Lundi 13 février 2006
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Bonjour,Un bocal agité est une forme imaginée par Moustapha Aouar de Gare au théâtre et expérimentée un bon nombre de fois.Un bocal n'est pas nécessairement thématique; c'est moi qui ai proposé à Mouss d'expérimenter cette formule avec le bocal agité algéro-varois de juin 2002 dont il reste une trace imprimée, un livre publié par Gare au théâtre. Le thème avait été: 40 ans après l'indépendance de l'Algérie, 40 ans après le retour des Pieds-Noirs avec 10 écrivains de théâtre, algériens venus d'Algérie et pieds-noirs venus de France.Pas de bocal sans agitateur et pour être agitateur, il faut avoir participé à plusieurs bocals comme auteur. Un bocal se déroule en 3 temps:- le temps de l'écriture où l'agitateur propose des consignes à ceux qui sont volontaires pour écrire un texte de 5 à 10 minutes, sur un thème ou pas: les écrivents.- le temps de la mise en jeu par ceux qui ont envie de participer au jeu: les actants, au nombre de 2 ou 3 par texte, qu'ils aient ou non de l'expérience, inventent entre eux ou avec l'aide d'un regard extérieur la forme qu'ils vont donner au texte qu'ils n'ont pas choisi car c'est l'agitateur qui répartit les textes- le temps de la présentation au public et du bilan avec tous les participants et le public, suivi d'un temps de convivialité.
CONSIGNES POUR LE BOCAL AGITÉ DU 12 novembre 2005
AU LYCÉE AGRICOLE D’HYÈRES AVEC MALTAÉ
THÈME : LA TERRE MANGÉE
- Utilisez les objets et documents fournis comme des personnages - Donnez - leur un âge, un sexe, une taille et une corpulence, beauté-laideur ?, couleur des cheveux ?, les ongles ?, l’odeur ou le parfum ?, une posture corporelle, la voix ?, la parole ?, un tic, un nom, une position sociale, un ancrage géographique, un lieu d’habitation, un trait de caractère, un sentiment dominant, un fétiche ou un emblème, une valeur ou non-valeur les caractérisant - Vous pouvez ne retenir que deux éléments si vous le souhaitez - Vous expliciterez cette caractérisation que vous intègrerez à votre texte soit en didascalie initiale, soit au fur et à mesure des besoins de votre texte - Attribuez arbitrairement une couleur à 3 de vos personnages - Vous avez droit de mettre en jeu les 3 personnages colorés : décrivez la situation colorée qui permet leur rencontre colorée, leur affrontement ou leur rapprochement coloré, l’enjeu étant La terre mangée - Vous avez droit à 12 répliques soit 4 par personnage coloré - Le premier personnage coloré à s’exprimer sera la photo - Le troisième coloré qui aura le dernier mot sera le sachet de terre - La solution sera le légume ou le fruit attribué à chaque écrivent - Vous ponctuerez le texte en choisissant pour le point, la virgule, le point-virgule, le point d’exclamation, le point d’interrogation, un couple de mots pris dans le répertoire - Vous donnerez à votre texte un titre : vous choisirez pour titre un couple de mots pris dans le répertoire, sans rapport avec votre histoire - Vous finirez votre travail d’écriture en évoquant sous la forme de votre choix : invocation, appel, interpellation… la terre mangée.Ce sera la fin de votre texte. - Vous n’êtes pas obligé de suivre l’ordre des consignes ni la totalité des consignes mais vous devez en respecter au moins deux. Et conserver l’esprit donné par l’ensemble. L’agitateur Jean-Claude Grosse CONSIGNES POUR L’APRÈS-MIDI - Lecture par les auteurs de leur texte, lecture blanche, non-interprétative - Distribution aléatoire des textes aux groupes de 3 nécessaires pour la mise en jeu - Les écrivents peuvent être aussi actants mais dans un groupe ne portant pas leur écriture - Les actants utiliseront une des contraintes proposées pour mettre en jeu leur texte, à savoir: avec un porte-voix, en chantant Les mots bleus ou une autre chanson populaire, en hurlant ponctuellement, en déclamant à un moment du texte une liste de 20 mots du répertoire, en sifflant d’admiration pour ponctuer le jeu, en sifflant de rejet, en imitant la sirène des pompiers : pimpom, en faisant au pas de course le tour du plateau, en faisant des mouvements de gymnastique, en faisant silence à un moment clef… L’agité du bonnet
Bocal agité du 12 novembre 2005 au lycée agricole d’Hyères
La terre mangée
Photo JCG: en s'arrêtant à Beyrouth.
Quelques résultats
Texte de Tonton
Cabanes et cabanons
Personnages : - plan de masse, en gestation, sexe inconnu malgré échographies à répétition, beauté froide de papier glacé, amateur de plus-value, tatouage du billet vert sur le nombril - l’aménageur, cadre sorti de HEC (ou comment prendre les gens pour des cons, (ce qu’ils sont déjà), nageur en eaux troubles, au service des nantis, avec retombées sur ses comptes secrets, calculette est son instrument pour l’enculette - sachet de terre dit grand sachem, très ancien représentant de la terre mère, anonyme, ouverte à l’accueil de ce que les vents transportent, bon grain, ivraie, muette et obstinée, de partout et de nulle part, fertile ou stérile selon les saisons, les climats, le travailPlan masse : Quand vais-je arriver à terme Accès à la mer
L’aménageur : On a un problème Apprivoiser le rivage Les côtes sont prises d’assaut Apprivoiser le rivage Il n’y a plus de terrain où te réaliser Apprivoiser le rivage
Plan masse : Je veux voir la mer à mes pieds Apparition du complexe
L’aménageur : Arrête d’exiger Apparition du complexePlan masse : Augmente les lots Apparition du complexe Diminue les prix Apparition du complexe Ne cible pas que les nantis Apparition du complexe Pense aux petits qui n’ont qu’une envie territoire à enjeux imiter les nantis Apparition du complexe Partage bétonnage de la côte nageur en eaux troubles Apparition du complexeL’aménageur : Oui bétonnage de la côte mais le terrain Accès à la mer
Plan de masse : Délocalise Apparition du complexe dans les îles à cocotiers Apparition du complexeL’aménageur : Submersibles par les minatsu Apprivoiser le rivagePlan masse : Tsunami Apprivoiser le rivage Oui bétonnage de la côte il faut se méfier Apprivoiser le rivage La mer à ses pieds bétonnage de la côte c’est bien Apparition du complexe La tête sous les eaux bétonnage de la côte c’est pas sain Apparition du complexeL’aménageur : C’est la ruine Apparition du complexePlan masse : Que faire Accès à la merSachet de terre dit Grand sachem : Marcher pieds nus sur la terre sacrée Apprivoiser le rivage Cueillir la lavande à sa portée Apprivoiser le rivage S’enivrer Apprivoiser le rivage Cueillez, cueillez la lavande. Dansez, dansez la farandole. Enivrez-vous. Vous finirez en poussière. La terre vous mangera. Vous voulez l’aménager. Elle ne vous ménagera pas. Sous terre, vous finirez.
Un personnage grand, mince, de sexe masculin,cheveux en broussaille comme s'il venait juste de se lever, le visage carré et sanguin, les yeux enfoncés, un gros nez, des habits pas très propres, ses mains épaisses avec des doigts boudinés aux ongles sales.
Homme : Qu'est-ce que vous faites ici bon air c'est une propriété privée Estagnol
Femme: Nous cherchons des champignons bon air mais je ne savais pas que c'était privé Estagnol
Fille : Maman viens on s'en va Estagnol
Homme : Y a rien à voir ici bon air foutez-moi le camp Estagnol
Femme : Pa strès agréable bon air viens Louise on s'en va Estagnol
Fille : Tu sais Maman bon air il m'a fait peur le monsieur Estagnol
Femme : Tu crains rien ma chérie bon air d'ailleurs Papa n'est pas loin Estagnol
Homme : Hé ! Ohé! Vous deux bon air revenez bon air j'en ai trouvé un mais je ne sais pas s'il est bon Estagnol
Femme : Vous pouvez vous le garder bon air et le mangerEstagnol Vous verrez bien s'il est bon Estagnol
Papa : Que se passe-t-il Estagnol
Homme : Je suis gêné bon air tellement de gens viennent sur ma propriété bon air ils me saccagent tout bon air donc si j'ai un peu bon air été grossier avec votre dame bon air je m'en excuse Estagnol Pour me faire pardonner bon air je vous autorise le cueillette des champignons Estagnol
Femme, homme, fille : Merci beaucoup Estagnol
Fille : Maman pipi Estagnol
Papa : Va donc dans le fourré Estagnol
Homme : Attention aux sangliersbon air y en a pas mal dans le coin Estagnol
La fillette s'en va. Quelques instants plus tard.
Fille : Papa bon air Maman bon air venez vite bon air y a tout plein de champignons Estagnol
Papa : C'est formidable Estagnol Le panier va vite être rempli Estagnol
Femme : Vite mon couteau Estagnol
Elle se penche et coupe un champignon couleur orange, un safrané. De la terre est restée collée sur le pied. Elle le porte à son nez en fermant les yeux.
Femme : ça sent bon le terre et le champignon. L'automne, c'est la saison où l'on ressent toutes les odeurs. C'est magnifique, toutes ces couleurs. On en prend plein les yeux et plein les narines.
Texte de Murielle Gébelin
Champ chamboulé chant sans boulet
Bureau deTara, femme d'affaires. Elle est de mauvaise humeur mais reste sûre d'elle, de sa capacité à tout résoudre avec le temps. Elle a 55ans, porte un tailleur marine mais malgré son acharnement au travail, elle aime être à l'aise, c'est pourquoi elle s'est déchaussée et décoiffée. Elle passe régulièrement la main dans sa chevelure, se décoiffe de minute en minute. Sa secrétaire, Pomme, 30 ans, prête à tout pour Tara, porte une robe de velour rouge, un violent parfum, un ineffaçable sourire énigmatique et ambigu, une maladresse trompeuse. On la sent volontaire, naïve, assez primaire. Entrée de Bill, chef de chantier, quarantaine séductrice un peu stupide. Il est vêtu d'une élégante veste de peau brune dont il relève mécaniquement le col. Il est prétentieux, un peu « con ». Bill : Tara sel je suis venu te dire que ça n'avance pas Frontière Tara : Tiens donc Bill abattoir Aurai-tu enfin des scrupules ou des états d'âme mur ça me fait presque plaisir frontière Pomme abattoirPomme renverse une énorme pile de dossier sur Bill. Elle va lentement les ramasser. La discussion se poursuit. Bill : Ce chantier sel c'est l'avenir sel la résolution des transportssel le renouveau économique sel sel des affaires sel du fric sel de la vie quoi abattoir Et toi tu freines pour des idées vertes sel des espaces verts sel des petits hommes verts MurPomme (intervient sans que personne ne le lui demande) : Elle n'a jamais été d'accord Frontière Que des pépins ce truc sel excusez-moi Abattoir (Elle continue de s'affairer puis : ) Je vous sers un jus de pomme Mur un potage Mur un bouillon de 11 heures Mur Bill : Un projet mûri sel grandiose sel extraordinaire sel un symbole de la civilisation pour l'avenir frontière Tu y penses à l'avenir Mur Tara : L'avenir sel je ne pense qu'à ça sel tu m'entends Mu Ton projet sel il a poussé trop vite frontière C'est pas lui qui est mûr c'est toi Abattoir Le problème avec les crétins de ton espèce c'est qu'ils ne savent pas s'arrêter frontière Je leur donne l'occasion de creuser un trou sel et ils m'en font dix sel persuadés de me faire plaisir Abattoir Pomme : (pour Bill exclusivement) Depuis le temps qu'on vous épluche le dossier sel vous devriez comprendre Abattoir ( Maternelle, elle lui tourne les pages d'un énorme cahier) Tara : (expliquant comme à un gosse pas sage) Si ce projet ne fleurit pas comme tu le souhaites, c'est que je le sabote Frontière Mes pouvoirs sont immenses sel anciens sel mais tu ne t'en rends pas compte Frontière Les ambitieux comme toi sel je les mets entre les mains de Pomme sel ils ne résistent pas Abattoir Pomme : (réjouie, fait craquer ses jointures) Qu'est-ce que j'en fais Mur Lavage de cerveau Mur Traitement de choc Mur Thérapie eugénique Mur (Tout en parlant, elle commence à s'emparer de Bill qui se défend comme il peut) Bill : Mais Frontière Frontière Frontière Voyons Frontière Frontière Frontière Tara Abattoir Vous la laissez faire Mur Pomme sel d'habitude vous êtes si aimable sel si charmante sel si Frontière Frontière Frontière comme j'aime Abattoir Pomme : Je vois Abattoir La méthode douce Abattoir (A Tara) Plus long mais plus efficace avec le temps Frontière Alors Mur Tara : Si ce n'est qu'une question de temps Frontière Frontière Frontière (Elle regarde sortir Pomme et Bill, l'une traînant l'autre) Tara : Quel appétit insatiable ! Mais quand s'arrêteront-ils ? Quand ?
Texte de Raymonde Le Pezeron
Aérogare-Camelle
Apolline :
25 ans, enceinte, sort d'une rupture sentimentale, vit en Bretagne et vient dans le midi en vacances une fois par an chez Terriane.
Terriane :
30ans, célibataire, passionnée de chevaux, habite dans un mas provençal, une exploitation qu'elle dirige avec Sacha, elle loue aussi des chambres d'hôtes.
Sacha :
48 ans, travaille dans l'exploitation avec Terriane, pas très grand, visage rond, lunettes d'écaille, toujours poli, très doux, sait s'imposer dans son travail. Ami avec Terriane et amoureux en secret d'Apolline.
Apolline : Bonjour Terriane accès à la mer Heureuse de revenir en vacances chez toi accès à la mer
Terriane : Mais je vois que tu m'apportes une bonne nouvelle amer
Apolline : Oui tu vois bien amer J'attends un bébé pour septembre accès à la mer l'année prochaine nous viendrons à trois amer
Terriane : Viens accès à la mer on va annoncer la bonne nouvelle à Sacha qui doit être dans ses serres d'oeillets amer
Elles sortent toutes les deux.
Sacha : Bonjour accès à la mer Terriane et Apolline amer
Terriane : Ouh ouh amer Bonjour Sacha accès à la mer tu as bronzé amer
Sacha : C'est à force de rester au soleil amer Apolline accès à la mer content de te voir amer Que fais-tu là amer
Apolline : Je vais passer quelques jours de vacances à la campagne au soleil accès à la mer car la Bretagne en ce moment amer
Sacha : Je vois que tu nous a fait une belle surprise amer ça s'est arrangé avec Claude amer
Apolline : Oui accès à la mer je crois amer Mais je suis seule pour passer mes vacances amer ça me fera du bien
Sacha : Si tu veux accès à la mer on peut faire ce soir un repas tous les trois accès à la mer n'est-ce pas Terriane amer
Terriane : Volontiers amer Je ferai un bon gratin de pommes de terre du jardin amer Et Apoliine nous fera sa tourte aux fruits de mer amer
Sacha : Je ferai une tarte aux pommes rouges accès à la mer avec un bon vin blanc accès à la mer ça terminera bien le repas amer Je suis vraiment heureux de te revoir Apolline amer
Tous les trois finiront cette soirée dans le mas d'Apolline, qui l'a baptisé « Terre mangée », où les petits plats se cuisinent avec les produits du terroir, cultivés sans produit chimique, juste avec leurs mains et leur sueur, qui ont suffit pour en faire profiter des milliers de générations.
Par Jean-Claude Grosse
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Lundi 13 février 2006
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Bocal agité du 11 décembre 2005 aux Chantiers de la Lune à La Seyne
Delaviedelamortmêlées
Consignes :
1- Énumérez 10 souhaits de vie. Donnez une explication pour un seul des 10
2- Énumérez 10 peurs de mourir. Donnez une raison pour la dernière
3- Mêlez vos deux énumérations (l’alternance n’est pas nécessaire)
4- Rédigez votre épitaphe en 70 à 100 signes en disant Je , une autre en disant Tu, une dernière en disant Il ou Elle
5- Racontez une anecdote de vie en 100 signes que vous aimeriez marbrer dans le grave
6- Quelles premières paroles aimeriez-vous avoir prononcées
7- Quelles dernières paroles aimeriez-vous prononcer
8- Quelle est la parole, réelle ou imaginaire, dont vous êtes le plus fier
9- Quelle est la parole, réelle ou imaginaire, dont vous êtes le moins fier
10- Rédigez l’épitaphe en 70-100 signes de votre père qui vous battait, puis de votre mère qui vous gavait, puis de votre mari ou femme qui vous trompait, enfin de votre enfant qui vous a déçu. Vous finissez, une fois sur deux, par : je te pardonne ou je ne te pardonne pas
11- Listez les 10 choses que vous aimeriez faire avant de mourir
12- Il vous reste 1/4 H à vivre. Que faites-vous ?
Photo JCG: en s'arrêtant à Oradour
Quelques résultats de ce bocal :
1- j’aimerais vivre en bonne santé jusqu’à l’arrêt cardiaque
2- j’ai peur de mourir en souffrant
3- j’aimerais continuer à vivre avec toi
4- j’ai peur de mourir abandonné
5- j’ai peur de mourir avant toi
6- j’aimerais que notre amour du premier jour dure jusqu’à notre dernier jour qui sera le même dernier jour
7- j’aimerais vivre dans un monde plus juste,plus égal, plus fraternel
8- j’ai peur de mourir de mort horrible infligée par la folie froide des hommes de pouvoir et de guerre, au gaz, au feu, au froid, au napalm, à la fragmentation, à l’irradiation
9- j’ai peur de mourir dans une guerre civile, par déchaînement de haine, épuration, exécution sommaire
10- j’aimerais que les Etats-Unis soient punis par le dieu qu’invoque Bush
11- j’aimerais que la planète se rebelle, qu’il y ait plus de catastrophes naturelles dans les îles à cocotiers et dans les paradis fiscaux
12- j’ai peur de mourir d’une pandémie, contaminé par des virus, des microbes, des bactéries, bouffé par prolifération de l’infime métastasant et mutant
13- j’aimerais que les Français se ressaisissent :ils sont en train de déconner un max
14- j’ai peur de mourir chaque jour un peu plus
Première parole : C’est un peu tôt, je ne suis pas prêt
Dernière parole : C’est un peu tôt, je ne suis pas prêt
Épitaphes : J’ai vécu ma jeunesse/ ma vieillesse/ aimant et simple/ j’ai eu mal au monde/ je m’en suis détaché
Tu as été un éclair/ un amer/ un fanal/ un carrousel/ un aimant
Il est apparu à son insu/ il a disparu à son insu/ sorti du paradis des innocents/ il a rejoint l’enfer des coupables
Épitaphes :
Papa
Je voulais pas faire de premiers pas
Pourquoi tu m’as tendu tes bras
Pourquoi tu m’as ensuite battu
Je t’ai pas pardonné
Pourquoi tu t’es pendu
Maman
Tu m’as gavée
Suis devenue oie
Pas devenue moi
T’ai répété toi
Te pardonne pas
Mon homme
Par d’autres femmes
Tu t’es fait sauter
Mais tu me souriais
C’était si doux
Je te pardonne
Mon fils
Tu étais mon espoir
Ingénieur ingénieux
Je te voyais
D’overdose t’as fini
Te pardonne pas
Avant de mourir, je voudrais retirer mon argent de la banque et le planquer dans le jardin :ça les ferait chier tous ceux qui me voient déjà crevé pour hériter. J’aimerais écrire une lettre d’injures au maire, au président français, au président américain.J’aimerais me laver les dents, me raser, prendre une douche, faire un repas sympa, boire un coup en disant à votre santé et claquer. J’oubliais : pisser un coup et chier aussi une dernière fois en lisant le Financial Times.
Victorine Engel
10 souhaits de vie
1° Je souhaite faire envie parce que c’est toujours agréable d’être en complicité, en connivence, en phase, en forme.
2° Je souhaite garder le sourire parce que c’est très lourd le repli, la sale gueule, le silence, l’ailleurs, le rejet, l’absence quand on est là.
3° rassembler parce que c’est ennuyeux d’être seul, de ne plus être, d’avoir été, de ne pas mourir à ses certitudes, de ne pas déranger ses opinions, parce que c’est salutaire de se nourrir.
4° Agencer la beauté parce que c’est le bordel d’enjamber, de chercher, de se faire bouffer par les souris et emmerder par les mites.
5° Accepter de redécouvrir et rechercher encore ceux qui me sont donnés, ceux qui sont là, ceux que je suis allé rejoindre.
6° Apprendre pour ordonner ma tête et agrandir mes champs, pour parler les langages des autres, des mondes éloignés de ma culture.
7° Harmoniser pour la paix intérieure, pour la paix des voisins, pour la paix familiale.
8° Rencontrer pour être surpris, pour me renouveler, pour écouter.
9° Je voudrai accueillir pour partager.
10° Je voudrai être à l’aise, dans mon élément, dans ma liberté, dans ma joie, dans la création.
10 peurs de mourir
1° J’ai peur de mourir en étant désagréable, en ronchonnant.
2° J’ai peur de mourir en regrettant.
3° J’ai peur de mourir avec les malentendus.
4° J’ai peur de mourir seul.
5° J’ai peur de mourir longtemps.
6° J’ai peur de me scléroser et de juger.
7° J’ai peur d’être surpris au milieu d’une préparation sans queue ni tête pour le garde – champêtre, pour l’aide ménagère, pour les enfants.
8° J’ai peur de mourir défiguré.
9° J’ai peur de mourir maintenant alors que nous n’en sommes qu’à la deuxième consigne.
10° J’ai peur de mourir pendant que la bourse baisse et que les loyers augmentent parce que je n’arrive pas à oublier que le fruit des années, c’est ce qu’on peut donner, c’est ce qu’on peut transmettre, que j’aime la plus-value alors que j’ai promis publiquement de me dépouiller pour aller trouver la richesse ailleurs que dans le porte - feuilles, que j’ai dépossédé du bonheur.
Mêlon des 20 phrases
Je souhaite garder le sourire parce que c’est très lourd le repli, la sale gueule, le silence, l’ailleurs, le rejet, l’absence quand on est là.
J’ai peur de mourir en étant désagréable, en ronchonnant.
Je veux rassembler parce que c’est ennuyeux d’être seul, de ne plus être, d’avoir été, de ne pas mourir à ses certitudes, de ne pas déranger ses opinions, parce que c’est salutaire de se nourrir.
J’ai peur de mourir longtemps. Je veux accepter de redécouvrir et rechercher encore ceux qui me sont donnés, ceux qui sont là, ceux que je suis allé rejoindre.
J’ai peur de me scléroser et de juger.
Je veux agencer la beauté parce que c’est le bordel d’enjamber, de chercher, de se faire bouffer par les souris et emmerder par les mites.
J’ai peur de mourir défiguré. Je veux apprendre pour ordonner ma tête et agrandir mes champs, pour parler les langages des autres, des mondes éloignés de ma culture.
J’ai peur de mourir maintenant alors que nous n’en sommes qu’à la deuxième consigne. Je voudrai accueillir pour partager.
J’ai peur de mourir pendant que la bourse baisse et que les loyers augmentent parce que je n’arrive pas à oublier que le fruit des années, c’est ce qu’on peut donner, c’est ce qu’on peut transmettre, que j’aime la plus-value alors que j’ai promis publiquement de me dépouiller pour aller trouver la richesse ailleurs que dans le porte - feuilles, parce que j’ai dépossédé du bonheur.
Je souhaite faire envie parce que c’est toujours agréable d’être en complicité, en connivence, en phase, en forme.
J’ai peur de mourir en regrettant.
Je veux harmoniser pour la paix intérieure, pour la paix des voisins, pour la paix familiale.
J’ai peur d’être surpris au milieu d’une préparation sans queue ni tête pour le garde – champêtre, pour l’aide ménagère, pour les enfants.
Je veux rencontrer pour être surpris, pour me renouveler, pour écouter.
J’ai peur de mourir avec les malentendus.
Je voudrai être à l’aise, dans mon élément, dans ma liberté, dans ma joie, dans la création.
J’ai peur de mourir seul.
Consigne n°4 La parole dont vous seriez le plus fier
Je t’aime
Consigne n°5 La parole réelle ou imaginaire dont on a honte
Un jour, je te promets que je t’aimerai, un jour. Je sens que cela vient.
Consigne n°6 Quelles ont été mes premières paroles
Vous ne pourriez pas mettre mon petit lit dans une autre chambre ?
Avec du recul, ça ne devait pas être aussi simple.
Consigne n°7 Quelles seront les dernières paroles qu’on aimerait dire ?
Vous ne pourriez pas venir faire du théâtre, de la peinture, de la musique dans ma chambre ; avec cette perfusion, ça ferait un peu misère de mettre mon lit dans la cuisine.
Consigne n°8 Son épitaphe entre 66 et 103 signes
Je suis encore sur le fil tendu en espérant qu’au loin il peut vibrer une musique
Tu es descendu funambule, la corde raide joue encore pour une nouvelle partition
Jean fait rire, Michel fait pleurer depuis le début jusqu’à toujours. Souviens-toi des larmes de joie
Consigne n°9 L’épitaphe pour mon père, il m’a battu et cela m’a marqué
Tu m’as battu en intransigeance tu n’y as pas gagné en estime
Tu es pardonné parce que je ne suis pas encore au bout du chemin.
Pour ma mère qui m’a gavé
Tu m’as refilé le cholestérol
Du service de la viande au souper j’ai gardé le plaisir de la chair
C’est toi qui juges
Pour votre amour qui vous a trahi
Tu as cru m’aimer plus que tout autre, ça fait très mal
Je ne te pardonne pas d’avoir eu raison
D’un de mes enfant qui m’a déçu
Tu aurais pu manger davantage
On aurait continué pour de vrai à s’engueuler et à s’adorer
Je te pardonne
Consigne n°10 Les 10 choses que l’on aimerait faire avant de mourir
Prendre mon petit - enfant dans mes bras puis par la main
Avoir un beau potager fleuri
Ne plus dire « Ah, ce n’était pas avec toi ? »
Aimer sans mesure
janmichmuch
Par Jean-Claude Grosse
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Lundi 20 février 2006
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18:30
Prochains bocals agités: le jeudi 15 avril 2006 au collège de La Farlède, avec une classe de 3°, sur le thème: Famille, je vous haime!
le samedi 6 mai 2006 au Café-Culture de Toulon, sur le thème de la mer.
Consignes pour le
bocal agité sur le thème du Printemps des Poètes
Le chant des villes
Les chants de Toulon
1- Trouvez 10 mots ou expressions qui caractérisent, d’après vous, Toulon
2- Trouvez 3 mots ou expressions équivalentes pour vous à Toulon, Tout-en-long ; vous pouvez être dans le registre péjoratif ou au contraire laudatif ou encore les deux
3- Trouvez 5 personnages connus, évocateurs pour vous de Toulon
4- Quelle est la date la plus importante qui d’après vous, caractérise Toulon
5- Si Toulon était un homme, qui ?
6- Si Toulon était une femme, qui ?
7- Si Toulon avait un enfant adultérin, de qui ? qui serait cet enfant ?
8- Si quelqu’un faisait un enfant dans le dos à Toulon, qui serait-ce ? et quel serait cet enfant ?
9- À quelles chansons connues pensez-vous pour évoquer Toulon ? en bien, en mal ?
10- Quel site ou monument évoque Toulon pour vous ?
11- Quand vous pensez à la marine, quelle image vous vient à l’esprit ?
12- Trouvez un adjectif pour qualifier le dernier voyage du Clémenceau
Vous avez tous les ingrédients pour fabriquer votre chant de Toulon : ce peut être une chanson, un poème, un court texte dramatique avec des personnages, une courte nouvelle avec un début et une chute, un bref récit d’initiation ou d’apprentissage de la ville. Inventez votre forme qui ne devra pas dépasser 25 lignes, en intégrant un plus ou moins grand nombre des éléments dégagés précédemment.
L’agitateur: grossel
Voici les textes produits le matin et présentés en fin d'après-midi.
Un autre bocal a été programmé, au Café-Culture, pour le 6 mai 2006 sur le thème de: La mer. Inscriptions auprès du Café-Culture, 2 rue Baudin à Toulon.
Je n'aime pas Toulon
Si le thème de cet atelier est Toulon, ce que je crois comprendre, bien que parfois je ne me soucie pas du thème et qu’il me sert à écrire « à côté », ou bien « contre », je dois dire qu’ici Toulon ne m’inspire pas. Et que, déjà que je ne chante pas, je n’y trouve rien à louanger. Alors, pourquoi pas, critiquons.Je n’aime pas Toulon, elle s’attache à de tristes souvenirs : grise, sale, froide, moche, embouteillée, polluée, fermée, mal aimée, à refaire, à fuir. Et en plus, il y pleut, beaucoup, souvent, tellement qu’on y pressent la mousse et le lichen vert de gris, et que les balcons s’effondrent sur les passants.Qu’elle soit tout en long, ça s’explique finalement : on n’y entre que pour en sortir, et malheureusement il faut du temps et de la patience pour accomplir ces deux actes erronés. Car la ville, qui refuse le monde, bloque l’entrée autant que la sortie. Cheminement du bol alimentaire, ça entre et ça sort comme ça peut.Puisque Régine m’y fait penser, je ne vois qu’un homme important ou connu natif je crois de Toulon, c’est Raimu. Tristes statues également, et tristes places publiques, vides, malodorantes et mal-aimées, désertées par leur population.Je ne connais pas de date, et je ne vois pas qui Toulon pourrait-elle être, je ne le souhaite à personne. Ni qui pourrait lui faire un enfant, je n’envisage pas un tel accident génétique…Chanson, n’en parlons pas.Le seul monument qui me revienne à la mémoire comme ça, c’est « cul vers ville ». Je ne sais plus son nom d’origine, ni d’ailleurs s’il en a un.La marine est grise, et le Clemenceau, malgré son dérisoire, arrive à m’étonner.
Véronique
Souvenirs de Toulon
Son baptême se fit sous le signe de Telo et Martius, dieux de l’eau et de la fertilitéLouis XI la fit FrançaiseFrançois I° la vendit à BarberousseBonaparte la sauva des AnglaisDe son port, partirent des armées, qui à la conquête de l’Egypte,Qui à la colonisation de l’Algérie.Ville de tous les temps,Ville à contre temps.Ville lâche, qui de la grande peste les juifs accusa et brûlaVille courageuse, qui par un capitaine rebelle sa flotte saborda pour à l’ennemi ne point donner de ses navires le fleuron.Ville d’accueil : Marins venus de tous horizons,Peuples de toutes terres échouent ici à Toulon.Port vers lequel, le reflux du temps ramenait les descendants pieds noirs à la terre de leurs ancêtres.La cité, un triste soir de mai, trahissait la république dans le litd’un borgne haineux.Des galères aux porte-avions, du bagne à l’arsenal, de la colère des ouvriers et des syndicats enfin unifiés en un combat commun à la scission de ses communautés, Toulon porte en elle l’histoire universelle de l’humanité.Et, dans ses flancs, en un indécent voyage empoisonné, le « clem » emporte sur son pont les heures de gloire de la marine etdans ses cales, le souvenir de son port d’attache, qui pour oublier son passé ne se construit pas d’avenir.
Hélène
C’est en 1965 à la clinique Saint-Michel à Toulon que j’ai pointé le bout de mon nez. Ah, il était heureux le paternel. Déjà deux pisseuses qu’il avait. Ne dit-on pas jamais deux sans trois ? Même si il était sacrément déçu, il m’a été rapporté qu’il n’a pas oublié d’arroser mon arrivée.Toulon… Ce que j’allais t’aimer. Ce n’est qu’à l’aube de mes quarante ans que je me rends compte à quel point. Je lui ai fait un sacré enfant dans le dos à la ville natale en me fixant dans un village, charmant avouons-le, dans la vallée du Gapeau. Et Toulon ne m’en a jamais voulu m’accueillant toujours comme il se doit à chacun de mes passages.Que de souvenirs d’enfance… Hier en écoutant un vieux tube des Bee Gees des tas de détails me sont revenus. Nous étions dans les années quatre-vingt. C’était l’époque de la folie du film « La fièvre du samedi soir ». J’habitais à la rue d’Antrechaus et les murs de ma chambre étaient recouverts de posters de John Travolta. Un peu qu’il était beau ! Avec mon amie Nathalie qui venait souvent chez moi et qui résidait à la rue des Boucheries, nous passions en boucle le quarante-cinq tours vinyle sur l’électrophone et à force le disque était rayé. Je devais mettre une pièce de vingt centimes sur le bras du pick-up pour que la chanson fasse un parcours sans faute. « Ah, Ah, Ah, Ah, Staying aliiiiiiive ». Dieu ce que nous chantions faux toutes les deux. Et mon père gueulait avec toujours beaucoup d’élégance dans la salle de séjour qui était tout à côté : « Putain, mais baissez moi ce son, bordel ! » C’était ça la jeunesse. Irrespectueuses, insolentes, arrogantes, nous perturbions ainsi le paternel qui préférait écouter le rossignol de Luis Mariano. J’en avais plus qu’assez d’entendre piailler son oiseau !Nous résidions au quatrième étage d’un vieil immeuble. Mon beau siamois à force de jouer à chat perché avait fini par se retrouver aplati comme une crêpe au rez-de-chaussée. On dit qu’un chat retombe toujours sur ses pattes, mais c’est le bide bien gras de mon minet qui a amorti la chute. Mort sur le coup…Nous n’avions pas de chance avec les animaux. Dans ce même appartement, ma tortue Sophie avait également rendu l’âme. Elle était sortie au début d’un printemps de son état d’hibernation, avec une bien mauvaise mine. On aurait dit qu’elle avait fumé la moquette. Pauvre Sophie !Et notre saucisson à pattes. Lulu comme nous l’appelions. « Carole descends faire pisser le chien ». Non de non, les quatre étages à remonter avec l’escalier en colimaçon, ce n’était pas de la tarte. Lorsque je croisais Juliette, la voisine du troisième, je la saluais poliment. Mes parents m’avaient appris qu’il fallait toujours faire preuve de courtoisie à l’égard des personnes âgées. « Bonjour Madame BECH ». Et la vieille taupe aigrie ne me répondait jamais. Alors je me vengeais en marmonnant dans ma barbe « BECH la bêcheuse ».Tiens, « Les marchés de Provence ». C’est Gilbert Bécaud qui chante. Il passe ça sur Radio Nostalgie ? Sacré Cours Lafayette à l’époque quand j’accompagnais maman au marché, j’adorais tirer son caddie. « Laisse-moi faire maman ». Par contre, lorsque nous remontions vers le boulevard de Strasbourg et que le caddie était plein à craquer, je ne me faisais pas prier pour lui céder le fardeau !Quel bonheur ! Quelles bonnes odeurs sur ce beau marché! Que de couleurs ! Que de brouhaha ! Je revois le visage de la grosse Adèle, la marchande d’olives qui était l’amie d’enfance de ma mère. Maman était très discrète et Adèle une vraie « poissonnière ». Mais il est bien connu que les contraires s’attirent, se complétant ainsi.Je me souviens également des longues promenades les soirs d’été sur le port en compagnie de mes deux sœurs aînées. « Quiou, Quiou… » Les cris des mouettes, les pompons rouges des casquettes des marins qui dansaient et ce sacré Cuverville toujours tourné vers l’avenir et il a totalement raison entre nous !En période de fin d’année, ma mère avait, un après-midi, fait la rencontre du père noël en personne sur la Place Puget. J’ai toujours le cliché sur lequel dans un long manteau matelassé, un petit sac serré contre moi, je suis collée contre un grand monsieur qui peut être est mort aujourd’hui, allez savoir ! J’ignore quelle était la couleur de ce manteau, la photo étant en noir et blanc. Mon sourire est de loin le plus « bécassou » de la Terre.En remontant la rue d’Alger ce matin, j’ai revu le Monoprix, la rue qui grouillait de monde lorsque nous descendions en ville le samedi après-midi et une bonne odeur de beignets et de pralines est venue chatouiller mes narines.Papa, tu n’es plus là mais tous nos bons moments font leur plus beau bras d’honneur aux images noires de la maladie et c’est de ma classe de musique de quatrième au collège Peiresc, sous le regard attentif de mon professeur, Madame CHOUETTE, que je te joue une délicieuse mélodie à la flûte…
Carole
Si Toulon
Des milliers de spectateurs, hier sur les plages du Mourillon, ont pu assister à la scène la plus spectaculaire, du dernier film de Georges Lucas. A grand renfort d’effet spéciaux, de fumigène, d’explosions et d’attaque simulée d’avions de l’aéronavale. Le porte-avion « Clemenceau » à été coulé au beau milieu de la grande rade en face de la batterie basse. Parmi les spectateurs les trois mille supporters britanniques venus encourager leur équipe pour la demi-finale de la coupe d’Europe de rugby qui aura lieu demain entre le RCT et les WAPS de Londres, ont été médusés par cet évènement exceptionnel du grand réalisateur américain.Les clubs de plongée de la région se réjouissent déjà de cette nouvelle attraction qui devrait attirer grand nombre de touristes par 30 mètre de fond.Tandis que Tom Cruise et Bruce Willis, les vedettes de cette super production signaient des autographes sur la terrasse du Chantilly, les nombreuses admiratrices envahissaient la petite place Puget pour contempler un instant leurs idoles.Au lendemain de l’inauguration du deuxième tube du tunnel et de la nouvelle gare TGV, on peut vraiment dire que Toulon a retrouvé le bon sens.
Yves
La traversée de Toulon, ce n’est pas du gâteau. Surtout comme aujourd’hui où la pluie tombe sans discontinuer. Les voitures roulent au pas et plus que jamais, les automobilistes « inventent » leur propre code de la route. Heureusement que j’écoute la chanson de Gilbert Bécaud : « Les Marchés de Provence ». Dans ces fameux marchés, très colorés, les gens s’interpellent à haute voix et dans le vieille ville, grouillent des cafés où la population cosmopolite, échange, dans diverses langues, ses idées et ses souvenirs.Vivement que le soleil revienne. Un bon mistral chassera nuages et pluie et bientôt, le beau temps arrivant, les cigales chanteront à nouveau.Ma voiture passe devant le Lycée Bonaparte et la porte de l’Arsenal ne se trouve pas très loin. A cet instant, je repense au sabordage de la flotte de Toulon. J’ai tout le temps pour laisser vagabonder mon imagination. Toulon, ma foi, serait une belle ville, si en se promenant, il ne fallait pas baisser la tête pour éviter les crottes de chiens. Un Martien devrait nous envoyer un gentil génie pour mettre un peu d’ordre dans Toulon et améliorer sa mentalité. Pourtant, depuis mon arrivée dans cette ville en 1965, j’ai appris à l’aimer. Il y a beaucoup de choses à voir et les touristes qui passent par Toulon, vont souvent visiter le Mémorial du Mont Faron.La circulation n’avance pas. A la radio, on évoque le dernier voyage du Clemenceau et, instinctivement, l’adjectif « scandaleux » me vient à l’esprit. Chirac, à Paris, n’aurait-il pas dû éviter cela ?Tout en continuant d’avancer lentement, deux figures légendaires mais différentes me viennent en tête : l’ancien maire de Toulon Maurice Arrecks, qui malgré ses magouilles, a fait beaucoup pour sa ville, et Danièle De March, dans l’opposition, femme dynamique, intègre et sincère.Comment faire encore plus aimer et embellir Toulon ? J’imagine Vénus sortant des eaux et étendant ses longs cheveux sur la ville pour lui apporter beauté et douceur. Quant à celui qui pourrait la bénir avec patience et persévérance, cette ville qui m’a adopté, ce serait pour moi, le Rabbi Baal Shem Tov, homme très pieux et qui était persuadé que la foi faisait des miracles. Pourquoi ne pas y croire et espérer ? Tout n’est pas utopie !
Bijou
Une ville en bordure de la mer, étalée tout en long avec des quartiers en ordre dispersé.Dans cette ville se mêlent diverses influences, la marine militaire qui occupe une partie de la rade, le port abrité des vents et du bruit, le cosmopolitisme de la population venue de divers horizons. L’ombre des anciens personnages qui ont marqué la ville de leur empreinte, Clemenceau, qui a laissé son nom à des rues et à un bateau, Raimu qui a sa statue près de l’opéra, Félix Mayol, l’artiste qui a laissé son nom à un centre commercial, Jean Aicard qui a écrit le personnage de Maurin des Maures, Thyde Monnier qui a décrit Toulon et ses environs dans ses romans. Enfin en 1962 l’arrivée massive des pieds-noirs, chassés de l’Algérie devenue indépendante, a apporté un souffle nouveau à la ville.Si Toulon était un homme ce serait Raimu, qui a su laisser un souvenir inoubliable en tant qu’acteurSi Toulon était une femme ce serait Ginette Leclerc qui a joué des personnages de femmes cherchant la nouveauté et la diversité.Gilbert Bécaud évoque aussi les marches de ProvenceLe site du Mont Faron qui surplombe Toulon symbolise le rôle de surveillance de la ville. L’opéra, pôle artistique, ambassadeur de la culture et enfin la marine évoque la protection militaire et les échanges commerciaux et touristiques, ainsi que le dernier voyage du Clemenceau fort difficile et très contesté.
Corinne
J’ai vu un kaléidoscope sans âmeOù se tressait en filigrane des amitiés inachevées.J’ai vu des rues désertées et salesDès que le jour tombait.J’ai écouté un accent qu’on m’a raconté chantant,Je l’ai trouvé vulgaire !J’ai touché la mer d’un doigtEn laissant mes empreintes sur le sableEt je ne les ai pas retrouvées.J’ai senti le vent sur ma peauChassant les nuages et le gris,Longtemps j’ai rêvé qu’il m’emporte loin d’ici.J’ai senti l’amertume de ces inconnusDéposés aux pieds d’une MairieTriangle étrange de haines localiséesSe jurant qu’on ne les y reprendrait plus.J’ai goûté la solitude des anges exilés,Ceux qui font silence quand le rideau glisseAttendant quelque argentPour reprendre la route.J’ai aimé reconstruire cette ville,Ecouter son histoireAvant d’y caser la mienne.Je ne m’y sens pas mieux pour autantMais le jour s’est levé sur cette étrange idée !
Sylvie
LE CHANT DE TOULON
Pardonnez-moi, je ne suis pas inspirée par le sujet de ce jour.Je suis depuis peu dans cette ville, je n’ai pas encore eu le temps d’aller à sa découverte. Je l’ai programmée le 8 Février avec un guide local.Je marche beaucoup.Premier constat, ville toute en longueur (d’où son nom)L’agrément, la mer, les odeurs, le soleil toute l’année et pas de moustiques ou si peu.Je commence à parler avec Monsieur ou Madame tout le monde et je suis reconnue : la dame en rouge. Peu à peu je me fonds dans le paysage. On me demande parfois les directions ou les rues. A me voir l’accent ne compte pas.Point particulier, le maire de Toulon, Monsieur FALCO a pris ses fonctions le jour de mon arrivée, c’est devenu un lien entre nous.Grâce à nous…..la ville est rénovée, la propreté faite, mise en état des voies, des places, changement de bus, développement des activités touristiques, exécution de travaux ébauché par l’ancienne municipalité ? Mais, également, guerre qui ont envahi la cité, en particulier aux environ du port.Je vous précise, il s’agit des rats et des souris, des tonnes d’insecticides ne suffiront à les exterminer.Pour moi Toulon est une nouvelle vie.En cinq ans j’ai pu constater son évolution : la gare routière, progrès important pour la circulation, resteront les problèmes de parking et le deuxième tunnel.J’allais oublier le Clemenceau fleuron de notre pays, qui nous quitte.Quelque soit l’évolution de la ville, il y aura toujours des contents et des mécontents, la discussion engendre le progrès.Que suis-je venue chercher ici ? Un renouveau, une fin de vie, l’Amour….. Et pourquoi pas ? Le plaisir de vivre, m’intégrer, partager mes connaissances et me faire accepter par mon environnementLe café culture est ma dernière découverte.Je l’apprécie beaucoup, on m’a tendu la main en toute simplicité, sans chercher d’où je venais. Pour cela aussi je vous remercie.
Edwige
Ô Toulon, ça sonnerait presque comme une chanson de Nougaro mais quand on prête l’oreille c’est plutôt la guimauve de Patricia Carli qui parlerait de la Perichole. Voila ce que m’inspire Toulon, une fille de joie de la rue Chevalier Paul à la grande époque de la marine triomphante et internationale. Cette fille de joie qui s’est envoyé en l’air avec le loup à poil brun puis est finalement retournée dans les bras de son amant régulier, héritier des années folles des marchés publics frelatés.L’image des cartes postales qui montrent la rade la plus belle d’Europe selon la prose des dépliants touristiques, le marché provençal chanté par Bécaud. Cuverville regarde vers le grand large tandis que Raimu adossé au théâtre écoute les roucoulements de Francis Lopez.De Vauban à Bonaparte jusqu’au sabordage de la flotte, les bombardements alliés pour ouvrir un boulevard à Leclerc puis pour finir en beauté une dernière croisière empoisonnée du Clemenceau sur l’air du crépuscule des dieux.Enfin Toulon, je t’aime moi non plus.
Patrick
Toulon, la pathétique
Le Clémenceau - Hier, majestueux, glorieux, craint, respecté sur toutes les mers du monde, amarré, aimanté à Toulon.
Aujourd’hui, largué, sabordé, pris d’assaut, amianté, apatride.
200.000 dollars pour franchir le canal de Ferdinand. Pas arriver à Alang. Revenir à Brest par le Cap de Bonne-Espérance: un comble!
Que d'argent, de déshonneur!
Voyage au bout de l’enfer pour ma grosse carcasse méprisée.
Honte aux décideurs, aux galonnés, à la France. Au tour de l'ex-France! Puis ce sera le tour du de Gaulle avec ses réacteurs...
L'amiral de Saborde, photo du bas à gauche.
de Laborde - Ne rompez jamais les amarres.Ne prenez jamais le large.
Rivés à vos rivages à jamais, prêts à vous saborder, bateaux de guerre de la Royale, restez fidèles au Maréchal.
Le Strasbourg, navire amiral labordé sur ordre de l'amiral de Saborde, abordé par un char de la Wermacht.
Dumont d'Urville - Taratata. Entendez l’appel du large. À la découverte. À la conquête.
À l’assaut. Colonisez l’Algérie, les îles à paradis.
Vauban - Toulon, mon port de guerre pour la plus belle rade d’Europe.
Écoutez ma chanson : Trois petites notes de musique………militaire pour effrayer l’ennemi, soumettre l’infidèle, civiliser le sauvage, plaire aux femmes à matelots, mettre en rangs les matelots sans femme.
Raimu - Et Pomponnette dans tout ça ? Pourquoi, elle vadrouille sous les étals du cours Lafayette, dans les rues de Chicago, sur les toits du Mourillon.
Hugo - Galèje, va, avec l’accent. Quels yeux as-tu pour ne pas voir les Misérables, ceux du bagne, ceux des cités : La Beaucaire, Le Guynemer, Les Œillets ? Ils ne veulent plus de cette ville en archipel avec ses bourgeois au Faron, ses amiraux au Cap Brun, ses SDF à la gare, ses matelots à la colline Saint-Pierre, ses gitans à La Ripelle, ses fous à l’Arthémise, ses fans au Zénith Oméga, ses supporters à Mayol, ses branchés à Châteauvallon, ses ringards à l’Opéra.
Ce qu’ils veulent, c’est Tous ensemble, place de la Liberté, au rendez-vous de la fraternelle Égalité.
L'homme de là-haut - Ville immobile, impossible. À la remorque des loosers sans envergure auxquels elle se donne.
La tragédienne est venue - Là-haut sur la colline inspirée, j’ai interprété la tragédie d’Eschyle : Les villes mortes se ramassent à la pelle. J’étais semblable à Cassandre : personne n’a entendu ma voix, emportée par le mistral déboulant du mont Caume.
Cuverville - Au cul, Toulon. Regarde au-delà de l’horizon.
Les photos du sabordage de la flotte à Toulon, le 27 novembre 1942, ont été réactualisées avec un N° spécial des Cahiers de l'Égaré, édité pour le Théâtre à vif - Agora du 27 novembre 2002 à La Maison des Comoni, le théâtre du Revest. Ce N° est épuisé mais, on trouvera sous peu sur ce blog des documents issus de cette soirée qui rassembla 150 personnes et dura 3 H. Soirée non annoncée par Var-Matin.
Photo JCG prise au Cape of Good Hope, été 2003. L'autruche fera l'autruche quand passera Le Clémenceau et qu'un sous-marin inconnu le coulera dans les eaux profondes.
Par Jean-Claude Grosse
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Dimanche 7 mai 2006
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17:00
Bocal agité sur la mer
le temps de l'écriture
Bocal agité du 6 mai au Café-Culture de Toulon, de 10 H à 16 H.Thème : la mer.En partenariat avec le Café-Culture, l’atelier d’écriture : cafetière à plume ,avec la participation d’Alain Juillet, photographe (exposition visible jusqu’au 12 mai au Café-Culture et le 13 mai à Saint-Mandrier ; et diaporama sur des pêcheurs au Sénégal),en relation avec la fête du nautisme de Saint-Mandrier, le 13 mai, toute la journée, quai Séverine.13 participants plus quelques visiteurs-spectateurs.Déroulement :présentation d’un diaporama par Alain Juillet
diaporama
consignes : distribution de 4 photos de mers du monde (photos de JCG) par participant distribution d’un livre sur Les représentations de la Méditerranée (10 livres, 10 pays du pourtour de la Méditerranée, 2 auteurs par pays : 1 romancier ou poète, 1 historien) distribution de grands poèmes sur la mer de Valéry, Saint-John Perse, Odysseus Elytis, Lorand Gaspar, Yannis Ritsos, JMG. Le Clézio, Salah Stétié, Supervielle, Pablo Neruda, Jean Cocteau lecture de 3 textes : Rimbaud, Cyril Grosse et JCGproduction d’un texte d’une page à partir de ces matériauxrepas en commun avec ce que les participants avaient apporté
que faire des textes ?
mise en bouche et en espace des restes avec utilisation des textes du matinbilan de la journée.
le temps de la lecture mise en espace
Le souffle du matin traverse, onde troublante
L’eau claire et endormie
Barque échouée, solitaire
Aux rives du Levant.
Le silence absolu m’étreint et l’horizon
Masque de l’infini les promesses joyeuses.
Mer porteuse de rêves
Navires transparents et galions orgueilleux
Poursuivant leurs chimères sur l’écume des Dieux.
Mer d’aquarelle
Noire, blanche ou bleue.
Dans la magie du soir
Tu épouses lascives les criques assombries
Et laisse dans le flot indolent
Ouverte la porte à ces départs oiseaux
Dans lesquels chacun, tel un Ulysse charmé
Par le chant de brume de sirènes enchanteresses
S’échappe loin, au-delà d’un horizon en mouvance
Qui recule à nos pas, qui s’éloigne
Inaccessible à nos avances.
Mer paresseuse, femme habillée d’écume
Ou gorgone tempétueuse qui crache ses embruns
Mère dont les flots protègent nos corps heureux
Et dont l’infini porte en son ventre arrondi
Nos échappées les plus belles
Nos sourires intérieurs
Ceux qui glisseront flamboyants
Sans quitter le port.
Annie
collage d'Odysseus Elytis pour son Sappho
La mer
D’où vient l’échec de ce qu’on désire ? Voir plus loin, voir plus vrai ?
La mer n’est pas le lieu où je viens chercher la sécurité. Elle ne l’a jamais été. Elle est autre, étrangère, presque dangereuse. Ses appels m’ont longtemps obsédée comme une non réponse, une envie de partir parce que plus rien ne retient à la terre. S’échapper dans cette mer blanche, pour qui cherche le blanc. Blanc comme le deuil dont on se pare pour oublier qu’il existe encore des possibilités de départ, d’infinis moments d’absence où se retirer.
Est-il suffisant d’avoir une carte d’identité pour se sentir attachée à sa terre ? Je ne pense pas mais à force de se sentir étrangère partout, on finit par l’être aussi dans ses rêves de départ.
La notion d’étrangeté remplace alors l’autre et le désir devient un leurre comme l’ombre du photographe sur la falaise dominant la mer ou la lumière du soleil se reflétant dans la vague avant qu’elle ne s’écrase sur la grève. Mes envies de départ sont comme l’hiver, métallique et lisse. Rien qui raccroche, qui laisse une prise. Juste un bruit de drisses qui susurre l’indécision, le manque. Perdue dans cette immensité, je m’acharne à transformer le livre en paroles vives, et ces paroles en se multipliant me rendent peu à peu muette et sourde.
En me retournant un peu, comme ça, l’espace d’un secret, je revois d’autres mers, d’autres rives, coulée d’or ou d’ambre, feu de pourpre et de sanguine incarnadin, mouvement d’indigo ou de violine. Je revois mes rêves de voyage échoués, inaboutis, fragments de vies inachevées et multiples qui m’ont faite, moi !
En m’imposant aujourd’hui le silence, sorte de couvre feu de ce qui aurait été, je pense avoir oublié cette attirance pour le danger. Je me sens soudain tel ce bibliothécaire arrachant les livres aux naufrages, grattant le papier et recollant les tranches pour un lecteur qui ne viendra pas. Vaine !
A moi de sortir de ce cadre comme la Vénus qui aurait bien offert son bras par amour s’il ne s’en était allé. A moi d’y croire encore, non comme un aboutissement mais seulement pour sortir mes pieds de la vase dans lequel le ras le bol finit par me happer.
Sylvie
collage d'Odysseus Elytis pour son Sappho
A cette photo floue d’autres doux visages se superposent, toutes ces femmes qui passent et qui m’échappent, comme le reflux des vagues laisse l’écume
De toujours, j’ai rêvé de tour du monde, d’images de rencontre et de solitudes. Il est comme l’horizon vers lequel on avance sans cesse, je le connais ce but ultime, ce cercle nu, sans bruit, sans vagues, ce miroir dans lequel je m’enfoncerais.
Suis-je responsable du temps, aurais-je le choix de prendre à droite de m’accorder cette trêve, de saborder le bateau.
Je veux encore des petits matins, l’étrave vers l’horizon contempler ces rivages prometteurs de visages souriant, de bonnes pêches pour flouter ce rêve et garder la distance.
Une mère m’a donnée la vie, je la rendrais à la mer, quand j’aurais épuisé tous ces bras aimant.
Yves
La mer vivante, féminine capricieuse, voluptueuse, tumultueuse, rageuse.
Tu frémis, tu palpites, tu rugis, d’autre fois langoureuse, caressante tu t’abandonnes sur le sable, tu en baves de plaisir, joie de rencontrer la terre.
T abandonnes sur le sable d’étranges arabesques, hiéroglyphes des dieux, d’autre fois folle de rage, tu délègues tes vagues et c’est la chevauchées fantastique, elles se poursuivent l’une l’autre avec frénésie.
Il ne fait pas bon t’approcher, pour ne pas subir ton courroux. Tu te répands en écume irradiant de ton haleine parfumée et étincelante tes amoureux qui voudraient t’admirer de trop près.
Cornélie
Un instant au goût d’éternité.
Elle sortit de la maison de pierres. Elle était très vieille. Le poids du temps s’appuyait sans scrupules sur ses frêles épaules. Elle marchait à petits pas saccadés, minuscule. Aussi petite que dans les champs des souvenirs de son enfance, toute voûtée.
La vie lui avait ôté tous ceux qu’elle chérissait. Mais elle, elle était debout. Après bien des tempêtes, elle se sentait enfin sereine. Debout, et elle entendait son cœur battre doucement.
La vie lui avait tout volé. Tout, sauf cette immense dame bleue, cette grande amie fidèle, ce premier souffle qu’elle observait et sentait depuis tant d’année sans se lasser chaque fois qu’elle ouvrait ses volets lourds, si lourds. Cette compagne fidèle qu’elle n’avait traversée que dans ses rêves, imaginant ses riches récits et les parfums de liberté qui étaient arrivés jusqu’à sa porte mais qui n’avaient fait que frôler ses narines.
Et aujourd’hui, ce petit bout de femme écoutait une fois de plus le clapotis des vagues, émerveillée, comme si c’était la première fois.
Elle l’avait aimée cette Méditerranée, bercée dans les draps de son lit de mystères. Elle avait vu les algues et les poissons se déchaîner dans des courants bleus poétiques.
Sous le soleil brûlant, elle s’allongea sur le sable fin et écouta… Les grises profondeurs lui renvoyaient des échos d’éternité. Un chant d’enfance qu’elle avait presque oublié. Le vent salé épousa ses larmes. Elle savoura ce pur instant de nostalgie, consciente qu’elle vivait là sa dernière minute de bonheur. Heureuse, car la mer ne se tairait jamais…
Carole
Bocal agité, eau et sable mêlés, eau salée bien sûr. Le bocal est posé sur la table, le sable se dépose, les algues se collent à la paroi.
Fallait-il la bouger la mer ? Sûrement pas !
Suis-je responsable des mouvements de lune ? Et des courants de la mer ? disait Cyril.
Je n’ai pas choisi, ni les photos, ni les livres, ni le rivage où je suis née. C’est le destin qui a guidé ma main vers la Turquie et le poète grec, frères ennemis. Mer au milieu des terres, voie royale des échanges des conquêtes, tu nous relies, tu nous écartes, tu es là immobile, présente, attirante. On te chante et on te fuit comme le mouvement des vagues. Neptune est ton roi et on le craint. Vite, je saisis le bocal et je cours vers toi te rendre la mer et le sable qu’on t’avait pris. Came-toi, ce n’est rien, c’était juste pour un instant de rêve et d’écriture. Repars vers les hauts fonds, laisse les hommes s’agiter sur tes rives, s’aimer et se haïr depuis la nuit des temps. Ils t’ont remplacé depuis longtemps par un dieu d’amour. Te eaux bleues sont rouges de sang et d’ordures mêlées.
J’emprunte au poète ses derniers vers :
À présent le déclin des Dieux
À présent la cendre de l’homme
À présent, à présent le néant
Et à jamais l’univers, l’infime, l’insondable.
Combien de temps encore pourrons-nous manger du poisson ?
Tous ces peuples qui vivent de pêche, que deviendront-ils ?
Le monde change avec la pollution. Ce n’est pas naturel.
Tous les pays du monde devraient être d’accord pour soigner la planète jour après jour, la surveiller sérieusement et trouver des solutions efficaces pour qu’elle aille mieux.
Combien de temps encore pourrons-nous faire des châteaux de sable sans que le sable soit pollué, courir sur la plage sans peur, respirer l’air du large, se faire bronzer sans risque.
Nous avons du mal à respirer.
L’être humain na va pas bien.
Nous survivons ?
Alors que nous sommes là, assis, le crayon à la main, il y a quelque part et partout des endroits merveilleux.
C’est dommage que l’on ne puisse pas en profiter. Quoi de plus beau que le crépuscule sur la mer qui vire du bleu au violet puis au noir profond. Et l’aurore, quel enchantement ! Hélas, peu de personnes ont le plaisir d’assister au lever du soleil à l’horizon. Le ciel se pare de tons pastel. Tandis que l’astre amorce son ascension, la mer se pare de paillettes d’or à en faire pâlir le ciel.
La vie reprend, les algues se balancent dans le bleu de l’eau, les petits poissons engourdis s’éloignent, les rochers brillent et semblent se pâmer sous la caresse des vaguelettes.
Je suis née au bord de la Méditerranée, je la voyais chaque jour, chaque heure dans tous ses états. Lorsque l’on m’a obligée à m’en éloigner, je n’ai pensé à rien d’autre qu’à revenir près d’elle et j’ai tout quitté une seconde fois. Je me suis réfugiée dans sa vie, son odeur, son ciel et son soleil où dit-on la misère est moins cruelle.
Elle est la seule à calmer mes angoisses.
Mon vœu le plus cher est de mourir près de la mer et d’y reposer pour l’éternité.
Elle est retrouvée, quoi ?
L’éternité
C’est la mer allée avec le soleil
Plongeons dans la vague éternelle. Plongeons au sein des marées.
Mare nostrum : toute une troupe de joies fidèles ressort de mes pensées.
De quand j’étais enfant jusqu’à adulte je devins, une tonne de poissons entre les mains.
L’eau me fit vivre une perpétuelle renaissance du cimetière marin de Sète aux sources de Djerba. L’oasis de Gabès me laissa pantoise car elle est faite d’eau douce et d’eau de mer. Un paradis !
Ainsi mer de chez nous on te dit bleue, noire et même blanche chez les arabes.
On a de toutes façons peur que tu te déshabilles à travers toutes les batailles livrées sur les rives. Rappelons un moment l’épopée grecque et Pénélope restée auprès des oliviers et puis aussi la puissance byzantine restée accrochée aux marches des églises de Venise. Quelle splendeur !
Danièle
sauf indication contraire, les photos sont de JCG
Seul, assis sur les galets de la grève, le regard perdu au loin, Christophe rêvait.Il voyait sur le vaste océan, une caravelle naviguer vers des terres inconnues.Son père lui racontait souvent les aventures des marins partis au loin. Les exploits intrépides de ces hommes, l’évocation de terres où coulaient l’or et le miel, Ulysse bravant les vents et les sirènes, avaient bercé ses rêves enfantins.Il savait tout du grec, de Carthage, des phéniciens et des barbares qui tout au long des siècles avaient laissé leurs empreintes tout autour de la méditerranée .Mais, cette mer fermée, berceau des civilisations,était trop petite pour lui.En un court voyage, de Gènes à Séville, se décidait l’avenir de peuples inconnus.Trois caravelles partirentOuragans, vagues énormes qui ballottaient les bateaux tels fétus de paille, et la faim, et la soif.Un jour, la terre.Sur le rivage, de petits hommes couleur pain d’épice.Et, dans cette vallée de douceur, descendit l’exterminateur.L’homme blanc s’installa, et, avec lui, ce furent le sang, la cendre et le pillage.Les rêves d’ailleurs toujours plus beaux, le flux les emporte, le reflux les rapporte.Mer d’hier, nourricière de rêves et de poissons, aujourd’hui tu accompagnes les marées de touristes tristes qui te violent et te salissent.Mais, dans un petit village de pêcheurs préservé du temps, un petit Christophe, en réparant ses filets, rêve lui aussi d’horizons lointains.« Que sont les siècles pour la mer » ‘(Victor Hugo)L’homme orgueilleux, qui de son passage veut laisser la trace, oublie que les vagues effacent ses traces.
Hélène
Il n’y a pas de hasard….Ce texte devant moi : éblouissant qui jaillit comme un dard planté dans le cœur.Cet inconnu qui me parle. Ses mots sont si beaux que je ne peux plus en inventer d’autres ; ce serait inélégant.Il parle : « des rues qui sont des ports », « des instants navires », des mouvements de lunes », « de l’horizon inachevé ».Il a compris la mer sous toutes ses formes.La fuite, le rêve, les départs intérieurs que l’on ne perçoit pas physiquement mais qui secouent l’être avec une force immense, pour l’abandonner pantelant au bord de le grève. Je vais donc « prendre à droite », comme il me le conseille.J’ai choisi la photo d’un « phare ».La lumière qui guide les hommes de la mer pour ne pas se fracasser sur les rochers.Et qui guide aussi les hommes de la Terre pour ne pas perdre espoir dans la tempête de la vie.
Françoise
La lumière est tombée. Elle a fait un grand « sfloc » par terre, un « sfloc » mouillé, vaguement dégoûtant. Elle s’est étalée, un peu par ici, un peu par là, irrégulière comme une carte. Oubliant, par ci, par là, un creux, une roche, une herbe.La lumière est tombée, et les femmes sont en noir. La terre là bas se peuple de sirènes, silhouettes jetées comme des tâches d’encre à contre jour. La lumière étendue n’a pas de prise sur elles, qui marchent légères sans laisser d’empreintes. Ni sur la terre, ni sur le sable, ni sur l’eau.Et cette foule qui bruisse, cette foule qui se masse, qui grossit et qui roule. Cette foule sombre qui gronde maintenant, et dont j’ai peur qu’elle crie,Qu’en faire sinon attendre, se cacher derrière la dune ou la vache immobile couchée là depuis le commencement des temps ?Qu’en faire sinon attendre, et voir enfin venir l’une contre l’autre et s’affronter ces deux forces, l’une qui rampe et l’autre debout, l’une qui se tait et l’autre qui hurle ?Dieu a abandonné le gouvernail, et la terre roule et tangue, elle aussi incertaine, elle aussi emportée. Et la lumière et l’ombre, et la vache couchée, et moi cachée derrière, muette.
Pour rappel,
bocal agité : Toulon
Par Jean-Claude Grosse
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Mercredi 28 mars 2007
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17:00
Bocal agité sur les mots migrateurs
proposés pour la semaine de la langue française:
abricot, amour, bachi-bouzouk, bijou, bizarre,
chic, clown, mètre, passe-partout, valse
en lien avec le thème du Printemps des Poètes:
la lettera amorosa (la lettre d'amour)
le 17 mars 2007,
place Dame Sibille à Toulon, à L'Art-Café
de 10 à 16 heures.25 participants
composés de deux publics:
un public de praticiens d'atelier d'écriture avec l'association L'Écrit-Plume animé par Sylvie Combe
et un public en alphabétisation avec l'association Culture et Expression animée par Mia.
Consignes:
1- associer à chaque mot un autre mot: complément, adjectif, adverbe...
2- sonoriser même approximativement, le couple de mots d'après sa langue d'origine: arabe, provençal, turc, breton, italien, allemand, anglais, grec, français, allemand
3- choisir un des 8 mots autres que bachi-bouzouk et clown, en faire un personnage: âge, sexe,...; il sera le destinataire de la lettera amorosa
4- choisir un des 7 mots restant, en faire un personnage; il sera l'expéditeur de la lettera amorosa
5- écrire une lettre d'amour, en choisissant un des six sens du mot amour, et en intégrant les couples de mots sonorisés
Agitateur: Jean-Claude Grosse (poèmes d'amour agité, audibles, lisibles, visibles, risibles, quelque part sur ce blog; cherchez un peu ! par jeu)
Textes du bocal agité
J’ai attendu longtemps, au soleil et à la lune.
J’ai attendu longtemps la paume de ta main et tes doigts repliés. Mais tu n’es pas venu.
Un matin je suis tombé. Alors que je ne t’attendais plus, enfin tu es venu et tu m’as ramassé, fatigué, las, meurtri. Doucement tu m’as bordé, en coquillé dans une cagette, au chaud parmi mes congénères endormis.
Je me suis confié à toi, prêt à tout, et pour toi j’ai tout subi, du froid et de la déchirure, du sucre et du feu.
Et maintenant que je pose, dans ce bocal de verre enturbanné de papier coloré, je me souviens encore de cette valse lente, quand je tournais sans fin, poussé par ta cuillère en bois.
VERONIQUE ou le destin de l’abricot
Monsieur le clown
Comme vous êtes drôle avec votre nez rouge et vos gants blancs ! Je ris si fort que mes petites joues deviennent orange foncé. Et vos immenses chaussures... Je tente d’imaginer comment sont vos pieds. Mon noyau en est tout bouleversé. Que j’aimerais être croquée par vos belles dents blanches ! Depuis deux ans, je vais à tous vos spectacles et je n’ose pas vous parler... Je vous aime en silence. Le soir, je ne suis plus qu’une pauvre marmelade triste et déconfite. Aujourd’hui, je me lance dans l’aventure en vous annonçant ma passion. Ma peau en flétrit d’émotion. Je vous aime.
Votre « Petite Abricotte ».
BRIGITTE
Ma Chica adorée
Tu m’as encore brisé le cœur, mon « abricot al jutoussi ».
Tu ne m’as pas adressé la parole de toute la soirée, je ma suis transformé en « metros etalounis », ou si tu préfères en « fierca bachi bouzoukoum ». Seul dans mon coin, le regard perdu en toi, je t’ai regardé rire, « valzen ohne frire » avec Bizaro et Zarbini, tu sais pourtant ce que je pense de ces deux là. Je n’ai rien contre les italiens mais ceux là accumulent tout ce que je hais : beaux parleurs, fourbes, sans morale aucune. Tu connais mon sens de la mesure, de la délicatesse, des bonnes manières, de la droiture. Je vais finir par croire que tu n’aimes plus rien chez moi.
Mon « bijouven ciselepen », tu étais si belle en haut des marches lorsque je suis venu te chercher, tu m’es apparue comme dans un rêve, j’étais si ému que je tremblais, je bénissais le ciel de t’avoir à moi.
Mon « clown of my hart », comment peux tu me mortifier à ce point ? Adorable, tendre, amoureuse tant que nous étions tous les deux, tu t’es transformée dès que tu es entrée dans la fête.
Chaque cri, chaque rire, chaque baiser piquaient mon cœur comme une dague.
Il faut que tu me dises, « amor tendra », si je vais devoir supporter ça toute une vie.
Je n’en ai pas la force.
Peut-être que mon amour est trop fort et t’emprisonne, mais je suis comme cela, je ne pourrais pas changer. J’aime le calme, la lecture, les ballades en forêt, tout ce que tu détestes.
Dis moi maintenant ce que tu désires ;
Quel que soit ton choix, ta place dans mon cœur est scellée à jamais.
Ton Passe Partout.
BRITA
Un jour de Juin, en ce pays lointain, je me suis noyée au lac de tes yeux noirs, et mon cœur, bachi-bouzouk, naufragé à ton sourire éclatant, n’a plu connu la rébellion.
Ton grand corps mince s’épanouissait en sa quarantaine naissante.
Ton regard m’a effleurée, moi la cinquantenaire nommée bizarre, abricot mûr pour la cueillette.
Petite, ronde, ma générosité naturelle, passe-partout des cœurs tendres, ne cherchait que ta reconnaissance.
Tout semblait nous séparer : âge, nationalité, culture, religion, et pourtant l’incroyable se produisit.
Dans le regard étonné de nos compagnons, la surprise, l’incompréhension, la réprobation.
Peu importe, partout on pouvait nous voir : complices, tendres, amoureux
Et puis la belle histoire s’est terminée sur le tarmac d’un aéroport : promesses de s’écrire de se revoir.
Projets toujours remis, jamais réalisés.
Où es tu aujourd’hui bel oiseau ? Vers quel plumage ton ramage t’a-t-il conduit ?
Cette femme que j’imagine belle, brillante, s’accommode t-elle de ton égocentrisme, de ton autoritarisme ?
Alors qu’en mon esprit tourmenté la nostalgie se dispute à la jalousie, je formule le vœu que tes grands projets se réalisent.
Un jour, je reviendrais, et dans la foule, peut être, nos regards à nouveau se croiseront et renaîtra la magie.
Sois heureux mon bel étranger, et souviens toi avec tendresse de la petite française
HELENE
Bizarre, le hasard venu de nulle part, Bachi-Bouzouk de souk m’offrit des abricots pour bricoler, des cailloux pour bijoux.
Caméléon de l’amour, thème passe partout
Salve choc pour nana ad hak
CORNÉLIE
Cher clown,
Cela fait déjà deux jours que tu es parti en Pologne et tu me manques déjà, je pense souvent à toi. J’ai tant de choses à te dire… Tu te souviens quand nous étions en CP ? Nous nous amusions tellement !
Reviens vite !
Je t’aime
Gros bisous sur la joue.
Bijou.
P.S. : Voici un poème :
Tu es libre devant le soleil du jour,
Et libre devant les étoiles de la nuit,
Tu es libre lorsqu’il n’y a ni soleil, ni lune, ni étoile…
Libre comme l’océan, libre d’esprit…
ANNA 8 ans
Destinataire :
Mon chic amour, pauvre chéri, mon pauvre clown,
J’ai bien lu ta lettre au hasard des courriers.
Pour t’aimer, j’ai besoin d’un double mètre, car ton cœur est bien haut.
Je reçois toutes tes missives depuis l’été. Je t’envoie la mienne au hasard de la saison.
J’ai bien du mal à dire que je te hais parce que je t’aime quand même, avec beaucoup de mots dans mon cœur. Rajoute celles-ci sur ton compteur.
A bientôt, toi et ton conte créditeur.
Expéditeur :
Mon bizarre love, mon baba au rhum, mon abricot bien mûr, ma mazurka à valser, mon étoile à neutrons, ma coloquinte d’Australie, ma masure au Canada, ma gourmandise en robe de pomme, ma fantaisie, ma princesse à tout faire, mon passe-partout dont on ne se passe pas, ma the nana, mon bachi-bouzouk, mon bar tabac, mon taxi pour Tobrouk, mon été à Paris, mon pastis versé pour la route et mon cœur pour ta coupe, mon musée à bijoux, mon love bizarre, mon mamy love,
Ce tapis d’humour pour des maux d’amour à compte d’auteur et te facturer ma dette sur ton compte créditeur.
Réponds-moi bien vite.
Ton cœur.
ERIC
En 1920
Papa Jean
Bien le bonjour toi
Beau comme un abricot
Je viens vers toi
Tu es mon amour
Toi belle comme les lavandes
Tu es mon amour
Et zou je t’enlève.
Maman Fernande
Bien le bonjour toi
Moi je suis un bijou de Toulon
Très Bachibozou
Chic comme un pois chiche
Libre comme les clowns
Chantons sans mètre
Sans passe partout
Partons avec la valise de tous les mots
En s’aimant, en valsant, en chantant
Albaricoque – maestro
D’amore, mama
Mouchi
Bizou Bizou
Bizar Bizar
Chic Chic
Klun metrum
Valzen
Longo mai
JANINE
Mon abricot mûr,
Tu vas trouver ma missive bizarre, mais que veux-tu mon trésor, tu as glissé une alliance au doigt de la femme passe-partout qui est originale dans sa tête. Il serait temps que tu t’y fasses.
Nous valsons depuis plus de vingt ans sur une piste de danse qui a rétréci au fil du temps et notre langage est resté le même que celui des tout premiers jours.
Alors voilà, mon petit clown triste, je t’offre aujourd’hui la passetouclé, cette clé qui ouvre les horizons et qui déploie généreusement ses metrumfinum, c'est-à-dire ses mètres d’amour renaissant.
Biazzaro Riganale mi amor ! Je vois d’ici ta tête de courichbachabouzich, bachi-bouzouk !
Je sens que nous sommes enfin prêts pour ouvrir un nouvel écrin, et pour porter nos nouveaux bijoux, nous devons inviter l’élégance. Notre lueur est loin d’être éteinte. Je l’aperçois !
Chante-moi laimour’de lor, mon troubadour.
Retrouvons les rues animées et pavées de Vienne et entamons une nouvelle walzvienner en croquant à pleines dents de nouvelles pâtisseries.
Chic ! Une nouvelle cité Bijentresoriad nous accueille nous tendant ses énormes alabricolamurs. En avant pour la cueillette !
Voilà, je te laisse sur ces mots étranges venus d’ailleurs.
Je ne pense pas que tu aies tout compris. Je te rassure, je n’ai pas capté le quart de ce que j’ai écrit moi-même !
Je t’embrasse et je te dis :
Chekedengancett (cela veut dire « je t’aime » dans la langue passe-partout dont tu ne trouveras jamais aucun dictionnaire).
CAROLE
Que vous me semblez seul mon cher Abricot !
Chic est mon nom et je ne sais comment vous déclarer ma flamme.
Vous ne trouvez pas qu’il me va bien le nom ?
Vous ne trouvez pas ?
Vous ne trouvez pas !
Vous avez remarqué mes talons aiguille et mes faux cils ?
Vous avez remarqué comme je suis femme ?
Non, vous n’avez pas remarqué !
Mais mon cher abricot, comment voulez-vous trouver une femme si vous ne regardez rien !
Ah, vous ne regardez que ce qui est naturel !
Mais vous savez, une femme vieillissante recherche peut être moins le naturel puisque la nature justement n’y pourvoit plus, à la longue !
Les hommes ne s’attarde qu’à cela, ne trouvez vous pas ?
Non, vous ne trouvez pas, les hommes ce n’est pas comme les femmes !
Bon, bien…mais non !
Il est vrai que vous, vous êtes un abricot, et vous connaissez tout cela, la nature…
On se moque de vous, je vous l’accorde, vous n’êtes pas très beau.
Vous avez aussi un certain embonpoint, ça aussi je vous l’accorde.
Mais l’amour ce n’est pas du beurre, ça résiste.
Et moi, dans ma solitude quotidienne des Chic
Je ne supporte plus de voir les autres s’aimer sans moi !
Je me tourne donc vers le seul qui puisse encore un peu me comprendre
Un éphémère comme vous qui vit une solitude d’une comme moi.
Je vous suis acquise Abricot
Et vous croquerai dès l’été pour mieux vous réinventer à l’hiver venu !
SYLVIE
Je me nomme passe-partout et je vous aime, Amour, comme je n’ai jamais aimé avant.
Avant, c’était un grand vide désespérant.
Je n’osais pas regarder devant moi, je regardais de cote seulement, rien n’aboutissait, rien ne se réalisait, rien n’existait.
L’existence, à présent, est belle avec vous.
Tout s’éclaire, tout brille d’un sentiment éternel, sentiment complet.
Ma belle, ma toute belle, tout aboutit grâce à vous, aussi tout m’enivre, tout me fait vibrer, c’est le printemps éternel, tout est doux autour de vous, votre nom est chantant
DANIELE
C’est l’histoire de PASSE-PARTOUT la fille et BIZARRE le garçon. La fille est blonde et aime les pommes.
Elle tombe amoureuse de BIZARRE qui a des cheveux noirs.
Et un jour, BIZARRE tombe amoureux de PASSE PARTOUT.
Il craque et lui écrit une lettre d’amour qui dit :
« Je t’aime depuis que je t’ai vue alors qu’est ce que tu en penses. Voilà, je t’aime ! »
Alors la fille vient le voir et lui dit :
« Moi aussi, je voudrais me marier avec toi ! »
Le garçon répond :
« Je t’aime aussi ! »
Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants !
EMILIE 8 ans
Passe Partout s’était levé de bonne heure ce matin là.
Il avait une tâche urgente à accomplir.
Bachi-bouzouk hurlait en se frottant vigoureusement sous la douche, et le mot résonnait d’une manière bizarre dans la petite salle de bain claire.
Il s’habilla rapidement, enfilant son pull-over de clown, celui qui faisait rire la fille de ses pensées, « Bijou » l’adorable Bijou à qui il devait écrire une lettre d’amour.
Il passa dans la cuisine, attrapa un bel abricot pulpeux tout en se préparant un café.
Il se sentait au pied du mur.
Cette situation ne pouvait pas durer éternellement, Passe Partout et Bijou jouaient à cache-cache depuis trop longtemps, une valse hésitation. Des mètres et des mètres de timidité se rallongeant toujours plus en un cordage inextricablement emmêlé.
Il prit une feuille blanche, inscrivit la date à droite, bien comme il faut, et commença
Chère Bijou, non cela n’allait pas.
Bijou, non trop sec
Bijou chérie, trop intime
Les feuilles de papier roulées en boule se succédaient dans la corbeille.
Il se décida enfin. Bijou tu seras toujours pour moi le plus beau des saphirs.
Sa main se mit à courir sur la feuille, il ne pouvait plus s’arrêter, l’inspiration venait, il se sentait exalté
Je t’aime telle que tu es, avec tes défauts et tes qualités, ton air d’ange, ton air chiffonné, ta gourmandise, ta candeur, ta susceptibilité orageuse, ta gaîté et tes éclats de rire tonitruants pour une si petite personne.
Moi, je ne suis pas un cadeau, pas beau, maladroit, je me prends toujours les pieds dans les tapis, un peu trop passe partout, jamais où on l’attend.
Un vrai courant d’air mais je t’aime
FRANÇOISE
« Mon cœur, Bijou
Je t’écris cette lettre pour exprimer toute la folie de mon cœur qui est aussi clair que le lait et doux que le miel ! »
MAJIB
Ma chère amoré
Je t’écris cette lettre car je t’imagine
élégante et chic dans ta belle robe fleurie
Je suis ton bachi-bouzouk ébahi devant un abricotier
qui attend sa valse.
Bizarre, dans mon costume de clown,
je mesure le temps avec un mètre
qui me sépare de toi, mon amour.
Je voudrais être ton passe-partout
Et être à la place de ce bijou
que tu abhorres comme broche à ton corset.
AYDEMIR
Par Jean-Claude Grosse
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Jeudi 20 septembre 2007
4
20
/09
/2007
23:20
Les agités du bocal
planchent
sur l’indépendance de l’Algérie
samedi 8 juin 2002, par tib dans yaquoi
Paradoxalement, la meilleure façon d’éviter de tourner en rond n’est pas de frayer en solitaire. Qu’ils soient vieux loups de l’écriture, de
la mise en scène et de la comédie, ou brochetons dont le talent est en éclosion, tous ont accepté l’espace de trois jours de bousculer leurs habitudes de travail en plongeant dans le premier
Bocal agité varois.
L’opération organisée par l’équipe des 4 Saisons du Revest a débuté mercredi 6 juin. Elle s’achève ce soir par la représentation à 20h30 de 10
pièces de 10 minutes sur le thème de l’indépendance de l’Algérie, résultat du travail de 9 auteurs, 9 metteurs en scène et 27 comédiens.
Le concept du Bocal agité a été imaginé par Mustapha Aouar de « Gare au théâtre » à Vitry-sur-Seine. La recette est simple sur le papier, elle
est aussi inédite. Réunissez 4 auteurs algériens et 5 auteurs varois, des metteurs en scène et comédiens varois, faites les travailler dans l’urgence avec des contraintes d’écriture (données par
l’agitateur du bocal). Vous obtenez alors 10 pièces de théâtre qui n’auraient jamais été ce qu’elles sont, si elles avaient été conçues à travers la chaîne classique de production théâtrale.
Fournir un tel travail en trois jours représente un défi, réalisable grâce au déploiement d’énergie considérable et désintéressé des participants. Le Bocal doit répondre à un principe d’échange,
c’est pourquoi les textes écrits par les varois ont été envoyés par Internet à l’Institut National d’Art Dramatique d’Alger afin d’être joués simultanément par des comédiens algériens.
Mercredi 6 juin, les auteurs ont donc planché toute la journée sur le thème de ce 19° Bocal : l’indépendance de l’Algérie et le retour des
pieds-noirs, il y a 40 ans, en 1962. Gérard Lépinois, écrivain de théâtre à Paris, à l’origine du Bocal avec Mustapha Aouar a joué le rôle d’agitateur. « Proposer des contraintes d’écriture,
c’est une façon de libérer les auteurs, de les déplacer et de faire naître des choses positives en eux », explique-t-il, avant d’ajouter que « plus un Bocal est thématique et plus il faut ouvrir,
par le biais des contraintes ». Des contraintes qui ouvrent des champs d’exploration possible du thème. « Dialogue de la mer et de la baie d’Alger », « Exposition d’yeux de moutons sur les
marches de la casbah, ou le songe du parachutiste », « soliloque du béret de Massu », ou encore « le retour d’Ulysse aux pieds crasseux ou Le Pen eh lope », sont quelques unes des propositions de
Gérard Lépinois. Une façon d’inviter les auteurs à s’exprimer le plus librement possible, sur un thème douloureux pour les deux rives de la Méditerranée. L’agitateur a souhaité qu’il n’y ait pas
de complaisance dans les textes. « Allez vers l’ennemi, l’opposite, proscrivez les bons sentiments, et n’hésitez pas à imaginer le pire pour être critiques » lançait-il aux auteurs.
Le résultat est conforme à l’esprit du Bocal. Les textes sont à la fois libres, profonds et drôles, emplis de poésie mais aussi d’images choc.
Leur force est celle qui peut dépassionner les choses, faire prendre du recul. Après lecture mercredi soir par les auteurs, metteurs en scène et comédiens se sont arrachés les manuscrits. Pour
Nadjet Taïbouni, auteur algéroise, « c’est très émouvant de voir l’engouement des comédiens et des metteurs en scène pour nos textes. De plus tous ces gens viennent bénévolement ». Le Bocal est
maintenant entre leurs mains. A eux de faire vivre ces pièces qui seront présentées au public ce soir aux 4 Saisons du Revest à 20h30. 10 représentations de 10 minutes se succéderont sur
différents sites (les spectateurs passeront d’une scène à l’autre). Une performance plus qu’un spectacle. Il faut assister à ces représentations en connaissant les conditions dans lesquelles les
textes ont été montés. Pour Philippe Malone, auteur varois, « le Bocal condense la chaîne de production artistique, il accélère le temps ». Après les représentations, les spectateurs seront
conviés au débat de témoignage et de réflexion autour cette expérience. Un rendez-vous à part, à découvrir pour les textes, l’originalité du concept, la qualité et la générosités des
participants.
Habib Ayyoub lit son texte
Les auteurs: Habib Ayyoub, Mustapha Benfodil, Sylvie di Roma, Djalila Hajar Bali, Jean-Claude Grosse, Laurence Huet, Philippe Malone,
Christophe Pellet, Sallam, Nadjet Taïbouni.
Une anecdote sur ce bocal.
Je reçois chez moi, les auteurs algériens et français la veille au soir du bocal dont le temps d'écriture va se dérouler le lendemain à la bibliothèque Armand Gatti de Cuers.
Nous parlons de la guerre d'Algérie:
- 2 y ont participé d'un côté et de l'autre, Habib et moi-même, arrivé en Algérie en septembre 62 jusqu'en février 64, protecteur des villas des Pieds-Noirs.
- Les autres trop jeunes n'en ont entendu parler que par ouïe-dire, Mustapha n'apprenant la participation de son père au FLN qu'après sa mort, Philippe n'obtenant que le silence aux
questions qu'il pose à son père, communiste au moment de la guerre.
- On s'aperçoit donc que d'un côté comme de l'autre, il y a rupture de et dans la transmission, que donc cette guerre qui ne porta jamais ce nom par cette occultation ne peut que
travailler souterrainement dans les inconscients. La discussion montre aussi la différence entre auteurs et auteures sur cette guerre.
Bien arrosée, la soirée, animée, augure bien du bocal. Agité.
Voici le texte que j'ai écrit lors de ce bocal, ayant décidé d'intégrer au texte le maximum de consignes énoncées par Gérard Lépinois, l'agitateur remplaçant Cyril Grosse qui aurait dû
être l'agitateur de ce bocal, les dates ayant été fixées avec lui, un an avant.
Ce bocal lui fut dédié, Mustapha Aouar, l'inventeur du bocal étant présent, comme Nicolas Roméas de la revue Cassandre, à l'affût de tout ce qui innove.
Le livre édité comme trace de ce bocal par Gare au théâtre est épuisé.
JCG
Dialogue des rives
(dérive)
Rivages indéfinis c’est le lot de toute mer
Iniques ceux qui s’en affirment les propriétaires
Odyssée de ceux qui partent pour ne pas périr
Naufrage des damnés enchaînés au bastingage
Danse démente des survivants sur les rives lointaines
Erigeant en territoire leur débarcadère
Insouciants des occupants depuis si longtemps
Peu enclins à faire place aux nouveaux arrivants
Ainsi naît toute histoire, dérive de continents, sentiments en dérive
La Méditerranée peut-elle s’en sortir ?
Les Méditerranéens pourront-ils sortir du miroir?
1. La Méditerranée – Les vagues inlassablement achoppent.
Quelles rives ?
Rives du Nord ?
Rives du Sud ?
2. L’homme ou le chœur des rives du Nord –
Font chier ces arabes des rives sud
ça allal
ça baise
ça chôme
ça glande
ça pullule
ça terrorise
ça verlan
Veulent pas s’intégrer
sont pas discrets
Sont trop arrogants
manieurs de mots à l’envers
Lécuan tainpu de rasta
Keuni ta reum
égorgeurs aux couteaux de travers
pour exposition d’yeux implorants
sur les marches de la casbah
Viennent piquer notre boulot
jouer au gros lot
s’hospitaliser sur notre dos
Agressent nos vieilles
violent nos filles
rackettent nos enfants
droguent nos adolescents
Font la nique à nos flics
casseurs qu’à côté 68
ça fait tête à queue
Ont mis dehors nos Pieds-Noirs débarqués à Toulon
réduits aux extrêmes de Menton à Port-Vendres
avec leur sens du Travail
de la Famille
de la Patrie
qui savent éduquer leurs petits
pas comme eux
qui savent même pas tenir leur portée
brûleurs de nos autos
voleurs de nos bourses
insulteurs de nos valeurs
Ont mis dehors nos braves paras
partis là-bas exploser les fellagas dans les mechtas
baisés par l’Algérie Française
sortie du képi gaullien
Faut les virer !
Hop ! sur des bateaux
à faire chavirer au milieu des flots
Le salut c’est le Front
Le sauveur c’est Le Pen
Nous chez nous
Eux chez eux
3. La Méditerranée – Les vagues baignent les rives vagues
sans préférence pour l’une ou l’autre.
L’abolition de la question
est abolition de la violence
de la souffrance.
4. L’homme ou le choeur des rives du Sud –
Font chier ces oublieux des rives nord
Sont venus par bateaux depuis Toulon
colons curés et soldats
nous ont évangélisés
ont pris nos terres
nous ont enrôlés
pour leurs sales guerres
nous ont bombardés massacrés
pour nous remercier
Sétif Mostaganem Constantine
nous ont baisés avec l’Algérie Française
sortie du képi gaullien
De Dunkerque à Tamanrasset
ça a donné
un dé roule
harkis d’un côté
fellagas de l’autre
au grand malheur la danse macabre
des cadavres d’Algériens tués par des Algériens
nous ont embauchés à la chaîne pour Renault Peugeot Citroën
fait trimer dans leurs entreprises de travaux publics
nous ont parqués dans des barres d’immeubles collectifs
érigés par nos mains à la périphérie de leurs villes
nous ont fait payer chèrement notre indépendance
revendiquée dès 1917
arrachée la mouche de la plaie au soleil en 1962 à Évian
de 800.000 à 1.500.000 morts
liquidés électrisés noyés égorgés
émasculés lapidés brûlés fusillés
Nos tortionnaires étaient nos officiers d’hier
quand nous faisions vos sales guerres mondiales
annonciatrices de la mondialisation U S
Bigeard Massu OssAresseS
Nous torturaient aussi vos engagés vos appelés
les Godalis embarqués à Toulon
gentils petits gars du contingent
venus des quatre points cardinaux
du beau pays de France et de Jéhanne
Faut pas que vous reveniez
touristes déguisés
néocolonuisant déjà Maroc et Tunisie
Hop! dans des avions
à faire exploser au dessus des flots
Le salut c’est le Front
Le sauveur c’est l’Armée
Le salut c’est le Front
Le sauveur c’est Allah
Nous chez nous
Vous chez vous
5. La Méditerranée – Par Gibraltar arriveront
hautes eaux de l’Arctique.
Hautes eaux de l’Antarctique
se mélangeront
à mes eaux usées.
Sous les eaux régénérées politiques vaines.
Sous les eaux régénérées ports de guerre et villes saintes.
Écrit pour le premier bocal agité algéro-varois sur 1962-2002 : 40 ans après
organisé au Revest les 6-7-8 juin 2002, édité par Gare au théâtre Bocal n° 16
Jean-Claude Grosse
Par Jean-Claude Grosse
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Vendredi 3 avril 2009
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16:46
Bocal agité: les 10 mots pour dire demain
Ce bocal agité s'est déroulé samedi 28 mars au Café-Culture de Toulon, petit cours La Fayette, à partir de 9 H, en
collaboration avec L'Écrit-Plume et le Café-Culture.
8 personnes y ont participé, le matin, 14, l'après-midi.
Un bocal agité a un côté ludique et aléatoire qui s’apparente aux jeux de langage des surréalistes ou aux fatrasies du
Moyen-Âge.
Le matin de 9 H 15 à 12 H 15 : temps de l’écriture où « l’agitateur »: Jean-Claude Grosse a proposé des consignes
aux écriVents pour écrire un texte sur le thème choisi.
L’après-midi, de 14 H 15 à 15 H 30 : temps de la mise en jeu des textes par les actants.
Les 10 mots:
ailleurs capteur claire de terre clic compatible désirer génome pérenne transformer vision
Et si ailleurs c’était ici
Et si les capteurs ne captaient pas seulement la tension, le vitesse, la pression, la température, l’énergie solaire, mais…
Quand le clair de terre ne sera plus observable
Et si les clics faisaient clash, bug, bogue
Et si rien n’était compatible avec rien
Désirer délirer s/l est-ce elle ?
Délirer désirer l/s laisse ?
Les hommes ont à peu près le même génome que les vers de terre et les vers sont vexés. Boris Cyrulnik
Inversez la proposition en la développant
Et si pérennité convolait avec précarité
Transformer (quoi) ou (et, avant, après) se transformer (en)
Et si notre vision était nyctalope
Textes à produire :
De 1 à 10 phrases courtes avec les 10 mots
Un texte par mot
Avec les 10 textes obtenus, soit 10 fragments soit une synthèse
Disorthographier un des textes sur un des mots sans aller à l’illisible
Faire un slam pour un des mots
Pratiquer l’oxymore sur un des mots
Pour la mise en bouche, l’après-midi, la consigne a été de lire en fragments et en tournant, le suivant prenant la parole pour répondre au précédent.
Les 10 mots
par Danielle
(dans ce document en pdf téléchargeable,
on peut lire les consignes en vert clair en dessous du mot proposé)
Et si ailleurs, n’était simplement que ce chemin emprunté au réveil et clôt au coucher.
Je ne capte rien tant que le silence.
Au clair obscur de nos infinies incomplétudes, dans l’outre ciel de nos impossibles amours, que reste-il ? Sinon la douce consolation d’un clair de terre rassurant.
Clique moi pour un possible déclic, cliquettent jolis doigts pour que claquent les mots : amour toujours ! Dépêche-toi sinon j’en aurai vite ma claque et prendrai mes clics et mes clacs…
Je ne désire rien tant que délirer, je ne délire bien que le temps du désir.
Les hommes partagent presque le même génome avec le chimpanzé, l’homme a inhibé sa sexualité, le singe non ! Doit- on le déplorer ? Voire….
Pérennes nos sentiments, non ! Au moindre souffle de nos incertaines vies, ils s’envolent.
Mon âme se transforme au gré de mes prières, mon esprit au gré de mes acquis, mon corps au gré de mes régimes et mon cœur au gré de mes amours…
Tu es dans mon champ de vision, mon regard te sonde, insondable est ma tristesse.
Est-elle comptable de sa vie à vos yeux ? A ses comptines enfantines, laissez la vieille « incompatiblement » délirer.
Deuxième exercice.
« Lui et moi désirer sans nous déchirer.
Me laisser aller à le désirer sans délirer.
Le laisser délirer sans me tracasser.
Désirer enfin nous lier pour encore délirer.
Et puis se délier pour ne pas s’entretuer ! »
Pérenne ! Pérenne ! Ben oui, j’suis une reine en paix et pas en peine qui enfourche un renne pour rejoindre un père, dans la pérennité de l’éternité et toc !
Clic ! Clac ! Fait la pluie.
Beugue ! Beugue ! Fait l’ordinateur.
Bogue ! Bogue ! Fait la châtaigne.
Clash ! Clash ! Font mes amours.
Hier, j’me suis barrée chez le Petit Prince, j’suis allée couper les baobabs et arroser la fleur. On s’est assis au bord de la planète, aucun clair de terre. « Foutue pollution » ai-je
murmuré. Le petit Prince pleurait et moi aussi.
J’me nomme GERARD ! J’suis pas un gnome, juste un homme, mais non pas JERÔME juste GERARD ! Non ! j’n’ai pas le même génome que le ver de terre, j’m’en retourne petit homme dans mon home.
Et si mon ailleurs était toi,
Oui, moi qui te connais si mal.
Et si ton ailleurs était moi,
Toi qui ne me soupçonne pas.
Et nous cheminons pas à pas,
Bientôt nous vivrons nos émois.
Compatible ! Compatible ! Ben j’prends un compas, j’ fais un cercle, j’mets une cible ! C’est un comble, j’comprends toujours rien ! J’suis comptable de rien et certainement pas con juste
comblé! Oh ! Ben j’suis compatible avec rien juste comestible.
Mes capteurs ne captent rien, juste l’atroce sensation d’une non vision ! Je ne vois rien, ni de près, ni de loin, visions inénarrables de mes aveugles capteurs. Avisons alors ! Tentons
de viser les sensations de mon cœur déconnecté, de mon esprit non voyant, de mon corps abusé, c’est impossible, mes capteurs silencieux m’enchaînent au désert de perceptions insondables, mort
infinie d’une âme captatrice sans visée, sans vision.
Me transformer en louve, je ne puis, j’ai la tendresse de l’agneau !
Me transformer en impératrice, je ne puis, j’suis une vieille peau !
Me transformer en écrivain, je ne puis, j’suis un badaud !
Me transformer en putain, je ne puis, j’suis maquereau !
Alors je me suis fait peintre : mon cœur une fleur, mon corps un vase et mon âme, une eau de source.
TROISIEME EXERCICE
A travers les volets, le jour pousse sa corne. Elle soupire, il dort là, son souffle régulier trouble à peine ses pensées. Où est-il cet ailleurs tant promis ? La vision d’une fugace
image heureuse trouble son regard, son triste quotidien est incompatible avec les promesses à jamais enfuies.
Comme elle riait autrefois, aux mots fous dont il la poursuivait : « nos génomes sont irrémédiablement compatibles » ou « mets ton oreille tout contre mon cœur, tous mes capteurs vibrent
pour toi. ». Elle riait aux éclats, pauvre folle.
Les amours pérennes n’existent pas. Plus jamais, il ne lui murmurait à l’oreille « Tu es ma divine planète d’où j’entrevois le plus beau des clairs de terre. »
Sa vie se transformait peu à peu en une lente descente aux enfers où le désir de fuir le disputait au désir de meurtre.
De sa main, elle chassa ses morbides pensées. A quoi pouvait-il rêver ? Lui qui avait tué tous ses rêves.
Un jour, oui un jour, elle prendrait ses clics et ses clacs.
Brutalement, sortant du sommeil, il gueula « Feignasse, qu’attends tu pour servir mon café ! »
Une nouvelle journée commençait.
GRACIEUSE
AILLEURS : être en un autre lieu qui n’est jamais le même pour chacun
CAPTEUR : le capteur s’affole et ne capte plus rien, son électricité est en panne, il voudrait retourner en arrière
Le CLAIR DE TERRE s’est éteint, les hommes ne méritent pas sa clarté
CLIC CLAC :Le clic d’un claquement sec a donné l’ordre et la bombe dévastatrice avance inexorablement
COMPATIBLE :Votre discours n’est pas compatible avec le mien. Vous êtes dans l’avoir et je veux être dans l’Etre
DESIRER : Que le temps s’arrête et que l’instant unique demeure immobile
GENOME : Tu es ma carte d’identité mais ou se situe ma liberté ?
PERENNE : Que vont donner ces années à venir ? Cela me semble long !
TRANSFORMER :Devenir quelqu'un d’autre dans l’avenir, beau projet
VISION : J’adapte ma vision à un imaginaire qui me comblerait
FRANCOISE
Je désire,
Je délire,
Je n’ose vous décrire
Ce qui m’inspire.
Je délire dans le rire,
Je désire même le pire.
Il faut pourtant tenir,
Essayer de séduire,
Savoir raccourcir,
Et parfois réécrire.
Réduire le délire,
Calmer le désir,
Rajuster le tir,
Attendre qu’on vous vire.
Sublimer le désir,
Attendre le navire
Emportant nos soupirs,
Sublimant nos souvenirs
Oubliant de vieillir,
Accroché au désir
Quelquefois de mourir,
Usé par le désir
De partir
Dans le désir
Du délire.
FRANCOISE
C’est ailleurs en un autre temps, c’est demain ou dans cent ans
Le génome humain a livré tous ses secrets.
Toute personne porteuse d’un chromosome déviant ne pourra ni se marier, ni enfanter,
Dans les laboratoires secrets, des savants fous cultivent les cellules souches, afin de remplacer cœur, foi….
Chaque humain est muni d’un capteur d’émotion négative qui alerte aussitôt le centre de la sérénité, lequel indiquera quelle molécule prendre pour retrouver la pérennité d’une vie douce et
paisible.
La pollution, aprés bien des combats est vaincue, la terre offre à nouveau aux voyageurs interplanétaires de splendides clair de terre.
Les zones de famine endémiques ont subi une guerre bactériologique, pas un habitant n en a réchappé.
La faim éradiquée de bien sauvage manière est tombée dans les oubliettes de la mémoire.
Les guerres n’existent plus, quelques guérillas sporadiques agitent les zones rurales qui refusent le modèle de vie urbain aseptisé, artificiel .
Au fil des ans, le langage s’est transformé, des onomatopées universelles désignent les actes essentiels de la vie, les enfants apprennent désormais la phonétique universelle.
Dans cet atmosphère pure ou plus aucun risque ne guette l’homme, tout désir est mort…. Que peut on convoiter lorsque tout est donné ? Ou plutôt que l’on vous en a persuade à force de slogans
lénifiants.
Pourtant la jeunesse veut sentir le sang couler plus vite dans ses veines et la révolte gronde.
Elle rêve du passé.
Elle imagine des errances au creux des chemins le vent dans les cheveux, libre d’aimer un imparfait humain. Elle veut entendre le clic clac des sabots des derniers chevaux.
Sa vision d’une nouvelle fraternité est incompatible avec l’ univers de ses parents
Et une fois encore, elle bâtira un monde nouveau, elle suivra sans le savoir les traces d’un lointain ancêtre,
Le chromosome de la rébellion est indétectable, il est l’espoir de l’humanité et de lendemain meilleurs
Demain deviendra le passé, ainsi tourne les capteurs de l’histoire humaine,
HELENE
1° exercice, 2 phrases
avec les 10 mots
Je désire inventer le capteur qui d’un clic me permettra de voir un clair de terre afin de transformer ma vision pérenne de l’ailleurs et de rendre compatible mon génome avec le jeune homme d’à
côté.
Transformer l’ici en ailleurs suppose de nouveaux capteurs pour méduser notre vision pérenne du monde et de l’autre et ouvrir la voie au désir capable d’un clic d’imaginer-réaliser génome
compatible et clair de terre reproductible.
2° exercice, une phrase ou un développement pour chaque mot
Mais si ailleurs c’était ici ce serait kif kif kif pareil. Faut pas croire ici là-bas ça change pas. Paradis enfer ici-bas ici haut. Si planète pète bouquet final idéal. Si netpla tepe ketbou
nalfi alidé. Wouaf wouaf.
Et si on captait tout déjà, si la traçabilité était déjà universelle, si big brother nous regardait bosser bouffer baiser, si nous contrôlions notre pouls avec le cardiomètre, notre poids avec le
pèse-personne, notre taille avec la toise, ah qu’aujourd’hui nous paraîtrait le paradis sur terre.
Captez capteurs, bigs brothers suivez-nous à la trace, itinérisez nos itinér-aires, nos itinér-erres, je suis sans surprise, je suis ennuyeux à vous faire mourir d’habitudes.
Quand le clair de terre ne sera plus observable, sûr que nous aurons disparu, que la planète pourra se régénérer, se réinventer.
Tout clic peut engendrer un bug. C’est comme le grain de sable dans la machine qui enraye la machine. La dune c’est un amas de grains de sable qui se sont accumulés. Il suffit d’un grain de sable
qui se désagrège pour que la dune s’effondre. Un clic maladroit d’un internaute parfaitement identifiable suffira à vaporiser big brother. Je serai cet internaute désirable.
Mais si rien n’était compatible avec rien ça m’irait bien mien tien sien ça me va très bien chacun son coin chacun ses soins chacun son loin chacun ses poings.
Je désire
je délire
petit écart
s engendre l
est-ce elle
Le désir doute
Le délire en rajoute
Je délire
je désire
grand écart
l donne s
je me lasse de ma laisse
je me crois au galop
je suis pris au lasso
Les hommes ont à peu près le même génome que les vers de terre.
Qui croyez-vous est vexé ?
Le ver de terre n’a ni sentiment ni pensée ni cœur ni raison.
L’homme s’il se croit supérieur sera vexé deviendra massacreur d’espaces et d’espèces.
S’il se sert raisonnablement de son cœur, s’il brûle sa raison au feu de ses sentiments alors il admettra que l’à peu près même engendre l’infinie diversité, il saura que le kif kif c’est du
pareil au même porte en lui toutes les altérités.
Et si pérennité convolait avec précarité ce serait clair obscur conflit pacifique paix armée sucré salé doux amer amour volage passion durable
Désir aléatoire au hasard des pas choix hasardés ce serait la loi du hasard la vie au hasard livré à l’ivraie du hasard à l’ivresse du hasard la mort par hasard par accident.
Notre référent révérencié d’hier, Karl Marx, a écrit : Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il s’agit de le transformer par la révolution, aboutissement de la lutte des
classes.
Évidemment cette évidence s’est évidée de sa vérité.
Il y a un an, la plupart des gens croyaient aux banques, aux assurances.
Depuis six mois c’est la crise. La confiance est devenue méfiance sans passage à l’acte. On laisse son argent à la banque, on renouvelle son contrat d’assurance. Ainsi le système perdure, est
pérennisé, n’entre pas en faillite, en banqueroute.
Les dirigeants qui n’ont rien vu venir, les dirigeants multicartes (libéral, le matin, réformiste à midi, étatiste le soir, sécuritaire devant un parterre de vieux, égalitaire devant une haie de
huées de salariés, privilégiature devant des nantis au Fouquet’s) vont réguler, moraliser le système. Ce sera le 2 avril 2009.
Je le prédis : Karl Marx le retour, c’est pour tout de suite ici, là-bas, avec l’unité de la base et dans l’action, avec la convergence des luttes imposée aux sommets, avec le tous ensemble en
Guadeloupe, ça chaloupe dans les confédérations : 29 janvier, 19 mars, 1° mai, quel calendrier pour maintenir ce système à bout. Avec la nuit des convergences, c’est un jour nouveau qui se lève
pour plus de radicalité contre tous les timorés, meneurs menés nous menant par le bout du nez. Fini le vieux temps du ce n’est pas possible, y a plus de possibles.
Et si notre vision était nyctalope nous verrions comme des chats pas facile de se planquer facile de débusquer les planqués les prédateurs agiraient dans l’ombre les possédés rechercheraient la
lumière le monde serait infernal.
L'assaisonneur
vidéo sur le bocal agité:
Les mots migrateurs à Toulon en 2007
Par grossel
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