Texte Libre
photo: Laurent Lavederà la seule condition
d'indiquer le nom et la qualité de leur auteur.
CONVERSION
Table rase.
Plus de presse
de radio
de télé.
Si beaucoup,
beaucoup de faillites,
système en crise.
Fuis
cocottes cyniques
grenouilles bénites
autruches confites.
Toutes espèces
de contemplatifs.
Et toutes espèces
d’hyperactifs
en portable.
Si beaucoup,
beaucoup de crises,
faillite du système.
Refuse comportements
majoritaires
populaires : …
modes
minoritaires
snobinardes : …
Si beaucoup,
finie la commerie,
achevée la révolution.
Jean-Claude Grosse
La Parole éprouvée,
Les Cahiers de l'Égaré
2000
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photo: Laurent LavederThe Misfits d'Arthur Miller

J'avais le livre dans ma bibliothèque depuis 1961, publié par Robert Laffont pour la Bibliothèque du Club de la Femme.
50 ans que ce livre attendait que je le lise. J'avais lu les documents précédant le récit, l'interview d'Arthur Miller, regardé les photos l'accompagnant prises sur le tournage du film à l'été
1960. C'est le projet Pour Marilyn
qui m'a poussé à le lire, parce qu'il semble qu'il y ait beaucoup de points communs entre Roslyn et Marilyn, Marilyn inspirant Arthur Miller, son mari encore, quand il écrit ce scénario.
"J’avais conçu ce film comme un cadeau pour elle et j’en suis ressorti sans elle."
"Même enfance difficile, même relation névrotique avec la mère, faite d’intimité et de rejet, même angoisse, même solitude, même sentiment d’abandon, même regard émerveillé et enfantin sur le
monde dès qu’il s’agit d’enfants ou d’animaux ; mais cette admiration candide se transforme en scepticisme aussitôt que les hommes s’approchent un peu trop près et tombent amoureux d’elle,"
écrit Serge Toubiana. En Roslyn, Marilyn se montre parfaite. "Elle était merveilleuse, dira John Huston. Elle ne jouait pas. Elle vivait vraiment son rôle." J'ai vu le film
quand j'ai eu fini le livre, deux jours pour lire, deux heures pour voir.
Ce récit me paraît encore très actuel par ce qu'il raconte de la disparition d'un genre de vie, d'un type d'hommes sous les coups de boutoir de l'industrialisation et de la consommation. Les
fiers mustangs de la conquête de l'Ouest sont capturés pour être transformés en pâtée pour chiens et chats. Les cow-boys se clochardisent. Après les 30 glorieuses, nous sommes entrés dans les 40
ruineuses sauf pour les banquiers et quelques autres et jusqu'à ce que les indignés soient des millions. Et cette histoire de « paumés », de « désaxés », de désemparés (je ne
mets pas de « » à ce mot qui est la traduction de 1961, « désaxés » étant le mot d'aujourd'hui, désemparés parce qu'il me semble le plus proche de la
réalité du quatuor : 3 H et 1 F, 3 H tombant amoureux de la même F, Guido d'abord, Gay ensuite vers lequel elle va
aller, Perce enfin qui demande à Gay s'il peut ou non marcher sur ses plates-bandes; 3 H voyant en Roslyn ou cherchant en Roslyn, 3 types de F, elle-même cherchant en Gay, un H pouvant évoquer le
père, un H auquel faire totalement confiance), cette histoire donc vaut métaphoriquement pour des
millions de spoliés, désindustrialisés, paupérisés, déplacés, déclassés … Mais l'essentiel de cette histoire n'est pas là pour moi, car les conditions socio-économiques ne pèsent pas trop sur ces
personnages : à part Guido prêt à la fin à y renoncer, ils refusent les gages, le salariat et l'esclavage concomitant pour rester libres (Gay, Perce) dans ce désert du Nevada, dans ces
paysages de collines et de montagnes désolées, à perte de vue. Ils n'ont pas de vie de rechange, n'imaginent pas d'autre vie, n'imaginent rien d'alternatif; 68 et l'imagination au pouvoir, la
sobriété heureuse, la décroissance: ils n'en ont pas idée mais ils ont des vérités tirées de leur expérience. Cette nature joue son rôle en ce sens qu'elle amène les personnages à voir plus loin
que le guidon. Ils méditent sur le ciel, les étoiles, la vie, la mort : ils sont en contact avec le temps éternel et accèdent à des vérités exprimées avec des mots simples mais ô combien
profondes (les chapitres 10 à 12 en sont remplis ; je retiens celle-ci de Guido sur et à Roslyn : Vous avez le don d'émotion. Vous êtes vraiment dans le coup.Tout ce qui arrive à
quelqu'un c'est comme si ça arrivait à vous en même temps ! Une vraie bénédiction.)
Cette vérité sur Roslyn est la clef du récit. Son empathie, sa compassion pour les salades, les lapins (c'est vivant un lapin ! Ça ne le sait pas que ça fait du mal !), la chienne,
les mustangs heurtent les mâles. Arthur Miller en a fait une vérité définitive.
L'interviewer : L'homme et la femme sont toujours en conflit, le pire est la victoire de l'un ou de l'autre, avez-vous dit récemment. Qu'entendez-vous par là et ne croyez-vous pas à la
possibilité d'une vie en commun d'où toute idée d'affrontement stérile serait exclue au profit d'une aide mutuelle ?
Arthur Miller : Le conflit est insoluble. L'homme et la femme sont des êtres inconciliables. Tous deux veulent la liberté, mais ne l'entendent pas de la même façon. La femme dit :
Tout est sacré. Il ne faut pas faire de mal à une mouche. L'homme répond : Il me faut la liberté à tout prix. S'il faut tuer pour l'obtenir, je tuerai.
Le récit raconte tout autre chose que cela. La révolte de Roslyn lors de la capture des mustangs traitant les hommes de cadavres ambulants fait éclater le trio : Perce est le plus vite
convaincu du bien fondé de la position de Roslyn (qui est une position morale, plus qu'éthique ; elle a une discussion avec Gay sur la bonté, sur le mal qu'on fait) ; Gay après
avoir envisagé de lui faire cadeau de cette horde se ravise quand elle propose de lui acheter les chevaux pour les libérer mais c'est lui-même qui après avoir recapturé l'étalon libéré par
Perce coupe la corde entravant l'animal ; Guido devient agressif, méprisant pour les femmes et Roslyn qui a fait mouche en lui disant : vous pourriez bien faire sauter le monde entier
que vous n'éprouveriez pas de regret que pour quelqu'un d'autre que vous-même ! Sur 3 mâles, l'attitude vraie de Roslyn en a touché 2, sauvé 2, pas au sens religieux, pas sauvé du péché
mais de l'instinct meurtrier, des pulsions de mort (Perce, celui qui a le plus de féminin en lui; Gay, le mâle qui a compris dans son combat avec l'étalon que s'il était encore le plus fort, ce
n'était que pour un temps; seul Guido reste avec son agressivité, son amour-propre; Roslyn avait eu raison quand elle avait réagi à propos de la grâce; pourquoi Guido n'avait-il pas appris la
grâce à sa femme ?). Rien à voir avec le sentimentalisme féminin du lieu commun véhiculé par Arthur Miller et tant d'autres. C'est cette face de Roslyn qui me paraît la plus prometteuse : sa
capacité d'émerveillement, son éblouissante beauté qui irradie et fait que les 3 en tombent amoureux, en partie en compétition, ses questions, ses jugements, sa capacité à sentir l'autre, sa
vulnérabilité désarment les guerriers. Bien sûr, elle a des hésitations, des peurs, ne sait pas trop si elle doit faire confiance ou retourner à sa solitude pour ne pas être déçue tant son désir
de fusion, de communion est fort. Mais en fin de compte, elle se livre, va même jusqu'à envisager un enfant avec Gay, un enfant courageux dès le début.
Le récit emprunte au scénario. Arthur Miller dit pourquoi dans Note de l'auteur. Ce que j'ai trouvé intéressant c'est que le narrateur de ce récit mettant l'accent sur ce que voit la
caméra n'hésite pas à objectiver sa narration en utilisant le ON impersonnel ou des adjectifs démonstratifs, ce qui amène le lecteur à s'attarder tant sur les expressions des visages que sur les
pensées ou sentiments qui traversent les personnages, que sur les paysages et leurs effets sur les protagonistes. Ces notations littéraires, philosophiques, psychologiques, poétiques ouvrent
beaucoup de perspectives que le film ne peut rendre.
Une œuvre forte qu'on peut trouver collection Pavillons poche chez Laffont, sans doute dans une meilleure traduction que celle de 1961, sans nom de traducteur ; les mœurs ont heureusement
changé.
Quant au film, je le trouve assez fidèle au récit avec un parti-pris de gros plans et non de panoramiques sauf pour les
paysages ce qui permet d'apprécier ce qui se passe dans les cœurs, sur les visages. Marilyn est formidable, son visage est habité, son regard parlant, sa voix en français pas très convaincante.
Les autres sont également formidables : Clark Gable qu'on voit devenir sinistre puis s'adoucir à la fin, usé par son combat avec l'étalon, Montgomery Clift, à la fois drôle et tragique, doux
aussi et Guido, Eli Wallach, très ambivalent, à l'amour-propre exacerbé comme Gay car l'incompréhension entre eux est lié à cet amour-propre, facile à blesser, facile à maîtriser aussi, quand on
accepte la part de féminin en soi que représente Roslyn : vous avez le don de vie, Roslyn ! Vous voulez vivre pour de bon ! lui dit Guido. Elle l'a déjà
affirmé : À la vie ! Quelle qu'elle soit !
Jean-Claude Grosse, le 23 juin 2011
remember the misfits by adesso et
sempre
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