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Blog de Jean-Claude Grosse

États-Unis/Eurasie/J.C.Grosse

États-Unis1 / Eurasie2

Pays le plus puissant du monde depuis 1940. Mais depuis la 2e guerre d’Irak (mars 2003), le monde découvre qu’il n’a plus besoin de l’Amérique alors que l’Amérique ne peut plus se passer du monde. Le paradoxe est tel que les USA, facteurs de paix pendant plus de 50 ans, sont aujourd’hui facteurs de désordre.
S’est construit    
    – par vagues d’immigration européenne au XVIIIe (aristocrates désargentés) et au XIXe siècle (sous-prolétariat)
    – par la conquête de l’Ouest sur la peau des bisons et des Indiens
    – par l’exploitation des Noirs par les esclavagistes dans les champs des états du Sud jusqu’à la Guerre de Sécession (1861-1865)
    – par le Taylorisme dans les usines des états du Nord à partir de 1870.
Pays le plus puissant :
• sur le plan économique : protège ses ressources (pétrole), pille et gaspille celles d’autres pays dont certains sont traités comme des sous-traitants : monoculture ou mono-industrie au service des USA.
• sur le plan militaire : mais a perdu la guerre du Viêt-Nam, n’a pas gagné les guerres du Golfe…
• sur le plan monétaire : le dollar est la monnaie d’échange et les USA font supporter aux autres grands, le déficit de leur balance des paiements.
Le mode de vie américain et la culture américaine s’exportent dans le monde entier : nourriture et boissons à fabriquer des obèses, jeans à mouler les culs, chaussures fabriquées par des enfants pour pratiquer en champion tous les sports, films à susciter des serial-killers en mangeant du pop-corn, musiques à déclencher l’hystérie… Les enfants et les jeunes sont les plus fascinés par cette culture. On voit la fragilité d’une telle puissance : ignorons leurs films, leurs stars, leurs champions, leurs boissons, leurs jeans, leur bouffe, nous nous porterons mieux, nous serons mieux dans nos têtes et dans nos corps, eux se porteront plutôt mal. Ils sont engagés dans une guerre de domination du monde par le conditionnement des corps, prendre son pied, et des esprits, ne pas se prendre la tête.
Pays présenté comme la plus grande démocratie du monde, diffusant une culture de mort ; et pour le moment ça marche ; c’est un pays où la peine de mort est encore pratiquée à grande échelle, où les riches font régner la loi de l’argent, où les religieux intégristes et les ligues morales produisent un conservatisme rigide et agressif. C’est un pays où l’on dégaine plus vite que son ombre pour tuer l’ombre vue dans son jardin, où il ne fait pas bon vivre quand on est pauvre, malade, au chômage, noir.
Si j’essaie de construire le paradigme étatsunien, j’obtiens :
« Nous, Étatsuniens, élus de Dieu, devenus riches par notre travail, devenus puissants/hyperpuissants par notre messianisme en faveur de la liberté et de la démocratie, nous avons triomphé du mal qui s’appelait colonialisme quand nous avons fondé notre pays par la révolution contre les Anglais, puis qui s’est appelé nazisme, puis communisme et aujourd’hui terrorisme-islamisme. L’Amérique est de toutes les nations du monde, la plus juste, la plus tolérante, la plus désireuse de se remettre en question et de s’améliorer en permanence et le meilleur modèle pour l’avenir. La plus grande démocratie du monde doit prendre la tête des démocraties et poursuivre la mission éternelle de l’Amérique ».

Ce messianisme constitutif des États-Unis dès l’origine contribue, par son essence religieuse, à développer à l’intérieur un fort nationalisme, un profond patriotisme, à forger des mentalités de gagneurs. Durs en affaire, pratiques, novateurs, leur vision du monde est prométhéenne : action, adaptabilité, efficacité, dynamisme, individualisme, mouvement, optimisme, pragmatisme, variété. Ce messianisme contribue à développer à l’extérieur un esprit de croisade (justifié par la doctrine Monroë de 1823), qui fait des États-Unis le pays le plus interventionniste depuis qu’il existe. Ces croisades, ces interventions, ces guerres sont contre le mal, donc justes et en plus, depuis 1991, propres. Ce messianisme pour le bien du Monde et de l’Humanité, est à géométrie variable, selon les équipes au pouvoir (whigs ou tories, libéraux, ultra-libéraux, néo-conservateurs dits néo-cons, néo-keynesiens,…) mais on observe un effet cumulatif, présidence après présidence, à visée impériale, s’appuyant sur un double pouvoir :
1 – le pouvoir doux3 de l’image, du jazz, du rock, de la techno, de la comédie musicale, d’Hollywood, de la télévision, d’internet, des portables, des jetables, des consommables, de la bouffe, de la boisson, de la drogue, de la fringue, des jeux d’argent, des parcs d’attraction (et paradoxe, ce pouvoir doux est issu de la contre-culture, la culture underground des années d’après 1968) ;
2 – le pouvoir dur des armes, des alliances, des affaires, du capital et de la gouvernance d’entreprise où les principes, les idéaux (liberté – démocratie – droits de l’homme) sont l’habillage de pratiques contraires (pillage – unilatéralisme – violation des règles internationales).
Face à une telle idéologie (à déclinaison variable : Bush Junior est différent de Clinton, mais Clinton est le premier président à avoir dit que les États-Unis étaient la seule nation indispensable au monde, donc devant être maître de l’échiquier mondial) simpliste, mais efficace, face à une telle puissance qui veut vassaliser ses amis, écraser ses ennemis, face à de tels croyants, à de tels guerriers (guerre économique, guerre culturelle, guerre spirituelle, guerre des brevets, guerre des savoirs et des connaissances – qu’on pense au pouvoir des think tanks, 26 millions de dollars pour le Brookins Institute – guerre tout court) et on peut penser aux légions romaines, aux Waffen-SS, mais en cols blancs, comment se comporter ?
Pour eux, le monde aujourd’hui se découpe ainsi :
• leurs alliés mis en réseau politique, économique, militaire (Canada, pays anglo-saxons, pays de l’Est, Amérique latine) ;
• les munichois sans patriotisme et sans ressort (l’UE, la France) ;
• les ennemis identifiés avec lesquels des relations économiques sont possibles (Chine) ;
• les ennemis à détruire, à ramener dans le droit chemin (terrorisme, Irak, Iran, Corée du Nord).
La France (et son esprit munichois) peut-elle réagir, résister ? En disant Non à la 2e guerre d’Irak, la France, l’Allemagne et la Russie rendent crédible et possible le projet d’une Eurasie politique et économique, nécessaire en contrepoids du pouvoir des USA, nécessaire pour construire vers l’Est les nouvelles routes de la soie qui donneraient à nos économies l’oxygène dont elles ont besoin.
Les USA, exportateurs du libéralisme, de l’ultra-libéralisme, du monétarisme n’hésitent pas à être protectionnistes ; l’État est fortement centralisateur, interventionniste pour tout ce qui concerne la stratégie nationale de sécurité : Conseil national de sécurité, Conseil économique national, Advocacy Center, War Room (celle-ci entre 1993 et 1997 aurait permis la signature de 230 contrats importants, générant 350 000 emplois et rapportant entre 40 et 200 millions de dollars, en mobilisant les services de l’État afin de faire aboutir des contrats au profit de firmes américaines.)
En France, la tendance semble être d’imiter les USA et nous ne sommes pas démunis : recherche, enseignement, culture, tourisme, mode de vie, mais nous ne sommes plus croyants ni guerriers. Que nous reste-t-il ? Il nous reste contre les discours de certitudes et de servitude, à les questionner, à les dégonfler comme baudruches idéologiques, il nous reste la vraie discussion, la recherche de la vérité, il nous reste à réveiller l’émerveillement philosophique, à susciter chez le plus grand nombre le fort, le dur désir de vivre vraiment. L’anesthésie du plus grand nombre par le pouvoir doux des USA ferait place à une volonté de devenir homme de la grande responsabilité. Le pouvoir dur qui repose sur le darwinisme social : l’homme est un loup pour l’homme, n’aurait pas de prise sur l’homme de la grande responsabilité.
Les démocraties se sont construites sur le développement de l’instruction primaire (dit autrement, la démocratie est la superstructure politique d’une étape culturelle : l’instruction primaire). L’universalisation, constatable, de la démocratie s’effectue dans les pays où l’alphabétisation de masse se réalise. Quand un peuple a un niveau d’éducation élevé et un niveau de vie satisfaisant, il n’est pas belliciste, il ne donne pas le pouvoir à des va-t-en guerre. L’opposition des peuples d’Europe à la 2e guerre d’Irak a été unanime (contre leurs gouvernements parfois : Espagne, Italie, Grande-Bretagne). Et deux peuples de même niveau chercheront une solution pacifique à un différend qui les sépare. Mais l’éducation secondaire et supérieure introduit un effet pervers dans ce processus démocratique, en faisant réapparaître des inégalités et en faisant émerger des « élites » qui se sont constituées dans les plus anciennes démocraties en oligarchie confisquant tous les pouvoirs à son profit. On mesure ici l’enjeu : ou nous laissons nos grandes écoles continuer à produire ces oligarques qui menacent de mort la démocratie et donc la paix ou nous nous fixons l’objectif de faire sortir de notre enseignement secondaire et supérieur des hommes et des femmes de la grande responsabilité, imperméables au cynisme actuel des « élites ».
À l’idéologie, substituer la philosophie. À la croyance, substituer l’évidence. Aux discours manipulateurs, substituer la vraie discussion. Ignorer le guerrier et ses guerres, et passer son temps de vie (seul, à deux, à trois…) à vivre, essayer de vivre en vérité. Les hommes et les femmes deviendraient eux-mêmes.

1. Après l’empire, Emmanuel Todd, Folio actuel, 2004.
2. L’Europe, un sujet politique en voie d’identification, Jérôme Vignon, L’aube 2003.
3. L’industrie du divertissement est la 1re industrie d’exportation des USA avec plus de 200 milliards de dollars     par an.     Les USA sont le 2e pays touristique du monde, après la France.

Jean-Claude Grosse
Pour une école du gai savoir
Un livre qui débloque
Les Cahiers de l'Égaré 2004


EXERCICE

Peaufine, nuance, enrichit ces analyses. Exemple : La démocratie tend à s’universaliser, à se répandre dans le monde. Dans le même temps, les vieilles démocraties voient se développer une oligarchie qui confisque tous les pouvoirs à son profit. La loi de Michael Doyle qui dit que la démocratie libérale mène à la paix risque de trouver sa limite : le dépérissement de la démocratie peut ramener la guerre.

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