Texte libre


CONVERSION

Table rase.
Plus de presse
de radio
de télé.
Si beaucoup comme moi,
que de faillites !
système en crise.
Fuis
cocottes cyniques
grenouilles bénites
autruches confites.
Toutes espèces
de contemplatifs :
drogué
alcoolique
mystique
sage
naturiste
mélomane
Et toutes espèces
d’hommes d’action :
en portable.
Si beaucoup comme moi,
que de misanthropes !
faillite du système.
Refuse les comportements
majoritaires
populaires : …
les modes
minoritaires
snobinardes : …
Si beaucoup comme moi,
finie la commerie,
achevée la révolution.

Jean-Claude Grosse
La Parole éprouvée,
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

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Photo prise à Petergoff en 2005

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Les agoras d'ailleurs

Les Cahiers de l'Égaré



poésie

Dimanche 11 mars 2007 7 11 /03 /2007 13:19
9e Printemps des Poètes
DU 5 AU 18 MARS 2007
sur le thème

Lettera amorosa,
le poème d'amour


Brève romance 1
dit par grossel

Brève romance 2
dit par grossel

– 3 –

Quand je la vis
le boléro blanc laissait apparaître un peu de son ventre
plat bronzé
avec un nombril de cliché
Un étonnement me vint comme éveil de printemps
Par l’échancrure du corsage
je vis le début de sa poitrine
lourde déjà de désirs d’enfants
Ma main à s’y poser tremblerait d’une tendre maladresse
Au-dessous des seins commence le cruel espace à caresses
lieu de vacuité et de plénitude
d’angoisse et d’ivresse
de refuge et d’expansion
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
construites solides pour l’accueil des gros chagrins
Cheveux de paille longs frisés
Un mouvement de tête pour dégager les yeux
bleus pâles distillant des voluptés d’écumes
Quelquefois des lunettes
sans doute un peu de myopie pour approches de surface
Lèvres rondes qui se gonflent comme mappemonde
lorsqu’y passe une langue gourmande
Les dents blanches d’une pure carnassière
Des mains de cerfs-volants pour jeux d’altitude sans prises
Des poses musicales
comme si immobile elle dansait
Sait-elle déjà que la pensée est un chant
la vie un sentiment
On a envie de la parcourir
Mais vive elle s’esquive
Algue elle est
très aquatile pour des plaisirs d’effleurements
Quand elle rit
ses rires en mal d’envol sont lourds de l’ambiguïté insondable
qui s’installe en elle les jours d’érotique tristesse
Des confidences enfouies viennent s’enrouer dans sa gorge
Elle saura me les confier lorsqu’insaisissable elle viendra à moi
certains soirs
Elle va et vient
ne coupe aucune fleur du monde
les chante toutes
j’aime qu’elle dédie leur parfum à qui l’émeut
elle se prend de grandes claques en rit et remet ça
C’est une fille odeur à respirer instant à danser
chambre d’échos pour désirs inouïs
une fille pour aujourd’hui
où tout nous fait souffrir et rien mourir
Quand je l’ai vue pour la première fois
une dépression m’a envahi
dont toute la Méditerranée a eu vents


– 4 –

D’eau                                                                          de feu
ton image en moi
dévastatrice                                              fondatrice
Afflux d’émois
repères déplacés                                                  défenses emportées
Me voici
plaie                               couteau
voie                                déviance
jouant aux dés désespérés des mots
pour te plaire et t’inventer
fables enchanteresses d’Himéropa et Parthénopé
aventures paradoxales d’Alice
au pays de Twideuldie et Twideuldeume
         Te résister                                                           te céder
     Tristesse                   (je balance)                       Joie
Impossible de tempérer ta beauté
te voir c’est chaque fois
s’élever                                                                                     tomber
d’éparpillement en plénitude                                         de complicité en hostilité
d’avidité en satiété                                                         de confidence en silence
d’aridité en fertilité                                                         de proximité en distance
pouvoir prendre et ne le vouloir                         vouloir prendre et ne le pouvoir
t’aimer
juste au bord
juste au corps
promesse d’infinie détresse
sirène aimée qui chante en moi
me fait dériver
de Charybde                                                                     en Scylla


– 5 –

Il est un endroit de toi
le cruel espace à caresses
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
que tu m’as fait découvrir et aimer autrement
C’est quand tu m’en as parlé
parce que tu le sentais bien
et j’ai découvert ton vrai ventre
pas celui que je croyais promis aux caresses infinies
aux repos d’après l’amour
non !
celui qui devenait lieu d’accueil de la mer !
Ah ! ce ventre de fosse marine
pour ponte d’orphies oniriques
ce ventre d’aquarium océanique
pour éclosion de sirènes sibyllines
surtout ne le perds pas !
que si un jour je le caresse
que si un jour j’y repose ma tête
je puisse prendre ce bain de ventre
que tu m’as fait désirer !
Ton ventre réel
ce n’est plus seulement l’espace blanc sous nombril
où je veux m’initier à la patience nomade
c’est ce ventre-mer
où tu veux m’immerger jusqu’à enfantement


– 9 –

Et puis un jour tu m’as parlé
c’était au retour de Lisboa
nous avions lu l’Ode maritime de Pessoa
nous étions partis sur les bateaux du Portugais
anciens et modernes à voile et à vapeur
nous avions partagé son hystérie de sensations
ses histoires de pirates cruels et tendres
entre nous flottaient des aveux inavoués
je t’ai demandé de me raconter une belle histoire
de largage d’amarres
tu me fis un long récit de généalogie
souvent joyeux – version rose de maman –
ponctué de rires en mal d’envol – version bleue de papa –
dit de ta voix douce qui me remue si fort
que je me laisse corps mort rouler par elle
voix comme doublée en écho presqu’immédiat
légèrement éraillée traversée de secrètes blessures
de temps en temps nous nous regardions
c’était comme une veillée d’autrefois
qui faisait si bien rêver à partir d’histoires vraies
triste tu étais
ouverte aussi
ces tristesses tu me l’as dit sont formes retournées d’érotisme
tu t’y abandonnes avec même volupté
pour d’étranges maternités de clones-clowns
pour des cauchemars de ferraille et de sable à en briser les vitres
et là j’ai compris que toute enfance
balance
entre docilité séduisante               et                    entêtement charmeur


– 11 –


Poète
tu dois ne jamais connaître même le premier baiser
C’est ainsi que des hommes meurent rossignols
Mon amour


– 12 –

Un jour
je pourrai sans trembler
sentir contre mon dos
la pointe de tes seins nubiles
tu pourras sous mes yeux rouler nue dans la vague
danser Salomé pour te payer ma tête
chanter volubile des voluptés de paradis coranique
je n’approcherai pas

Ce jour-là
mon amour pour toi aura tout osé
tout déposé


Jean-Claude Grosse
La parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré, 2000



Lettre d’amour à Anna


Je t’aime parce que tu existes, que tu as été mise en travers de mon chemin, que je peux te regarder jusqu’à ravissement, être souffle coupé par ta beauté, déchiré par l’essentiel détail : ce mouvement d’oiseau de ta main pour chasser les cheveux de tes yeux. Pour cette douceur-douleur : te respirer, te contempler, pour ces émois délicats, qui dis-moi, dois-je remercier ?
Te caresser une fois les cheveux, mettre une fois ma main sur ton épaule, c’est dire ma gratitude à tous ces hasards qui m’ont conduit jusqu’à toi, mon présent.
Mais ne tirons pas des plans sur cette comète. Nous ne sommes pas de ceux qui purent dire : parce que c’était lui, parce que c’était moi. De complicité en hostilité, nous oscillons. Long sera le temps de l’apprivoisement.
Je me souviens du jour où tu m’as parlé de ton prénom. Je venais de te lire l’Ode maritime de Fernando Pessoa. Nous avions partagé son hystérie de sensations. Je t’ai demandé de me raconter une belle histoire de largage d’amarres. Tu me fis un long récit de généalogie, souvent joyeux – version rose de maman –, ponctué de rires en mal d’envol – version bleue de papa – dit de ta voix douce qui me remue si fort que je me laisse, corps mort, rouler par elle. Triste tu étais, mais bien, aussi. Ces tristesses, tu me l’as dit, sont formes retournées d’érotisme.
L’évidence de ton prénom, Anna, ce jour-là se déchira.
J’accepte ce qu’annoncent les désirs contraires de père et mère te l’attribuant en désaccord sur son orthographe, mais l’une l’emportant sur l’autre pour l’état civil, toi, leur miracle portant le prénom orthographié différemment de ton aînée, morte trop tôt, Hannah.
Toi, mon mirage balançant d’une orthographe à l’autre, j’accepte toutes les charmantes étrangetés qui me viendront de toi.
Mais peut-être vas-tu trouver que j’en fais trop, que les mots de cette lettre sont trop beaux ?
Je ne te déclare pas mon amour pour t’obliger à m’aimer en retour. T’aimant, je suis capable de renoncer à tout jeu pour te séduire (qui, en grec, voulait dire détruire). T’aimer, c’est vouloir être moi, n’être que moi, être vrai et n’attendre rien de toi, n’avoir aucun projet pour toi, au risque de te perdre puisque je ne veux pas te gagner. Être aimée de moi ne te donne pas davantage le pouvoir de me faire souffrir à me faire attendre. Car, ne voulant rien pour toi, pas même ton bien, je ne peux me faire mal en t’en voulant de ne pas répondre à mes attentes.
T’aimer, c’est être irradié par tout ce qui me vient de toi, et d’abord par ton existence, que tu sois présente ou absente. Pour t’aimer, je n’ai pas besoin d’entendre ta voix, de lire ton écriture. Je n’ai besoin ni de rêves, ni de souvenirs, pas même une photo, pas même une image. Il me suffit d’un nom, d’un prénom : Anna.
Un rossignol,
14 février 2004.


autre poèmes de JCG disponibles sans droits d'auteur

POÈMES 1
POÈMES 2
POÈMES 3

Bocal agité
gratuit
sur Les mots migrateurs

le samedi 17 mars de 10 h  à 17 h
à L'Art Café
Place Dame Sibille à Toulon
inscriptions au 04 94 41 22 15

thème:
les 10 mots proposés pour la semaine de la langue française
abricot, amour, bachi bouzouk, bijou, bizarre,
chic, clown, mètre, passe-partout, valser


agitateur: Jean-Claude Grosse

Un bocal agité a un côté ludique et aléatoire qui s’apparente aux jeux de langage des surréalistes. Il se compose en général de 10 à 15 personnes.
Le matin : temps de l’écriture où « l’agitateur » propose des consignes à ceux qui sont volontaires (les écriVents) pour écrire un texte sur le thème choisi.
L’après-midi : temps de la mise en jeu des textes par ceux qui ont envie de participer (les actants)

bocal agité sur la mer en mai 2006

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : poésie
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Samedi 8 mars 2008 6 08 /03 /2008 21:49
Tristan Cabral à Toulon

Court entretien avec Tristan Cabral dans un café de Toulon, le 8 mars 2008, dans le cadre du Printemps des Poètes et de la journée internationale de la Femme.
Après être intervenu dans un collège de Toulon, le collège Maurice Ravel, vendredi 7 mars, Tristan Cabral a fait une présentation de son oeuvre à la Librairie La petite fatigue, samedi 8 mars vers 10 H.
Une nouvelle librairie à Toulon, place de la Cathédrale, ouverte il y a un an.
Librairie qui mérite d'être dite "vraie librairie" comme je l'avais dit de la Librairie La Nerthe, au moment de son ouverture.
Voilà une librairie qui accueille des auteurs qu'elle défend.
Bientôt, fin mars, SheinB, une slameuse s'exprimera sur le trottoir de la librairie.
Et l'après-midi de ce 8 mars, Tristan Cabral a été reçu au Café-Cultures du petit cours La Fayette, avant que des gens disent des poèmes en hommage à la femme, aux femmes.
J'avais oublié d'apporter avec moi quelques textes, soucieux de m'entretenir avec Tristan Cabral.

Les Cahiers de l'Égaré ont édité en 1997, L'enfant d'eau, journal d'un égaré, 1940-1950, 1° temps du Quatuor de l'Atlantique, à venir.

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : poésie - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Samedi 15 mars 2008 6 15 /03 /2008 17:07
Les mots de la rencontre

Semaine de la langue française, du 14 au 24 mars 2008 :
les mots de la rencontre.


Les 10 mots sont : apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi, visage.

Voici ce que j'en ai fait.

1- Deuil / clin d’œil

Nous nous sommes séparés
sans avoir réussi à nous apprivoiser
Ce que je n’ai pu te dire
ce qui aurait dû se dire
– mais j’étais paralysé
la peur d’être ridiculisé –
je te le dis ici
sur ce papier
pour ne l’avoir pas dit sur le fait
Je n’ai pas aimé ton arrivée
Pour l’agressivité j’étais prêt
Tu me dérangeais
J’étais déboussolé
Nous nous sommes rencontrés
J’étais noué
J’ai aimé ta façon
jubilatoire
de me dénouer
de me déjouer
Je me suis parlé
mis en mots
mis à table
Toi
tu t’en es servie
pour te jouer de moi
sans tact
À ce jeu
tu as vite gagné la partie
Je ne savais pas que
la moquerie est l’arme de la profonde incursion
dans le territoire de l’autre
Je me suis dit :
Elle n’est pas ce qu’elle paraît
cela est attesté par  son visage
 par sa voix
car j’ai aimé ta voix
telle qu’elle est encore sauvage
mais de ce stage
tu attendais de la dévoyer
comme tu l’as fait
de ton corps que tu as pris à bras le corps
pour en faire ce corps de danse qui prend feu dans tes solos
Alors je me suis dit :
Fais une profonde incursion dans son territoire
ce vendredi
dis-lui
j’aimerais masser ton dos
pour parfaire notre duo
mais j’avais peur que tu m’envoies paître
de ta voix non domestiquée encore
que tu nous faisais entendre la nuit
à ton insu du creux de tes draps de lit
où j’aurais tant voulu faire des folies
dans un touchant corps à corps

Sur le plancher
par deux fois je me suis approché

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2- C’est toujours la même histoire

Je n’ai jamais eu le temps de te rencontrer
ni le temps d’un éclair
ni le temps d’une éternité
Je n’ai jamais ouvert la fenêtre
sur vos visages éphémères
sur vos visages sans âge
Je n’ai jamais eu le temps de vous entreprendre
Toujours j’étais débordé
submergé
noyé dans mon nombril
sans même un poil pour brin de gaîté
Alors j’ai collectionné mes velléités
Collectionneur de timbres-poste
sans destinataires
je les ai collés sur les pages vides
de mes agendas
et j’ai fermé les rideaux ridés
de ma jeunesse close
Jeunesse-Terminus
moi qui me voulais Don Juan d’Orient-Express
me voici fonctionnaire à carrière d’Omnibus
Je rêvais de soirs bondissants
soirs de léopards soirs de guépards
de palabres languissantes
me voici enchaînement de jours croupissants
Désormais les chambres de mes désirs sont condamnées
Plus jamais je ne coucherai dans les draps de mes bras
les filles-libellules nées des marais de ma paresse
Plus de passerelles entre rêves d’ailleurs
aux verts luxuriants
et réalité d’ici
aux gris ternis
Maintenant j’accroche les heures
au porte-manteau des habitudes
Je frotte les minutes sur du papier d’émeri usé
pas question fonctionnaire de faire des étincelles
Mes élans ennuyés s’engluent
dans la toile d’araignée
que j’ai tissée
pour réduire à l’impuissance
l’inhabituel
Je suis l’omnibus de la rectitude honnête
L’écartement de mes écarts est le plus petit du monde
J’ai l’air d’une bouteille de whisky
derrière les barreaux d’une prison
C’est vrai que je bois comme un trou
ça redonne du punch au fonctionnaire sans mystère
Taupe sans rêves je fais les cent pas
dans le cul-de-sac de ma villa
Aveugle aux mots
je ne sais plus comment les tripoter
pour me faire jouir
C’en est fini de ma sensibilité érotique
Je suis un fonctionnaire sans tressaillements
Aux soupirs du soleil je me suis attaché par les pieds
À une longue corde brisée j’ai suspendu mes oreilles
À travers des passoires
je fais passer les incongrus grumeaux affectifs
de ma pensée logique qui vague divague
Avec pour tête une serrure fermée à double tour
et pour cœur une valise à double fond
je peux tenter la fin du voyage

Pas de nouveauté au carrefour de la bêtise

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3- La chevauchée fantastique

Inutile de chercher à se faire entendre
Ils se font sourds
puisque tu n’es qu’un nomade
un barbare
Tes paroles tu les veux limpides
ils les reçoivent troubles
tu soulèves trop de poussière
dans tes chevauchées de misère
Tes caresses tu les veux fertiles
ils les ressentent louches
là où tu passes ils croient
que l’herbe ne repousse pas
Dans ta tête tu t’affoles
tu as un tel désir de les aimer à la mongole
mais ils n’ont guère de goût pour les différences
elles les dérangent
alors tu es condamné à la solitude
Tu désirais être pour eux
l’amorce d’un carrefour
ils ne connaissent que le sur place
Tu désirais être pour eux
l’annonce d’un tourbillon
ils ne connaissent que le calme plat
Et tu es seul à aimer
ces chemins qui ne mènent nulle part
chemins de razzia
et chemins de joie
alors tu es condamné à l’altitude
Tu feras des descentes
mais ils n’adopteront pas la tente
ils ne connaissent que la propriété privée
et le jardin potager
Toi qui voulais être levain de leur quotidien
levier de leur médiocrité
Là-haut l’air se fait plus pur
là-bas l’herbe se fait plus drue
il n’y a plus d’arbres soucieux de leurs racines
et de leur cime
il n’y a plus que l’herbe drue
sans origine ni fin
comme toi
Tu voulais pousser dans les interstices
pour les obliger
à penser rhizome
entre les lignes

Ils ont préféré
penser dans la ligne

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Jean-Claude Grosse

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : poésie - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 14:24
Faux départs
3 poèmes tirés de La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré, 2000
de et par Jean-Claude Grosse



Fauxdeparts
envoyé par grossel


Brouillon d’une lettre d’immotivation
par Gérard Lépinois

Je te reconnais seulement dans la mesure où je te tiens, dit le sondeur du hasard. L’opinion qui règne est un hasard dégradé. Dégrader le hasard est devenu un moyen de contrôle. Régner avec l’opinion tient lieu de science suffisante. Le peuple est devenu une notion archaïque, et l’histoire avec elle. Il n’y a pas d’histoire de l’opinion, tout juste des courbes. La désintégration par l’opinion de la notion de peuple (concert de « volontés » ?) n’ouvre, semble-t-il, qu’à des aléas facilement intégrables. Tout le monde est censé tomber dans le panel (le panneau en anglais). La liberté individuelle est plutôt transformée en des séries de décisions aléatoires, pourtant motivées de l’extérieur. Un panel de motivations contrastées nous sert de ciel unique. Chacun vit sa petite déclinaison (clinamen) dans son coin, persuadé d’être d’une originalité insondable, alors que l’idéal social serait que jusqu’aux mots que j’utilise, jusqu’aux phrases que je forme, soient parfaitement prévisibles, comme cas, par une science des structures de la langue. Un hasard de la conjoncture de travail et de consommation fait mon bonheur d’être libre. Et il paraît que ce hasard est scientifisable sans reste (chaque crise étant une occasion d’avancer pour les sciences de contrôle). Quand je cherche du travail, c’est au hasard, mais j’en suis responsable. On me demande toujours d’écrire une lettre de motivation : pourtant, je peine à dire que le hasard motive, au bord du désespoir de trouver. A un moment, il y aurait des formes pour structurer mes décisions, libres autant qu’hasardeuses, jusqu’à un point où ces décisions elles-mêmes renforceraient l’emprise de ces formes. Je serais devenu alors d’autant plus sondable que je serais libre. Dans un champ aléatoire, je serais devenu pour l’essentiel prédictible, vivant le bonheur d’être libre sur fond de contrainte de la non-contrainte. Ma liberté serait respectée, en étant contrainte par des formules assez abstraites pour m’échapper. Elles me permettraient tout à fait de vivre le sentiment d’être libre de décider et encore plus de hasarder.  L’idéal qui resterait, serait une société de hasards vivables. Par exemple, je veux bien hasarder sans fin des lettres de motivation, mais sur fond motivant de r.m.i. Je veux bien que ma vie soit livrée au hasard des maladies nosocomiales de l’hôpital public, si un dédommagement est envisageable pour moi ou ma famille. Ou vivre ma liberté dans une cabane au hasard du bois de Vincennes, si on me garantit quelques années de sépulture avant la fosse commune.

L’idée qu’il n’y aurait pas de structure non débordable, semble complètement perdue de vue. Aucun chaos à l’horizon des conjonctures : comme si plus rien ne pouvait disjoindre sérieusement le tissu de nos vies. La volonté fait plutôt rire : quoi vouloir sinon ce qu’on opine être ? Seul un grand coup de loto pourrait me transformer en riche de l’échiquier, mais certainement pas transformer l’échiquier. Je veux un développement durable, mais quel développement et de quoi ? Plus je crains pour la fin du monde, moins, semble-t-il, je  m’autorise à espérer en la possibilité d’un monde différent. Poser que l’homme est transformable, semble plus que jamais hasardeux. Mieux vaut, semble-t-il, s’en remettre au hasard. Mais lequel ? L’essentiellement contrôlable ou l’essentiellement incontrôlable ? Et si miser sur un contrôle rassérénant du hasard était la pire façon de se livrer au hasard incontrôlable ? Comment jouer dans sa vie, sans jouer sa vie, sinon en s’appuyant sur un jeu de la nature, ou plutôt un jeu-nature, qui excède infiniment notre monde de travail et de consommation, et ses sciences ? Et si ce qui caractérisait l’univers, c’était une absence de toute motivation, allant plutôt dans le sens du chômage durable dans notre monde ? Si pour mieux vivre et penser une société libre, il fallait aussi savoir chômer, certes différemment, dans sa tête et tout son corps, y compris afin d’inventer pour tous une base matérielle beaucoup plus justement assurée ? Et s’il fallait assurer les vies dans la perspective de les inassurer ? Si c’était cela la liberté : prendre des risques, sauf celui, si on échoue, de crever ou d’être transformé en spectre vivant ? Si la liberté, ce n’était pas jouer avec l’argent, mais jouer au plus près des jeux, connaissables et inconnaissables, des mondes, jusqu’à y trouver un certain bonheur de vivre, seul et ensemble ? Et, sinon un bonheur de mourir, une certaine adéquation au fonctionnement, seulement approché, du casino brut de « la nature », sans aucun jeton échangeable ? Et si le comble de la littérature, voire de la philosophie, c’était de parvenir à formuler une lettre d’immotivation, impossiblement adressée à une absence radicale d’employeur et, au-delà, d’« employabilité » ? Si, plus largement, la pierre de touche de la vie, c’était de réussir à révéler sa gratuité foncière ? Alors la vie deviendrait peut-être vivable jusqu’au bout : jusqu’à l’accouchement de sa mort comme rupture (il-)logique.

Comme je suis né, je mourrai à la suite d’une rupture, ma vie se prolongeant jusqu’à devenir improlongeable. Cela pourrait être mieux vécu par moi, si je réussissais à concevoir ma vie comme un prolongement hasardeux de ce qui continue à « se » jouer à travers elle et se jouera au-delà d’elle, dans la plus complète indifférence pour elle mais, peut-être, en la gratifiant quelque peu au passage d’une infinie gratuité. En ce sens, ce qu’on pourrait trouver de plus précieux dans les yeux d’un homme vivant, ce serait une absence de regard, avouant, mieux qu’une cécité, l’absence universelle d’oeil : de direction, d’image ou de larme. Il ne s’agirait pas seulement de chanter la gratuité de la vie comme passage, mais d’approcher toute la gratuité qui rend ce passage possible parmi tant d’autres choses et déflagrations de choses.. Cette absence de regard chez un homme vivant ne serait pas celle d’un mort. Ce ne serait pas cessation de la vie, mais effort « extatique » pour la situer un peu moins mal, comme grâce infime, dans l’absence de sein d’un monde qui ne serait pas pour autant dénué de toute forme de grâce. Puis, marqué au fer rouge de cette expérience, il faudrait qu’un tel homme revienne à nous. Ne pourrait-il pas mieux alors nous inviter à élargir nos horizons, à faire respirer plus amplement nos vies, à intensifier nos regards, puisque décidément nous vivons de directions, d’images, de larmes de joie ou de tristesse ? Sur fond souvenu de nuit sans jour, d’indirection, d’absence d’image et de lettre, ne se pourrait-il pas pourtant que nos vies deviennent plus belles à partager, à diriger, à voir ou à dire ? Coups de dés, de chair ou d’autre chose, il y a bien un inabolissable hasard qui excède nos vies comme un horizon impossible. En guise de sagesse, la table du joueur lui reste plus ou moins en travers de la gorge.   

Un drôle de moteur 
par Gérard Lépinois

Le hasard n’est personne. Le penser, ce serait ne penser personne. Autrement dit, de la part d’un homme (d’un « Moraz »), il demande un effort surhumain. Une machine ne pense pas, mais calcule. Toujours humaine, même au-delà des capacités humaines, elle devient capable de machiner les hommes, même quand ils l’ignorent tout à fait. Penser - en particulier, un presque rien -, c’est autre chose. Le hasard, ce doit être un presque rien. Il semble impliquer une aire sans limites, aux dimensions multiples, qui n’a rien d’un tapis de jeu, et « sur » laquelle est jetée quelque « chose » qui déboule plus ou moins vite. Or, ce qui déboule n’a pas à être pensé comme originellement différent de ce dans quoi il déboule. Tout différents qu’ils soient immédiatement pour nous, tapis et dé – du point de vue d’un « pur » hasard - doivent avoir en commun une absence de nature dont procède leur différence. Que la nature soit hasardeuse n’explique pas de quel hasard elle provient. Au nom de quoi (ou de qui) appellerait-on nature ce hasard ? Il y a bien quelque chose qui est jetée, mais ce n’est par personne : aucune main, ni cornet. A l’échelle humaine, le cornet à dés est très intéressant, parce qu’il existe pour empêcher qu’on puisse truquer le jet de dés à main nue. Il faut agiter les dés dans le cornet avant de les lancer, afin d’éviter que, volontairement ou non, une position initiale des dés, une direction donnée au jet, puisse conditionner le hasard, c’est-à-dire en nier l’inconditionnalité idéale. Tout insuffisant qu’il soit, le cornet à dés nous aide à comprendre qu’une pensée du hasard requerrait de rompre avec une pensée de dimension (trop) humaine et tout un penchant anthropomorphique. Autant demander l’impossible ? Oui, mais à ceci près que l’homme peut, dans une certaine (dé-) mesure, s’en révéler capable. Dans une certaine mesure, il est capable de penser autrement qu’en prolongeant son corps. Au lieu de projeter son corps (ou celui d’une bête) jusque dans le ciel, il peut  essayer, à l’envers, de projeter une hypothèse de « ciel » vide (mais strié, etc.) vers son corps, pour mieux le concevoir. Le cornet à dés éloigne la main (et le poignet), avec l’idée d’en effacer l’humanité trop saillante. Une pensée du hasard doit aller jusqu’à effacer radicalement toute idée d’une main jeteuse. Toute médiation de la main par un cornet ou une machine est autant à exclure qu’une divinisation quelconque de cette main. Le hasard est ce presque rien qui n’admet comme moteur ni homme, ni aucune sorte d’être que ce soit. Il les admet seulement comme motorisés et quelque peu motorisants, de façon microscopique et éphémère. C’est que le moteur, ce serait le hasard soi-même. Drôle de moteur (d’énergie plutôt, capable de produire matière, espace-temps et pluralité des mondes). La pensée du hasard, ce serait aussi celle du ciel et de la création sans Dieu, dont nous avons un besoin criant. En effet, l’alternative aujourd’hui est très pauvre entre un Dieu qui nous ressemble toujours trop (loin que ce soit le contraire) et une absence de Dieu qui, sauf exceptions, nous plaque à terre, le nez sans cesse enfoui dans nos affaires et nos formes. Aujourd’hui, même quand on ne croit pas en Dieu, on subit encore le poids - la forme et le contenu - de son absence (mais il est fort probable que celle-ci pèse aussi, même quand on y croit). Un athéisme heureux a la plus grande peine à se frayer un chemin. Du hasard, une vision « métasubjective » (émanant de sujets jouant beaucoup mieux de ce qui, en eux déjà, leur permet de s’excéder) pourrait aider à cela.  On dit souvent du hasard qu’il est un autre nom pour ce qu’on ne comprend pas. Le problème, c’est qu’alors on sous-entend plus ou moins qu’on finira par le comprendre. Le danger, ce n’est pas qu’on puisse un jour se passer de ce nom (ce n’est qu’un nom), mais qu’on s’imagine pouvoir comprendre jusqu’au bout ce qu’il est censé désigner, en s’en tenant à un progrès continu des connaissances, sans révolutionner les méthodes et les modèles. En général, on en appelle peu aux connaissances de pointe, issues déjà de telles révolutions. Et quand on en appelle à elles, on s’en fait une idée qui les rabat beaucoup sur les connaissances communes. Or, il est assez commun de croire que les sciences, quand elles se donnent quelque objet que ce soit, finissent par le comprendre exhaustivement (il est vrai qu’il est aussi assez commun de ne plus croire en elles). Le hasard, comme nous essayons d’y penser, requiert des connaissances de pointe, encore plus poussées que celles d’aujourd’hui, susceptibles pourtant, sans être trop trahies, de devenir communes (à la fois comprises et utilisables), bien plus qu’aujourd’hui. C’est que nous essayons de parler d’une conception du hasard qui pourrait servir au bien commun des hommes, et pas seulement de par la volonté d’une minorité d’entre eux. Le pari, assez paradoxal, c’est qu’une meilleure conception du hasard pourrait servir l’action libre des hommes, en générant pourtant moins d’égoïsme. Mieux quand on ne joue pas d’argent, le coup de dés (a fortiori avec cornet) n’est en rien mon mérite. Qu’un dé donne un ou cinq relève de ma liberté de me placer aussi en dehors de mes motivations (sauf celle, évidemment de n’en avoir aucune). En effet, je ne suis pas le vrai moteur du coup de dés. En tant que moteur (comme tout homme), j’ai fait appel, dans ce cas, à une sorte essentiellement inconnue de moteur (et qui gagnera à le rester, surtout à le devenir, au bout de toute forme de progrès des connaissances). Non seulement ce moteur n’est pas moi, mais il n’est aucun moi possible. En ce sens, il est salutaire. Il produit un inconnaissable sans cesse renouvelé qui tend à réconcilier tous les hommes dans la considération de ce qui ne dépend radicalement pas d’eux et dans les pratiques auxquelles cela ouvre. La « preuve », c’est que quiconque peut alors jouer avec moi. Nous fondons notre égalité dans ce qui nous dépasse, sans nous faire, dans ce cas, aucun mal. : tout au contraire. C’est une façon de suggérer que les jeux d’argent sont beaucoup trop pris dans la pâte humaine pour être de vrais jeux de hasard ; et qu’une conception élargie du hasard pourrait ouvrir à un dépassement de l’argent, comme idole obsessionnelle. A partir de là, tout un amateurisme neuf serait à repenser.

 

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Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /2009 11:19
Je réactualise cet article du 22 novembre 2007
J'ai supprimé les vidéos


Bang Bang, chanson de Sonny Bono, 1966


Découvrir si tardivement cette chanson ne me fait pas avoir de regrets, le plaisir de la découverte l'emportant sans concurrence ou ambivalence. Si je compare les paroles de la chanson américaine écrite en 1966 par Sonny Bono et interprétée par Cher d'abord, sa femme, puis par Nancy Sinatra et les paroles de la chanson française, écrite pour Sheila en 1966 aussi, par Claude Carrère et Georges Aber, je suis obligé de reconnaître la supériorité de la 1° sur la 2°. Pareil d'ailleurs pour l'interprétation.
Je n'aime pas la chanson chantée par Sheila.
J'aime celle chantée par Nancy Sinatra dans sa version première, beaucoup moins dans sa version remixée sur la vidéo-montage de Kill Bill (en générique du film, on a une reprise de la version première).
J'aime aussi la version des Raconteurs.

Voilà une chanson qui raconte une histoire prenant quelques années (de 5 - 6 ans à 17 - 18 ans) en 3 couplets et 3 refrains, histoire racontée par la narratrice qui filtre ses souvenirs, retenant des couleurs (blanc, noir), des objets (chevaux de bois), des situations ( à l'église, jeu à rebondissements, tantôt lui gagne, tantôt elle), du temps qui passe (les saisons), des comportements (rire, dire, partir, sans même mentir), des sentiments et des émotions (je l'ai appelé mien, parfois je pleure).
Quant aux refrains, ils alternent les 2 personnes, elle et lui, en utilisant le je, le tu et le il. Sur trois refrains, le 1° et le 3° sont identiques: elle est la victime du bang bang. Dans le 2° refrain, c'est lui la victime.
Voilà une histoire d'amours et de batailles enfantines qui aboutit à une séparation sans drame, avec beaucoup de tristesse et d'émotion.
On compatit avec la narratrice.
Et on se prend à se demander pourquoi tant d'amours en dérive ? pourquoi tant d'amours sans retour ? pourquoi tant d'amours qui ne durent pas toujours ou plutôt le dernier jour comme au premier jour ?
Voilà bien un sentiment qui a peu à voir avec la raison et avec la volonté, le plus douloureux quand il n'y a pas réciprocité, le plus joyeux quand il y a retour, sentiment qui fait peur et envie, mais la peur est sans doute plus forte que l'envie d'où tous les jeux de séduction contre l'amour, d'où toutes les résistances pour ne pas avoir à larguer ses repères.
J'ai beaucoup échangé avec Emmanuelle Arsan sur l'amour dans Bonheur, publié par Les Cahiers de l'Égaré, en janvier 1993, épuisé. Tant pis. Mais il y aura Bonheur 2 en 2008 pour nos 20 ans d'amitié et d'échanges épistolaires, sans aucune rencontre entre nous.
Jean-Claude Grosse



I was five and he was six
We rode on horses made of sticks
He wore black and I wore white
He would always win the fight

Bang bang, he shot me down
Bang bang, I hit the ground
Bang bang, that awful sound
Bang bang, my baby shot me down

Seasons came and changed the time
When I grew up, I called him mine
He would always laugh and say
"Remember when we used to play?"

"Bang bang, I shot you down"
"Bang bang, you hit the ground"
"Bang bang, that awful sound"
"Bang bang, I used to shoot you down"

Music played and people sang
Just for me the church bells rang

Now he's gone, I don't know why
And till this day, sometimes I cry
He didn't even say "goodbye"
He didn't take the time to lie

Bang bang, he shot me down
Bang bang, I hit the ground
Bang bang, that awful sound
Bang bang, my baby shot me down

    J'avais cinq ans et il en avait six

    Nous chevauchions des chevaux de bois.

    Il portait du noir, je portais du blanc

    Il gagnait toujours la bataille.

     

    Bang Bang,

    Il m'a descendue

    Bang Bang,

    J'ai heurté le sol

    Bang Bang,

    Cet affreux bruit

    Bang Bang,

    Mon amour m'a descendue.

     

    Les saisons vinrent et changèrent le temps,

    Quand j'ai grandi je l'ai appelé mien.

     Il voulait toujours rire et dire,

     Souviens-toi quand souvent nous jouions.

     

     Bang Bang,

     Je t'ai descendu

     Bang Bang,

     Tu as heurté le sol

     Bang Bang,

     Cet affreux bruit

     Bang Bang,

     J'avais l'habitude de te descendre.

     

     La musique jouait et tout le monde chantait (que)

     Juste pour moi les cloches de l'église sonnaient.

     

     Maintenant il est parti,

     Je ne sais pas pourquoi.

     Et depuis ce jour,

     Parfois je pleure.

     Il n'a même pas dit au revoir,

     Il n'a pas pris le temps de mentir.

     

     Bang Bang,

     Il m'a descendue

     Bang Bang,

     J'ai heurté le sol

     Bang Bang,

     Cet affreux bruit

     Bang Bang,

     Mon amour m'a descendue



Paroles de Bang Bang pour Sheila par Claude Carrère et Georges Aber (1966)

Nous avions dix ans à peine
Tous nos jeux étaient les mêmes
Aux gendarmes et aux voleurs
Tu me visais droit au cœur
Bang bang, tu me tuais
Bang bang, et je tombais
Bang bang, et ce bruit-là
Bang bang, je ne l'oublierai pas

Nous avons grandi ensemble
On s'aimait bien il me semble
Mais tu n'avais de passion
Que pour tes jeux de garçon
Bang bang, tu t'amusais
Bang bang, je te suivais
Bang bang, et ce bruit-là
Bang bang, je ne l'oublierai pas

Un jour tu as eu vingt ans
Il y avait déjà longtemps
Que l'amour avait remplacé
Notre amitié du passé
Et quand il en vint une autre
On ne sait à qui la faute
Tu ne m'avais jamais menti
Avec elle tu es parti
Bang bang, tu m'as quittée
Bang bang, je suis restée
Bang bang, et ce bruit-là
Bang bang, je ne l'oublierai pas

Quand j'aperçois des enfants
Se poursuivre en s'amusant
Et faire semblant de se tuer
Je me sens le cœur serré
Bang bang, je me souviens
Bang bang, tout me revient
Bang bang, et ce bruit-là
Bang bang, je ne l'oublierai pas



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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 09:36

Ces deux poèmes sont à lire dans un ordre tiré au sort par le lecteur, pile ou face.

Je les publie pour le 40° anniversaire des premiers pas de l'Homme sur la lune, le 20 juillet 1969, à 21 H 36, bien après que poètes et peintres aient imaginé la chose.

 

1 ou 2  pile ou face 
Rencontre avec Svetlana

 

 

Tu es venue du pays des 10000 lacs

Je suis arrivé de Sully sur Loire

Au pays des 10000 lacs

Ton visage de 32 ans a 10000 images

N’es-tu que mirage

Es-tu vraiment Claire

Au château de la Trémouille

J’ai fait un tabac

Avec mes poèmes

Sur Mélissa

Philomène

Ne suis-je qu’un manieur de phonèmes

A Vitebsk

Ta ville si souvent assiégée

Par le passé

Tu as fait un carton

Avec le Monument pour une ville détruite

D’Ossip Zadkine

A Rouen brûlant Jéhanne

A eu lieu

Une rencontre

Offerte par le dieu

Anonyme au milieu de 80 flammes

Je ne t’ai pas vue

Ce 16 juillet 2009

Entre 9 heures et midi

Je n’ai pas eu de flash

D’illumination

Ce ne fut pas un coup de foudre

Ce fut lente émergence

Photo sortant du polaroïd de la vie

Et moi qui vous présentais

L’art de la présence

Le don du présent

J’ai fini par ne plus voir que toi

Entre 15 et 18 heures

Tu étais tellement présente

A cette présentation

Tu me donnais ton adhésion

Dans ton regard il y avait

Le plus précieux

La compréhension intelligente

D’une démarche de vie

Le théâtre de la cruauté

Comme offrande

Ouverture aux autres

Rassemblées

Diffusion d’énergie négative

De terreur

Le théâtre de la cruauté

Comme puissance de déconstruction

Torture des autres

Coincées

Dans leurs jupes sans tourbillons

Leurs corps sages sans horizons

Ouverture de toi déjà ouverte

A des Promenades d’Amoureux

Entre ciel et terre

Selon le cœur de Marc Chagall

Joyeux carnaval de corps légers

Allégés de leur poids de Terre

Cirque céleste pour colorier

D’amour et d’espoir

La vie vouée à la mort

Toi déjà offerte à l’homme de ta vie

Toi en recherche d’un compagnon de vie

Gâtée par le dieu qui t’en a fait rencontrer deux

Désespérée d’avoir à choisir

Au risque de perdre l’un et l’autre

Poussé par l’audace de l’intuition

Je fraie une voie à une brève rencontre

Ce 17 juillet 2009

A 9 heures du matin

Je contemple ton visage

Sans fard

Je pourrais y passer ma vie

C’est l’infini là ici

Si près

Je regarde ton regard

Qui parfois faiblit

Paupières battantes

Prêtes à l'envol

J’écoute tes paroles

Elles m’entraînent

Dans les labyrinthes

Sans fil de sortie

De ta pensée

Sur la vie

Le monde

En un quart d’heure

Tu te livres

Me livre

L’intimité de ton intimité

Ta philosophie de la vie

Le dieu est peut-être Dieu

Peut-être hasard

Peut-être destin

Peut-être destination

Peut-être création libre

Ton front porte une souffrance

Qui ne se livre pas

La transparence de l’échange

Rend plus opaque ton opacité

La dualité des contraires

L’unité des contraires

Qui t’animent

Animent le monde

Dans l’après-midi du 17 juillet

Tu as été MM rencontrant JFK

Pour une montée au 7° ciel du désir

De la sensualité déchaînée

Exprimée par ta voix d’eau calme

Sans prendre dans ton regard

L’auditoire

J’étais au premier rang

Après la prise de photos

J’ai traîné dans le hall

Souhaitant que le dieu nous réserve

La possibilité de prendre à droite

Sur la carte

Ce chemin qui se découvrait

Vers le pays des 10000 lacs

Vers le midi des Tournesols de Vincent

Car il existe n’est-ce pas

Des halls qui sont des ports

Des instants-navires

Pour partir

Repartir

Changer d’enveloppe terrestre

De carte d’identité

Au largage d’amarres j’étais prêt

Tu es partie pour une destination

Secrète

Secrètement

Dans l’après-midi

Sans traverser le hall

A 19 heures 03

Ce 17 juillet 2009

J’ai quitté Rouen brûlant Jéhanne

Les 10000 lacs de ton pays

Les 10000 images de ton visage

Les 10000 mirages à tournis

A 20 heures 49

Je débarquais à Paris Bercy

 

Jean-Claude Grosse, le 18 juillet 2009

 

 

2 ou 1  face ou pile   
Rencontre avec Olga
     
                                                    

 

 

Tu es venue du pays des 10000 lacs

Je suis arrivé de Chailles Loir-et-Cher

Au pays des 10000 lacs

Ton visage de 34 ans offre

L’image de la douceur

Au château des Brosses

J’ai fait un tabac

Avec Moi l’élu

De Say Salé

Auteur burkinabé

A Minsk

Ta ville convoitée

Ayant changé si souvent de maîtres

Par le passé

Ta Ville Héroïque

Tu as fait un carton

En accueillant

Rue Internationale

Le futur assassin

Commis d'office

De JFK

Après avoir accueilli

Dans la Maison en bois

De la Ville haute

Le 1° congrès du POSDR

A Orléans acclamant Jéhanne

A eu lieu

Une rencontre

Offerte par le dieu

Reconnue au milieu de 80 femmes

Je t’ai vue

Ce 16 juillet 2009

Entre 9 heures et midi

Attentive

Appliquée

Souriante

Et moi qui vous présentais

L’art de la présence

Le don du présent

J’ai trouvé en toi

L’appui

Pour aller plus loin

Au cœur des corps

En attente d’expression personnelle

Tu étais tellement présente

A cette présentation

Dans ton regard il y avait

Le plus précieux

La compréhension intelligente

D’une démarche de vie

Le corps qui parle

Comme offrande

Ouverture aux autres

Rassemblées

Diffusion d’énergie positive

D’enthousiasme

Le corps qui parle

Comme puissance de reconstruction

Ouverture des autres

Coincées

Dans leurs jupes sans tourbillons

Leurs corps sages sans horizons

Ouverture de toi déjà fermée

A une histoire d’amour terminée

Toujours ouverte à l’éducation du garçon

Né de vos ébats

Toi sensible à l’exemple aventureux de ta mère

Toi avouant sans complexe ton bonheur de vivre

Poussé par l’audace de l’intuition

Je fraie une voie à une brève rencontre

Ce 17 juillet 2009

A 3 heures de l’après-midi

Je contemple ton visage

Maquillé pour la circonstance

Incarner MM

Je pourrais y passer ma vie

C’est l’infini là ici

Si près

Sur ces lèvres pulpeuses

Je regarde ton regard

Qui ne faiblit pas

Par fierté

Et c’est bon

Ce face à face

Yeux dans les yeux

J’écoute tes paroles

Elles m’entraînent

A L’Île des Larmes

Au Parc Loshysta

Au bord de la Svislotch

Pour des balades sous la pluie

Sous parapluie

En un quart d’heure

Tu te livres

Me livre

Tes occupations de chaque jour

Ta philosophie de la vie

La transparence de l’échange

Rend ta transparence lisible

Dans l’après-midi du 17 juillet

Tu as été MM se confiant

Au dictaphone

Pour Ralph Greenson

Avouant ses baises infinies

Sans orgasme

Comprenant enfin

Que l’orgasme

Se passe

Dans la tête

Pas dans le sexe

Quel plaisir de te voir assumer

Cette proposition de passeur

Avec sérénité

Sans émois particuliers

Avec ta voix d’eau calme

Prenant dans ton regard

L’auditoire

Moi au premier rang

Piquant un fard

Après la prise de photos

J’ai traîné dans le hall

Souhaitant que le dieu nous réserve

La possibilité de prendre à droite

Sur la carte

Ce chemin qui se découvrait

Vers le pays des 10000 lacs

Vers le midi des Soleils noirs 

Car il existe n’est-ce pas

Des halls qui sont des ports

Des instants-navires

Pour partir

Repartir

Changer d’enveloppe terrestre

De carte d’identité

Mais au largage d’amarres je n'étais pas prêt

Dans l'imaginaire peut-être

Pas dans la réalité

A 18 heures 30

Tu es venue

Me remercier

Je t’ai remerciée

Une amitié est née

A 19 heures 03

Ce 17 juillet 2009

J’ai quitté Orléans acclamant Jéhanne

Les 10000 lacs de ton pays

L’image de ton visage heureux

Le sourire de tes yeux

A 20 heures 49

Je débarquais à Paris Bercy

 

Jean-Claude Grosse, le 19 juillet 2009

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 09:15
Pensée pour Antonio Machado Michel Bories et quelques autres


Le hasard
certains disent
le hasard n’existe pas
ne tranche pas le débat
le hasard veut que
par la fenêtre
du studio loué
tu tombes
sur la tombe
d’Antonio Machado
au cimetière de Collioure
d’heureux hasards ont voulu
verbe discutable
adjectif aussi
ne tranche pas
d’heureux hasards
et la bonne volonté de quelques-uns
ont voulu que
l’exposition rétrospective
Michel Bories
s’exhume s’expose
au Château Royal de Collioure
du 2 septembre au 11 octobre 2009
de malheureux hasards avaient voulu que
adjectif léger
ne l’alourdis pas
de malheureux hasards avaient voulu que
Michel Bories et Cyril Grosse
partis
par hasard
le 11 septembre 2001
trouvent la mort
accidentellement
au lieu dit
le triangle de la mort
le 19 septembre 2001
à Jaguey Grande Cuba
aujourd’hui
par la fenêtre
du studio loué
derrière le rideau de Matisse
tu as vu vingt Espagnols
se photographier discuter chanter se taire
devant la tombe
d’Antonio Machado
et d’Ana Ruiz
sa mère
partie trois jours après lui
au cimetière de Corsavy
Michel Bories a rejoint sa mère
partie trois ans avant
hier
aucun Espagnol n’avait manifesté
il y a
des jours sans 
des jours avec
faut se dire
(c’est possible) ça va
une leçon possible
du Poème d’un jour
« tout passe et tout demeure
mais notre affaire est de passer
de passer en traçant des chemins
des chemins sur la mer »
qui te renvoie aux Pensées d’un jour
du peintre
« sentir à un moment privilégié
la beauté des choses
les plus simples
les plus humbles
et ne plus l’oublier
pour supporter
les heures sombres »
le cyprès
devant la tombe
est moitié mort
moitié vivant
tu penses A un orme desséché
du poète des Champs de Castille
et aux Origines en bois flottés
du peintre des Horizons
morte la partie éloignée
du séjour de tout repos
peut-on savoir
vivante la partie proche
le cyprès vit meurt
don Antonio vit meurt
mort le corps depuis 70 ans
enfin peut-être semble t’il
vivante l’âme depuis 70 ans
vivante la poésie du Castillan
morte l’Espagne meurtrière du caudillo
quoique
toujours possiblement renaissante
comme possiblement finissante
la poésie des Terres de Soria
« tout arrive et tout passe
rien d’éternel »
car les vivants
éphémères
rejoignent
un jour ou l’autre
les disparus sans laisser d’adresse
le poète et le peintre avaient peu de certitudes
ils étaient républicains sans doute
comment définis-tu cela aujourd’hui
laïques sans doute
comment conçois-tu cela aujourd’hui
humanistes et bons
comprends-tu cela
le poète était l’Espagne peut-être
l’Espagne des saisons qui changent
des paysages qui lavent le regard
l’Espagne du peuple sans grand P
émaillant son lyrisme
de peut-être
mieux amenés que les miens
de points d’interrogation
plus essentiels que les miens
pour le peintre
rien n’était jamais assuré
donnant ainsi
à chaque chose
qui apparaît
sa chance d’être perçue
primitive première
unique singulière
pour qu’on l’apprécie
comme telle
avant disparition
peut-être les lilas ont-ils fleuri
sur les bords du Douro
ou les mimosas
qui bordent le Casot
peut-être demain sera-t-il
un autre jour
moins noir
plus bleu
cerisier rose
rossignol de printemps
rouge-gorge d’hiver
rose rouge
peut-être est-ce le rouge de la vie
peut-être celui de la mort
sans doute les deux
simultanément
successivement
« du haut de mon échelle
je me sens plus près des nuages »
répond le peintre
écho au poète
« toujours
avoir de l’espoir
pour qu’il y ait
un avenir »
sur la tombe d’Antonio Machado
pour qui
« l’homme vaut d’abord comme homme »
des présents au présent
vieux de trente ans
jeunes de quelques jours
les uns gravés sur pierre
pour durer
les autres écrits sur papier
pour s’effacer
qui a raison
celui qui veut durer
celle qui sait s’effacer
Michel Bories
avait essayé
dans ses Visages et Personnages
la disparition
par effacement
par le blanc
disparaître
dans le blanc
le blanc
non le noir
pour effacer
s’effacer
une évidence
à faire pâlir
don Antonio
à Collioure
après son arrivée
à la Casa Quintana
au cimetière de Collioure
sa postérité
est peut-être authentique
pas de surcharge possible
semble t’il
dans ce lieu d’exil
où le hasard
de la Retirada
l’a conduit
au cimetière de Collioure
il trace pour l’éternité
« rien que sillages sur la mer »
irrécupérable
par l’Espagne
qui s’est trahie
refusant de se saisir
« du ciseau et de la masse »
pour édifier
« l’Espagne de la rage et de l’idée »
fusillant odieusement
le poète dérangeant
du Romancero Gitan
seule reste peut-être
la sincérité
des hommages
anonymes
rien qui brille
rien qui clinque
que des gens
de simples gens
qui parfois 
trinquent
trinquent
« attendant
vers la lumière
et vers la vie
un autre miracle
du printemps »
écrit le poète
« tournant le dos
à une vie impossible
pour en tenter une probable »
répond le peintre
A Collioure
du 4 au 15 septembre 2009
après un vernissage sur la viniculture
arrosé au Banyuls au Maury

hasard
tu découvris
l’existence d’un apéritif
au muscat rouge de Frontignan
Le Pof
datant de la grande guerre
avec deux petits g
s’il vous plaît
or
hasard
ce hasard qui fait défait
choses et gens
ici a bien fait les choses
Pof était le surnom de Michel Bories
créateur du Pof Art
trinquons donc amis
ce 12 septembre 2009
trinquons à Pof
au Banyuls au Maury au Muscat au Pof
avant que nous ne trinquions
sous les mauvais coups du hasard
comme ce fut leur cas
Federico Garcia Lorca
Antonio Machado
Michel Bories
Cyril Grosse
Lili la Cubaine et sa mère
mais au fait
dans laquelle des six définitions du hasard
proposées par philosophes et mathématiciens
te reconnais-tu
aux jeux des hasards
tu aurais pu évoquer
Manolo à Bourg-Madame
Soutine à Céret
Riberat à Saint Jean Pla de Corts
Terrus à Elne
Matisse à Collioure
Gauguin à Tahiti
Michel Bories
a laissé une œuvre
d’énigmes
et d’évidences
aux titres sidérants
qui s’attarde
devant un tableau
ou une série
est ébranlé par
des émotions
travaillé par
des questions
révélant la puissance
d’évocation
d’interrogation
et d’interpellation
de l’artiste
Jean-Claude Grosse  






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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 09:20
Collioure Salon d’Automne 2009


Collioure
j’y suis
pour 42 jours
grâce à Michel Bories
1949-2001
exposé au château royal
je me promène
ville et collines
rencontre des gens
d’ici d’ailleurs
écoute discute
lis filme
regarde compare
Collioure
compte moins de 3000 habitants
ville très animée
dès 7 heures du matin
artisans du bâtiment
éboueurs
camions approvisionnant
commerces et restaurants
double marché hebdomadaire
avec plateaux de fruits de mer
dégustés sur parapet en ciment
arrosés au Collioure blanc
trains qui passent
trains qui s’arrêtent
Collioure
n’est plus le port de pêche qu’il fut
on conditionne toujours les anchois
à l’ancienne
à l’ancienne c’est bien
c’est fait main
Collioure
est terre de vignerons
de domaines de caves
il y a ceux qui se sont regroupés
ceux qui tiennent à leur identité
Collioure n’est plus la ville d’autarcie
des années 1900
ville de marins et de paysans
mer et montagne
deux mondes
aujourd’hui
Collioure
reçoit les touristes du monde
qui viennent attirés par son cadre
encadré par
une installation de 12 cadres
pour cadrer le cadre
Collioure attire
par son patrimoine paysager
mer montagne
Albères Méditerranée
climat de Côte Vermeille
soleil souvent
pluies torrentielles parfois
pleine lune toutes les 4 semaines
chaleur fraîcheur
ombres lumières
diurnes nocturnes
tramontane violente marinade poisseuse
par son patrimoine architectural
château royal et forteresse Vauban
église-phare Notre Dame des Anges
dont le clocher suffit
aux incroyants du monde entier
fort Saint-Elme
moulin à farine utilisé
comme moulin à huile
la glorieta
le couvent des dominicains
transformé en cellier Le Dominicain
regroupant 160 vignerons
faisant tout à la main
Collioure attire
par sa réputation de ville des fauves
Matisse Derain
les œuvres réalisées là sont parties
dans les grands musées du monde
le chemin du fauvisme
retrace cette aventure
de quelques mois de 1905
avec 20 reproductions d’oeuvres
surgissant dans une déambulation
de labyrinthe
Collioure tire profit depuis 50 ans
de ce qu’elle n’avait pas compris
une révolution picturale
vite révolue
fleurissent artistes et ateliers
rue des Treilles
rue de la Fraternité
rue de l’Egalité
rue du Mirador
rue Arago
rue Jules Ferry
rue Dagobert
rue Voltaire
la plupart font du Collioure
de la corrida du rugby
chacun son style
reconnaissable
après visite de découverte
Collioure tire profit aussi
de la mort et de la tombe
d’Antonio Machado
qui vécut 3 semaines là
Casa Quintana
où la Retirada
l’avait conduit par hasard
avant de mourir
sa mère mourant 3 jours après lui
70 ans après
Casa Quintana
maison vide
parfois ouverte pour l’aérer 
va être vendue
à la communauté de communes
pour devenir
Centre littéraire Antonio Machado
de quoi inviter
des milliers d’Espagnols
à se photographier avec le poète
Collioure vit sur son acquis
sans trop se donner les moyens
du patrimoine de demain
Collioure  qui a le cadre
n’a pas la vision
Collioure
travaille jour après jour
 va de fête en fête 
les fêtes de Saint Vincent
avec le feu d’artifice du 16 août
achevant en apothéose
la trépidation estivale
Collioure
en quelques heures
peut passer  de 3000 habitants
à 50000-150000 visiteurs
Collioure a appris
à gérer ces journées et nuitées
orgiaques
la police donne
un premier avertissement
en termes courtois
avant contravention
l’été c’est deux mois d’enfer
avec l’équinoxe
retour au quotidien
jusqu’à l’Automne des antiquaires
à la Toussaint
la Cour de Noël
achève l’année commerciale
commercialement
à Collioure
a été écrite une nouvelle page
de la peinture
il a fallu
les heureux hasards de 1905
pour de nouvelles pages
il faudrait
sans certitude de réussite
une politique volontariste
de commandes publiques
ce qu’a fait Augustin Hanicotte
faisant peindre les enfants
est la voie à suivre
des enfants créatifs
à l’artiste créateur peut-être
Collioure
ses quartiers anciens
ses rues en escaliers
leurs balcons fleuris
un vrai bonheur
le matin le soir
quand tout dort
pour les quartiers nouveaux
on n’a pas trop bétonné
le bord de mer 
mais les collines les plus proches
avec des résidences conformes
l’arrière pays
vers Notre Dame de Consolation
la tour  Madeloc
est occupé par les vignes
en terrain pentu
plus haut par les chênes liège
puis par le maquis
les vignerons
sculpteurs de montagne
méritent
qu’artistes
écrivains
racontent ce façonnage
où courbes et angles droits
conjuguent
leurs complémentarités
leurs contrariétés
Beatriz Garrigo
a essayé
au Musée d’art moderne
ses paysages en série
vus avec un cornet
gagnent en luminosité
profondeur ambiguïté
en quelques minutes
par le chemin de la Galère
tu es loin
de l’agitation de l’ennui
plus de touristes
braillards et débraillés
plus de touristes
profitant du soleil de la plage
des terrasses des cafés restaurants
plage Boramar
avenue Camille Pelletan
plage du port d’avall
des marchands de glace
rue Vauban
des boutiques de fringues et bijoux
du Croquant à l’Ancienne
je me suis offert
le Café Sola
Les Templiers
avec son enseigne
sa fresque de Willy Mucha
son escalier tapissé de tableaux
je me suis offert
un vieux Maury
Maison Galy
un cadran solaire
de Carpe Diem
l’absence d’un port de plaisance
est une chance pour Collioure
pas de yachts
pour l’étalage obscène
de la richesse obèse
mais le m’as-tu vu
s’exhibe
avec les commandos de choc
à l’entraînement dans la ville
sous les aboiements encourageants des chefs
torses nus muscles saillants
durs abdominaux tatouages tribaux
cuisses de béton entrecuisse suggestive
pour le plus long frisson
des femmes en admiration
des mâles par procuration
des anciens du bon vieux temps
Collioure
est une petite ville dynamique
avec son sens du commerce
sa base productive
et patrimoniale
avec ses boulistes
ses joueurs de cartes
l’art de vivre
du midi
que tout le monde nous envie
beaucoup de manifestations
municipales
associatives
déjeuner sur l’herbe
rue de la Fraternité
fête de l’amitié
avec sardinade
place du Marché
sardanes orchestrales
jouées par deux coblas
rivalisant d’audace et de perfection
place du 18 juin
bref
bon séjour
à Collioure
tu ne connais personne
personne ne te connaît
l’anonymat tranquille
pour ne pas te disperser
rester sur l’existentielle interrogation
pouvons-nous donner sens à notre vie
sachant que nous sommes mortels




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