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CONVERSION

Table rase.
Plus de presse
de radio
de télé.
Si beaucoup comme moi,
que de faillites !
système en crise.
Fuis
cocottes cyniques
grenouilles bénites
autruches confites.
Toutes espèces
de contemplatifs :
drogué
alcoolique
mystique
sage
naturiste
mélomane
Et toutes espèces
d’hommes d’action :
en portable.
Si beaucoup comme moi,
que de misanthropes !
faillite du système.
Refuse les comportements
majoritaires
populaires : …
les modes
minoritaires
snobinardes : …
Si beaucoup comme moi,
finie la commerie,
achevée la révolution.

Jean-Claude Grosse
La Parole éprouvée,
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

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Photo prise à Petergoff en 2005

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Les agoras d'ailleurs

Les Cahiers de l'Égaré



JC Grosse

Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 15:03
2009: rien de neuf

Une cage à ciel ouvert. A l'intérieur, une maison plutôt misérable.
Gaza en miniature.
La comparaison s'arrête là.
La scène se passe à côté de Jérusalem. La maison dans la cage est palestinienne. La ceinturant sur trois côtés s'étale la colonie israélienne de Givon Hadasha, des maisons pimpantes, entourées de jardins fleuris. Sur la gauche de la photo, on aperçoit l'une d'entre elles. A peine quelques mètres la sépare du grillage. Au fond de la photo, à droite, on aperçoit le haut d'une autre maison. Ça, c'est déjà le village palestinien de Beit Ijza. La maison dans la cage fait également partie de ce village. Mais elle en est séparée par le fameux mur de séparation-ségrégation qui court à quelques mètres en contrebas. La maison en cage a bien un corridor d'accès, grillagé, vidéosurveillé et isolé par un énorme portique d'acier, dont l'ouverture est télécommandé à distance quelque part dans un poste de l'armée israélienne. Quand Mohamed Ghareeb veut rejoindre le reste du village, il lui faut demander une autorisation pour sortir de sa cage.


Pour résumer: il y avait le village de Beit Ijza.
Un jour, l'administration israélienne décide qu'une partie des terres privées du village appartiennent à l'Etat.
Il y a 7-8 ans, on établit une colonie, par hasard juste à cet endroit-là,
collée au village arabe.
Plus tard, le gouvernement se lance dans la construction du Mur. Dilemne: soit le tracé du mur inclu le village de Beit Ijza dans Israël mais c'est insupportable., soit le mur exclu la colonie de Givon Hah'adasha, ce qui est impensable. La solution tordue est donc un tracé qui se faufile entre les deux populations tout en laissant cette maison du côté israélien mais qu'on isolera de ses voisins colons.
Cet exemple microscopique, mais pas unique, illustre un phénomène plus général où provocations et humiliations multiples ne font que renforcer l'impression
qu'il n'y a pas de futur.


Alain Baczynsky, Jérusalem, 8 janvier 2009



En 2009, ce que j'espère pour la Gauche en France



Qu'elle retrouve la Voix.
Je pense sincèrement que seul un homme
peut permettre à la gauche de retrouver le chemin du progrès.
un mec genre OBAMA, mais de gauche. Un orateur...

J'ai beaucoup de respect pour les femmes mais
tant que ces dernières resteront pétries de psychologisme religieux
à 4 sous la brouette de bénitiers, rien de grand ne peut se faire...
La philosophie c'est autre chose : c'est un bras armé de lumière.
Un idéal ... Féminin

Et peu m'ébroue la femme émancipée

J'espère aussi que la gauche retrouvera le chemin du progrès
celui de la Science, du pognon partagé et du temps libre arraché
à la classe dominante.

Ni Mesrine, ni Kerviel
C'est la lutte des classes qui nous a fait avancer !

Alors, comme vous, comme nous,
je veux du fric, des cadeaux plein mon sapin,
je veux travailler le moins possible,
et je veux profiter de tous les progrès de la Technique.
J'ai toujours mon âme d'enfant
et n'en déplaise à Freud :

J'ai toujours 6 ans et je suis immortel
 
L'écologie c'est bien joli mais sans la physique, la biologie
 et autres rendez-vous de l'histoire du progrès des Arts et des Sciences
jamais, l'aventure humaine n'aurait pu se poursuivre.
Le cancer est-ce avec des prières que cela se soigne ?
Non, c'est avec un traitement médical ... La Science est un risque qui soigne
L'homme est un être dénaturé, hors de son élément, c'est comme ça, c'est tout.

Le Jardin d'Eden c'est chiant ! On baise pas...
Et si la Littérature ne se met pas au Service de la Science, c'est de la merde...

Les grandes surfaces vous répugnent ? Pas moi !
Vous n'aimez pas les bagnoles ? Moi je les adore !
Le sport vous trouvez cela trop militaire ? Moi je cultive mon côté beauf...
Ce qui me répugne ce sont les sdf dans la rue, les favelas au Brésil, l'Afrique pillée
Evidemment ce que la Science propose c'est tout petit en rapport aux grands idéaux :
vivre un peu plus longtemps le mieux possible, c'est pas grand chose comparé à l'égoïsme naturel de l'être
mais si la gauche n'est pas capable d'entendre ce message qu'elle aille se faire pendre...
Parce que, dans ce cas, je préfère travailler pour Bouygues le dimanche

JP Savelli

Commentaire de grossel:

si je suis d'accord avec l'essentiel de ce que souhaite JPS, je note la lutte des classes en premier mais ce n'est pas la gauche actuelle, le PS actuel qui nous en feront retrouver la Voie, je ne suis pas d'accord avec la proposition que la Voix doit être celle d'un homme, par essence moins religioso qu'une femme. JPS a donc dû être contre Ségolène Royal, torpillée par le PS, sa direction surtout, ce qui nous  a conduit à Sarkozy, chanoine de Latran.
Sur la science et la technique, que dire ? l'optimisme de JPS est sans doute excessif car on peut trouver d'autres exemples d'effets malfaisants. Vivre un peu plus longtemps, un peu mieux, ça n'est pas si évident que ça car ça n'est pas toujours un peu mieux, souvent c'est dur pour ceux qui survivent et ceux qui les entourent.

Réponse de JPS :

Ségolène ROYAL m'a réconcilié avec...moi même.
Mais il lui manque un truc capable vraiment de réunir les foules... Il n'y a rien de méprisant ni de déplacé dans ce que je dis, c'est uniquement ce que je ressens... Un truc qu'a OBAMA... Les discours de Ségolène ROYAL me font vraiment plaisir sur le papier mais à l'oral, elle n'est pas convaincante... Il lui manque un potentiel d'orateur. Pour ouvrir, la gauche a besoin d'un(e) TENOR...(E). Mais fondamentalement je ne m'oppose ni aux femmes, ni aux hommes.

Sur la psychanalyse et la psychologie, il y a sûrement des psy honnêtes.
Mais le théâtre, la littérature, la musique, le cinéma, bref "les arts" et la philosophie ont découvert depuis longtemps ce que les psy ont tenté de "scientiser".
Le but "des arts" c'est de divertir et la philosophie se charge de la réflexion. Pourquoi la société ne les prend jamais véritablement au sérieux ? Laissant le sérieux à la religion et aux psy de tous ordres dont beaucoup sont de vrais malhonnêtes qui profitent de la détresse humaine pour aller mieux consommer et dépenser l'argent du faible en biens fermes et durables.

Quant à la Science, oui j'y crois fermement. J'ai épousé la Déesse RAISON, elle seule n'enfante pas de monstres, mais encore faut-il qu'elle se réveille. On a beaucoup gagné de liberté dans un aspirateur, un vaccin ou un écran plat et le pouvoir d'achat cela s'arrache aussi aux classes dominantes. L'idéal est plus quotidien et banal qu'on ne le pense. Il existe aussi hélas des scientifiques et des artistes malhonnêtes.
J'aime la Science parce qu'elle est fausse et se remet en cause à chaque fois, elle n'apporte pas de vérité "révélée" et c'est cela la vérité. J'aime la Science parce qu'il suffit de lui prouver ses erreurs pour qu'elle en commette encore jusqu'à plus finir....

Je n'ai toujours pas eu l'occasion de rencontrer les "4 saisons", on a tous, hélas, le temps que l'on peut. Amitié donc et à bientôt.
En tout cas j'espère que qu'on se rencontrera à l'occasion d'une manifestation culturelle par exemple parce que j'en suis très friand...
J'ai quand même adhéré au PS pour 2009. On rencontre des gens, c'est cela qui est "bien" au fond...

Réponse de grossel :

sur Ségolène : d’accord, ce n’est pas une oratrice, elle a fait des progrès cependant. Et malgré ce handicap, elle a rassemblé des foules (Charléty, 1° mai 2007). Elle a suscité aussi de l’enthousiasme avec les débats participatifs qui n’étaient pas une messe. Débats participatifs et jurys citoyens ont un potentiel révolutionnaire qui a fait peur à la classe politique, PS compris. Ce n’est pas son manque de talent oratoire (discours souvent de très bonne tenue) qui est responsable de son échec mais le PS pour l’essentiel (je m’en suis expliqué). Et ça continue. Le dernier congrès a été insupportable et ce qu’a donné à voir le PS est inacceptable (exemple : Aubry a appris qu’elle était candidate par les médias : coup de force de Claude Bartolone, fabiusien). J’étais rentré au PS pour soutenir Ségolène contre Sarkozy en 2006. Les municipales de 2008 m’ont montré qu’une petite section de village peut être aussi divisée, indisciplinée que la direction à Paris. Je n’ai donc nullement l’intention de poursuivre avec le PS.
Sur Obama, je ne crois pas que l’orateur Obama sera le président de la situation. Ses déclarations sur l’Afghanistan, le terrorisme montrent qu’il partage avec républicains et démocrates clitoniens ou plus réactionnaires, l’essentiel du paradigme de l’impérialisme américain. J’espère seulement que l’influence de La Rouche sur une partie de l’équipe d’Obama permettra d’infléchir vers une conception rooseveltienne, les 100 premiers jours et peut-être le mandat d’Obama.
Sur la psychanalyse : pas d’accord. Ce qui différencie psychanalyse et philosophie, c’est la référence à l’inconscient d’un côté, à la raison (la vérité) de l’autre. Un psy est à l’écoute pour que son « client », patient, analysant trouve sa parole, sa voix, se libère des paroles, injonctions, culpabilités intériorisées. D’un côté, désirs et pulsions, une « aide » par des gens qui se forment à vie en présentant leurs « cas » à leurs pairs, un rituel de l’argent donné en espèces de la main à la main, renoncement à ce à quoi on renonce le moins en particulier et en général. De l’autre, des philosophes en recherche de vérité dont aucun, même grec, même socratique, même cynique n’est venu en aide à quiconque. La maïeutique socratique n’accouche pas vraiment les esprits: c’est une légende.
Sur la philosophie antique, d’accord, elle a trouvé l’essentiel : métaphysiques de la nature avant Socrate, avec lui et après, l’homme et sa place, naturelle et dénaturante.
Sur les arts, pas d’accord : ils n’ont pas pour fonction essentielle la distraction mais la mise en rapport avec la beauté. Je sais que des sociologues à la Bourdieu récusent, mettant en avant la notion de goût et de distinction. N’empêche que nous faisons tous l’expérience de la beauté naturelle, artificielle, jusqu’aux fleurs du mal, jusqu’à la beauté de la laideur. L’histoire de l’art  montre l’évolution de l’imitation de la nature à la création quasi ex-nihilo.
Sur la technique et la libération du quotidien, d’accord. Je pense à l’inventeur que fut le patron de Moulinex, Jean Mantelet, parmi d’autres. Mais je complète avec un article d’agora datant de 1995.


L'AVENIR DE LA SCIENCE

Déjà on peut distinguer sciences et techniques. Les techniques sont bien plus anciennes que les sciences. Comme l'a montré Leroi-Gourhan, les techniques élaborées aux différents âges de la pierre doivent tout à la main. Et ce n'est pas un hasard si aujourd'hui encore, la main reste l'outil premier pour la mise en oeuvre de très nombreuses techniques. Les sciences, elles, apparaissent chez les grecs avec l'émergence des mathématiques. Il y a là un passage du concret à l'abstrait, de la matière à la forme, de la main au cerveau. Qui peut concevoir, prévoir, calculer. Ce passage par l'abstrait avant l'application dans le concret est sans doute responsable de la croyance au pouvoir du cerveau et de la science, de la supériorité du cerveau sur la main, de la hiérarchie: travail intellectuel > travail manuel. Mais si on doit distinguer sciences et techniques par leurs origines, on peut aussi montrer qu'elles ont en commun: la volonté de puissance. Heiddeger a très bien montré en quoi la technique (la techno-science) est l'achèvement de la métaphysique, en quoi le projet métaphysique des grecs se réalise avec la mondialisation de la technique qui veut arraisonner le monde, mettre le monde à la raison. Il ne faut donc pas croire à l'innocence de la science, croire que ce qui l'intéresse c'est de savoir, de trouver la vérité des choses. Ce qui intéresse sciences et techniques, c'est le pouvoir sur les choses, sur le monde et sans doute sur les hommes.

A ceux qui pensent qu'Internet, c'est nouveau, il n'est pas inutile de conseiller la lecture de Cybernétique et Société de Norbert Wiener, paru en 1948. Il y a déjà 50 ans qu'a été conceptualisé ce qui se concrétise aujourd'hui. Disons pour faire vite qu'on est entré dans l'ère des réseaux, que les uns sont de types très centralisés, genre Minitel, pensés par des ingénieurs français sur le mode napoléonien, où le centre est intelligent et les terminaux (nous, les utilisateurs), assez peu. Cette vision très française n'a pas permis à Minitel de devenir un système exportable et généralisable (Tant pis pour France Télécom!). Que les autres sont de type démocratique, genre Internet, pensé par des chercheurs, soucieux d'échanger des informations. A ceux qui croyaient enfin que l'anarchisme libertaire avait trouvé avec Internet, son modèle mondial (s'exprimer librement et toucher tous ceux qui, connectés, veulent communquer avec moi), gouverneurs et décideurs ont déjà fait comprendre et feront comprendre qu'il faut des règles. Il est vrai que Minitel comme Internet, c'est encombré de messageries, de dragueurs et de messagères aux messages vulgaires. A côté de cet usage "ludique", des batailles gigantesques se livrent, juridiques, économiques pour des usages rentables, pour des usages de pouvoir.

La littérature de science-fiction a depuis des décennies exploré coins et recoins, bleus, roses et noirs, des mondes possibles, des cyberspaces. C'est plus souvent noir que rose.

Ce n'est pas rose pour les hommes, très souvent asservis par les machines intelligentes capables de s'autocorriger. Cette histoire irait ainsi au but de l'histoire des techniques, l'homme ayant réussi à prolonger sa main avec des outils, puis ayant substitué à sa force, celle des machines, ayant extériorisé et démultiplié sa mémoire (par livres d'abord, par disques divers maintenant), extériorisant son intelligence (avec les ordinateurs, demain les ordonnateurs!).

Cette histoire irait ainsi au bout de l'histoire des rapports de l'homme avec la matière, travaillant à froid des métaux ductiles trouvés en surface, pus à chaud (martelage, moulage, étirage, pressage...) des métaux à purifier trouvés en sous-sol (minerai de fer + houille = fonderie, fontes et aciers, aciers spéciaux, aluminium...), l'homme agissant ensuite non plus sur la forme mais sur la strcuture par raffinage, cracking pour produire à partir du pétrole, cette gamme incroyable de produits synthétiques, des textiles artificiels qui nous habillent, nous désinfectent du sol au plafond (en faisant des trous dans la couche d'ozone!), à partir de l'uranium et du plutonium par fission et fusion, cette électricité, fée du XX°siècle, qui a bien changé notre vie. (On lira: Essai sur l'histore humaine  de la nature, de Serge Moscovi).

Si on  regarde ce qui s'est passé en 50 ans, sur le plan scientifique et technique, on sait qu'il y a eu une accélération et une accumulation  époustouflantes. A des fins militaires c'est-à-dire de domination, de pouvoir. Toutefois, on observe que recherche fondamentale, conquête spatiale, transports hypersoniques, conquête sous-marine... sont des programmes mis en veilleuse en cette fin de XXème siècle. Terminé, cet enchantement des premiers pas de l'homme sur la lune. Le scientisme du XIXème siècle (héritier infidèle du positivisme de Comte, voulant supplanter la philosophie par la science supposée pouvoir satisfaire toutes les aspirations de l'homme), dominant jusque vers 1970, s'est vu contester depuis pour des raisons économiques (ces programmes sont chers!), écologiques (ces projets sont dénaturants, déséquilibrants!), politiques ( ces projets visant à la domination du monde sont porteurs d'apocalypse!), éthiques ( occupons-nous de l'homme avant tout!). Et effectivement depuis une trentaine d'années, c'est la recherche médicale, biologique qui s'est taillée la part du lion. L'homme et son corps sont l'objet des soins des diététiciens, des médecins, des chirurgiens, des prothésistes. Jonnhy se déhanche avec des prothèses. Jackson s'est tout fait refaire. Mamie Calmant a enterré son viager et enregistré son CD. L'espérance de vie a augmentée de plus de 30 ans en un siècle. C'est sûr. L'amour de la vie est tel, l'appétit de santé pareil, qu'on a sans doute trouvé deux fantastiques ressorts humains. Pour vivre longtemps en bonne santé, en attendant d'être cryogénisé, que ne dépenserait-on pas? C'est le sens de la vie qui est questionné en cette fin de millénaire avec cet homme luttant contre le vieillisement et l'usure de ses os et de ses organes, gagnant en longévité et en qualité de vie. Gagner du temps à tous les sens de l'expression, est-ce là le nouveau sens de la vie ?  Aller plus vite, faire plus en moins de temps, vivre plus longtemps ? N'y a t-il pas un lien entre ces nouvelles attitudes par rapport au temps (le contraire du fatalisme) et le bouleversement que l'on observe dans les sciences sur le plan épistémologique ?

A côté d'une physique déterministe, y compris la relativité d'Einstein, on a vu apparaître une physique non-déterministe et on voit même, à travers la thermo-dynamique, émerger une science qui à l'éternité oppose, intègre le temps. A une science qui avait la prétention d'occuper la place de Dieu (on connaît la phrase de Laplace!), semble se substituer une science immergée dans le temps irréversible.
                                                                                 Jean-Claude Grosse,
 L'Agora du 8/11/1995, Maison des Comoni, Le Revest

Réponse de JPS:

Réponse très "brillante"....D'ailleurs, je l'imprime pour la lire à tête "réfléchie" et me donner le temps de la réflexion et préparer une autre réponse que je peux envoyer par mail pour faire avancer le débat, à moins de répondre directement sur le site des "4 saisons" s'il y a une petite place réservée....

Je ne peux qu'approuver déjà 3 points :

Celui relatif à la Technique. La Tekne est bien sûr plus ancienne. Sa revalorisation, avec celui du travailleur manuel d'ailleurs, fut un des grands défis de Diderot dans son encyclopédie.

Celui relatif à la philosophie : effectivement, les philosophes n'ont nulle ambition d'aider leur prochain. Ils se contentent de leur poser des questions. Le "prochain" doit non pas trouver une ou la réponse mais embrayer ou débrayer, selon les circonstances du terrain, sur une autre question, qui n'apporte effectivement aucune réponse et ce jusqu'à l'infini. Pas de réponse effectivement, pas de libération effectivement, Rien, mais absolument RIEN...mais il est sans doute bon et bien de se rendre à cette évidence...

Le troisième point : et bien c'est qu'à la lecture de cette réponse brillante, je m'aperçois qu'il me reste bien des choses à découvrir encore, d'autres livres et articles à lire, d'autres auteurs à découvrir...tant mieux en attendant mieux...



Les (dé)fêtes

Chers amis d'ici et d'ailleurs,



Pour l'an neuf, qu'il soit ce qu'il pourra,
avec les (nos) milliards de dollars jetés aux égoûts par les  affairistes des
banques d'affaires,
par les hommes politiques amuseurs de média, trompeurs de gogoscocus,
avec nos milliards de décisions quotidiennes en toute méconnaissance de causes et d'effets qui feront ce qu'il sera
(on le saura fin 2009;
enfin, non, on ne saura rien;
impossible de rendre lisible une année du monde,
une seconde du monde,
une seconde d'une vie).

En tout cas, il y aura
des ah! beaucoup de ah!
beaucoup de on ne peut pas
des babas cool et pas
des bazookas qui tirent dans le tas
des banques qui sautent, d'autres qui sursautent
des banquiers qui se suicident
d'autres qui prospèrent sur la mise à la misère
des cas de force majeure
des cacas nerveux
des casinos qui croulent sous l'argent
des casinos qui s'écroulent sous les dettes
des châteaux de cartes sous la table
des châteaux de sable sur la plage
des chars de combat et des chars de carnaval
des chiens et des cyniques
des dadas et des dadais
des dégâts, un peu, beaucoup
des euréka et des en cas de faudra que
des fadas, des fadaises et des fats d'aise
des gagas et des gogos désaccouplés à des gogoles
des gazas et des gaz de combat
des hamas, des àlamasse
des restes d'iroquois et de nambikwaras
des javas de javelots, de sagaies, de machettes
des kalachnikovas
des lalal'air
des mamas dans la tradition
des marques qui reculent
des marques qui ne reculent devant rien
des nanas qui se regardent dans le miroir des marques
des occazoukazdobama
des papas et des pas de pape
des paras qui chargent
des paras qui paradent
des policiers qui reniflent sans état d'âme les exclus
des politiciers qui donnent à expectorer leurs quolibets quotidiens aux policiers
des politiciens qui désignent les bourreaux et les victimes
qui nourrissent les peurs, les inventent
qui font des effets d'annonces creuses, des effets de manches sans envolées
des quvraimentculsdesacs
des rastas et le moins possible de rachida
des salsas et les sarcasmes de plus en plus légers de sarkubu
des tatas et des tarnac
des umas
des vaderetrosatana
des walconchies
des xantias
des yatagans
des zaziesdanslemétro.

Il y aura au printemps 2009, la lecture en plein air (comme les poulets bien élevés) d'une pièce:
Avide, "roi" de Gogoland, farce électorale de portée municipale.
La lecture se fera sur les gradins d'un jardin public dans le Var (on y a le secrétaire d'état à l'aménagement des terre-plein) pour rire un bon coup des aménageurs de l'espace urbain et des espaces verts.


Il y aura toujours au printemps 2009 la mise en forme artistique du travail d'écriture de 7 auteurs (dont 2 EAT) sur L'affaire Gabrielle Russier, 40 ans après (voir l'article sur le blog des 4 Saisons d'ailleurs).
Cela se passera à Hyères, avec Les 4 Saisons d'ailleurs, installées à La Bagagerie du Lycée professionnel du Golf Hôtel depuis octobre 2008 après 4 ans de nomadisme, d'appartement en appartement, à défaut d'un théâtre comme la Maison des Comoni au Revest.




Bien à vous,
Jean-Claude Grosse depuis 1940
Les Cahiers de l'Égaré depuis 1988
Les 4 Saisons du Revest de mars 1983 à octobre 2008
Les 4 Saisons d'ailleurs depuis octobre 2008

Nasrine

Expressions du hasard

Ce n’est pas la même chose d’aller au hasard que de tomber sur un endroit par hasard. La première expression implique de chercher, la seconde de trouver.
Au hasard, je peux chercher, à la limite sans trouver. Par hasard, je peux trouver, à la limite sans chercher. Dans le premier cas, je peux ne pas aboutir à un résultat net ; dans le second, je ne peux guère espérer mieux.
C’est que, quand je vais au hasard, je tends à me vivre comme immanent à celui-ci et à le vivre comme immanent à moi. C’est tout autre chose quand je rencontre quoi que ce soit par hasard : celui-ci me tombe alors dessus comme une puissance transcendante.
Dans ce cas, c’est le hasard qui trouve et pas du tout moi. Alors que dans le premier cas, c’est plus ambigu : aller au hasard, c’est encore pouvoir agir dans l’élément de celui-ci. C’est certes s’ouvrir largement à lui, mais sans qu’il prétende m’abolir.
Aller au hasard me permet encore, horizontalement, de chercher à dialectiser une passion aléatoire avec une activité qui lui devient adéquate. Alors que trouver par hasard me réduit à être le récepteur passif d’un résultat quelconque qui tombe d’en haut.
 Il y a toutes chances pour que les hommes soient plus fondés à chercher qu’à trouver. Cela ne signifie pas qu’ils aient à chercher sans fin sans jamais rien trouver, mais que tout ce qu’ils peuvent trouver, pour avoir une portée, doit être pris dans une recherche sans fin reprise.
Par contre, ce qu’ils trouvent sans chercher ou presque peut être charmant, mais est douteux, au moins dans le cas où cela est attribué par eux à une puissance supérieure, en l’occurrence le hasard qui en devient presque comme un dieu. De plus, alors la continuité entre ce qui est trouvé et ce qui peut l’être est difficile à établir sans toujours repasser par la médiation aveugle du hasard.
Il ressort de là que ce que les hommes peuvent trouver dans un cas et dans l’autre n’a pas la même valeur ni la même portée.
« Par hasard » renvoie plutôt à une causalité subie à partir d’une instance étrangère ; « au hasard » à un voyage partagé avec un élément autre. La première expression connote l’obéissance ; la seconde, la nage d’un corps dans une mer qui ne cherche pas à le vaincre, mais requiert d’être « pleinement » reconnue pour être un peu apprivoisée.
Les deux expressions invitent les hommes à ne pas s’en tenir tout à fait à leur humanité, mais la première risque bien plus de les porter à se maltraiter que la seconde, laquelle au contraire leur ouvre des perspectives de danse, solitaire ou à plusieurs, avec un « autre » qui, sans vous écraser, vous dépasse.

Gérard Lépinois

antiworld by Nina Hagen

Chanson  pour 2009  ... en guise de Voeux



Dans un monde si sombre
         qui sombre
Il  n’y a jamais eu
          autant
de Soleils à découvrir
de beautés à recueillir
de fleurs rares à sertir

de femmes et d’hommes
           à aimer
           à aimer

Dans un monde si sombre
         qui sombre
Il n’y a jamais eu
          autant
de lunes à imaginer
de sourires à éparpiller
d’espérances à dilapider

de femmes et d’hommes
           à aimer
           à aimer

Dans un monde si sombre
         qui sombre
Il n’y a jamais eu
         autant
d’arcs en ciel à étendre
d’utopie à entendre
de fraternité à épandre

de femmes et d’hommes
           à aimer
           à aimer

Dans un monde si sombre
         qui sombre
         il  y  a
tant de plaies à immoler
        pour s’aimer
tant d’innocence à sauver
      pour s’aimer
tant de Paix à semer
      pour s’aimer
     
      pour Aimer
              s’aimer
                 Semer  aimer
Aimer...
            
                                              Henri  Milian

A ce texte d’Amour chacun mettra sa Musique, vive ou douce, planante ,dansante, »slamante », »Rapante » ,grinçante, nostalgique ou rock, tout est possible ,à qui le sent ...
Au  Compositeur qui voudrait mettre des notes
A l’interprète qui voudrait le chanter
je dis merci ,je vous attends
A la chaîne des mains et des coeurs qui tissera une Espérance, un autre Monde ,juste et solidaire....
A vous tous, Amis ,que  2009 soit pour vous, ceux qui vous sont chers et les autres, une année  de PAIX, de Force intérieure et de Joie .    
                                                                                    Henri



Par grossel - Publié dans : JC Grosse
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Mercredi 18 février 2009 3 18 /02 /2009 21:32
Je mets en ligne ce remarquable article sur quelques leçons de la campagne d'Obama par Sophie Bouchet-Petersen, une des collaboratrices les plus proches de Ségolène Royal. Je pense que la démocratie participative est l'avenir et doit être notre présent. Elle est déclinable à tous les échelons, dans tous les milieux, dans toutes les situations. Elle a un contenu "révolutionnaire " ou un potentiel de mouvement et de changement qu'il faut actualiser sans cesse. C'est cette conception qui m'avait amené à soutenir Ségolène Royal.
D'ici trois semaines, je mettrai en ligne mes notes de lecture sur deux livres de Barak Obama: Les rêves de mon père et L'audace d'espérer. J'en conseille fortement la lecture.
Je comparerai ensuite avec Femme debout de Ségolène Royal qui vient de paraître.
Je mets en ligne aussi le mémoire d'Hilary Clinton de 1969 sur le modèle Alinsky, l'inspirateur de Barak Obama comme organisateur de communauté. Documents partagés sur le site Désirs d'avenir
grossel

Les cercles vertueux du web et du terrain :
 quelques leçons de la campagne d'Obama


Par Sophie Bouchet-Petersen

Il est banal de souligner, parmi les raisons majeures de la victoire d’Obama, la formidable force de frappe de sa campagne «  on line » et son impeccable maîtrise de la culture juvénile des « réseaux sociaux » (FaceBook, MySpace, etc.) : des outils performants et diversifiés, des techniques collaboratives optimisées, une équipe de pros, étoffée et pilotée par les meilleurs.
Il est banal également de citer, à l’appui de cette efficacité internautique, son rendement en matière de collecte de fonds à travers, notamment, la mobilisation massive des petits donateurs.
Cette cyber-campagne a enthousiasmé les internautes et valu à Obama le soutien quasi-unanime de la Silicon Valley. Les publicitaires français se pâment (cf. article des Echos). Les adeptes du marketing participatif y reconnaissent leur manière de mettre le consommateur à contribution. Sarkozy, qui a envoyé à plusieurs reprises des émissaires sur place (dont Giacometti récemment), annonce qu’il va faire pareil que son « copain » Obama pour transformer l’UMP ( = en machine de guerre pour 2012).
Quant à nous, nous y retrouvons une culture partagée qui a bénéficié de moyens autrement plus importants que les nôtres et aussi, il faut bien le dire, d’un sens de l’efficacité organisationnelle que les socialistes français auraient intérêt à emprunter d’urgence à cette gauche américaine tant décriée par nos archéos autochtones avant que la victoire d’Obama ne leur cloue le bec.
La principale leçon à tirer, pour nos combats d’aujourd’hui et plus encore de demain, va au-delà de l’excellence et de la performance des outils internautiques mis en place par l’équipe Obama.
Son plus grand succès, c’est l’articulation étroite entre la campagne on line et la campagne off line, l’une et l’autre se boostant en permanence.
C’est la construction d’une immense communauté virtuelle qui a permis de démultiplier la mobilisation au plus profond du pays réel.
C’est la croissance exponentielle d’un réseau interactif dont la finalité n’était pas l’entre-soi élargi de la Toile mais le quadrillage systématique du terrain.
Et là, il faut reconnaître que nous avons beaucoup à apprendre même si nous avions, dans l’utilisation participative du Net et la co-élaboration de nos propositions, une longueur d’avance, comme nous l’avaient dit les militants issus de Move On qui ont séjourné chez nous durant la campagne présidentielle.

I.- Ne pas fétichiser l’outil

Il ne s’agit bien sûr pas de fétichiser les outils de la modernité : sans un message en phase avec des aspirations potentiellement majoritaires, sans un espoir galvanisant les troupes et un nombre croissant de citoyens, la plus créative des net-campagnes risque fort de faire flop. Ce qui a formidablement marché avec Obama, c’est l’adéquation d’un contenu et d’une posture avec les moyens décuplés d’information, de participation mais aussi d’organisation qu’offrent Internet et ses réseaux.
A nous de faire en sorte que le vernis de modernité technologique que le sarkozysme va chercher dans l’importation, sans le fond, des méthodes obamesques apparaisse pour ce qu’il est : un copié-collé artificiel et une imposture.
Mais ne nous y trompons pas : pour 2012, la bataille fera rage sur le net. 2007 n’en fut qu’une modeste préfiguration. Nous fûmes, en la matière, des pionniers. En dépit de l’intox actuelle de l’UMP (cf. déclarations serviles de Martinon dans Le Parisien du 7 novembre : « la campagne Sarkozy avait mis en place tous les outils que la campagne Obama a développés (…), ce qu’a fait Obama ressemble à ce qu’a fait Sarkozy » !!), nous avions, sur ce front, une incontestable avance qui a intéressé outre-Atlantique.
En gros : nous avons poussé plus loin qu’Obama le potentiel participatif du Net (cf. nos Cahiers de l’Espérance) mais moins loin son potentiel organisationnel.
Il va nous falloir, dans cette guerre de mouvement, à nouveau creuser l’écart et surtout faire d’Internet le levier d’un nouveau militantisme de terrain, colonne vertébrale d’une vaste mobilisation populaire.

II.- Parti de supporters / parti de militants : faux débat !

Dans cette conversion de la créativité internautique en armada de volontaires ratissant le pays rue par rue et habitation par habitation, l’équipe de campagne d’Obama a excellé et son organisation au cordeau doit nous inspirer.
Voilà, soit dit en passant, qui disqualifie le faux débat parti de supporters/parti de militants ! Les supporters d’Obama ont été des militants exemplaires, acteurs d’une campagne qui leur a laissé une vraie marge d’initiative. Il fallait une bonne dose d’inculture ou de mauvaise foi pour avoir accrédité sous nos latitudes l’idée fausse que les partis américains réduisent leurs partisans à n’être que des figurants extatiques dans des meetings calibrés pour les images télévisées. Il y a, aux Etats-Unis, de fortes traditions de militantisme organisé, à gauche et aussi à droite, que la campagne d’Obama a revivifiées à une échelle inédite.

III.- Héritage d’Alinsky et actualité de FaceBook : une hybridation réussie


On ne peut comprendre l’efficacité conjuguée des campagnes on line et off line d’Obama en s’en tenant seulement à la culture FaceBook, sans évoquer une tradition plus ancienne dont il est aussi l’héritier : celle initiée il y a bien longtemps dans les ghettos de Chicago par Saul Alinsky, dans le sillage de laquelle Obama a acquis sont expérience d’organisateur de communauté (et non de « travailleur social » comme le dit de manière erronée la presse française).
Sans entrer ici dans le détail d’une démarche très connue aux Etats-Unis et résumée dans un livre-culte, « Rules for Radicals », il n’est pas inutile de savoir qu’aux antipodes du socio-cul gnan-gnan, cette filiation militante vivante vise l’empowerment des populations deshéritées, leur auto-organisation à travers des conflits constructifs porteurs de reconquête de l’estime de soi et de résultats concrets (contre des administrations indolentes, des propriétaires véreux, des employeurs ou des écoles coupables de discrimination, etc.), la reconstruction d’un espoir collectif là où règne l’apathie, l’émergence de leaders issus du quartier, l’expérience de rapports de forces positifs qui rendent à nouveau crédibles le changement et la reconquête de son destin.
Alinsky, mort il y a une trentaine d’années, et ceux qui continuent de s’en inspirer, avec lesquels Obama a travaillé, insistent sur la nécessité de partir de l’expérience des gens pour les entraîner, pas à pas, à s’impliquer davantage. Sur la nécessité de comprendre les préjugés de chacun, les faces contradictoires de la réalité et les peurs réciproques ainsi que le vif sentiment d’injustice ressenti par ceux qui travaillent dur mais ne sont pas assez pauvres pour être aidés et pas assez riches pour s’en sortir.
Prévoyant ce qui est advenu, Alinsky disait déjà dans les années 70 que la petite classe moyenne blanche renâcle à financer une aide sociale qu’elle perçoit comme réservée aux noirs et se sent humiliée par les poses libertaires d’une élite qui méprise les valeurs populaires. Attention, disait-il, à ne pas abandonner ce peuple laborieux à la droite qui, toujours, trahira ses intérêts en lui faisant le coup des « valeurs » et du racket fiscal.
C’est exactement ce qu’a réussi le populisme culturel de la droite avec sa « guerre des cultures » (la populaire-républicaine contre l’élitaire-démocrate), depuis les Reagan democrats jusqu’à la victoire de Bush, icône de l’ignorance, contre Kerry, le patricien cultivé.
On retrouve l’écho des mises en garde prémonitoires d’Alinsky dans la façon dont Obama a admirablement su exprimer la part de légitimité des colères antagoniques des noirs et des blancs ou dans sa prise de distance à l’égard d’une affirmativ action fondée sur des critères « raciaux » et non sociaux (au grand dam des leaders communautaires dont la discrimination positive est le fond de commerce !).
On en retrouve aussi l’écho dans son souci de l’organisation sur le terrain.
La modernité bien comprise n’est pas l’ennemie de la transmission : l’efficacité, sur le net et sur le terrain, de la campagne d’Obama est le résultat d’une hybridation réussie entre un héritage militant venu de loin (fait de capacité d’écoute, d’intelligence tactique et de savoir-faire organisationnel) et une culture d’aujourd’hui dont il maîtrise les codes.
Il l’a très bien résumé au New York Times : « une de mes convictions fondamentales, tirée de mes années d’organisateur de communauté, est que le vrai changement vient d’en bas (bottom up) et qu’il n’y a pas d’outil plus puissant pour l’organisation sur le terrain qu’Internet ».
Dans ses livres, il a aussi expliqué son engagement en politique par le fait que, si l’impulsion du bas est nécessaire, elle plafonne vite sans une impulsion complémentaire au sommet.
Cette dialectique permanente de la base et du sommet dans une perspective de quadrillage militant du terrain, c’est exactement ce qu’a réussi le dispositif internautique d’Obama.
J’y insiste : ce n’est pas à l’aune de la sophistication des outils que la performance doit être appréciée mais à celle de l’efficacité organisationnelle sur le terrain.

IV.- La « Triple O » (Operation Online Obama)

Un mot, quand même, des outils. A chaque époque les siens : Lincoln faisait imprimer ses discours dans la presse, Roosevelt sut tirer parti de la radio et Kennedy de la télévision. Obama fut, entre autres qualités, un cyber-candidat parfaitement à l’aise dans l’âge des réseaux.
Vaisseau-amiral : le « réseau social » my.barackobama.com (MyBo pour les initiés), œuvre d’une équipe drivée par Chris Hughes, l’un des quatre fondateurs de FaceBook, millionnaire à 24 ans, qui rejoignit à temps plein l’équipe de campagne en 2007. Une formidable plate-forme interactive qui a totalisé plus d’un million de membres et 8.000 « groupes sociaux » (professionnels, locaux, etc.). Sans cesse élargi, enrichi et actualisé, cet instrument parfaitement au point de circulation de l’information de bas en haut et de haut en bas a ainsi fourni une armada de capteurs (utiles pour corriger le tir). Il a constitué un démultiplicateur de la campagne laissant à chacun une grande liberté d’initiative, un outil hors pair de mise en relation (du candidat avec ses supporters et des net-militants entre eux) et de coopération. Un modèle du genre qui a fait d’Obama « le candidat des réseaux sociaux ».
Arme absolue : la collecte systématique des données et la constitution d’une gigantesque base, actualisée en permanence et parfaitement organisée (par Etat, par origine ethnique ce qui a permis d’envoyer des SMS et des messages téléphonés en espagnol, etc.). Un panel sans commune mesure avec ceux des instituts de sondages qui n’ont généralement accès qu’aux téléphones fixes.
Exemple d’utilisation judicieuse des réseaux de téléphonie mobile pour alimenter la base de données : il était demandé à chaque sympathisant d’envoyer un message – HOPE (espoir) – à un numéro (62-262) où le numéro du portable émetteur était immédiatement enregistré, élargissant le nombre des contacts mobilisables et permettant d’envoyer des messages de campagne.
Autre exemple : lorsqu’un meeting était annoncé, un billet d’entrée était délivré en échange d’informations (courriel, téléphone, adresse) permettant de joindre ultérieurement chaque participant et de le mettre en contact avec d’autres.
Mais aussi, au-delà des milliers de blogs et de pages sur MyBo :
une « équipe vérité » pour riposter aux fausses rumeurs avec un site dédié : fightthesnears.com (combattez les souillures) ;

un site voteforchange.com pour soutenir la campagne d’inscription sur les listes électorales, localiser facilement les bureaux de vote, renseigner sur la procédure du vote par anticipation ;

une présence du candidat sur les principaux réseaux sociaux des minorités comme ceux des Africains-Américains, MiGente.com (latinos), AsianAve.com, etc. ;

une nouvelle application d’IPhone permettant d’accéder à mybarackobama.com pour y lire des nouvelles de la campagne, y voir photos et vidéos, se tenir au courant des évènements organisés, envoyer des informations à des amis, etc. ;

l’achat d’espaces publicitaires sur 18 jeux vidéos XBox (Microsoft) pour cibler les jeunes électeurs masculins (18-34 ans) qui lisent peu et ne regardent plus la télévision ;

en octobre 2008, une nouvelle application d’ Obama 08 disponible gratuitement sur l’Apple Store pour télécharger infos de la campagne, photos, données du site du candidat et, toujours, verser facilement un don ;

des centaines de vidéos sur You Tube et autres sites équivalents ainsi que, par exemple, un concours de vidéos organisé par moveon.org (précurseur du net-militantisme créé il y a dix ans, 2 millions de membres dans son réseau) : « Obama en 30 secondes », avec une prime de 20.000 euros en équipement vidéo pour le meilleur clip « home made » et, pour la vidéo gagnante, un passage à la télévision.

La liste n’est pas exhaustive mais donne un aperçu de l’investissement systématique de tous les supports et réseaux ainsi que de la priorité accordée à la mise en relation permanente de tous avec tous et de chacun avec l’équipe de campagne (un Français des Etats-Unis raconte qu’il recevait chaque jour des messages de Barack ou de Michelle Obama, de Joe Biden, des invitations à des évènements, etc.).
Obama a tiré les leçons des expériences des précurseurs (dont Howard Dean qui avait créé la surprise en 2004 avec meetup.com) et poussé à un niveau jusque là inégalé l’utilisation de toutes les ressources des technologies de communication (en même temps qu’il a revisité celles, plus traditionnelles du clip télé en osant, dans la dernière ligne droite, celui de 30 minutes dont on a beaucoup parlé).
Il a, dès le début, recruté les meilleurs et, chemin faisant, obtenu le soutien des artisans des success stories du Net (dont Eric Schmidt, patron de Google) : adoubement d’un moderne par les modernes et appui matériel assuré.

V.- L’argent, nerf de la guerre et preuve de la mobilisation

Durant les primaires, Hillary est apparue beaucoup moins à l’aise sur le front internautique. Certains commentateurs ont souligné ce décalage culturel en parlant du combat perdu d’avance entre AOL (elle) et FaceBook (lui) ou entre cinéma muet et cinéma parlant.
La collecte des fonds a été emblématique de la différence entre les deux candidats à l’investiture : à elle, le soutien de l’establishment et de ses gros donateurs ; à lui, la ferveur populaire et internautique des petits donateurs (moins de 200 dollars), majoritaires dans un premier temps.
Lors des primaires, Obama en a fait un argument politique dont la vivacité ne doit pas étonner au pays de la publicité comparative. Sur la page d’accueil de son site, en dessous d’un gros bouton rouge « Faites un don », on trouvait le texte suivant :
« La campagne présidentielle de Barack Obama est financée entièrement par des supporters de base comme vous. A l’inverse d’Hillary Clinton, le sénateur Obama n’accepte pas d’argent des groupes d’intérêt et des lobbyistes de Washington. De ce fait :
Barack Obama ne doit rien à l’industrie de l’assurance maladie
Barack Obama ne doit rien à l’industrie du pétrole
Barack Obama ne doit rien à l’industrie de l’armement

C’est pourquoi le sénateur Obama représente vraiment le changement auquel on peut croire parce que sa seule obligation est d’agir pour le bien du peuple américain ».
Durant la campagne officielle, la collecte par Internet aidera encore puissamment Obama à battre tous les records de financement d’une campagne présidentielle : 604 millions de dollars pour lui, 310 millions pour Mac Cain.
Mais il ne faut pas réduire la machine internautique d’Obama à son indéniable efficacité financière : c’est plutôt l’afflux d’argent qui est venu prouver la qualité des liens construits, notamment avec l’aide d’Internet, entre le candidat et ses partisans.

VI.- Le Movement


C’est lui qui fut l’instrument de conversion du net-militantisme en mobilisation sur le terrain.
Le mot d’ordre qu’il a popularisé – « Obama No Drama » - est tiré d’une remarque d’une jeune sympathisante qui avait attiré l’attention de l’équipe de campagne : elle disait sa lassitude de vivre, depuis le 11 septembre, dans une « atmosphère de drame » et son désir d’apaisement. Exemple d’une capacité très ségolienne à capter un état d’esprit et à le ramasser d’une formule…
Le Movement, ce furent des centaines de permanences locales ouvertes dans tout le pays (y compris dans les territoires réputés irrémédiablement acquis aux Républicains et dont certains ont finalement basculé), des milliers d’organisateurs (payés 500 dollars par semaine) et des centaines de milliers de volontaires.
Ce fut une organisation militante exploitant la gigantesque base de données constituée au fil de la campagne, un réseau réactif et mobile qui a fait lever à travers les Etats-Unis une armée de citoyens de tous âges, de toutes catégories, comme on n’en avait plus vu depuis les années 60.
Steve Hildebrandt, stratège recruté par Obama, a très bien expliqué le parti-pris à l’origine du Movement : « nous voulions être sûrs d’avoir appris de l’échec de la campagne d’Howard Dean. Nous ne sommes donc pas partis du principe qu’une personne inscrite sur notre site allait obligatoirement aider le candidat ou voter pour lui. Dès le départ, nous avons voulu tirer nos forces online dans le offline ».
Le premier test en vraie grandeur fut organisé bien avant l’échéance des primaires : le QG de campagne envoya un courriel à tous les supporters alors enregistrés dans la base de données, leur demandant de s’inscrire pour une journée de mobilisation. Le 7 juin 2007, 10.000 volontaires répartis dans 50 Etats consacrèrent une journée entière à faire du porte à porte pour Obama. L’organisation et le scénario alors testés avec succès ont, par la suite, été systématisés : un groupe de volontaires munis d’un plan du quartier avec les rues surlignées au feutre, des cartes actualisées chaque jour en fonction des zones couvertes/à couvrir, les coordonnées des nouveaux sympathisants engrangées localement et versées à la base de données. Une interaction constante entre une Toile fourmilière et la ruche d’un travail de proximité fignolé.
Le Movement, c’est par exemple, lors de la dernière semaine de campagne dans l’Ohio, 691.858 coups de fils passés, 463.958 portes poussées, 9.712 personnes envoyées sur le terrain. Ou, pendant les primaires, 125.000 personnes quadrillant le Texas. Ou encore 10.000 personnes prenant le volant de leur voiture sur un simple coup de fil pour ratisser la Caroline du Sud.
C’est, dès les primaires, la capacité de déployer 200 à 400 « organizers » par Etat (700 dans la dernière ligne droite de l’élection présidentielle).

VII.- Les Camps Obama

Le Movement, ce sont aussi (encore un lointain héritage d’Alinsky…) les « Camps Obama » qui ont réuni, dès l’été 2007, des centaines de militants dans des séminaires de formation de 4 jours, encadrés par des membres de l’équipe de campagne, des professeurs d’université, des responsables syndicaux, des hommes d’Eglise et autres compétences amies.
Objectif : transformer, en vertu du principe de « l’apprentissage continu », des sympathisants en organisateurs dotés de tous les savoir-faire nécessaires sur le terrain (construire un argumentaire, organiser un évènement, collecter des données, recruter des volontaires, etc.).
J’ai été frappée d’y retrouver certaines caractéristiques de l’école de formation que nous avions montée il y a une dizaine d’années à Droit de Cité, réseau d’associations des quartiers, et du projet d’UniverCité à plus vaste échelle que nous avions alors concocté, liant étroitement théorie et pratique, savoir-être et savoir-faire.

VIII.- Contre le malthusianisme et le paternalisme

En mariant efficacement le net et le terrain, le Movement a incarné une manière de faire campagne dont nous pouvons nous inspirer car nous en partageons les présupposés : ouverture à la société et processus vertueux de fertilisation croisée.
L’ensemble du dispositif militant d’Obama montre ce vers quoi il faut tendre : le refus du bricolage et de l’improvisation improductive au profit d’une organisation non bureaucratique, à la fois réactive et rigoureuse, qui encourage l’initiative et la rentabilise pour la cause. Une organisation capable de combiner des regroupements affinitaires hors sol et d’autres très ancrés localement, où le principe de plaisir est un facteur de contagion et de productivité. Excellant à coordonner les énergies sur le terrain. Considérant l’expressivité et la créativité comme bienvenues, mais imposant, dans l’action, discipline et efficacité. Privilégiant l’écoute et l’attention portée à l’expérience de chacun plutôt que « la ligne » assénée sans égard pour les réalités vécues. Donnant à tous la conviction que, quel qu’il soit, d’où qu’il soit, il peut être un acteur du changement et non l’objet d’un paternalisme vertical totalement dissuasif.
Leur démarche est aux antipodes du malthusianisme de nos sections socialistes où le nouveau venu est souvent un gêneur qui perturbe les équilibres internes du « socialisme de la barbichette ». Elle fait le choix, favorisé par Internet, d’élargir sans cesse le réseau de ceux qui ont des choses à se dire et à faire ensemble parce qu’ils peuvent partager un même espoir.
Bien sûr, ce que permettent les temps paroxystiques d’une campagne ne peut valoir avec la même intensité dans la vie quotidienne d’un Parti. Mais l’état d’esprit, lui, doit rester le même si nous voulons en finir avec les ravages d’une culture d’appareil qui fait fuir tous ceux qui ne sont pas à la recherche d’un poste et nous vaut une sociologie partidaire où dominent à l’excès les élus (avec leurs collaborateurs et leurs affidés), les technos et les retraités de la Fonction Publique (cf. « La société des socialistes » de Sawicki et Lefèbvre !).
Le Movement d’Obama a entraîné dans le sillage du candidat (et du Parti Démocrate redevenu attractif) des Américains de tous âges, de tous profils et de tous milieux. La net-génération a donné sa pleine mesure sur la toile, beaucoup d’internautes ont pris part aux forums d’idées, des mamies ont organisé des ventes de cookies faits maison et des réunions tupper ware pour convaincre les voisins, d’autres des matches de foot ou des expositions, les étudiants ont mobilisé les campus, ces mille façons de d’entraîner son environnement proche ou d’activer des réseaux divers et variés ont été jugées d’égale dignité et ont fait de chacun(e) la partie prenante d’une belle aventure collective, tous apporteurs d’idées et tous apporteurs d’énergie.

IX.- L’engouement de la Génération Y

Ce sont les 18-29 ans qui ont, les plus nombreux, apporté leurs suffrages à Obama : 66% contre 32% à Mac Cain (les scores sont de moins en moins favorables à Obama à mesure qu’on avance en âge : 52% chez les 30-44 ans, 49% chez les 45-64 ans, 45% chez les 65 ans et plus, soit une structure du vote générationnel assez proche de celle de Ségolène Royal en 2007 et le même handicap chez les plus âgés).
Une campagne active fut menée à travers tout le pays pour faire inscrire les jeunes sur les listes électorales. Ce fut un succès, chez les jeunes et plus largement : au total, plus de 9 millions d’électeurs supplémentaires. Jolie idée mise en pratique dans un bureau de vote de Los Angeles : pour chaque néo-votant glissant son bulletin dans l’urne, quelqu’un criait « nouvel électeur ! » et tout le monde applaudissait.
L’ampleur, la créativité et la qualité organisationnelle de la campagne d’Obama sur le Net ont favorisé l’implication politique d’une nouvelle génération qui s’est reconnue dans son style et s’est emparée des outils qui sont ceux de la sociabilité juvénile à l’âge des réseaux.
On dit que les 3 piliers de la victoire d’Obama ont été les jeunes, les minorités et les classes moyennes impactées par la crise. Les « enfants du millénaire » sont aussi appelés là-bas Génération Y (par opposition à la Génération X, immédiatement précédente et réputée plus cynique, et à la génération des baby-boomers qui, à gauche comme à droite, a donné le ton, pour le meilleur et pour le pire, depuis presqu’un demi-siècle).
La Génération Y est plus métissée que ses aînés : 40% sont d’origine afro-américaine ou caribéenne, latino-américaine, asiatique ou mixte. 20% ont un parent d’origine immigrée. On la dit aussi plus pragmatique, moins anti-système mais néanmoins exigeante, plus encline à considérer que les institutions de la démocratie doivent être améliorées et le rôle de la puissance publique renforcé pour répondre aux grands problèmes d’aujourd’hui. Post-guerre froide, post-industrielle, post-11 septembre, c’est sur le net plus que dans la rue qu’elle exprime ses engouements, ses doutes, ses rébellions.
Obama (ou peut-être Ted Kennedy, je ne sais plus) a distingué dans un discours deux types de générations : les générations « Moïse » (qui rompent avec le passé comme Moïse aidant les enfants d’Israël à fuir l’esclavage) et les générations « Josué » (fondatrices ou refondatrices comme Josué construisant un nouvel ordre avec le royaume d’Israël). Tous les 80 ans en moyenne, se lèverait aux Etats-Unis une génération « Josué » qui viendrait réparer les dégâts ou les excès des précédentes et remettre le pays sur pied. Lincoln en 1860, Roosevelt dans les années 30 avec la « génération GI », Obama aujourd’hui avec la génération Y : un même engagement civique et une même conviction qu’il faut revitaliser les instruments démocratiques et gouvernementaux.
Je ne sais pas ce que vaut cette vision cyclique de l’histoire américaine (ni s’il en existe des équivalents chez nous quoique quelques artisans de notre grande histoire aient été fort jeunes : à voir…). Mais une chose est sûre : c’est, chez nous aussi, en prenant appui sur les moins de 30 ans que nous donnerons à l’audace ségoliste les forces vives dont elle a besoin pour entraîner le pays.
Sarkozy nous ment (et se ment peut-être à lui-même) quand il salue dans la victoire d’Obama celle de « la rupture » alors qu’elle est avant tout promesse de réconciliation (sans amnésie) et de fraternité retrouvée après l’exaspération des divisions et du « conflit des valeurs » dont les Républicains, avant leur fiasco final, avaient fait la matrice de leurs succès à répétition.
Ni les jeunes de là-bas ni ceux d’ici ne veulent de la lutte de tous contre tous sur fond, là-bas, de « small governement » et, ici, d’Etat minimal. Ni les jeunes de là-bas ni les jeunes d’ici ne veulent d’une identité nationale racornie, aigrie par la peur de l’autre et rétive à ce métissage qui est une chance dans le monde d’aujourd’hui. Obama a superbement revisité l’histoire de l’Amérique, il a souligné l’actualité de sa promesse de justice et d’égalité, il a signifié sa détermination à renouer avec elle pour redonner aux Américains la fierté légitime de leur nation. Tout le monde y a vu une bonne nouvelle. Quand je pense que, de Vitrolle à la Marseillaise, certains ont dépeint Ségolène Royal en archéo-cocardière alors qu’à juste titre, elle évoquait le couple vertueux de la République et de la Nation quand elles décident d’être accueillantes à tous leurs enfants…
Notre Parti Socialiste a une propension déconcertante à faire du vieux avec du jeune… Chevènement, il y a bien longtemps, déplorait cette fabrication précoce de « jeunes d’appareil ».
Il est effectivement temps d’ouvrir les portes et les fenêtres pour que nous rejoignent les vrais talents d’une génération qui, en France aussi, ne veut pas d’une révolution (même si le parler cash et la proximité culturelle de Besancenot leur plaît) mais d’un vrai changement auquel elle puisse croire et dont elle soit l’aile marchante, avec son langage et ses outils de communication (au premier rang desquels les sites de partage du net, cette culture commune aux jeunes de toutes origines et de tous milieux).

X.- Et après ?

Barack Obama a souvent répété que « le seul moyen de sortir de l’impasse, de surmonter les intérêts particuliers et les lobbyistes, c’est de participer et de s’impliquer ». Il s’en est servi contre Hillary puis a à nouveau exprimé cette conviction durant la campagne officielle.
Difficile, même s’il est normal que la mobilisation retombe, de ne plus tenir compte, dans l’exercice du pouvoir, de l’élan particulier qui a porté sa campagne. Nombreux sont ceux, en particulier chez les jeunes, qui ont pris goût à l’engagement civique. Peuvent-ils constituer une force qui l’aidera à gouverner ? Un vivier de nouveaux candidats ? Doivent-ils se reconvertir en priorité dans l’action locale ? Faut-il un nouveau site collaboratif pour en faire un réseau de soutien plus institutionnalisé ? Quel impact sur le fonctionnement de la démocratie américaine de cette force civique qui s’est levée ? La campagne a-t-elle préfiguré d’autres manières, plus novatrices, de faire de la politique et d’exercer une vigilance citoyennne ? Certains observateurs ont salué le passage, net aidant, d’un modèle médiatique à un modèle plus populaire non seulement de campagne mais de possible participation politique au long cours. Que peut faire Obama de la formidable communauté virtuelle qui s’est constituée au tour de sa candidature ? Ces millions de « netroots » annoncent-ils l’avènement d’un nouveau réseau progressiste, affranchi de l’intermédiation partidaire mais décidé à peser ? Ils ont eu entre leurs mains un puissant outil d’échange d’information et de coopération militante : voudront-ils et pourront-ils être davantage entendus dans le processus de prise de décisions ?
Toutes ces questions sont actuellement posées aux Etats-Unis et tournent autour de ce que nous appellerions ici une démocratie plus participative tirant parti de toutes les ressources du net.
Les Américains, qui ont inventé les sondages délibératifs et organisé de nombreux jurys de citoyens, ne sont ni sans traditions (town meetings) ni sans expériences récentes en ce domaine.
Comme le dit Jean-Louis Gassée, Français établi à Palo Alto et personnalité du business de la Silicon Valley : « un président qui s’est appuyé sur une pareille implication participative pourra à nouveau faire appel aux citoyens si, au Congrès, l’action des lobbyistes freine le changement ».
Obama a promis de faciliter la consultation en ligne des décisions du gouvernement et l’accès de tous au haut débit.
Il s’est engagé à assurer « un haut niveau de transparence et de participation des citoyens américains », en particulier sur les grands débats scientifiques qui sont aussi de grands enjeux de société.
Il a parlé d’une « démocratie communicative » et vient d’ouvrir, après la fermeture de son site de campagne, un nouveau site change.gov sur lequel on peut trouver toutes les informations relatives à la transition, un blog vidéo pour suivre ses interventions médiatiques, des pages thématiques précisant son programme sur les sujets qui préoccupent le plus les Américains (à commencer par les conséquences de la crise financière et économique), etc.
Beaucoup espèrent que la communauté internautique ne constituera pas seulement un relais pour ses messages mais sera appelée à approfondir la révolution démocratique initiée durant la campagne. De « militer » à « gouverner » à l’âge des réseaux ?
* * *
Ultimes remarques :
Obama a très bien agrégé l’expérience des quinquas (dont Axelrod, stratège en chef) et la vitalité des moins de 30 ans (équipe net, trio de rédacteurs de ses discours).
Une équipe soudée de fidèles, entièrement à sa main, a su mobiliser, par cercles concentriques, des personnalités, des talents et des compétences professionnelles de premier plan (dont 300 conseillers pondeurs de notes).
Outre ses multiples capteurs, Obama a disposé, pendant sa campagne, de sondages quotidiens (comme Sarkozy !).
Il a verrouillé sa communication en privilégiant le net et on n’a jamais signalé aucune fuite émanant de son équipe !
 
Sophie Bouchet-Petersen
Novembre 2008


Mémoire
de Hillary D. Rodham (Hilary Clinton)
sur le modèle Alinsky
 « Il n'y a que la lutte... »

Une analyse du « modèle Alinsky »
 (1969)


Par grossel - Publié dans : JC Grosse - Communauté : Soutiens à Ségolène Royal
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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /2009 11:04
Fred VARGAS écrit des polars très chouettes... Mais le très beau texte ci dessous n'est pas un polar, même si cette histoire a tout d'un thriller dont nous sommes les tristes héros !....
Bonne lecture.
Pierre V.

 Nous y sommes
 
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
 
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
 
Nous avons chanté, dansé.
 
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
 
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
 
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés.
 
Franchement on a bien profité.
 
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
 
Certes.
 
Mais nous y sommes.
 
A la Troisième Révolution.
 
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
 
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
 
Oui.
 
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
 
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
 
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
 
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
 
Son ultimatum est clair et sans pitié :
 
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
 
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
 
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
 
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
 
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
 
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille) récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
 
S'efforcer. Réfléchir, même.
 
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
 
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
 
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
 
Pas d'échappatoire, allons-y.
 
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
 
Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
 
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut être.
 
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
 
 
Fred Vargas
Archéologue et écrivain



Et en complément, ce dialogue improbable:

Dialogue de sourds


L’écolo – Je veux te sauver.
La Terre – De quoi ? de qui ?
L’écolo – De l’homme. Il épuise tes ressources. Il pollue ton air. Il surchauffe ton atmosphère. Il fait fondre tes icebergs. Il gaspille ton eau. Il fait croître tes déserts.
La Terre – C’est moi ou toi que tu veux sauver ?
L’écolo – Toi et moi parce que si toi, un jour, t’es à bout, pour moi aussi ce sera fini.
La Terre – Ça fait des millions d’années que je vous porte, supporte et avant vous, d’autres ; même si ça tourne mal pour vous, moi je me referai une santé en quelques millions d’années ; c’est arrivé déjà deux fois dans mon histoire.
L’écolo – Je veux qu’on dure ensemble, je lui demande de te ménager.
La Terre – De ne plus m’aménager, ne plus me toucher, m’exploiter, me violer ?
L’écolo – Je veux qu’il te respecte.
La Terre – Alors tu lui fais peur, tu le menaces de catastrophes, tu veux l’impuissanter. T’es un bel enfoiré, tu sais. J’aime qu’il me tripote. Il est sacrément entreprenant. Il va au fond de mes entrailles, il s’envoie en l’air, il procrée. T’as un problème ?
L’écolo – Je veux qu’il soit doux avec toi.
La Terre – J’aime qu’il m’entreprenne.
L’écolo – Pourquoi ce langage sexuel alors que je te parle de ta survie, de sa survie, de ma survie ?
La Terre – Tu fais comme si j’étais limitée, finie, mais vous passerez, je serai encore là et c’est quand vous passerez que vous saurez ce que vous êtes venu foutre sur moi.
L’écolo – Je ne veux pas passer.
La Terre – Tôt ou tard, tu passeras, comme individu puis comme espèce.
L’écolo – Le plus tard possible grâce au développement durable. Si tu dures, nous durons.
La Terre – Tu lies nos destins en toute ignorance. Imagine un géocroiseur me heurtant comme il y a 65 millions d’années. Vous disparaissez. Moi non.
L’écolo – T’es pas drôle. Je t’aime et tu me menaces.
La Terre – Occupe-toi de tes failles, pas des miennes. Moi, je suis jouée aux dés du long temps. Toi, tu es joué aux dés du court temps.
L’écolo – Je ne te comprends pas.
La Terre – Tu ne peux me con-prendre. (Elle soulève le voile de missterre).

Jean-Claude Grosse
Pour une école du gai savoir
Les Cahiers de l'Égaré, 2004




Par grossel - Publié dans : JC Grosse - Communauté : Science
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Lundi 13 avril 2009 1 13 /04 /2009 22:50
Lettre à Marie-José Malis

Le Prince de Hombourg de Heinrich Von Kleist
Mise en scène Marie-José Malis
Compagnie La Llevantina

J’ai vu ce spectacle vendredi 3 avril 2009 au Théâtre Antoine Vitez à Aix-en-Provence.
Comme je l’ai dit dans mon article sur Enter the ghost, je suis le travail exigeant de Marie-Jo depuis 2001, depuis Aléthéia, vu au château de Salses, spectacle-parcours pour 30 spectateurs.
(C’est à l’entrée du château que nous avons vu pour la dernière fois, Cyril, fin août 2001 et chaque fois que nous passons devant le château par l’autoroute A9, c’est toujours le même déferlement d’images et d’émotions.)
Ce Prince de Hombourg est une grande pièce.
Je signale pourtant à Marie-Jo : Wallenstein de Schiller.
D’autres sont à signaler : de Marcel Martinet, préfacée par Trotsky, signature aussi pertinente que Badiou, La nuit, Les derniers jours de l’humanité de Karl Kraus ou même Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch.
Bonnes lectures puisque le projet a été mis en branle avec les étudiants en études théâtrales de l’université de Montpellier sur le thème : théâtre et histoire, y a-t-il des possibles, ce qui fait l’histoire et par où passent-ils ?
« Il m’a semblé dit-elle que cette pièce, dans son accès au sublime, laissait sentir comment ce qu’Alain Badiou appelle une vérité du politique, un principe universel, venait soudain brûler la terre endormie d’un monde figée. Et relançait l’Histoire. »
D’où un nouveau conseil de lecture sur théâtre et politique : Livraison et délivrance de Denis Guénoun chez Belin, tout frais sorti.
Donc cette pièce est une grande pièce, ce spectacle est un grand spectacle et je ne vais pas m’étendre dessus. Un article dans Le Monde, un dans Libération, un sur Rue 89 en parlent bien.




Je souhaite que ce spectacle tourne beaucoup dans les plus grands théâtres.
Je veux surtout interroger Marie-Jo sur ses partis pris.
Il y en a un qui est limite puisque le niveau d’énonciation ou de profération est parfois limite, que j’ai donc eu du mal à saisir le texte. Il suffit que les fauteuils grincent, que certains s’agitent, toussent et on perd le contact. Dommage sauf pour le colonel Clausewitz (Kottwitz). Mais parfois cela donne d’étranges choses : Nathalie est devenu Hallali et même Attali pour mon ouïe diminuée.
En bonne lectrice, Marie-Jo a compris que Kleist n’a pu se poser que certaines questions, qu’il n’a pu aller plus loin (même s’il anticipe) étant donné son temps (1777-1811) d’où l’essai à partir du V° acte de réactualiser les questions avec son appel à Alain Badiou pour le réécrire.
Toujours est-il qu’avec ce V° acte, conservé ? réécrit ? dans quelles proportions ? nous restons partiellement sur notre faim.
C’est le temps de la pensée, de la discussion, de la disputatio.
Le temps de l’émotion et de l’action est passé.
Le temps de la sanction, de la clémence ou de la grâce est passé (nous avons suivi pas à pas les réactions de Hombourg magnifiquement interprété par Victor Ponomarev ; les autres comédiens sont très bons aussi mais de registres plus homogènes).
Des paroles fortes sont énoncées qui ne sont pas de Kleist, de qui ? (Badiou, Malis).
Genre : On est tous des manipulateurs. Comment peut-on en sortir ? La confiance ne se rétablira que si nous cherchons la réponse. Ce lieu est trop usé. Quelque chose sur deux principes, l’un ironique, l’autre, je ne me rappelle plus.
Après avoir suivi, vécu, éprouvé les multiples sentiments de Hombourg, de Nathalie, de l’Électeur, de l’Électrice, de Heinrich… nous sommes intégrés au dispositif, on nous parle à la face, on monte dans les gradins, l’explication entre hommes a lieu pour nous, avec nous (?) comme spectateurs.
Là, le soupçon m’est venu, pas de suite, dans la nuit quand ça cogite, s’agite, songe, rêve, lucidité : et si Marie-Jo était comprise dans les manipulateurs ? Si elle-même manipulait. Faire référence ou appel à Badiou n’est pas anodin (je citerai son De quoi sarkozy est-il le nom ?) sauf qu’il occupe une petite place en fin de compte, on ne sait même pas laquelle. Et dans ce décor de salle des fêtes défaite avec ses papiers à terre, ses tables de classe, ses tabourets et chaises de mobilier scolaire, nous intégrés par les lumières (sans excès ; ce n’est pas leur procès, ni le nôtre ; c’est le temps des explications entre hommes sur la loi, la liberté de conscience, la patrie, l’égalité…) au dispositif, eh ! bien, Marie-Jo nous laisse en position de spectateurs, peut-être de témoins, chacun seul avec sa pensée, son libre arbitre, sa conscience, nié comme collectif qui ne s’est pas retrouvé là par hasard pour consommer un demi.
En tout cas, elle ne radicalise pas son parti pris, elle n’ose pas faire que le lieu du théâtre, autrefois, l’agora, lieu donc de la délibération et de la décision, redevienne cette agora que nous avons perdue, dont nous avons été dépossédés.
Que faire ? je n’ai pas à imaginer pour Marie-Jo.
Débat avec la salle pendant ce V° acte. Quelle sorte de débat, lié aux luttes actuelles ? Plus général sur quels possibles ? Acteurs devenant citoyens, interpellant… Toi, mon frère… le mot est dans le spectacle, je crois…
En tout cas, pendant que je voyais ce Prince de Hombourg, c’était à l’Université du Sud à Toulon,
la Nuit de la convergence des luttes (contre une mobilisation de niche).
 
Nuit de la convergence des luttes
Vendredi 3 avril, campus de La Garde, à partir de 17h

Venez nombreux et parlez-en autour de vous !

Le programme

- 17h-18h (amphi 400) : table ronde organisée par l'IUFM, sur le 
thème "Quel avenir pour la formation des enseignants ?"
- 18h-19h30 (amphi 400) : Assemblée générale "Monde de l'Education"
- 19h30-21h (amphi 300) : Conférences-débats
- 19h30-20h15 : "AGCS : 4 lettres pour la destruction des services 
publics" (D. Sous)
- 20h15-21h : "Organiser un vote : pas si facile !" (T. Champion)
- 21h-22h (amphi 400) : Concert rock
- 22h15-23h45 (amphi 300) : Projection du documentaire "Paroles 
d'exclus", suivie d'un débat en présence du réalisateur Cyril Cossu
- à partir de 23h (amphi 400) : Scène ouverte

Stands d'associations : Ascension Verticale (réinsertion par 
l'escalade), SOS racisme, Planning familial.
Sans oublier la restauration à petits prix : merguez-buvette et 
autres plats faits maison, mieux qu'à la fête de l'Huma !

Et pour les plus petits, un espace-DVD-garderie sera aménagé dans le 
hall de l'amphi 400...

Informations : 04.94.14.23.67





Elle aurait pu avoir lieu au même moment à l’Université d’Aix mais il semble qu’elle n’est pas très mobilisée contre la ministre du mépris, l’université d’Aix, à l’image peut-être de ces étudiants de Sciences Po de Paris. Des étudiants de l'université étaient venus chercher des alliés dans cette maison. Ils ont été éconduits et parfois insultés, qualifiés de futurs chômeurs dont les étudiants de Sciences Po auraient à payer le RMI.
Marie-Jo, tu dois aller plus loin pour la reprise de ton spectacle : le temps des luttes est de retour, Marx est de retour. Choisis ton camp dans le champ même du théâtre, pas seulement en dehors comme militante. En 68 et dans les années qui ont suivi, j’ai vu du radical qui secoue.
Jean-Claude Grosse
5 avril 2009

Cher Jean-Claude,
merci de cette lettre, elle me touche,me passionne par les éléments que tu mets à ma disposition, me tarabuste, me donne aussi des envies de polémique avec toi (comment peut-on être si exigeant en termes de cohérence entre les principes et les actions réelles et appeler à voter Ségolène Royal serait ma perfide première  question?) et je prendrai le temps d'y répondre quand nous serons sortis D'Arles.
Je t'envoie non pas notre mouture de l'acte V, qui n'est pas composée, mais un état du texte avec des fragments qui sont rajoutés et qui sont de ma composition: cette solution n'est pas définitive, car je ne cesse de retravailler ce Vème acte et de m'y tourmenter.Et tu a raison de souligner sa dimension déceptive et frustrante, il l'est aussi pour moi.
Mais encore une fois, merci de ta venue, de ta généreuse exigence, et de ta pensée
Marie-Jo
Commentaire n° 1     posté par     la llevantina     le 06/04/2009 à 22h39

Marie-Jo,
aucun problème avec la polémique.
À propos de Ségolène Royal, candidate en 2007, je pose que c'était la seule capable de battre Sarkozy. Pour choisir Ségolène, éliminer Fabius, DSK, fallait être au PS  et j'en ai été de 2006 à 2007: je ne voulais pas être qu'un électeur en 2007, je voulais jouer un petit rôle dans le choix d'une candidate capable de susciter l'enthousiasme (mais aussi la haine de classe des nantis). Je n'ai pas renouvelé en 2008, n'ai donc pas participé au pitoyable Congrès de Reims, considérant que le PS (direction et une moitié du parti) était responsable de son échec. Le congrès de 2008 a confirmé la volonté d'une moitié du parti de liquider Ségolène. D'où vient cette haine ? À mon humble avis de l'esprit social-démocrate du PS, c'est-à-dire collabo, dans le moule social-libéral. Et de la difficulté à formater Ségolène qui avec sa démocratie participative jetait les bases d'une vraie démocratie avec un contenu révolutionnaire genre Cahiers de doléance (voir les Cahiers d'espérance de Désirs d'avenir où je n'ai pas renouvelé non plus mais avec qui je reste en relation: remarquables documents à disposition de tous sur le site Désirs d'avenir). Que tu le veuilles ou non, elle est une des rares d'envergure nationale à être sur le front des luttes et dans sa région à tenter de trouver des solutions. Elle est aussi sur le front théorique, aussi bien que Badiou même si ça te fait sourire: elle sait s'entourer, cherche les démarches innovantes là-bas, ici, produit des contributions... Certes elle reste pour l'arrivée au pouvoir par des voies légales, et pourquoi pas mais sans illusions, elle n'appellera pas à la grève générale: ce n'est pas son rôle même si je ne partage pas tout à fait cette conception de la séparation entre responsabilités syndicales et politiques (charte d'Amiens, très peu respectée à l'époque du stalinisme), elle interpelle le pouvoir, propose des lois qui ne seront pas votées mais cela ouvre aussi des perspectives politiques, contribue avec d'autres moments et moyens à la conscientisation: que les états-majors syndicaux collaborent, refusent le tous ensemble, sauf si la base un jour (peut-être plus proche qu'on ne pense) impose l'unité d'action, la grève générale et contrôle son mouvement, que les partis y compris d'extrême gauche (j'ai été longtemps au PCI et au PT, le parti des maires et des travailleurs alors qu'on est ultra-minoritaire, façon typique de s'approprier la totalité, l'universel) n'ont rien à proposer pour arriver au pouvoir et changer la donne. En tout cas, si la voie légale reste pour le moment la seule ouverte, je ne vois pas à gauche de rassembleur d'envergure capable de ramener des voies du centre. Pour le moment (2007) on ne gagne pas qu'avec l'addition gauche, écolo, extrême-gauche. Peut-être que la crise (mais 2012, c'est loin), changera quelques habitudes, sales habitudes de ceux qui votent contre leurs propres intérêts par ignorance, vengeance, bêtise... les femmes n'ont pas donné la majorité à Ségolène, les ouvriers continuent à voter en partie contre eux... La démocratie participative c'est partir des gens, de leurs problèmes, de leurs solutions, de leurs questions: ça aide à changer les têtes qui découvrent qu'elles ne sont pas si mal faites.
Aux municipales de 2008, j'ai conduit la 3° liste au Revest contre le maire sortant: belle équipe, bon programme, trop en avance quand même, nous avons fait presque 15 % mais le PS revestois s'est coupé en 4: 3 sont partis sur une liste de droite (3 sur 23  au mépris des décisions de section qui demandaient 10 à 11 sur la liste), j'ai été seul sur ma liste, le secrétaire et 2 autres ont appelé à voter pour la 2° liste, et d'autres ont dit qu'ils choisiraient dans l'urne (en fait pour la 2° liste de droite-gauche). Peu importe: ma liste continue à se réunir et nous sortons un bulletin d'opposition.
À une suite,
JC

PJ: des articles sur la présidentielle (pendant et après, je les ai gardés en ligne parce que je pense qu'ils n'ont pas trop vieilli), ma pièce: Moi, l'élu, farce électorale, le site de ma liste

http://les4saisons.over-blog.com/article-10577954.html
http://les4saisons.over-blog.com/article-5666015.html
http://les4saisons.over-blog.com/article-6273917.html
http://les4saisons.over-blog.com/article-5817258.html

http://www.desirsdavenir.org/

http://www.dailymotion.com/video/x8t813_regis-debray-un-moment-fraternite-a_news
http://www.dailymotion.com/video/x8snca_politique-reponse-de-segolene-royal_news

http://avecvousmaintenant.free.fr/


Après 1789, 2009 ?
LE MONDE | 04.04.09 | 14h57  •  Mis à jour le 04.04.09 | 14h57

La Révolution française, vingt ans après le bicentenaire, affleure à nouveau dans les discours publics. Le président de la République de reconnaître que ce n'est pas facile de gouverner un "pays régicide". Alain Minc de mettre en garde ses "amis de la classe dirigeante" en rappelant que 1789 a commencé en 1788 et qu'il faut sans doute savoir renoncer à certains privilèges. Jean-François Copé de déplorer "la tentation naturelle de refaire en permanence 1793".

Ces énoncés témoignent pour le moins d'une inquiétude : le peuple français ne se laisse pas si facilement gouverner, il a su et saurait peut-être à nouveau devenir révolutionnaire, voire coupeur de têtes. Parler de la Révolution française vise soit à la congédier en affirmant qu'on ne laissera pas faire à nouveau, soit à en faire le lieu d'une expérience utile pour ne pas répéter les erreurs passées. La violence doit aujourd'hui pouvoir rester symbolique et ne pas atteindre les corps. Pour ce faire, il faut savoir d'un côté la retenir, et de l'autre tarir les sources de son surgissement.

Retenir la violence, c'est là l'exercice même du maintien de l'ordre. Or il n'appartient pas aux seules "forces de l'ordre". Les révolutionnaires conscients des dangers de la fureur cherchent constamment des procédures d'apaisement. Lorsque les Parisiens, le 17 juillet 1791, réclament le jugement du roi, ils sont venus pétitionner au Champ-de-Mars sans armes et sans bâtons. L'épreuve de force est un pique-nique, un symbole dans l'art de la politique démocratique.

Aujourd'hui, les mouvements sont non violents, ils inventent, comme de 1790 à 1792, des formes qui permettent de dire la colère tout en retenant la violence. Les manifestations et les grèves encadrées par les syndicats et les coordinations relèvent de cette tradition, mais on peut aussi voir des occupations avec pique-nique, un "printemps des colères" qui propose en même temps une guinguette. On lit La Princesse de Clève dans un vaste relais de voix devant un théâtre public.

Or ces outils de l'auto-retenue de la violence peuvent être mis à mal par les forces de l'ordre quand elles usent de la violence répressive sur les corps. Ici encore, ce n'est pas sans rappeler la violence exécutive qui surgit contre les corps désarmés de la foule. Le 17 juillet 1791, certains sont morts dans une fusillade sans sommation, aujourd'hui certains perdent un oeil dans un passage à tabac, des enfants rentrent chez eux traumatisés, des manifestants sont interpellés et jugés pour rébellion.

Enfin cette auto-retenue peut céder si ceux à qui est adressée la demande de nouvelles lois n'entendent pas ces émotions disruptives que sont la colère, l'indignation et même l'effroi lié à la crise. Le désir de lois protectrices est au fondement du désir de droit. Le gouvernement joue avec le feu en refusant de traduire dans les faits cette demande populaire. Elle incarne un mode spécifique de la souveraineté en France : la souveraineté en actes. La disqualifier au nom de la seule démocratie représentative, c'est fragiliser encore davantage un pacte social d'unité déjà exsangue.

En effet, plus on s'éloigne de l'élection présidentielle, et plus la nécessité pour un président de la République de représenter le pays tout entier, réuni après la division électorale, semble négligée, voire méprisée.

Loin de tenir compte des attentes du camp adverse, notre gouvernement n'a pas non plus tenu compte de son propre camp, à qui il avait promis un meilleur niveau de vie. Aujourd'hui, la crise s'installe. Les effets sociaux et politiques du bouclier fiscal sont devenus lisibles. On assiste à une volonté de réformer le système éducatif français sans concertation et les réformes sont vécues comme des démantèlements purs et simples. Une dette d'honneur et de vie pourrait opposer frontalement deux groupes sociaux antagonistes et diviser profondément la société.

Dette d'honneur, car l'électorat a été trompé par un usage sans vergogne du registre démagogique et que, maintenant, il le sait. Dette d'honneur, car le refus de concertation prend appui sur la valeur supposée des résultats électoraux en démocratie. Effectivement, Nicolas Sarkozy a été bien élu, et la valeur donnée au rituel se retourne contre ceux mêmes qui y ont cru, dans toutes les catégories sociales révoltées. Enfin, "dette de vie", car aujourd'hui le travail et l'éducation nationale sont vécus comme des "points de vie" qui semblent disparaître sans que les plus riches semblent s'en soucier, avouant une absence totale de solidarité dans la crise.

Le mot d'ordre qui circule "nous ne paierons pas votre crise" met en évidence cette division sociale entre un "nous", les opprimés, et un "vous", les oppresseurs. Mais elle a surgi également dans l'enceinte de Sciences Po Paris. Des étudiants de l'université étaient venus chercher des alliés dans cette maison. Ils ont été éconduits et parfois insultés, qualifiés de futurs chômeurs dont les étudiants de Sciences Po auraient à payer le RMI. Cette violence symbolique traverse déjà donc différents segments de la société et ne peut qu'attiser la rébellion de ceux qui se sentent ainsi bafoués par une nouvelle morgue aristocratique. Les étudiants venaient chercher des alliés, ils ont rencontré des ennemis.

Mais le "nous" des opprimés n'est pas constitué uniquement des précaires, chômeurs, ou futurs chômeurs, il est constitué des classes moyennes qui sont précarisées, des classes lettrées qui manifestent et se mettent en grève pour défendre une certaine conception de l'université et des savoirs. Il est constitué de tous ceux qui, finalement, se sentent floués et réclament "justice". A ce titre, les mouvements sociaux de cet hiver et de ce printemps sont déjà dans la tentation naturelle de refaire 1793. Ils veulent plus de justice et pour l'obtenir affirment que, malgré les résultats électoraux, ils incarnent le souverain légitime.

Cette tentation naturelle du point de vue du président de la République, c'est celle de "l'égalitarisme", terme disqualifiant le fondement même de la démocratie : l'égalité. Ce supposé égalitarisme viserait à empêcher ceux qui ont le mieux réussi en termes de gains de richesse, de pouvoir pleinement bénéficier de cette richesse. Le bouclier fiscal serait une loi protectrice contre l'égalitarisme. Ici, refaire 1793 supposerait de refuser ce faux débat. Pendant la Révolution française, l'épouvantail brandi par les riches s'appelle "loi agraire", une volonté supposée de redistribuer toutes les terres. Robespierre, le 24 avril 1793, en rejette l'idée : "Vous devez savoir que cette loi agraire dont vous avez tant parlé n'est qu'un fantôme créé par les fripons pour épouvanter les imbéciles ; il ne fallait pas une révolution pour apprendre à l'univers que l'extrême disproportion des fortunes est la source de bien des maux et de bien des crimes. Mais nous n'en sommes pas moins convaincus que l'égalité des biens est une chimère. Il s'agit bien plus de rendre la pauvreté honorable que de proscrire l'opulence".

Le 17 juin 1793, il s'oppose à l'idée que le peuple soit dispensé de contribuer aux dépenses publiques qui seraient supportées par les seuls riches : "Je suis éclairé par le bon sens du peuple qui sent que l'espèce de faveur qu'on veut lui faire n'est qu'une injure. Il s'établirait une classe de prolétaires, une classe d'ilotes, et l'égalité et la liberté périraient pour jamais."

Une loi, aujourd'hui, a été votée pour agrandir cette classe d'ilotes, mais le gouvernement refuse que l'impôt sur les immenses richesses puisse venir en aide aux "malheureux". Le pacte de la juste répartition des richesses prélevées par l'Etat semble avoir volé en éclats quand les montants des chèques donnés aux nouveaux bénéficiaires du paquet fiscal ont été connus : les 834 contribuables les plus riches (patrimoine de plus de 15,5 millions d'euros) ont touché chacun un chèque moyen de 368 261 euros du fisc, "soit l'équivalent de trente années de smic". Une dette de vies.

Lorsque Jérôme Cahuzac, député du Lot-et-Garonne, affirme qu'il est "regrettable que le gouvernement et sa majorité soient plus attentifs au sort de quelques centaines de Français plutôt qu'aux millions d'entre eux qui viennent de manifester pour une meilleure justice sociale", il retrouve en effet le langage révolutionnaire. Ainsi le cahier de doléances du Mesnil-Saint-Germain (actuellement en Essonne) affirme : "La vie des pauvres doit être plus sacrée qu'une partie de la propriété des riches."

Certains, même à droite, semblent en avoir une conscience claire quand ils réclament, effectivement, qu'on légifère contre les bonus, les stock-options et les parachutes dorés. Ils ressemblent à un Roederer qui, le 20 juin 1792, rappelle que le bon représentant doit savoir retenir la violence plutôt que l'attiser. Si le gouvernement est un "M. Veto" face à ces lois attendues, s'il poursuit des politiques publiques déstabilisatrices, alors la configuration sera celle d'une demande de justice dans une société divisée, la justice s'appelle alors vengeance publique "qui vise à épurer cette dette d'honneur et de vie. Malheureuse et terrible situation que celle où le caractère d'un peuple naturellement bon et généreux est contraint de se livrer à de pareilles vengeances".

Sophie Wahnich

Historienne
Chercheuse au CNRS-Laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales (Laios-IIac).
Elle est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Révolution française, dont "L'Impossible Citoyen, l'étranger dans le discours de la Révolution française" (Albin Michel, 1997) ; "La Longue Patience du peuple, 1792, naissance de la République" (Payot, 2008).


Article paru dans l'édition du 05.04.09

Face au gouvernement et aux patrons,
ripostons tous ensemble !


(Quelque chose prend forme... Robert)


Un processus de construction d'une convergence des secteurs en lutte a été initié en mars dernier suite à un appel des personnels de la faculté Rangueil à qui se sont joint des sections syndicales de différents secteurs (santé, poste, télécoms, météo…) . Un appel et une ébauche de plateforme revendicatrice commune ont  été élaboré et proposé dans le but de l'élargissement de ce processus.
L'idée est qu'un maximum de structures syndicales participent à ce processus et viennent au moins à la réunion de lundi 20 avril (18h salle B-MIG université Paul Sabatier).
Il ne s'agit pas forcément de signer la plateforme commune dès aujourd'hui mais de s'inscrire dans la démarche au moins en tant qu'observateurs dans un premier temps.

Licenciements en masse, casse des services publics, bas salaires,…Après de nombreuses années d’attaques menées contre les acquis des travailleurs, de la jeunesse, des habitants des quartiers populaires,… le gouvernement et ses alliés du MEDEF ont aujourd’hui décidé de faire payer leur crise à la majorité de la population. Conscients de leurs intérêts, les travailleurs, avec ou sans emplois, ont fait grève par millions à deux reprises les 29 Janvier et 19 Mars 2009. Pourtant, face à la colère légitime des grévistes, le gouvernement s’entête et continue les mêmes contre-réformes qui ont provoqué la crise de leur système économique. Système économique incompatible avec les intérêts de la majorité de la population et la survie de notre environnement. Partout, la colère gronde, les séquestrations de patrons se multiplient, les grèves isolées se développent, certains secteurs sont en lutte depuis plusieurs mois. Il est temps d’unifier nos combats. Nous, secteurs en luttes, sections syndicales, associations, collectifs ou comités, pensons qu’il est temps de construire un réponse à la hauteur des coups portés. Nous pensons qu’il est tant de se doter d’une plateforme de revendication dans laquelle chacun d’entre nous peut se retrouver. Les travailleurs de Guadeloupe et des Antilles ont montré que seul un mouvement de grève prolongé de l’ensemble des secteurs permet de gagner sur nos revendications. La perspective de la manifestation unitaire du premier Mai ne suffira en aucun cas à satisfaire l’ensemble de nos aspirations. C’est pourquoi, nous appelons l’ensemble des secteurs, privés et publics, des travailleurs, avec ou sans emplois à une première journée d’action le Mardi 28 Avril, journée de mobilisation dans l’enseignement, qui sera un premier point d’appui vers un mouvement d’ensemble. Nous appelons tous ceux qui veulent construire une mobilisation victorieuse à participer à l’élaboration d’une plateforme et à signer cet appel. Nous appelons les sections syndicales à déposer des préavis de grève pour cette journée.

La plateforme de revendications ci-dessous est une proposition qui va vers ce que nous pourrions élaborer ensemble. Elle n’est en rien définitive.
Nous vous proposons une réunion de travail le 20 Avril à 18h00 en salle B-MIG de l’université Paul Sabatier afin de d’aller vers une plateforme commune et de préparer la journée du 28 Avril.

Ont participé à la rédaction de cet appel et de cette plateforme : le comité de lutte des personnels du campus de Rangueil, le collectif pour la défense de la cc66, le collectif parents-élèves 31, les étudiants en grève des trois universités, la coordination des lycées toulousains, des sections syndicales de différents secteurs (santé, poste, télécoms, météo…), actup, Droit au logement, Interluttes,…


Proposition de plateforme de revendications :

Pour une répartition équitable des richesses :

-    Pas un salaire, ni une retraite sous les 1500 euros net et 300 euros net d’augmentation pour tous
-    Minimas sociaux, allocations aux personnes handicapées, pas moins de 1500 euros net
-    Arrêt des parachutes dorés offerts aux patrons
-    Arrêt des exonérations des cotisations sociales
-    Sécu, salaire socialisé, gérés par les assurés sociaux eux-mêmes (étudiants, travailleurs, retraités)
-    Progressivité des impôts

Pour de vrais emplois, de vrais statuts :

-    Arrêt des CDD et des temps partiels imposés. Un véritable statut pour tous
-    Interdiction des licenciements
-    Pour un plan pluriannuel de création de postes dans le service public à la hauteur des besoins
-    Arrêt des suppressions de postes : Un départ = Une embauche
-     Démantèlement du pôle emploi, arrêt du contrôle des chômeurs et des radiations
-    Continuité des droits (avec ou sans travail), accès permanent à la formation professionnelle
-    Arrêt de la déqualification : reconnaissance des formations et des diplômes

Pour un vrai service public de qualité, accessible à tous et partout :

-    Non à la marchandisation et à la mise en concurrence
-    Arrêt de toutes les privatisations
-    Santé : Retrait de la loi « Hôpital, patient, santé, territoire » (Bachelot), des franchises médicales, des dépassements d’honoraires. Prise en charge à 100% pour tous et généralisation du tiers payant.
-    Social : Non  à la casse de la CC66, maintien du caractère national de la convention, garant des missions de service public, à but non lucratif du secteur.
-    Education : Pour une éducation émancipatrice, gratuite, accessible à tous, dès l’âge de deux ans. Contre la réforme des RASED. Retrait de la réforme des lycées, de la LRU. Contre la masterisation de la formation des enseignants. Arrêt du démantèlement des organismes de recherche.
-    Transports : Pour un vrai service de transports collectifs, gratuit, pour tous et partout
-    Pour une énergie, des moyens de communication, un service postal 100% public sur tout le territoire.



Arrêt des politiques répressives :

-    Non à la criminalisation des mouvements sociaux et des syndicalistes, arrêt de la persécution judiciaire et policière des habitants des quartiers populaires
-    Amnistie de tous les condamnés lors des mouvements sociaux
-    Arrêt de la chasse aux sans papiers
-    Fermeture des centres de rétention
-    Fermeture des quartiers d’isolement
-    Fin de toutes les formes de fichage de la population (base élèves, ADN, EDVIRSP,STIC…)
-    Abrogation des lois Perben 1 et 2, et de la législation « anti-terroriste », dissolution de la BAC

Droit à un logement décent pour tous :

-    Baisse puis blocage des loyers
-    Application de la loi de réquisition de tous les logements vides
-    Arrêt de toutes les expulsions
-    Arrêt de l’enclavement ciblé des quartiers populaires
-    Création de logements sociaux à hauteur des besoins



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Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 14:03
2° rencontres Cyril Grosse
à Novossibirsk
du 20 au 27 mai 2009


D’abord le voyage. Roissy, Zurich, Moscou, Novossibirsk avec à Moscou un changement d’aéroport obligeant de prendre le train puis le métro puis le bus soit 2 heures de transport pour 100 kilomètres entre les deux aéroports.
Au retour, idem.
Température entre 0° et 6° le matin. Le jeudi 21 mai, nous avons eu pluie, neige et vent.
Supportable avec pour protection un polaire.  Heureusement que les deux musées que nous avons visités nous ont mis à l’abri.
À noter, une exposition de photographies d’artistes, osée par les usages de cordes et de nœuds ligotant des créatures de rêve. Imaginons cela en installation vivante : il y aurait des réactions.
Hébergement dans une résidence pour professeurs de passage, appartenant à la ville, résidence qui est aussi centre de soins préventifs la journée. Nous n’hésitons pas à utiliser le sauna avec sa piscine d’eau froide ainsi que la douche très sophistiquée ressemblant à un jacousi vertical.
L’emploi du temps est très chargé.
Cette rencontre est organisée par l’ARAPEN (Association de recherches et d’animation pédagogique de l’Éducation Nationale), l’Union nationale FranCEIRus, l’Institut Sibérien de la Francophonie et pour les rencontres Cyril Grosse avec la participation des 4 Saisons d’Ailleurs et des Cahiers de l’Égaré.
L’Institut Sibérien de la Francophonie présidé par Anna Leontieva a tout mis en œuvre pour que nos visites et rencontres soient fructueuses.
L’ARAPEN comme FranCEIRus ont dans leurs bagages des projets soumis aux interlocuteurs de haut niveau que nous rencontrons, qu’il s’agisse de l’Université, des Gymnases ou de centres de vacances russes et français.
Nous sommes 4, considérés comme de vrais ambassadeurs, rencontrant Recteur, vice Rectrice, Proviseurs, présidents d’associations nationales, syndicats, enseignants, élèves, étudiants…
Nos visites sont approfondies avec questions et nous découvrons le fonctionnement du système scolaire et universitaire de la ville.
Je dirai que ce système sait repérer les talents, mettre en valeur élèves et enseignants.
L’ambiance est toujours très chaleureuse.
Quand nous arrivons au Gymnase Harmonie N°11 nous sommes accueillis par des enfants du primaire nous chantant une chanson traditionnelle de bienvenue.
Quand nous entrons dans la salle de spectacle du Gymnase, 50 professeurs en choeur nous interprètent deux chants, des élèves dansent, chantent.
Au Gymnase Hermine N° 6, c’est une brillante élève en français de 17 ans qui nous fait visiter le lycée.
Évidemment repas et toasts se succèdent (3 le mardi 26 mai entre 10 H et 14 H, mieux vaut être vigilant, savoir dire chout chout, un peu un peu seulement), moments où sont présentés les projets, où les conversations, commentaires et questions fusent, où sont échangés les cadeaux.
Parmi les visites fortes, celle de l’exposition des instituts sibériens de l’académie des sciences de Russie à Akademgorodok, la cité des savants, visitée par de Gaulle en 1966, le seul président français à être allé jusqu’à Novossibirsk, le seul à avoir dit : L’Europe de l’Atlantique à l’Oural, le seul à avoir compris l’importance pour l’avenir et pour le monde de la Sibérie aux immenses richesses, ce qu’on pourrait appeler l’Eurasie.
Novossibirsk, ville de 113 ans a aujourd’hui 1,5 million d’habitants, 160000 étudiants à l’Université (notons que 20 étudiants d’Akademgorodok ont intégré notre École Polytechnique, 20 sur 20 proposés aux Russes, c’est dire le niveau ; il faut savoir que les chercheurs ont des liens constants avec les professeurs et les étudiants).
La visite du musée de géologie, sans doute le plus beau du monde m’a-t-on dit, est vraiment à conseiller mais la Sibérie n’est pas une destination touristique.
Elle devrait être par contre une destination pour nos entreprises à fort potentiel scientifique et technique.
Le musée des trains quand on connaît la culture du rail, du chemin de fer en Russie, reflète bien cet attachement des Russes à leurs trains. On a ainsi pu voir le plus vieux modèle se déplaçant à 15 K/H pour 40 voyageurs. À comparer avec la motrice électrique aux 271 K/H.
Les 2° rencontres Cyril Grosse se sont déroulées dans la salle de spectacle de la Maison des  Enseignants, construite en 8 mois, toute neuve et fréquentée par les enseignants en activité ou en retraite. Belle réalisation.
Orchestrées par Elizaveta Kosacheva, étudiante en français de 4° année, ces rencontres ont présenté des extraits de Madelaine Musique, de Tankus, de La Vie en jeu, précédés par des poèmes tirés de La Parole éprouvée. Elles ont fini par un slam, une découverte pour les étudiants et enseignants.
L’an prochain, les étudiantes travailleront sur Nighttown de Cyril Grosse. En français et en russe pour pouvoir faire venir le grand public.
Je ne dirai jamais assez l’investissement d’Anna Leontieva et de l’Institut Sibérien de la Francophonie dont nous avons fêté le 4° anniversaire à La Maison, restaurant haut de gamme de Novossibirsk où nous avons rencontré le Recteur de la ville et la vice Rectrice (240 établissements scolaires, 20000 enseignants et 250000 élèves). Nous les avons rencontrés encore deux autres fois.
Je ne dirai aussi jamais assez l’investissement de Robert Prosperini, de l’ARAPEN et de FranCEIRus organisateurs des voyages dans les deux sens et porteurs de projets.
De retour de Russie, je me dis que contrairement à ce qu’il  pense, l’Occident n’a pas triomphé du communisme (sous sa forme stalinisme dont le bilan était globalement positif avait dit Georges Marchais).
De toute évidence, les Russes n’ont pas jeté le bébé avec l’eau du bain et à mon avis, ils réserveront des surprises en particulier à une Europe anglo-saxonne, méprisante à son égard, très critique sur les droits de l’homme en Russie et très peu regardante sur ses pratiques contre les immigrés.
Pour conclure, je dirai que ceux qui voudront tenter l’aventure sibérienne comme Michèle Debrenne, professeur à Akademgorodok depuis 35 ans, ne le regretteront pas.
L’avenir n’est pas à l’ouest mais à l’est, en Eurasie et je suis fier avec Les 4 Saisons d’Ailleurs de participer à ces échanges, à cette mutualisation, à cette synergie d’énergies.
Un grand merci à Guennadi, Nathalia, Natacha, Jeanne, Serguei, Irina, Helena, Lisa, Xenia, Catherine, Tatiana, Zoé, Daria, Bogdan et tous les autres.
  Le Revest, 31 mai 2009
Jean-Claude Grosse

Les 4 Saisons d’Ailleurs
Les Cahiers de l’Égaré




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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /2009 18:45
Mon tour de campagne
pour les élections européennes
du 7 juin 2009



Les professions de foi sont arrivées ce matin, enfin.
Je n’ai pas suivi la campagne qui pendant des semaines et des mois a été molle, les partis, grands partis s’abstenant d’en parler, de lancer des débats. Il a fallu attendre hier soir pour que Bayrou pète les plombs à propos de Cohn-Bendit et autres sujets : c’est du niveau caniveau, ragot de caniveau.
Avant de lire ces professions de foi, je me rappelle avoir voté Oui à Maastricht, baisé par Mitterrand alors que j’avais décidé de voter Non, d’avoir voté Non au référendum de 2005.
C’est clair, cette Europe ne me convient pas, Europe forteresse, Europe puissance, Europe capitaliste, technocratique, non démocratique, Europe de la chasse aux immigrés, de l’absence de solidarité, Europe sans projets, Europe sans valeurs, Europe du fric, des lobbies, de l’opacité des décisions, de la stupidité technocratique, Europe faite pour durer 1000 ans (ça rappelle quoi à qui ?), Europe du mépris des peuples et des gens, Europe servile, otanisée, anglo-saxonnisée, fermée à la Russie et à l’Eurasie, fermée à la Méditerranée et à l’Afrique, complice d’Israël qui jouit d’une impunité inacceptable…
Pour lire ces professions de foi, il me manque des données essentielles. Avec qui chaque liste fait-elle alliance à l’échelle européenne, quelles chances chaque liste a t-elle d’avoir la majorité au Parlement, quels sont les rapports de force au sein du Parlement européen. Comme je ne sais pas où trouver ces informations, ma lecture des professions de foi est tronquée.

UMP  et traîtres de gauche, du centre : 6 engagements dont refus de la Turquie, préférence communautaire, lutte contre l’immigration clandestine. C’est clair : c’est l’Europe forteresse en 1°, l’Europe puissance avec les 3 autres engagements. Poubelle.

MODEM
: ça commence fort « Nous l’Europe ». Annexion de tous les Européens sans leur avis dans cette formule totalisante, globalitaire. 25 engagements : c’est assez intéressant si ça va bien mais ça va mal avec le capital très offensif (la crise qu’il a provoquée ne le calme pas, ne le moralise pas, ne le régule pas : il y va à fond contre les salariés, contre les jeunes, contre les chômeurs, contre les minorités, contre les services publics, contre la recherche, la santé, l’éducation). Poubelle.


FN
: frontières économiques et intérieures, préférence nationale et européenne, souveraineté nationale, pas de Turquie… Poubelle.


De Villiers
: affirme qu’il peut devenir majoritaire au Parlement avec Libertas. Pas de preuves. Europe des Nations sans la Turquie, protectionnisme… Il évite le sujet de l’immigration mais il doit être contre. 3 chiffres : 80% de nos lois viennent de Bruxelles, des technocrates. 50% du chômage est dû aux délocalisations. 96 millions d’euros versés par la France (nous les contribuables) pour l’adhésion de la Turquie (Sarkozy menteur). Istanbul, capitale européenne de la culture en 2010. Poubelle.


Debout la république
: protectionnisme européen, suppression de la Commission de Bruxelles, agences de coopération… des idées assez intéressantes mêlées à des idées contestables en 5 points, mais non envisageables dans le rapport de forces actuel. Et s’opposer à l’UMP, au PS, au MODEM, aux Verts en même temps, ça fait beaucoup pour un petit candidat venu de la droite actuelle, droite traître à de Gaulle, petit candidat qui a rompu avec cette famille atlantiste, attentiste, servile, libérale, néo conservatrice, cynique, hypocrite, multicartes (regardez qui je regarde) pour se revendiquer du gaullisme. Poubelle.


Résistances
: tentative de créer un mouvement à partir de l’engagement associatif, citoyen pour donner un signal fort à ceux qui nous gouvernent. J’ai pratiqué cela dans les années 1995-1997 sur l’aire toulonnaise jusqu’à ma candidature  sur mes fonds personnels aux législatives de 1997, 3° circonscription du Var. Beaucoup de réunions entre associations, un beau manifeste mais pas de résultats probants aux cantonales et aux législatives (j’ai fait presque 1% des voix : pas ridicule, il y avait 3 partis derrière moi mais inefficace, et même élu, que faire seul dans l’hémicycle ?) C’est un appel à construire quelque chose mais pas d’analyse, pas de propositions, seulement des rejets et refus. Poubelle.


PS : critique justifiée de la droite libérale mais rien sur le bilan des sociaux-démocrates quand ils géraient, gouvernaient. « Europe plus active, plus démocratique, plus solidaire » dit la profession de foi. C’est clair : les « plus », c’est de l’adaptation, du réformisme comme on dit. On améliore ce qu’on a. On a vu quand ils sont au pouvoir les merveilles qu’ils réalisent. Le Manifeste des partis socialistes sous la bannière PSE où a t-il été distribué, discuté ? Les militants de tous les partis y ont-ils contribué, ont-ils voté, ou est-ce un Manifeste d’appareils ? Et puis, le PS part seul, sans le parti Radical de gauche, sans les chevènementistes. Après ce que j’ai vu aux présidentielles de 2007 (traitement infligé par le PS à Ségolène Royal), après ce que j’ai vécu au Revest pour les municipales de 2008 (une section de 12 membres qui se divise en 4, 3 membres rejoignant une liste de droite soutenue par le secrétaire de section et deux autres membres de la section ; moi, partant avec ceux que nous avions rassemblés depuis plusieurs mois mais que la section ne voulait pas associer aux discussions et décisions, parti oblige ; ceux qui étaient le cul entre deux chaises mais ont su pour qui voter ; ceux qui sont partis) il me faudra de solides preuves pour revoter un jour PS. Chaque fois que je l’ai fait, ça a été au 2° tour pour barrer la route à la droite, sans illusions sur le PS. Exception : mon soutien à Ségolène Royal, ce que certains de mes amis ne comprennent pas et je les comprends. Poubelle.


Lutte ouvrière : langage lutte de classes, mots du marxisme : « bourgeois, capitalistes, classes populaires, travailleurs »… mots d’ordre de rupture : « interdiction des licenciements, réquisition si nécessaire sans indemnité ni rachat, levée du secret bancaire »… perspective des Etats-Unis socialistes d’Europe, entendons ayant aboli le salariat et le patronat mais ça n’est pas écrit. Moi qui viens du trotskisme lambertiste, je trouve que ça ne sonne pas juste cependant ou que ça n’est pas suffisant. Mais je ne suis plus trotskiste, des préoccupations majeures sont oubliées comme le mur écologique, des questions comme quel modèle aujourd’hui : croissance ?, croissance verte ?, décroissance ?, développement durable ? ne sont pas posées. Le cœur suit mais la raison me dit : trop court, pas à la hauteur des enjeux qui ne sont pas que les conditions de vie et de travail des classes laborieuses. Poubelle.


NPA : logique lutte de classes sur le terrain des revendications ; « amplifier et coordonner les résistances », « faire reculer les logiques du profit et du productivisme », perspective : « en finir avec le pouvoir et la propriété d’une minorité sur les moyens de production » ; contre l’Europe forteresse, contre l’Europe puissance… les mots d’ordre, propositions sont plus riches que ceux de Lutte ouvrière, plus au fait des problèmes d’aujourd’hui : révolution écologique, régularisation des sans-papiers, libre circulation des personnes, retrait d’Afghanistan, d’Irak,… soutien aux Palestiniens, condamnation d’Israêl…, démantèlement de l’OTAN. Profession de foi convaincante, par sa référence aussi aux luttes de la Guadeloupe contre la powfitasyon ; mais quelque chose ne va pas : la constitution du NPA n’a pas les caractéristiques d’un mouvement démocratique, centralisme de la LCR oblige, même si abusivement nommé centralisme démocratique. Déjà des départs, des exclusions. Les pratiques de ce genre : ras le bol. C’est la boutique préférée aux masses, à l’intérêt de classe. Poubelle.


Front de gauche : que le NPA, LO et le Front de gauche n’aient pas fait liste commune montre assez que les intérêts de boutique priment sur la volonté de combattre réellement. 8 mesures compatibles avec ce que propose le NPA ou LO. Des formules « magiques » : « ambition de la gauche combative, populaire, unitaire, qui se bat pour changer la vie », « issue progressiste à la crise », « dynamique de transformation sociale » qui vraiment ne me parlent pas. Accord entre PCF, La Gauche et des dissidents du NPA mais pas d’accord avec les chevènementistes. Poubelle.


Europe Écologie : 4 signataires s’adressent à nous, nous responsabilisent : nous devons « changer nos manières de produire, de consommer, de vivre et de travailler ». Rien à attendre des hommes et méthodes du passé. Solution ou perspective : « la  transformation écologique de la société » déclinée en « contrat écologiste pour sortir de la crise » : 3 points sont détaillés. Certains éléments ne se trouvent nulle part ailleurs comme « revenu maximum autorisé ». Mais tout de même, la responsabilité de la crise n’incombe pas seulement à l’Europe libérale ; elle incombe au système capitaliste de toujours prédateur. La transformation écologique de la société implique un combat sans merci contre puissances financières, médias, grande distribution, gros propriétaires agricoles, céréaliers, semenciers, gros éleveurs, entreprises de transports, armadas de pêche, lobbies… Autrement dit, évacuation de la réalité, des difficultés, rien sur le rapport de forces :  Europe Écologie s’allie avec qui ? Cela dit, la rencontre Cohn-Bendit, Bové, Joly, Duflot, Besset est une réussite moins douteuse, moins étriquée  que celle du Front de Gauche. Poubelle.


Alliance écologiste indépendante : rassemble 3 mouvements ; des formules choc mais pas de preuves pour « une politique écologique permet le plein emploi ». 8 points sont développés, plus précis que par Europe Écologie : on voit mieux la transformation écologique de la société. Mais un diagnostic faux : « le mur de l’argent s’effondre ». Non, il est plus fort aujourd’hui que tout à l’heure. La crise c’est la lutte à mort des capitalistes entre eux et contre les travailleurs dans leur ensemble qu’ils divisent pour mieux les exploiter. Tant que cette réalité n’est pas nommées, combattue, on est dans la magie. D’autant que les gens d’ici, des pays riches ne sont peut-être pas prêts à remettre en cause leur mode de vie tandis que ceux de là-bas qui n’ont pas encore accès à notre mode de vie en rêvent. Le film Home ne changera pas nos comportements et nos mentalités. C'est une fois dans le mur écologique que nous réagirons. Ce sera sans doute trop tard pour des adaptations impossibles. Lire

Comment conclure ?

Lisez vous-même les 12 professions de foi pour faire votre choix.
J’ignore encore quel sera le mien.
Ce pensum m’aidera peut-être.
Jean-Claude Grosse, le 5 juin 2009.

Échange entre correspondants

Le 6 juin 09 à 09:40, JP Savelli a écrit :

Grossel a écrit :

Comme à chaque élection, j'ai lu toutes les professions de foi arrivées ce matin. Deux lectures dont une avec notes pour écrire mon tour de campagne soit quand même 5 heures de travail.
C'est publié ici:

http://les4saisons.over-blog.com/article-32292907.html

Bonne lecture ou poubelle, vous avez le choix.
Cordialement,
Jean-Claude Grosse

J'ai lu. Certes en mode lecture rapide. Mais je me suis concentré sur les mouvements démocratiques de gauche. Mes réserves quand même sur l'Europe "complice d'Israël" et sur la Turquie. A moins que cela soit une mauvaise lecture de ma part.
Je ferai bientôt part des remarques sur ce sujet.

Amitié
JP Savelli

Le ministre d'extrême-droite d'Israël n'a t-il pas été reçu dans toute l'Europe dans le temps où les USA change leur paradigme au Moyen-Orient ? Lors de l'agression avec peut-être crimes de guerre contre Gaza, la réaction de l'Europe a purement été incantatoire. Quant à la Turquie, je veux dire que l'UMP qui se déclare contre l'adhésion la soutient dans la réalité. Moi, je ne suis pas contre son entrée dans une Europe autre. Je suis contre la préférence  nationale et européenne, contre l'Europe forteresse et l'Europe puissance et ceci et cela que je lis à droite et extrême-droite. Je suis pour la libre circulation des personnes et pas seulement de l'argent, je suis pour le droit de vote à toutes les élections pour ceux qui travaillent en Europe même et surtout s'ils viennent d'ailleurs, du sud, de l'est..., je suis pour la régularisation des sans papiers, je suis pour une réelle solidarité avec l'Afrique avec des projets de développement mutuel, des transferts de technologie...

Amitié,
JCG

Mon vote en fin de compte, le dimanche 7 juin.

Je ne me suis pas abstenu. J'ai choisi Europe Écologie pour la capacité d'ouverture et de rassemblement de cette liste, rassemblant des personnalités  contrastées, engagées. Cela dit, si je suis content du score de cette liste, je suis satisfait aussi de la claque au PS fermé à l'ouverture, à la social-démocratie européenne, au Modem qui doit virer son leader, au NPA et à LO complètement fermés, au Front de gauche faussement ouvert, au FN, à de Villiers (pas de souhaits pour eux). Quant à l'UMP ouverte, elle n'engrange pas terrible même si elle arrive en tête.  Sa marge de rassemblement semble s'être réduite comme peau de chagrin mais le multi-cartes président sait bonimenter. 60% d'abstentions c'est un signe fort contre Bruxelles qui a décidé de laisser le rosé, rester rosé. Enfin une décision de respect. Mais cette Europe majoritairement à droite va aller dans le mur. Ou plutôt, elle y est déjà, représentant combien sur les 40% de votants ?
Que faire ? La question n'est pas que léniniste. Elle nous concerne tous. Un vote ça engage mais tous les 5 ans c'est peu comme expression quand au quotidien, nous sommes agressés en permanence.
JCG





Par grossel - Publié dans : JC Grosse
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Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /2009 23:18
Note de lecture
Diversités
Journal étrange IV
Marcel Conche


Marcel Conche régale ses lecteurs depuis quelques années avec son Journal étrange dont les trois premiers tomes sont parus aux PUF, celui-ci paraissant aux Belles Lettres, collection Encre marine.
Dans son avant-propos et au chapitre XXVI, Marcel Conche précise pourquoi « étrange » :
« Mon journal n’est pas comme un journal ordinaire, la relation au jour le jour de ce qui s’est passé. Il est « étrange », entendant par ce mot, ce qui sort de l’ordinaire. Je relate seulement ce qui me vient à l’esprit à propos de quoi que ce soit – livre, lettre, rencontre, grand ou petit événement, réflexion entendue, chose vue, création spontanée de mon imagination, etc. –,  et qui me semble présenter de l’intérêt. »
En 81 chapitres plus l’avant-propos et l’épilogue, Marcel Conche nous balade dans le temps et l’espace. La diversité des sujets est grande, le pluriel à « diversités » se justifie et en même temps une place particulière est accordée à Émilie. Présente depuis les Confessions d’un philosophe, après une éclipse, la voici plus que jamais, sans qu’elle le cherche, l’inspiratrice du philosophe. Je dirai plutôt qu’elle l’influence à travers lettres et propos, réactions, actes aussi. Ce que le philosophe appelle la « religion » d’Émilie est formulée admirablement par celle-ci, au chapitre LXXVII. Il s’agit de chercher l’infini dans le fini, de vibrer à cette présence de l’universel et de l’éternel dans le moindre souffle, dans le plus aride paysage, à la vue d’un arbre, d’un cheval, de contribuer par son travail à générer cette perpétuation de la Vie, d’être porté par et porteur de la Source. Je le dis avec mes mots ; à vous de lire les mots d’Émilie, leur écho chez Marcel Conche qui tente d’approcher cette « religion » avec ses propres mots, avec ceux aussi d’Émily Brontë ou d’Holderlin. Cela nous vaut des pages belles, fortes, profondes dans Méditation sur Émilie, chapitre XV ou Solitude de mon amour, chapitre LXXV. De toute évidence, l’homme, philosophe aussi, s’efforce de façon presque désespérée de comprendre Émilie, de communier avec elle, de la ressentir. Mais celle-ci lui rappelle que si lui chemine vers elle, la comprend, elle aussi chemine et que donc comme l’a dit Zénon d’Élée, « celui qui a commencé à avancer après l’autre ne pourra pas le rattraper ». J’ignore ce qu’il adviendra de cet effort vers cet essentiel incarné, dépassant Émilie, la traversant, l’habitant. Julie semble faire le constat d’une certaine naïveté chez Marcel, lui qui n’a même pas connu le baiser dont il rêvait et qu’il n’a pas demandé, sentant qu’il ne l’obtiendrait pas. Je ne dirai pas cela, pas de naïveté chez lui qui a su, parce qu’ayant en vue l’essentiel, se préserver de sollicitations précises qui l’auraient égaré dans la passion ou le divertissement. Les femmes aimées par Marcel Conche le sont de différentes manières et ses territoires du sentiment, chapitre V, sont balisés, bornés sans confusion des sentiments possible. N’empêche qu’avec Émilie quelque chose se joue. Il veut « un amour singulier comme mon âme même, et qui choisit, qui trie, qui comporte une exigence, un appel… Être aimé ne me suffit pas. Il faut que ce soit de la façon dont l’amour que j’ai en moi contient la définition. » page 310. J’ignore si son souhait d’un pont génois entre elle et lui se concrétisera ou si comme il l’envisage aussi, il devra rester sur la rive, la voyant comme le pays enchanté où « je suis chez moi mais comme en rêve. » page 311. Je dirai que les approches ordinaires de l’amour pas plus d’ailleurs que les approches mystiques ne conviennent pour parler de ce qu’éprouve Marcel Conche pour Émilie, métonymie de la Source, de la phusis, du divin si l’on tient à ce mot. Quel que soit le devenir de cette rencontre qui n’est pas fusion, qui n’est pas intrusion, qui est compréhension dynamique, cheminement au moins de l’un vers l’autre car c’est l’homme qui chemine vers Émilie même si elle ne reste pas immobile, même si elle avance avec ses questions comme celle-ci : l’échange d’amour est-il nécessaire à l’Amour ?, le philosophe, lui, a gagné à cette rencontre, d’approfondir sa métaphysique. Déjà La voie certaine vers « Dieu »  (édité par Les Cahiers de l’Égaré)l ui ouvrait, nous ouvrait la voie de l’amour inconditionnel pour l’humanité. De la morale universelle des droits de l’homme (le chapitre LXVII fait très bien le point face à François Jullien, relativiste culturel qui a du mal à admettre l’universalité de la morale telle que fondée par Marcel Conche sur ce qui est impliqué par le dialogue), à l’amour inconditionnel de l’humanité, le philosophe, le métaphysicien du Tout de la réalité élargissait, universalisait son approche. Sous l’influence d’Émilie, il regarde, écoute plus et mieux la Source, son jaillissement en toute chose, en quelques visages rayonnants (chapitre XI). Comme lui écrit Émilie : « Quand les choses ont leur sens en Dieu (on pourrait dire dans la Nature, la phusis), tout alors est beau parce que tout est à sa juste place. C’était pour répondre un peu à la question : « Quel chemin doit-on prendre dans la vie ? ». Et l’on voit le commentateur d’Héraclite, bousculé par cette remarque, ne doutant pas de l’unité des contraires dans le monde des hommes mais se souvenant du fragment 102 : « Pour la divinité, tout est beauté, vertu, justice. Ce sont les hommes qui ont conçu le juste et l’injuste. » chapitre IV. Disons que le philosophe rejoint le poète, devient poète. Son écriture parle au cœur, à l’imagination, pas seulement à la raison car l’amour  « n’enseigne rien, ne conseille rien, ne demande rien, mais fait de celui qui est aimé l’éducateur de lui-même. » page 124. Marcel Conche, éducateur de lui-même, paradoxe, par l’amour singulier qu’il porte à Émilie. Il faut entendre "singulier" comme propre à Marcel Conche et pas comme bizarre, hors normes.
Je me suis attardé sur ce thème de l’amour singulier car c’est celui qui peut faire bouger nos lignes, nos convictions, nos préjugés, celui qui peut nous bousculer.
Cela n’enlève rien à l’intérêt d’autres chapitres. On apprend toujours avec Marcel Conche. Dirai-je que j’ai particulièrement savouré certaines de ses énumérations, qu’il s’agisse d’outils ou des créations de Coco Chanel.
Autre délectation, sa lecture de La fêlure, nouvelle de Fitzgerald, sa façon de régler son compte au pessimisme, chapitre VII, sa façon de mettre à terre les conseils de celui-ci à sa sœur Annabel, conseils pour la galerie, les siens à sa  petite nièce, Laura, se résumant en « Ne t’abîme pas ! », chapitre XXXVIII,  étonnement de voir que Luis de Miranda s’appuie aussi sur cette nouvelle pour parler des lignes de vie de Deleuze dans Une vie nouvelle est-elle possible ?
Ce Journal étrange est à lire, relire, méditer pour travailler sur soi à la façon de ce travailleur acharné, de cet amoureux singulier qu’est Marcel Conche, choisissant les souffrances qui le fortifient (étonnement d’un voisin le voyant porter ses courses et ne voulant pas d’un caddie pour le soulager), chapitre IX, Ma philosophie de la vie, choisissant qui aimer selon les distinctions qu’il opère entre les différentes formes d’amour et d’amitié.
Un désaccord avec le chapitre sur mai 68, chapitre LXXIV qui me semble un peu court, 68 ne fut pas qu’une récré, interrompue par de Gaulle, le 30 mai. L’interruption a été soufflée au général, isolé à l’Élysée et qui n’avait pas trouvé le soutien de Massu en Allemagne, par L’humanité et le PCF, proposant la dissolution de l’Assemblée nationale et des élections anticipées. Cela permit à la CGT de faire rentrer en une semaine 10 millions de grévistes et l’on obtint la chambre bleue CRS la plus forte de toute la V° république. Même Sarkozy n’a pas fait aussi bien. Par contre d’accord avec Marcel Conche sur ce que les prises de parole des humiliés, des offensés modifièrent durablement (les 10 années qui suivirent virent nombre de libertés conquises) et sur ce constat : « Il en restait l’idée qu’après tout, l’on n’est obligé  à rien que ce à quoi l’on s’oblige soi-même et que la liberté métaphysique (la possibilité permanente de dire « non » à tout) était le trait essentiel de l’homme ». Donc, 68, révolte métaphysique, oui, récré, non.

Jean-Claude Grosse,
Le Revest, le 15 juin 2009



Par grossel - Publié dans : JC Grosse
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 17:06
Michael Jackson
maillon de la domination culturelle américaine

(REUTERS/Stefan Wermuth)

Très honnêtement, je ne me suis jamais intéressé au chanteur. Malgré ses 45 ans de carrière, son titre de King of pop, son audience de star planétaire, je suis resté sourd et aveugle au phénomène. Il faut dire que je suis allergique à cette forme aussi de mondialisation qui n'est pas le fruit du hasard, qui participe de l'hégémonie culturelle des États-Unis. C'est pourquoi je mets en ligne, un essai sur États-Unis et Eurasie, paru dans Pour une école du gai savoir aux Cahiers de l'Égaré en 2004.

Mais d'abord un clip de Labo Libé
et des articles de Libération résumant la vie et l'oeuvre de l'artiste et de l'homme.
Ayant regardé quelques clips du site
je dois reconnaître que j'ai apprécié.
On avait affaire indéniablement à un chanteur, un danseur, un acteur... Il bougeait très bien. On le voit avec Panther Dance.
Mais cela ne justifie pas l'emballement qui l'a entouré. Il me semble voir du machisme dans certains clips. Pas sûr que ce soit parodique. Une fascination pour des allures de dur, de caïd. Pas sûr que ce soit parodique. Quant à ses transformations, je n'ai rien à en dire. Elles ne me semblent pas annonciatrices de quoi que ce soit.

Jean-Claude Grosse, le 27 juin 2009





Michael Jackson le 1 septembre 1993 à Singapour
Libération 27/06/2009 à 06h51

Bambi est mort

ÉRIC DAHAN

  C’était le 14 décembre 1969. Deux mois après avoir été présentés par Diana Ross dans l’émission Hollywood Palace, de la chaîne ABC, les Jackson Five étaient invités au Ed Sullivan Show, émission légendaire pour avoir accueilli les premières prestations aux Etats-Unis des Beatles et des Rolling Stones. Le groupe a signé sur la Motown de Berry Gordy, le label de Detroit qui, de rengaines des Supremes en tubes des Four Tops, a «sorti» la musique noire des ghettos du blues, du jazz, de la soul, en l’imposant comme la pop music de choix de la classe moyenne blanche.

Dès le glissando de piano enchaîné à un riff funk sur la note de sol dièse, pivot harmonique de toute la composition, impossible de ne pas être saisi. Entrent alors les congas et les cordes sur lesquels cinq garçons, de l’enfant à l’adolescent, exécutent une chorégraphie qui ajoute à la tension électrisante de la musique. Le thème d’I Want You Back revient au cadet, qui danse comme James Brown, avec des poses de mac irrésistibles, tout en fredonnant les notes de la mélodie en «humming» façon Diana Ross. Huit ans plus tôt, la Motown avait révélé un prodige de 11 ans, Little Stevie Wonder. Mais Michael Jackson, en trois minutes, conjuguant le cri rythm’n’blues de rue, comme un appel voyou aux filles, et la candeur d’Epinal de Mickey Rooney et Shirley Temple, vient de s’imposer challenger du show-biz américain, où il est traditionnellement attendu d’un artiste qu’il sache chanter, danser et jouer la comédie.

la Jackson family

Le 23 janvier 1970, la chanson I Want You Back, extraite de l’album Diana Ross Presents the Jackson Five, coiffe le hit-parade. La même année, les deux singles du disque suivant, ABC, se classent à la même première place : tous les petits garçons veulent ressembler à Michael Jackson et toutes les filles sont folles de lui. L’album est objectivement fantastique, par le choix des compositions et les performances du soliste. La fantaisie mélodique de la chanson-titre ou de l’imparable The Love You Save fait mouche auprès des kids, mais même les adultes sont touchés par l’interprétation, d’une puissance dramatique irréelle, vu l’âge du chanteur, de Don’t Know Why I Love You de Stevie Wonder. Un Third Album paraît en septembre, dans la précipitation et moins réussi, mais la ballade I’ll Be There, clonant le style Diana Ross, de la composition (Berry Gordy et Hal Davis) à l’interprétation de Michael Jackson, envahit les radios à l’automne, avant publication (autre exercice obligé de l’entertainment américain) d’un Christmas Album.

En 1971, deux nouveaux disques : Maybe Tomorrow, qui contient l’imparable Never Can Say Goodbye et Going Back to Indiana, enregistrement live d’un show télévisé durant lequel le groupe interprète deux hymnes emblématiques de la «fierté noire» du militant psychédélique Sly Stone : Stand ! et I Want To Take You Higher. Le septième Jackson Five paraît le 23 mai de l’année suivante. La chanson-titre, Looking Through the Windows, signée Clifton Davis, est une réussite, mais la pire concurrence des Jacksons est née : c’est Michael Jackson.

L’indépendance

Tout en continuant à chanter avec le groupe, Michael vient de publier Got To Be There, son premier album, et c’est un carton : quatre tubes dont une reprise déchirante du Ain’t No Sunshine de Bill Withers, et 4 millions d’exemplaires vendus. Son premier number one solo sera Ben, chanson-titre d’un film d’horreur, et de l’album du même nom qu’il publie en 1972.

Jusqu’en 1975, le groupe, comme Michael Jackson, continue à livrer des albums originaux à la Motown, mais malgré des titres qui se distinguent systématiquement dans les dix premières places des charts, comme Dancing Machine et One Day In Your Life, la «Jacksonmania», qui avait culminé avec la diffusion de deux séries de dessins animés, The Jackson 5ive et The New Jackson 5ive Show en 1972, s’estompe.

Entre-temps, Marvin Gaye et Stevie Wonder ont publié leurs chefs-d’œuvre de la maturité et de nouvelles machines à danser sont nées, comme Kool & the Gang et Earth, Wind & Fire. Il est temps pour les Jacksons, ainsi rebaptisés car le nom Jackson Five appartient à Berry Gordy, de muter. Ils quittent la Motown pour Epic, filiale de CBS, prennent progressivement le contrôle artistique de leurs enregistrements et composent désormais leurs propres chansons.

la Star planétaire

Jusqu’en 1984, ils vont aligner six albums dont Destiny en 1978 et Triumph en 1980, qui marquent l’apogée de leur style disco-funk. Cependant, la voix de Michael a mué et son style, du falsetto aux halètements et hoquets suraigus, a gagné en suavité et charisme sexuel. Pour la deuxième fois de leur carrière, les Jacksons vont subir de plein fouet la concurrence du plus doué d’entre eux. Avec Off the Wall, son cinquième album solo paru en 1979, Michael Jackson est devenu une star planétaire. Rencontré sur le tournage à New York du film The Wiz avec Diana Ross, le producteur Quincy Jones va apporter au disco-funk de son nouveau poulain une sophistication sonore inouïe, fruit de trente ans d’expérience dans le jazz, le blues, la soul et la musique de films. Du galvanisant Don’t Stop ’Til You Get Enough à l’onirique I Can’t Help It, signé Stevie Wonder, en passant par She’s Out of My Life, nouveau chef-d’œuvre de dramaturgie vocale frissonnante, l’album est une leçon musicale, et s’écoule à 12 millions d’exemplaires. En photo au Studio 54 entre Andy Warhol et Liza Minnelli, numéro 1 au Billboard avec le single Rock With You, Jackson est nominé aux Grammy Awards de 1980, où il remporte le prix du meilleur chanteur r’n’b pour sa chanson Don’t Stop ’Til You Get Enough. D’autres s’en seraient réjouis mais cette décoration dans la catégorie «musique noire» est vécue, légitimement, comme un affront. La prochaine mutation radicale marque la fin d’une certaine innocence.

La mutation

Avec Thriller, Jackson pose toujours en éphèbe disco-funk sur la pochette, mais l’album est d’une diversité musicale stupéfiante. Avec Quincy Jones, il a modernisé son funk (l’afro-machinique Wanna Be Startin’ Somethin’ et le fameux Thriller, chanson-titre), tout en s’attaquant au public blanc avec un morceau rock : Beat It, agrémenté d’un solo du guitariste metal Eddie Van Halen. Si sa qualité musicale est indéniable, difficile de dissocier le succès de ce disque, qui remporte huit grammies en 1983 et demeure le plus vendu de l’histoire avec 104 millions d’exemplaires à ce jour, de la stratégie médiatique qui l’a accompagné.

Avec le clip de Billie Jean, ravivant un pas de danse oublié, le «moonwalking», Jackson a trouvé son gimmick, associé à chacune de ses apparitions scéniques. Avec celui de Beat It, il réanime les chorégraphies street de West Side Story. Enfin, avec celui de Thriller, superproduction de quatorze minutes en hommage à la Nuit des morts vivants, Jackson se pose comme l’homme de tous les records. Diffusés en permanence par la chaîne MTV, ces clips fanatisent le public et les médias, qui se passionnent pour les moindres agissements du chanteur, passé mythe vivant.

Plus personne n’ignore qu’il vient d’une famille modeste de l’Indiana et qu’il est le septième de neufs frères et sœurs. Est-ce par frustration d’avoir dû travailler dans une aciérie et d’être le guitariste du confidentiel The Falcons, que le père, Joseph Jackson a coaché à la dure ses enfants pour en faire une attraction musicale ? Michael et ses frères auraient été battus et violés.

Au moment où sort Thriller, Jackson a déjà subi une à deux rhinoplasties, seules opérations de chirurgie esthétique qu’il reconnaît. S’il peut imputer la responsabilité de ce complexe à son père qui, lorsqu’il était enfant, se moquait de son «gros nez», il n’en est qu’au début de son pacte faustien avec la chirurgie esthétique. Est-il victime des rumeurs les plus folles qui courent à son sujet (il dormirait dans un caisson à oxygène, il se blanchirait chimiquement la peau), ou les entretient-il savamment ? Lorsqu’il est transporté en urgence au Cedars-Sinai Hospital de Los Angeles avec des brûlures au troisième degré du cuir chevelu, suite à un accident pyrotechnique sur le tournage d’une pub Pepsi, les médias planétaires diffusent les images de son arrivée sur un brancard.

Le performer

En 1984, paraît l’album Victory des Jacksons dont Michael fait toujours partie et, durant la tournée américaine, il se taille la part du lion. L’année suivante, il coécrit avec Lionel Richie la chanson We Are the World, enregistrée avec quarante stars (Springsteen, Tina Turner, Stevie Wonder, Ray Charles…), contre la faim en Afrique, qui se vendra à 7 millions d’exemplaires.

En 1986, Jackson n’a toujours pas tourné en Europe, et la fièvre monte encore avec la diffusion dans tous les parcs Disney de Captain Eo, un court-métrage musical féerique en 3D, produit par Lucas et Coppola, pour 17 millions de dollars. En 1987, c’est au tour de Scorsese de réaliser le clip très urbain de Bad, premier single de l’album du même titre, deuxième disque le plus vendu de tous les temps avec 32 millions de copies. Après avoir enregistré dans le passé des duos avec Paul Mc Cartney, Stevie Wonder et Mick Jagger, celui qui se veut le Peter Pan de son temps a choisi d’inviter Prince à chanter sur ce titre, mais ce dernier a décliné l’offre, au grand dam de Quincy Jones qui rêvait de réunir ceux qu’il considérait comme les deux artistes du moment.

En France, les concerts que Jackson donne au Parc des Princes montrent le performer au sommet, jusque dans le numéro de cabotinage sur l’inquiétant Dirty Diana. Le 20 mars 1991, il signe un contrat record d’un milliard de dollars avec Sony et sort l’album Dangerous, suivi d’une nouvelle tournée mondiale. Annoncé par le clip façon United Colors of Benetton, le single Black or White, comme ceux qui vont suivre (Remember the Time, In the Closet) ne manque pas de charme. De nombreuses stars participent aux clips afférents dont Magic Johnson, Michael Jordan, les comédiens Eddie Murphy et Macaulay Culkin ainsi que les top-models Iman, Tyra Banks et Naomi Campbell. Résultat, 30 millions de copies vendues. C’est peu après, en août 1993, que les ennuis s’annoncent…

Les scandales

Jackson est accusé d’abus sexuel par le jeune Jordan Chandler, 13 ans, qu’il avait invité à passer un week-end en famille dans son ranch de Neverland. Dans le cadre de l’instruction, le chanteur est contraint d’accepter que ses parties génitales soient examinées pour corroborer la description qu’en a fournie le plaignant. L’affaire se résout par une transaction à 22 millions de dollars.

Le 26 mai 1994, Michael Jackson épouse Lisa Marie Presley. Cette union, comme sa liaison antérieure supposée avec Brooke Shields, est accueillie par certains avec le sourire. Désormais, les faits et gestes du chanteur suscitent l’incompréhension du public. Un an plus tard sort HIStory : Past, Present and Future - Book I, double album comptant quinze tubes du passé et quinze nouveautés dont Scream, en duo avec Janet, et You Are Not Alone, qui se vend à plus de 38 millions d’exemplaires. Mais les médias ne se passionnent plus que pour son remariage avec une infirmière nommée Debbie Rowe, leur «fils», Prince Michael Junior, né le 13 février 1997, et leur «fille», Paris Katherine Michael, le 3 avril 1998, dont il obtiendra la garde après divorce en 1999.

On le dit fini aux Etats-Unis, ce qui n’empêche pas le chanteur de tourner encore avec succès. A la veille du 11 septembre 2001, il se produit avec ses frères au Madison Square Garden, et, un an plus tard, se déclare père d’un nouvel enfant, Prince Michael II. Son dernier album en studio, Invincible, ne se vend «qu’à» 11 millions d’exemplaires.

En 2003, un documentaire réalisé par le journaliste Martin Bashir refait parler de lui dans les médias. Le feuilleton des accusations de pédophilie reprend et l’on apprend que le chanteur aurait quitté Sony et promis un album ailleurs. Il y a peu, les places de 50 concerts de son come-back prévus à Londres en juillet et jusqu’en 2010 pour éponger une dette de 178 millions de dollars, partaient en quelques minutes. Une nouvelle génération s’impatientait de découvrir le mythe vivant. Le 29 août, il aurait eu 51 ans.

 

 

L’ado qui a marché sur la lune

Enfant de James Brown et du Mime Marceau, le Fred Astaire street dancer a été le professeur d’une génération.


Libération, 27 juin 2009 à 6 H 51 par MARIE-CHRISTINE VERNAY

 

(Reuters)

Le schtroumpf du smurf est mort. En plein festival de Montpellier, la danse a perdu un des siens. Dans un coin, sous un platane, deux jeunes danseurs hip-hop reprennent ses routines et surtout son fameux moonwalk (marcher sur la lune) qui effleure le sol, emprunte au mime (Marceau), joue de l’illusion et de l’immobilité.

Michael Jackson a été, pour la plupart des danseurs, un grand frère et un formidable professeur. A l’école des clips et de la télé, les enfants du monde entier, y compris des pays les plus pauvres ou reculés, ont saisi ses pas, sa tournure du bassin, l’élégance, des mains gantées de blanc propre aux smurfers (danseurs debout complémentaires des breakers danseurs au sol) américains de la côte Ouest. Smurfer hors pair, Bambi avait aussi dans les jambes quelque chose du boxeur James Brown. Il savait tout de ses glissades. «Sa disparition me touche beaucoup, dit Jean-Paul Montanari, directeur de Montpellier Danse. Pas seulement parce qu’il était un monument musical, un danseur extraordinaire, successeur de Fred Astaire et du divertissement américain. Je pense à son corps étrange, toujours adolescent, martyr de son père, de son succès et de sa sexualité réprouvable. Il me fait penser à tous ces Noirs-Américains triomphaux, des grands boxeurs, chanteurs. Beaucoup ont mal terminé, car ce n’est pas si facile.»

«Editing». Sa danse noire, Jackson l’a amenée sur toutes les scènes, s’inspirant de beaucoup de ses aînés, de la tap dance acrobatique des Nicholas Brothers par exemple. Mais il a su aussi écouter ceux qui l’entouraient et dansaient dans ses clips. Beaucoup lui ont transmis leur gestuelle, comme le rappelle Christian Tamet, directeur de Châteauvallon et accompagnateur de l’essor du hip-hop en France : «Il a beaucoup appris avec des gens comme Popping Taco (qui est dans le clip Bad), des pionniers qui ont su amener une nouvelle danse malgré la culture dominante.»

Mourad Merzouki, danseur et chorégraphe hip-hop, directeur du Centre chorégraphique national de Créteil, est lui aussi en deuil : «Dans ma pièce Tricôté, je lui rends hommage en reprenant une de ses chorégraphies et là, c’est incroyable, dans le monde entier, les gens se lèvent, applaudissent, même les plus jeunes, les10 ans. On est tous passés par Jackson, avant même de développer en France notre langage hip-hop, comme on est passés par la funk.»

Patrick Bensard, directeur de la Cinémathèque de la danse, salue en lui un «as de l’editing», au sens américain du terme : «Ce qui est étonnant chez lui, c’est sa manière de construire les enchaînements entre les figures de danse, qu’il montait comme un film. Il a un sens aigu de la mise en page, de la mise en cadre. Et puis, il est profondément moderne, conceptuel et répétitif, comme un Phil Glass. Enfin, ce qui me trouble, c’est son morphing continuel, sa capacité à la transformation. C’est un malaise et à la fois une quête, un thème complètement contemporain.»

Pointe. La Cinémathèque de la Danse rendra bientôt hommage au disparu transparent, ainsi qu’à son chorégraphe Vincent Paterson, également chorégraphe de Madonna. Le street dancer en noir et blanc a tiré sa révérence à reculons, comme dans son moonwalk, sur la pointe des pieds, qu’il a su parfaitement utiliser dans sa danse.

 

A saute-mutant
Roi reclus dans une forteresse enfantine, Jackson a fait de sa vie une performance.

 

Libération, 27 juin 2009 par MARIE LECHNER


«Il est gay mais aussi straight. Il a des enfants mais n’a jamais baisé leurs mères. Il porte un masque mais montre aussi son vrai visage. Il est coupable mais innocent. Il est américain mais aussi global. Il est sexuel mais aussi asexué. Il est immensément riche mais aussi ruiné. Il est Judy Garland mais aussi Andy Warhol. Il est réel mais encore synthétique. Il est fou mais aussi sain d’esprit, humain mais aussi robot, du présent mais aussi du futur. Il dit que ses chansons sont envoyées du ciel mais aussi qu’il les élabore lui-même […]. Il est vivant, mais en théorie seulement.» Momus, musicien britannique poste ce billet sur son blog en mars 2005, réagissant aux attaques dont Michael Jackson fait alors l’objet. Un procès contre une créature jugée déviante, représentant la «déliquescence, l’artificiel, l’ambigu». Peter Pan doit être ramené de la fiction à la réalité, des nuages sur terre, verdict d’une société enfermée dans ses carcans.

Le King of pop a fait place dans les tabloïds à «Wacko Jacko», réduit à une monstrueuse anomalie, un homme noir qui se cache derrière le visage livide d’un adolescent blanc efféminé. Jackson se transforme sous nos yeux et sous le bistouri, rhinoplasties à répétition, blanchiment, reconstruction (décomposition ?) permanente jusqu’à l’outrage.

Un critique le désigne comme un «authentique artiste "naïf" de body-art, dans sa transformation progressive en image idéale». Bambi en Orlan qui s’ignore ? L’artiste française recourt dans les années 90 à la chirurgie esthétique pour sculpter son visage aux normes culturelles de la beauté (front de Mona Lisa, menton de la Vénus de Botticelli…). Dans l’opinion publique, ces êtres radicaux affranchis d’un corps imposé par la nature pour un autre revu et corrigé par la culture sont eux aussi considérés comme des extraterrestres. Ainsi, l’Australien bionique Stelarc, qui vient de se faire greffer une troisième oreille sur le bras. Stelarc a souvent été décrit comme l’un des principaux artistes post-humains. Qualificatif accolé à Jackson également. «La quête d’une éternelle immaturité, les absolutions trouvées dans la technologie, la science biologique comme profondément désirable, la plasticité de l’identité, l’éradication de la différence sexuelle et raciale, et l’apothéose de l’un dans le tous et du tous dans l’un…, énumère le commissaire américain Are Flagan. Ce qui se cache derrière les portes de Neverland, ce sont nos rêves contemporains du futur, Jackson n’était rien ni plus ni moins qu’une version cartoon du cyberpunk.»

 


États-Unis / Eurasie

 

Pays le plus puissant du monde depuis 1940. Mais depuis la 2e guerre d’Irak (mars 2003), le monde découvre qu’il n’a plus besoin de l’Amérique alors que l’Amérique ne peut plus se passer du monde. Le paradoxe est tel que les USA, facteurs de paix pendant plus de 50 ans, sont aujourd’hui facteurs de désordre.
S’est construit

    – par vagues d’immigration européenne au XVIIIe
(aristocrates désargentés) et au XIXe siècle (sous-prolétariat)
    – par la conquête de l’Ouest sur la peau des bisons
et des Indiens
    – par l’exploitation des Noirs par les esclavagistes
dans les champs des états du Sud jusqu’à la Guerre de Sécession (1861-1865)
    – par le Taylorisme dans les usines des états du Nord
à partir de 1870.
Pays le plus puissant :
• sur le plan économique : protège ses ressources (pétrole), pille et gaspille celles d’autres pays dont certains sont traités comme des sous-traitants : monoculture ou mono-industrie au service des USA.
• sur le plan militaire : mais a perdu la guerre du Viêt-Nam, n’a pas gagné les guerres du Golfe…
• sur le plan monétaire : le dollar est la monnaie d’échange et les USA font supporter aux autres grands, le déficit de leur balance des paiements.
Le mode de vie américain et la culture américaine s’exportent dans le monde entier : nourriture et boissons à fabriquer des obèses, jeans à mouler les culs, chaussures fabriquées par des enfants pour pratiquer en champion tous les sports, films à susciter des serial-killers en mangeant du pop-corn, musiques à déclencher l’hystérie… Les enfants et les jeunes sont les plus fascinés par cette culture. On voit la fragilité d’une telle puissance : ignorons leurs films, leurs stars, leurs champions, leurs boissons, leurs jeans, leur bouffe, nous nous porterons mieux, nous serons mieux dans nos têtes et dans nos corps, eux se porteront plutôt mal. Ils sont engagés dans une guerre de domination du monde par le conditionnement des corps, prendre son pied, et des esprits, ne pas se prendre la tête.
Pays présenté comme la plus grande démocratie du monde, diffusant une culture de mort ; et pour le moment ça marche ; c’est un pays où la peine de mort est encore pratiquée à grande échelle, où les riches font régner la loi de l’argent, où les religieux intégristes et les ligues morales produisent un conservatisme rigide et agressif. C’est un pays où l’on dégaine plus vite que son ombre pour tuer l’ombre vue dans son jardin, où il ne fait pas bon vivre quand on est pauvre, malade, au chômage, noir.
Si j’essaie de construire le paradigme étatsunien, j’obtiens :
« Nous, Étatsuniens, élus de Dieu, devenus riches par notre travail, devenus puissants/hyperpuissants par notre messianisme en faveur de la liberté et de la démocratie, nous avons triomphé du mal qui s’appelait colonialisme quand nous avons fondé notre pays par la révolution contre les Anglais, puis qui s’est appelé nazisme, puis communisme et aujourd’hui terrorisme-islamisme. L’Amérique est de toutes les nations du monde, la plus juste, la plus tolérante, la plus désireuse de se remettre en question et de s’améliorer en permanence et le meilleur modèle pour l’avenir. La plus grande démocratie du monde doit prendre la tête des démocraties et poursuivre la mission éternelle de l’Amérique ».
Ce messianisme constitutif des États-Unis dès l’origine contribue, par son essence religieuse, à développer à l’intérieur un fort nationalisme, un profond patriotisme, à forger des mentalités de gagneurs. Durs en affaire, pratiques, novateurs, leur vision du monde est prométhéenne : action, adaptabilité, efficacité, dynamisme, individualisme, mouvement, optimisme, pragmatisme, variété. Ce messianisme contribue à développer à l’extérieur un esprit de croisade (justifié par la doctrine Monroë de 1823), qui fait des États-Unis le pays le plus interventionniste depuis qu’il existe. Ces croisades, ces interventions, ces guerres sont contre le mal, donc justes et en plus, depuis 1991, propres. Ce messianisme pour le bien du Monde et de l’Humanité, est à géométrie variable, selon les équipes au pouvoir (whigs ou tories, libéraux, ultra-libéraux, néo-conservateurs dits néo-cons, néo-keynesiens,…) mais on observe un effet cumulatif, présidence après présidence, à visée impériale, s’appuyant sur un double pouvoir :
1 – le pouvoir doux de l’image, du jazz, du rock, de la techno, de la comédie musicale, d’Hollywood, de la télévision, d’internet, des portables, des jetables, des consommables, de la bouffe, de la boisson, de la drogue, de la fringue, des jeux d’argent, des parcs d’attraction (et paradoxe, ce pouvoir doux est issu de la contre-culture, la culture underground des années d’après 1968) ;
2 – le pouvoir dur des armes, des alliances, des affaires, du capital et de la gouvernance d’entreprise où les principes, les idéaux (liberté – démocratie – droits de l’homme) sont l’habillage de pratiques contraires (pillage – unilatéralisme – violation des règles internationales).

Face à une telle idéologie (à déclinaison variable : Bush Junior est différent de Clinton, mais Clinton est le premier président à avoir dit que les États-Unis étaient la seule nation indispensable au monde, donc devant être maître de l’échiquier mondial) simpliste, mais efficace, face à une telle puissance qui veut vassaliser ses amis, écraser ses ennemis, face à de tels croyants, à de tels guerriers (guerre économique, guerre culturelle, guerre spirituelle, guerre des brevets, guerre des savoirs et des connaissances – qu’on pense au pouvoir des think tanks, 26 millions de dollars pour le Brookins Institute – guerre tout court) et on peut penser aux légions romaines, aux Waffen-SS, mais en cols blancs, comment se comporter ?
Pour eux, le monde aujourd’hui se découpe ainsi :
• leurs alliés mis en réseau politique, économique, militaire (Canada, pays anglo-saxons, pays de l’Est, Amérique latine) ;
• les munichois sans patriotisme et sans ressort (l’UE, la France) ;
• les ennemis identifiés avec lesquels des relations économiques sont possibles (Chine) ;
• les ennemis à détruire, à ramener dans le droit chemin (terrorisme, Irak, Iran, Corée du Nord).

La France (et son esprit munichois) peut-elle réagir, résister ?

En disant Non à la 2e guerre d’Irak, la France, l’Allemagne et la Russie rendent crédible et possible le projet d’une Eurasie politique et économique, nécessaire en contrepoids du pouvoir des USA, nécessaire pour construire vers l’Est les nouvelles routes de la soie qui donneraient à nos économies l’oxygène dont elles ont besoin.
Les USA, exportateurs du libéralisme, de l’ultra-libéralisme, du monétarisme n’hésitent pas à être protectionnistes ; l’État est fortement centralisateur, interventionniste pour tout ce qui concerne la stratégie nationale de sécurité : Conseil national de sécurité, Conseil économique national, Advocacy Center, War Room (celle-ci entre 1993 et 1997 aurait permis la signature de 230 contrats importants, générant 350 000 emplois et rapportant entre 40 et 200 millions de dollars, en mobilisant les services de l’État afin de faire aboutir des contrats au profit de firmes américaines.)
En France, la tendance semble être d’imiter les USA et nous ne sommes pas démunis : recherche, enseignement, culture, tourisme, mode de vie, mais nous ne sommes plus croyants ni guerriers.

Que nous reste-t-il ? Il nous reste contre les discours de certitudes et de servitude, à les questionner, à les dégonfler comme baudruches idéologiques, il nous reste la vraie discussion, la recherche de la vérité, il nous reste à réveiller l’émerveillement philosophique, à susciter chez le plus grand nombre le fort, le dur désir de vivre vraiment. L’anesthésie du plus grand nombre par le pouvoir doux des USA ferait place à une volonté de devenir homme de la grande responsabilité. Le pouvoir dur qui repose sur le darwinisme social : l’homme est un loup pour l’homme, n’aurait pas de prise sur l’homme de la grande responsabilité.
Les démocraties se sont construites sur le développement de l’instruction primaire (dit autrement, la démocratie est la superstructure politique d’une étape culturelle : l’instruction primaire). L’universalisation, constatable, de la démocratie s’effectue dans les pays où l’alphabétisation de masse se réalise. Quand un peuple a un niveau d’éducation élevé et un niveau de vie satisfaisant, il n’est pas belliciste, il ne donne pas le pouvoir à des va-t-en guerre. L’opposition des peuples d’Europe à la 2e guerre d’Irak a été unanime (contre leurs gouvernements parfois : Espagne, Italie, Grande-Bretagne). Et deux peuples de même niveau chercheront une solution pacifique à un différend qui les sépare.

Mais l’éducation secondaire et supérieure introduit un effet pervers dans ce processus démocratique, en faisant réapparaître des inégalités et en faisant émerger des « élites » qui se sont constituées dans les plus anciennes démocraties en oligarchie confisquant tous les pouvoirs à son profit.

On mesure ici l’enjeu : ou nous laissons nos grandes écoles continuer à produire ces oligarques qui menacent de mort la démocratie et donc la paix ou nous nous fixons l’objectif de faire sortir de notre enseignement secondaire et supérieur des hommes et des femmes de la grande responsabilité, imperméables au cynisme actuel des « élites ».
À l’idéologie, substituer la philosophie. À la croyance, substituer l’évidence. Aux discours manipulateurs, substituer la vraie discussion. Ignorer le guerrier et ses guerres, et passer son temps de vie (seul, à deux, à trois…) à vivre, essayer de vivre en vérité. Les hommes et les femmes deviendraient eux-mêmes.

Jean-Claude Grosse, 2004


PS: L'arrivée à la Maison Blanche de Barak Obama ne change pas cette analyse en ce que Barak Obama ne sera pas le président de la rupture avec ce paradigme. Il a clairement dit vouloir que les États-Unis retrouvent leur leadership mondial après les résultats catastrophiques de l'administration Bush en termes d'image et d'influence. Il sait très bien parler, susciter l'enthousiasme mais ne soyons pas dupes: il est là pour servir le capitalisme américain. Et bien des promesses de campagne vont passer à la trappe. Sa réforme du système de santé, ce sont des coupes sombres. Chez nous, c'est pareil.


D'où la pétition de nos urgentistes que je trouve excellente dans ce qu'elle affirme et que j'invite mes lecteurs à signer.


Les médecins urgentistes entrent en résistance

Nous,
médecins urgentistes de toute la France,
annonçons dès maintenant, que quelque soit l'avenir de la loi HPST, en parfaite conscience de la gravité  de notre geste, demain nous entrerons en résistance.
Nous continuerons à accomplir la mission que le conseil national  de la résistance a souhaitée pour l’hôpital public.
Nous accueillerons à l'hôpital public, en tout temps, en tout lieux, tous les hommes  et toutes les femmes qui se tourneront vers le service public de la santé.
Aucun patient n'est une marchandise, nos hôpitaux ne sont pas des entreprises où un  pseudo PDG pourra demain décider quels sont les bons et les mauvais soins, quel est le projet médical que les médecins "à la botte" devront mettre en œuvre.
Notre dignité est de refuser de choisir les patients "qui valent la peine". Notre dignité est de voir dans chacun de ceux et celles qui se tournent vers nous des hommes et des femmes souffrant qu'il faut aider au nom de l'humanité, qui n'est pas une valeur de marché.
Nous appelons tous les soignants, s'il le faut, demain, à désobéir à la logique qui nous est imposée malgré tous nos appels à la raison.
Nous préférons la légitimité à la légalité.
Nous préférons  les valeurs humaines à la loi.
Nous préférons la dignité  aux honneurs.
Il n'existe pas de délit de solidarité.
Nous entrons en résistance parce que nos valeurs sont différentes de celles de cette loi, nos valeurs sont celle du Conseil National de la Résistance et de notre république : "liberté, égalité, fraternité ".

Par grossel - Publié dans : JC Grosse - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Samedi 4 juillet 2009 6 04 /07 /2009 14:56
J'écrivais l'article ci-dessous: Marcel Conche sur le départ, le 4 juillet 2008.
Dans quelques jours, mon ami Marcel va quitter la Corse pour revenir dans la maison de son enfance, des circonstances rendant possible ce retour, aujourd'hui souhaité.

C'est donc en Corrèze qu'Edgard Gunzig et moi irons le voir.
Dans Les dossiers de la Recherche N° 35, trimestriel de mai 2009, Le big bang, il y a un article d'Edgard Gunzig: L'espace-temps s'est créé lui-même, apprécié par Marcel. J'attends beaucoup de cet échange que je filmerai entre un métaphysicien de la Nature et un théoricien de l'autoémergence de l'Univers.

Depuis le Journal IV, Diversités, j'ai reçu la plaquette Regard N° 104 consacrée aux réponses de Marcel Conche et d'Émilie Borel à un questionnaire auquel deux numéros avant avait répondu Michel Onfray.
Pour ceux qui suivent le cheminement de Marcel, Télérama comme le Nouvel Observateur ont parlé de la muse de Marcel, je crois qu'il faudrait plutôt dire son initiatrice à la "religion" d'Émilie.

Regard est une aventure plus que sympathique que l'on doit à l'artiste
Chaque plaquette est tirée à 2500 exemplaires approximativement.
On s'y abonne pour 18 euros les 6 N° à l'ordre de
Regard-Marie Morel
01260 Le Petit Abergement.

Autant j'avais trouvé assez plates les réponses de Michel Onfray, autant celles de Marcel Conche m'ont paru aller à l'essentiel, pas du tout dans le goût du jour (le mauvais goût).

Celles d'Émilie Morel me semblent en partie stéréotypées, je veux dire que lorsqu'on lit ses lettres dans le Journal étrange ou Confessions d'un philosophe on a affaire à une écriture et à une pensée, la brièveté des réponses semble limiter la profondeur de sa pensée. Je préfère donc ses lettres à ce qu'elle dit dans ce Regard.
Quant à Marcel, il me semble avoir "compris" Émilie, sa "religion" et je suis sûr qu'il avancera encore en compréhension puisque avec Émilie, une manifestation concrète et complexe d'harmonie avec le Tout est incarnée. Ce pourrait être le cas de bien d'autres à condition d'avoir l'héroïsme du coeur, d'être dans la Bonté.

Exemples:
Avez-vous assez de temps ?
Non, jamais assez dit Michel Onfray,
Oui, toujours plus qu'il ne m'en faut dit Marcel Conche,
Jamais répond Émilie Borel.
Qu'est-ce qui vous rend heureux ?
Mille petites choses dans une journée. Michel Onfray
Les traités de paix. Marcel Conche
La poésie de la vie. Émilie Borel.
Que préférez-vous chez les autres ?
la rectitude répond Michel Onfray,
la bonté répond Marcel Conche,
la justice répond Émilie Borel.

Je signale aussi la parution dans le N° de juillet-août de Philosophie Magazine d'un entretien de Brigitte Bardot, commenté par Marcel Conche. C'est réjouissant car à son pessimisme pensé évoquant Cioran et son inconvénient d'être né, Brigitte Bardot répond en contre-point par son amour des animaux et de la nature, en quoi elle est sur la ligne de la Bonté du Tout, plus essentielle que l'unité des contraires: amour-haine, paix-guerre... caractéristique des mondes humains. À corriger par cette constatation fondamentale que si l'humanité avait choisi la loi du plus fort, elle n'existerait déjà plus; c'est bien la considération du faible, de l'enfant qui a permis à l'humanité de persévérer.
Jean-Claude Grosse, le 4 juillet 2009


Marcel Conche sur le départ



Mon ami Marcel Conche quitte dans 3 jours (on est en juillet 2008) le village où j'allais lui rendre visite pour une autre région où j'irai aussi lui rendre visite. La prochaine avec Edgard Gunzig, cosmologiste ami, pour une discussion filmée entre un philosophe du Tout et un chercheur de l'origine de l'univers. Ce devrait être une de ces rencontres dont on verra les images tant que nous durerons.
À 86 ans, ce changement de vie, de pays, de visages, de paysages, révèle l'ouverture d'esprit et de coeur de cet homme qu'on ne peut réduire à la seule dénomination de "philosophe" même s'il en est un, éminent, convaincant.
Il s'offre un avenir, un destin. Il s'offre à un à venir, à des hasards de rencontres nouvelles.
Ce qui garde jeune de coeur.
Je lui souhaite de longs matins devant la mer.

Elle est retrouvée
quoi ?
L'éternité !
C'est la mer mêlée au soleil
(ou)
C'est la mer allée avec le soleil
Arthur Rimbaud


Poème manuscrit de JCG

Je suis heureux d'avoir publié sa conférence de Toulouse du 27 janvier 2008, parue le 1° juillet, juste pour son départ:
Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : JC Grosse - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 10:00

Les 16 et 17 octobre
 en Ardèche
rencontre de 33 auteurs
pour les 33000 ans
de la grotte Chauvet

Les Cahiers de l'Égaré éditeront le livre de ces rencontres
33 auteurs à 1000 mots = 33000 mots pour 33000 ans

12 - copie
Diapo n° 12 (cliché ministère de la Culture et de la Communication, Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes, Service régional de l’archéologie) :
Panneau des chevaux (détail. L. env 1,10 m). Chevaux placés en parallèle et se superposant au tracé, antérieur, des aurochs dont ils reprennent la ligne de dos, en haut à droite et dont il subsiste une encornure derrière le deuxième individu. Remarquer la crinière surnuméraire venant accroître l'effet de nombre et renforcer le rendu de la perspective déjà souligné par la déformation curviligne progressive des têtes ("vison polaire"). Le modelé des ganaches est rendu à l'estompe tandis que le tracé des naseaux est finement détouré, par raclage, au détriment du dos d'un rhinocéros.
BOR219 - copie
Michel Bories

20 - copie Diapo n° 20 (cliché ministère de la Culture et de la Communication, Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes, Service régional de l’archéologie) :
Panneau des lions. Partie sud, détail (L., environ 0,80 m). Le tracé des trois grands lions se superpose à des figurations antérieures de félins. L'individu du troisième plan, détaché par raclage, n'est représenté que par l'amorce de la ligne de dos, l'oreille et le frontal. Remarquer, sur les deux autres spécimens, l'emploi de l'estompe et l'implantation des vibrisses. Les gravures en trait fin du premier plan correspondent à des griffades d'ours dont la surcharge démontre la fréquentation contemporaine de la caverne par l'Homme et les plantigrades.



Ce furent deux journées riches, denses, très bien organisées par Théâtre d'aujourd'hui avec le soutien du Conseil Général de l'Ardèche, les communes de Laurac, La Beaume, Saint-Mélany et avec l'aide d'associations comme le Sentier des Lauzes. Une conservatrice de la Grotte Chauvet, compétente et en verve, une guide à remonter le temps avec des raccourcis vertigineux, un Président de festival de musique à La Beaume enthousiaste, des élus en nombre à Laurac et à Rosières, une Maison familiale accueillante à Laurac, un Hôtel class' à Joyeuse avec ses peintures rococco, XIX° siècle en restauration, une auberge gîte: Le Travers à Saint-Mélany qu'on y passerait du temps encore et encore, un Sentier des Lauzes plein de surprises: sculptures, chants, un spetacle à Ucel: La nuit juste avant les forêts de Koltès, interprété par l'acteur, Yves Ferry, pour lequel Koltès avait écrit la pièce, il y a plus de 30 ans, un sentier de la Grotte Chauvet lui aussi plein de surprises: vidéo-surveillance par caméras et last but not least, un Pont d'Arc en lumière matinale, sans touristes, un bonheur à échos. C'est parti pour les 1000 mots, copie à rendre pour le 18 décembre 2009, jour du 15° anniversaire de la découverte de la grotte (18 décembre 1994). Merci à Roger Lombardot, à l'initiative de cette rencontre.


Lire l'article d'Emmanuelle Arsan sur
Les artistes de la grotte du vallon Pont d'Arc

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article sur les 16 et 17 octobre

Par grossel - Publié dans : JC Grosse
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