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Blog de Jean-Claude Grosse

Déluge/Henri Bauchau

22 Avril 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

 

Déluge / Henri Bauchau

Babel 2011

 

Le-deluge--par-Michel-Ange.JPGle déluge par Michel-Ange

 

Henri Bauchau fait partie des écrivains que j’aime lire. Il se lit bien, ses mots sont simples, ses métaphores également, mais tout cela est nourri d’une grande écoute de la complexité humaine, des oscillations entre contraires qui font qu’on vit, qu’il y a de la souffrance puis du bonheur, de la création et de la destruction, de l’eau jusqu’au déluge et du feu ou l’inverse. Les histoires d’Henri Bauchau embrassent le temps et l’espace, les mythes d’hier et les légendes d’aujourd’hui.

Dans Déluge, l’histoire nous est racontée par Florence qui atteinte d’une maladie lui laissant peu de répit se retrouve à accompagner un peintre fou. Cet être extravagant se prend d’amour pour Florence, la met au dessin et à la peinture et la guérit de sa maladie. Ensemble et avec d’autres dont Simon, ils entreprennent sous la direction non directive de Florian, le peintre fou, pyromane, dont la vie occupe un chapitre, une œuvre inspirée du déluge. Cette œuvre monumentale leur demande des années, elle provoque des crises, des départs, des retours, des réconciliations, elle fait éclore un amour entre Florence et Simon, à partir de l’Ève peinte par Florian. Ce qui est raconté d’une façon épique, c’est le combat pour réaliser cette œuvre, au péril de leurs vies, il s’agit d’un corps à corps entre les visions, les histoires qu’ils se lisent et leur incarnation sur la toile, dans la toile car tout se passe comme si la toile, lieu de la représentation, de l’image était le lieu de la réalité, de la présence. Pas de distance quasiment entre la vie et l’art, l’art c’est la vie. En réalisant avec d’autres cette œuvre nommée L’œuvre infinie, Florian le peintre qui aimait créer puis détruire ses œuvres par le feu trouve enfin son équilibre, son point d’équilibre entre eau et feu. En brûlant légèrement son Ève, il la transforme en Florence qu’il offre à Simon. « Je survis, je vis, je vais vivre, c’est ce qu Florian montre … Simon est là … en moi qui peux le faire prendre feu à n’importe quel instant comme sans le savoir, et tout tremblant, il peut aussi me mettre en flammes … ce n’est pas ce qu’a peint Florian. Là, entourée d’arbres, je suis souveraine et mérite attente et patience. Simon le sent, il s’écarte, moi aussi. Nous descendons chacun de notre côté, par un escalier différent. Quand nous sommes en bas, Simon s’approche de moi, embrasse ma main, je tremble, il tremble aussi, nous nous séparons.» page 127. Le docteur Hellé, elle-même très malade, qui a suggéré à Florian cette œuvre sur le déluge et qui de loin, s’occupe de Florian qu’elle a confié avec une sûre intuition à Florence, peut voir l’œuvre achevée avant de s’en aller, confiant à Jerry le soin de fermer les yeux de Florian, le moment étant venu qui ne sera pas loin. Jerry a fait promesse à Florian d’achever l’œuvre en composant en musique, plus tard quand il sera grand, l’arc-en-ciel d’après le déluge. 

J’ai trouvé pas mal de similitudes entre les propos sur la peinture de Rezvani et ceux de Bauchau, avec la même fureur créatrice et destructrice mais avec des moments d’apaisement chez Bauchau. Maintenant j’entreprends la lecture de L’Origine du monde. Pour une ultime histoire de l’art, à propos du « cas Bergamme » de Rezvani. Une lecture dans la même veine. Je suis sûr que Pof aurait aimé ces livres.

 

Jean-Claude Grosse, le 22 avril 2012

 

deluge-4.pngla compassion de l'arche

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gazou 22/04/2012 11:14


J'ai lu "Déluge de Henri Bauchau avec beaucoup d'intérêt comme chacun de ses livres. J'ai beaucoup d'admiration pour cet homme.