Texte Libre
Photo prise à Petergoff en 2005Les textes mis sur ce blog peuvent être utilisés
à la seule condition
d'indiquer le nom et la qualité de leur auteur.
CONVERSION
Photo prise à Petergoff en 2005
Photo de France Bloch et Fredo Serazin, aimablement communiquée par leur fils, Roland
Serazin.
- Présentation de Ruth éveillée, la dernière pièce de Denis Guénoun, au Théâtre de Privas, le 13 janvier, 50 participants avec Denis Guénoun et Hervé Loichemol, metteur en scène ; article et vidéo en ligne
- 14 janvier, visite à Marcel Conche, philosophe
- 20 janvier, sentier d’hiver aux Vieux Salins d’Hyères ; auteurs en partage : Ritsos et Le Clézio sur Michaux ; 35 participants ; article et photos en
ligne
- 20 février, agora sur Jean-Luc Lagarce ; 20 participants au Théâtre Denis à Hyères ; article et vidéo en ligne
- du 13 au 18 mars, création de Rien ne sera plus jamais comme avant, spectacle de Katia Ponomareva, co-produit par Les 4 Saisons du Revest, au Comédia à Toulon : 300 spectateurs ; article et vidéos en ligne
- 17 mars, bocal agité sur les mots migrateurs et les lettres d’amour, place Dame Sibille à Toulon, 25 participants ; article et vidéo en ligne
- 19 mars, slam au Lycée Cisson à Toulon avec SheinB, 3 classes, 65 participants ; article et vidéos en ligne
- 22-23 et 24 mars, spectacle de Katia Ponomareva au Ring en Avignon ; 100 participants ; venue de l’ONDA, spectacle éligible aux aides de l’ONDA ; une reprise est en cours de montage à partir de
3 représentations au Théâtre des Halles en Avignon les 17-18 et 19 janvier 2008
- 26 mars, intervention de Katia Ponomareva et Victor Ponomarev au Lycée Rouvière : comment dire un texte dramatique ? une classe, 30 élèves
- 30 mars, conférence filmée d’Edgard Gunzig, cosmologiste, pour les classes préparatoires scientifiques du Lycée Dumont d’Urville : 100 étudiants et professeurs ; article et vidéos en ligne
- 6 avril, conférence filmée de Pierre Marage, physicien des particules, pour les classes préparatoires scientifiques du Lycée Dumont d’Urville : 100 étudiants et professeurs ; article et vidéos en ligne
- 4 mai, fête du slam au Lycée Cisson à Toulon avec SheinB ; 50 participants ; article et vidéo en ligne
- 12 mai, participation à la rencontre du Théâtre des Doms en Avignon sur La fin des valeurs ? organisée par Edgard Gunzig ; article en ligne
- 30 mai, présentation du livre de Jean-Paul Charancon : Les petits riens dans la clinique analytique au CATTP à La Seyne ; 12 participants ; article en
ligne
- 2 juin, lecture à domicile de Temps de loups de Gilles Desnots et de 3 pièces courtes de Sylvie di Roma ; 20 participants ; article et vidéos en ligne
- 9 juin, participation à la lecture chez Sylvie di Roma ; article et vidéo en ligne
- 19 et 20 juin, participation à Peyresq Physics 12, organisé par Edgard Gunzig ; articles et vidéos en ligne
soit plus de 900 personnes touchées, des jeunes au tout public, en 20 manifestations
- pour internet :
- blog des 4 Saisons : 52851 visiteurs uniques au 27 juin, 156265 pages vues
- blog des agoras du Revest : 15236 visiteurs et 43227 pages vues
- blog des Cahiers de l’Égaré : 15373 visiteurs et 39244 pages vues
- 73 vidéos sur dailymotion, espace créé le 24 janvier 2007 : 8763 vidéos visionnées
- pour Les Cahiers de l’Égaré :
- édition de Fa’a’amu de Roger Lombardot,
- de Ruth éveillée de Denis Guénoun,
- réédition de La Rose de Roger Lombardot avec le soutien du CG Ardèche,
- des Petits riens dans la clinique analytique de Jean-Paul Charancon,
- de Roses des sables de Nouria Rabeh,
- de L’île des esclaves de Marivaux,
- de Au bal des oiseaux de Michel Gloaguen ;
les 100 N° attribués pour les ISBN ont été épuisés avec Roses des sables, pour les 20 ans des Cahiers de l’Égaré ;
les pièces ont été éditées en 2007 avec un soutien CR PACA obtenu en 2006.
À noter que pendant la campagne des présidentielles 2007, les 4 Saisons et les agoras du Revest ont vu leurs articles d’analyses et de propositions (en particulier sur l’école, la culture,
l’éducation artistique ; contributeurs Laurent Carle et grossel) bien fréquentés et exportés sur divers sites (DDA, SACD par exemple). Deux synthèses participatives ont même été reprises dans Les
Cahiers d’espérances de DDA.
À noter encore sur le bilan qu’aucune manifestation ne s’est déroulée au Revest.
Rien ne se passera au Revest et tout ailleurs, à Corsavy, à Pia, à Cassagnes, à Hyères … avec des lectures, des balades, des expositions, la soirée des Pot’s à Pof, Hamlet par Bernd Lafrenz à
Corsavy, de la musique jazz tzigane à Hyères le 1° septembre chez le Président.
Tentative de restitution d'un film conçu par Cyril Grosse (1971-2001), réalisé en juillet 1988 pendant 21 jours avec les artistes de L'Insolite Traversée des Siècles, la compagnie amateur créée
par Cyril, qui allait devenir 3 ans après: L'Insolite Traversée, compagnie professionnelle.
Ce film en super8 a résisté à 20 ans d'oubli. Caché par bobines non classées et bouts de rushes en vrac, dans un sachet en plastisque, il attendait. Grossel a décidé de sauver l'objet et de
retrouver l'histoire voulue par Cyril qui venait de créer: Un Roméo et Juliette d'après William Shakespeare, et qui avait au moment des faits, 17 ans. La séquence 7 étant écrite a servi de repère
pour le montage. Elle s'intitule: La jeune fille dans l'antre des comédiens.
Le film a pour titre: Un essai cinématographique. Les larmes amères. Chronique vagabonde.
Les 2 chansons accompagnant la 1° partie du film sont de Dasha Baskakova-Lauren Vörse: Dans ta ville, je n'ai pas de place et Indifférence.
Pour la 2° partie, Grossel a gardé les différentes prises permettant d'entendre la voix du preneur d'images et de sons.
The Doors accompagnent la 2° partie, avec Riders on the storm et L.A. Woman.
Le 2° film: Le blues de Papy, (titre de grossel), film récupéré en vrac dans un sachet en plastique a peut-être 20 ans. Tourné en super8 à 17 ou 18 ans par Cyril Grosse (1971-2001), il a été
monté et mis en musique par Gaby Louche, à une époque où grossel ignorait tout du montage vidéo et audio. Merci à lui d'avoir fait revivre cet essai cinématographique mettant en jeu, le papy de
Cyril, un des derniers survivants de Mers-el-Kébir.
La journée de la jupe/Isabelle Adjani
Ayant vu en avant-première cet excellent film sorti le 25 mars, je mets en ligne cet article du Monde qui présente très bien cette histoire tragique. Je relèverai en plus qu'à la fin, les filles sont en jupe et les garçons alternent avec les filles. Sonia Bergerac a changé pour un moment le comportement de ces adolescents.
Pour compléter, un débat par articles interposés dans Marianne entre Philippe Meirieu et Jean-Paul Brighelli.
Pour conclure sur ce film à voir absolument, le meilleur pour moi sur l'école aujourd'hui, je
relève que les grands distributeurs ne le distribuent pas.
Déduisez-en une attitude à adopter vis à vis de ces circuits de formatation des cerveaux, ils ne
disent même plus esprits. La journée sans achats donne une idée. D'autres sont en cours d'expérimentation (déjà expérimentées hier dans d'autres luttes mais on les avait oubliées) tant la colère
monte.
La Journée de la jupe avec Adjani ? Histoire d'un bal ? Film d'époque avec diva ? Non, drame contemporain où l'on voit la star brandir un flingue, donner un coup de boule et entonner : "Zidane, il a marqué !" Circonstance aggravante : son personnage, prof de français, séquestre ses élèves et les retient en otages. De quoi défriser "l'Instit'", ce brave Gérard Klein qui fut à la télévision le bon Samaritain des Hussards noirs de la République.
Il y a tout juste un an, Arte mettait à l'antenne La Belle Personne de Christophe Honoré. Affres sentimentales, délibérations morales et culte de la beauté transmis au sein d'un lycée huppé. On y parlait photographie, cinéma, littérature, opéra et belle musique des sentiments. Vint ensuite au cinéma Entre les murs de Laurent Cantet, auréolé d'une Palme d'or à Cannes. Peinture de l'exercice difficile mais passionnant du métier de pédagogue en ZEP.
DE MOLIÈRE À LA TRAGÉDIE
Voilà un autre film qui fera date, La Journée de la jupe, écrit et réalisé par Jean-Paul Lilienfeld. Film militant, film féministe. Pour ceux que ces termes pourraient à tort rebuter, surtout un très bon film. Commencé sous les auspices d'une comédie de Molière, il s'achèvera en tragédie. La pièce de Jean-Baptiste Poquelin que Sonia Bergerac (Isabelle Adjani) souhaite faire répéter à sa classe s'intitule Le Bourgeois gentilhomme. Choix ironique car point de gentilhomme dans cette fiction, point non plus de recueillement propice à l'étude. Mais un cours bruissant d'insultes et éclatant épisodiquement en algarades. Un pistolet tombe du sac à dos de Mouss (Yann Ebongé), le caïd de ce collège de banlieue. La professeure décide d'en avertir le principal. En termes crus, Mouss la menace de représailles. Elle s'énerve, tient l'élève en joug puis toute la classe. L'occasion pour Sonia de régler ses comptes, de découvrir qui lui laisse, depuis des mois, "des mots dégueulasses" et crève les pneus de sa voiture. Décor planté, règles du jeu fixées, rapports de domination inversés : un nouveau cours peut débuter. Cadenassé derrière les portes d'un auditorium insonorisé, un huis clos va se jouer et se dénouer à la place de la pièce de répertoire ; un huis clos avec ses coups de théâtre - révélations, retournements de situation - calqué sur les codes d'un thriller. Car il s'agit bel et bien d'une prise d'otages bientôt placée sous l'intervention imminente des hommes du Raid. Alertés, les parents s'affolent, les journalistes affluent, les profs débattent, le principal (Jackie Berroyer) se carapate, les hommes du Raid s'impatientent. Le fait-divers prend une dimension politique. Un méfait au regard de la loi, un bienfait à plusieurs titres. Car ce drame de l'épuisement nerveux permet à la parole de se libérer et aux masques de tomber : faux prêches, viol collectif subi par une élève et désaveu de la mixité dès lors que les garçons refusent "par respect" de s'asseoir à côté des filles que, par ailleurs, ils n'hésitent pas à traiter de "putes". "J'en ai bouffé toute mon adolescence de ce respect-là. C'est une escroquerie", lâche l'enseignante. Les élèves ignorent que cette chantre de la laïcité a lutté pour s'émanciper, tenu tête à sa famille qui l'a bannie et a refusé de rencontrer son mari non musulman. Ce n'est plus Le Bourgeois gentilhomme mais Tartuffe et L'Ecole des femmes (pièce qui lança la jeune Isabelle Adjani à la Comédie-Française).
LA JUPE COMME SYMBOLE DE LIBERTÉ
Jean-Paul Lilienfeld réussit la gageure de théâtraliser les enjeux du harcèlement moral et sexuel sans effet de manche ni sacrifice au naturel. Grâce au langage et au jeu des jeunes acteurs, tous amateurs. Energique, tendu de bout en bout, le film interroge les enjeux de la transmission sous un angle inédit : la mise en cause des préjugés dans les relations garçons-filles, la violence sourde qui sous-tend le langage de tous les jours, la mémoire des générations et les secrets de famille. Le titre du film fait référence à une revendication énoncée par l'enseignante qui communique par portable avec un responsable du Raid (Denis Podalydès) : elle demande l'instauration d'"un jour où l'Etat affirme qu'on peut mettre une jupe sans être une pute". La jupe comme symbole de liberté, objet de désaccords idéologiques au sein de l'équipe pédagogique. "Plusieurs fois, je lui ai conseillé de ne pas venir en jupe, raconte le principal, que ce n'était pas neutre, qu'il fallait tenir compte du contexte." Seule une collègue et amie de Sonia y voit l'affirmation d'un esprit de résistance. "Elle est peut-être en jupe mais elle ne baisse pas son froc."
ENTRE FILM NOIR ET HUMOUR
Dessinant une réflexion sur la distorsion de la perception de la réalité par l'abus d'images, La Journée de la jupe est la combinaison heureuse sur le mode du film noir mâtiné d'humour, de Ma 6T va cracker (1997) de Jean-François RichetLa Squale (2000) de Fabrice Génestal. Heureuse parce que la structure très classique du scénario, la maîtrise formelle manifeste dans les scènes de huis clos grâce à une caméra mobile, la logique des dialogues, le montage en alternance entre la prise d'otage et ses coulisses, la juste circulation entre le dedans et le dehors, en font une belle expérience de cinéma (sortie en salles le 25 mars) ; heureuse car Jean-Paul Lilienfeld a pris soin de ne pas enfermer son film dans une tonalité dénonciatrice. Situations cocasses, remarques drolatiques désamorcent les pics de tension. Certes, le propos est sombre - ados sans repères, adultes démissionnaires ou naïfs - mais pas dénué d'espoir. Les personnages secondaires enrichissent la palette des émotions et ouvrent, chaque fois, de nouvelles perspectives de réflexion. et de
Et Isabelle Adjani ? On avait oublié qu'elle portait des vêtements de tous les jours tant elle n'apparaissait plus que dans des films d'époque depuis La Reine Margot (1994). De même qu'on avait oublié combien son jeu dégage une forte puissance émotionnelle, combien la vivacité ajoutée à la vulnérabilité sied bien à cette actrice. Elle offre à la caméra un visage capable, en une seconde, d'être dévasté, comme naufragé. Et de se ressaisir aussitôt. Yeux brillants puis perlés de larmes, souffle court. A l'image des spectateurs.
Elle l’a dit. Elle l’a dit ? Elle l’a dit.
Qui ? Sonia Bergerac. Bergerac comme Cyrano. Sonia comme toutes les beurettes pour qui
leurs parents jouent la carte de l’assimilation, de l’intégration dans la communauté culturelle française. Bergerac, vous êtes sûr ? Une beurette ? Elle l’est — on ne le saura
qu’à la fin, entre un père muet de l’avoir trop aimée, et une mère en larmes. Quand il sera trop tard. Quand elle aura été abattue par une police qui tire toujours trop vite. On achève bien
les profs.
Crétin. Adjani l’a dit.
Adjani ? Allons donc ! Cette star si rare, invisible, qui, d’interviews en interviews,
explique qu’elle a inscrit son fils dans le privé, pour lui éviter la catastrophe qu’est devenu l’enseignement public en France… Sortie de sa thébaïde pour jouer dans un film à petit
budget, un objet télévisuel — qui a permis samedi dernier à Arte de battre des records d'audience…
Elle n’a pas lu Meirieu, Adjani. Elle ne sait pas que si ça va mal, c’est qu’on n’a pas assez
détruit. Pas assez pédagogisé. Pas assez donné de pouvoir aux IUFM, aux syndicats crypto-cathos, aux profs qui se réfugient dans les sciences de l’Education faute de connaître leur propre
discipline, aux « professeurs des écoles » qui font le Connac dans l’Hérault et ailleurs, parce qu’ils ne savent pas comment enseigner le b-a-ba (1), et qu’ils n’ont rien à dire
aux élèves de GS…
Crétins !
Elle l’a dit, Sonia Bergerac. Comme moi. Avec violence et passion. Avec beaucoup d’amour pour
ces élèves impossibles, suppôts d’imams, serial violeurs, barbares ! Comme tous ces élèves parqués dans des ghettos scolaires installés grâce à la Gauche (si !) dans des ghettos
sociaux construits par la Droite. Elle l’a dit avec beaucoup de tendresse et de colère, avec — encore à ce moment du film — un geste caressant du bout du Beretta tendu de sa main malhabile
vers le groupe d’élèves pris en otage afin de leur faire, enfin, un cours de Français qui ressemble à quelque chose. Des élèves enfin terrorisés pour de bon, parce qu’ils ne sont plus dans
un mauvais jeu électronique, mais dans la vraie vie — la leur, celle où l’on n’apprend rien dans les collèges à tarif intellectuel unique, où seuls ont le droit de hurler les caïds et leurs
sous-fifres. Rien. Pas même le vrai nom de Molière.
Cette fois, ils vont le savoir. Jean-Baptiste Poquelin ! Répétez après moi ! Ou je
flingue !
« Mais à quoi bon ces savoirs morts ? » demande le Crétin — le
vrai, pas l’élève, mais le Crétin qui a inspiré la réforme Jospin, le Crétin qui a inventé les IUFM, le Crétin de la réforme Viala, de la loi Lang, de l’amendement Ségolène, le Crétin des
Sciences de l’Education, le Crétin qui a refusé de siéger dans la commission qui a finalement accouché — il était temps ! — de la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux à
l’école… « À quoi bon Molière (ou la Princesse de Clèves, dirait… qui, déjà ?), à quoi bon Racine — m’dam, Racine ! Vous vous rendez compte ? — à quoi bon Corneille
(« comme le chanteur ? »), à quoi bon La Bruyère — « m’dam’, comme la plante dont on fait les pipes ? « M’dam, Rachid, il a dit
« pipe » ! » « Toi, sale pute… »
- Comment tu m’as appelée ? demande alors Adjani en lui mettant un coup de
boule.
Si ! Un coup de boule ! Elle a bien fait ! Sartre expliquait dans
« Réflexions sur la question juive » que les racistes, il n’y a pas moyen de leur expliquer, ils sont inaccessibles à la raison, autant commencer et finir par le coup de
boule…
« La Journée de la jupe » est un grand film anti-raciste. Le véritable anti-racisme.
Celui qu’il faut enseigner. Celui que les organisations bien pensantes vomissent. L’anti-racisme d’Emmanuel Brenner (2), de Iannis Roder (3), ou le mien (4).
Une ministre plus dépassée que nature — un mixte improbable d’Intérieur et d’Enseignement
Supérieur, beau cul bon genre — ne comprend rien à la revendication de cette prof déjantée. Comment ça, une journée de la jupe ? Mais nos mères se sont battues pour avoir le droit de
porter un pantalon !
Oui, mais voilà, dans certaines banlieues, si vous portez une jupe, vous êtes une pute. Une
salope. Une taspé.
« M’dam’ ! Le mec, sur le blog, il m’a traitée ! »
Pitié pour les filles ! C’est ainsi qu’il y a trois ans (putain, trois ans, et il faut
encore se battre !), j’avais intitulé une Note sur ce blog (5), qui prenait la défense de ces gamines qui se voilent pour échapper à l’opprobre des cités. Pour échapper aux fantasmes des
tarés-frustrés-péteux incapables de séduire, parce qu’on ne leur a pas appris les mots — et à quoi voulez-vous que servent les mots, que serve l’Ecole, si ce n’est à séduire Chloé ou
Myriam, Anthony ou Peter ? Incapables — impuissants, qui relookent en douce, sur leurs portables, une scène hard bricolée en interne… Eh non, chers parents de la FCPE, un portable ne
sert pas à vous appeler entre deux cours, d’ailleurs , on ne vous appelle pas, ça sert à filmer Fadela ou Camille obligées à faire une pipe dans les chiottes du bahut, et à se l’envoyer
entre copains — la fille et le film. Heureusement que de plus en plus de lycées interdisent les portables !
Alors, la Sonia Bergerac, elle est vachement vénère ! Elle porte en elle l’exaspération de
ses collègues — enfin, de certains de ses collègues : parce qu’il y a les collabos, les pactiseurs de barbarie, ceux qui viennent au lycée culotte baissée, ceux qui se trimballent avec
le Coran dans le cartable, qui le connaissent mieux que leurs élèves même – et qui s’en vantent !
Doit être au SGEN, celui-là…
Elle est très peu soutenue, Sonia Bergerac. Pas par l’administration, on le sait, qui donne
toujours raison aux élèves, et qui ne veut pas de vagues, pas de vagues… Calme plat sous les casquettes. Le Principal — superbement interprété, entre hystérie et dépression, par Jackie
Berroyer, un ancien prof qui connaît la musique — finit par fuir. Déni un jour, déni toujours. Le flic — un flic intelligent, un Denis Podalydès sur le fil, passionné, problématique, est en
butte au flic unidimensionnel généré par la pensée orwellienne — Yann Colette, toujours inquiétant, toujours impeccable — dans laquelle un prof, quand il n’est pas un article de boucherie
hallal, est une cible. Pan ! Tuée par la caméra ! Piégée, la caméra ! Le quart d’heure de gloire, et puis le champ d’horreur. Bergerac tuée l’arme au poing, comme Cyrano la
rapière à la main. C’est bien plus beau lorsque c’est inutile.
La presse s’émeut. Le Monde, faux cul entre deux chaises, comme toujours, bave — et
Libé en fait tout autant. Mais Télérama, que l'on a connu mieux pensant, ne boude pas trop son plaisir. Et Marianne, le Midi Libre ou le Canard
Enchaîné ont bien compris que l’on se trouvait en présence d’un météorite cinématographique susceptible de faire du dégât – d’autant plus qu’il est parfaitement joué.
Enfoncé, Bégaudeau ! À poil, le Bégaudeau !
Politiquement incorrect, disent les journalistes ! Et le plus fort, c’est qu’ils s’en
étonnent — tant la pensée cinématographique est devenue conforme — et encore, c’est un mot trop long ! Forcément ! On leur donne à baver devant « Entre les murs », film
bien pensant comme on en faisait sous Vichy. Alors face à un objet filmique qui a du nerf, du sang, de la chair, de la rage — bref, du talent —, que dire, sinon « politiquement
incorrect » ? Anticonformiste, peut-être ? Anti-con, sûrement.
(1) Rachel Boutonnet, Pourquoi et comment j’enseigne le b-a-ba.
(2) Emmanuel Brenner, les Territoires perdus de la République.
(3) Iannis Roder, Tableau noir – la Défaite de l’école.
(4) Jean-Paul Brighelli, Une école sous influence.
(5) http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2006/07/13/pitie-pour-les-filles.html
Commentaires