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Avez-vous lu Reza? de Denis Guénoun -
L'homme du hasard de Yasmina RezaJ'espère que ces notes de lecture qui seront suivies de beaucoup d'autres donneront envie de lire quelques-uns des titres proposés et provoqueront des commentaires.
Je fais de telles notes sur le site de
zazieweb en lien sur ce blog, sous le nom de
grossel.
Notes de lecture 1
Notes de lecture 1
Avez-vous lu Reza ? de Denis Guénoun, chez Albin Michel
Cet essai de Denis Guénoun, professeur de littérature théâtrale à la Sorbonne, sur Yasmina Reza, auteur de théâtre et de roman à succès donne envie pour qui l’ignore de lire l’œuvre de Reza. Par ses considérations historiques, formelles, l’essayiste montre les enjeux du travail de Reza qui, à sa façon, participe à la déconstruction du schéma de la pièce classique entreprise par de nombreux auteurs depuis une bonne cinquantaine d’années. Ce qu’on relèvera en particulier, ce sont les stratégies de dédramatisation mises en œuvre et qui évitent ainsi les deux tentations de nombre d’artistes aujourd’hui, à savoir le retour à l’archaïsme ou l’entraînement vers le désastre inéluctable. L’essai de Denis Guénoun est riche de considérations sur l’art, à propos de « Art », en montrant entre autre comment fonctionne la pyramide de l’art depuis l’œuvre inaccessible, en général une œuvre subversive, négatrice de l’art, genre le ready-made de Duchamp, jusqu’à la reproduction en masse des produits dérivés de l’art. Riches également les considérations sur l’histoire des formes de récit, de l’épopée au roman, le dialogue théâtral étant un épisode dans cette histoire. Riches enfin les analyses sur ce qui caractérise le temps d’après la modernité, les temps post-modernes.On comprend mieux peut-être l’impact des pièces et des romans de Reza, hymnes à la vie qui n’oublient jamais la présence de la mort, son irruption qui, bien qu’ elle supprime des vies, ne supprime pas la vie.
L’homme du hasard de Yasmina Reza dans Théâtre (4 pièces) en livre de poche.
Cette pièce comme le dit Yasmina Reza dans un entretien, est pensée et elle sonne juste. La mort a frappé, celle du père, et Reza a compris, vécu, qu’après une ou plusieurs morts de personnes aimées, on ne peut plus voir et écrire comme s’il n’y avait que la vie et la recherche du bonheur. L’écriture est une lutte contre la mort, une tentative pour se survivre, pour faire survivre l’autre, aimé et disparu. Même si l’entreprise est vouée à l’échec, la mort triomphant de tout (il n’y a pas d’œuvre éternelle), cette entreprise pour qui l’entreprend se justifie, non dans le temps éternel de la Nature mais dans le temps rétréci qui est le nôtre, temps de projets qu’on ose alors même qu’on ignore si on en aura le temps (l’arbitraire de la mort combattu par la volonté des vivants voulant que l’aimé vive encore par et dans ces phrases dont Chateaubriand avait conscience qu’en finissant par un point, elles mouraient d’où son énergie à les prolonger, ou mieux, à faire tarder leur acmé, avant une chute brève).
Avec cette pièce, sur une rencontre-non rencontre dans un huis-clos mobile (un compartiment de train), Reza nous fait percevoir comment homme et femme s’appréhendent différemment. Et si j’ai beaucoup aimé la femme pour son ouverture et son audace finale, en suspens toutefois car sinon trop intrusive, j’ai éprouvé une petite sympathie pour cet écrivain amer mais moins amer qu’il le prétend et qui a quelques intuitions d’une belle justesse. Elle, a un projet par rapport à cet écrivain, dont elle connaît l’œuvre, porte sur l’homme, croit-elle, ce qui lui donne en partie son audace. Lui est sans projet par rapport à elle qu’il ne connaît pas d’où une forme de fermeture qui n’est aussi que la leçon que la vie nous apprend : nous sommes fondamentalement seul, l’amour ne pouvant être qu’un intermède, espérons-le, le plus long possible, mais il y faut du cœur, de la volonté réciproques, fondamentalement seul parce que personne ne peut naître ou mourir à ma place et vivre à ma place.
Une pièce pour gagner en acuité dans nos relations.
Jean-Claude Grosse
Voici deux nouvelles notes de lecture sur:
- Le cas Avignon 2005, aux éditions L'Entretemps
- Sur le pont d'Avignon de Régis Debray, Flammarion
Notes de lecture 2
Notes de lecture 2
Sur le Pont d’Avignon de Régis Debray, Flammarion
Cet essai de Régis Debray sur la querelle d’Avignon 2005 est injuste puisqu’il s’en prend à Avignon In 2005, à partir de Jan Fabre, comme s’il n’y avait eu que lui. Il évoque bien deux autres spectacles, réussis dit-il, mais comment peut-on être aussi péremptoire quand on n’a pas la vision d’ensemble du In (50 spectacles). Bref, si on veut avoir une idée plus précise de l’édition 2005 du festival, on se dispensera de cette lecture. Par contre, si on comprend qu’à partir de cette édition, vue avec partialité, Régis Debray s’interroge sur ce qui a travaillé Avignon depuis 50 ans, (1956-2005 pour lui, mais 60 ans, historiquement) alors la lecture est intéressante parce que, expérience ou pas de ce rendez-vous culturel de l’été, nous découvrons les mutations opérées en Avignon mais qui caractérisent la société dans son ensemble. Debray est très bon pour construire les couples d’opposition qui marquent l’évolution de ce festival emblématique et nous faire prendre la mesure du grand écart que nous avons accompli. Pour faire vite, et qui n’est pas facile à comprendre pour un jeune, de l’éducation populaire et d’un socle commun à une société atomisée, travaillée par les communautarismes, sans réelle volonté de se reconstruire un vouloir-vivre ensemble. Régis Debray montre très bien la panne qu’il y a eu dans la transmission de l’héritage, en quoi ce qui prévaut aujourd’hui ne se veut d’aucun maître, d’aucune école, d’aucune histoire, en quoi ces créations ex-nihilo sont en fait des réactions régressives travaillées par l’insignifiance et le narcissisme des créateurs auto-proclamés avec l’appui de leurs mentors : médias, institutions (ministère, Drac, collectivités territoriales), professionnels de la culture. Évidemment, la charge est forte et on pourra taxer Régis Debray de vieux con (quelqu’un l’a fait dans le journal Le Monde), c’est-à-dire de grognon nostalgique et pas branché mais il montre plutôt bien comment les branchés sont en fait des conservateurs, croyant être des novateurs et comment les révolutionnaires sont du passé et pas du présent. Ce qu’il montre quant aux effets des mesures prises par Malraux et par Lang qui ont, l’un découplé l’école et la culture, l’autre affirmé la nécessité d’exprimer la créativité de chacun, est saisissant puisque comme le dit le proverbe : les chemins de l’enfer sont pavés des meilleures intentions. En bref, ils ont fait de l’Éducation nationale, la vache-à-lait des artistes et des gens de culture soucieux d’ouvrir des ateliers de pratiques artistiques soit dans soit hors de l’école. Le paradoxe final de cet essai, qui n’en manque pas, c’est de nous convaincre qu’il n’y a pas de changement possible de la situation, si ce n’est écrire des comédies sur les mœurs en culturalie. Comme disait un homme politique de la 4° République, il n’y a pas un problème qu’ une absence de solution ne peut régler.
Le cas Avignon 2005, ouvrage coordonné par Georges Banu et Bruno Tackels, éditions L’Entretemps
Dix - neuf contributeurs pour ces regards pluriels sur l’édition 2005 du Festival d’Avignon. Le panel des contributeurs est varié, mais ce sont des connaisseurs, des chercheurs, des professionnels, des artistes ; il y a même les directeurs qui répliquent aux critiques portant sur la qualité des spectacles, sur leur recevabilité, leur pertinence par rapport à l’histoire et au symbolisme du festival par les chiffres de fréquentation et le rajeunissement du public. Les avis sont partagés, favorables majoritairement aux choix des directeurs et de l’artiste associé : Jan Fabre. Ces avis, favorables ou franchement hostiles comme celui du critique Jean-Pierre Han, sont étayés, solides et ainsi, on a une vision plus juste de l’édition 2005 qu’avec l’essai de Régis Debray. Cette édition fut dissensuelle par choix pour faire avancer disent pas mal de contributeurs. Si pour moi, spectateur de longue date et de milliers de spectacles, pas soucieux de consensus, cette édition a été une édition comme j’aurais aimé en voir plus souvent, je peux comprendre que le dissensus ne va pas de soi comme ne va pas de soi que le dissensus fait avancer quoi, vers où. Deux tentations ont saisi une grande majorité d’artistes : le retour à l’archaïque et la prophétie du désastre inéluctable. Certes, notre monde est complexe : les cultureux parlent du bruit ou du fracas du monde. Il est vrai que les artistes ont tendance à mettre le fracas et le bruit et le chaos sur le plateau, pas au premier degré mais presque : on ne représente plus, on présente et cette violence, qui serait soi-disant la violence du monde, est rejetée par une partie du public et surtout par le non-public. Comme je l’ai dit dans SEL N° 3, la querelle d’Avignon 2005 est une mauvaise querelle, provoquée en amont par quelques médias qui confirment ainsi facilement avec le soutien d’une partie du public leur considérable pouvoir de formatage du goût public et donc de ce que doivent faire les créateurs. Il n’empêche que des questions se posent. Les contributeurs ont bien démonté les mécanismes de cette cabale comme ils ont bien analysé les enjeux de cette édition. J’ai particulièrement apprécié l’analyse que fait Claude Éveno des propositions de Jan Fabre : cela nous change des imprécations hostiles et gratuites, et même si je ne suis pas convaincu de la grandeur des propositions Fabresques : tout au plus quelques images me sont restées, texte inintéressant, animalisme réducteur. Cela dit, cet ensemble, pluriel, plus objectif est moins roboratif que l’essai de Régis Debray, plus partial, plus provocant. Le cas Avignon 2005 est le travail de gens du sérail et est par suite sujet à caution : on ne peut pas ignorer que le gâteau culturel est partagé entre gens qui font semblant d’être au service des publics mais qui se combattent, se font tous les coups pendables, au service de leur carrière jusqu’à ce qu’ils tombent, toujours pour des raisons politiques (courtisans, se croyant indépendants, ils trouvent toujours leur tombeur).
Jean-Claude Grosse
Voir aussi La querelle d'Avignon dans SEL N° 3 (liste des articles)
Et pour conclure ces notes de lectures, voici une
note sur zazieweb d'un e-lecteur, amaury, sur :
Pour une école du gai savoir
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