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CONVERSION

Table rase.
Plus de presse
de radio
de télé.
Si beaucoup comme moi,
que de faillites !
système en crise.
Fuis
cocottes cyniques
grenouilles bénites
autruches confites.
Toutes espèces
de contemplatifs :
drogué
alcoolique
mystique
sage
naturiste
mélomane
Et toutes espèces
d’hommes d’action :
en portable.
Si beaucoup comme moi,
que de misanthropes !
faillite du système.
Refuse les comportements
majoritaires
populaires : …
les modes
minoritaires
snobinardes : …
Si beaucoup comme moi,
finie la commerie,
achevée la révolution.

Jean-Claude Grosse
La Parole éprouvée,
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

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Photo prise à Petergoff en 2005

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Les agoras d'ailleurs

Les Cahiers de l'Égaré



pour toujours

Samedi 10 février 2007 6 10 /02 /2007 19:54
Foules

En attendant le discours-événement du 11 février, devant (on saura ça demain soir),
en attendant la sortie, le 14 février, pour la Saint-Valentin,
du film-événement qui attirera (on le saura dans quelques temps)
voici ce souvenir-événement, devant (on a su cela).
Décidément, que d'événements!
On a déjà oublié la foule pour Sarko et pour Ségo à Toulon.
Le spectacle du monde va trop vite.
Reste la vie, simplement,
la vie...
jusqu'au bout
sans hurler à la mort
ni aboyer à la lune
éloigné de toute maîtrise et (ou) servitude
ayant renoncé à toute nostagie
de paradis ou d'âge d'or.


 

La foule
envoyé par gambette
Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours
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Jeudi 15 février 2007 4 15 /02 /2007 18:00
Un 14 février en rouge et en noir
Télescopage à laisser sans voix


Pendant que nous regardions dans la même direction à moins que nous nous regardions dans les yeux, hier soir, puisque c'était son annieversaire, elle est née, il y a de cela quelques années, le jour de la Saint-Valentin, à l'époque, on ne fêtait pas ça ! puisque ça va faire bientôt 40 ans, peut-être, si on y arrive, qu'on est ensemble, à regarder dans la même direction, à regarder autour de soi, à se regarder dans les yeux, à regarder autour de nous, droit devant, le téléphone a sonné et la nouvelle est tombée, abrupte: Georges vient de mourir, Georges est mort.
L'ami Georges fut un grand ami, tardif dans notre vie mais si précieux, si généreux.
Georges Angouladzé, prince russe, exilé, pas du tout russe blanc, mais russe, géorgien plutôt, élégant, grande classe, est mort à Marseille, à 85 ans.

Richard Martin et Georges Angouladzé

J'ai passé avec Annie quelques grands moments, à la russe, chez lui, où on rencontrait toujours des artistes venus de Russie qu'il hébergeait avec somptuosité. J'y ai rencontré Nika Kossenkova, les Licedei, Anatoli Baskakov, Dasha Baskakova, des musiciens. C'est à lui et à Tamara que j'ai toujours fait appel quand nous accueillions des artistes russes à la Maison des Comoni au Revest. Les buffets ou repas organisés pour le dernier spectacle de Cyril G. et Anatoli Baskakov: C'est possible (ça va) ou l'un de nous est en trop  et Le mariage de Gogol ont été fabuleux, au point de provoquer, à la russe toujours, une bagarre générale, pour la dernière du spectacle, le lendemain de mon anniversaire, j'avais atteint une limite d'âge que tout le monde se souhaite parce qu'enfin on peut prendre son temps. Les vodka cocktails de Tamara sont sublimes et redoutables.
Georges était très impliqué dans la vie de la communauté russe issue de l'exil après la révolution d'octobre. Il a beaucoup fait pour la connaissance de la culture russe, pas seulement d'hier, celle créée par les artistes d'aujourd'hui. Il a participé au Festival russe organisé par le Théâtre Toursky de Marseille et je sais que Richard Martin doit être triste aussi comme nous le sommes. Le 12° festival russe du Théâtre Toursky  du 20 mars au 8 avril 2007 lui a été dédié.
La dernière fois que j'ai vu Georges, c'était à Avignon, en juillet 2005, alors que j'accompagnais des professeurs venus de Russie, enseignant notre langue dans leur pays. Avec leur bus biélorusse de 4m50 de hauteur, ignorant la hauteur des ponts, nous nous étions retrouvés à faire des demi-tours parce que nous ne pouvions passer. Enfin, après 1h1/2 de manoeuvres, nous réussissons à rentrer dans la ville, le long des remparts. Mais le repas qu'on devait nous servir au restaurant universitaire est déjà à la poubelle. Affamés, je prends l'initiative de faire faire des courses à Casino pour 80 personnes. Et c'est là, à ce moment-là, que je rencontre Georges, dans la ville du théâtre depuis 60 ans, lui qui aime tant le théâtre, entouré de Russes qui ont connu l'URSS, la perestroïka, la période Elstine et l'ère Poutine. Il n'est pas encore opéré de son cancer à la gorge.
Les endroits et circonstances où on voit des êtres chers pour la dernière fois, ça me reste. Cyril, vu au Fort de Salses, le 28 août 2001, pour un spectacle de La Llevantina: Aletheia, spectacle que nous n'avons pas pu voir ce jour-là parce que réservé à 30 spectateurs mais que Cyril a pu voir avec son grand-père.
Au revoir, Georges.
Demain, tu seras enterré à la russe, près de Paris, à Sainte Geneviève des Bois, dans un cimetière russe.
Dimanche, nous serons chez toi et avec plein de gens, nous te fêterons à la russe comme tu nous avais fait fêter Cyril, à la Noël 2001, qui suivit sa disparition.

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours
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Jeudi 8 mars 2007 4 08 /03 /2007 17:53
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Olympe de Gouges   1791

Homme, est-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire tyrannique. Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un coup d'oeil sur toutes les modifications de la matière organisée ; et rends-toi à l'évidence quand je t'en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu peux, les sexes dans l'administration de la nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce chef-d'œuvre immortel.
L'homme seul s'est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne


À décréter par l'assemblée nationale dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine législature.
Préambule

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d'être constituées en assemblée nationale. Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.
En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.
Article premier
La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
II.
Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression.
III.
Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
IV.
La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.
V.
Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n'est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.
VI.
La Loi doit être l'expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.
VII.
Nulle femme n'est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.
VIII.
La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.
IX.
Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur est exercée par la Loi.
X.
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales,
la femme a le droit de monter sur l 'échafaud ;
elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ;
pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la Loi.
XI.
La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
XII.
La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de celles à qui elle est confiée.
XIII.
Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, les contributions de la femme et de l'homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l'industrie.
XIV.
Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l'admission d'un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l'administration publique, et de déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée de l'impôt.
XV.
La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.
XVI.
Toute société, dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n'a pas coopéré à sa rédaction.
XVII.
Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

Postambule.


Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. O femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre. S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Être Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes.
Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes ; le cabinet n'avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

Olympe de Gouges allant à l'échafaud
(article en ligne: cliquer sur l'image)

Le mercredi 7 mars 2007, Ségolène Royal lors d'un meeting à Dijon,
a proposé, si elle est élue Présidente de la République,
de transférer les cendres d'Olympe de Gouges au Panthéon.
(discours de Dijon sur le blog des agoras du Revest)



Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours
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Jeudi 12 avril 2007 4 12 /04 /2007 16:54
Discours du député-écrivain Victor Hugo,
le 10 novembre 1848, à l'Assemblée Nationale



Le 10 novembre 1848, à l'Assemblée Nationale, le député-écrivain Victor Hugo prononçait un discours qu'il avait intitulé :
Les Deniers de la culture.
Victor Hugo

« Personne plus que moi Messieurs, n'est pénétré de la nécessité d'alléger le budget, seulement,
à mon avis, le remède de l'embarras de nos finances n'est pas dans quelques économies chétives et détestables ; ce remède serait selon moi, plus haut et ailleurs ; il serait dans une politique intelligente et rassurante, qui donnerait confiance à la France, qui ferait renaître l'ordre, le travail, le crédit... et qui permettrait de diminuer, de supprimer même les énormes dépenses spéciales qui résultent des embarras de la situation.

C'est là, Messieurs, la véritable surcharge du budget, surcharge qui, si elle se prolongeait et
s'aggravait encore, et si vous n'y preniez garde, pourrait, dans un temps donné, faire crouler
l'édifice social.

J'ai déjà voté et je continuerai de voter la plupart des réductions proposées, à l'exception de
celles qui me paraîtraient tarir les sources même de la vie publique, et celles qui, à côté d'une
amélioration financière douteuse, me présenteraient une faute politique certaine.

C'est dans cette dernière catégorie que je range les réductions proposées par le comité des
finances sur ce que j'appellerais le budget spécial des lettres, des sciences et des arts. Je dis Messieurs, que les réductions proposées sur le budget spécial des lettres, des sciences et des
arts sont mauvaises doublement. Elles sont insignifiantes au point de vue financier, et nuisibles à tous les autres points de vue. Insignifiantes au point de vue financier. Cela est d'une telle évidence, que c'est à peine si j'ose mettre sous les yeux de l'assemblée le résultat d'un calcul de proportion que j'ai fait. Je ne voudrais pas éveiller le rire de l'assemblée dans une question sérieuse ; cependant, il m'est impossible de ne pas lui soumettre une comparaison bien triviale, bien vulgaire, mais qui a le mérite d'éclairer la question et de la rendre pour ainsi dire visible et palpable.

Eh bien ! ce que vous ne conseilleriez pas à un particulier, au dernier des habitants d'un pays
civilisé, on ose le conseiller à la France.

Je viens de vous montrer à quel point l'économie serait petite; je vais vous montrer maintenant
combien le ravage serait grand.

Ce système d'économies ébranle d'un seul coup tout cet ensemble d'institutions civilisatrices
qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française. Et quel moment
choisit-on ? C'est ici, à mon sens, la faute politique grave que je vous signalais en commençant.
Le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre, il
faudrait les étendre et les élargir. Eh bien ! quel est, en effet, j'en appelle à vos consciences, j'en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L'ignorance.

L'ignorance encore plus que la misère. L'ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous
investit de toute part. Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu'on songerait à
attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l'ignorance !

Sur ce point, j'en appelle, et je le répète, au sentiment de l'assemblée. Quoi ! d'un côté la barbarie dans la rue, et de l'autre le vandalisme dans le gouvernement ! Messieurs, il n'y a pas que la prudence matérielle au monde, il y a autre chose que ce que j'appellerai la prudence brutale. Les précautions grossières, les moyens de police ne sont pas, Dieu merci, le dernier mot des sociétés civilisées.

On pourvoit à l'éclairage des villes, on allume tous les soirs des réverbères dans les carrefours,
dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral, et qu'il faut allumer des flambeaux pour les esprits ? Un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente. Ce mal moral, cela est étrange à dire, n'est autre chose que l'excès des tendances matérielles. Eh bien, comment combattre le développement des
tendances matérielles ?


Par le développement des tendances intellectuelles, il faut ôter au corps et donner à l'âme. Quand je dis ; il faut ôter au corps et donner à l'âme, vous ne vous méprenez pas sur mon
sentiment. Vous me comprenez tous, je souhaite passionnément, comme chacun de vous,
l'amélioration du sort matériel des classes souffrantes, c'est là, selon moi, le grand, l'excellent progrès auquel nous devons tous tendre de tous nos vœux comme hommes et de tous nos efforts comme législateurs.

Eh bien ! la grande erreur de notre temps, a été de pencher, je dis plus, de courber l'esprit des
hommes vers la recherche du bien-être matériel, et de le détourner par conséquent du bien-être
intellectuel.
Il importe Messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser, pour ainsi dire, l'esprit de l'homme,
il faut, et c'est là la grande mission, la mission spéciale du ministère de l'instruction publique, il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand.

C'est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même, et par conséquent
la paix de l'homme avec la société.

Pour arriver à ce but, Messieurs, que faudrait-il faire ? Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. Il faudrait multiplier les maisons d'études pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes, tous les établissements, tous les asiles où l'on médite, où l'on s'instruit, où l'on se recueille, où l'on apprend quelque chose, où l'on devient meilleur, en un mot, il faudrait faire pénétrer de toute part la lumière dans l'esprit du peuple, car c'est par les ténèbres qu'on le perd.


Ce résultat, vous l'aurez quand vous voudrez. Quand vous le voudrez, vous aurez en France un
magnifique mouvement intellectuel, ce mouvement, vous l'avez déjà ; il ne s'agit pas de l'utiliser et le diriger, il ne s'agit que de bien cultiver le sol. L'époque, est une époque riche et féconde ; ce ne sont pas les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les talents, ce ne sont pas les grandes aptitudes, ce qui manque, c'est l'encouragement enthousiaste d'un grand gouvernement.


Je voterais contre toutes les réductions que je viens de vous signaler, et qui amoindriraient l'éclat utile des lettres, des arts et des sciences.


Je ne dirai plus qu'un mot aux honorables auteurs du rapport. Vous êtes tombés dans une méprise
regrettable ; vous avez cru faire une économie d'argent, c'est une économie de gloire que vous
faites. Je la repousse pour la dignité de la France, je la repousse pour l'honneur de la République."


Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours
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Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /2007 22:29
Je mets en ligne deux contributions à la mémoire des victimes de Beslan, l'une littéraire, l'autre slamée. L'art pour se souvenir, un peu, contre l'oubli, qui finit par gagner. Se souvenir des siens, nos proches, mais aussi des lointains. Se souvenir de l'atrocité et de ses effets. Sans complaisance.

L’ange de Beslan

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La neige est entrée dans le gymnase aussi mal refermé qu’une plaie. Elle a recouvert les hurlements des enfants. Une femme s’approche en titubant. Si elle est ivre, c’est de son malheur. Elle arrive sous le panneau de basket où la bombe la plus meurtrière avait été placée. Elle s’agenouille devant le mur, désormais décoré d’une petite fleur de sang, le caresse et lui parle. Elle balance légèrement la tête et fredonne une comptine, d’une voix qui hésite entre le rauque et l’aigu. Elle lève les yeux vers cette marque sur le mur. Sous certains éclairages, cette marque devient pourpre. Elle n’est pas complètement ronde. Des morceaux semblent vouloir se détacher, comme les pétales d’une marguerite. C’est ici que sa fille de neuf ans est morte. Et cette petite fleur de sang, là, c’est tout ce qui lui reste d’elle. A ce moment, elle se souvient.
Sa petite fille avait pleuré ce matin-là. Elle était mal réveillée et ne cessait de dire qu’elle ne voulait pas aller à l’école aujourd’hui. Devant son bol de chocolat, elle avait boudé, en faisant tourner sa cuillère trop longtemps. Elle avait laissé sur la nappe une tranche de pain à peine grignotée. Pas faim, avait-elle murmuré à sa mère. Elle avait levé de grands yeux larmoyants sur sa mère, lui demandant encore une fois si elle pouvait rester à la maison, rien qu’aujourd’hui, elle y retournerait demain, promis ! Mais la mère s’était impatientée, non, elle avait du travail aujourd’hui, elle ne voulait pas l’avoir dans les jambes. Et puis, ce n’était pas des façons, elle devait aller étudier, un point c’est tout !
La femme est hagarde. Le chant s’est cassé dans sa gorge meurtrie d’avoir tellement pleuré. Elle regarde autour d’elle, épouvantée. Elle racle le mur avec ses ongles, jusqu’à ce qu’un morceau de chaux ensanglanté s’en détache. Elle l’emporte avec elle en le serrant dans son poing.
Six mois après la tragédie, Aliona marche dans Beslan, la ville où un commando tchétchène a pris une école en otage et tué les enfants, la ville où elle a grandi. On ne peut plus parler ici, les mots sont de trop, c’est fini. Même les mots les ont laissé tomber. La douleur et l’horreur ont tout tué, même la compassion. Il ne reste que la haine, terrible souveraine de ces mères sans enfants, les mères des enfants morts qui haïssent désormais les mères des enfants vivants, qui les battent, leur arrachent les cheveux, les injurient, veulent les chasser de leur sanctuaire. Les familles s’élèvent contre les enseignants qui n’ont pas su protéger leurs enfants. Les enseignants en veulent à Poutine parce qu’il n’a pas su arrêter le massacre. Le Noël orthodoxe n’est même plus fêté, personne ne veut célébrer la venue au monde d’un nouveau-né après le massacre d’une centaine d’enfants. Aliona marche dans les décombres de l’école : c’est comme si la tuerie avait eu lieu trois heures auparavant. Les mêmes livres éparpillés par terre, une paire de lunettes brisées, la douille d’une cartouche de fusil, une chaussure d’enfant, et, seul au-dessus de la fenêtre, le portrait de Léon Tolstoï. Sur les murs, on peut lire des inscriptions pleines de férocité, des injures nombreuses, des mots qui giflent et qui sentent le sang. On respire la vengeance. Elle imprègne l’air comme une mauvaise odeur.
Sur la place du marché, une vieille femme vend des étoiles de Noël. Aliona en achète une qu’elle rapportera à Berlin. Elle raconte que sa petite-fille ne dort plus, que tous les enfants de Beslan font des cauchemars, qu’il faut faire quelque chose. Ses vieilles mains ridées et osseuses s’accrochent aux épaules d’Aliona qui les détache doucement, en murmurant des mots très doux. La vieille tremble. Autour d’elle, comme un essaim d’abeilles, d’autres femmes, la tête couverte d’un foulard, tremblent elles aussi et racontent la même histoire. Elles se regroupent jusqu’à former un cercle tournant dont la jeune fille qui fait des études en Allemagne se détourne, elles psalmodient et se réchauffent aux braises de leur malheur. Beslan est devenu le lieu d’une psychose collective.
Les enseignants sont déprimés. Vingt professeurs sont morts. Les parents haïssent les rescapés parce qu’ils sont vivants et parce qu’ils n’ont pas sauvé leurs enfants. La police leur reproche d’avoir trop négocié avec les terroristes, les accuse de s’être montrés complices. Que fallait-il faire ? Ils sont là, à s’en vouloir d’être vivants.
Deux cimetières s’étendent dans un champ sans horizon. Le premier est vieux, désert, couvert de croix grises, oublié. Le second est inondé de fleurs, de couleurs qui éclatent comme des coups. Beslan possède deux cimetières : l’un pour les morts, l’autre pour les anges. Un cimetière d’enfants encore tellement vivants dans la douleur des gens. Quelle que soit l’heure, quelqu’un est là qui prie. Quelqu’un qui parle aux photographies posées dans la neige. Quelqu’un qui chante d’une voix monocorde. Quelqu’un qui pleure en levant les bras au ciel.
Beslan est un endroit où l’on ne parle plus. Sauf pour proférer des injures. La souffrance ne parvient pas à s’exprimer autrement. Une femme a exhumé le cadavre de son fils pour l’emporter avec elle. Quand on lui a pris son enfant une seconde fois pour le recoucher dans la terre, elle est devenue muette mais elle a craché au visage d’une femme qui était là et serrait son enfant contre elle. La rage est là, cette rage contre les parents des enfants vivants. La neige tombe, mais elle ne tombera jamais assez pour recouvrir le désespoir de cette ville. « Mort aux vivants » peut-on lire sur un mur souillé. Les gens passent devant, sans réagir, ils sont devenus fous.
Aliona se dit que les amis et les ennemis de Beslan auront beau s’enfuir loin d’ici, ils demeureront à jamais enfermés dans cette école. Ceux qui étaient là se reconnaissent, ils portent la terreur sur leurs visages. L’odeur de l’urine que les enfants ont bue, le sang, les hurlements, les autres ne les sentiront pas, ne les entendront pas, eux si.
Elle commence à se sentir mal à l’aise dans cette ville de son enfance. Les gens la regardent, l’œil mauvais et parfois crachent sur son passage. Avec sa petite taille et son corps mince, on la dirait à peine sortie de l’adolescence en dépit de ses vingt-trois ans. Les femmes qui ont perdu leurs enfants lui lancent des injures à la face, parce qu’elle aura, peut-être un jour, des enfants, et qu’elles ne peuvent pas le supporter. Dans la rue, tout à l’heure, elle a senti quelque chose dans son dos, un caillou. L’incrédulité l’avait empêchée de se retourner. Elle continue de marcher dans le cimetière où une foule toujours plus dense se presse. Demain, elle repartira pour Berlin. Ses parents lui ont fait comprendre qu’il ne fallait pas qu’elle reste ici, qu’on les avait menacés. C’était un crime d’avoir encore son enfant quand d’autres pleuraient les leurs. Combien de temps avant qu’elle puisse revenir ?
Elle s’arrête soudain, manque de trébucher sur une forme indistincte et ramassée. C’est une femme, déjà vieille, qui se balance d’avant en arrière devant une tombe blanche. Elle caresse le portrait photographique d’une fillette qui ne doit pas avoir plus de dix ans. Sans réfléchir, elle pose une main sur l’épaule de la femme en douleur. Celle-ci tressaute, attend, puis se retourne. Dans ses yeux, une expression de frayeur, puis son regard s’affole, s’agrandit et une longue plainte sort de sa bouche : « Sachka ! » Elle tend les mains vers Aliona qui les serre dans les siennes et se met à genoux. La femme secoue la tête. Aliona la regarde et la reconnaît, c’est la femme qu’elle a croisé au gymnase, celle qui s’est enfuie avec la petite tache de sang enfermée au creux de son poing. « Tu n’es pas Sachka, mais tu lui ressembles. Sachka aurait pu être comme toi un jour. » Aliona ne sourit pas, elle regarde la photographie, les grands yeux sombres de la fillette et l’ovale de son visage. C’est vrai, elle ressemblait un peu à Sachka lorsqu’elle était petite fille. La femme ne pleure plus, elle caresse le visage d’Aliona en murmurant : « Sachka, ma petite Sachka, mon petit ange. »

Jeudi 26 octobre 2006, Elisabeth Poulet

Née en 1970. Professeur de français dans le secondaire. Termine une thèse de littérature comparée sur l’écriture de la folie chez quatre auteurs européens. Ecrit des nouvelles.


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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 /10 /2007 12:40

À quelques jours du 40° anniversaire de l'assassinat de Che Guevara, le  8 octobre 1967, et parce que je ne peux oublier d'autres assassinats de leaders (Trotsky, Gandhi, Luther King, Malcom X) aux méthodes certes différentes (le bilan des partisans de la désobéissance civile semble plus décisif que celui des partisans de la violence) mais visant les mêmes fins, les mêmes valeurs, à savoir  justice, égalité, liberté, fraternité, je propose quelques vidéos  disponibles sur internet dont une sur et avec
Aimé Césaire: bilan de la négritude.

Voir aussi sur ce blog l'article: 
Les murs: réflexions sur l'identité nationale
Edouard Glissant-Patrick Chamoiseau

AIMÉ CÉSAIRE

DISCOURS SUR LE COLONIALISME
1950

extraits choisis tirés de éd. PRÉSENSE AFRICAINE, 1989


p. 11-12 :

"Il faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu'il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu'en France on accepte, une fillette violée et qu'en France on accepte, un Malgache supplicié et qu'en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s'opère, une gangrène qui s'installe, un foyer d'infection qui s'étend et qu'au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent.

Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s'affairent, les prisons s'emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s'étonne, on s'indigne. On dit : "Comme c'est curieux ! Mais, Bah! C'est le nazisme, ça passera !" Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c'est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c'est du nazisme, oui, mais qu'avant d'en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l'a supporté avant de le subir, on l'a absous, on a fermé l'oeil là-dessus, on l'a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s'était appliqué qu'à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l'a cultivé, on en est responsable, et qu'il est sourd, qu'il perce, qu'il goutte, avant de l'engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d'étudier, clinlquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est que l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique.

Et c'est là le grand reproche que j'adresse au pseudo-humanisme : d'avoir trop longtemps rapetissé les droits de l'homme, d'en avoir eu, d'en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste.(...)"

p. 19-20 :

"Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.

Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourne, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.

A mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.

J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes.

Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.

Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.

Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés.

Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.

On se targue d'abus supprimés.

Moi aussi, je parle d'abus, mais pour dire qu'aux anciens - très réels - on en a superposé d'autres - très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu'en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice-versa, il s'est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.(...)"

p. 21-22 :

"Cela dit, il parait que, dans certains milieux, l'on a feint de découvrir en moi un "ennemi de l'Europe" et un prophète du retour au passé anté - européen.

Pour ma part, je cherche vainement où j'ai pu tenir de pareils dicours; où l'on m'a vu sous-estimer l'importance de l'Europe dans l'histoire de la pensée humaine ; où l'on m'a entendu prêcher un quelconque retour ; où l'on m'a vu prétendre qu'il pouvait y avoir un retour.

La vérité est que j'ai dit tout autre chose : savoir que le grand drame historique de l'Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c'est au moment où l'Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d'industrie les plus dénués de scrupules que l'Europe s'est "propagée"; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontré sur notre route et que l'Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l'histoire.

Par ailleurs, jugeant l'action colonisatrice, j'ai ajouté que l'Europe a fait fort bon ménage avec tous les féodaux indigènes qui acceptaient de servir; ourdi avec eux une vicieuse complicité ; rendu leur tyrannie plus effective et plus efficace, et que son action n'a tendu à rien de moins qu'à artificiellement prolonger la survie des passés locaux dans ce qu'ils avaient de plus pernicieux.(...)"


Pour ne pas se faire piéger par les images et vidéos, une belle interview en vidéo de Jean Baudrillard, à propos d'une expo de ses photos.
Jean Baudrillard: sociologue et philosophe français, né le 27 juillet 1929 à Reims et mort le 6 mars 2007 à Paris.

Léon Trotsky

(ou Trotski ; en russe : Лев Троцкий), de son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein (en russe : Лев Давидович Бронштейн), né le 7 novembre 1879 à Ianovka (Ukraine) et mort assassiné le 21 août 1940 à Mexico (Mexique), était un homme politique russo-soviétique. Il est le fondateur de l'Armée rouge et un des principaux dirigeants de la Révolution russe. S'étant opposé à Staline, ce dernier le fait assassiner.

Gandhi
né le 2 octobre 1869
assassiné le 30 janvier 1948

Mohandas Karamchand Gandhi est né le 2 octobre 1869 à Porbandar dans l'état du Gujarat. Il est issu de la caste des Vayshia et sa famille est relativement aisée. Enfant, sa mère lui inculque les valeurs hindouistes mais il apprend aussi à connaître les autres religions et la tolérance à leur égard. C'est sans doute pendant cette période que se forgent les convictions morales de Gandhi.
Conformément aux coutumes de sa caste, sa famille le marie à 14 ans avec Kasturbai qui restera son épouse toute sa vie. En grandissant Gandhi devient convaincu qu'il ne sera quelqu'un qu'en rompant avec les coutumes de l'Inde et en copiant le style de vie des anglais. C'est donc logiquement qu'il s'embarque pour l'Angleterre en 1888 en laissant femme et enfant pour y faire ses études de droit.     
C'est paradoxalement à Londres que Gandhi lit les principaux textes de l'hindouisme, notamment la Baghavad-Gita qui l'influencera profondément. Il découvre aussi la vie de Bouddha, Jésus, Mahomet et fait la connaissance des théosophes anglais.
Après trois années en Angleterre et son diplôme d'avocat en poche, Gandhi rentre en Inde. Malheureusement sa vie professionnelle s'enlise et il reste tiraillé entre ses racines hindoues et son attirance pour la bourgeoisie occidentale. En 1893 une entreprise indienne lui propose de se rendre en Afrique du Sud pour y défendre ses intérêts lors d'un procès. Gandhi accepte. Il ne le sait pas encore, mais c'est le tournant de sa vie.
 
Dès son arrivée là-bas il est confronté à la discrimination raciale. Expulsé d'un train il s'aperçoit très vite que les britanniques et le boers dominent sans partage les populations noires et immigrées (à cette époque 100 000 indiens vivent en Afrique du Sud). Il est choqué de voir que les sujets de l'empire britannique ne sont pas traités de la même manière suivant la couleur de leur peau.
En 1894, à l'issu du procès, gagné, pour le lequel il était venu, Gandhi décide de lutter contre une loi visant à interdire aux indiens le droit d'élire des représentants à l'assemblée de l'état du Natal. Il fait signer une pétition à 10 000 personnes et obtient le retrait du projet de loi. Gandhi avait surtout réussi à faire prendre conscience aux indiens qu'il fallait s'unir. Devenu populaire, Gandhi décide de poursuivre le combat. En 1896 il va chercher sa femme et ses enfants en Inde et revient en Afrique du Sud. Il travaille comme avocat jusqu'en 1899. La guerre des Boers éclate alors et Gandhi appelle ses compatriotes à soutenir les anglais.     
 
En 1906 une nouvelle loi ségrégationniste est votée au Transvall. Elle enjoint les asiatiques à se faire inscrire sur des listes destinées à contrôler de près leurs activités. Gandhi réussit à convaincre 3000 délégués de ne pas se soumettre à la nouvelle loi et de résister quel qu'en soit le coût, mais sans violence. Gandhi est arrêté et incarcéré pendant six mois. En 1909 il publie "Hind Swaraj", livre dans lequel il développe les théories du combat par la non-violence : la satyagraha.
Pendant huit ans, Gandhi ne cessera de s'opposer aux lois ségrégationnistes et au Général Smuts ce qui lui vaudra d'autres séjours en prison. Finalement, le 30 juin 1914, Smuts et Gandhi signent un accord sur l'abrogation d'une grande partie des lois raciales. Le 18 juillet 1914 Gandhi quitte l'Afrique du Sud pour toujours et rentre en Inde.
Il décide, dès son retour, de partir à la découverte de son pays natal. Son périple dure un an à l'issue duquel il établit un ashram près d'Ahmedabad. Son nom est désormais associé à la lutte contre l'injustice. C'est pourquoi, début 1917, Gandhi se rend au Bihar à l'appel des cultivateurs de l'indigo exploités sans vergogne par les industriels anglais. Devant les risques d'émeutes, le gouvernement donne satisfaction aux planteurs.
À peine rentré à Ahmedabad, Gandhi soutient un mouvement de grève des ouvriers textiles et utilise, pour la première fois, le jeûne pour faire pression sur les patrons et pour marquer son entière solidarité avec les grévistes.
À la fin de la première guerre mondiale, pendant laquelle Gandhi avait appelé au soutient de l'effort de guerre, il présente aux britanniques ses premières revendications d'autonomie pour l'Inde. Le 6 avril 1919, pour impressionner les anglais, Gandhi appelle le peuple à manifester publiquement dans tout le pays et à cesser toute activité. La manifestation est un énorme succès. Le 13 avril, à Amritsar, la population manifeste de nouveau malgré l'interdiction. Le général Dyer ordonne alors à ses hommes de tirer sur la foule pacifique. Le bilan est effroyable : plus de 300 morts et plus de 1000 blessés. Horrifié, Gandhi suspend immédiatement la satyagraha.
    En 1920 il repense ses moyens d'action. Soutenu par le parti du Congrès et par les musulmans, il appelle à la non coopération avec l'administration britannique et se prononce pour le boycott des produits textiles d'origine européenne. L'Inde tout entière bouge et la tension ne cesse de monter. De nombreux leaders sont emprisonnés et des affrontements ont lieu. Pendant l'un d'eux 22 policiers sont lynchés par la foule. Le Mahatma, comme on l'appelle désormais, décide de mettre fin à toute action.

Il est cependant arrêté puis condamné à 6 ans de prison. Il restera emprisonné 2 ans pendant lesquels le mouvement va sensiblement s'essouffler.
À sa sortie de prison Gandhi appelle à la cohésion nationale et il réclame l'égalité sociale pour les intouchables qu'il appelle affectueusement les harijans ("enfants de Dieu"). Il mènera d'ailleurs deux grèves de la faim pour qu'ils puissent entrer dans les temples.

Au début des années 30, Gandhi a retrouvé toute sa fougue. Il bénéficie d'une influence considérable. À chacun de ses mots d'ordre l'Inde s'immobilise. Le 12 mars 1930 le Mahatma entreprend son action la plus célèbre : la marche du sel. Son objectif est de dénoncer le monopole anglais de la vente du sel. Pendant 24 jours et sur 350 km le cortège ne cessera de gonfler. Arrivé à son but Gandhi ramasse une poignée de sel et annonce qu'il commence la désobéissance civile. Il est de nouveau arrêté.
En janvier 1931 le Vice-Roi Lord Irving le fait libérer. Il échange la libération des prisonniers politiques et la fin des lois sur le sel contre la fin de la désobéissance civile et la participation de Gandhi à une conférence organisée à Londres. Celui-ci accepte et en profite pour visiter l'Europe. Cette table ronde ne sera suivie d'aucun changement notable sur la politique indienne d'autant que Churchill arrive au pouvoir avec l'intention d'écraser le Parti du Congrès. Des milliers de militants sont bientôt arrêtés.     
Gandhi à Marseille
En août 1932 Gandhi est jeté en prison. Les dissensions entre les communautés s'aggravent et les droits des intouchables sont menacés. Le 20 septembre le Mahatma entreprend une nouvelle grève de la faim. Le gouvernement britannique plie devant la menace de la mort de Gandhi devenu très populaire en Europe.
En 1934 Gandhi se retire de la politique en tant que telle, préférant la laisser aux jeunes leaders du Congrès dont Nehru. Il continue en revanche de se battre pour la cohésion entre les communautés et pour l'éducation des masses, ce qui lui vaudra l'inimitié des extrémistes hindous. Cette année là, Gandhi échappe à la première des cinq tentatives d'assassinat dont il fera l'objet.
Lors des élections de 1937, le Congrès obtient la majorité écrasante au parlement indien. Dès lors la marche vers l'autonomie et l'indépendance semble inéluctable.
Lorsqu'éclate la seconde guerre mondiale en 1939, Gandhi refuse de s'engager aux côtés des anglais. Il affirme que seule une Inde indépendante pourrait contribuer à la lutte contre les nazis. En 1942 il lance même son fameux slogan "Quit India". Il enjoint les britanniques à partir au plus vite et relance le mouvement de désobéissance civile. Lui et les dirigeants du Congrès sont arrêtés après que des émeutes aient éclaté. Sa femme Kasturbai meurt lors de sa détention. En 1944 Churchill le fait libérer.
Jinnah et Gandhi
    Après la guerre les travaillistes d'Atlee arrivent au pouvoir en Angleterre. Le Premier Ministre est bien décidé à mener le processus d'indépendance à son terme. Lord Mountbatten est nommé Vice-roi avec cette mission. C'est alors que les communautés musulmane et hindoue se déchirent. La Ligue Musulmane de Mohammed Ali Jinnah ne cesse en effet de réclamer la création d'un état indépendant à majorité musulmane.
Gandhi, lui, reste attaché plus que tout à l'unité de l'Inde. Jinnah refuse de participer au gouvernement provisoire de Nehru et appelle à une journée d'insurrection le 16 août 1946. Elle se solde par des milliers de morts dont au moins 5000 à Calcutta.
Gandhi use de toute son influence pour éviter la partition mais le 15 août 1947 Lord Mountbatten annonce l'indépendance de deux nouvelles nations : le Pakistan et l'Inde.
On assiste alors à l'exode meurtrier de plusieurs millions de personnes. Les sacs, les meurtres, les règlements de compte en tous genres feront entre un et deux millions de victimes. Épouvanté par la situation, notamment à Calcutta, Gandhi décide de jeûner jusqu'à la mort. Nehru fait alors tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin aux massacres. Il y parvient d'extrême justesse et Gandhi se nourrit à nouveau. Pourtant la colère des extrémistes n'est pas retombée. Ceux du côté hindou notamment tiennent rigueur à Gandhi de sa trop grande mansuétude à l'égard des musulmans.
Le 30 janvier 1948, l'un d'eux, Nathuram Godse, l'abat à Delhi. "Hé Ram" seront les dernières paroles du Père de la Nation.
Sa mort provoque une émotion internationale. À Delhi plus de deux millions de d'indiens assisteront à ses funérailles nationales.
Aujourd'hui encore l'empreinte de Gandhi est vivante en Inde même si la société juste, égalitaire et non violente dont il avait rêvé reste à construire.



L'histoire de Rosa Parks

1er Décembre 1955
Il s'agissait d'une journée de travail comme Rosa Parks en avait vécu des centaines dans sa vie, puisqu'elle était âgée de 42 ans déjà. Elle monte dans le bus, paie sa place. A cette époque, la règle était tragiquement simple. Les bus étaient divisés en trois parties :

L'avant était réservé aux blancs. Les noirs n'avaient même pas le droit de rester debout dans l'allée correspondante.

L'arrière était réservé aux noirs. Il n'y avait pas toujours de places assises

Une aile « charnière » était accessible aux blancs et aux noirs, mais un noir devait se lever dès qu'un blanc en avait besoin.

Pour rentrer dans le bus, les noirs payaient d'abord, descendaient, et remontaient par l'arrière. Il n'était pas rare que le chauffeur n'en ait cure et redémarre avant qu'ils ne soient tous montés, les laissant sur place.

Ce 1er Décembre 1955, Rosa Parks était assise dans l'aile « charnière », et contrairement aux autres passagers, elle a refusé de se lever quand des blancs ont eu besoin de s'asseoir. Elle était « fatiguée ». Mais contrairement à ce que dit la légende, elle n'était pas physiquement fatiguée, disons pas plus qu'un jour de travail ordinaire. Elle était fatiguée de subir ces traitements depuis des décennies, et a estimé qu'il y en avait assez. A cette époque, elle militait déjà dans des associations de défense des droits civiques.

Le chauffeur, qui l'avait déjà faite descendre d'un bus 12 ans plus tôt lui a renouvelé l'ordre de céder sa place. Elle a refusé. Il est devenu rouge de rage, est descendu, puis est revenu avec un policier qui a arrêté Rosa Parks.

Sans le savoir, il venait de donner une impulsion décisive au mouvement des droits civiques qui allait révéler au monde un nouveau leader pacifique:

Martin Luther King Jr,
né à Atlanta, États-Unis le 15 janvier 1929
et mort assassiné le 4 avril 1968 à Memphis.
Vidéo du discours de Martin Luther King le 28 août 1963.

Il a organisé et dirigé des marches pour le droit de vote, la déségrégation, l'emploi des minorités, et d'autres droits civiques élémentaires pour les noirs américains. La plupart de ces droits ont été promus par la loi américaine « Civil Rights Act » et le « Voting Rights Act » sous l'impulsion de Lyndon B. Johnson. Il est surtout connu pour son discours « I have a dream » (J'ai un rêve), prononcé le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington durant la marche pour l'emploi et la liberté. Il a rencontré John F. Kennedy qui lui a apporté son soutien dans la lutte contre la discrimination raciale.
Martin Luther King devient le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix en 1964 pour sa lutte non-violente contre la ségrégation et pour la paix. Il se voit décerner à titre posthume la Médaille présidentielle de la liberté par Jimmy Carter en 1977 et la médaille d'or du Congrès en 2004. Depuis 1986, le Martin Luther King Day est un jour férié.
Considéré comme l'un des plus grands orateurs américains1, Martin Luther King invoquait souvent à la responsabilité personnelle pour développer la paix mondiale.



Discours du 28 août 1963
(extrait)

« Je vous le dis aujourd'hui, mes amis, bien que nous devions faire face aux difficultés d'aujourd'hui et de demain, je fais tout de même un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.
« Je fais le rêve qu'un jour, cette nation se lève et vive sous le véritable sens de son credo : “Nous tenons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes ont été créés égaux.”
« Je fais le rêve qu'un jour, sur les collines rouges de la Géorgie, les fils des esclaves et les fils des propriétaires d'esclaves puissent s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.
« Je fais le rêve qu'un jour, même l'État du Mississippi, désert étouffant d'injustice et d'oppression, soit transformé en une oasis de liberté et de justice.
« Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants habitent un jour une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais à la mesure de leur caractère. Je fais ce rêve aujourd'hui !!
« Je fais le rêve qu'un jour juste là-bas en Alabama, avec ses racistes vicieux, avec son gouverneur qui a les lèvres dégoulinantes des mots interposition et annulation; un jour juste là-bas en Alabama les petits garçons noirs et les petites filles noires puissent joindre leurs mains avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches, comme frères et sœurs.
« Je fais le rêve qu'un jour chaque vallée soit glorifiée, que chaque colline et chaque montagne soit aplanie, que les endroits rudes soient transformées en plaines, que les endroits tortueux soient redressés, que la gloire du Seigneur soit révélée et que tous les vivants le voient tous ensemble.»

 
Vidéo d'une intervention de Malcolm X à Oxford
Né à Little le 19 mai 1925,
assassiné le 21 février 1965 à New York.

Ayant débuté dans la vie comme trafiquant de drogue et cambrioleur, il finit par devenir un grand meneur du mouvement nationaliste noir aux États-Unis. Il est considéré par certains comme l’un des martyrs de l’Islam et un grand avocat de l’égalité. Meneur militant, Malcolm X soutenait la fierté noire (Black Pride), l’autosuffisance économique et l’identité politique de la communauté afro-américaine (Black Nationalism). Dans les derniers mois de sa vie, il s’éleva au rang de panafricaniste mondialement connu et d'avocat inconditionnel des droits des noirs américains.

Suite à un pèlerinage à la Mecque en 1964, il devint Sunnite. Moins d’un an plus tard, le premier jour de la National Brotherhood Week (Semaine nationale de la fraternité), il fut assassiné à New York. Bien que trois membres de Nation of Islam aient été condamnés pour ce crime (l’un d’eux ayant avoué), un certain nombre de théories impliquant la participation active de membres du gouvernement des États-Unis circulent ; aucune source fiable ne les a encore confirmées[1].





Ernesto Rafael Guevara de la Serna,
plus connu sous le nom de Che Guevara ou Le Che 
né le 14 juin 1928 à Rosario, Argentine
et assassiné le 8 octobre 1967 à La Higuera (Bolivie)

Alors qu'il était jeune étudiant en médecine, Guevara voyagea à travers l'Amérique latine, ce qui l'amena en contact direct avec la pauvreté dans laquelle beaucoup de gens vivaient. Son expérience et ses observations pendant ces voyages l'amenèrent à la conclusion que les inégalités socio-économiques pouvaient seulement être changées par la révolution, l'amenant à intensifier son étude du marxisme et à voyager au Guatemala pour y apprendre des réformes entreprises par le président Jacobo Arbenz Guzmán qui fut renversé quelques mois plus tard par un coup d'État appuyé par la CIA.

Peu après, Guevara joignit le mouvement du 26 juillet, un groupe paramilitaire dirigé par Fidel Castro, qui après plus de deux ans de guérilla, prit le pouvoir à Cuba en renversant le dictateur Fulgencio Batista en 1959. Il occupa ensuite plusieurs postes importants dans le gouvernement cubain, échouant en partie dans l'industrialisation du pays, et écrivit plusieurs ouvrages sur la pratique de la révolution et de la guérilla. En 1965, il quitta Cuba avec l'intention d'étendre la révolution au Congo-Léopoldville, sans succès, puis en Bolivie où il fut capturé et exécuté sommairement par l'armée Bolivienne entraînée et guidée par la CIA.

Après sa mort, Che Guevara devint une icône pour les mouvements révolutionnaires marxistes du monde entier. Une photo de lui par Alberto Korda est considérée comme une des plus célèbres au monde.

Vidéo HASTA SIEMPRE

 
Apprendimos a quererte                  On a appris à t'aimer  

Desde la histórica altura                   Depuis la nuit des temps

Donde el sol de tu bravura              Où le soleil de ta bravoure

Le puso cerco a la muerte               A mis une bannière à la mort

 
 Aqui se queda la clra,                       Ici demeure la claire,

La entrañable transparencia          La tendre transparence

De tu querida presencia                   De ta chère présence

Comandante Che Guevara              Commandant Che Guevera

 
Vienes quemando la brisa                Tu viens brûlant la brise

Con soles de primavera                      Avec des soleils de printemps

Para plantar la bandera                    Pour planter le drapeau

Con la luz de tu sonrisa                   Avec la lumière de ton sourire



 Tu amor revolucionario                    Ton amour révolutionnaire

Te conduce a nueva empresa       Te conduis à une nouvelle entreprise

Donde esperan la firmeza             Où l'on attend la fermeté

De tu brazo libertario                    De ton bras libérateur l                                                                                                                 

                                                                     
Seguiremos adelante                     On continuera

Como junto a ti seguimos               Comme auprès de toi, nous continuerons

 
Y con Fidel te decimos                  Et avec Fidel, nous te disons

"Hasta Siempre Comandante"        "A jamais Commandant "


 Paroles et musique : Carlos Puebla

"Le clip de Laurent Boutonnat se déroule dans une école qui ressemble étrangement à celle de La higuera... Par la magie des techniques, le Che est là, agonisant. C'est une sorte de passation de pouvoirs. Elle repart de cet endroit, un bébé au sein et une mitraillette dans le dos. Les hommes détournent le regard... Il faut se rappeler que ce sont les paysans qui ont dénoncé le Che, mais la peur a toujours permis aux pouvoirs de maintenir l'homme dans l'ignorance et l'obéissance : un homme malheureux, on en fait ce qu'on veut. Alors, les hommes ne la suivent pas, seules les femmes se lèvent, la rejoignent et se retrouvent, au final, pour danser une 'santeria'. Elle en ressort triomphante." Nathalie Cardone



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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /2007 22:58

J'ai vu plusieurs spectacles de Maurice Béjart (01/01/1927- 22/11/2007), à Bruxelles, à Paris et à Châteauvallon.
Le boléro, la messe pour le temps présent, le sacre du printemps, la IX° symphonie de Beethoven...
J'ai cherché et

Bejart.jpg

j'ai trouvé deux vidéos sur son Boléro de Ravel:
l'une avec Jorge Donn,
l'autre avec Elisabeth Ross et Octavio Stanley.
La 2° a ma préférence (le spectacle date de 2000).

"Mon Boléro, disait Ravel, devrait porter en exergue : enfoncez-vous bien cela dans la tête!".

Plus sérieusement, il expliqua :
"En 1928, sur la demande de Mme Rubinstein (Ida Rubinstein, célèbre danseuse et actrice russe), j'ai composé un boléro pour orchestre. C'est une danse d'un mouvement très modéré et constamment uniforme, tant par la mélodie que par l'harmonie et le rythme, ce dernier marqué sans cesse par le tambour. Le seul élément de diversité y est apporté par le "crescendo" orchestral."

Maurice Béjart précise en ces termes sa conception de l'œuvre de Ravel : "Musique trop connue et pourtant toujours nouvelle grâce à sa simplicité. Une mélodie (d'origine orientale et non espagnole) s'enroule inlassablement sur elle-même, va en augmentant de volume et d'intensité, dévorant l'espace sonore et engloutissant à la fin la mélodie".

Sans vouloir décrire davantage ce ballet évident par lui-même, remarquons que Maurice Béjart, dans un style très différent, rejoint l'esprit du "Sacre du Printemps" en ce sens qu'à l'inverse de la plupart de ceux qui ont illustré chorégraphiquement le "Boléro" avant lui, il répudie toutes les facilités du pittoresque extérieur pour exprimer uniquement - mais avec quelle force ! - l'essentiel.

Maurice Béjart confie le rôle central (la Mélodie) tantôt à une danseuse, tantôt à un danseur. Le Rythme est interprété par un groupe de danseurs.

Deux commentaires sur le Boléro 2:

Enfin une vidéo qui ne massacre pas le crescendo final, enfin un montage alterné qui rend justice à la double interprétation possible. Oui, flamboyant, électrisant, bandant, irrésistible. Quand les corps deviennent rythmes purs, quand les peaux luisantes se déchiffrent comme une implacable partition... quelle beauté, quelle énergie, quelle sensualité (Octavio !!!) ...

Flamboyant... quinze minutes d'esthétisme sensuel et de narcissisme artistique ravageur. Le charisme impénétrable d'Elisabeth Ros et la sensualité innocente, presque inconsciente d'Octavio Stanley, l'intensité psycho-érotique du Boléro...


Bolero de Ravel
envoyé par LTT



Bolero 2
envoyé par audiodelux


Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Lundi 26 novembre 2007 1 26 /11 /2007 16:58
Le cabaret du petit bal perdu fut un des derniers spectacles accueillis par Les 4 Saisons du Revest à la Maison des Comoni, spectacle où le public était assis autour des tables d'un café ou d'un cabaret, buvant un petit coup de rouge pendant que les artistes faisaient leur métier et celui de cabaretier.
Accueilli 3 fois, ce fut une réussite. C'était en octobre 2004.

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Lundi 14 janvier 2008 1 14 /01 /2008 15:37
 
Souvenir:
Glenn Gould et Bach
par Bruno Monsaingeon
 à la Maison des Comoni au Revest

C'était en mars 2001.

La compagnie Pierre Chabert était accueillie en résidence de création,  du 18 février au 18 mars 2001, à La Maison des Comoni au Revest pour Le naufragé de Thomas  Bernhard, roman évoquant la relation d'amitié entre Glenn Gould, Wertheimer et le narrateur, tous 3 pianistes mais de talents diférents, l'un étant génial, fugue donc à 3 voix représentée 12 fois, interprétée par Pierre Chabert, Vitya Ponomarev, Dasha Baskakova.
Accompagnant cette création, il  y eut aussi 2 représentations de La dernière bande de Samuel Beckett, interprétée par Pierre Chabert  dans la mise en scène et la scénographie de Beckett, les 3 et 17 mars.
Il y eut même un repas entre les 2 spectacles ces 2 samedi-là. Longue soirée et conviviale soirée: ensemble pour des partages différents.
Et comme Les 4 Saisons du Revest ont toujours eu soin d' offrir au public des spectacles mais aussi des rencontres, il y en eut 2,
une le 5 mars 2001: Esquisse pour un portrait de Glenn Gould, film réalisé  par Bruno Monsaingeon qui anima le débat où intervint le psychanalyste Paul Mathis, grand connaisseur et amateur de Glenn Gould,
une le 12 mars: L'actualité de Thomas Bernhard par Marc Moser.

Pour ne pas oublier cette façon qu'avaient Les 4 Saisons du Revest d'offrir de la diversité, non du divertissement, voici une vidéo extraite du film de Bruno Monsaigeon et un documentaire sur Glenn Gould.

Avec ces 2 vidéos, on appréciera Glenn Gould interprétant la Partita N°6 de Bach.

Voici comment le programme des 4 Saisons du Revest présenta la soirée du 5 mars 2001.

En 1964, le pianiste canadien Glenn Gould, qui avait été jusque-là un brillant concertiste, se retira de toute performance publique, jusqu'à sa mort en 1982. Il se confina alors dans l'enregistrement de disques, d'émissions de radio et de télévision et dans la rédaction d'articles exposant son approche de la musique.
Qu'un pianiste au faîte de sa carrière, quitte la scène, non pour un temps comme Horowitz mais pour n'y revenir jamais, déçut l'attente mondaine.
Que ce ne fût là que le premier écart d'un retrait toujours croissant passa l'imagination. Mais que cet isolement forcené ait été, non une fuite devant la réalité, ses prestiges et ses tentations mais une fugue, au sens musical du terme, une entreprise esthétique et éthique voulue, concertée, cohérente, conséquente, une et multiple, est demeuré une énigme qui étonnera longtemps ceux pour qui l'art est un divertissement (SarkUbu, le maire du Revest...) et non le moyen de sauver son âme (savent-ils seulement qu'ils en ont une à se créer ?)

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /2008 17:10
Un 14 février
en rouge
et en noir
undefined petit film en rouge (cliquer sur la photo)
À quoi ça sert l'amour par Édith Piaf et Théo Sarapo, film animé de Louis Clichy

Elle a eu 60 ans le jour de la Saint-Valentin. Et nous avons plus de 40 ans de vie commune, partagée. C'est le même jour que l'an dernier, le 14 février 2007, nous avons appris la disparition de l'ami Georges Angouladzé. Un 14 février aujourd'hui comme hier, en rouge et en noir.

undefined Richard Martin et Georges Angouladzé

Le 14 février 2008 au Théâtre Toursky à Marseille, soirée d'hommage à Georges Angouladzé, disparu le 14 février 2007. Ami des artistes, russes en particulier, Georges avait beaucoup d'amis qui ont su lui exprimer leur attachement et exprimer aussi leur amour en ce jour consacré à l'amour d'où un 14 février en rouge et en noir.

Poème de Boris Vian: Je voudrais pas crever dit par Richard Martin.

 

14 février rouge et noir 3
envoyé par grossel


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Poèmes d'amour pour 14 février
et tous les jours de toujours

à Emmanuelle Arsan

pour Bonheur
10e Chant
Quand vos doigts auront caressé juste

Où est la dimension œcuménique dans tes poèmes d’amour ?
demande celui qui croit au salut de l’humanité.
Elle est esquissée dit le poète,
esquivée répond l’autre.
Parce que dire de l’aimée : C’est une fille pour aujourd’hui
où tout nous fait souffrir et rien mourir
c’est esquiver ?
Bien sûr ! dit celui qui croit que la femme est l’avenir de l’homme  
la fille que tu chantes ne porte rien dans ses flancs.
Vois Marie délivrant Jésus pour la Croix.
Parce qu’en dire :                                
Elle va et vient
de toi à moi
pour lui avec nous
sans séparer rien
elle va et vient
ne coupe aucune fleur du monde
les chante toutes
ce n’est pas énoncer qu’elle annonce le temps
des hommes qui mourront rossignols ?
qu’elle ouvre la voix
à toutes les compassions à venir ?
qu’elle donne la parole
au oui d’adhésion à ce qui apparaît ?
Fille d’Aphrodite
sœur de Sappho
ouvre aux grands parcours
nos amours de rêves
loin des labyrinthes
où des Ariane cousues de fil blanc
font mettre à mort
leurs désirs de Minotaure
par des Thésée dominateurs
inventeurs de cités asservies.
Fille d’Aphrodite                       
sœur de Sappho
célèbre la beauté qui dans le monde à tout instant
s’offre à profusion
soulage apaise ce qui s’y fait par cruauté.  
Fille de longs séjours en terres desséchées
reconnais-moi poète
homme de dépossession découvreur de points d’eau
pour que naissent des oasis secrètes
que nichent des migrations discrètes
homme de délivrance annonceur d’âges nouveaux
qui verront des effleurements d’âmes
engendrant des épiphanies de visages.
Poète, je vous le dis frères et sœurs
animés et inanimés
séduisez qui vous aimez
aimez-vous d’amour joué
chantez dansez votre amour avec légèreté.
Vous serez surpris dans vos nuits
par la fraîcheur du bonheur.
Au petit matin dans le monde il y aura
moins de souffrance moins de violence
parce que dans vos draps
vos doigts auront caressé juste
au bord au corps.

La joie à la peau frémissante pourra se lever.

– 8 –

Ouvrir des voix
c’est t’aimer parce que tu existes
que tu as été mise en travers de mon chemin
que je peux te regarder jusqu’à ravissement
être souffle coupé par ta beauté
déchiré par l’essentiel détail
ce mouvement d’oiseau de ta main
pour chasser les cheveux de tes yeux
Pour cette douceur-douleur
te respirer te contempler
pour ces émois délicats
qui dis-moi dois-je remercier
Te caresser une fois les cheveux
mettre une fois ma main sur ton épaule
c’est dire ma gratitude
à tous ces hasards qui m’ont conduit jusqu’à toi mon présent
serons-nous de ceux qui purent dire :  
parce que c’était toi ; parce que c’était moi


Le premier jour

redis-moi le mot
venu frapper là où cogne ma vie
venu me réveiller au cœur de Paris
perdu au milieu d’autres mots
fusé comme une comète en scintillé
de l’immense toile étirée
redis-moi ce mot
ce sortilège de l’adolescence
qui toujours devant mes yeux danse
comme un merveilleux quiproquo
redis-moi dis
ce mot que tu m’as dit
ce mot d’amour
le premier mot de notre premier jour
14 février 1965
un coup de fouet
comme des embruns
sur mon visage frais
petit pont d’amour
qui durera toujours
près des bouquinistes sur les quais
c’est sur mon visage frais
que la main aimée
timidement t’a dessiné
tu sais le tremblement de mes lèvres
quand ses lèvres si proches
ont chanté le chant du monde
Dis Annie je t’aime
petit pont d’amour notre poème
a jailli du milieu de nos fièvres
et nous avons fait une enfantine ronde
au cœur de Paris quand sonnèrent les cloches


Caresses 1

je sais maintenant les caresses à donner
dans les moments d’amour
mes mains le savent pour quelques instants
ma mémoire pour toujours

il n’y a pas de vérité définitive
en ce qui concerne ton corps

pour couper court à ma hâte d’aimer
il n’y a pas de raccourci
seulement une errance infinie
toujours nomadisant sur les bords

mes mains ont quelquefois trouvé
le chemin de ta peau


Caresses 2

pas facile de trouver le chemin d’une peau
que de caresses qu’on croit porteuses d’ivresses
et qui restent sans écho
pas facile de trouver les caresses
que cette peau si douce attend depuis si longtemps
peau marquée par des caresses d’autrefois
non désirées
imposées
que de blessures invisibles
provoquées par des mains d’autrefois
pas facile de trouver les caresses
qui caressent
juste
cette peau violentée
que de caresses en détresse
qui s’échouent
mortes de trop vouloir faire plaisir
seule une main parfois
finit par repérer ces blessures refoulées
et porte soulagement
c’est amour au bout des doigts
un soir
par hasard



Il est un endroit de toi
le cruel espace à caresses
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
que tu m’as fait découvrir et aimer autrement
C’est quand tu m’en as parlé
parce que tu le sentais bien
et j’ai découvert ton vrai ventre
pas celui que je croyais promis aux caresses infinies
aux repos d’après l’amour
non !
celui qui devenait lieu d’accueil de la mer !
Ah ! ce ventre de fosse marine
pour ponte d’orphies oniriques
ce ventre d’aquarium océanique
pour éclosion de sirènes sibyllines
surtout ne le perds pas !
que si un jour je le caresse
que si un jour j’y repose ma tête
je puisse prendre ce bain de ventre
que tu m’as fait désirer !
Ton ventre réel
ce n’est plus seulement l’espace blanc sous nombril
où je veux m’initier à la patience nomade
c’est ce ventre-mer
où tu veux m’immerger jusqu’à enfantement


Élévation

Un jour enfin nous marcherons
le long des rivages tant désirés
héritiers insatisfaits d’un passé loin des côtes
étonnés de nous retrouver face au grand Océan
Avec la montée sur les falaises
nous abandonnerons de vieilles peurs de vieux espoirs
Tu auras renoncé à remonter aux grandes houles de tes origines
à affronter les fables délicieuses de ta généalogie
J’aurai renoncé aux nostalgies de paradis et d’âges d’or
éloigné de toute maîtrise comme de toute servitude
vivant la vie sans hurler à la mort ni aboyer à la lune
Ce sera si simple de prendre
nus un bain d’écumes le matin
Nos corps se dilateront
Notre âme s’enchantera
Quand nous reviendrons au bord
des sourires ensoleillés s’échangeront
Étourdis nous nous découvrirons aimants
En raison nous nous voudrons parfaits amants
donneurs de voix à des enfants de papier
ouvreurs de voies à nos enfants de chair
jusqu’à épuisement de nos jours et de nos nuits


La levée

Je t’ai connue lumineusement étonnée
et nous avons été emportés par les tourbillons qui soulèvent
jusqu’à la légèreté de l’être
Je t’ai connue farouchement préservée
et nous avons été emportés par les tourbillons qui creusent
jusqu’au malaise de l’âme
Toi que j’accompagne et qui m’accompagnes
franchissons le cap de nos quarante ans ensemble                                         voiles levés
sur nos corps abîmés    sur nos cœurs apaisés
Cultivons l’apprivoisement lent
de nos tourments de vieillissants destinés au mourir
Nos enfants sont grands maintenant
Comme nous ils ont choisi les sentiers
où l’on ne passe qu’un à la fois
que l’on ne trace qu’une fois
Il y faut pour cheminer
l’insolente patience
l’inépuisable confiance
l’amour de sa vie
C’est ce qu’avec eux
nous avons appris à partager
La levée peut avoir lieu
La levée a eu lieu
Pas celle des vieux parents
celle du fils brutalement
Quoi s’est joué
du père qui écrivait :
la levée peut avoir lieu
pensant que ce serait la sienne
préférant dire :
la levée peut avoir lieu
plutôt que :
ma levée peut avoir lieu
laissant indéfinie
la levée de qui ?
La mort a donné la réponse
l'impensable réponse
et pourtant
possible réponse
qui laisse sans voix
sans voie
autre que l'errance
jusqu'au temps final
Jean-Claude Grosse
La parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré, 2000

 
Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours - Communauté : L'art e(s)t la vie
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