des plantes sauvages, des plantes shamaniques, des extraits fermentés, du stevia, etc.

Et j'appelle à une Insurrection totale contre cette interdiction d'accès aux richesses de la biosphère.

Et j'appelle à la révolte des peuples contre cette Terreur d'Etat insidieuse qui nous pourrit la Vie.

Et je refuse de me calfeutrer dans le camp de ceux "qui ont les mains blanches mais qui n'ont pas de mains", comme le chantait le poète.

Kokopelli-ment vôtre. Dominique Guillet.

"De quel droit les Etats Occidentaux se mêlent-ils de légiférer et de criminaliser l’accès aux richesses de la biosphère, aux dons de la Terre Mère? Qu’attendent les peuples pour se révolter contre l’interdiction de concocter un extrait d’ortie ou de prêle pour soigner les légumes de leur jardin, contre l’interdiction de sucrer leur tisane avec du Stevia, contre l’interdiction de cueillir des champignons dans les prés à l’automne, contre l’interdiction de donner ou d’échanger des anciennes variétés de blés, de tomates, de maïs ou de courges? Nous exigeons un accès libre à toutes les richesses de la biosphère Gaïenne, à tous les dons de la Terre Mère. Maintenant. Et sans exception.

L’humanité est maintenant confrontée à un choix décisif: sombrer dans un esclavagisme chimique de synthèse, virtuel et artificiel (le véritable “enfer de la drogue”) ou se révolter pour recouvrer son droit inaliénable d’avoir recours aux plantes sauvages, aux plantes médicinales, aux plantes shamaniques et aux plantes alimentaires, le fruit de milliers d’années de co-évolution avec la biosphère. De ce choix dépend la survie de l’humanité, et d’une grande partie de la biosphère. Quant à Gaïa, une perle bleue sertie dans un univers de 135 milliards de galaxies, elle en a vu d’autres en 4350 millions d’années !"


Non à la banalisation des législations d'exception ! par Michel Terestchenko
(Le Monde, 7 janvier 2009)

Au cours d'un colloque qui se tint à Berlin à la fin des années 1990, le professeur de droit Günther Jakobs recommandait que nos sociétés démocratiques établissent une distinction entre le droit pénal des citoyens et le droit pénal de ceux qu'il appelle "les ennemis de l'ordre public" : "Celui qui veut être traité comme une personne, expliquait-il, doit de son côté donner une certaine garantie explicite qu'il va se comporter comme une personne. Si cette garantie fait défaut, ou même si elle est formellement refusée, le droit pénal n'est plus la réaction de la société contre l'un de ses membres, mais devient la réaction contre un ennemi."

Une telle distinction, qui entend légitimer l'instauration d'une législation de combat, présuppose que tout citoyen soit en mesure d'apporter la preuve que son comportement - non ses actes, serait-il simplement soupçonné de les avoir commis - ne constitue pas une menace potentielle pour la société. Si l'on devait suivre une telle recommandation, s'instaurerait un ordre du soupçon généralisé auquel personne ne pourrait échapper, mettant en cause la présomption d'innocence et les principes fondamentaux de notre conception du droit. S'agit-il là de simples divagations d'un universitaire, conduisant à appliquer à tout citoyen la distinction établie par le juriste Carl Schmitt entre l'ami et l'ennemi ?

Il y a, hélas, tout lieu de craindre que non si l'on considère l'évolution des mentalités gouvernementales et des pratiques judiciaires. Je parle ici de la France, non de l'Allemagne. On en voit un triste exemple dans le sort réservé à Julien Coupat et à sa compagne, Yldune Lévy. Tous deux ont été incarcérés, le 16 novembre 2008, avec plusieurs membres d'une prétendue "cellule invisible", pour leur responsabilité présumée dans le sabotage contre les lignes TGV, qualifiée d'"entreprise terroriste", mais ils sont les seuls à être aujourd'hui encore maintenus en détention sans qu'aucune preuve formelle ait pu, semble-t-il, être apportée à leur participation à cette action. Une action, au reste, qui, en seraient-ils responsables, ce qui n'est pas établi, ne relève nullement de l'intention de faire régner la terreur par un attentat contre des civils innocents, sauf à tomber dans une lamentable et effrayante dérive sémantique. C'est pourtant là le point décisif, car c'est principalement sur la base de cette qualification des faits que la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a décidé, vendredi 26 décembre, de maintenir Julien Coupat en détention préventive. Quant à Yldune Lévy, elle n'a toujours pas été auditionnée par un juge d'instruction, un mois et demi après son arrestation.

A l'origine de cette étrange rigueur, une circulaire, datée du 13 juin 2008, de la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice, qui s'inquiète de la "multiplication d'actions violentes commises sur différents points du territoire national susceptibles d'être attribuées à la mouvance anarcho-autonome". Il est demandé aux parquets d'"apporter une attention particulière à tous faits (des inscriptions - tags - jusqu'aux manifestations de soutien à des étrangers en situation irrégulière) pouvant relever de cette mouvance afin d'en informer dans les plus brefs délais la section antiterroriste du parquet du tribunal de grande instance de Paris pour apprécier de manière concertée l'opportunité d'un dessaisissement à son profit". Dans un communiqué intitulé "La direction des affaires criminelles voit des terroristes partout" (26 juin 2008), le Syndicat de la magistrature soulignait le risque que cette circulaire pouvait faire courir, celui "de permettre une extension quasi illimitée d'une législation d'exception" et "de renforcer la répression à l'encontre des différents acteurs du mouvement social". Une inquiétude aujourd'hui amplement justifiée par les faits.

Nous apprenons, en effet, que Julien Coupat et Yldune Lévy, incarcérés l'un à la prison de la Santé et l'autre à Fleury-Mérogis, sont traités comme des détenus particulièrement surveillés (DPS), auxquels s'appliquent des mesures de précaution liées à leur prétendue dangerosité.

C'est ainsi que, selon une révélation du Canard enchaîné du 17 décembre, "depuis un mois, à la maison d'arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, la nuit, toutes les deux heures, la lumière s'allume dans la cellule d'Yldune Lévy, présumée d'"ultragauche" saboteuse de caténaires SNCF (...). Officiellement, c'est "pour la protéger d'elle-même". En réalité, comme le concèdent des juges en privé, il s'agit d'abord d'"attendrir la viande" de cette "dangereuse terroriste"".

A la question posée par le journal Libération (11 décembre) : "Comment s'expriment leurs velléités terroristes ?", le contrôleur général Christian Chaboud, responsable de la lutte antiterroriste, a répondu : "De par leur attitude et leur mode de vie."

Avec l'altération des rythmes de sommeil, c'est ainsi une des méthodes de privation sensorielle utilisée à grande échelle par les forces américaines dans le cadre de la "guerre contre la terreur", qui serait employée en France à l'endroit d'une personne présumée innocente. Le but est toujours le même : briser la résistance psychique du détenu. Or de telles pratiques, dont la capacité destructrice est indéniable, sont qualifiées, en droit international, d'actes de torture. C'est à ce titre qu'elles font l'objet d'une prohibition inconditionnelle.

Nul besoin d'entrer dans le fond du dossier ni d'être lié à la mouvance de l'ultragauche pour dénoncer et condamner ces méthodes dont l'apparition et la légitimation sont inévitables dans une société où le discours de la menace et de la peur conduit à bafouer les règles de la justice ordinaire. A quoi bon s'indigner de la législation d'exception mise en oeuvre par l'administration Bush à Guantanamo sur des centaines de prétendus terroristes si nous entrons à notre tour dans la même régression, serait-elle de moindre gravité, à la faveur d'un consensus plus ou moins tacite ? Au-delà de décisions de justice qui éveillent, pour le moins, notre perplexité - même si nous ne savons pas tout et qu'une certaine prudence s'impose -, au-delà du traitement carcéral réservé à ces détenus, qui sont toujours, faut-il le rappeler, présumés innocents, et qui soulève notre indignation, au-delà même du développement de l'esprit sécuritaire dont nous devons refuser les pièges parce qu'il ébranle la garantie que la démocratie doit apporter à la défense des libertés publiques fondamentales, c'est d'abord la "métaphorisation" de la notion de terrorisme qu'il faut rejeter absolument.

Lorsque le langage cesse d'établir et de garantir notre relation de confiance avec le monde, il y a tout lieu de craindre que la société vacille dans son ensemble. La justice en particulier. Notre devoir de vigilance a dans les temps présents, ici et ailleurs, trouvé assez de raisons de s'exercer pour que nous exigions que notre démocratie demeure respectueuse des principes qui la constituent et qu'aucune forme de torture, serait-elle psychologique, ne s'exerce à l'endroit de quiconque. Au surplus, l'extension immodérée de la justice d'exception est une dérive dont personne ne peut désormais être assuré qu'il n'en soit un jour victime.

Michel Terestchenko est philosophe et auteur "Du bon usage de la torture" (La Découverte, 216 p., 15 euros).


Par grossel - Publié dans : SEL
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