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Blog de Jean-Claude Grosse

Aimé Césaire

21 Avril 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

À la mémoire d'Aimé Césaire, cette lettre L 117 du 21 février 2007 de Robert, publiée d'abord sur le blog des agoras. Je renvoie aussi à l'article:

grossel


L117

21 février 2007
La chosification

Vous voudrez bien m’en excuser, mais parce que je viens d’entendre Ségolène Royal, je me sens obligé de convoquer, pour la seconde fois, la parole d’Aimé CÉSAIRE, parce qu’elle est impitoyable et vraie et qu’aucune autre ne l’approche, ni de près ni de loin. Les vérités qu’elle assène ont été proférées il y a plus de 50 ans et elles désignent le monde d’aujourd’hui avec la même perspicacité et la même pertinence qu’en 1954.


“A mon tour de poser une équation, dit Césaire : colonisation = chosification.” colonisation voudra toujours dire exploitation, exploitation sera toujours synonyme de “chosification” : ici ajoutez la liste interminable des firmes internationales en tous genres, ceux qui les dirigent de toutes nationalités, ceux qui les servent dans tous les Etats. Exploitation des hommes, des femmes et des enfants. Exploitation et pillage des ressources. Tout dire clairement, à la face des barbons religieux et politiques, affairistes et financiers, banquiers et spéculateurs c’est dire “capitalistes” ou “libéraux” s’il vous plaît de le dire ainsi. C’est dire : colonisation de la planète, colonisation sans frontière des hommes, femmes et enfants du monde.
“J’entends la tempête. On me parle de progrès, de “réalisations”, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes.
Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.
On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.
Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.” : 3 suicides, 3 morts en quatre mois chez les cadres de Renault à Guyancourt, rapporte Libération le 21 février 2007, et d’autres morts annoncées dans les conditions actuelles d’exploitation de la “matière” grise - matière achetée sur pied, avec la chair et les os, malheureusement - les épouses appellent les syndicats pour les alerter, sans oser le dire à leurs époux-cadres...
Bref, quelques lignes plus loin, à propos des sociétés soumises au joug et aux règles de la “civilisation coloniale” :
“On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification. {...} C’étaient des sociétés pas seulement anté-capitalistes, comme on l’a dit, mais aussi anti-capitalistes.”

Entendre cette voix du passé et savoir qu’elle transhume dans notre présent ; constater que les mécanismes n’ont pas changé mais qu’ils se sont étendus au monde entier, que la broyeuse est intacte et a même gagné en efficacité ; que partout elle trouve des complicités nécessaires, des mécaniciens indispensables dévoués à son entretien ; penser que le ventre est encore fécond... alors que sur la piste marquises et marquis s’agitent sur un air de carnaval, on se dit bien que tout cela court à sa fin.
Ayant régné jusqu’ici le Capitalisme, comme n’importe quel mortel, se pense éternel, bien entendu...

Ce que nous n’avons même pas daigné regarder, consulter dans nos déboulés de prédateurs sur le continent africain, a néanmoins été relevé par l’ethnologue : “Leur culture ne manque pas de contrastes remarquables : pauvres d’outillages, ces hommes ont réussi à s’implanter dans des pays peu fertiles et accidentés, à concevoir des techniques agricoles fondées sur les céréales qui sont les plus fines de toutes celles connues dans le monde noir ; dépouillés et nus, ces paysans ont su édifier une architecture moins fragile que celle des peuples nègres, d’apparence moins archaïque. Ils donnent l’impression de protéger opiniâtrement une très ancienne réussite culturelles.” Georges Balandier, “L’Afrique ambiguë”, écrit au sortir de la deuxième guerre mondiale à propos du Nigeria. Nous fîmes tellement mieux que ces civilisations africaines “d’apparence moins archaïques” avec notre technologie dévoreuse d’espace et nos performances en déboisement - qui continuent en Afrique comme en Amazonie, en Chine... - nous avons su en très peu de temps rendre les 3/4 d’une île comme Madagascar impropre à l’agriculture, alors qu’une végétation y était installée depuis des millénaires au prix d’une persévérance “opiniâtre”. Erreur qui s’était déjà produite sur notre propre sol dans une course au défrichement inconsidérée aux siècles précédents, d’où il n’est ressorti que des landes infertiles et des espaces irrécupérables à l’agriculture. Puis, plus près de nous, la suppression des haies sans discernement pour cause de rentabilité immédiate...puis l’Industrie...puis l’amiante, dont les méfaits étaient connus depuis 1911...puis... la liste est infinie de ces initiatives morbides au profit de quelques uns et en dépit du bon sens commun. Et toujours, accompagnant le convoi funèbre des innovations techniques, le discours anesthésiant, l’emportement hypocrite, les simagrée du sacrifice et de l’honneur au milieu des carnages indéfiniment répétés de guerres justes respectant les accords de Genève !

L’Homme étant ce qu’il est, rien de ce qu’il construit n’est parfait. Ni en Afrique, ni ailleurs. Ni autrefois, ni maintenant, ni demain. Mais nous qui sommes les vivants d’aujourd’hui, nous parlons au présent de cette imperfection. On cherche à nous raconter des histoires, elles sont à dormir debout. Or l’Homme debout est fait pour marcher, sans illusions, les yeux grands ouverts, quelles que soient ses peurs et les traquenards qui le guettent.
Mais le mot de la fin, Maurice Nadeau, La Quizaine littéraire n°939 : “Oxaca, ce nom vous dit quelque chose ?” {...} “On a vaguement entendu parler. Libération : il faut savoir occulter une insurrection. - Nous avions d’autres chats à fouetter. Eux ils avaient mieux à faire que de singer Paris 1871 (car bientôt souvenirs, souvenirs, le mur des Fédérés, les discours de basse cour...). La Révolution n’est plus dans le vent, savez- vous. Vous retardez. A moins qu’elle n’ait pris d’autres couleurs : le rouge indien par exemple.”. Oui, elle court sous la peau du Monde...

Robert

Aimé Césaire



Discours sur le colonialisme

 

 
 
 

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dkhil 11/05/2008 22:02

merci de faire en sorte que mon hommage à Aimé Cesaire soit entendu surtout en cette journée de commémoration de l'esclavage; mon clip n'a jamais était aussi en phase avec l'actualité.SOY

Mohamed Oufkir 23/04/2008 21:52

Bonjour Grossel,  Je m'invite dans ton univers !