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Blog de Jean-Claude Grosse

C.R.A.Z.Y. ou la difficulté de trouver "son" identité sexuelle

2 Mai 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #films

C.R.A.Z.Y. ou la difficulté de trouver "son" identité sexuelle

Jeudi 5 mai à 18 H 30, au cinéma Olbia à Hyères, l'association Orion, investie dans la prévention des risques suicidaires d'adolescents, a présenté le film C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée (Canada). Le précédent avait été Into the wild

 

Zachary naît un 25 décembre, quatrième fils d'un père plein d'amour filial, amateur de Charles Aznavour et Patsy Cline, et d'une mère aux petits soins pour ses cinq fils. L'enfant voue une admiration sans bornes à son père qui, pour sa part, désapprouve ses penchants pour des jeux qu'il estime peu virils et ses inclinations homosexuelles en germe.
Il s'agit d'une histoire de relations père-fils. Le contexte, décrit de manière réaliste et minutieuse, est le reflet fidèle de la classe moyenne du Québec des années 1960 et 1970.
Zachary est le fils d'un père qui explique le fait d'avoir eu cinq garçons par son « surplus d'hormones mâles » et qui estime que l'homosexualité est un choix qui coupe du bonheur ; élevé avec ses quatre autres frères à la personnalité affirmée, Zachary, adolescent, tente de se définir. Il doit composer avec une crise d'identité sexuelle émergente et le désir intense qu'il a de plaire à un père bouillant et intransigeant qu'il adore par-dessus tout.
La première lettre des prénoms Christian, Raymond, Antoine, Zachary et Yvan forment l'acronyme du titre, qui est aussi le titre de la chanson préférée de leur père.

 

Le débat a été animé par Jean-Claude Grosse.

 

On trouvera à ce lien ,  une thèse de maîtrise :

Poétiques identitaires : Refigurations des identités québécoises et homosexuelles dans le film C.R.A.Z.Y. , de Gabriel Laverdière

 

 

 
C.R.A.Z.Y.,
débat au cinéma Olbia à Hyères, avec ORION
 
Le débat du 5 mai 2011 à partir du film C.R.A.Z.Y de Jean-Marc Vallée (2006) a rassemblé 80 personnes. Pas mal d'interventions.

La question de départ : est-ce que Zach est un homosexuel n'a pas rencontrée beaucoup d'écho dans le public. Par là même, il a été assez difficile d'avoir une approche historique de l'homosexualité selon les époques et les sociétés ; pas d'approche scientifique aussi sur ce que génétique, biologie, psychanalyse nous en disent. On a tout de même pu évoquer la pédérastie éducative dans la Grèce antique (l'éraste, l'éromène, pédérastie très codifiée avec adulte actif, inspirateur, adolescent de 12 ans, passif, auditeur ; cela n'a rien de sexuel), l'école pour jeunes filles de Sapphô (d'où viennent les noms de sapphisme, lesbienne… ), l'indifférenciation sexuelle de l'embryon jusqu'à 12 semaines même si le sexe est programmé dès la fécondation, le poids de la société dans la construction de l'identité sexuelle (machisme par exemple, haine du sexe féminin ou comment les mères dans certaines sociétés écrasent les filles au profit des garçons), le poids des religions (a été évoqué le film israélien  de 2007 The Bubble sur une histoire entre un Israélien et un Palestinien à Tel-Aviv et à Ramallah), le poids de la famille (préjugés, ouverture, écoute, rigidité), le poids des jeunes du même âge ou plus grands, l'évolution des « modes » comportementales (ne plus être vierge dans les années 60-80, faire l'expérience des filles si on est fille, aujourd'hui … ), le rôle des injures, de la violence, de la drogue (autant de parcours et de pièges « initiatiques » ; nos sociétés n'ayant plus de rites de passage, c'est pour chaque jeune au petit bonheur la chance ou le désastre), le rôle des icônes musicales dans l'évolution des comportements, le rôle des combats pour les droits humains des LGBT (on a montré comment la situation a fluctué entre les années 1960 et 2010, contre-culture des années 68 et libération des mœurs, sexuelles en particulier, régression avec l'apparition du SIDA en 1983 et conquête progressive de droits dès les années 2000, jusqu'à la déclaration de Montréal en 2006.
La discussion s'est donc resserré sur le film, sur les relations dans la famille, entre Zach et sa mère, Zach et son père, Zach et ses frères. Il a été admis que cette famille était plutôt ouverte, savait évoluer même s'il a fallu 20 ans au père pour admettre, accepter la « différence » de Zach. On s'est étonné du peu de soutien apporté à Raymond, devenu junkie pour tenter de le sortir de son enfer mais c'est Zach, le héros et le narrateur, le film laisse de côté certaines histoires que nous pouvons nous fabriquer. Une attention particulière a été portée sur quelques symboles : lavage de la voiture, disque cassé (interprétation intéressante : casser le disque pour que ce ne soit pas toujours le même disque, le même refrain, la même chanson, la répétition qui peut finir par être insupportable mais qui aussi structure), cuisson des toasts au fer à repasser. On ne s'est pas attardé sur la musique mais comment ne pas voir la distance entre ce qu'écoute le père (CRAZY de Patsy Cline, Charles Aznavour) et ce qu'écoute Zach ou Raymond (David Bowie ouvre la voie à de nouveaux comportements en les affichant ; on trouverait aujourd'hui pas mal d'artistes qui font bouger les lignes comme on dit).
N'a pas été abordée (mais c'est la règle du jeu dans un débat : il nous mène en fonction des réactions du public), la question du vocabulaire pour parler des LGBT. Les L veulent se définir L, les G comme G. Est-ce affirmer une « différence », un « propre à » comme une « nature » ? Les mots ne sont pas innocents. Dire « pédé » « gouine » génère souvent de l'ostracisme, de la discrimination …
Comment parler de l'homosexualité ? S'il n'y a pas de gène de l'homosexualité. Si l'identité sexuelle se fabrique depuis la sexualité polymorphe et perverse de l'enfant jusqu'à la constitution de l'objet amoureux au moment du complexe d'Oedipe (par étayage ou identification) et sa réactivation pendant l'adolescence.
On peut trouver sur Wikipédia, avec les prudences nécessaires, quantité d'informations sur ces sujets.
Jean-Claude Grosse
Un supplément emprunté au site Le philosophe dans la cité
 
La représentation Entre d'"eux", 15 mai 2010

De qui sommes-nous ? De qui es-tu ? Labyrinthe de l'héritage, entraînant et entêtant, qui nous amène à nous perdre dans ses allées sans fin et sinueuses, en quête de notre reflet intime. Tous ces miroirs qui nous et se contemplent, comme autant d'obstacles ou d'alliés, dans le chemin de l'apprentissage qui nous conduit à revendiquer notre part « propre ». Et si nous étions fractionné ? Une part de lui, une part de toi, une part d'eux mais, moi, Moi où suis-je ?  Monsieur mon papa, accordez moi un petit millième de moi même...

Savoir se hisser jusqu'à soi, s'extraire de son Origine, monter sur les épaules de ces géants, parents réels, construits, fictifs. Filiation, transmission, abnégation, bénédiction, malédiction. Qu'est-ce que naître "d' eux" ? Qu'est-ce qu' "être de" ?  Comment vivre ces liens des deux côtés ?

Si la filiation est un fleuve allant d'eux à nous, remontons-en le cours, trouvons la source : qui verrons-nous ? que trouverons-nous ?

A travers un voyage  tant sonore que visuel et textuel, il s'agira de mettre en situations des comédiens qui par leur voix, leur souffle, leur gestuel nous raconteront l'histoire, d'une, de transmissions.


Phénoménologie de la filiation / Par Laura -Maï Gaveriaux

extrait / à paraître

Chacun d’entre nous est, d’une façon ou d’une autre, en situation de filiation, quelle qu’en soit la configuration (parmi celles retenues dans les typologies juridiques et anthropologiques). Il convient d’emblée de distinguer la filiation de la seule parentalité. Tandis que cette dernière désigne la fonction de parent dans ses aspects juridiques, politiques, socio-économiques, culturels et institutionnels, la situation de filiation peut se produire hors du cadre de la parentalité - quoi que ce terme soit récent et que le langage courant, notamment le langage juridique, ne fasse pas cette distinction. Dans toute société humaine, la parentalité fait intervenir les deux modalités du donné biologique (en tant que point de référence, qu’il s’agisse de l’affirmation d’une descendance biologique, ou de l’affirmation du sentiment de parentalité malgré l’absence de descendance biologique – comme dans l’adoption) et, de la volonté des parents. D’après mon expérience de la filiation philosophique, telle que j’ai souhaité en faire le récit il y a un instant, la notion générale de filiation ne fait pas intervenir ces deux modalités dans son essence, bien qu’elle puisse la faire intervenir en ses accidents. Relativement à ceux que je considère être mes maîtres, il y aurait pu ne pas y avoir situation de filiation, que j’identifie ici comme un sentiment. Tous les professeurs de philosophie que j’ai croisés n’ont pas été mes maîtres, certains de mes maîtres n’ont pas été mes professeurs. Spinoza est un de mes maîtres, le premier dans le temps. Mon professeur de khâgne, Roger Bruyeron, est un autre de mes maîtres ; Alain Renaut est un de mes maîtres, aucun d’eux n’a pu éprouver la volonté que je ressente le sentiment d’être en filiation philosophique avec eux. Tout au plus ceux de mes maîtres qui ont été mes professeurs ont-ils pu vouloir que je sois une bonne élève relativement à leur enseignement, puisque c’est là leur métier. D’évidence, je n’ai aucune espèce d’ascendance biologique avec eux. Il reste que beaucoup d’entre nous se sentent en situation de filiation avec leurs parents. C’est pourquoi nous sommes autorisés à dire que la filiation fait intervenir la parentalité en ses accidents et, non en son essence.
 
 

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