Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Blog de Jean-Claude Grosse

Articles avec #pour toujours tag

Cervantes-Shakespeare/Éclats de rires

Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #écriture, #EAT (Écrivains Associés du Théâtre), #pour toujours

Cervantes-Shakespeare/Éclats de rires

Je vous en informe, le 23 avril 2015 pour le 100° anniversaire de la relativité générale coïncidant avec le 399° anniversaire de la mort de Cervantes et de Shakespeare, des égaux morts même jour, même mois, même année dans 2 calendriers différents, indifférents aux calendriers donc, l'espace va devenir enfin élastique; quant au temps, il se mettra à passer de temps en temps en prenant son temps car il en a marre de se dérouler en continu ou en boucles pour des gens qui ne ressentent plus grand-chose.
Et je peux le dire, le poète de l'éternité des secondes Bleu Giotto est en train petit à petit de trouver des mots de poète pour dire que rien ne se perd, que tout se crée au hasard et par hasard, que chaque paraître se transforme ; en clair rien n'est voué au néant, tout laisse traces dans des langues inouïes, rarement entendues, peut-être en langue binaire 0 - 1 indéfiniment. Mais il y a tellement d'autres langages mathématiques, logiques, poétiques, métaphysiques à explorer, à inventer.
Bref, les cabarets du futur ont-ils pensé à l'espace et au temps de demain ?

Ce fut donc la 1° fête du livre d'Hyères, les 11 et 12 avril 2015

18 Cervantes-Shakespeare vendus, 5 L'éternité d'une seconde Bleu Giotto
à signaler : toute la recette va à l'éditeur, pas un % à l'organisateur, la librairie Charlemagne, prestataire pour la ville de la manifestation, très bien organisée, avec du monde, de la fluidité
(je ne m'attendais pas du tout à vendre mon texte; je demandais à la personne qui regardait, de lire à voix haute un passage, moi à côté pour lui donner confiance; eh bien, elles aimaient)
d'autres livres vendus, François Carrassan sur Port-Cros, Diderot, Marilyn

anti-salonnard depuis des lustres, me voici donc sous le regard du public
au début, je regarde défiler les gens aux attitudes diverses devant tant de livres impudiquement offerts;
je m'ennuie profondément : je n'arrête pas d'aller à l'espace détente boire un coup de blanc de Porquerolles, offert
pompette, je décide l'intrusion d'un vendeur de BTS force de vente en hyper-surface :
oui oui, il est là le livre que vous cherchez, qui vous attend, ayez du nez, vous le trouverez
et hop, sourires, rires, certains s'arrêtent, d'autres disent un mot

à un historien ami, de passage, je me plains : vous dépoétisez tout, à preuve, vous avez démoli la légende de la coïncidence stupéfiante de la date de mort de Cervantes-Shakespeare;
que nenni me répond-il, c'est encore plus stupéfiant, mourir le même jour, la même année, dans deux calendriers différents, ça prouve qu'ils transcendaient les calendriers
l'idée chemine

Alain Cadéo, l'auteur des Réveillés de l'ombre (avec Quichotte et Sancho), l'ami solitaire et solaire du Broussan, qui était initialement sur notre projet et qui n'a pas livré de texte, est présent avec un roman remarqué, Zoé, au Mercure de France; il fait une intervention expéditive quand il est interviewé dans le salon Edith Warthon; il ne court après rien, il a passé l'âge, il écrit, point;
son frère achète notre livre,

je lui signale qu'Henri Aparis, mon locataire indélogeable du rez-de-chaussée de la Villa Joie, parle de la création de la pièce d'Alain à Mataterre;
page 27;
Alain m'alpague et me dit qu'Aparis a commis une grave erreur, Mataterre n'existe pas;
je lui rétorque qu'Aparis lui a fait un clin d'oeil en le citant dans le livre, hors contribution annoncée et non livrée et que
s'il y a erreur sur la ville de création de sa pièce c'est sans doute que Borges est passé par là;
il m'embrasse
la pièce sera jouée à Bandol le 23 mai au Théâtre Jules Verne

brève 1: j'ai rencontré une superbe jeune femme, toute de noir vêtue, l'élégance suprême, à l'espace détente des auteurs, qui se remettant en marche sur les dalles du forum avec ses hauts-talons, glisse, se rattrape in extremis, moi déjà près d'elle pour la ramasser et la relever; je ne sais pas continuer l'histoire


brève 2: une médecin-orthopédiste de Sardaigne, au bon français, à l'accent délicieux, m'achète L'éternité d'une seconde Bleu Giotto pour me porter chance; elle fait un selfie de nous deux; je ne sais pas continuer l'histoire

Jean-Claude Grosse, le 14 avril 2015

depuis la parution, plein de bizarreries sont apparues

la préface signée par moi annonce 45 textes
j'en ai compté 47
la préface annonce 42 auteurs, j'en trouve 44
la préface annonce 20 F / 22 H; je trouve 20 F / 24 H
serait-ce que des textes se sont immiscés à mon insu dans le livre ?
j'avoue avoir été très intrigué voire dérangé par certaines allégations trouvées dans une note dite de l'éditeur pages 232-233 alors que je n'ai pas le souvenir d'avoir écrit de note
surpris bien sûr par la faute énorme qui nous a échappé puisque un texte dont je n'avais pas eu connaissance a été signé par un faussaire Marc Ysraël Le Pelletier
il y a bien un auteur du nom de Marc Israël Le Pelletier avec I, pas avec Y
faux grossier ou faute non repérée, c'est énorme
bref, notre livre sent l'embrouille
la citation Shakespeare was a black woman attribuée à Maya Angelou page 381 est un faux;

je n'ai rien trouvé de tel dans son oeuvre
je ne vois pas ce que vient faire l'étrange texte sur l'étrange Monsieur Ménard dans notre opus sauf à considérer que l'auteur est très bien renseigné sur les moeurs de notre tribu
il décrit des incidents de voyage on ne peut plus réels
qu'ai-je trouvé encore
page 4, est évoquée la photo d'un cheval blanc au premier plan, page 280
or le cheval est noir
et toujours page 4, il est parlé de deux auteures
alors que sur décision du sommet de la pyramide des EAT, il faut dire et écrire autrice
nous sommes en retard d'une orthographe

Marc Israël-Le Pelletier m'a signalé un nouveau problème :
"... une dernière chose. Dans les deux exemplaires reçus, la photo de Pierre Ménard page 382 a une macule, un texte fantôme qui circule sur l'image, je croyais au début que c'était un manque d'encrage, en fait c'est un texte, on peut d'ailleurs lire Monaco. Pascal m'a dit qu'il n'y avait rien sur son exemplaire, quoi qu'il en soit vérifie sur ton stock, Quelques rares exemplaires ça passe encore, bien que, c'est pas gratuit, mais si c'est un exemplaire sur deux, à mon sens l'imprimeur doit refaire…"
j'en informe l'imprimeur au cas où il y aurait trop de Monaco, ville que je déteste et cocktail dont j'ignore la recette
je reste au blanc de Porquerolles ou à celui du domaine de la Vernède à Puget-sur-Argens

....................................................................................................................................................

Le livre Cervantes-Shakespeare, cadavres exquis, a été livré au sud du sud par un camion aléatoire conduit par un pilote automatique non soumis au stress ni victime d'un burnout.

Il a été stocké dans un garage réfrigéré pour bonne et longue conservation car toute oeuvre veut durer, ne pas connaître l'épreuve du pilon suite à une distribution-diffusion déficiente.

Les 408 pages des 500 exemplaires imprimés pour la postérité ne seront pas marchandisées en librairie ni salonisées au Salon du Livre à Paris.

L'équation ne peut être : pas d'auteurs, pas de livres comme le prétend un slogan rétréci. Car les livres pullulent. Donc les auteurs de ces livres.

Dans une librairie, j'ai la nausée devant cette abondance d'objets présentés comme des livres, dont certains sont les coups de coeur des vendeurs de la librairie, brrr....

Lecteur, je sais ce que je veux, j'ai choisi avant d'entrer et aucune découverte de fouine ne me tente. Trop peu de temps à consacrer à la lecture de distraction d'ouvrages formatés. La lecture pour se construire, se déconstruire, oui. Pour passer un moment même palpitant, non.

L'équation serait plutôt : sans auteur écrivant par nécessité vitale (au sens de Rilke, de Pessoa ... écrivant parce qu'agité par un séisme intérieur et non en suivant un scénario, en construisant des personnages, en travaillant situation et suspense) et se moquant par suite d'être publié, pas d'oeuvre ayant une minuscule chance d'être impérissable.

Toute marchandise est périssable. Un livre en librairie a une durée de vie éphémère raccourcie encore par la mise au pilon ; cette menace du pilon menaçant toute édition n'a aucune chance de menacer l'improbable immortalité de l'oeuvre trouvée par hasard dans la malle abandonnée d'un auteur qui ne se croyait pas tel, inconnu voire anonyme.

44 auteurs mortels (20 F, 24 H), français, espagnols, mexicains, cubains, canadiens, néo-zélandais, indépendantistes ont travaillé pendant 15 mois pour écrire 47 cadavres exquis immortels sur les deux figures quantiques que sont Cervantes et Shakespeare.

Et selon un principe posé dès le début des projets pluriels (Envies de Méditerranée, Marilyn après tout, Diderot pour tout savoir) tous les textes proposés par les auteurs volontaires sont retenus ; aucune censure; aucun rejet.

On ne pouvait mieux rendre hommage à ces deux écrivains qu'en les restituant dans leur insaisissable mystère.

Il va de soi qu'il sera très difficile de se procurer l'ouvrage. En même pas 15 jours, 140 exemplaires se sont envolés vers leurs lecteurs sur les 500 tirés. Comme d'habitude et par principe injustifiable, il n'y aura pas de retirage.

Il a toutefois été communiqué au pape Py car le Sha sans Cer de Schrödinger est l'hôte privilégié de la cité des Papous (c'est tout à fait exceptionnel car en principe, je ne sers pas ce genre de personnage, je suis athée même si je crèche l'été en Avignon, pas à Noël). On espère que le pape Py en fera bon usage. Si à l'été 2016, les 2 cadavres exquis sont célébrés dans la cité des papes, cela voudra dire que le pape Py a pyqué l'idée.

En tout cas, la ville d'Hyères va célébrer les deux cadavres exquis en avril 2016. On y travaille sérieusement. Seront investis la médiathèque, le Théâtre Denis, l'église anglicane, le cinéma Olbia et un espace leur sera dédié lors de la 2° fête du livre. Hyères sera sans doute la seule ville de France à traier les deux géants, les anglais pensant à Will, les espagnols à Miguel, le pape Py à lui.

Il faudra pour tomber sur le Sha sans Cer de Schrödinger, autant de persévérance que celle manifestée par les chercheurs du squelette de Cervantes ou de celui du roi Richard III.

On pourra avoir la chance de tomber dans quelques décennies sur un exemplaire du livre, soumis à la critique rongeuse comme ce fut le cas pour un first-folio des oeuvres de sir William, trouvé inopinément dans la bibliothèque municipale de Saint-Omer, le 23 avril 2015 (je suis un peu en avance pour cette révélation).

Les textes devaient être livrés le 31 décembre 2014 après un appel à textes début janvier 2014, ouvert pendant une semaine.

Quel ne fut pas mon étonnement de découvrir par la bande que Fernando Arrabal (je lui avais communiqué une version papier du projet) livra le 31 décembre 2014, le texte d'une pièce inédite, Pinguinas, inspirée par le 2° livre du Don Quichotte, qui sera créée le 23 april 2015 dans un théâtre de Madrid.

Et coïncidence encore plus surprenante, le Théâtre de l'exil créera le 23 avril 2015, une pièce d'Alain Cadéo, Les Réveillés de l'ombre (Quichotte et Sancho revenus d'entre les morts) au Palace, rue des déportés, à Malataterre, la bourgade au plus fort score FN aux élections démocratiques départementales françaises.

Enfin, pour vous décourager définitivement de comprendre ce qui se déroule dans le monde, sachez que Juan Goytisolo recevra le 23 april 2015, les 125000 € du prix Cervantes 2014,

dans une bourgade de la Mancha dont il ne peut pas se rappeler le nom.

La date du 25 avril 2015 s'annonce particulièrement riche en disparitions, réapparitions, épaississements de mystères, dévoilement d'énigmes puisque pour les 100 ans de la relativité générale, ce jour-là et pour on ne sait combien de temps, l'espace deviendra élastique et le temps ne se déroulera pas en continu ou en boucles mais il passera de temps en temps en prenant son temps.

Jean-Claude Grosse, le 1° avril 2015

le sommaire de l'ouvrage fantôme, à l'identique du membre fantôme de Miguel de Cervantes
le sommaire de l'ouvrage fantôme, à l'identique du membre fantôme de Miguel de Cervantes
le sommaire de l'ouvrage fantôme, à l'identique du membre fantôme de Miguel de Cervantes
le sommaire de l'ouvrage fantôme, à l'identique du membre fantôme de Miguel de Cervantes
le sommaire de l'ouvrage fantôme, à l'identique du membre fantôme de Miguel de Cervantes

le sommaire de l'ouvrage fantôme, à l'identique du membre fantôme de Miguel de Cervantes

Lire la suite

Manifestations Diderot pour tout savoir

Rédigé par grossel Publié dans #EAT (Écrivains Associés du Théâtre), #pour toujours

Diderot n'a pas eu d'après moi, la célébration qu'il méritait
il y a eu quelques événements (il n'a pas fait très attention, occupé qu'il est avec le noyau qui l'étouffe depuis si longtemps)
il n'y a pas eu de Panthéon (il s'en moquerait peut-être mais pas sûr)

avec nos moyens, nous avons inscrit dans le temps une quinzaine de manifestations
à partir d'écritures vivantes nourries de Diderot

La Seyne-sur-Mer Théâtre Apollinaire (12 octobre 2013),

Ferrières en Bray La Grange (2 fois, 9 novembre 2013, 15 février 2014),

Avignon Théâtre de l'Isle 80 (16 novembre 2013),

Lille Librairie Dialogues Théâtre (7 décembre 2013),
Paris Maison des Auteurs de la SACD (9 décembre 2013)

Caen (le 23 février 2014),
Marseille le Non Lieu (le 25 mai 2014)

Paris, Le Grand Parquet, Jardins d'Éole, le 27 mai 2014 à 19 H

Nantes Théâtre La Ruche (le 19 juin 2014),

Avignon (2 fois cet été, les 11 et 13 juillet 2014 à Présence Pasteur et à l'Espace Alya),

Grasse Lycée pour des Biélorusses (13 et 26 juillet 2014)

Forges-les-Eaux Théâtre municipal (le 13 novembre 2014)

Hyères Théâtre Denis (le 11 décembre 2014, 19 H)

Paris au Bateau Lavoir entre le 18 et le 25 octobre 2015, soirée du 22 octobre 2015, lecture pour la première fois en public de la Suite Diderot, 6 textes de Marc Israël-Le Pelletier.

Manifestations Diderot pour tout savoir
Manifestations Diderot pour tout savoir
Lire la suite

Emmanuelle, nous et moi (nos émois)/J.C.Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #Emmanuelle Arsan

Ce dimanche 23 novembre 2014, l'émission Un jour, un destin de Laurent Delahousse a été consacrée au scandale d'Emmanuelle. Comme d'habitude pour les quelques magazines que j'ai vus, c'est bien fait, intéressant. Ce magazine n'a pas manqué à la règle. Mais tout de même, l'auteur, Emmanuelle Arsan, n'apparaît que sur la couverture du livre, réédité en 1969. Pas un mot sur l'auteur, pas une photo. Qui est Emmanuelle Arsan ? Il y a là un sujet pour cette émission parce que le couple ouvert, Jacques et Marayat, a réussi à rester quasi-anonyme avec un livre (et d'autres) à succès planétaire, que c'est dans la vie réelle et pas dans une fiction édulcorée que ce couple a aimé pour le futur. Je pense que Emmanuelle Arsan est beaucoup plus intéressante que les secrets de tournage, de montage du film. Je dirais même que les révélations sur le tournage (scène du cheval, scène de la cascade, scène du quasi-viol, comportement d'Alain Cuny...) décrédibilisent le film. Tout est paradoxes, malentendus avec ce film, un producteur cherchant un sujet, découvrant le livre grâce à des amis, ne croyant qu'à moitié à son réalisateur, sachant surfer sur la vague alors que sont sortis Le dernier tango à Paris, Les valseuses, déjouant en deux temps la censure, un distributeur qui donne au film toutes ses chances, qui rencontre un succès sans pareil malgré des critiques l'éreintant (il reste 12 ans affiché aux Champs-Élysées). On n'a pas les mêmes malentendus avec le livre et avec son auteur, bien plus mystérieuse que Sylvia Kristel en quête de gloire, motivation bien superficielle., payée au prix fort. La réalisatrice Valérie Stroh a bien parler de la femme Sylvia Kristel à 50 et 60 ans, revenue de l'enfer.
JCG

 

Le N° de LUI de février 2014 comporte un article intitulé Emmanuelle était un homme. Le journaliste Clovis Goux m'a rencontré mi-novembre 2013 et je me retrouve donc cité dans cet article qui me présente comme un grand-père chaleureux.

Je trouve cet article de Clovis Goux bien documenté sur ce qui reste malgré le titre, un mystère, article ouvrant peut-être un peu vite la fermeture éclair de la braguette des jeans unisexes de l'époque de la pré-libération sexuelle (un peu avant 68 et après)
En tout cas, ce que je dis ne ferme pas la porte au mystère : (à combien de mains ont été écrits les livres d'Emmanuelle Arsan; la réponse me semble indécidable et en conséquence, nous sommes renvoyés au "fonctionnement" d'un couple "hors normes", ce qui est bien plus excitant que la vérité, inaccessible car ils ne l'ont jamais révélée et sans doute plus excitant que le récit de Théo Lesoualc'h sur Marayat...).

Voilà un couple qui a fui les médias, a su préserver un quasi-anonymat et en même temps, 40 ans après la sortie du film, on s'intéresse à l'auteur du livre, des romans. Je crois qu'il faut respecter le secret puisqu'ils n'ont jamais dit qui écrivait, Emmanuelle Arsan étant un pseudo d'auteur.
Les infos de fin sur la maladie et la mort début juillet 2005 sont de moi sans doute vérifiées par le journaliste ou déjà connues de lui. J'avais rencontré 2 fois le mari Jacques et la tante Nitya, après la disparition de Marayat, apprise 2 ans après par une lettre envoyée par Jacques. C'était en 2007. J'ai pu filmer leur maison. Nous nous sommes ratés à 15 jours près en avril 2010. Mais il m'avait donné en 2008, les poèmes écrits pour Emmanuelle, après sa disparition: Livre des cendres d'Emmanuelle. Je viens de les ressortir, suite à un courrier reçu le 23 avril 2016, 400° anniversaire de la disparition de Will et Miguel, d'un admirateur d'Emmanuelle qui veut faire un tirage de luxe du texte Lesbos alpha, Lesbos oméga, paru dans Aporie N°10 La mise à mort de 1988. Je lui ai donné mon accord. Je vais éditer pour 2017 le Livre des cendres d'Emmanuelle.

En avril 2014, c'est un réalisateur de documentaire qui me sollicite, Emmanuel Le Ber. Nous parlons d'Emmanuelle Arsan, de notre correspondance de 17 ans. Il filme. Son documentaire Emmanuelle, une vie érotique, 52', produit pae Adamis Productions est passé sur Paris Première, le 26 juin  2014 pour les 40 ans de la sortie du film de Just Jaeckin, le 26 juin 1974.

J'ai vu ce documentaire en DVD. Réalisation réussie allant du film-événement (sorti le 26 juin 1974) au livre (édité sans nom d'auteur, sans nom d'éditeur ni d'imprimeur en 1959 puis réédité en 1969; j'ai pu voir le manuscrit original d'Emmanuelle, magnifiquement relié chez le libraire Jean-Pierre Dutel à Paris, un connaisseur de cette oeuvre et des 4 mains)  resitués dans l'époque (Giscard, de Gaulle en remontant le temps) avec ce qu'il faut de respect sur le mystère de l'écriture, pour moi à quatre mains, peu importe ce que faisaient les mains car l'essentiel, quelqu'un le dit vers la fin du film, le distributeur du film : c'est un couple qui aimait pour le futur et comme disait Emmanuelle Arsan dans Bonheur : quand il est liberté, l'amour met en jeu, met à nu, met à mort nos habitudes, nos lieux de sûreté, nos croyances. Il n'est pas différent en cela de la poésie. L'amour et la poésie sont deux formes socialement risquées du langage.
Documents photographiques superbes; archives bien utilisées. Les deux membres du couple Jacques et Marayat sont indissociables et indissociés par le récit du documentaire: montage nerveux, réitératif, servi par une belle voix.
J'ai eu plaisir à voir défiler les lettres de notre correspondance comme à voir la Chantelouve d'Emmanuelle que j'ai filmée avec pour titres Bonheur Emmanuelle Arsan et Bonheur 2 Emmanuelle Arsan, vidéos sur mon espace dailymotion
Patrick Lorenzini et moi-même sommes dans les remerciements.
Ce DVD mérite d'être commercialisé.

Ma correspondance avec Emmanuelle Arsan intéresse les archives de Toulon, Emmanuelle Arsan ayant vécu dans le Var. Je cèderai mes archives peut-être à l'IMEC à Caen.

JCG

 

Sylvia Kristel, l'Emmanuelle des films portant le prénom rendu célèbre par les romans d'Emmanuelle Arsan, est partie à 60 ans, le 17 octobre 2012.
Je sais que son statut d'icône, de star lui a pesé, qu'elle a déprimé, qu'elle s'est adonnée à des addictions destructrices, qu'elle s'est rétablie grâce à la peinture et sa rencontre entre autres avec Hugo Claus. Son autobiographie Nue (Le Cherche Midi) raconte ce chemin d'épreuves.

 

1974-emmanuelle-la-chaise

 

Emmanuelle Arsan, un pseudonyme, l'auteur des Emmanuelle et de bien d'autres histoires, est partie fin juin 2005 (lire plus bas sa lettre du 31 mars 2005)

J'ai eu une correspondance extraordinaire avec elle de 1988 à 2005 sans jamais la rencontrer. C'était notre pacte. Ça a donné deux livres: Bonheur et Bonheur 2. Le 1° est épuisé, le 2° est encore disponible.

Ce n'est qu'après sa mort dans des conditions terribles que j'ai rendu visite à son mari, deux fois, que j'ai filmé la maison appelée Chantelouve d'Emmanuelle.

 

Son mari Louis-Jacques Rollet Andriane, ancien diplomate à l'Unesco, était un homme plein d'humour, d'une culture considérable. Il m'a donné les poèmes qu'il a écrits pendant et après la grave maladie de Marayat. Et nous avions évoqué en particulier ses efforts pour le sauvetage de Venise. Il en était fier. Voir le livre Sauver Venise de 1971 chez Robert Laffont écrit avec Michel Conil Lacoste, préfacé par Robert Maheu.

http://unesdoc.unesco.org/images/0009/000920/092069fo.pdf

Il est parti en avril 2010, avant que je ne le revois une 3° fois comme on en avait convenu. Cela s'est joué à 15 jours près.

Emmanuelle Arsan n'avait pas aimé ce que le réalisateur avait fait de son oeuvre littéraire.

Je ne pense pas qu'elle était hostile à Sylvia Kristel. Elle-même était apparue sur l'écran dans La Canonnière du Yang Tsé  avec Steve McQuenn sous le nom de Marayat Andriane. Ce n'est pas à ce nom que je lui écrivais.

La fiction ci-dessous raconte la rencontre avec l'oeuvre et la personne d'Emmanuelle.

Emmanuelle Arsan avait appréciée cette lecture plurielle (à quatre mains comme elle et son mari sans doute) et fictionnelle de son oeuvre.

JCG

 

 

EA01.JPG

Photo prise par Emmanuelle Arsan, parue dans le N° 12 de la revue Aporie,
avec cette légende:
... mes amies mortes, leur jeune corps, leur blondeur, leur joie irremplaçable,
la langue morte de leur souffrance et la cendre de leur beauté.

 
Je mets en ligne cet article sur MAI 68, paru en 1989, dans le N° 12 de la revue Aporie: Le mythe, N° épuisé. Cet essai se nourrit de l'expérience de 68 qu'a eu l'auteur, XXX, et de sa correspondance avec Emmanuelle Arsan, qui collabora à 3 N° de la revue, les N° 10-11 et 12, correspondance qui donna naissance à un livre: Bonheur, publié par Les Cahiers de l'Égaré, en 1993, épuisé.
 
bonheur005.jpg

Bonheur 2 a été publié en 2008, 15 ans après,
le livre est toujours disponible
 
 
Bonheur 2 d'Emmanuelle Arsan et Jean-Claude Grosse, correspondance heureuse
ISBN: 978-2-35502-003-2   15X21   136 pages   15 euros
 
31 mars 2005 (dernière lettre reçue, elle s'en allait 3 mois après)
Cher J.-C. G.
La maladie a interrompu ma lecture de Pilar Sanchez Orozco, Actualité d’une sagesse tragique (La Pensée de Marcel Conche), 2005, Éd. Les Cahiers de l’Égaré et les premières, prématurées et sûrement imbéciles réactions que m’inspirait son étude de la philosophie de Marcel Conche.
Pendant plus d’un mois, à l’hôpital, je n’ai ni lu ni écrit. Je ne sais si et quand je pourrai me remettre à ces plaisirs de mon passé.
Ce soir, je veux simplement vous redire que l’amitié d’homme de cœur et de poète qu’avec tant de discrétion et de tolérance vous me montrez depuis de si nombreuses années est un bonheur de ma vie. Je vous en sais un gré infini et je ne l’oublierai jamais.
Si, au risque de ne pas avoir de bonne réponse, vous continuez à me tenir au courant de votre combat pour l’intelligence et pour la beauté, mon bonheur se prolongera.
Votre amie.
E. A
E.Arsan.jpg
Les photos accompagnant cet article sont des portraits d'Emmanuelle Arsan.
Les photos de fin d'article m'ont été prêtées par son mari.
Un autre essai sur MAI 68 a été publié en 1986 dans le N° 6 de la revue Aporie, consacré à La crise:



13 N° de la revue Aporie sont parus entre 1982 et 1990.
Le dernier N°, le N°14, consacré au vent, n'a été, comme son objet, que du vent.

grossel
 
osons.jpg

pour Emmanuelle Arsan,
 
EMMANUELLE, NOUS ET MOI

OU
DU PLAISIR DE CROISER DES ÉCRITURES


C'est le 4 juin 1968 que j'ai osé aborder Emmanuelle.
68. Paris. Quartier latin. L'imagination au pouvoir.
Retrouvée la force des mots-tocsin. Du vent, semble-t-il, des pétales tombés sous les talons d'une danse mais l'homme pourtant, avec toute son âme, ses lèvres, sa carcasse...
Rejoint par nous de 68, Vladimir Maïakovski, le poète des mots-tocsin: Désembourbez l'avenir nous crie-t-il depuis 1925 et à moi: Calcule, réfléchis, vise bien et avance -ne serait-ce que dans le détail- chez toi, à table, dans tes rapports, les moeurs pour atteindre la taille de la puissante vie à venir.
Et nous de 68 de lui répondre sur les murs où s'écrit la parole en archipel par la salve d'avenir de René Char: Vivre devient la conquête des pouvoirs extraordinaires dont nous nous sentons profusément traversés mais que nous n'exprimons qu'incomplètement faute de loyauté, de discernement cruel et de persévérance. La bêtise aime à gouverner. Arrachons lui ses chances.

Et moi avec les feuillets d'Hypnos: Obéissez à vos porcs qui existent. Je ne plaisante pas avec les porcs. Je me révolte et me soumets à mes dieux qui n'existent pas. Poésie, la vie future à l'intérieur de l'homme requalifié. (Mon héros, je l'imagine poète. C'est pourquoi il mythifie 68. L'auteur, XXX.) (La poésie du héros est fascinée par l'absence, ce qui n'est pas; elle est plaintive à l'égard de ce qui est. À cette poésie de la nostalgie, de l'utopie, j'oppose la poésie de la présence, poésie de l'acceptation, de l'acquiescement à ce qui est. Alors le séjour de l'homme est séjour du divin selon Héraclite. Note de l'éditeur: J.Cl.G, directeur de la revue APORIE où ce texte est paru, qui a souhaité croiser son écriture avec celle de l'auteur, XXX.)

Beaucoup de monde. Prenant plaisir à parler, écouter, échanger, partager. Audace des idées, chaleur des sentiments, force des émotions, subtilité des sensations. Fête de l'esprit et des corps. Impossible de ne pas rencontrer celle qui veut changer l'amour au milieu de ceux et celles qui veulent changer la vie. Je suis de ceux-là. Je la rencontrerai donc. J'ai beaucoup entendu parler d'elle. En bien. En mal. Elle a des partisans, des détracteurs. Les ambivalents. Les sceptiques. Les imbéciles: Que va-t-on faire de notre liberté puisque l'érotisme est libérateur? Allons-nous passer nos jours à rien d'autre qu'à faire l'amour en imaginant des positions nouvelles, des combinaisons inédites? Les hommes auront-ils assez de sperme pour tant d'orgasmes? Les femmes ne vont-elles pas avoir leurs orifices irrités? A-t-on trouvé d'autres adoucissants que le beurre? (Le Sida et le Stob - il s'agit d'une maladie nouvelle, encore inconnue du grand public, aux effets similaires à ceux du Sida; elle s'attrape quand on fait l'amour sans amour; elle a été mise au point par des virus préoccupés de vertus - n'ayant pas encore été découverts à l'époque, en 68, il est facile à l'auteur, XXX, de faire de l'ironie et de ridiculiser les imbéciles en leur faisant poser des questions saugrenues. Aujourd'hui, les mêmes imbéciles posent des questions pleines de bon sens, dans le vif du sujet. Note de J.Cl.G.) ( J.Cl.G. fait de l'ironie pour me ridiculiser mais je lui fais remarquer 1° que les expressions qu'il emploie: saugrenues et dans le vif du sujet sont déplacées, 2° que le pape fait des prouesses en refusant d'utiliser les préservatifs des imbéciles. L'auteur, XXX.)

Et d'autres, snobs: l'érotisme sadien, c'est quand même autre chose, Histoire d'O, bien mieux écrit. Chacun a son mieux: Sexus, c'est bandant un max! Lolita, pervers comme tout, c'est chou!

Qui se souvient cependant que toute cette littérature érotique a difficilement vu le jour entre 1945 et 1967. Censures, interdictions, procès, éditions clandestines, 68 a permis de déculotter les partisans de l'ordre moral, héritiers des ligues de moralité publique et autres inquisiteurs. Et hop! un bras d'honneur pour les censeurs! Vive l'érotisme rose, soft, hard, noir! (Mon héros, je l'imagine Scorpion, signe placé sous l'influence du sexe et de l'anus. L'auteur, XXX.) (Heureusement que la censure reprend du poil de la bête pour protéger notre belle jeunesse de le lubricité, da la vulgarité, de la pornographie, de la moquerie, de la provocation. J'apprends avec satisfaction que les juges viennent d'interdire L'Os de Dyonisos de Christian Laborde et qu'un proviseur de lycée ne veut pas que La pornographie de Witold Gombrowicz pénètre dans sa bibliothèque. Enfin des gens à rebrousse-poil des adeptes d'à poil. J.Cl.G.) (Je relève avec perversité que les fléaux dénoncés par J.Cl.G. sont du féminin. J.Cl.G. a-t-il peur de la femme? L'auteur, XXX.)

Troublé par tant d'opinions contraires sur Emmanuelle, je veux en avoir le coeur net. J'ai 28 ans. Je suis encore puceau. L'érotisme libérateur, ça me tente. Je veux la connaître.

Elle, une parmi le monde, ce 4 juin 1968. 18 ans. Nue. Belle. Je suis saisi par l'impression de bonté qui émane d'elle. La beauté d'émail du visage s'oublie dès que l'engouement la gagne. L'on n'a plus envie de dire: comme cette fille est belle! mais: comme elle a l'air sympathique.! Je pense même: comme elle semble heureuse! Elle est célèbre. Un mythe vivant. Personne ne se souciant de l'auteur d'Emmanuelle. Chacun rêvant de faire l'amour à cette fille conçue pour satisfaire ses fantasmes et désirs.

 

007-copie-1.jpg


Aussi l'auteur vit-il depuis dans l'anonymat. L'auteur de cette héroïne érotique, créateur d'un mythe dont personne ne sait ce qu'il durera, les métamorphoses qu'il connaîtra car d'autres s'en saisiront - les uns pour l'abaisser, les autres pour l'élever - a doublement raison de rester dans l'ombre:
1. Le public lui préfère son héroïne si souple à l'emploi et jamais décevante quand la réalité trop raide l'est souvent,
2. en restant anonyme, elle interdit tout passage à l'acte sur elle, ses rêveries à bâtons rompus pouvant devenir verges réelles pour se faire battre ou tous autres usages; elle renvoie chacun de ceux que son héroïne met debout, à genoux, ou toute autre posture, à l'usage qu'il veut faire, peut faire de l'énergie qui réveillée en lui ne demande qu'à jaillir; elle le renvoie donc à son auto-érotisme, son onanisme, son narcissisme; apprends à t'aimer avec Emmanuelle afin d'aimer femme réelle! nous dit Emmanuelle Arsan.

 

002-laure-010.jpg



L'auteur anonyme a très vite compris qu'il n'a pas à se mêler de l'usage que les uns et les autres font de son héroïne qui devenue mythe par son immense succès lui échappe, qu'il n'y a pas un bon usage, une bonne interprétation d'un mythe, que tout mythe est protéiforme et polysémique.

Cela dit, le succès d'Emmanuelle ne suffit pas pour en faire un mythe. Si elle est l'oeuvre au noir de son auteur, si elle a donné corps aux attentes de ce temps, elle a aussi pris corps dans l'histoire des mythes de l'amour, distante avec Yseut et Juliette, intime de Sappho et de Bilitis. Quant à son aventure, elle a les caractéristiques - en 68, on disait la structure - de toute aventure mythique telle que les a dégagées Joseph Campbell: un héros s'aventure hors du monde de la vie habituelle et pénètre dans un lieu de merveilles surnaturelles; il y affronte des forces fabuleuses et remporte une victoire décisive; le héros revient de cette aventure mystérieuse doté du pouvoir de dispenser des bienfaits à l'homme, son prochain; le monde fabuleux que tend à découvrir le héros moderne étant l'homme, cet étranger à lui-même. Emmanuelle est une héroïne de notre temps, un mythe pour notre temps, exploratrice d'Eros et d'Agapé: - Tu es mon amant dit-elle à Bruce. C'est parce que je t'aime. N'importe qui n'est pas mon amant. Mais il est plus difficile encore d'être mon mari. Et il est encore mieux d'être mon mari. Tu ne me connais pas depuis très longtemps, je sais. À peine un mois. Je n'ai pas besoin, moi, d'un siècle pour savoir qui je peux aimer. Mais pour toi ce n'est pas si commode. Il n'y a pas que moi à connaître. Il y a tout ce monde, cette maison. Et même d'autres gens qui ne sont pas ici et m'importent autant que ceux qui m'entourent. Je te demande peut-être un peu trop - nous livrant le mot de la fin: J'aime! J'aime! J'aime! Sans qu'aucun de nous puisse dire à qui ce cri s'adresse ni quel est son objet, libre par suite de décider de son destinataire et de son projet. Ce mot, ce cri de la fin nous ouvre à l'amour libérateur. Mais, et cela participe aussi du mythe, ses effets ne peuvent être que divers et contradictoires. Nous libère-t-il de l'amour exclusif, possessif, de la jalousie et de l'ennui, du mariage et de la fidélité, de la morale bourgeoise, nous libère-t-il de nos envies d'aventure, de romance, de passions entretenues par ces livres et films que nous consommons à la recherche de risques exaltants, de jouissances inédites, d'extases, cultivant nos illusions de liberté et de plénitude, nous libère-t-il de cette opposition plus ou moins neutralisée, dégradée, héritée d'une histoire assez récente - celle de l'amour et de l'Occident - ?

- Bonjour. Je vous aime. Je vous ai écrit quelques poèmes.(Mon héros doit vous paraître vieux jeu puisqu'il y a belle lurette que l'on ne fait plus de déclaration d'amour. Il choisit de décider d'aimer plutôt que de tomber amoureux. Amour-action opposé à amour-passion. L'auteur, XXX.)

- Tu choisis de m'aimer. Moi aussi. Je ne veux t'obliger comme tant de filles soi-disant libérées, au cérémonial du flirt romantique, hérité de l'amour courtois. Je suis femme et renonce aux caprices de l'idole qui veut être priée, adorée et ainsi supplicie, fait brûler de désir qui la désire et veut la connaître. Etre aimée de toi ne m'autorise aucun pouvoir sur toi. Je renonce au plaisir de te faire souffrir pour partager ton désir de me faire plaisir. Dénouant la chaîne du malheur, nous rendons possible la grande danse du bonheur.

Elle rit de plaisir, donne un baiser à la ronde, à tout le monde, sans distinction de sexe, de grade, de classe, de race. Grande embrassade. Joyeuse sarabande. Bonheur. Mes 28 ans ne savent où donner des lèvres pour ces multiples baisers.

Daniel - DCB rappelez-vous! - lut un de mes poèmes au mégaphone. Le poème devint célèbre. Une strophe est restée longtemps dans toutes les mémoires jeunes. Ceux qui la chantaient ignoraient que je l'avais écrite pour elle. Ils se l'appropriaient. J'étais content. (Des gens du Show-biz m'ont fait remarquer qu'ayant négligé de la déposer à la SACEM j'ai perdu une fortune.)
Son titre:

 

Mite pour mythe
se monter un bateau
et (ou)
monter en bateau

La fille que j'annonce
est fille de grand vent
porte tout dans ses flancs
à rien ne renonce.
Elle va et vient
de toi à moi
pour lui avec nous
sans séparer rien.

Fille d'Aphrodite
soeur de Sappho
ouvre aux grands parcours
nos amours de rêves
loin des labyrinthes
où nous nous perdons
pour oublier Ariane
cousue de fil blanc!


Ce jour-là je devins un des amants, inexpérimenté mais imaginatif, d'Emmanuelle. Je suis rentré chez moi - une chambre d'étudiant - en face de la Bourse où plus personne ne jouait. La vue du nu, les multiples baisers, ça m'avait formidablement ému. J'avais envie d'être soulagé. Les doigts serrés d'Emmanuelle montaient et descendaient, moins timides à mesure que la caresse se prolongeait, tour à tour étranglant la chair tumescente ou relâchant son étreinte, frôlant à peine la muqueuse ou la harcelant, massant à grands mouvements de poignet ou agaçant à petits coups sans merci. Emmanuelle reçut, avec une exaltation étrange, le long de ses bras, de son ventre nu, sa gorge, son visage, sur sa bouche, dans ses cheveux, les longs jets blancs et odorants que dégorgeait enfin le membre satisfait. Épuisé mais libéré, je me suis endormi. (Je pense que le lecteur doit comparer cette description bandante et égouttante avec n'importe quelle scène érotique et ragoûtante d'Emmanuelle: Oubliant ses résolutions, elle resta longtemps clouée à son pan de balcon. Elle découvrit un nouveau langage de signes dont elle n'avait jamais auparavant pressenti la possibilité. L'indiscrétion de cette langue végétale était plus lascive encore que ne l'est celle des mains qui parlent. Emmanuelle apprit ainsi à lire dans l'ondulation suggestive des inflorescences les souffles du plaisir qui leur venaient d'en bas. Les succions d'air et les goulées qui faisaient dialoguer les corolles sur leurs longues queues et qui vidaient les étamines de leur pollen énonçaient avec une silencieuse impudeur l'audace carnivore des amants cachés. Note de J.Cl.G.) J'avais vécu avec Emmanuelle dans la Licorne envolée, ce berceau ailé loin de la surface de la terre, une expérience heureuse, une nouvelle façon de s'aimer. Il m'avait suffi de me laisser aller aux délices de l'abandon, comme elle, pour que les fantasmes accourent, m'ouvrant la voie de l'aventure. Je venais de faire l'expérience que l'art et l'amour se rejoignent en ceux qui se masturbent pour que leur arrivent des histoires moins répandues et plus belles que celles qu'ils trouvent dans les livres et les revues. (Je ne cautionne pas du tout cet éloge grandiloquent - débilitant - délirant de la masturbation qui, dois-je rappeler, rend sourd. Je conseille aux mamans de 1989 l'attitude d'Éléanor, la femme du président Franklin Roosevelt qui liait les mains de sa fille âgée de 3 ans au rebord supérieur de son berceau pour l'empêcher de se masturber. Plus tard les liens de soie furent remplacés par des constructions métalliques fixées aux mains de l'enfant comme des gants de boxe à machicoulis. La petite Anna prétendait que c'était de petits château-forts et que les gens glissaient un oeil à travers les meurtrières de leurs murailles. J'ai trouvé cette information édifiante dans The New York Review of Books, Vol.XXXVI, Number 18, de novembre 1989. Note de J.Cl.G.) Par fatigue, je ne suis pas entré dans son Vert paradis où elle m'aurait fait jouir de 1.000 manières toutes érotiques, me faisant aimer l'amour.

Le lendemain, heureux d'avoir découvert que je pourrais dorénavant être un artiste de l'amour en me masturbant de 1.000 et 1 façons, j'ai adhéré pour changer la vie à un des partis se réclamant de Trotsky. (Mon héros est un idéaliste. L'auteur.) (Les idées douces et généreuses des idéalistes sans pouvoir deviennent les idées féroces et sanglantes des totalitaristes au pouvoir. J.Cl.G.) (Les notes de J.Cl.G. dénotent sa soumission aux modes intellectuelles et son impuissance à penser. La notion de "totalitarisme" n'est pas un concept mais une notion idéologique produite pour poser sans avoir à la définir la notion de "démocratie". Il suffit grâce à ce tour de passe-passe d'affirmer que la démocratie est le contraire du totalitarisme comme la civilisation est le contraire de la barbarie. Cette dénotation sans définition justifie la très pratique connotation: "bonnes" démocraties de l'Ouest - pays de libertés et d'initiatives - opposées aux "mauvais" totalitarismes de l'Est - pays d'oppression et de servitude volontaire. Mais à la mi-novembre 1989, J.Cl.G. doit bien voir que la notion de "totalitarisme" trop simpliste, mystificatrice, ne pouvait prévoir et ne peut rendre compte des événements qui secouent l'URSS et les pays de l'Est ni de ceux qui les ont secoués pendant toute l'ère stalinienne et brejnevienne. Mon héros a raison de préférer la lecture de Trotsky à celle de Glucksmann ou d'Afanassiev. L'auteur.) (Les notes de l'auteur dénotent son incapacité à sortir de la langue de bois et de la vulgate marxiste qui oppose capitalisme exploiteur et socialisme libérateur, dictature minoritaire des bourgeois et dictature majoritaire du prolétariat. Mais à la mi-novembre 1989, l'auteur doit bien voir que les grandioses réalisations du socialisme scientifique n'étaient que du vent, que les pays de l'Est veulent comme dit Glucksmann sortir du communisme pour rentrer dans l'histoire. L'échec économique du communisme est tellement évident que plus personne ne doute que l'avenir appartient au capitalisme. Comme ce mot a une connotation péjorative distillée par le marxisme, on lui substitue avec raison, aujourd'hui, le concept d'économie de marché, de libéralisme, qui permet de faire parler la vérité des prix par la liberté des prix. J.Cl.G.) Cela mérite une explication à posteriori. Je la propose bien que sachant quand on prétend y voir clair, qu'en réalité on s'aveugle. À 28 ans, j'étais encore étudiant, et toujours puceau. Ethnologie, sociologie, psychologie et philosophie (des disciplines reines, aujourd'hui peu recherchées), cela prend du temps et c'était passionnant. Avec les professeurs que j'ai eus et que j'ai plaisir à nommer: Roger Bastide (Les religions africaines au Brésil), Lévi-Strauss (La pensée sauvage), Balandier (Afrique ambiguë), Leroi-Gourhan (Le geste et la parole), Henri Lefebvre (Critique de la vie quotidienne), André Martinet en linguistique, Roger Martin en logique, Guilbaud (Le raisonnement mathématique), Rougier (Traité de la connaissance), Éric Weil (Logique de la philosophie), Ricoeur (De l'interprétation), Marcel Conche (Pyrrhon ou l'apparence, publié aux éditions de Mégare - Villiers -sur -mer - Calvados)... De quoi se poser toutes les apories du monde en découvrant la diversité des coutumes, des valeurs, des visions du monde, mais aussi la possibilité - nécessité d'universaux, de valeurs moins relatives, en découvrant l'histoire, selon des rythmes très différents, des changements mais aussi l'existence de résistances et de permanences. De quoi avoir d'intenses et durables envies d'amour libre car comprendre, essayer, comparer, choisir sont bien des manifestations d'amour libre. Ces hommes et ces livres m'ont mis en appétit. Et je n'aime depuis que les livres qui me dilatent. Autant dire que je ne lis aucun des livres rapetissants des grandes surfaces. Mes livres, je les trouve sous le manteau. Ils ne sont jamais présentés à Apostrophes. Je ne regarde donc pas cette émission pornographique et voyeuriste. D'ailleurs, je n'ai pas la télé. J'ai vite compris qu'avec elle je perdais mon temps, ne pouvais faire l'amour qu'à la va-vite et vivre ma vie au ralenti puisqu'elle n'existe que pour nous sucer tous ensemble, confisquer l'énergie créatrice. Au vide sanitaire, la mamelle planétaire pour infantiles à perpétuité!

Nous comparant aux Bororo, je me sentais étriqué dans mon corps vêtu et non peint. Nous comparant aux Kwatiutl, je préférais leur société du potlatch à notre société du profit. Nous comparant aux Muria, je nous trouvais en retard de 1.000 ans pour l'éducation sexuelle et sentimentale. Mal dans ma peau, mal dans ma société, mal dans mon époque mais n'étant ni Bororo, ni Kwatiult, ni Muria, je me devais d'agir. Autant agir pour tout bouleverser, pour la révolution permanente et mondiale. J'étais mûr pour rencontrer Trotsky. Aujourd'hui je me droguerais peut-être d'une des multiples manières proposées sur le marché. Je préfère avoir choisi le mythe-révolution qu'avoir été choisi par la drogue. Au pavot, j'ai préféré le pavé.

Nous étions cinquante au Parti et l'avenir du monde était entre nos mains. J'y ai consacré treize ans de ma vie, toujours un pas en avant des masses, et jamais trois, le temps d'aider les masses à porter au pouvoir, parce qu'elles ne pouvaient pas trouver mieux, le socialiste Mitterrand. Dures années passées à combattre pour transformer le monde et changer la vie. Je voulais changer la vie pour que le canot de l'amour ne se brise pas contre la vie courante. Je ne voulais pas avoir à écrire comme le poète-tocsin: L'incident est clos. Je suis quitte avec la vie. Inutile de passer en revue les douleurs, les malheurs et les torts réciproques. (Transformer le monde, changer la vie: belles expressions, faciles à dire, difficiles à réaliser. Mythes générateurs d'apories: on combat pour changer la vie, mais on néglige sa vie; les questions du mode de vie seront abordées après la révolution comme en Russie après 1917 jusqu'en 1927 - lire: Changer la ville, changer la vie d'Anatole Kopp -, en attendant on vit selon le mode de vie dominant et aliénant: le mode de vie bourgeois, individualiste et sexiste; beaucoup d'amour et d'énergie pour les autres devenus les masses et pendant ce temps peu d'amour et d'énergie, par fatigue, pour toi que je ne sais pas aimer. Mon héros, 20 ans après, n'est pas convaincu du tout que ce qu'il pense aujourd'hui est plus juste et plus lucide que ce qu'il pensait hier et pas convaincu du tout que les exécuteurs - ils sont légions - du mythe-révolution - dépassé et peu porteur comme ils disent - ont raison. L'auteur.) Enrichi par la réflexion et l'action de ceux qui nous ont précédés, m'appropriant l'histoire non officielle des luttes d'émancipation et de libération contre l'exploitation, l'oppression, l'obscurantisme, jamais je n'ai pris le parti en défaut dans l'action: toujours avec les exploités et les opprimés, toujours pour les causes justes et généreuses. (Ce discours de héros partisan est caractéristique du mythe-révolution: manichéen - bons et méchants -, excessif et mystifiant: les mots renvoient à des absolus dont l'évidence dispense de toute définition. J.Cl.G.) (voir ma note sur les notes de J.Cl.G. L'auteur.) Ce que j'ai appris sur le plan théorique, politique, historique, organisationnel a fait de moi un homme relié au monde et à son histoire, en prise sur le monde et son devenir, un homme exigeant dans l'analyse, efficace dans l'action. N'attendant pour l'analyse rien des journalistes médiatiseurs, pour l'action rien des politiciens à langue de bois, rien des publicistes à langue de vent. (Attention le héros monte en bateau pour sa traversée en solitaire.J.Cl.G.). Je gagne ainsi beaucoup de temps à ne pas lire la presse, ne pas têter la télé, ne pas fréquenter les vedettes de toutes tailles qui se croient indispensables. J'évite aussi coquettes sceptiques, cocottes cyniques, grenouilles bénites, autruches confites. Toutes les espèces de contemplatifs: téléspectateur bavard, sage silencieusement serein, drogué shooté, alcoolique givré, mystique illuminé, égoïste indifférent, lecteur du grand livre du mois, imbécile je m'en foutiste, rigolard impuissant, naturiste transi, mélomane averti. Et toutes les espèces d'hommes d'action: supporters de football, boldoristes, véliplanchistes, parapentistes, élasticomanes, pétaradomanes. Etc. Etc. Pour être relié au monde, profondément solidaire du monde, je suis volontairement devenu solitaire, choisissant celles et ceux auxquels je donne la main, avec lesquels je veux pour changer nos vies commencer par refuser bien des comportements majoritaires: PAP, crédit personnalisé pour l'auto à coefficient de pénétration nul, la cuisine ultra-fonctionnelle, le salon chic pour la vie, la télé multibranchée et les appareils audiovisuels télécommandés par l'électronique nipponne, (Le héros ignore tous des performances des micro-ordinateurs et il se croit en phase avec le monde. J.Cl.G.), voyages organisés, sorties-restaurants, spectacles à voir absolument, chefs-d'oeuvre à ne pas manquer, loto, tiercé, bourse, mode et gadgets, gaveries-beuveries de fin d'année, petits regrets éternels de Toussaint, commémorations sans mémoire. (Certes, je ne peux changer certains des aspects de ma vie, en particulier sur le plan des conditions matérielles d'existence mais je peux si je veux me trouver des niches - d'espace - et des plages - de temps - pour des activités qui me fassent du bien au sexe, aux sens, au coeur, à l'esprit.) (Le héros ne nous monte-t-il pas un bateau puisque tout en critiquant le mode de vie bourgeois individualiste, il vit de façon encore plus individualiste? J.Cl.G.).

En choisissant Trotsky, j'ai pu comprendre le balancement du flux de mai au reflux de juin c'est-à-dire pourquoi 10 millions de travailleurs en grève en mai ont repris le travail en juin pour des élections qui ont remis droite et patrons au pouvoir pour treize ans (Jusqu'à ce que le gauche adroit Mitterand gagne avec l'aide du parti - mais il se répète). C'était l'oeuvre des appareils bureaucratiques. (Mon héros aime les explications simples. L'auteur.) (Simplistes. J.Cl.G.)

(Pendant l'été 68 à Paris on trouvait sur d'innombrables étalages des textes marxistes, léninistes, trotskystes: Lambert - Krivine - Laguillier, maoïstes: différentes espèces avec grand succès du petit livre rouge, gauchistes: différentes sortes, spontanéistes, anarchistes, situationnistes, freudo-marxistes. À noter l'absence de textes communistes et socialistes. Les groupuscules comme les appelait le PC - l'actuel PS n'existait pas encore - ont produit de la théorie. Les grands partis n'en produisent jamais: c'est pratique quand la règle du jeu politique c'est l'opportunisme. Aujourd'hui on ne trouve plus aucun de ces innombrables textes qui permettaient de ne pas être déboussolés. Aussi je demande au lecteur de m'excuser si je ne peux lui expliquer ce que mon héros entend par "appareil bureaucratique". L'auteur.)

Mais avant de comprendre l'échec politique de 68, j'ai vécu ce printemps comme un grand mouvement de libération. Et d'abord de l'esprit. Des concepts ont connu là un usage massif: aliénation, réification, oppression, exploitation, lutte des classes, appareils stalinien et réformiste, bureaucraties syndicales, indépendance de classe, minorités agissantes, actions exemplaires, contestation, répression, récupération. (Voir ma note précédente.) Toutes les institutions étaient soumises à la critique: famille, école, entreprise, état, justice, médecine, urbanisme, armée, police, église... Rien ne résistait au dévoilement et à la démystification. Tout rapport de force était pointé. Mauvaise foi, justification, camouflage idéologique repérés et dénoncés. Pour transformer la société, pour changer la vie, il fallait d'abord critiquer, soupçonner, faire le procès de ce qui existait - des idoles, pas des hommes - avec pour seule arme, la lucidité: acuité du regard, précision du langage. (Le héros exagère. J.Cl.G.)

20 ans après, que reste-t-il de ces mises à nu qui n'ont pas été des mises à mort? Les institutions oppressives ont résisté à leur démystification. La famille dont personne ne doutait qu'elle était le lieu de l'exploitation de la femme et de l'oppression de l'enfant, je ne sais par quelle opération du Saint Esprit, est redevenu foyer de chaleur humaine, lieu d'épanouissement. La preuve: on divorce de plus en plus, l'union libre se répand, pères ou mères célibataires se multiplient, la femme émancipée qui a métier - foyer travaille plus de 70 h par semaine. L'école a cessé magiquement d'être le lieu de la reproduction des inégalités socio-culturelles pour retrouver tout aussi magiquement sa vocation de démocratisation par l'égalité des chances et l'ouverture sur la vie. La preuve: en l'an 2000, 80% d'une classe d'âge aura le bac puisque l'illétrisme se développe et que l'ignorance se répand. L'entreprise n'est plus grâce aux sorciers de la finance le lieu de l'extorsion de la plus-value. Elle est redevenue grâce au miracle économique l'outil indispensable au progrès social. Nous n'avons plus le patronat le plus bête du monde. Nous avons des chefs d'entreprise à l'esprit entreprenant, animés par la volonté de gagner. La preuve: les licenciements, les reconversions, les dérèglementations diverses, la régression du pouvoir d'achat, le développement du chômage. L'État n'est plus grâce à la transparence médiatique au service de la classe dominante. Il est redevenu par le pouvoir de la télé, démocratique, soucieux de justice sociale. La preuve: les gens ne font plus la différence entre politique de droite et politique de gauche, les uns gouvernant comme les autres, et l'abstention augmente. (Le héros se moque de nous. J.Cl.G.)

Que s'est-il passé? Les outils du soupçon ont été discrédités, les théories émancipatrices traitées d'idéologies, de mystifications, de vieilles lunes. Le marxisme ignorait qu'il était un messianisme hérité du mythe du paradis terrestre et porteur de totalitarisme. Le freudisme, qu'il était un anarchisme ouvrant la porte à tous les dérèglements et débordements érotico-sexuels et responsables du déclin de l'Occident. L'époque ne veut plus de théories, ce sont toujours des idéologies. Plus de projets, plus de programmes. On fait la politique du coup pour coup au coup par coup, la politique du comme-partout-ducon-partout, du petit pas en avant - deux grands pas en arrière. On navigue au jour le jour, on évite les écueils, on oscille d'un bord à l'autre - ce n'est même plus de Charybde en Scylla -, on balance un peu à gauche - pas mal à droite. On prône l'ouverture et le consensus, on marie laïcité et tolérance et c'est Jeanne d'Arc contre Mahomet. On parle de partenariat, de pacte social et c'est l'enculage généralisé avec les appareils syndicaux comme adoucisseurs. On proclame l'état de droit et tout le monde, à tour de rôle, doit descendre dans la rue pour faire valoir ses droits. On tonitrue avec les droits de l'homme et les passe-droits sont à la barre. On déclame la transparence et on parle les doubles langages. (Le héros fait de l'ironie. Mais le réalisme politique, c'est changeant, excitant. Il devrait être content J.Cl.G.) (C'est tellement changeant que c'est toujours pareil. Quand on ne veut pas changer les structures, on dit vouloir changer les mentalités. L'auteur.)

N'empêche que les gens en place, ceux qui ont le pouvoir et l'argent ont su récupérer les théories émancipatrices. Les politiciens indifférentiables savent se servir pour leur usage du marxisme. Et les publicistes, du freudisme. (J'aimerais que le héros donne des exemples J.Cl.G.)

Évidemment, un tel renversement n'est pas sans effets. Les hommes d'action sont devenus hommes de dérision. Les hommes de révolution, hommes de participation et de co-gestion. Ceux qui avaient du bonheur à perdre sont des gagnants à tout prix. Les baudelairiens sont devenus borgésiens (c'est proche alphabétiquement, voisin phonétiquement mais sémantiquement pas du pareil au même). Ceux qui se servaient de leur tête prennent leur pied. L'humour a remplacé l'esprit. (L'auteur anonyme d'Emmanuelle, ayant lu mon brouillon, m'a gentiment renvoyé au Robert pour que je relise les définitions du mot "humour". Il a raison. En 1989, on a perdu l'esprit et le sens de l'humour. L'auteur.) On ne cherche plus du nouveau, on collectionne de l'ancien. C'est le temps de l'esbroufe, de l'épate, du faux-semblant, du kitsch. Le temps du bon temps. Modes et mondains font la mode et le monde. Le monde joue. Au tiercé, au loto, à la Bourse. Les petits s'assurent leurs 8-9% l'an. Les malins qui connaissent les bons FCP jouent à 300 % l'an. Les gros spéculent sur les oeuvres d'art protégées par des vigiles vigilants armés jusqu'aux dents.

N'ayant pas la qualité essentielle de l'époque: la souplesse d'adaptation, je n'ai pas réussi à m'adapter. Je n'ai pas changé de mentalité, seulement d'activité. Peut-être parce que je sais qu'il y aura d'autres retournements. Bien sûr, à l'échelle d'une vie, les rythmes sont lents, l'impatience grande, la déception fréquente. Déjà 16 ans de Pinochet au Chili. 23 ans de droite avant l'arrivée de son contraire - identique, la gauche, en France. 28 ans pour faire tomber le mur de Berlin. 40 ans pour être débarrassé de Franco en Espagne. 70 ans pour une pérestroïka en U.R.S.S. et 40 dans les pays de l'Est. Mais qui en doute: Pinochet passera, les assassins séniles de Pékin tomberont, l'apartheid sera aboli, la dette des pays sous-développés annulée. (L'auteur introduit ici subrepticement une entité mythique tombée en désuétude: le sens de l'histoire. J.Cl.G.) À l'échelle de l'histoire - qui reste encore une petite échelle - les surprises sont plutôt bonnes dans l'ensemble: je suis devenu plus grand, je vis plus longtemps et en meilleure santé, je passe plus de temps avec mon amour, je voyage facilement, j'ai l'électricité, je ne travaille pas beaucoup, je me fais souvent plaisir. En attendant sans impatience et sans désenchantement un prochain retournement, j'agis différemment avec le même esprit sans avoir l'impression de retourner ma veste. J'agissais pour le grand nombre, les masses qui n'ont rien à perdre et tout à gagner, j'agis avec un petit nombre d'artistes pour un petit nombre d'amateurs. J'agissais pour la révolution par nécessité et conviction. J'agis pour l'art par plaisir, for love. Je ne cherche pas à faire des coups médiatiques n'ayant pas souvent l'occasion de prendre des Bastilles ou des Palais d'Hiver. J'initie des aventures de l'esprit persévérantes, discrètes, sans souci d'exemple ou d'influence.

(La modestie de mon héros m'oblige à dévoiler aux lecteurs que je l'imagine animant un petit lieu de création théâtrale -un art qui se porte plutôt mal- et une petite collection dont la presse ne parle jamais -il ignore ce qu'est un service de presse. Il est aussi parfois poète, à ses frais. L'auteur.) (J'ignore par quel processus l'auteur peut transformer un trotskyste en un artiste. J.Cl.G.) (Parce qu'être révolutionnaire et être poète consistent à ne pas vouloir ressembler, ne pas vouloir continuer, dire non, défier le monde tel qu'il est, en façonner un autre au goût de l'homme. L'auteur.)

J'ai tendance à ne m'intéresser qu'aux gens discrets, oeuvrant en ignorant les médias. C'est pourquoi j'ai redécouvert l'auteur anonyme vingt ans après l'avoir perdue de vue, quand son petit livre bleu a été réédité sous couverture blanche. (Je m'excuse de vous l'avoir fait perdre de vue depuis quelques pages déjà pour vous parler de 68, nous et moi mais c'est le même sujet qu'Emmanuelle, nous et moi)

 

009.jpg


En 68, je n'étais pas allé au-delà du chapitre 1. Comme beaucoup de gens, j'ai ensuite vu le film: Emmanuelle 1. Je l'ai vu à l'époque où des milliers et des milliers d'espagnols venaient à Perpignan voir ce film et triompher dans les salles obscures de Franco et de sa censure. Ca m'a permis de rester jusqu'à la fin de ce film fade. Je n'ai pas vu les autres.

Je m'en rends compte maintenant. Malgré mon esprit critique et mon goût pour la poésie, je n'ai pas su lire Emmanuelle. Varier partenaires, positions, plaisirs, me paraissait sans rapport essentiel avec changer la vie, changer l'amour. Pour moi, l'avenir de l'amour ne dépend pas de la position des corps au cours de l'étreinte mais de celle qu'occupent les amants dans la société évolutive qu'ils tentent de former entre eux. Il dépend également des rapports d'intérêt et de compréhension que la société des amants réussit à établir avec le reste du monde. J'avais été mystifié par le discours dominant sur Emmanuelle, peu soucieux d'aller vérifier par moi-même s'il s'agissait d'autre chose que de faire l'amour comme ça nous chante, nous enchante. Mystifié par le discours pornographique tenu sur un livre érotique.

J'ai donc lu d'Emmanuelle Arsan: Emmanuelle (La leçon d'homme), Emmanuelle (l'anti-vierge), Les enfants d'Emmanuelle, Toute Emmanuelle, Mon Emmanuelle leur pape et mon Eros, Les soleils d'Emmanuelle, L'hypothèse d'Eros, Nouvelles de l'Erosphère, Laure, Sainte-Louve. Lu en amoureux, dans le plus beau désordre. Sensible à la constance des thèmes, la permanence des idées, la précision des dialogues, la puissance de l'imagination, la fantaisie des situations et des descriptions, la qualité de l'écriture. Découvrant, en surmontant un préjugé, une oeuvre: beauté et cohérence, répétition et dépassement, état du monde et création de mondes, témoin du temps et utopie. Une oeuvre parce qu'il y a auteur et héroïne non dissociées, oeuvre sincère marquée par une vie et une pensée mêlées. Oeuvre de bonheur à l'érotisme rayonnant donnant chaud et faisant du bien. Emmanuelle n'est pas une fille ennuyeuse. Elle est intelligente. Elle a du coeur. Elle est belle et bonne. L'oeuvre est source de vie favorisant mouvement et changement, source de connaissance aidant à la prise de conscience lucide de ce qui nous limite sans raison et de ce qui nous est possible en le voulant.

Avec Emmanuelle, nous voici sans faute originelle sur une terre présente, engagés dans une recherche éperdue de bonheur, de plaisir, transgressant tous interdits et tabous sans peur et sans reproche, recherche grandie aux dimensions du cosmos, disant l'infini du désir par le nombre, l'espace, le mouvement, le temps, recherche démentant le sacré et déniant le tragique, s'appuyant sur l'art et la science qui nous bousculent et nous déroutent.

Lire Emmanuelle, c'est bander de temps à autre: réveil du désir, envie de jouir; c'est avoir à réfléchir: peut-on passer du rêve au réel et comment? ; c'est faire l'expérience de la facilité à soulever le poids des culpabilités héritées: me masturber, ce n'est plus mal, c'est bon tout simplement; c'est retrouver plus vives des énergies retenues, contenues, bridées, brimées; c'est découvrir de nouvelles sensations, aiguiser les anciennes, recommencer à oser, chercher l'usage heureux de mes envies et désirs, l'usage poétique de ma parole et de ma pensée pour donner vie et forme à ce que je vis, le mettre en lumière et ajouter à mon plaisir celui du spectateur du tableau vivant que je lui donne à lire; c'est comprendre que ce qu'on appelle amour est un jeu si corrompu par ses contradictions logiques qu'il est devenu l'instrument de nos apories et que le véritable amour quittera les îles imaginaires où il patiente quand nous voudrons individuellement et collectivement nous donner la chance de vivre intelligemment et heureusement notre brève histoire du temps. Qand je lis Emmanuelle, c'est la débandade et l'ennui si j'en reste à l'apologie de l'amour physique et des libertés qu'il doit prendre, c'est le 7° ciel et la joie si je partage sa conviction que l'amour est l'aile du monde et que sans lui notre terre est atterrée. À chaque lecteur de faire l'usage qu'il veut et peut de ce mythe qui se prête à de multiples interprétations et usages. L'immense succès de sa lecture passivement à plat par les post-soixante-huitards a été pour moi un obstacle à la lecture active et plurielle que j'ai pu en faire récemment. (Le héros fait sans doute une analogie avec les degrès de la connaissance exposées par Platon aux Livres VI et VII de La République. J.Cl.G). Et qui m'a redonné l'envie de faire l'amour.

 



C'est le 4 juin 1988 que j'ai osé aborder Haydée, la fille d' Emmanuelle qui lui a donné ce prénom en pensant au film de Rohmer: La collectionneuse.
88. Plage de Méditerranée. Le soleil au Zénith.
Peu de monde: ceux et celles qui aiment rêver face au grand bleu. J'en suis. Pas au-delà de fin juin. Après je laisse la plage aux foules. (Masses et foules sont des notions distinctes. L'auteur.)

Elle, à l'écart, rêvant de miettes de lumière dure devenant grains de sable doux. 16 ans. Maillot sexy. Belle. Sourire ensoleillé.

Moi, 48 ans, troublé. Peut-être la nostalgie d'Emmanuelle. Sans doute un des effets de ma lecture par degrés: si la vie était répétition, si la fiction devenait réalité, moi - Lorenzo ou Mario, elle - Alexandra ou Orange. (Je n'ai pas trouvé à quoi l'auteur fait allusion. J.Cl. G.)

- Bonjour. Je vous ai écrit quelques poèmes.
Je vous aime.
Elle ne rit pas, me regarde avec cette moue à la mode qui la maquille de hauteur feinte, de froideur maussade et blasée, d'inaccessibilité et de déplaisir vague. (Mais je sais d'intuition que sous ce masque décourageant, il y a celle qui peut naître à terme, la plus belle des Haydée possibles, née de mon amour.)
Elle remet les choses à leur place:

- Je résiste à ceux qui m'aiment. Moi, je ne vous aime pas.

- Je ne te réclame pas mon amour pour t'obliger à m'aimer en retour. T'aimant, je suis capable d'accepter de ne pas être aimé de toi, de renoncer à tout jeu pour te séduire et te conquérir. T'aimer c'est vouloir être moi, n'être que moi, être vrai et n'attendre rien de toi, n'avoir aucun projet pour toi, au risque de te perdre puisque je ne veux pas te gagner. Etre aimée de moi ne te donne pas davantage pouvoir sur moi pour me faire souffrir à me faire attendre. Car ne voulant rien pour toi, pas même ton bien, je ne peux me faire mal en t'en voulant de ne pas répondre à mes attentes. Ce n'est pas indifférence. C'est être irradié par tout ce qui me vient de toi et d'abord par ton existence que tu sois présente ou absente. Pour t'aimer, je n'ai pas besoin d'entendre ta voix, de lire ton écriture. Je n'ai besoin ni de rêves, ni de souvenirs, pas même une photo, pas même une image dans ma mémoire. Il me suffit d'un nom. A n'être que moi, à ne vouloir rien pour toi, tu peux être toi avec moi, en ne voulant rien contre moi. En renonçant à prendre plaisir à me faire souffrir, à gagner sur moi, tu cesses de te perdre. Je t'offre un amour à construire, pour nous éduquer, nous grandir. Faisons l'économie du Moyen Age à la veille de l'an 2000. Ne sois pas la fille du tout ou rien. Au plus, ne réponds pas par le moins. C'est nul. Réponds au chaud par le chaud et non en soufflant le froid, au doux par le doux, non par le dur, à la parole d'amour par la parole d'amitié, non par le silence du dédain. Ainsi commencent les relations vraies et justes, durables et fidèles - même s'il n'y a pas réciprocité: elle n'est plus nécessaire puisqu'il n'y a plus d'attentes sources d'ambiguités, d'équivocités, de souffrances. Moins de violence dans le monde.
Chaleur-bonheur pour nous et ceux qui se réchauffent à nous regarder:


Je t'aime parce que tu existes
que tu as été mise en travers de mon chemin
que je peux te regarder jusqu'à ravissement
être souffle coupé par ta beauté
déchiré par l'essentiel détail
ce mouvement d'oiseau de ta main
pour chasser les cheveux de tes yeux.
Pour cette douceur-douleur
te respirer te contempler
qui dis-moi dois-je remercier?


Elle parcourt mes poèmes comme s'ils ne s'adressent pas à elle, me les prend sans un merci. (Mais je sais qu'elle va les lire souvent, s'en nourrir, loin de moi.)

Je suis devenu l'amant platonique d'Haydée, la fille d'Emmanuelle. L'une m'a enchanté. L'autre m'a fait chanter. La vie est répétition-contradiction. (Le héros pense sans doute à la dialectique de Hegel-Marx, non à celle de Platon. J.Cl.G.) Haydée a collectionné les amours romantiques. Emmanuelle se doutait-elle que la fiction inverse de la sienne deviendrait réalité? (Le héros pense sansdoute au jeu de l'inconscient selon Freus et Lacan. J.Cl.G.) La belle me voyait de temps en temps pour me parler, moi l'écoutant et la chantant sans que jamais je la baisasse ou qu'elle me baisât. Cela a duré un an jusqu'à ce jour où elle me dit:

- Hypocrite, tu aurais obtenu davantage de moi. Nous sommes quittes.

Devais-je entendre: "Si tu veux que je te baise, ne me dis pas que tu veux me baiser. Par esprit de contradiction, et par respect de l'unité des contraires, mon désir est le contraire du désir de l'autre. Dis le contraire de ton désir et mon désir sera ton désir."? De quoi embarquer dans la nef des fous.

J'en suis resté pantois. Pends-toi me conseillait le masochiste qui s'agite en nous. J'ai pensé à la dernière lettre de Maïakovski, écrite avant le coup de révolver. Je l'ai quittée. Pour tuer mon envie d'elle. Et rester sur terre. En vie. Sans aile.

Poète je transformerai un jour ma souffrance en beauté - les plus beaux chants seront-ils toujours désespérés - pour que d'autres, si cela leur chante, commencent une autre histoire que la nôtre avec les mots vrais que je tirerai de nos maux sans nécessité et qu'ils portent cette histoire, s'ils le peuvent vers les rives heureuses:

 

Elle ne fut port
ni havre refuge ou maison
pas même bivouac ou campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle fut flambée d'artifices
une nuit de solstice d'été
cheveux de nuages !
un soir de mistral radieux
Elle fut corps de neige fondante au soleil
château de sable effondré par la vague
Elle fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil profond
maillot bleu sur parquet ciré -
et moi que faisais-je dans ces décors?
Elle fut mutisme d'enfer confidence d'ange
mépris de béton élans d'enfant
Elle fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle fut source et sel
fiel et miel
devint cendre et diamant
Eurydice de rêve

pour lyre d'Orphée
et (ou)
Elle me fut port
havre refuge et maison
bivouac et campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle me fut flambée
d’artifices
une nuit de solstice d’été
en Crète
cheveux de nuage
un soir de meltèmi radieux
Elle me fut corps de neige
fondant au soleil de l’Olympe
château de sable
effondré par la vague d’Égée
Elle me fut robe blanche
sur lit défait
collant noir
dans fauteuil accueillant
maillot bleu
sur parquet ciré
et moi que faisais-je
dans ces labyrinthes ?
Elle me fut mutisme d’enfer
confidences d’ange
mépris de grande
élans d’enfants
Elle me fut poignard incisif
mouchoir de soie
lame tranchante
ouate délicate
Elle me fut source et sel
fiel et miel
me devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée

 
 

Je suis allé voir Emmanuelle pour comprendre:

- Tu crois comme moi que l'amour qui justifie, bêtifie, permet toutes les vacheries et toutes les complaisances, nous devons nous en délivrer parce que faire l'amour ainsi c'est se faire la guerre, se mettre à mort et qu'il faut donc créer, inventer le véritable amour déjà rêvé par poètes et lesbiennes et qui permettra de vraiment faire l'amour - (une lecture active et plurielle de l'expression "faire l'amour" est indispensable). A dire, cela paraît smple. A inventer et à vivre, cela n'a pas l'air si facile. L'amour n'est pas un délassement. C'est une tâche et de toutes, la plus rude, m'a appris Bilitis. L'érostisme comme art, l'amour comme science, c'est un mythe. Entends-le comme tu peux! (Faut-il entendre que pour qu''il y ait mythe, il faille idée équivoque, que le mythe alors n'est que de l'ordre du discours se prêtant à l'interprétation, se refusant à la pratique? ou pour que le mythe soit facile à vivre, il doive exprimer une idée smple? Dire qu'Emmanuelle est un mythe, est-ce dire qu'on ne peut devenir Emmanuelle? mais imaginer Emmanuelle, n'est-ce pas déjà la faire exister et lui faire exprimer les attentes de son temps et de tout temps?).

Choc. Je venais de comprendre que chaque matin, chacun est confronté, à un double but, l'un de se saisir, se réaliser, se libérer - la lucidité, la maturité d'Emmanuelle, son érotisme, - l'autre de rester inachevé, immature - l'insouciance, la nonchalance, la jeunesse d'Haydée, sa pornographie.

La plupart des hommes de ce temps choisissent Narcisse. Ceux d'il y a 20 ans choisissaient Prométhée. Et moi? Qui être? Qui choisir? Emmanuelle, volontaire, travaillant avec passion à avoir le coeur net ou Haydée, velléitaire, vivant dans la confusion de ses sentiments? Moi, lyrique avec l'une, épique pour l'autre? (L'auteur a inversé les adjectifs. J.Cl.G.) (J.Cl.G. n'a rien compris. L'auteur.) Mon coeur les a choisies toutes les deux. Je les aime différemment, gai et profond avec l'une, triste et léger avec l'autre. Erotisme et pornographie: un jeu qui se joue au millimètre près.

L'auteur, XXX
 

 

photos d'E.A., prêtées par Louis-Jacques
photos d'E.A., prêtées par Louis-Jacques
photos d'E.A., prêtées par Louis-Jacques
photos d'E.A., prêtées par Louis-Jacques
photos d'E.A., prêtées par Louis-Jacques

photos d'E.A., prêtées par Louis-Jacques

les deux seules interviews de celle qui était déjà publiée depuis 1959 sans le nom rendu public en 1969, Emmanuelle Arsan, pseudonyme d'auteur

Lire la suite

Sur le sentier des Lauzes/Cévennes-Baïkal

Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #voyages, #pour toujours

24 juin 2004, sentier des Lauzes: Baïkal-Cévennes, inventé par Roger lombardot

24 juin 2004, sentier des Lauzes: Baïkal-Cévennes, inventé par Roger lombardot


dashapia4.jpg


Sur le sentier des Lauzes
 
 
écouter Dasha Baskakova au piano et au chant sur le sentier des lauzes (24 juin 2004)
en cliquant sur la photo


 

dashapia3.jpg
 
 
écouter Dasha Baskakova au piano sur les crêtes (24 juin 2004)
en cliquant sur la photo


 

image4.jpgCouvertureimage5.jpgCouverture

image3.jpgCouvertureimage6.jpgCouvertureP6260019.JPGCouvertureP6260022.JPGCouvertureP6260027.JPGCouvertureP6260029.JPGCouverture

Les photos  sont de J.C. Grosse et ont été prises sur le sentier des lauzes lors d'un sentier artistique: Cévennes-Baïkal, organisé fin juin 2004 par Roger Lombardot avec des comédiens russes et français: Dasha Baskakova, Victor Ponomarev, Katia Ponomareva, Olivier Horeau.
Les photos prises dans le paysage sont des photos du lac Baïkal prises par le photographe d'art Sergueï Konietchnykh, né en 1952, auteur de célèbres albums et catalogues sur la Bouriatie.


photographeBa--kal.JPGCouverture


P6260037.JPGCouverture

En août 2010, eut lieu un bocal agité au Baïkal, franco-russe. Roger Lombardot n'a pu en être. Un livre bilingue a été publié: Baïkal's Bocal.

Lire la suite

Grotte Chauvet/33000 mots/Revue des Deux mondes

Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #pour toujours, #agoras

le panneau des chevaux

le panneau des chevaux

Revue des deux mondes,

N° hors série, 6 décembre 2011

 

206.jpg

 

ce N° exceptionnel a été présenté le 6 décembre 2011 au cinéma du musée du quai Branly lors de la présentation du projet de la Grotte Chauvet Pont d'Arc, candidate au patrimoine mondial de l'UNESCO et qui y a été inscrite le 22 juin 2014. L'espace de restitution, la Caverne du Pont d'Arc, a été ouvert au public le 25 avril 2015. En août 2015, 320000 visiteurs avaient déjà été enregistrés. Le partage du patrimoine, une mission, est tombée entre les mains des marchands. C'est la sociét Kléber Rossillon qui gère la Caverne ainsi qu'une vingtaine d'autres sites.

 

Trente-trois auteurs de théâtre se sont donné rendez-vous un week-end en Ardèche, les 16 et 17 octobre 2009, afin de découvrir les lieux qui accueillent un trésor de l’humanité, la Grotte Chauvet-Pont d’Arc, candidate au patrimoine mondial de l’Unesco, dont les fresques pariétales sont datées de – 36 000 ans… À partir de leurs impressions et de leur inspiration, chacun de ces auteurs a écrit un texte de 1000 mots recueillis dans ce hors-série. 33 textes, 33 000 mots, en hommage à cette grotte vieille de 33 000 ans…

 

(Avec N. de Pontcharra, G. Trépanier, M. Grégo, J.-M. Ribes, J. Larriaga, J.-C. Grosse, P. Tanon, G. Costaz, M. Bellier, R. Escudié, G. Desnots, L. Contamin, P. Touzet, Lazare, G. Boulan, E. Destremau, M. Beretti, S. Joanniez, Y. Cusset, S. Lastreto Prieto, P. Alkemade, J.-P. Alègre, G. Brulotte, J.-Y. Picq, B. Purkhardt, É. Melgueil, J.-P. Thiercelin, G. Gruhn, C. Piret, C. Confortès, B. Jacobs, D. Paquet, C. Tullat. Préfaces de M. de Lacharrière, P. Terrasse, J.-J. Queyranne, R. Lombardot, D. Baffier,.)

 

12 - copie

 

Les Cahiers de l'Égaré ont publié en 2007, La Rose, hommage théâtral à la grotte Chauvet, de Roger Lombardot, initiateur de ce projet de 33000 mots, ouvrage comportant un cahier de 24 pages de photographies. Et en 2013, Homo Botticelli suivie de La Rose.

 

la-rose-couv-basse-def.png

Actualisation à l'occasion de la sortie du Hors-série de la revue des deux mondes consacré aux 33000 mots, décembre 2011
(Les Cahiers de l'Égaré, pressentis,  n'ont pas été retenus pour la publication; j'ignore à qui revient cette décision et j'ignore comment la revue des deux mondes  s'est retrouvée en charge de l'édition des 33000 mots; il y aurait beaucoup à dire là-dessus mais je n'en ferai rien le temps d'élucider certains dessous).
Cet échange de mails sur la liste des EAT (Écrivains associés du Théâtre) dit beaucoup en entendus et sous-entendus, cela s'est passé début décembre 2011. Un nouvel échange a eu lieu fin janvier 2017 suite à l'annonce de la somme payée par la Revue des Deux Mondes à Pénélope Fillon, pour deux notes de lectures, 100000 €, alors que les 33 auteurs n'ont perçu aucun droit d'auteur pour leurs 1000 mots.
 
Un peu de clarté dans un monde de grottes
Je reste étonné que les EAT Paris se fasse si peu l'écho d'un évènement qui concerne beaucoup d'adhérents EAT, nationaux et parisiens...
Un peu d'histoire : en octobre 2009 (ou 2008 ?), l'ami Roger Lombardot invitait 33 auteurs venus de toutes les rives de la francophonie (Belgique, Suisse, Québec..)à découvrir l'Ardèche et plus particulièrement la Grotte Chauvet plus ancienne des grottes ornées recensées à ce jour et datée d'il y a 33 000 ans.... candidate au patrimoine mondial de l’Unesco.
Wouhaou ! Vertige !
Il s'agissait de célébrer dignement cet anniversaire d'une façon simple et opérative. Chaque auteur, une fois rentré chez lui, devait écrire un texte de 1000 mots (pas un de plus, pas un de moins), courte pièce, poème...bref, toujours coloré, vous devinez bien, des lumières de l'émerveillement.
L'opération fut gonflée, coûteuse, généreuse.
Hommage soit rendu ici à Roger Lombardot et à toute son équipe pour l'amitié, l'hospitalité, le rêve à partager à parts égales, l'opiniâtreté dont tu fis preuve.
Pour rappel, EAT Paris n'a jamais cru en cette opération et n'y versa pas un centime. Conclusion péremptoire du bureau lors de la présentation du projet :"il n'y arrivera jamais".
L'opération fut longue jusqu'à l'édition. Et pas n'importe laquelle ! C'est qu'il fallait un bel écrin pour cet héritage !
Aujourd'hui, sort le numéro Hors-Série de la Revue des Deux Mondes, La Grotte Chauvet, 33 000 ans, 33 000 mots.
Ça mérite le détour ! Ça mérite qu'on s'y attarde ! Ça mérite qu'on en parle ! Ça mérite ! Non ?
 
Michel Bellier
 
Merci, Cher Michel, d'en avoir parlé sur la liste, Gilles Costaz en a parlé hier matin, livre à la main, lors de notre réunion mensuelle devant toute l'assemblée et ce sera dans le compte rendu
Pour pouvoir en parler, en amont de l'événement, il aurait fallu que je sois informée (ou le secrétariat) de la manifestation...
Je me souviens qu'à l'époque, notre Président en exercice Jean Paul Alègre avait beaucoup parlé et écrit sur cette manifestation et félicité Roger Lombardot
En tout cas encore toutes les félicitations à Roger Lombardot pour cette initiative et à tous les écrivains qui ont écrit...
 
Louise Doutreligne
présidente des eat
Bonjour Michel et tous les EAT,

l'opération initiée et menée à bien par Roger Lombardot et un paquet de gens très dévoués et accueillants (dont Jean parti en retraite) a eu lieu en 2009, les 16 et 17 octobre avec textes livrés le 18 décembre, pour les 15 ans de la découverte de la grotte (18 décembre 1994)
effectivement, ce fut une rencontre exceptionnelle
elle a fait des petits : sur l'insistance de Roger Lombardot,  j'ai accepté de me présenter à la présidence des EAT MED (en septembre 2010) et  deux projets sont nés sur le même principe des 1000 mots
- (Envies de Méditerranée, 29 textes de 1000 mots, livre paru aux Cahiers de l'Égaré en octobre 2010)
- (Pour Marilyn, 36 textes de 1000 mots pour les 50 ans de la disparition de Marilyn, livre à paraître aux Cahiers de l'Égaré fin avril 2012)
je signale que Les Cahiers de l'Égaré ont édité, 2° édition en 2007, de Roger Lombardot : La Rose, hommage théâtral à la grotte Chauvet, avec un cahier de photographies plus grandes que celles de la revue, un peu petites, préface de Dominique Baffier, conservatrice de la grotte, postface d'Emmanuelle Arsan, Parce qu'ils ne pouvaient pas s'en empêcher, une musique ocre et rouge)

le N° de la revue des deux mondes est un bel objet, il est à lire et à faire connaître (il coûte 14 euros)
avec pour Roger, un goût d'amertume au minimum, non contre les EAT mais contre des tutelles n'ayant pas tenu leurs promesses ce qui l'a obligé à arrêter son activité d'homme de théâtre à Laurac en Vivarais et parce que des récupérateurs ont su récupérer la réalisation (il nous en a parlé à la dernière AG des EAT MED, le 22 septembre 2011, en Avignon)
merci à Roger d'avoir réussi à mener à terme, malgré ou avec les déceptions, les colères, les coups de gueule, cette aventure d'association d'écrivains de théâtre embarqués à leur insu (j'ignore si c'est le mot juste) dans une aventure patrimoniale de taille ne justifiant pas tous les moyens

vous trouverez aux liens suivants, des articles et des vidéos sur cette rencontre d'octobre 2009
vous pourrez lire dans le 2° article, un compte-rendu de ma visite de la grotte (nous étions 5 et cela se passa le 30 avril 2010; j'avais demandé aux 5 d'écrire un texte de 20 pages mais des événements douloureux m'ont éloigné de ce projet qui ne verra pas le jour sauf si une ouverture laissant s'échapper un souffle nous fait replonger dans l'obscure clarté)
 
Jean-Claude Grosse
président des EAT MED
 
Chers tous,

Nous, les 33 auteurs qui avons écrit ces 33 000 mots, réunis par Roger Lombardot
au pied de la Grotte Chauvet, avons vécu des moments d'exception. D'abord à cause
de l'accueil chaleureux de Roger, son équipe et sa famille dans sa "Maison-théâtre"
et dans son village de Laurac en Vivarais. Par la qualité des personnes rencontrées,
par la connaissance de ces œuvres si éblouissantes, par la rencontre forte avec les
autres auteurs, et tous les échanges de ces moments.
Nous qui ORGANISONS telle ou telle manifestation nous savons combien c'est
-la plupart du temps- TUANT de mener à bien tous les DÉTAILS afin que tout se
passe bien...
Cher Roger je pense à toi avec beaucoup d'amitié, de tendresse pour ces énergies
colossales que tu as su mettre en action pour que tout cela VIVE.
Je sais combien tu as été meurtri lorsque certaines INSTANCES n'ont pas TENU leurs
ENGAGEMENTS, et que tu t'es aussi retrouvé EMBROUILLÉ  dans des PATAQUÈS
d'édition, où, à tout moment cette aventure prodigieuse, et la vie de ta COMPAGNIE,
ont été mis en péril.
Je sais combien tu es ENCORE en souffrance, même si tu as abouti d'une manière
héroïque et brillante ce projet pour lequel tes "scribes" (dont je suis) te sont, j'en
suis sûre, d'une reconnaissance à jamais.
Ces textes édités créent un CHOC, une ÉMOTION qui rejoigent le CHOC, L'ÉMOTION
du film si juste et beau de WERNER HERZOG.
Il me semble qu'il serait judicieux que les EAT PARIS avec la SACD invitent ROGER
à relater cette Odyssée pleine de réussites, de joies, de périls, de catastrophes... Roger
nous en a dit quelques mots à AVIGNON lors de notre dernière rencontre des EAT
MÉDITERRANÉE.
Ce que m'a relaté mon fils qui me représentait le 6 Décembre pour la sortie de la Revue
à Paris (puisque je travaille à Montpellier en ce moment) est aussi très instructif de
l'instrumentalisation que peuvent subir les artistes lors d'une manifestation officielle.
Qu'une place de PAROLE soit accordée à ROGER LOMBARDOT devant ses "pairs"
des EAT serait un geste simple et humain, me semble-t-il dans cette société actuelle
où humanité et simplicité, désertent salement ! 

Moni Grégo

 
Chers tous,
 
Suite aux messages sur la liste à propos de l'opération 33000 mots pour 33000 ans Grotte Chauvet Vallon Pont d' Arc, une petite mise au point.
Il est absolument exact que les EAT Paris n'ont pas versé un centime sur l'opération en question.
Je considère que ce fut une des grandes erreurs de ma présidence et, plus que le Bureau, c'est moi qui n'y ait pas cru au départ.
( On peut y ajouter au moins deux autres événements à côté desquels je suis complétement passé : l'organisation des masters class contre lesquelles j'ai lutté avec énergie et qui se sont révélées être très positives, et la fête des EAT que j'ai combattue avec obstination et qui fût un moment formidable ! ).
Je l'ai reconnu publiquement devant Roger Lombardot, les auteurs, les élus, et le public dans ce que certains d'entre vous ont bien voulu appeler "le discours de Rosières".
Le merveilleux Roger Lombardot ne m'en a pas voulu puisqu'il m' a invité à ces trois journées fortes, denses, graves et drôles à la fois, qui nous ont réunis autour de la Grotte, et qu'il m'a offert ensuite un des plus grands moments de ma vie en me permettant d' être un des rares privilégiés à pouvoir descendre dans ce lieu... finalement indescriptible !
Voilà pourquoi notre actuelle présidente a raison de rappeller que je n'ai cessé par la suite de rendre hommage à cette aventure unique, ce que je fais encore une fois aujourd'hui, avec d'autant plus de force que je m'étais lourdement trompé sur son devenir.
Elle est aujourd'hui concrétisée par ce numéro spécial de la Revue des deux mondes, la bien nommée, puisque Chauvet est effectivement un autre monde et, en même temps, déjà totalement dans notre monde.
Roger Lombardot a permis d'écrire une des plus belles pages de la jeune histoire des EAT.
Qu'il en soit encore une fois remercié.
Chaleureusement à tous !
 
Jean-Paul Alègre
Président de la commission Théâtre de la SACD
 
Bonjour à tous,
à l'exception des membres des EAT Med, peu nombreux sont celles et ceux qui, parmi vous, me
connaissent. Je suis entré aux EAT au moment de cette manifestation initiée par Roger, c'était sans doute le plus beau cadeau que l'on puisse faire à un auteur ayant décidé d'être parmi vous.
Le livre qui en résulte aujourd'hui ne rend pas vraiment compte de cette aventure  à la fois
collective et individuelle. Les trois premières préfaces, dans leur immense platitude, sont les
manifestations de ce que Roger a dû supporter pendant deux ans. Elles montrent à quel
point la parole des artistes ne compte guère si ce n'est, comme le rappelle justement Moni,
comme prétexte à instrumentalisation. Il n'empêche que ces textes sont  pourtant là aujourd'hui
et que c'est un bel outil pour rappeler que c'est par l'art que se fait la rencontre entre l'homme et l'homme, et par l'imagination que nous nous parlons, à distance de milliers d'années.
J'ai vu, en Chine, notamment, quantité de sites de restitutions : quand ils ne sont pas désertés, ils donnent lieu à des défilés de touristes consommateurs de produits dérivés et qui viennent voir des statues et objets en plastique (bien faits au demeurant), placés dans des endroits artificielset étudiés pour prendre des photos sans difficulté. L'espace de restitution comme fin en soi et ne livrant rien d'autre que des images glacées.
En sera-t-il autrement pour la grotte Chauvet? Je ne suis pas très optimiste.
Avec ces textes de la Revue des Deux Mondes, n'avons-nous pas la possibilité de continuer de faire vivre une parole d'artistes libres? Pourrait-on envisager des lectures, des mises en espace ou en scène de ces textes? Ou imaginer que d'autres textes, année après année, pourraient être écrits,publiés sur le site des EAT ou ailleurs? A voir, peut-être, dans nos délégations régionales, à moins que les EAT nationales aient des envies...
bonne continuation à tous!

Gilles Desnots
Hyères
Cher Jean Paul Alègre, ex- président des EAT,

c'est bien de reconnaître ses erreurs; cela n'enlève rien à leur gravité d'autant qu'effectivement ce sont trois erreurs de taille
en ce qui concerne le projet des 33000 mots, comment évaluer l'impact de l'absence des EAT sur ce projet dont je répète qu'il a conduit Roger Lombardot à renoncer à son activité d'homme de théâtre
certes les tutelles ne versant pas les subventions promises contribuent à la paralysie de l'association porteuse du projet, au remboursement des dettes sur biens personnels, à un épuisement physique et psychique, à la déprime heureusement passagère ...
les EAT auraient pu contribuer à diminuer ce tribut et à protéger un des leurs contre la volonté de tout contrôler d'un Ladreit de Lacharrière
Roger rêvait d'une grande soirée au Théâtre du Rond-Point; la présence de Jean-Michel Ribes dans les 33 auteurs et dans les 5 qui ont visité la grotte le 30 avril 2010 n'a pas suffi à offrir cette possibilité aux auteurs
c'est dans une salle de cinéma de 90 places au musée du quai Branly que s'est déroulée la manifestation du 6 décembre auxquels les 33 auteurs étaient invités à leurs frais, contrairement aux communicants, élus, chargés de mission, (coût d'une telle opération ? sur argent public ! on aimerait savoir) 120 personnes dont 10 auteurs  (le BAT bien représenté) mais pas vous, cher Jean-Paul ni vous cher Jean-Michel confronté aux intégristes "catholiques" entre guillemets, manifestation de lancement de l'opération Grotte Chauvet à inscrire au patrimoine mondial de l'Unesco, manifestation récupérée par les amis de la grotte et Ladreit de Lacharrière qui en est le président comme il est président de la revue des deux mondes
les auteurs et Roger n'ont eu droit à aucune attention, la revue a juste été montrée, Ladreit de Lacharrière (je ne m'en lasse pas) signalant qu'on pouvait la trouver avec d'autres livres à la sortie à moins que ce ne soit à l'entrée
il a fallu une intervention intempestive de Jean-Pierre Thiercelin pour que les auteurs se fassent remarquer
quant à l'édition, Les Cahiers de l'Égaré avaient été envisagés par Roger mais trop petite maison d'édition (pour qui ?, la réponse est connue maintenant), il avait cherché du côté de l'Avant-scène théâtre (avec l'aide de Gilles Costaz) et finalement c'est la Revue des deux mondes, la revue présidée par Ladreit de Lacharrière (promis, c'est la dernière fois que je le décline), qui a raflé la mise
alors je me dis: va t- on se laisser bouffer, ignorer ? 
d'abord le copyright: nous devons obtenir que nos textes nous appartiennent donc nous devons demander une lettre nous garantissant l'usage que nous voulons de nos textes sans autorisation préalable de la revue comme la revue doit nous demander notre autorisation pour tout autre usage de nos textes que dans la revue par l'espace de restitution par exemple
ensuite, les droits d'auteur:  sur 10000 exemplaires; 4000 vont être distribués gratuitement en Rhône-Alpes aux établissements scolaires, à droite, à gauche, à l'espace de restitution; nous devons demander 10 à 20 exemplaires par auteur. Voilà un peu de justice, un peu de respect de la légalité et des oeuvres et des personnes.
Il va de soi que toi, cher Jean-Paul qui occupe une position éminente à la SACD, tu te feras un devoir de mener à bien cette initiative de respect de nos droits, de nos oeuvres et de nos personnes.
Reste à mettre réellement en valeur ce travail exemplaire d'association d'auteurs (33 c'est 10% des EAT) ; là, notre présidente et le CA des EAT sauront organiser une manifestation,  avec la SACD, digne du travail accompli par 33 d'entre nous, à l'initiative de Roger Lombardot, sorti déplumé et décoiffé de cette opération.
Les idées de Gilles Desnots, proposant que les auteurs là où ils le peuvent, valorisent ce travail, me semblent valables également.  Par exemple en Avignon, cet été.
Les EAT MED en parleront à leur AG du 4 février 2012 et feront le point avec Roger et Louise.

Amitiés dans le différend
Jean-Claude Grosse
président des EAT MED qui sera exceptionnellement présent à Paris pour la mensuelle et le CA du 4 janvier

 

Lire la suite

Grotte Chauvet, Revue des Deux Mondes, Ladret de Lacharrière

Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #pour toujours, #agoras

origines par Michel Bories

origines par Michel Bories

Suite à la révélation concernant les 100000 € perçus par Pénélope Fillon pour deux notes de lecture pour la Revue des Deux mondes, un auteur ayant écrit un texte de 1000 mots sur la Grotte Chauvet, paru dans le N° hors-série de novembre 2011 a écrit une lettre avec facture à la dite Revue. J'ai relayé cette initiative. Cela a provoqué un tollé chez les collègues ayant écrit dans le dit N°. Voici les échanges par mails, pour que d'aucun se fasse son opinion. À lire après avoir lu les échanges de mails de décembre 2011 car certains ont la mémoire courte.

Jean-Claude Grosse

A l'attention de ceux qui ont participé au numéro spécial de la Revue des Deux Mondes sur la grotte Chauvet

Bonjour,

Pour information et à la suite des derniers développements révélés par le Canard Enchaîné, je vous joins copie du courrier que je fais parvenir ce jour à la Revue des Deux Mondes.

Bonne lecture et amitiés !

René Escudié

REVUE DES DEUX MONDES

97, Rue de Lille

75007 PARIS

Madame, Monsieur,

Je vous prie de trouver ci-joint facture relative à l'écriture d'un texte original paru dans votre Revue et pour lequel je n'ai à ce jour reçu aucune rétribution.

Me basant sur des informations parues dans la presse de ce jour sur la rétribution d'une de vos collaboratrices pour quelques comptes rendus de lecture, j'ai établi en conséquence le montant de la somme qui peut m'être due pour l'écriture d'un texte original.

Vous en souhaitant bonne réception et dans l'attente de votre règlement, je vous prie de me croire sincèrement votre

bonjour,

suite aux révélations du Canard enchaîné sur la rémunération énorme perçue par Pénélope Fillon pour 3 notes de lecture dans la Revue des deux Mondes, l’ami René Escudié a adressé un courrier et une facture à la Revue des deux Mondes pour son texte paru dans le N° de novembre 2011, Grotte Chauvet Pont d’Arc, 33000 ans, 33000 mots

nous sommes 33 à ne pas avoir été rémunérés

je m’associe donc à la démarche de René Escudié et adresse courrier plus facture à la revue présidée par Marc Ladret de Lacharrière, un puissant homme de l'ombre

en souhaitant que les 31 restants fassent de même

et en souhaitant que les EAT soutiennent cette démarche pour le droit d'auteur

l’opération 33000 mots pour la grotte Chauvet avait été initiée par Théâtre d’aujourd’hui de Roger Lombardot, les 17 et 18 octobre 2009

ce fut une formidable aventure

réactualisée pour moi par la visite ce dimanche 29 janvier de Lascaux 4 avec René Escudié et Moni Grego au retour du Bugue (pour l’opération Cer-Sha, initiée par Isabelle Normand, une réussite)

Jean-Claude Grosse

Bonjour

J’étais justement en train de rédiger une bafouille dans ce sens…

Michel Bellier

Bonjour à tous, concernés ou non par cette parution dans la revue des deux mondes. 

Il est clair que j'approuve et soutiens l'initiative de René Escudié, relayé par Jean-Claude Grosse.

En revanche, j'ai le sentiment qu'il serait plus judicieux d'engager une action collective de préférence à la multiplication de 33 initiatives individuelles car il s'agit avant tout  d'une action symbolique visant à la reconnaissance du droit d'auteur. Une telle action aurait alors plus de chance, non d'aboutir à une perception rétrospective d'un droit ( auquel je suppose, nous avions renoncé en signant notre contrat d'édition) mais de remplir le rôle politique qui l'inspire.

Et puis, en toute franchise, je ne me sens bien incapable de rédiger une facture aussi conforme que celle de René Escudié  que je félicite pour son initiative.

Cordialement 

Gilles Boulan

A tous,

Comme vous le savez ou vous en êtes aperçus, dans la mesure où je me suis éloigné du milieu, je n'interviens jamais sur ces listes.

Ceci dit, l'initiative présente touchant la Revue des deux mondes, et dont j'étais un des contributeurs du numéro spécial dont nous parlons, m'appelle à sortir de ma réserve.

Je trouve cette initiative malvenue, pour plusieurs raisons.

La première, comme le rappelle justement Dominique Paquet, concerne évidemment Roger Lombardot. C'est à lui que nous devons d'avoir vu nos contributions sur la grotte Chauvet publiée par la Revue des 2 mondes. Pour cette raison évidente, nous devons être reconnaissants à Roger. Je ne connais pas les liens de Roger avec cette revue, son directeur (passé ou actuel), voire son propriétaire, mais il est incontestable que l'initiative de René est une manifestation d'hostilité à l'égard de la revue dont pourrait pâtir Roger.

Ensuite, souvenons-nous de notre état d'esprit lorsque Roger nous avait annoncé que cette revue nous publierait : nous étions tous enchantés. Avec cette publication, cette revue a fait un acte en notre faveur.  En quelle manière, depuis lors, cette revue nous a-t-elle manqué ? Elle ne nous a pas rémunérés ? Certes, mais c'était prévu depuis le début, et le simple fait d'être publiés par elle nous suffisait et, je le répète, nous réjouissait.

La simple reconnaissance de ce que nous devons en la matière à Roger devrait nous interdire d'engager une quelconque action qui puisse lui nuire.

La deuxième raison porte sur le fond de la présente initiative. Cette initiative prétend faire valoir des droits, mais des droits n'existent pas : il n'a jamais été prévu que nous soyons rémunérés en droits d'auteurs. De sorte que cette initiative est vouée à un échec pratique évident. Allant droit à l'échec mais avec des arguments sérieux, réclamer de l'argent, elle est ridicule.

La troisième raison porte sur l'esprit de cette initiative. Tout d'un coup, parce que l'actualité nous y fait penser, nous nous réveillons pour aller demander de l'argent ? Parce que nous nous sentons pour une fois assez forts, nous qui le sommes en général si peu, pour aller défier une personnalité riche et influente ? Il y a là quelque-chose de lâche. C'est tout simplement, et honteusement, crier avec les loups. Mais il ne s'agit pas que d'aller grossir la foule hargneuse, il s'agit aussi de demander de l'argent, d'aller mendier quelques milliers d'euros - ce qui est déshonorant. Et d'autant plus déshonorant qu'il consiste à aller copier ceux qui se sont déjà et publiquement déshonorés dans cette affaire. Et nous comprenons ici la logique de cette initiative : "Comme certains, qui n'y avaient pas droit, ont eu leur part du gâteau, alors nous-mêmes, qui n'y avons pas plus de droits, allons réclamer notre part !" Ca sent l'envie, la mesquinerie. C'est une logique de cour de récréation : "Oui Maîtresse, je n'ai pas droit à 2 beignets, mais regardez Pierre, qui a eu 2 beignets, alors je veux aussi mes 2 beignets !" Puérilité, mesquinerie, lâcheté.

Pour ma part, je ne veux être associé ni à un quelconque manque de délicatesse envers Roger, ni à une manoeuvre à la fois ridicule, lâche, envieuse et puérile.

Et je me permets de dire, à la fois aux auteurs de ce numéro de la Revue des 2 mondes et aux EAT Méditerranée (parce que Roger et de nombreux auteurs de ce numéro spécial de la revue en faisait partie) : Un peu de dignité, et pensez à Roger.

Eric Melgueil

Merci Eric !

Je n'ai rien à ajouter.

 Roger Lombardot

Je ne peux avoir qu'une pensée émue pour Roger Lombardot, inventeur de moments rares, dont celui qui nous a réunis à Chauvet, et qui doit pleurer de tristesse devant des initiatives hors sujet, dont je me désolidarise entièrement, préférant rester sur l'enchantement de ces trois jours passés auprès de Roger et grâce à lui.

Jean-Yves Picq

Au vu des derniers événements en France, je peux comprendre la réaction de colère qui pousserait à réclamer des droits d'auteur à la revue qui a accepté d'éditer nos textes sur la grotte Chauvet. Cependant trois raisons m'empêchent de m'associer à une démarche qui irait dans ce sens :

- cette démarche mettrait en difficulté notre ami Roger, à qui nous devons cette initiative, le peinerait assurément (et croit-on qu'il soit facile de publier un tel ensemble de textes?) et jetterait une ombre sur le souvenir que nous avons tous, je crois, de ces belles journées

- à ma connaissance, il a été admis par tous, dès l'annonce de la publication, que nous ne recevrions pas de droits d'auteur ; une réclamation aussi tardive n'a aucun sens

- enfin, et surtout, nous ne pouvons pas rendre responsable la Revue des deux mondes de la décision de son propriétaire qui a manifestement imposé à la direction de sa revue la rémunération d'une collaboratrice fantôme.

Bonne journée à tous

Michel Beretti

Ah la la !

Il me semble qu'il y a de plus en plus deux postures en matière de travail artistique.

Ou plutôt même trois...

Il y aurait celles et ceux qui seraient prêts à tout pour être lu, vu, joué, édité...

et on comprend ô combien facilement, qu'il vaut mieux être lu, vu, joué, édité...

que pas.

Et celles et ceux qui s'étant battu pour qu'une charte des auteurs existe, pour

que la sacd et autres organismes qui veillent sur nos droits, existent, pour que le

syndicat des acteurs, des metteurs en scène... existe... avec des minima syndicaux

à respecter... etc... Et heureusement que ces combattants existent et ont existé !!!

Et il y a celles et ceux qui, comme moi, bien que féroces combattants des droits

et tarifs minimum, acceptent parfois d'aller jusqu'à... parfois... la gratuité...

Et, malheureusement, nous le payons tous très cher, conscients ou pas de cela !!!

Je le paye cher par un déséquilibre financier permanent qui met en péril mon équilibre

physique, psychique, mental et artistique.

J'ai remarqué que souvent ceux qui disent beaucoup de mercis aux "organisateurs"

alors qu'ils ne sont pas ou peu payés lors de leurs déplacements professionnels, ont

souvent un autre "métier" ou d'autres ressources financières qu'artistiques.

Ce n'est pas mon cas.

Ce n'est pas parce qu'on prend du plaisir lors d'un événement que les droits et les

lois du travail doivent être oubliés.

J'aime beaucoup beaucoup Roger Lombardot et aussi son écriture et ses actions.

J'ignore le pourquoi du comment du contrat qui a régi toute cette "affaire" mais je

trouvais assez croquignolet après les 100 000 € versés à Pénélope pour deux

fiches de lecture de rappeler à ces messieurs de la direction que nous existions

NOUS AUSSI (sans pour cela le mener jusqu'aux assises !!!) :-)

Mais je suis fidèle en amour et j'aime Roger, et je ne voudrais en aucun cas lui nuire.

Alors...

Amicalement,

Moni Grego

bonjour à tous,

après les messages d’Éric, Roger, Jean-Yves, Michel, Moni et n’ayant pu joindre Roger par téléphone (2 tentatives), je renonce à relayer l’initiative de René dont je pensais qu’elle était drôle politiquement (efficace, je n’en sais rien; nécessaire, oui)

-  les 3 jours d’octobre 2009 en Ardèche, organisés par Roger et associations diverses c’est une chose, une très belle aventure que nous gardons au chaud de nos mémoires et de nos coeurs, de nos écritures aussi pour certains

(je pense par contre que la mise en valeur de nos textes n’a pas été à la hauteur tant au quai Branly par la Revue des Deux Mondes et son Président en décembre 2011 (aucune lecture) que la 2° fois organisée par Philippe Touzet, Dominique Paquet, je ne sais plus où ni quand (et ce n’est pas faute d’avoir insisté en CA)

-  l’action auprès de la Revue des Deux mondes, pour le hors-série paru en novembre 2011, deux ans après et sans contrat,  j’en suis presque sûr (nous n’avons signé aucun papier de renoncement à nos droits; j’ai signé un BAT, m’inclinant devant le refus de la Revue d’utiliser la variété de polices et de corps de mon texte original), c’est autre chose :

c’est une action politique d'opportunité, pleine d’humour (mais encore faut-il le percevoir) et qui pouvait faire le bonheur du Canard enchaîné au détriment d’une dame bien menteuse pouvant devenir 1° Dame, dame évoquée mais pas nommée par René dans sa lettre mais tout le monde la reconnaît et nous nous serions peut-être trouvé propulsés pour un bref moment dans la cour de ces impétrants, pour un moment de rire tout en défendant le droit d’auteur (être publié dans la Revue, c’est bien, prestigieux même et pendant 5 ans, rien à dire, tacitement, nous avions accepté de renoncer à nos droits mais le scandale de la rémunération de la dame ne peut nous laisser sans voix, nous sommes bel et bien instrumentalisés, il y a deux poids, deux mesures)

-  dernier point et non des moindres, René devait-il demander l’autorisation de Roger ? devais-je demander une autorisation ? à mon avis, non; l’attachement affectif à un événement, à une personne ne doit pas nous exempter de notre liberté de pensée, d’expression, d’action; la soumission aux affects même généreux n’est pas un bon guide car cela entraîne me semble-t-il le confusionnisme

Jean-Claude Grosse  

précisions,

évidemment, on réfléchit même après avoir mûrement pensé ce que l’on écrit

un argument de poids a été utilisé par plusieurs contre l’initiative de René: ne pas nuire à Roger

l’utiliser, c’est dire: Roger a des appuis en Ardèche qui pourraient refuser de continuer à l’aider

par exemple, le Président des amis de la grotte Chauvet, président aussi de la Revue des Deux mondes, Marc Ladret de Lacharrière

ce personnage puissant n’est pas à ma connaissance un mécène, un sponsor des activités littéraires et théâtrales de Roger

il a été très investi pour le classement au répertoire mondial de l’Unesco, de la Grotte Chauvet le 22 juin 2014 mais avec des milliers d’autres signataires, pas les 36000 escomptés pour les 36000 ans de la grotte

très investi avec les tutelles, département, région, état peut-être, dans la réalisation de l’espace de restitution, la caverne du Pont d’arc ouverte le 25 avril 2015 et gérée par la société Kléber Rossillon

donc le seul personnage qui pourrait nuire à Roger suite à notre action, déjà enterrée, c’est Marc Ladret de Lacharrière (Kléber Rossillon doit totalement ignorer l’existence de Roger)

c’est mal connaître Roger que de le croire en accointance avec Marc ou avec Kléber

que visent les concepteurs et exploiteurs du site ? le maximum de public, un rayonnement touristique démultiplié de ce territoire, des retombées économiques en veux-tu, en voilà

le contraire de ce que Roger défend, c’est ce que je crois, illustré par son dernier spectacle que je n’ai pas vu: La beautй sauvera le monde

je ne pense pas que Roger soit en phase avec ce qui se fait depuis 2 ans au Pont d’Arc et qui se fait maintenant aussi avec Lascaux 4, ouvert le 15 décembre 2016

partage et patrimoine sont désormais entre les mains des marchands de territoires

Kléber Rossillon, gestionnaire de la caverne est un des héritiers de la famille Schlumberger, il a perdu plusieurs millions d'euros dans l'affaire Madoff

on aurait eu de quoi s’amuser ce qui est bon par les temps qui courent

mais l’esprit de sérieux et de famille l’a emporté

Jean-Claude Grosse

Cher(e)s ami(e)s,
 
Permettez-moi d'apporter quelques précisions sur la raison de mon envoi d'une facture « salée» à la Revue des Deux Mondes :
 
Il ne s'agit évidemment pas d'une critique quelconque à l'encontre de Roger Lombardot. J'ai trop d'amitié pour lui et d'admiration pour ce qu'il avait organisé à cette époque pour que cela puisse m'avoir traversé l'esprit. Et, réfléchissons une minute, s'il en avait été ainsi, aurais-je attendu cinq ans pour manifester un mécontentement à son égard ? Et à celui du projet ?
Je suis étonné. Certains semblent avoir pris totalement au sérieux ma manifestation. C'est certainement ma faute, quand le clown ne fait pas rire, ce n'est pas de la faute du spectateur, c'est la sienne et celle de son nez rouge mal placé.
Pourquoi cette tentative d'humour, ratée pour certains ? En découvrant dans la presse le montant des sommes allouées à l'épouse d'un candidat à la présidence de la République pour la rédaction de deux notes de lecture et en me souvenant que la publication de ma nouvelle dans la Revue ne m'avait pas été payée, je dois dire qu'un grand dégoût m'a envahi. J'ai eu l'impression d'être quelques trente années en arrière quand, auteur jeunesse, je me retrouvais dans des salons du livre où les organisateurs étaient payés, les hôtesses étaient payées, les vigiles étaient payés et où, nous auteurs, devions être contents si on nous remboursait mal et tardivement nos frais de voyage. Avec cette circonstance aggravante d'une rémunération totalement exorbitante. J'ai donc décidé, de manière à tendance situationniste, de jouer le jeu de la big money : on nous parle de fric : je facture.
C'est pour moi quelque chose de très personnel, un pied de nez futile et vain à un système qui, au fond, me méprise et me considère comme un soutier de ses productions et qui joue de ma naïveté et de mon petit ego de folliculaire timide. Oui, j'ai été ravi d'être publié dans cette revue prestigieuse, en compagnie de Chateaubriand, d'Alexandre Dumas, Baudelaire, Musset ou Balzac mais avec quand même assez d'autodérision pour penser à Lammenais ou Lacordaire.
Et ce geste d'autodérision était et m'est personnel, il ne vise surtout personne et, si je l'ai transmis à certains, c'était simplement pour les amuser.
 
Amitiés. René Escudié

commentaire reçu le 5 février 2017:

Pour rebondir sur ce qui a été dit à propos de l'initiative de René Escudié (que j'ai trouvé excellente et dont j'ai bien compris l'aspect drôlatique), je vous signale que lors de l'émission l’esprit public de Philippe Meyer d'aujourd'hui (France Culture), les journalistes ont cru bon devoir préciser qu'ils avaient tous, un jour ou  l'autre, écrit  dans la Revue des deux mondes et que la spécificité de l'écriture dans cette revue en était la gratuité. Donc je ne vois pas en quoi Roger Lombardot serait visé par une initiative qui pourrait au contraire devenir nationale compte tenu de cette spécificité et mettrait d'autant plus le doigt sur le caractère étrange et incompréhensible même de la rémunération perçue par P. F.
Et si toutefois il s'avérait que Roger fût inquiété de quelque manière que ce soit, j'imagine que tous et toutes, nous auteurs, nous grouperions autour de lui pour le protéger. Comment appelle-t-on cela ? ah oui la sororité ! Il y a un autre mot (synonyme) mais je ne m'en souviens plus.

Marwil HUGUET

Lire la suite

Manifestations Marilyn après tout

Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #EAT (Écrivains Associés du Théâtre)

Manifestations Marilyn après tout
Manifestations Marilyn après tout
Manifestations Marilyn après tout

Projet Marilyn Monroe

lancé en avril 2011

réalisé en mai 2012

Le livre Marilyn après tout

est paru aux Cahiers de l'Égaré

 

Réalisations :

2015 : 10 mars à 19 H au Théâtre Denis à Hyères, cabaret Marilyn, 36° manifestation comme les 36 ans de Marilyn

exposition de la subway dress d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles dans la Sarthe, du 4 février au 31 mai 2015

exposition de la subway dress au Bateau-Lavoir à Paris du 18 au 25 octobre 2015 et soirée Marilyn le 21 octobre

2014 :

exposition de la Subway Dress d'Aïdée Bernard à la salle des Jacobins de Saintes du 11 mars au 11 avril 2014

2013 :

lecture-dédicace le 31 janvier 2013 à l'espace Simone de Beauvoir à Nantes

lecture de quelques textes salle Vasse à Nantes le 18 février 2013 à 18 H 30

lecture-exposition de la subway-dress d'Aïdée Bernard à Octon le 8 mars 2013

lectures à la cinémathèque de la Sorbonne Nouvelle, le 21 mars 2013

lectures-dédicace à la Librairie La Fontaine à Lille, le 23 mars 2013 à 16 H

avril-mai-juin 2013 exposition de la subway-dress d'Aïdée Bernard à la médiathèque d'Albi

9 mai 2013 Casablanca chez la directrice de la librairie La Porte d'Hanfa

26 mai 2013 Marrakech chez un couple d'artistes-peintres, la Chems-Gallery

1° juin 2013, anniversaire de Marilyn,

et pour les 25 ans des Cahiers de l'Égaré à La Seyne sur Mer

 

 

 

 

 

 

Les réalisations depuis la parution du livre, année 2012 :

lecture-dédicace à la librairie Torcatis à Perpignan le 26 avril 2012

lecture-dédicace au Centre culturel Lucie Aubrac au Vigan, le 5 mai 2012

lecture-dédicace à la librairie Charlemagne à Toulon le 10 mai 2012

lecture-dédicace à la brasserie Le Vagenende à Paris le 24 juin 2012

lecture-dédicace à la librairie de Paris, place de Clichy à Paris le 28 juin 2012

 

 

 

lecture-dédicace au  bar L'Angle en Avignon le 11 juillet 2012

 

 

 

 

 

lecture-dédicace au restaurant du Chapeau Rouge en Avignon le 11 juillet 2012

lecture de 17 des 36 au conservatoire d'Avignon le 12 juillet 2012 avec exposition de la subway-dress d'Aïdée Bernard

 

 

 

lecture de 9 des 36 à l'espace Alya le 13 juillet 2012

performance de Bagheera Poulin à l'espace 40 avec MMM (Moi, Marilyn Monroe) le 13 juillet 2012

Marilyn après tout au Théâtre 14 à Paris du 31 juillet au 4 août 2012, 5 soirées à 7 textes chaque soir

 

Playlist du spectacle Marilyn après tout

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lectures-vidéos-chansons Pour Marilyn salle des fêtes de Corsavy le 14 août 2012 à 18 H

 

 

 

 

vernissage-lecture de la subway dress d'Aïdée Bernard à Lauris le 16 août 2012; expo jusqu'au 16 octobre, salle des arcades du Château de Lauris (Lubéron-Vaucluse)

 

subway.jpg

 

lectureMona.jpg

présentation de MMM (Moi, Marilyn Monroe) par Bagheera Poulin à la Mousson d'été le 25 août 2012

 

lecture-dédicace à la librairie La Lucarne des Écrivains à Paris le 12 septembre 2012

 

lecture-dédicace à la librairie Le port de tête à Montréal au Canada le 28 septembre 2012

 

Annonce-Lecture-Montreal.jpg

 

lecture-dédicace à la librairie Livresse à Nantes le 11 octobre 2012 à 20 H 30

du 11 au 14 octobre 2012, création de double M d'Anne-Pascale Patris aux Théâtrales de Forges-les-Eaux


lecture-dédicace à la librairie Les mille et unes pages à Paris 18° le 20 octobre de 16 à 19 H

lecture-dédicace à la librairie L'Olivier à Nyons le 25 octobre 2012 toute la journée

lecture-dédicace le 28 octobre 2012 à partir de 16 H au Salon d'automne à Paris

lecture-dédicace le 17 novembre 2012 au marché de l'Olive, Paris 18°, de 10 à 13 H

 

flyer marilyn apres tout - novembre flyer marilyn après to

 

 

 

lecture-dédicace à la librairie Le grenier d'abondance à Salon de Provence, le 30 novembre 2012 à 17 H

 

 

 

 

COUV MARILYN 2 COUL.-DOS 12 2 Layout

 

18 F/18 H

de 17 à 71 ans

parlent de leur Marilyn

20 euros frais de port compris

par chèque à l'ordre des Cahiers de l'Égaré

669 route du Colombier

83200 Le Revest

 

sommaire-marilyn-apres-tout.JPG

 
  

 

 

EAT MEDITERRANEE 

LES CAHIERS DE L’EGARE

 

LES 4 SAISONS D’AILLEURS

 

   Pour Marilyn Monroe

 

 Marylin Monroe s’est donnée la mort le 5 août 1962. La commémoration du cinquantenaire de sa disparition, donnera sans doute lieu à quantité de contributions de toutes natures, jusqu’à ce que l’opinion publique en soit saturée.

 

Dans ces conditions, qu’est-ce qui peut pousser les EAT Méditerranée à rejoindre ce flot annoncé, pour 2012 ?

 

L’écho positif, souvent enthousiaste, des auteurs auxquels nous nous sommes adressés, et au-delà, l’intérêt que le projet suscite, ne cessent de surprendre. Ils soulignent, nous semble-t-il, la pérennité d’un mystère Marilyn, constitutif d’une mémoire individuelle et collective, appelée à durer, comme le pressentait Jacky Kennedy, dès 1962.

 

Une mémoire durable, donc une mémoire nécessairement complexe et évolutive dans le temps. Le cinquantenaire est un moment propice pour faire le point, nous interroger sur la capacité d’une Marilyn morte depuis si longtemps à susciter encore admiration et rejet, compassion et interrogations. A tel point qu’il est à la fois trop tôt, et peut-être même vain de chercher à faire émerger une vraie Marilyn, tant elle ne se réduit jamais et jamais définitivement au portrait que l’on croit avoir réussi à dessiner d’elle à tel ou tel moment.

 

Il apparaît en tout cas clairement que sous l’icône sexuelle, offerte habituellement  comme image-idée dominante, bouillonne un mystère construit par les medias et les témoins, par Marilyn elle-même, mystère tout autant fabriqué par nos fantasmes, nos histoires personnelles et familiales, dans leurs contextes spatial, temporel, culturel.  A terme, il est possible d’imaginer Marilyn Monroe, comme une forme archétypale du féminin sacré, figure prenant un jour sa place aux côtés de Jeanne d’Arc, Marie-Madeleine, Artémis ou les Vierges Noires, par exemple.

 

Dans cette nébuleuse du féminin, Marilyn produit aujourd’hui encore sa propre nébuleuse. Aussi nous a-t-il paru intéressant de nous adresser à des auteurs des deux sexes, appartenant à différentes générations, venus d’horizons géographiques divers et traduisant une certaine variété socio-culturelle :

 

  Afin de respecter au plus près la manière dont opère le mystère Marilyn, les contraintes d’écriture ont été limitées le plus possible :

 

- les auteurs ne dépasseront pas les 1000 mots ; leur écriture pourra être théâtrale, romanesque, poétique, philosophique, expérimentale, etc ; un objectif général est donné, au départ, qui n’a cependant rien de contraignant :  il s’agirait de faire réparation, tenter de rendre à Marilyn Monroe ce qui lui a été volé, de lui donner ce dont elle a été frustrée. Elle se comportait avec les hommes comme ceux-ci le voulaient, l’escomptaient, à la va-vite … (cela ne nous intéressera pas outre mesure) mais être miroir du désir du mâle, dominateur, irresponsable, lâche, n’était que la face visible de M.M. Il y avait Norma Jeane, il y a toujours eu Norma Jeane, cherchant le père, son amour, sa reconnaissance, cherchant la mère aussi …  Évidemment, ce sont des hypothèses. Il faudra bien se décider à en choisir certaines plutôt que d’autres, moins biographiques que métaphysiques. M.M. comme chance, comme don semblant être une des plus productives.

 

Ces indications que chacun est libre de reprendre à son compte, de détourner, d’ignorer,

répondent aussi à une préoccupation d’un autre ordre : chercher à rendre visible ce projet, donner donc envie à un lectorat et un public potentiels de s’y intéresser, au milieu du flot des publications, images et sons qui déferleront en 2012, sur des supports médiatiques, éditoriaux, et de productions,  très puissants.

 

L’originalité du projet réside donc, également, dans la place accordée aux mots, à l’écriture, pour dire Marilyn. S’il existe bien quelques ouvrages importants,  la concernant de près ou de loin, il n’échappe à personne que, pour la plupart des gens, la mémoire de Marilyn a été véhiculée, d’abord et de manière écrasante, par l’image, sous toutes ses formes. En proposant de privilégier l’écriture, notre projet présente des qualités indéniables :

-       une mise à distance par rapport à la plupart des images, et une possibilité réflexive autre ;

-       une forme de fidélité à MM qui aimait les mots,  comme en témoignent ses lectures, ses poèmes, ses correspondances tout au long de sa vie, utilisant souvent des supports liés à une urgence d’écrire : feuilles volantes, couvertures de carnet, papier à entête de restaurants ou d’hôtels où elle séjournait, etc ;

-       une appropriation du sujet par des auteurs qui partagent avec la plupart de leurs futurs lecteurs ou spectateurs, le fait de n’avoir pas connu MM, de n’être pas liés à son entourage et ses héritiers, et de n’être pas des spécialistes de la question.

 

 

  Gilles Desnots, secrétaire des EAT MED et des 4 Saisons d'ailleurs

Jean-Claude Grosse, président des EAT MED et des 4 Saisons d'ailleurs

                              éditeur des Cahiers de l'Égaré

 

 

 

 

  Albums photos Marilyn Monroe et Monroe Marilyn sur mon blog
 
 

Note de lecture sur Fragments de Marilyn

Note de lecture sur Marilyn, dernières séances

Note de lecture sur Don Wolfe et Joyce Carol Oates

Note de lecture sur Les Misfits

Note de lecture sur Marilyn et JFK

 

 

court montage que j'ai réalisé avec des images et 3 voix de Marilyn (la voix est ce qui disparaît le plus vite alors que les images restent)

 

 

 

exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles
exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles
exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles
exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles
exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles
exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles
exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles
exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles
exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles

exposition des papiers de mots d'Aïdée Bernard à Carnuta, Juquilles

Lire la suite

Mourir d'aimer/Gabrielle Russier

Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

livre version papier épuisée, disponible en version numérique gratuite sur le site des Cahiers de l'Égaré, http://www.lescahiersdelegare.com; la lettre à Gabriella fait un tabac sur le blog des Cahiers de l'Égaré: http://cahiersegare.over-blog.com
livre version papier épuisée, disponible en version numérique gratuite sur le site des Cahiers de l'Égaré, http://www.lescahiersdelegare.com; la lettre à Gabriella fait un tabac sur le blog des Cahiers de l'Égaré: http://cahiersegare.over-blog.com

livre version papier épuisée, disponible en version numérique gratuite sur le site des Cahiers de l'Égaré, http://www.lescahiersdelegare.com; la lettre à Gabriella fait un tabac sur le blog des Cahiers de l'Égaré: http://cahiersegare.over-blog.com

Je mets en ligne cet article sur Gabrielle Russier pour quelques vers d'un poème-bilan
Dés(apprentissage de la bêtise-maîtrise)
écrit entre fin 1996 et fin 1999
paru dans
La parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré 2002


"...Professeur de lettres et de philosophie dans le Nord
aimé d’une élève, l’aimant en retour
ah ! la légère, l’aérienne ! étoile et danse !
ainsi donc, chez les petits bourgeois peuvent s’épanouir des filles d’
arabesques sur foin, trèfle, chaise, fauteuil, mousses et feuilles ?
Vivre d’aimer au temps de Mourir d’aimer..."
JCG

Gabrielle Russier
(1937-1969)

 

Professeur agrégée de lettres, elle enseignait dans un lycée de Marseille. Divorcée, elle élevait seule ses deux enfants. Elle tomba amoureuse (amour réciproque) d’un de ses élèves, Christian Rossi, âgé de 17 ans, elle en ayant 32, lors des manifestations de mai 68. Les parents, le père, professeur à l'université d'Aix, la mère, professeur, ont porté plainte et Gabrielle Russier fut emprisonnée cinq jours aux Baumettes, en décembre 1968 puis huit longues semaines en avril 1969. Le procès se tint à huit clos en juillet 1969. L’agrégée de lettres fut condamnée à douze mois de prison et à 500 F d’amende, décision amnistiable après l’élection de Georges Pompidou, Président de la République. Mais le parquet fit appel, pressé notamment par l’Université qui refusa à l’accusée le poste d’assistante de linguistique à Aix.
A la veille de la rentrée scolaire, le 1° septembre 1969, Gabrielle Russier ouvre le gaz dans son appartement...
Georges Pompidou, président de la République, interrogé lors d'une conférence de presse répondit : "Je ne vous dirai pas tout ce que j'ai pensé sur cette affaire, ni même d'ailleurs ce que j'ai fait. Quant à ce que j'ai ressenti, comme beaucoup, eh bien, comprenne qui voudra !"
Il cite Paul Eluard :
"Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés.
C'est de l'Eluard... Mesdames et Messieurs, je vous remercie."

Christian Rossi fut caché par les amis du pasteur Viot jusqu’à ses 21 ans (âge de la majorité alors). Il donna son unique entretien sur l’affaire : "Les deux ans de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi, je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait , on l’a mise en prison , elle s’est suicidée..."

Le soir, pas un titre dans les deux journaux télévisés.
Le lendemain, à peine deux brèves pour raconter le décès de la prof de français de Marseille amoureuse de son élève.

Et lorsque le nouveau président Georges Pompidou, qui vient de promettre aux Français « une nouvelle société », est interrogé sur l'affaire, le 22 septembre 1969, il cite Paul Éluard, en choisissant les vers consacrés aux femmes tondues à la Libération : « Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés. »

Puis André Cayatte tourne un film, Mourir d'aimer, avec Annie Girardot, en 1971. Le film, dont Charles Aznavour signe la bande originale et qui décrit la love story née entre les barricades et les embrassades de Mai 68, fait polémique, mais c'est un grand succès, avec 4,5 millions d'entrées en salle.

Mourir d'aimer

 

Paroles et Musique: Charles Aznavour, 1971

Les parois de ma vie sont lisses
Je m'y accroche mais je glisse
Lentement vers ma destinée
Mourir d'aimer

Tandis que le monde me juge
Je ne vois pour moi qu'un refuge
Toute issue m'étant condamnée
Mourir d'aimer

Mourir d'aimer
De plein gré s'enfoncer dans la nuit
Payer l'amour au prix de sa vie
Pécher contre le corps mais non contre l'esprit

Laissons le monde à ses problèmes
Les gens haineux face à eux-mêmes
Avec leurs petites idées
Mourir d'aimer

Puisque notre amour ne peut vivre
Mieux vaut en refermer le livre
Et plutôt que de le brûler
Mourir d'aimer

Partir en redressant la tête
Sortir vainqueur d'une défaite
Renverser toutes les données
Mourir d'aimer

Mourir d'aimer
Comme on le peut de n'importe quoi
Abandonner tout derrière soi
Pour n'emporter que ce qui fut nous, qui fut toi

Tu es le printemps, moi l'automne
Ton cœur se prend, le mien se donne
Et ma route est déjà tracée
Mourir d'aimer
Mourir d'aimer
Mourir d'aimer

 

Qui a tendu la main à Gabrielle?

Lorsque les loups se sont jetés sur elle
Pour la punir d'avoir aimé d'amour
En quel pays vivons-nous aujourd'hui?
Pour qu'une rose soit mêlée aux orties
Sans un regard et sans un geste ami

Qui a tendu la main à Gabrielle?
Même un voleur eût plus de chance qu'elle
Et l'on vous dit que l'amour est le plus fort
Mais pour chacun le soleil reparaît
Demain matin l'oubli sera complet
Et le vent seul portera son secret

Dans les bois dans les prés et jusqu'aux ruisseaux
Par les villes par les champs et par les hameaux
Suivez dans sa course folle
La légende qui s'envole

Qui a tendu la main à Gabrielle?
Lorsque les loups se sont jetés sur elle
Pour la punir d'avoir aimé d'amour
En quel pays vivons-nous aujourd'hui?
Pour qu'une rose soit mêlée aux orties
Sans un regard et sans un geste ami

Qui pensera demain à Gabrielle?

Serge Reggiani     
Paroles et Musique: Gérard Bourgeois, Jean Max Rivière

 

Comprenne qui voudra

 

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

Paul Eluard. Texte publié en décembre 1944, cité par le président Pompidou en septembre 1969 lors d'une conférence de presse. Comprenne qui voudra.


     Des fleurs pour Gabrielle      

Paroles et musique: Anne Sylvestre, 1970,  "Abel Caïn mon Fils"


 
N'en parlez pas, n'y touchez plus
Vous avez fait assez de mal
Il ne sera jamais normal
Que par tristesse l'on se tue

Mais avoir vu tout mélangé
De grosses mains dans votre cœur
Dans votre âme des étrangers
Il y a de quoi prendre peur

Et c'était un amour peut-être
Un amour pourquoi, un amour comment
Un qu'on ne met pas aux fenêtres
Un qui ne ferait pas même un roman

En brandissant votre conscience
Vous avez jugé au nom de quel droit
Vos poids ne sont dans la balance
Pas toujours les mêmes, on ne sait pourquoi

Monsieur pognon peut bien demain
S'offrir mademoiselle machin
Quinze ans trois mois et quelques jours
On parlera de grand amour

N'en parlez pas, n'y touchez plus
Mais savez-vous de qui je parle ?
Il ne sera jamais normal
Qu'on tue et qu'on y pense plus

Mais avoir vu tout saccagé
Et dans son âme et dans son corps
Mais trouver partout le danger
Il y a de quoi prendre mort

Et c'était un amour peut-être
Un amour printemps, un amour souci
Un qu'on ne met pas aux fenêtres
Un qui pouvait faire du mal à qui ?

Si j'avais su, si j'avais su
Que vous vous penchiez au bord de ce trou
D'un coup d'avion serais venue
Pour vous retenir là au bord de vous

Monsieur pognon ne mourra pas
Mamzelle machin, la bague au doigt,
Étalera son grand amour
Avec quelques diamants autour

Le printemps déplie ses feuilles
La liberté nous berce encore
Nous qui sommes toujours dehors
Il se pourrait bien que l'on veuille
Nous couper les ailes aussi

Je vous dédie ces quelques fleurs
J'aurais pu être comme vous
Et tomber dans le même trou
Je vous comprends si bien, ma sœur,
Vous restez un de mes soucis

On n'a pas arrêté la meule
Où d'autres se feront broyer
Et vous ne serez pas la seule,
Ça ne peut pas vous consoler

C'est la 4° de couverture du livre de Michel del Castillo, Les écrous de la haine, écrit dans les 3 mois qui ont suivi le suicide de Gabrielle Russier, le 1° septembre 1969, livre écrit sur la base d'une enquête menée par l'auteur à Marseille, publié en janvier 1970, chez Julliard.
Je ferai une note sur ce livre dans les semaines qui viennent, ayant depuis longtemps repéré des similitudes et des différences entre nos deux histoires d'amour avec un(e) élève, en ce qui me concerne, à partir d'octobre 1964 et jusqu'à aujourd'hui d'où l'allusion dans l'extrait du poème en ouverture de cet article.

Impossible pour moi, de ne pas évoquer cette enseignante cruellement humiliée par toute une société et qui a "choisi" le suicide comme voie de sortie.

C'est de ce souvenir qu'est né le projet de réunir 7 écrivains pour évoquer 40 ans après les protagonistes.
Ce fut la rencontre des 3 et 4 décembre 2008 à La bagagerie au Lycée du Golf Hôtel à Hyères et la parution le 1° septembre 2009 du livre: Gabrielle Russier/Antigone.

40 ans après. grossel.

couv-gabrielle-russier.jpg

 

1-couv-gabrielle-russier-copie-1.jpg

 

image001.png

 


NOTE DE LECTURE
Les écrous de la haine
Michel del Castillo


Comme tous ceux qui étaient trop gamins à l’époque pour « faire » Mai 68, j’avais entendu parler de cette histoire d’amour tragique, de cette femme, ce « prof » de français tombée amoureuse d’un de ses élèves, à en mourir. Je connaissais le titre du film sans l’avoir vu, « Mourir d’aimer », paroles de chanson aussi. Finalement, ce fait divers a traversé ma mémoire adolescente comme une histoire banale, un peu plus triste et c’était tout.
Quarante ans plus tard, voici que je lis le livre de Michel del Castillo, Les Ecrous de la haine, publié chez Julliard au premier trimestre de 1970. Le livre est marqué indisponible au catalogue des librairies, sur la toile on le trouve d’occasion.
Je l’ai lu à la demande d’un ami, croyant seulement lui faire plaisir. Je l’ai lu d’une traite, suivant au fil de la première partie la reconstitution chronologique, méticuleuse, objective ? (le mot est réfuté par l’auteur lui-même), documentée certainement, écrite au présent  journalistique dans un style sobre.
Ce qui n’empêche pas que chaque chapitre soit précédé d’une citation mise en exergue et choisie par Michel del Castillo. Ainsi, il ne s’agit pas d’une reconstitution telle qu’on la voudrait dans un procès - car l’auteur ici prend soin de dire qu’il ne fait le procès de personne - mais de la reconstitution d’un parcours, d’une personnalité, d’un enchaînement d’événements éclairés par le regard du cœur plus que celui de l’esprit. Michel del Castillo se situe dans l’ordre de la charité,  dès sa dédicace : « Pour tous les jeunes qui ont connu et aimé Gabrielle Nogues ; elle leur appartient désormais ; à eux, la garde de son souvenir a été confiée. » Dans son Avertissement au lecteur, il désigne clairement les destinataires de son livre : « tous ceux que l’injustice emplit de révolte et de dégoût. » On l’aura compris : le livre se donne pour ce qu’il est, un livre engagé, décidé à témoigner de l’existence de Gabrielle Russier, écrit à chaud pendant trois mois pour conjurer l’absurde. Témoignage donc sur Gabrielle Russier mais aussi sur une certaine France, un autre éclairage sur la France de 68.
La deuxième partie du livre s’ouvre sur le poème d’Eluard : « Comprenne qui voudra », récité par le Président Pompidou lors d’une conférence de presse. Après l’exposé des faits qui ont conduit Gabrielle Russier au suicide, Michel del Castillo reprend la parole : « Je suis entré dans cette affaire par la porte de la pitié et du dégoût, j’en sors par la porte de la réflexion. » C’est ce qui fait aussi la beauté du livre : dépasser le stade de l’émotion pure, du pathos, pour essayer de se poser, honnêtement, les vraies questions, livre d’intellectuel donc, nous voilà retombés dans l’ordre de l’esprit, qui a ses limites mais qui est essentiel à qui veut faire honnêtement « son métier d’homme ». J’observe la répétition de cet adverbe « honnêtement » : l’honnêteté est ce qui a le plus manqué aux femmes et aux hommes de ce temps-là peut-être, de manière à reconnaître qu’ils se mêlaient de ce qui ne les regardait pas, qu’ils jugeaient sans comprendre, qu’ils se salissaient eux-mêmes en jetant Gabrielle Russier dans la boue, que les mots que leurs bouches prononçaient, leurs cœurs ne les connaissaient pas.
Et c’est ce qui me bouleverse le plus dans cette lecture : quarante après, je souligne des phrases entières qui pourraient être écrites aujourd’hui. Celle-ci par exemple : « Où donc enseigne-t-on la responsabilité et l’esprit de décision ? », ou celle-la : « Coupables de nos silences, coupables de nos lâchetés, coupables par indifférence. Tout geste, toute parole engage notre responsabilité. »
Beaucoup de phrases de cette deuxième partie s’attachent à dire la médiocrité du milieu dans lequel a évolué Gabrielle Russier, la petitesse du milieu enseignant – lycée et université-,  son caractère pathogène, reflet d’un monde malade. Se peut-il que quarante après, nous en soyons toujours là ? Se peut-il que nous ayons appris si peu sur ce qui libère l’homme ? Se peut-il que nous aimions, à ce point, nos chaînes ?

 

 

 

 


 

Lire la suite