Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Blog de Jean-Claude Grosse

Lumières sur la banque de l'ombre

24 Octobre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

Voilà un article éclairant; on y lit ce que j'ai pu lire pendant des années, depuis 1995, dans Nouvelle Solidarité, le journal de Solidarité et Progrès de Jacques Cheminade, un des premiers à avoir dénoncé chez nous le cancer financier et préconisant depuis des années des mesures qui commencent à rencontrer un écho mais les politiques sont trop liés aux banques qui ont su noyauter les institutions et le mouvement des indignés est nettement insuffisant, alors qu'est devant nous un tsunami financier.

grossel

Régulation financière : le G20 au défi de la "banque de l'ombre"

 

 


Alors que les dirigeants des pays du G20 préparent leur réunion au sommet à Cannes, les 3 et 4 novembre, le monde de la finance est de plus en plus dans la ligne de mire des politiques et des opinions.

Le mouvement des "indignés" illustre le ras-le-bol devant ses dérives, en s'attaquant aux temples du capitalisme que sont Wall Street, la City ou Genève.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, veut inscrire dans le droit européen la responsabilité pénale individuelle des financiers.

Le 18 octobre, l'Union européenne a interdit les instruments hyperspéculatifs appelés contrats "CDS à nu", qui amplifient la crise de l'euro en facilitant les paris sur la banqueroute d'un Etat. Le même jour, le régulateur américain des marchés à terme, la CFTC, a imposé une limite aux positions per-manentes des fonds spéculatifs sur les marchés des métaux, des produits agricoles et du pétrole.

IMPUISSANCE

Mais cette soudaine agitation, à l'approche d'un G20 destiné à faire oublier le peu de résultats de ses prédécesseurs de 2009 et 2010, ne reflète-t-elle pas plutôt une certaine impuissance ?

Pour échapper au renforcement de la régulation, les banques ont en effet déplacé leurs activités à risque dans la sphère du "Shadow banking", la banque de l'ombre, peu ou pas réglementée.

Hedge funds, firmes de capital-investissement, activités spéculatives des banques d'affaires, placements immobiliers et sociétés hors bilan représenteraient, selon une étude de la banque fédérale de New York, 16 000 milliards de dollars (11 570 milliards d'euros) d'actifs, face aux 13000 milliards de dollars d'avoirs bancaires "officiels".

Le 21 avril, avant de partir prendre ses fonctions à la tête du FMI, Christine Lagarde confiait ses inquiétudes : "Il faut qu'on aille voir ce qui se passe à la périphérie (du système financier). Un certain nombre de risques qui se trouvaient dans le système sont en train de partir à l'extérieur."

Certes, en 2009 et 2010, des progrès ont été réalisés en matière d'encadrement des produits dérivés, des agences de notation, des fonds spéculatifs ("hedge funds") ou de rémunération des opérateurs de marché.

Le relèvement des ratios de fonds propres des banques d'ici à 2019 - le processus dit de Bâle 3 - devrait améliorer la -couverture des prêts et diminuer la prise de risques.

La promulgation de la loi Dodd-Frank et de la règle Volcker aux Etats-Unis - qui visent à protéger les consommateurs de services financiers et à réduire la gamme des activités spéculatives -, la mise en place de trois organismes de supervision (pour les banques, les marchés et les assurances) au sein de l'Union européenne, les propositions de la commission Vickers au Royaume-Uni - qui entendent dresser une "muraille de Chine" entre activités de crédit et activités de marché - et enfin le resserrement de la législation financière dans nombre de pays émergents ont été autant d'avancées.

Comment expliquer dans ces conditions qu'en dépit des mesures prises et de la mobilisation de régulateurs désormais plus agressifs, les autorités redoutent une réédition de la crise de 2008, qui suivit la chute de Lehman Brothers, d'autant plus dangereuse cette fois que les Etats n'ont plus, de nos jours, les moyens pour venir au secours de banques en faillite.

LÉZARDES

Sur le papier, la finance officielle - celle des banques de dépôt et des marchés organisés - est aujourd'hui (relativement) bien régulée. Mais sous cette antienne rassurante, les lézardes continuent de miner les places financières.

Tout d'abord, la taille excessive des banques dites universelles, les conflits d'intérêts entre activités de dépôt et de spéculation, l'envolée des bonus et les transgressions aux règles de bonne gouvernance, restent autant de points noirs.  

"La concentration sur des solutions techniques, comme la recapitalisation des banques ou les ratios de liquidité, délaisse les problèmes structurels, à savoir la trop grande gamme d'activités des banques d'affaires", insiste l'essayiste Philip Augar, auteur de Chasing Alpha (Bodley Head, 2009), consacré à la crise financière.

Dans les salles de marché, les déontologues et contrôleurs sont souvent dépassés par le développement de produits financiers sophistiqués ou des transactions ultrarapides automatisées, le trading "à haute fréquence".

Bâle 3 ? Pour qu'une banque -puisse survivre aux différents types de crises vécues depuis le XIXe siècle, il faudrait un ratio de capital quatre fois plus élevé, estiment bon nombre d'experts.

Dodd Franck et Volcker ? Comme le montre le récent scandale du trader fou d'UBS à Londres, les paris sur les ETF (Exchange-traded funds), un produit boursier hyperspéculatif adossé à des stocks de matières premières ou à des indices, permettent de contourner en toute légalité les prohibitions.

Le rapport Vickers ? L'entrée en vigueur de la "sanctuarisation" des banques de dépôts britanniques au sein des supermarchés de l'argent, prévue en 2015, a été reportée à 2019, voire au-delà. De plus, chaque banque a été autorisée à en fixer le périmètre et le calendrier...

Le poids du lobby bancaire, les lacunes des régulateurs, la complicité des auditeurs, des cabinets juridiques ou des consultants agissant en cartels, la faiblesse des contre-pouvoirs (presse, ONG, analystes) émasculent les nouvelles réglementations.

COMPLICES BIENVEILLANTS

Fascinés par l'univers de la haute finance, les politiques restent les complices bienveillants de ces dérapages. Le réseau de pouvoir tissé par la banque d'affaires Goldman Sachs au sein des administrations américaines successives illustre jusqu'à la caricature ces liens troubles.

En Europe, le cercle magique du "gouvernement Goldman" est constitué d'anciens commissaires européens ou d'ex-responsables du Trésor recrutés pour leur entregent et leur familiarité avec tous les rouages du pouvoir.

Mario Draghi, qui doit succéder à Jean-Claude Trichet à la présidence de la Banque centrale européenne, le 31 octobre, a été vice-président pour l'Europe de la filiale londonienne de GS entre 2002 et 2005.

Il y a d'autant plus péril en la demeure que les bombes à retardement du shadow banking sont le plus souvent domiciliées dans des centres financiers offshore, les paradis fiscaux. Un secret bancaire d'airain conjugué à une réglementation laxiste et à un impôt minimal permettent d'attirer les capitaux, pas toujours licites, venus d'ailleurs.

La protection des Etats, qui s'en servent comme rabatteurs de fonds ou pour s'adonner, tout comme certaines organisations internationales et entreprises multinationales, à des pratiques financières discrètes, ont préservé l'attractivité et la nocivité de ces "trous noirs" de l'économie internationale, dont les politiques avaient annoncé un peu trop vite, dès 2009, la "mise sous tutelle".

Pris isolément, les intervenants de la finance de l'ombre ne constituent pas une menace. Mais en raison de l'endettement excessif des particuliers, des entreprises et des Etats, de l'interconnexion des marchés et de la mentalité moutonnière des acteurs qui agissent en meute, la faillite d'opérateurs en grand nombre au même moment peut faire imploser la planète financière.

Par le biais des innovations technologiques, des monstres informatiques et de la mondialisation des échanges financiers, l'effet domino peut en effet se répercuter dans le secteur bancaire traditionnel.

Pour pallier de nouvelles turbulences, une profonde reréglementation s'impose. A la lumière de la crise de la dette souveraine, c'est le chantier des chantiers. "Il faut trancher le noeud gordien entremêlant l'Etat et les banques, dit Peter Hahn, professeur de finances à la Cass Business School de Londres. Pour parvenir à une refonte totale de la finance, une volonté politique irrévocable "d'aller au charbon" est essentielle." Sera-t-elle au rendez-vous de Cannes ?

Marc Roche

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article