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Blog de Jean-Claude Grosse

Métaphysique/Marcel Conche

4 Avril 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Métaphysique

de Marcel Conche

aux PUF, mars 2012

 

Comme souvent, les livres de Marcel Conche reprennent des articles publiés en revue ou des conférences données en des lieux divers. Cette diversité d'origine n'empêche pas la cohérence d'ensemble. D'autant qu'avant-propos, prologue ou préface viennent préciser l'objet.
Dans cette livraison, ce qui m'a subitement frappé c'est l'apaisement possible que peut procurer un tel livre, une telle pensée, une telle écriture par rapport à deux angoisses possibles : celle de notre nullité, de notre néant par rapport à l'infini, à la Nature ; celle de notre liberté, des usages que nous pouvons en faire ou ne pas en faire.

Au fur et à mesure, Marcel Conche, affine, approfondit, dit autrement des choses déjà dites et cela précise, rend perceptible, sensible presque, des aperçus métaphysiques visant rien moins que le Tout de la Réalité comme se doit de le faire une métaphysique.

Ce qui est spéculatif parce que non susceptible de preuves, seulement d'arguments, devient avec cette écriture, concret. Le naturalisme de Marcel Conche parle à la fois vrai pour tous, si on accepte l'argumentation en faveur de cette métaphysique comme la réfutation des métaphysiques théologisées et vrai pour chacun qui se reconnaîtra dans ce naturalisme, prolongeant en philosophe ou en poète les perspectives ouvertes.

Le chapitre IV, Le naturalisme métaphysique, est particulièrement éclairant. Nourri des métaphysiques pré-socratiques et des apports scientifiques les plus récents, comme de ses propres évidences, méditations et spéculations puisque au-delà de la science, il n'y a que spéculation, le naturalisme proposé peut se déployer pour chacun. Si la Nature est une tapisserie où le centre est partout, où le déploiement se fait de proche en proche avec des bifurcations, déviations, mutations, infinitésimales, cette métaphore partiellement proposée par Marcel Conche peut être développée par qui se sent concerné par cette saisie de l'insaisissable. Je dirai que la Nature poète évoquée par Marcel Conche trouve en lui son métaphysicien, susciteur de possibles poètes tapissiers.

Le chapitre V sur le temps, la temporalité, la temporalisation est lui aussi riche de déclinaisons possibles pour quiconque veut comprendre ce qu'est le temps, comment il s'inscrit dans le temps qu'il rétrécit pour le rendre vivable, ce que deviennent les événements passés, comment advient l'avenir, les différences entre l'instant et le présent. Là encore, le métaphysicien naturaliste peut susciter des écritures de poètes.

Et comme je le signalais, l'apaisement est au bout, l'acquiescement. Je ne suis rien qu'un bref instant dans le temps éternel mais je peux donner le plus de valeur possible à ma vie brève ; je suis mortel mais en même temps, je suis toute la Nature infinie ; ainsi, on ne se vit pas séparé et du temps éternel et de la Nature infinie : on en est l'expression ou encore, temps et Nature m'ont fait surgir pour un bref moment, pour éventuellement le meilleur usage de ma liberté, pour, créature issue du hasard, devenir cause de moi-même, dessein, créateur de mon dessin de vivant-destin une fois passé. J'aime assez cette vision qui ne constitue en aucune manière un survol de l'Englobant mais une perspective mettant en jeu le Dasein que je suis, l'Ouverture, l'Ouvert. Je sors de mon confinement pour m'ouvrir sur l'infini insaisissable, sur l'éternel insaisissable sachant que tout être vivant est inaccessible, incompréhensible dans son for intérieur (autre visage de l'infini) et donc, si la vérité de l'autre est inaccessible, me reste la possibilité de faire récit, d'écrire les légendes de mon rapport à cet autre. La métaphysique de Marcel Conche est pour moi une incitation à l'écriture.

 

Jean-Claude Grosse

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