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Blog de Jean-Claude Grosse

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Yvon Quiniou sur les Entretiens de Marcel Conche

12 Décembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Yvon Quiniou sur les Entretiens de Marcel Conche

Les Entretiens avec Marcel Conche :

un livre à lire pour accéder facilement et d’une manière vivante à la pensée du plus grand philosophe français actuel.

Ce livre est la transcription écrite d’entretiens, parus d’abord en CD (chez Frémeaux), auxquels Marcel Conche s’était prêté sans réticence, avec sa vivacité d’esprit persistante (malgré son âge), mais aussi son humour, sa capacité de répartie, son amabilité et son ouverture au dialogue… même s’il prétend résolument avoir raison dans ce qu’il dit. !

Je ne résumerai pas cet ensemble passionnant d’échanges avec J.-P. Catonné, A.Comte-Sponville, F. Dastur, G. Kircher et moi-même, tant les approches par les uns et les autres (la plupart universitaires) de la philosophie de Conche peuvent diverger, malgré des proximités évidentes et surtout une admiration commune pour elle. Je préfère rendre compte directement du contenu de cette philosophie originale, formulée dans ses livres au moyen d’une langue lumineuse (qui nous change du pathos contemporain) et qu’il synthétise d’une manière remarquablement claire d’emblée, dans son intervention liminaire. Un ensemble de thèses, donc, formant une axiomatique cohérente, mais qui bute sur trois difficultés que je soumettrai au lecteur.

1 Il n’y a qu’une réalité, la Nature, infinie réellement (et non indéfiniment étendue) et qui produit tout, l’homme inclus. On peut la dire le Poète suprême, sans métaphore aucune, en prenant ce terme dans son sens originel qui renvoie à l’idée de création et d’invention. Elle est omni-présente, omni-englobante et omni-déterminante.

2 Elle est dans le temps, inséparable de lui, temps infini, à distinguer du temps rétréci et fini de notre existence individuelle qui, rapportée au précédent, nous fait prendre conscience de notre finitude essentielle et angoissante, sinon tragique.

3 Il faut la distinguer de l’idée d’« univers » et de celle de « monde ». A la suite d’Epicure et en conformité avec la science moderne, Conche affirme qu’il y a ou peut y avoir une multitude d’univers au sein de cette Nature totale. Le concept de « monde » désigne alors, au sein de notre univers, cette partie de la réalité avec laquelle nous sommes en relation et qui fait sens pour nous, individus ou espèce humaine, ou avec laquelle chaque espèce animale est elle-même en rapport. Point de communication véritable entres ces « mondes » vivants ou existentiels – ce qui nous renvoie à une solitude essentielle, inhérente à notre « for intérieur », mais ce qui interdit aussi de concevoir un monde unique et ordonné, au profit de multiples perspectives éclatées… alors qu’un univers est lui ordonné, s’offrant ainsi à la connaissance scientifique qui, elle, est « indéfinie », sans fin.

4 La réalité naturelle étant prise dans le flux du temps infini, cette approche « néantise », en quelque sorte, les « étants » finis en les ramenant à pas grand-chose et, finalement, à des « apparences » fugaces. Il faut entendre ce point avec le sens original que lui donne Conche et la difficulté qu’il entraîne. L’originalité : il ne s’agit pas d’une apparence pour un sujet qui serait trompé par elle, ce qui en ferait, dans une perspective sceptique, une illusion ; ni d’une apparence de quelque chose dont elle masquerait l’essence – un peu comme le phénomène chez Kant, distingué de la chose en soi. Non, il s’agit d’une apparence absolue ou pure, d’une apparence en soi qui a pour effet, selon moi, de déréaliser la réalité naturelle. D’où la difficulté : comment concilier l’idée que la Nature est le principe ontologique suprême, générateur de toute chose… et celle qu’elle ne serait qu’un ensemble d’apparences ? Il y là une tension logique entre ces deux points de vue sur « l’être.».

5 Il s’ensuit clairement, de tout ce qui précède, un athéisme radical et fortement revendiqué, qui constitue une singularité dans le paysage philosophique contemporain, avec sa religiosité plus ou moins avouée ou revendiquée. Deux raisons le motivent : le statut de la Nature, seul absolu réel et infini, qui ne saurait donc co-exister avec une autre réalité absolue, de type divin, par définition ; mais il y a aussi un motif moral : la souffrance des enfants, victimes innocentes, qui est incompatible avec l’idée d’un Dieu tout puissant et bon. Il s’agit alors d’un athéisme axiologique intransigeant, sans complaisance morale. A quoi j’ajouterai que le statut de cet athéisme est très subtil : se prononçant sur la totalité du réel, il ne peut relever de la science et donc être dit prouvé par elle. Il s’agit alors d’une option métaphysique (comme le théisme) du philosophe individuel Conche. On peut y voir une croyance (par opposition à un savoir) ou, plus rigoureusement, une « conviction raisonnée » comme il lui est arrivé de la nommer ainsi.

6 Cela ne l’empêche pas de la dire vraie, à l’aide d’un positionnement lui aussi subtil. Si la science relève de la preuve, la métaphysique ne relève que de l’argument. Mais un argument philosophique, pour lui, emporte une adhésion forte, qui équivaut à une certitude subjective absolue. C’est en quoi il n’est pas sceptique ou même agnostique, à savoir ne prenant pas position dans ce domaine. Pour autant il ne se veut pas dogmatique : il pratique ce qu’il appelle une « scepticisme à l’égard d’autrui » qui l’entraîne à respecter le droit de penser autrement que lui – ce qui permet le dialogue –, sans renoncer à l’idée inébranlable qu’il a raison ! D’où, sur cette base athée, un refus des religions qui me plaît beaucoup, toute religion lui paraissant constituer une « aliénation de la raison », ce qui l’amène à affirmer qu’un authentique philosophe ne peut être qu’athée, ne pouvant penser à partir d’une croyance révélée préalable.

6 Conche ne s’en tient pas à ces considérations disons théoriques ou ontologiques (métaphysiques). Il est fortement habité par le souci de la morale, seule à même de pacifier les rapports inter-humains, surtout si elle se prolonge en politique. A ce niveau, il tranche encore, heureusement, avec notre époque intellectuelle, et je le rejoins ici pleinement (voir mon livre Misère de la philosophie contemporaine, paru chez L’Harmattan). D’abord il distingue bien l’éthique individuelle ou sagesse – il y a des éthiques, facultatives, n’engageant que le « souci de soi » – et la morale, concernant la relation avec autrui, unique par définition et porteuse d’obligations universelles visant le respect de la personne humaine. Il a théorisé cette morale, qui est celle que Kant a portée au concept mais qui est inhérente à la conscience ordinaire, dans un livre unique en son genre, Le fondement de la morale (PUF). Je n’entre pas dans cette théorisation où le dialogue joue un rôle fondateur essentiel (un peu comme chez Habermas) car il suppose l’égalité et la liberté des participants, et qui a pour conséquence de déboucher sur une considération politique majeure à mes yeux : la condamnation du capitalisme envisagé comme un système socio-économique proprement immoral et même « tératologique », monstrueux. C’est dire qu’il est de conviction communiste (il l’assume), même s’il se tient éloigné des agitations de la vie politique publique pour se consacrer à la pensée philosophique, sa vraie passion. Mais c’est dire aussi que dans une époque de « démoralisation », d’exténuation de la préoccupation morale au profit d’un cynisme ou d’un amoralisme envahissants, il a le courage d’introduire le point de vue de morale dans la politique elle-même.

Je m’arrête là, invitant le lecteur à mieux comprendre sa philosophie en le lisant et en lisant d’abord ces entretiens qui permettent d’envisager ce qu’il pense sous divers angles, y compris contradictoires du fait des objections qui lui sont faites. Ne pouvant toutes les évoquer, je me contenterai d’exprimer trois de mes propres objections. D’abord il y a son refus du matérialisme, dont il a pourtant été proche un temps et dont son « naturalisme » pourrait encore sembler le rapprocher. Ce refus s’exprime par l’idée que l’homme, ne serait pas un « accident de la matière » (je le cite). Or cette affirmation n’est pas soutenable et tient sans doute à son relatif éloignement de la science. Car celle-ci, depuis Darwin (qu’il ne cite pas) et avec les progrès de la biologie contemporaine, nous le prouve de plus en plus: l’homme est un produit des transformations de la matière (qui a précédé l’homme) et il n’en est donc qu’une forme, aussi complexe soit elle. D’où chez lui un primat de la vie sur la matière qui fait de son naturalisme intégral un vitalisme, lui aussi insoutenable puisque la vie n’est pas première, chronologiquement et ontologiquement, étant issue elle aussi de cette matière inanimée qui l’a précédée. Enfin, et en relation avec son refus du matérialisme, il développe une réflexion sur la liberté, séduisante parce que complexe et nuancée ; mais il affirme bien son existence, y compris sous la forme du libre arbitre. Exit alors les déterminismes multiples que la science nous révèle dans tous les domaines et qu’il considère comme de simples conditionnements ! Comment une Nature « omni-déterminante » (je le cite à nouveau) peut-elle avoir créé un être libre métaphysiquement en son sein? Voilà trois questionnements que cette pensée stimulante suscite chez moi et qui font l’intérêt de ce livre : au-delà de ce qu’il affirme, il nous entraîne à des interrogations personnelles diverses – ce que nombre d’ouvrages à la mode interdisent, faute d’un contenu philosophique suffisamment riche et exigeant.

Yvon Quiniou

 

Marcel Conche, Entretiens avec J.-P. Catonné, A. Comte-Sponville, F. Dastur, G. Kirscher, Y. Quiniou, Editions « Les Cahiers de l’Egaré », dirigées par Jean-Claude Grosse, décembre 2016.

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Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

21 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

début du livre : Marcel Conche y donne un aperçu de sa philosophie.

J’en viens à des concepts clés, dont je fais usage habituellement.

Nature. J’entends, par là, la φύσις grecque, omni-englobante, omni-génératrice, qui englobe absolument tout ce qu’il y a. Je n’utilise pas la nature comme n’étant que la moitié du réel, par opposition à ce qui est culture, histoire, esprit, liberté, etc.

Ensuite, monde. Pour moi monde, c’est-à-dire cosmos. Un monde est nécessairement fini, contre Kant qui parle, dans sa première des Antinomies de la Raison Pure, du monde infini dans l’espace et le temps. C’est impossible et contradictoire avec la notion de monde, parce qu’un monde est nécessairement structuré, donc fini, parce qu’il n’y a pas de structure de l’infini.

Ensuite, mal absolu. C’est-à-dire mal qui ne peut se justifier à quelque point de vue que l’on se place. Qui est sans relations, absolu, veut dire sans relation, donc il n’y a rien qui puisse le justifier.

Ensuite, apparence absolue. Absolue, c’est-à-dire sans relation ; sans relation à un sujet ou un objet. C’est la notion que nous retenons de notre lecture de Pyrrhon.

Ensuite, temps rétréci. Nous ne pouvons vivre dans le temps immense de la Nature. Nous vivons dans un temps finitisé, que j’appelle le temps rétréci. Et c’est ainsi que nous pouvons croire à l’être, alors que nous ne sommes pas vraiment.

Ensuite, le réel commun. Je distingue le réel commun et le réel des philosophes. C’est-à-dire pour nous, être en tant que nous sommes des êtres communs. Ce cahier est réel. Pour un savant, c’est la même chose ; pour les philosophes, il y a autant de réels que de grandes métaphysiques. Pour les philosophes, d’abord, le réel est ce qui est éternel, et ce qui est éternel varie d’un philosophe à l’autre, d’un métaphysicien à l’autre.

Ensuite, scepticisme à l’intention d’autrui. C’est une notion dont je fais usage habituellement. Le scepticisme à l’intention d’autrui, cela veut dire d’abord que je ne suis pas sceptique. Je suis tout à fait assuré de la vérité de ce que je dis. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde ; alors je suis sceptique pour laisser une porte de sortie à ceux qui ne voient pas les choses comme moi. Parce que, si vivre dans l’illusion les rend heureux, pourquoi pas ? Cela ne me gêne pas du tout.

Ensuite, sagesse tragique. C’est une notion que j’ai empruntée à Nietzsche il y a trente-huit ans, dans mon livre Orientation philosophique, dans le chapitre Sagesse tragique. Je laisse de côté ce que Nietzsche entend par ce mot ; pour moi cela veut dire qu’il faut toujours s’efforcer de réaliser ce que l’on peut réaliser de meilleur, quoique ce soit périssable et appelé à disparaître.

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Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

16 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation.  2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

Here is "Red Rabbit" the first sculpture of Cedrix Crespel produced by the Montresso* Art Foundation. 2015 Plexiglas and acrylic silkscreen printing. 62 * 55 * 4 cm

différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge
différents espaces et artistes du Jardin Rouge

différents espaces et artistes du Jardin Rouge

Fondation Montresso / Le Jardin Rouge / Marrakech

 

Présenter ainsi la Fondation Montresso : fondation dédiée à l'art contemporain au cœur d'une oliveraie de 11 hectares à une vingtaine de kilomètres de Marrakech, le long d'un oued pouvant être ravageur en cas de fortes pluies, (en arrivant au Jardin Rouge, j'ai vu une tour déstabilisée par une crue récente, hiver 2014, devenue tour penchée, bétonnée pour rester ainsi comme un mémorial) auquel on accède par une petite route sinueuse, très abîmée, après avoir traversé trois petits villages dont Oulad Bouzid (4 artistes ont réalisé des fresques murales dans l'école reconstruite du village) semblant à l'écart du progrès, c'est je l'espère révéler le caractère inédit, original de cette réalisation.
Loin des centres, lieux, manifestations qui font et défont les réputations d'artistes, la Fondation Montresso, créée en 1981, est due à l'initiative d'un collectionneur, JLH, collectionneur depuis 35 ans et qui pouvant venir en aide aux artistes, décide de devenir mécène, inventant un « concept » comme on dit aujourd'hui, consistant à accueillir en résidence des artistes choisis sur projets. Pour JLH, le mécénat devient une expérience de vie. Je l'ai vu discuter avec un des artistes en résidence, mettre la main à la pâte.

Les résidences durent de 2 semaines à 2 mois. Une première résidence est une sorte de prise de contact, un essai de compréhension de la démarche de l'artiste, invité à travailler dans son esprit, son style habituel. Connaissance faite, d'autres résidences permettent de solliciter l'artiste pour qu'il se perfectionne, s'aventure dans des formats plus grands, expérimente, se confronte aux autres résidents en se livrant à des cartes blanches. La Fondation met à sa disposition un des six ateliers. Il est hébergé, nourri, blanchi. Le matériel dont il a besoin est fourni ou pris en charge. Une présentation de fin de résidence met en valeur les œuvres réalisées pendant la résidence. J'ai pu voir les guerriers bantous, dos au mur de Kouka. L'artiste cède une œuvre qui va enrichir la collection permanente. La Fondation sort une plaquette sur l'artiste et ses réalisations (j'en ai reçu 5, elles sont très pertinentes, textes et photos) et le fait connaître à son réseau de collectionneurs ainsi qu'aux critiques d'art et journalistes spécialisés.
La Résidence Jardin Rouge a été opérationnelle de façon informelle à partir de 2009, la première saison culturelle a été pensée en 2014. Une vingtaine d'artistes ont été accueillis, d'horizons et styles divers, de pays différents. En 2016, un espace d'exposition de 1300 m2 a été inauguré. 3 grandes expositions annuelles y seront organisées. Déjà ont été exposés Gérard Dancinan, Olivier Dassault et très prochainement la 1° exposition XXL collective de quelques artistes résidents : Jonone, Fenx, Tilt, Cédrix Crespel.

Accompagnée de la chargée de communication, nous avons visité les ateliers, rencontré les artistes au travail, vu les œuvres réalisées, écouté les commentaires très documentés sur les œuvres et techniques des artistes, parcouru l'oliveraie, lieu d'accueil de sculptures monumentales, visité le somptueux espace d'exposition et d'événements avec grande pièce d'eau à gauche du hall d'accueil et deux espaces en dénivelé et en continuité où était exposé le remarquable travail d'Olivier Dassault.

Parcourant le site de la Fondation, lisant les documents fournis, j'ai tenté de comprendre la démarche et de l'interroger. « Passeur d'art », dit la brochure de présentation. JLH a cherché à partager son amour d'artistes, ceux qu'il a d'abord collectionnés puis ceux qu'il a ensuite sélectionnés pour les résidences. Les coups de cœur de JLH, les compagnonnages durables révèlent l'éclectisme du fondateur. Il s'agit donc d'une subjectivité qui s'affiche, s'affirme, en toute indépendance, sans souci d'histoire de l'art, sans souci de profit, de spéculation. Il s'agit me semble-t-il d'une démarche personnelle authentique de partage, d'un style de vie en lien avec des artistes vivants et à l'oeuvre. JLH ne nous a-t-il pas dit : « je pense que nous communiquons trop ; pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce propos me semble vouloir signifier que ce qui est premier pour le Jardin Rouge est l'expression des artistes. Un lieu au service d'artistes pour leur libre expression, pour l'épanouissement de leur expression.

La brochure de présentation signale d'autres objectifs. Un rayonnement international par coopération, collaboration avec d'autres manifestions, Mister Freeze à Toulouse, la librairie ArtCurial à Paris (édition du port-folio des réalisations de l'artiste allemand Hendrik Beikirch qui a réalisé le monumental portrait d'un vieux Marocain sur un mur en face de la gare de Marrakech). Une dissémination du concept par exemple en Chine, à Shenzhen, avec Le Jardin Orange. La recherche d' « un langage universel par la culture » afin d' « ouvrir et enrichir les regards et la curiosité. »

La démarche de la Fondation Montresso me semble exemplaire, au service des artistes accueillis. Rien à dire sur la sélection : elle relève de la responsabilité du Jardin Rouge. L'éventail des oeuvres des artistes que j'ai pu voir est large, éclectique, innovant dans certains cas (le travail à la bombe de Benjamin Laading ou le travail sur trame de Valérie Newland), inspiré de réalisations déjà installées dans le paysage artistique dans d'autres cas, par exemple le mouvement des graffitis new yorkais des années 1980, réactualisé, revisité au Jardin Rouge par Tats Cru + Daze (New York) + Ceet (Hong Kong).

Présentations de fins de résidence, événements dans le nouvel espace pour collectionneurs et « spécialistes », exportation des œuvres, autant de moyens pour promouvoir les artistes. La communication semble inévitable, nécessaire. Plaquettes de qualité, site, brochure sont les médias de cette communication. Le réseau de collectionneurs est évidemment la clef du succès pour la Fondation et « ses » artistes.

Cette démarche peut-elle permettre de créer un langage universel par la culture ? Qu'entendent-ils par là ? « Lorsque nous parlons de langage universel ce n’est pas tant dans son émission mais plus dans sa réception, l’idée d’être compris par tous. L’idée d’être un carrefour culturel par la rencontre d’artistes de différentes nationalités qui peuvent être amenés à créer ensemble suite à leur rencontre à Jardin Rouge, une réflexion créatrice artistique duale et mixte-culturellement. » Cette pratique peut-elle ouvrir et enrichir les regards et la curiosité ? La réponse est Oui pour ceux qui auront la chance de voir les œuvres, de rencontrer les artistes et qui voudront regarder. Ce sera le cas d'un petit nombre qui aura d'ailleurs du mal sans doute à mettre en mots son éveil, son réveil. Au contact d'une œuvre bouleversante, on reste sans voix.

La Fondation n'a pas le souci du grand public. Plutôt celui des amateurs d'art donc le souci de gens déjà en recherche pour qui l'art se distingue de la culture. L'art est spontanéité créatrice. Son résultat, l'oeuvre, n'est pas conçu, connu à l'avance. L'oeuvre est toujours surprenante, pour son créateur comme pour le « regardeur », mot employé dans la brochure. Montrée, exposée, l'oeuvre devient objet culturel, monnayable, inséré dans un discours par les critiques, dans une histoire de l'art par les historiens de l'art, elle devient objet de mode, à la mode, médiatisée par des médias serviles, marchandisée par le marché de l'art qui est particulièrement influent et influencé, prescripteur des nouveaux goûts, l'oeuvre perdant son pouvoir de surprise et parfois de bouleversement intime, la seule vraie influence d'une oeuvre.

Je pense donc que la Fondation doit continuer à mettre l'accent plus sur la singularité que sur l'universel. Un artiste est seul, son langage est singulier, rares sont ceux qui profiteront de son langage. Telle est la réalité. Les foules immenses qui se pressent à des rétrospectives consomment du patrimonial, des discours formatés qui leur disent quoi voir, comment voir. On est dans une manipulation de masse du regard devenu voyeur. Le Jardin Rouge échappe à cette hystérie consumériste. Il permet au « regardeur » de faire la moitié du chemin, de se faire « voyant ».

Merci à JLH et à ceux qui nous ont accueillis, la responsable artistique, la chargée de communication, les artistes.

Jean-Claude Grosse, Marrakech, 16 novembre 2016

P.S.: il serait intéressant de comparer si c'est possible Le Jardin Rouge et La Demeure du Chaos, près de Lyon, dont je suis les réalisations apocalyptiques. Cherchez sur internet.

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Vers les dunes de Merzouga

6 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #voyages

dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre
dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre

dans les dunes de Merzouga au coucher puis au lever du soleil en compagnie de JP et de Chérifa/ un étourneau de la casbah Mohayout / devant le ksar d'Aït-ben-Haddou avec Choumicha Rabeh, artiste peintre

Vers les dunes de Merzouga

Partis le lundi 31 octobre de Marrakech vers 9 h du matin, nous sommes revenus à Marrakech le vendredi 4 novembre vers 16 h. 1100 kms environ, en empruntant quelques routes inédites pour nous, particulièrement risquées suite à des pluies une semaine avant.

En six ans et plus, j'ai pu voir l'extraordinaire transformation du Maroc. D'abord les routes, beaucoup réaménagées comme la montée vers le col du Tichka à 2260 m, infernale montée, encombrée de poids lourds, devenue route à 3 voies. Ou comme la piste de 20 kms après le col du Tichka vers Telaouet, fief jadis du Glaoui dont la kasbah mal en point est devenue musée ; c'est maintenant une route praticable en cours d'élargissement, qui va devenir dans les deux ans qui viennent attractive pour les circuits touristiques. On arrive au célèbre ksar d'Aït-ben-Haddou en découvrant au passage celui de Tamedakhte. Pareil pour la plus extraordinaire route du Maroc, 137 kms entre Ouarzazate et Demnate que nous avons parcourue en 5 heures, à refaire un jour en sens inverse, route de flancs de montagne, de fonds de vallée, 10° en moyenne, route défoncée, noyée, bref, un régal pour le chauffeur qui a croisé en tout et pour tout sept 4X4 d'Espagnols frimeurs. Donc pas encore une route à touristes mais une route à couper le souffle par la variété des paysages. Et bien sûr la magnifique route du sud pour aller de Rissani à Ouarzazate par Tazzarine, Nkoub, Agdz. La route du nord de Ouarzazate à Errachidia puis Erfoud, Riffani est très prisée par les circuits touristiques car elle va vers les gorges du Dadès, de la Todra par la vallée des roses ou vallée du M'Goun. Il est évident que le tourisme est une source de développement pour ce pays et donc les infrastructures doivent être en bon état. Les entrées des villes sont particulièrement soignées. En cours l'entrée de Rissani. Les bâtiments publics, officiels sont mis en valeur, écoles, administrations. On voit apparaître des complexes sportifs et culturels en direction de la jeunesse, pas seulement à Marrakech. La flotte des taxis s'est intégralement renouvelée. Plus de grosses Mercedes polluantes sauf exception dans les coins les plus reculés. On voit de plus en plus des panneaux photovoltaïques pour faire fonctionner les pompes des puits et même les panneaux des contrôles de police.

1° nuit dans les gorges du Dadès dans un dar en hauteur, dominant les gorges dont la cascade. 2° nuit à la casbah Mohayout à Merzouga. 3° nuit en bivouac. 4° nuit à Ouarzazate.

Merzouga ce n'était rien, il y a vingt ans. En 2005, grosses inondations qui détruisent le village. Aujourd'hui, on n'a que l'embarras du choix pour être hébergé. Après 4 visites de kasbahs, nous optons pour la kasbah Mohayout.

C'est à partir de cet hébergement que j'ai fait ma première marche dans les dunes, le matin vers 9 30, ma première balade en dromadaire jusqu'au bivouac, 1 h ½ l'après-midi vers 16 h, ma première soirée et première nuit en bivouac, mon premier lait de chamelle. Le bivouac, installé dans une cuvette au pied d'une dune qui nous domine d'une centaine de mètres, accueille une vingtaine de personnes. Indonésiennes, Allemands, Belges, Français. Grande discussion le soir avec un Français dont je ne sais rien. Discussion sur le cosmos, sur notre petitesse. Pascal en pratique et sa peur des deux infinis, nous, nous y sommes habitués ou accoutumés. J'observe le ciel, la nuit tombe vite, vers 17 h 30. Je me lève deux fois pour, dans un silence d'une densité exceptionnelle, voir l'évolution de la voûte étoilée. Les pléiades, Orion me sautent dessus. Ce n'est que la 2° fois que la grande ourse et l'étoile polaire sont visibles. Il doit être 3 h du matin. Impossible de dormir. Ça cogite, en lien avec un texte écrit le matin à la casbah après la marche ardue dans les dunes et dont j'ai fait cadeau au personnel qui l'a encadré et affiché dans l'entrée. Ce fut une nuit méditative, une grande nuit, pas comme la nuit mystique de Pascal mais une nuit d'insomnie à forte charge émotionnelle et spirituelle.

Voici le dit des dunes de l'erg Chebbi à Merzouga :

 

1 – Ce matin 2 novembre 2016

fête des morts / de tous les morts

tu marches / pieds nus / sur le sable très ancien / des dunes de l'erg Chebbi

Les dunes ondunent / nés des vents de sable

Beaucoup de traces / d'empreintes /

pas assez pour tout imprimer / pas assez pour tout saccager

Les dunes sont plus vastes que les pas des hommes aux semelles de vent /

que les sillages des trials / des quads / des buggys / des 4 x 4

Tu traces ton sillage en tanguant sur des crêtes vierges

Tu ne remarques même pas le tracé / non loin de là / des chameliers et de leurs caravanes

Personne n'empruntera ton tracé

Chacun peut y aller de sa singularité

même si des habitudes s'observent /

beaucoup préfèrent les sommets / assez peu les cuvettes

Personne ne lira ton allégresse car cette marche ardue t'euphorise

Le silence t'enveloppe /

Yeux mi-clos / tu parcours formes et courbes /

douce sensualité / hors d'atteinte de tes mains / de tes désirs /

rien d'agressif dans ces ondulations figées / pas d'appel d'appâts charmeurs

Il a fallu tant et tant de tempêtes / pour aboutir à cette permanence / de rondeurs et d'arêtes /

qui fait la nique à l'impermanence du flux héraclitéen

Tu écoutes la chamade de ton cœur cardiaque après une rude montée

Tu te laisses rouler sur le sable ruisselant qui ne t'ensevelit pas

Ce soir / au sommet d'une dune / tu regarderas le coucher du soleil

puis le ciel étoilé te mettra en présence de l'infini et de l'éternité

Tu resteras sans voix / il n'y a pas de mots pour de tels moments /

Au petit matin / le lever du soleil te ramènera au temps circulaire /

celui qui s'écoule comme sable entre tes doigts de pied

Tu regardes le mur de pisé du Dar Mohayout où tu écris

La paille y laisse d'innombrables signes sans messages à déchiffrer

Les étourneaux s'approchent à vingt centimètres de ta page

Ils picorent des miettes sur la table en zellige

puis s'envolent dans un froissement d'ailes /

tu connais leur murmuration / quand ils sont des milliers / cherchant leur aire pour la nuit

Les eucalyptus s'agitent / frémissent selon

Ma page s'est remplie

Je retrouve mes esprits / je suis en vie / je pense à mes morts /

sont-ils redevenus poussière ?

Je leur dédie cette journée si particulière / moi au désert

Sable / Poussière / Est-ce même matière ?

 

2 – Ce 2 novembre 2016 vers 16 H

fête des morts / de tous les morts

tu grimpes sur ton dromadaire / en décubitus sternal

Quand il se relève / pattes avant puis arrière / en deux temps /

tu t'agrippes bien au harnais

Tu es en tête de caravane / tu accompagnes le mouvement de l'animal /

d'un mouvement du bassin sur la selle dure

Le guide suit une piste sinueuse évitant trop grandes montées ou descentes

Tu vois le sens de l'économie des efforts en acte / pas mesurés / cadence lente

Du haut de l'animal sans nom /

les musulmans ne leur donnent pas de nom /

auquel tu parles /

tu l'as nommé Joseph / Jésus ne doit pas être loin

tu vois bien la configuration des dunes sur 180° /

tu vois aussi qu'en avançant / ça change

Le paysage immuable change avec ton déplacement /

dunes après dunes / grandeurs variables /

Avant le bivouac / arrêt sur une arête /

grimpette glissante jusqu'à un sommet /

grimper une dune c'est expérimenter la reprise /

se reprendre / glisser et remettre ça /

épuisant

Au sommet / tu assistes à un coucher de soleil dans le désert / il est 17 H 30

tu te poses une question mystifiante /

si la lumière solaire met 8 minutes pour arriver sur Terre /

que vois-tu ? au moment où tu vois ce qui t'environne dont ton ombre immense ?

Pas d'émotion particulière / moins qu'au bord de l'océan / mais plus de questions /

le désert est pour toi propice au questionnement / c'est ton premier désert

c'est sans doute l'effet de la 1° fois /

Tu descends vers le bivouac / à grandes enjambées / t'es un géant de la descente

Accueil par les Berbères du campement / Thé vert à la menthe / Cacahuètes / Repas

Va savoir / toi qui en général préfères écouter / tu vas te mêler à une conversation

tu laisses passer l'épisode sur la mort de tout un tas de langues

tu saisis l'émoi pascalien d'un baroudeur s'interrogeant sur sa place dans le cosmos /

Qu’est-ce l’homme dans la nature ?

Un néant à l’égard de l’infini /

un tout à l’égard du néant /

un milieu entre rien et tout /

la nuit est tombée depuis un bon moment déjà / il regarde la voûte étoilée

c'est clair / on n'est pas à l'échelle / l'échelle des grandeurs donne le vertige

notre échelle de 24 H par jour / de 365 jours par an / ça fait petit

par rapport aux 100 000 années-lumière de la Voie Lactée que nous contemplons /

10 puissance 21

toutes ces lumières qui nous arrivent ont mis plus ou moins de temps pour nous arriver

regarder une étoile / c'est regarder du temps passé / une étoile vieille / peut-être morte /

et des distances astronomiques /

tu essaies de repérer les étoiles que tu connais / Les Pléiades

tu évoques les grands nombres /

les 10 puissance 40 /

10 puissance 47 molécules d'eau sur Terre

10 puissance 50 atomes pour  la Terre

10 puissance 85 atomes pour l'univers

50 billions de cellules pour le corps humain

8 ×10 puissance 60 d'intervalles de temps de Planck depuis le Big Bang

les petits nombres /

les 10 puissance – 20 /

une cellule humaine 10 puissance – 5

une molécule d'ADN 10 puissance – 9

un atome 10 puissance – 10

un noyau 10 puissance – 15

un quark / 10 puissance – 18

le temps de Planck / 10 puissance – 43 seconde

pour connaître tes chances à la loterie / évalue à 10 puissance – 9

pour tes chances au poker / à 10 puissance – 6

et soudain tu penses à la dune de 180 mètres qui domine le bivouac

des milliards de grains de sable accumulés / entassés

tu en es sûr / tu connais la théorie du grain de sable qui enraye toute machine /

et tu la pratiques chaque fois que tu as des chances de réussir le désordre dans l'ordre

à quelque part donc dans cette distribution / il y a

le grain de sable qui fera s'écrouler la dune de Merzouga en une grande vague ocre

quel grimpeur par une glissade aux effets secondaires inattendus provoquera l'effondrement ?

quel rapace se jetant sur le fennec des sables ?

quelle patte d'oiseau ?

Tu te lèves deux fois

vers 1 H du matin / tu repères sans difficulté Orion

et vers 3 H / elle est là / bien visible / l'étoile polaire /

à 5 fois la distance des roues arrière de la Grande Ourse

Au petit matin /

tu refuses de faire comme les autres /

tu ne grimpes pas au sommet de la dune /

pour regarder le lever du soleil /

tu ne seras pas dupe / même si c'est beau /

c'est ta Terre qui tourne sur son axe autour du soleil

 

3 – La tentation du désert

Les marchands de sable détestent prêcher dans le désert. Que le désert croisse !

Honneur à qui favorise le désert ! à qui recèle un désert !

Prophètes de malheur, annonceurs d’apocalypses naissent du désert. Brament dans le désert. Aboulique, la foule. Boulimiques, les masses. Venues du Nord, déferlent par les autoroutes du soleil. Maximalisation du Sud.

A l’heure de midi, le midi brûle. Le désert croît. Déserts, les chantiers. Licenciés, les ouvriers. Moi, les pieds dans l’eau. Indifférent au paradis.

Prophètes de bonheur, annonceurs d’âges d’or surgissent du désert. Exultent dans le désert. Mimétique, la foule. Léthargiques, les masses. Venues du froid, s’allongent sur le sable chaud.

Sieste sous parasol. A l’heure de midi, il fait nuit. Le désert croît. Déserts, les embarcadères. Désarmés, les rafiots. Moi, la tête dans les étoiles. Indifférent à l’enfer.

Les assoiffés de pouvoir déversent sur la foule, les grandes eaux de leurs mirages.

Fébriles, les assujettis fascinés par ces images qui ne désaltèrent pas.

Qui en appellerait à la traversée du désert ?

Sur les plages de sable, l’indifférence d’aujourd’hui. Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable, l’indifférence d’hier. Dure. Sèche. Érémitique.

Du désert, aimer à la folie le grain de sable qui enraye la machine, saboteur de toute folie des grandeurs.

Du désert, garder le grain de sable, inaltérable, ne pas s’attarder à la dune, sa répétition en masse, altérée par tout vent de sable.

Favoriser le désert

jusqu'au mira (g cl) e de l'oasis

(Hammadraout, Yémen, 1994 dans La Parole éprouvée, 2000, Les Cahiers de l'Égaré)


 

4 – Passion nomade

Sédentaire depuis des millénaires, que reste-t-il dans tes sur place du nomade que tu fus si longtemps ? Sais-tu seulement cette part de toi, cette part d’autrefois laissée au désert ?

Installé dans le dur des murs de ta maison, tu aimes ce qui est dur : sûreté de tes options, pureté de tes émotions, dureté de tes décisions. Installé pour durer, tu es incapable de reconnaître le nomade que tu fus autrefois.

Installé dans le dur, tu en oublies la précarité de tes conditions de vie, la fragilité de tout ce que tu as acquis.

Installé pour durer, tu voudrais durer, préférant l’état au passage mais tu es en transit, n’ayant aucun héritage à transmettre. Tu es en transit et tu te crois le maître, rejetant en toi le métèque.

À l’extrême de mon attention, je suis plein d’attentions pour toute chance fragile, toute combinaison unique, refusant la profusion, la production en série, l’immonde prolifération, l’intolérable pollution. Par petits écarts en portée et en direction, je passe du proche au lointain, inventant la diversité par proximité, la succession par approximation. Imprévisible, imperceptible, je surgis, négligeant les grands départs, les grands écarts, les longues migrations des campeurs qui se déplacent sur les autoroutes du conformisme. Sans avoir à prendre place dans les sur place saisonniers des sédentaires qui vont s’exposer sur les rivages sans infini, j’ai à portée de mémoire, lointains et prochains, découverts autrefois, la première fois.

(Campement de La Ripelle au Revest, 1975 dans La Parole éprouvée, 2000, Les Cahiers de l'Égaré)

5 – Dispersion 1

entouré de limites je tourne en rond

champ miné pulvérisé par leur minable savoir

j’essaie de me trouver

on me sonde on me triture à l’ultra-son à l’électro-choc à l’infra-rouge à l’insuline

je me répands sur des lamelles de verre

dans des éprouvettes des cornues des ballons

je deviens rouge de chiffres et d’hypothèses

sur l’autel des théories on m’immole

je suis fixé au stade sadico-anal

car je me gratte le cul avec plaisir

j’ai sucé jusqu’au sang le sein maternel

je suis donc jouisseur en sus

j’ai pissé dans mes langes et j’étais aux anges

alors je rêve de paradis perdu

j’ai chié dans le pot et à côté du pot pour les faire chier

ça ils ne l’ont jamais supporté

je me suis masturbé et je ne suis pas devenu sourd

qu’ils sont lourds !

que de progressions de régressions

que de fixations de transgressions

j’ai bien du mal à me construire

ils m’ont dispersé

aux quatre petits coins de leur grand pouvoir

(Bures-sur-Yvette, 1961 dans La Parole éprouvée)

6 – Dispersion 2

Des milliards d’impressions sur ma peau

des milliards de réactions dans mon cerveau

des milliards d’excitations venues du dehors

pénétrant mes dedans par les yeux les doigts les narines les oreilles

les milliards de neurones de mes pauvres nerfs mis à vif

des milliards de stimuli

des milliards de réflexes

des milliards d’informations reçues au fond des cellules

expédiées du fond des cellules

tout cela me dépasse

je ne suis pas à la bonne échelle

je ne suis pas responsable de cette organisation proliférante de l’infime

de ces cellules qui se divisent

de ces molécules qui se combinent

de ces électrons rebelles

de ces radicaux libres

de ces particules étranges

je ne suis pas responsable de ces milliards d’automatismes de l’intime

à logique primaire binaire

je me désolidarise de moi-même

je vais m’organiser autrement

je ne serai pas reproductible par clonage

(Paris, 1973 dans La Parole éprouvée)


 

7 – Homme de maturation lente, je suis dépassé par les énervés.

Lourds de leur légèreté, sourds aux nécessaires solidarités, ils osent.

Croyant être au cœur des choses quand ils ne sont qu'au bord.

N'est-on pas toujours seulement au bord des choses et des êtres ?

Peut-être même est-on toujours à côté ?

Alors qu'on croyait avoir bien ciblé, bien visé !

Sait-on ce qu'on dérange quand on avance

ce qu'on détruit quand on bouge ?

(Ouverture manuscrite de La Parole éprouvée)

 

8 – Imprévisible, investir les interstices de leurs territoires sédentaires.

À la manière du sable. Partout. Chaque trou.

Ils ne contrôlent pas tout.

Présence légère, camper à la nomade. Au bord des choses.

Sans frénésie. Sans appétit.

Solidaire, choisir une position.

Sans tourner le dos à ses frères.

Ni leur faire face.
Installer la caravane, provisoire. Sans rien déranger.

Occuper la position, précaire, à l'extrême de l'inattention.

Provoquer le déplacement à l'épuisement de la distraction

quand l'habitude fait voir un territoire

là où l'on avait choisi un emplacement. Sans rien emporter.

En laissant tout en place et en plan.
Partir sur la pointe des pieds.

Crainte de gêner en faisant du bruit.

Pas d'itinéraire à suivre.
Nos pères ne transmettent pas leurs repères.

Pas de voies à ouvrir.
Nos fils ne veulent pas hériter pas de nos repaires.

Le désert efface toute trace de réussite hargneuse et tapageuse

de qui a fait son chemin.

Ne pas s'attarder.

Passer à la ligne.
N'aimer que les inachèvements.

Opter pour la dérive et l'inconséquence.
Seulement habité par un souffle.

(Finale manuscrit de La Parole éprouvée)

 

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Le corps quantique / Deepak Chopra

26 Octobre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

le corps quantique, collection J'ai lu
le corps quantique, collection J'ai lu

le corps quantique, collection J'ai lu

Le corps quantique

de Deepak Chopra

 

C'est grâce à une amie virtuelle de FB devenue amie réelle dans la vie que j'ai découvert Deepak Chopra lorsqu'elle m'a offert Le livre des coïncidences.

Je suis sensible aux coïncidences. Peut-être même que je les favorise. Lanceur de fils d'une part, réceptionniste de fils d'autre part, telle est « ma » toile d'araignée. Quand on voit une araignée tisser sa toile, quand on voit la toile au vent, sous la pluie, la rosée éclairée par le soleil levant ou couchant, quand on voit un insecte s'engluer dans la toile, on est sans doute métaphoriquement parlant, assez près de la texture de la vie et de la mort. La vie comme tissage, la mort comme déchirure.

Depuis Le livre des coïncidences, j'ai lu La vie après la mort, Le corps quantique, Le fabuleux pouvoir de votre cerveau, Le fabuleux pouvoir de vos gènes. Tous sont passionnants. Le corps quantique déjà ancien (1989) est actualisé par le livre sur le cerveau (fin 2013) et par celui sur les gènes (avril 2016).

La lecture du corps quantique est une expérience d'éveil. Ça ouvre des perspectives, met en perspective, oblige à revoir quantité de certitudes. Ça remet en mouvement.

La démarche de Deepak Chopra me semble honnête. Il définit ses notions, indique quand il se heurte à des absences d'explications, idem d'ailleurs pour les limites de la médecine scientifique, il émet des hypothèses, étayées sur des enquêtes reconnues par le milieu scientifique, sur des cas cliniques. Il n'oppose pas médecine moderne et médecine ayurvédique (médecine traditionnelle indienne, vieille de plusieurs millénaires) mais repère bien les blocages de l'institution médicale. Devant un cas inexplicable, ne rentrant pas dans les statistiques, la science l'évacue. Miracle, inexplicable, donc à ne pas interroger. Les moyens doivent rester concentrés sur la majorité des cas.

Et c'est ainsi que la science, l'industrie pharmaceutique, l'université se ferment à des remises en question au nom d'un darwinisme pur et dur, une sélection naturelle seulement régie par le hasard, au nom d'un matérialisme plutôt simpliste, de type mécaniste (le corps est une machine, une maladie a une cause et un traitement) fonctionnant selon une causalité unique, une cause, un effet. Les conséquences de ces dogmes sont énormes en termes de santé publique, de santé individuelle, de rentabilité économique. Pas question de s'interroger sur ce qu'on appelle, terme pratique, les effets secondaires des médicaments ou des traitements dont certains sont dits lourds. Comme nous ne sommes pas à l'échelle de ce qui se passe, nous ne voyons rien, nous ne sentons rien, dans l'immédiat. On somnole. Ça on l'éprouve. Notre système immunitaire a été attaqué, on s'en rendra compte plus tard, trop tard.

Dans la médecine moderne, la maladie a une cause et un traitement. Le patient est rarement pris en compte dans sa complexité et sa globalité, son mode de vie, son histoire personnelle, ses traumatismes, ses souffrances cachées...

De plus en plus de gens se détournent de cette médecine mécaniste, déterministe, en plus peu bienveillante, peu compassionnelle, parfois maltraitante : les brutes en blouses blanches. On voit se développer d'autres médecines, alternatives, douces, ayurvédiques, des techniques diverses de bien-être, des approches holistiques de la personne, du corps, de la maladie. De plus en plus de connaissances sont mises à notre disposition, souvent vulgarisées, non étayées, simplement affirmées donc déjà présentées comme dogmes (avec les régimes pour maigrir, on a un champ immense de manipulation, pareil avec les maladies liées au mauvais cholestérol, l'arnaque sans doute du siècle), souvent aussi sources de profits. La masse de connaissances proposées est considérable, éclectique et il est difficile sans doute de trier. Des modes se développent, ensuite critiquées, abandonnées pour de nouvelles modes. Alimentation sans gluten, une des dernières modes comme avant, le régime Dunkan. Pour ma part, je suis prudent. J'opte pour la simplicité.

Évidemment, Deepak Chopra n'échappe pas à cette accusation de faire du profit, en devenant dit-on le gourou de la santé. Je ne suis pas tenté de suivre ses détracteurs car son évocation de cas auxquels il a eu affaire montre son humanité qu'il ait réussi ou échoué. Il sait parler de « ses » patients, il sait leur parler.

Deepak Chopra vient de deux mondes, celui du védanta à travers l'influence qu'a eu sur lui Maharishi qui l'a initié à la méditation transcendantale et à l'ayurvéda, et le monde de la médecine de pointe, celle qui travaille aux plus petits niveaux, molécules, gènes, cellules. Il sait mettre à notre disposition, nombre de connaissances d'aujourd'hui sur le corps humain, le cerveau, le patrimoine génétique. À le lire, on peut être effrayé car si on est au niveau de l'infiniment petit, on est aussi en présence de très grands nombres, l'indéfini qui n'est pas l'infini; l'infiniment petit pullule. Les bactéries qui colonisent notre système digestif se chiffrent par milliards. Elles sont le résultat de l'évolution sur 3,5 milliards d'années. Elles ne sont pas nos ennemies, nous sont nécessaires. Petit à petit, on découvre que ce corps change, se renouvelle, que notre corps est neuf tous les 3 mois (les cellules gastriques ont une durée de vie de quelques minutes mais et c'est intéressant à noter, une mémoire fantôme semble se transmettre des cellules qui meurent aux cellules qui naissent, ce qui expliquerait l'effet yoyo des régimes; je ne parle pas de phénomènes qu'on appelle avec Jean-Claude Ameisem la sculpture du vivant à travers le phénomène de suicide collectif et organisé de cellules appelé l'apoptose), que même nos neurones, contrairement à ce qu'on croyait, se renouvellent, que donc le gâtisme n'est pas programmé génétiquement.

La plupart des médecins vont opter pour l'explication par la programmation génétique, nouveau mot pour destin, nouvelle forme du déterminisme, c'est inscrit dans vos gènes. L'ADN, l'ARN sont incroyablement astucieux et complexes, souples, plastiques. L'ADN c'est 3,5 milliards d'années d'évolution mémorisés. Cette mémoire active, en double hélice, dépliée, mesurerait 1,5 m par cellule à multiplier par 50 billions de cellules du corps (1 billion =1000 milliards). À notre mort, notre ADN a une durée de vie de 1,5 millions d'années de quoi nous cloner longtemps encore après cet événement, peut-être à penser différemment que comme un retour à la poussière, belle métaphore peut-être obsolète ou à réinterpréter. L'idée que la mort de nos cellules puisse être programmée par l'organisme lui-même, et non résulter d'agressions externes, ne s'est imposée que très récemment... Mais elle a tout changé dans nos conceptions de l'apparition de la vie, du développement, des maladies et du vieillissement. Comprendre qu'un embryon est autant dû à une prolifération qu'à une destruction massive de cellules, ou qu'un cancer puisse être causé par l'arrêt des processus de suicide cellulaire, c'est voir le vivant sous un jour nouveau. Et on est effaré de découvrir la plasticité du génome d'une part, l'émergence de l'épigénome d'autre part, particulièrement apte à se modifier, s'adapter. À tel point que la distinction inné-acquis elle-même est mise en question puisque de l'acquis devient de l'inné. La très ancienne distinction matière-esprit en prend un coup aussi. L'effet placebo est instructif à cet égard puisque des médicament neutres présentés comme actifs opèrent sur les gens qui les absorbent. Le pouvoir de l'auto-suggestion ou de la suggestion n'est pas négligeable, l'hypnose en étant un autre exemple. De là à se demander qui pense ? L'esprit ou le cerveau ?

On voit les enjeux métaphysiques de ce cheminement. Pas de preuves mais des argumentations. Et libre à nous de nous convaincre de la force, de la vérité de ces arguments, de ces hypothèses. Il semble que la simple croyance en des effets bénéfiques suffise à avoir les effets souhaités. Par exemple, dualité ou unité ? Dualité corps-esprit ou unité corps-esprit. Aujourd'hui, des médecines corps-esprit se développent où l'on fait intervenir les décisions, les désirs, la volonté du patient, où l'on met en pratique certaines techniques comme la méditation quotidienne, le son primordial, la visualisation, la technique de félicité. La question qui se pose ici est qu'est-ce qui est premier ? La matière ou l'esprit. On les sait complémentaires aujourd'hui mais le matérialisme semble un peu court pour rendre compte de ce que nous disent certains cas de rémission, de guérisons paraissant miraculeuses. C'est là que Deepak Chopra fait intervenir la physique quantique avec ses paradoxes comme l'intrication ou le saut quantique sans oublier ce que les théories cosmologistes sont amenés à nous proposer, en particulier sur le vide quantique, ses potentialités, ses virtualités pouvant devenir à l'occasion d'une singularité, un univers, des bulles d'univers. Ce que l'on appelle l'effet papillon pourrait illustrer ce qui se joue là : un battement d'ailes de papillon au Japon provoque un tremblement de terre en Amérique Latine ; une décision de changement d'hygiène de vie provoque un renouveau du métabolisme, de nouvelles expériences entraînent des connexions nouvelles, des synapses inédites, une mobilisation du système immunitaire inattendue...

La dernière question de nature métaphysique qui se pose est où se situe la réalité, nous est-elle extérieure ? notre conscience passive en prenant acte à travers nos sens ? Ou nous est-elle intérieure, est-elle produite par notre conscience active ? Deepak Chopra distingue 4 niveaux de conscience, la veille, le sommeil, le rêve et le 4° état de conscience qui semble être comme un branchement sur une Conscience universelle, éternelle, infinie, état accessible rarement, demandant préparation. Des schémas simples accompagnent les propos de Deepak Chopra mais je ne les trouve guère parlants. Par contre d'autres métaphores me semblent parlantes, celle de l'aimant et de la limaille de fer. Il faut une feuille de papier sur l'aimant pour que la limaille se dispose selon le champ magnétique terrestre. La feuille de papier est l'intermédiaire nécessaire à cette émergence.

Devant l'extraordinaire agencement de notre corps, avec ses organes, tous oeuvrant à nous maintenir en vie, à nous faire vivre, avec ses capacités spontanées à surmonter d'innombrables agressions, pensons à la coagulation du sang lors d'une blessure, ou sus à l'intrus quand des processus cancérigènes se mettent en place et c'est très fréquent et c'est très rare que ces processus réussissent, on est bien obligé de se demander si cela est le résultat du hasard créateur cher à Marcel Conche ou s'il n'y a pas une intelligence créatrice, rendant intelligents les organes comme les reins, le foie, le pancréas, le cœur, sans parler du cher cerveau que TF1 veut rendre disponible pour Coca Cola, rendant intelligentes les cellules, toutes issues d'une mitose originelle, cellules différenciées et spécialisées, à durée de vie très limitée mais renouvelées par l'ARN sur ordre de l'ADN. Dernier point : cette intelligence créatrice n'est-elle pas à l'oeuvre partout, à partir du vide quantique, à partir du silence auquel on accède par la méditation, laissant advenir l'état de félicité dans le champ de la Conscience.

M'étonnant de l'absence de l'eau dans la démarche de Chopra, je complète par le rôle majeur de celle-ci dans notre corps. Dans le ventre maternel, notre vie commence dans l'eau. Par la suite, l'eau diversifie ses fonctions. Elle devient tout à la fois transporteur, éboueur, énergéticien, penseur et messager... Elle nous aide à respirer et à nous protéger des microbes. Mais avant tout, l'eau est d'abord... architecte. Incroyable paradoxe: nous tenons debout parce que nous sommes faits d'eau ! Transporteur. L'eau transporte globules, nutriments qu'elle élimine, récupère et recycle notamment pendant la digestion. Elle transporte jusqu’au cœur des cellules un certain nombre de substances qui leur sont indispensables, comme les sels minéraux par exemple. S'agit-il de respirer, l'eau transporte globules rouges et dissout les gaz. Energéticien. Elle participe aux nombreuses réactions chimiques dont notre corps est en permanence le siège. L’eau joue donc un rôle considérable dans le fonctionnement de notre corps. Elle intervient dans la régulation thermique et aide au maintien d’une température constante à l’intérieur du corps par le biais de la transpiration. Policier ( protection). Pour protéger notre corps, elle supporte les globules blancs et les anticorps. Penseur et messager. Elle fabrique les ions nécessaires au système nerveux. 82 % de notre cerveau est composé d'eau et cette dernière transmet les influx nerveux et les hormones. Eboueur. Elle participe au « nettoyage » de l’organisme en facilitant le travail des reins et l’évacuation urinaire des déchets du métabolisme. Architecte. L'eau fabrique nutriments, globules, cellules... elle irrigue la peau. Elle structure la matière vivante grâce aux mécanismes hydrophiles et hydrophobes liés à la molécule H2O. Outre d'être le constituant essentiel des cellules (40 %), l'eau occupe l'espace intercellulaire, servant de réserve aux cellules et aux vaisseaux sanguins. Le reste est contenu dans le sang et la lymphe, et circule en permanence dans tout l'organisme. 45 litres d'eau pour un corps de 70 kilos.

Je ne suis pas trop sûr d'avoir été fidèle à Deepak Chopra dans cette note de lecture. J'ai tenté de dire avec mes mots, sans citations, ce que je crois avoir perçu de sa double approche, scientifique et védique. Ce que je sais, c'est que ces livres passionnants, difficiles, sont à relire. Ce que je sais aussi c'est que leur influence sur ma manière de voir, de sentir, de vivre est quasi-immédiate. Ils ont un pouvoir de transformation incroyable, à tel point que j'en arrive à m'adresser à moi-même à la 3° personne ou en me décalant légèrement pour d'acteur, devenir témoin, par exemple d'une colère qui disparaît quasi-instantanément, à m'adresser aussi à mes organes, à mes cellules comme je parle à mes chers disparus, bien vivants autrement ou comme je parle à ma fougère. Et changement notable, je peux énoncer ainsi ma résolution d'aujourd'hui :

sourire et faire sourire ou rire autour de moi, dans un rayon de 500 mètres, sachant que ça rayonne peut-être ensuite en ondes ou vibrations jusqu’au fin fond de nulle part, jusqu’au vide et au silence d’où tout surgit peut-être, de quoi éventuellement vivre plutôt joyeusement en évitant les bruits du monde, trop assourdissants. Ce n'est pas parce que j'aurai mal au monde que le monde changera, j'ai pratiqué l'urgence, tout est urgent et rien ne change sauf moi qui me pourris la vie à avoir mal au ventre, ce cerveau si influent.

Je me sens et me veux de plus en plus en paix, moi qui fus si longtemps guerrier pour ce que je croyais de bonnes causes : une société plus juste, une école plus ouverte, une culture du partage et de l'échange, des artistes plus humbles et réellement créatifs, des gens plus simples, des amours vrais et durables, des valeurs de dignité : honnêteté, courage, constance, persévérance, respect, liberté, égalité, fraternité.

Fais d'abord la paix avec toi-même bonhomme. La paix avec ton corps, la paix dans ton esprit. Un esprit sain dans un corps sain, disait-on. On peut aussi dire un corps sain dans un esprit sain. Bien sûr, la formule Science sans Conscience mérite d'être repensée à la lumière du 4° niveau de conscience.

J'évite le dérèglement de tous les sens rimbaldien, la mise à contribution, à l'extrême de leur acuité, de mes cinq sens. Je ne suis plus avide de tout saisir. Pas plus le beau que le laid. Mes oreilles sont distraites, j'ai tendance à fermer les yeux, à m'abandonner à une forme de mollesse, à faire le vide, on dit aussi à lâcher-prise. J'inspire un peu du monde, j'expire un peu de moi-même, bouche ouverte en cul de poule. Ça fait beaucoup rire. Cela me suffit à être présent, à être vivant. Et je bois de l'eau pour m'arroser comme un jardin qui va donner.

J'ai conscience en écrivant cette résolution qu'elle n'est possible que parce que je bénéficie d'une retraite et de conditions de vie suffisantes, que je suis en bonne santé, que je pratique des activités gratifiantes seul ou avec des gens que j'apprécie et parce que j'ai résolu d'aller vers une forme de sagesse, de félicité, de sérénité.

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Gabrielle et Christian, les amours interdites

1 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Gabrielle et Christian, les amours interdites
Gabrielle et Christian, les amours interdites
Gabrielle et Christian, les amours interdites
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc

le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc

Le 11 janvier 2016 a été diffusée l'émission Affaires sensibles consacrée aux amours interdites de Gabrielle Russier et Christian R.

Émission très honnête quant aux faits. Un regret, le changement du pasteur Michel Viot, le protecteur de Christian des années 1968 devenu un anti-soixante-huitard convaincu.

Cette affaire avait fait beaucoup de bruit à l'époque. J'ai consacré plusieurs articles à cette affaire. Et je constate, statistiques à l'appui, que ces articles sont lus, très lus.

Évidemment, je ne peux que me surprendre en relevant la coïncidence, Gabrielle Russier est née le 14 février 1937. L'épousée est née le 14 février 1948. Deux amours interdites, la nôtre, heureuse, ayant commencé en 1964, 4 ans avant mais Le Quesnoy n'était pas Marseille et j'étais le professeur.
J'ai fait écrire des textes à quelques écrivains pour un livre Gabrielle Russier/Antigone avec une préface de Raymond Jean, son professeur de littérature à l'Université d'Aix, couverture avec un portrait réalisé par Cueco. C'était en 2008-2009 pour le 40° anniversaire du suicide de Gabrielle Russier, le 1° septembre 1969. Ces écrivains ont travaillé ensemble 2 jours les 8 et 9 décembre 2008 dans un Lycée à Hyères. Ce fut très enrichissant.

Ma lettre à Gabriella, attribuée à pépé Christian, une fiction, semble plaire aux lecteurs. La fiction est encombrée des valises dont nous héritons à la naissance. Heureusement, prénommer Gabriella au lieu de Gabrielle, l'arrière petite-fille, changera peut-être la nature de son héritage. Il suffisait d'un a.
En janvier 2015, je reçois le témoignage d'une ancienne élève de Gabrielle Russier, année 1968-1969, avec 15 lettres de Gabrielle à cette élève, devenue amie de Gabrielle. J'ai publié ce récit :

À Gabrielle Merci pour l'utopie.

Une lecture en a été faite le 11 mars à Vanosc, Ardèche. Plus de 50 personnes dont le maire très chaleureux.

Les associations La Vanaude et Au pré des femmes ont donné rendez-vous le vendredi 11 mars 2016 pour une lecture en écho avec la journée internationale du droit des femmes.

Journée pour toutes et pour une : Gabrielle Russier, professeur de français dans un lycée à Marseille en 1968, accusée de détournement de mineur, incarcérée, disparue volontairement le 1er septembre 1969.

Trois lectrices de l'association Les mots passants lui ont rendu hommage à travers des textes, des lettres, des poèmes.

La magie de la lecture a amené un éclairage nuancé de vérités et d'émotions sur une douloureuse histoire de femme et d'enseignante. En présence de la fille de Gabrielle Russier, qui écrira peut-être sur cette histoire, son histoire et en présence d'Anne Riebel, l'ancienne élève et amie dont j'ai édité le témoignage, épuisé.

La Vanaude. 07690. VANOSC. Annexe municipale. 20H30.

J'aime ce travail des traces. Avec internet, c'est comme si ça devenait ineffaçable, même après ma disparition. De toute façon, c'est ineffaçable. Il sera toujours vrai que ce qui est passé a réellement eu lieu, a été éprouvé, senti. Nos productions immatérielles, sentiments, émotions, pensées, nos paroles, sensations sont enregistrées pour toujours, for ever. Croire que ce qui passe, passe à jamais, never more, est croyance dominante et très rétrécissante, réductrice, mutilante. Vivre avec la conscience du for ever peut changer le rapport à soi, à l'autre, aux autres, à la nature. Si ça vous chante, continuez sur ce chemin dont j'ignore où il mène, holzwege.

Faut aller voir du côté du rhéomode de David Bohm.

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Elle s'appelait Gabrielle Russier

1 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Gabrielle Russier s'est suicidée le 1° septembre 1969.

Une pensée pour elle en cette rentrée scolaire 2014

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Retour sur Mourir d’aimer 2

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couverture du livre publié le 1° septembre 2009 par Les Cahiers de l'Égaré

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Le téléfilm de Josée Dayan, Mourir d’aimer, librement inspiré du Mourir d’aimer d’André Cayatte (1971) et de l’histoire de Gabrielle Russier  avec Christian Rossi (octobre 1967 - 1° septembre 1969), ne m’a ni ému ni révolté. C’est pourtant ce que j’attendais, que j’avais vécu avec Annie Girardot, que je n’ai pas connu avec Muriel Robin. Pourquoi ? Dans l’adaptation de Philippe Besson, la prof et l’élève sont plutôt monolithiques. L’élève n’a pas de faiblesse : il est déterminé, sait ce qu’il veut, assume ce que le hasard de la rencontre lui propose, définit la liberté et applique cette définition, vit conformément à elle. La prof, une fois l’étonnement passé, accepte aussi ce qui s’offre à elle, ne résiste pas à l’amour, résiste plutôt bien aux pressions, on la sent forte, le suicide final est l’issue du film mais n’est pas nécessaire dans cette histoire avec de tels personnages. Disons-le, Muriel Robin par sa puissance donne une impression de femme forte sur le plan psychologique, capable de tenir tête, d’ironiser, on le voit avec la proviseure, magistralement caricaturale dans son autoritarisme, son rigorisme, avec sa collègue, avec ses élèves. Ses émotions sont réelles mais on sent qu’elle a de la ressource face à l’adversité. J’imagine qu’avec Jeanne Balibar dans le rôle, j’aurais été ému et révolté, avec un lycéen moins beau, plus inquiet, plus ambivalent ou même un tantinet cynique, façon Julien Sorel. Les leçons de Gabrielle Delorme dans sa classe sont une des forces de ce film. Stendhal-Flaubert, Rimbaud, Eluard, la Joconde, LHOOQ de Duchamp, l’irrévérence, tout cela pose avec justesse la question : quoi enseigner et comment ? c’est quoi enseigner ? L’histoire d’amour ne pose pas avec une telle justesse la question : qui aimer et comment ? c’est quoi l’amour ? c’est quoi aimer ?  Notons d’ailleurs que l’école pas plus que la maison ne sont lieux d’apprentissage des sentiments. Il y a de l’éducation sexuelle, pour savoir comment ça se fait, pour se protéger mais pas d’éducation des sentiments. Et ce n’est pas avec la littérature que ça s’apprend, même si beaucoup pensent que la médiation des œuvres est nécessaire (littéraires, poétiques, picturales, musicales). Le décalage historique, du temps de Giscard, n’a pas grand intérêt : on est dans une France toujours coincée. Sous le Mitterrand de 1981, avec l’abolition de la peine de mort, avec l’espoir (vite déçu, dès 1983), la rigidité morale des parents engagés aurait été plus fortement contradictoire. Bref
Le débat a présenté les caractéristiques insupportables des débats télé. Interventions au couteau, cadrées sur l’essentiel du point de vue de l’animateur donnant son point de vue plutôt qu’animant le débat, intervenants dans leurs rôles et non comme personnes, donneurs de leçons, énonciateurs de la loi, de ses incohérences mais de sa nécessité. Il s’agit de conforter l’ordre, la loi, l’institution jusqu’à la caricature comme Philippe Meirieu. Le débat devait poser deux questions :
   - c’est quoi enseigner quand les savoirs sont tous frappés d’imposture. S’agit-il de transmettre de tels savoirs, qui font les traders (formés aux mathémathiques financières par Polytechnique,  Dauphine, employés par Goldman Sachs, la banque d'"affaires" qui en 80 ans a provoqué 20 crises),
destructeurs de l’économie réelle sous le nom de performances financières et d’enrichissement général, qui font les entrepreneurs et commerciaux formés dans les plus prestigieuses grandes écoles et universités (dirigeants de multinationales de l'agroalimentaire, comme Cargill, Monsanto, concepteurs de gigantesques batteries de viande ignoble comme Smithfield Foods), affameurs d'une bonne partie de l'humanité et destructeurs de la planète sous les noms d’aménagement du territoire, de croissance, de progrès technique et scientifique, d’amélioration du niveau de vie. Ou s’agit-il d’apprendre à juger, à douter, à avoir sur tout l’esprit critique ?
   - c’est quoi apprendre à juger ? cela ne suppose t-il pas de se mettre en jeu comme personne qui fait ce qu’elle dit, qui vit ce qu’elle éprouve, en recherche de vérité avec sa liberté, sa raison, développant le meilleur d’elle-même pour soi et autrui. Une telle authenticité, une telle vérité de parole et de vie, une telle évidence, voilà ce qui fait exemple, voilà ce qui fait qu’un prof suscite admiration éventuelle (pouvant devenir amour non d’un corps, d’un sexe mais d’un être dans son âme), enthousiasme individuel et collectif, émulation et non compétition, solidarité, écoute et parole propre(s). Un tel prof devient un passeur de volonté pour la vérité, la beauté…
Et l’amour alors ? Il est ce qui peut nous arriver de mieux même s’il y a erreur sur la personne, même s’il est malheureux. Il est ce qui nous sort de nos certitudes, de nos conforts, il est vie, chair, peau, sexe, sentiments, projets, rêves, transgression. Dans la possible relation d’amour prof-élève - que l’initiative vienne du jeune ce qui est sans doute plus fréquent qu’on ne croit, qu’elle vienne de l’adulte, qu’elle soit coup de foudre, qu’elle prenne du temps pour s’installer, qu’elle dure et soit heureuse (et il y en a sans doute beaucoup plus qu’on ne croit mais ces histoires sans histoires n’intéressent pas), qu’elle échoue et fasse souffrir – ce qui me paraît essentiel c’est comme dans toute relation vraie entre deux adultes, entre deux personnes, le respect de l’autre. Ce respect doit être encore plus marqué dans une relation d’amour avec un jeune. La fausseté des déclarations, la perversité, les abus de pouvoir, la séduction, les rapports de force, la jalousie, les chantages, c’est cela le terrible dans une relation. En clair pour aimer inconditionnellement, il faudrait des qualités d’âme que souvent nous n’avons pas. La passion amoureuse est une maladie dont on ne meurt pas en général, dommageable seulement pour soi et l’autre, qui ne fait pas de mal au monde. L’amour ordinaire est souvent calcul, ajustement d’intérêts. Il est très répandu, dure ce qu’il dure. L’amour inconditionnel est rare, peut ne pas s’accomplir sexuellement, souvent même ne passe pas par le sexe (Socrate résiste au désir d’Alcibiade, le prof peut résister au trouble de l’élève pour mieux l’élever au sens d’élévation pas d’élevage, ce peut être aussi l’élève qui résiste, élevant le prof). Par la sexualité, « sublimée » sans doute, l'amour inconditionnel est cheminement vers l’être de l’autre qui chemine, sans jonction possible mais il s'agit de deux cheminements si proches que c’est le bonheur, bien plus que le plaisir, que c’est la délicatesse, bien plus que l’étreinte.
Dernier point que je veux aborder : qui évaluera les dégâts causés par les profs haineux de leurs élèves et réciproquement, par les profs fonctionnaires et réciproquement (représentez-vous les comme vous voulez) ? Et qui poursuivra en justice ceux qui enrôlent pour leurs sales guerres des jeunes dont on abaisse l’âge de la majorité ? Sous Napoléon, la majorité sexuelle est à 11 ans, Juliette a 13 ans. Tout cela montre que la société fixe les limites qui l’arrangent. Rien à voir avec chacun de nous.

À lire :
De l’amour de Marcel Conche, Les Cahiers de l’Égaré
Analyse de l’amour et autres sujets de Marcel Conche, PUF
Éloge de l’amour d’Alain Badiou, Flammarion

 
Jean-Claude Grosse

L'amour et l'enseignement ont en commun de relever d'un jeu de la solidité et de la fragilité. Jeu facilement dénié, durci, au nom d'un sérieux de la séparation entre elles, plus ou moins hiérarchisée. C'est que solidité et fragilité sont inséparables, figures changeantes, jamais si claires, de tout un entrelacement. Respecter ce jeu, voire en faire vivre quelque chose par l'enseignement, peut pourtant être vu comme vitalement sérieux. L'émoi amoureux, mais aussi de la "connaissance", ouvre toute solidité à la fragilité comme toute fragilité à la solidité. Tout émoi profond, avec ses ambiguïtés, fait saillir celle de la clarté du monde, comme obtention plus ou moins forcée et instrumentalisée d'un résultat.
Il ne s'agit donc pas seulement de débattre de certaines relations amoureuses entre majeurs et mineurs, mais de donner à entendre que, si une émotivité excessive peut amener des catastrophes, le modèle d'une rationalité pure, purement répressive de soi et des autres, entraîne dans nombre de domaines, y compris l'enseignement, assèchement, mensonges et redoutables retours de bâton irrationnels.
Ni chez les acteurs principaux, ni chez les participants au débat, ne fut créé l'espace physique de parole qu'il faudrait, entre fragilité et solidité, pour rendre sensible, non pas le seul amour naissant, mais l'importance de la survenue d'un fécond champ magnétique, plus ou moins intense, entre les hommes, pour qu'ils ne crèvent pas trop de complexification fonctionnelle. Les jeux ambigus, souvent durement payés, font aussi scandale parce qu'ils forment à autre chose que la forme et la force. Le problème, c'est moins la sexualité, facilement mécanique, que le sort que notre société réserve à la sensualité et à la sensibilité, à leur " formation " et à leur portée, en termes de vérité aussi.

 
Gérard Lépinois
 
"En tout cas, l'intérêt suscité par l'affaire Russier semble encore vif : le dossier de presse la concernant a été dérobé à la bibliothèque de la Fondation nationale des sciences politiques où on pouvait le consulter. De plus, dans divers centres de documentations et bibliothèques, la presse de l'époque a été, par la suite, consciencieusement découpée et subtilisée. S'agit-il de certains proches des protagonistes de l'affaire ? ou simplement d'admirateurs de Gabrielle Russier émus par sa personnalité ou les circonstances ? Le mystère reste entier."
Conclusion de l’article de Corinne Bouchoux paru en 1992
 

débat du 4 décembre 2008 à Hyères
sur l'affaire Gabrielle Russier

 
 
Quand je me suis sentie "emportée" par une histoire, ce qui est le cas de l'affaire Gabrielle Russier, je cherche toujours à aller plus loin. En l'occurrence j'ai cherché à savoir ce qu'il est advenu des protagonistes de cette histoire tragique : Christian Rossi a t'il pu "refaire sa vie" ?, ses parents se sentent-ils responsables ?, les enfants de Gabrielle, comment vivent-ils ?
J'ai trouvé dans votre blog un article du 26/11/09 qui avance que Valérie "a sombré dans la folie". Or sur le forum des "Cahiers de l'égaré" dans un article du 14/12/09, elle prend la parole pour demander les coordonnées de Raymond Jean.
Laquelle de ces deux informations avez vous retenu ?
Merci.
Anne

Les deux me semblent justes. Mais à des moments différents: aujourd'hui, Valérie a 50 ans. Au moment du suicide de sa mère, Valérie avait 10 ans.
Valérie a eu des difficultés de nature psychologique, a dû travailler sur elle-même; elle a fini par devenir psychologue scolaire après des études de psychologie tardives et après bien sûr tout un tas d'épisodes, de chutes et rechutes, mots sans doute inadéquats comme l'expression "sombrer dans la folie" que j'ai utilisée en méconnaisance des faits et des effets, "folie" dont certains peuvent revenir aujourd'hui car l'écoute, le suivi me semblent plus adaptés aux cas individuels. Je dis "en méconnaisance" car notre regard sur autrui sauf à être à l'écoute (attention flottante) est toujours à côté de la plaque.
D'après ce que je sais de 2° main, Christian qui refuse tout contact, a refait sa vie pour employer votre expression. Mais à part lui, qui peut dire les effets sur lui, d'hier à aujourd'hui. Joël, le frère de Valérie semble s'en tirer sur les plans professionnel et familial mais lui seul "sait" ce qu'il a vécu. Je ne sais rien des parents de Christian qui après le suicide ont dit que si c'était à refaire, ils recommenceraient. De 2° main, on m'a dit qu'ils s'étaient séparés puis remis ensemble.
Je ne souhaite pas que ces petites indiscrétions circulent, étant trop respectueux des choix qui me semblent avoir été faits tant par Christian que par Joël et Valérie. Aucun ne s'est exprimé lors de l'émission de France 2.
J'attends la sortie du livre de Jacques Layani car il montrera comment 40 ans après, cette affaire continue à remuer des gens dans le monde entier.
Quant aux auteurs du livre Gabrielle Russier/Antigone, ils ont privilégié leur imaginaire pour évoquer quelques protagonistes de ce drame ou tragédie. Je me suis pour ma part intéressé au personnage de Christian qui vit, revit, devenu prof, deux histoires avec deux de ses élèves à 20 ans d'intervalle, l'une à 30 ans, l'autre à 50 ans. Façon pour moi d'insister sur ce qu'on appelle "les valises" dont on hérite ou qu'on transmet, "valises" qui ne sont pas les nôtres d'où comment échapper à la répétition des vies, des destins. Mon histoire est une fiction. Pour montrer aussi que la justice ne corrige pas: elle sanctionne mais ne change rien du coeur, du ça.
Cordialement
Jean-Claude Grosse

 
Elle s'appelait Gabrielle Russier
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À Gabrielle Russier/Anne Riebel

1 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Le 1° septembre 2014 paraît un témoignage fort d'une élève de Gabrielle Russier, Anne Riebel. Soit 45 ans après son suicide à Marseille, le 1° septembre 1969.

Un an d'enseignement, un an dans le cercle de poésie et d'amitié de Gabrielle Russier. Anne Riebel a gardé jusqu'à ce jour, les lettres et petits mots de Gabrielle Russier pendant cette année d'utopie qui l'a marquée à vie. 15 lettres entre le 15 juin 1968 et juin 1969, deux textes inédits de Gabrielle Russier, une carte postale, deux petits mots (des conseils écrits de sa main), voilà le trésor offert aujourd'hui par une élève devenue femme, 46 ans après la rencontre, après toi, le reste de ma vie.

Ce témoignage réussit en quelques pages à nous restituer un contexte et à mesurer la traque dont non seulement Gabrielle Russier a été victime mais aussi les jeunes qui étaient attirés par son enseignement et sa manière d'être avec eux comme jeunes et pas seulement comme élèves.

L'édition de ce livre aux Cahiers de l'Égaré doit beaucoup au précédent livre que nous lui avions consacré, Gabrielle Russier/Antigone, paru le 1° septembre 2009 pour le 40° anniversaire de sa disparition. Un an avant, les 3 et 4 décembre 2008, 7 écrivains s'étaient retrouvés à la bagagerie du Lycée du Golf Hôtel à Hyères. Ce furent deux journées riches.

Le livre édité, offert aux enfants de Gabrielle (sa fille était entrée en contact avec moi) est aujourd'hui épuisé mais il a cheminé.

Le 10 février 2014 à 23 H 35, je recevais ce message par le formulaire de mon blog :

Bonsoir, je suis la petite-fille de Gabrielle Russier, j'aimerais savoir si vous l'aviez connu.

Bien à vous,

je répondais le 12 février à 19 H 15, s'ensuivirent quelques autres messages avec cette jeune fille de 18 ans qui allait passer son bac.

Et le 26 mars 2014, je reçois un mail par le formulaire de mon blog, Anne Riebel me propose de lire son témoignage. J'accepte et devant l'indéniable intérêt et émotion de ce document, partagé avec deux autres lectrices, j'en décide la publication.

J'ai pris conscience en faisant ce travail éditorial d'une coïncidence comme je les aime : Gabrielle est une valentine (14 février 1937), la mouette à tête rouge, Annie, qui fut mon élève en 1964, 4 ans avant l'affaire, mais dans le nord, fut aussi une valentine (14 février 1948).

Déjà le 24 janvier, j'avais reçu un mail étonnant :

Bonjour,

Mon nom est Jocelyne Hermann Salley issue de l'école des Beaux Arts de Troyes; j'ai abordé la peinture en 1990; aujourd'hui je vis de ma peinture

en 2006 j'ai eu entre mes mains complètement pas "hasard"le livre Beverly trouvé sur les quais à Paris

Le plus étonnant lorsque j'ai découvert les peintures de Michel Bories je travaillais à cette époque les mêmes couleurs.

Je voulais juste vous en parler, ce livre m'a donné confiance en moi encore maintenant dans les moments de doutes

merci de m'avoir lu

bien cordialement

JHS

Beverly est un roman écrit par Cyril Grosse avec le peintre Michel Bories, entre 1992 et 1994 dans le cadre d'un projet Défi-Jeunes, Ulysse à Hollywood. Il avait 21 ans. Le roman est suivi d'Un carnet d'Hermann Salley, écrit par Michel Bories, Hermann Salley étant un peintre, peut-être faussaire, inventé par Cyril Grosse. Page 18, ligne 5 de ce roman, le narrateur écrit cette phrase: À peine seize ans, impatient d'en avoir trente et un. Cyril Grosse est mort accidentellement à Cuba entre 30 et 31 ans. Michel Bories est décédé le même jour dans le même accident ainsi que deux Cubaines, une mère et sa fille, le 19 septembre 2001 à 16 H au carrefour surnommé le Triangle de la mort à Jaguey-Grande. Le 19 septembre 2001, à l'heure française de l'accident, je dégueulais tripes et boyaux. Ce n'est qu'après coup que j'ai fait le rapprochement.

Pour évoquer ces coïncidences, je suis assez tenté par l'hypothèse de l'holomouvement posée par David Bohm dans La plénitude de l'univers, l'univers comme hologramme conservant toutes les informations et en créant sans cesse des nouvelles; hypothèse que je formule ainsi, nous concernant: tout instant que je vis, passe, never more mais rien ne peut faire que ce que j'ai vécu n'ait pas eu lieu, donc il est vrai éternellement que j'ai écrit ce message, ce jour à 14 H 30, for ever; c'est un des thèmes abordés dans ma pièce L'éternité d'une seconde bleu Giotto, inédite.

Dernière coïncidence, TNT m'a livré les livres le 11 août à 11 h 55. Et c'est le 11 août 2014, à approximativement 11h 55 dit la police que Robin Williams s'est suicidé, délivré à 63 ans, Robin Williams, le professeur du Cercle des poètes disparus. Anne Riebel donne à son livre ce sous-titre : À Gabrielle Russier. Dans son cercle de poésie et d'amitié.

Ceux qui sont intéressés par le livre d'Anne Riebel doivent le commander aux Cahiers de l'Égaré, 669 route du Colombier, 83200 Le Revest, 14 €, frais de port compris, par chèque à l'ordre des Cahiers de l'Égaré. Le livre ne sera pas disponible en librairie.

Jean-Claude Grosse, directeur des Cahiers de l'Égaré

À Gabrielle Russier/Anne Riebel
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Théologie de la provocation / Gérard Conio

11 Août 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Théologie de la provocation
Causes et enjeux du principe totalitaire
Gérard Conio
Éditions des Syrtes
préface de Michel Onfray

Professeur émérite de l’Université Nancy-2 et directeur de collections aux éditions de l’Âge d’homme, traducteur d’auteurs russes et polonais, Gérard Conio a écrit de nombreux ouvrages de réflexion sur l’art en général et le cinéma en particulier, la métaphysique, l’histoire et les courants de pensées en Russie plus particulièrement.
On trouvera sur mon blog, un essai signé de lui : la vision russe du cosmos,
http://les4saisons.over-blog.com/page-2065720.html
et son texte : vivre à l'est, ma révolution.
http://les4saisons.over-blog.com/page-3736316.html
Comme le dit si bien Michel Onfray dans sa préface : « Gérard Conio est à l’Est. Il pense à l’Est, il pense vers l’Est. Sa réflexion est libre de la glu de l’Ouest ». C'est chose rare. Marcel Conche me semble avoir des attachements forts avec l'Est. Je pense que parmi les hommes politiques actuels, Jacques Cheminade est un des rares à penser à l'Est. Gérard Depardieu pense aussi et vit à l'Est quand tant se couchent à l'Ouest ou sont carrément à l'Ouest.
On pourra lire mon court essai, à réactualiser : États-Unis / Eurasie
http://les4saisons.over-blog.com/page-3736328.html

Voici ce qu'il m'écrit dans un mail du 5 août :

Cher Jean-Claude

Nous sommes à Moscou avec Ira jusqu'au 21 août. Nous avons des difficultés de communication avec Orange et je viens seulement de recevoir ton message...Je n'ai pas pu ouvrir ton blog, j'attends mon retour à Paris pour lire "Penser encore..." sur Marcel Conche qui m'intéresse d'autant plus qu'il porter sur Spinoza. Je suis impatient de lire ce que tu penses de ma "théologie de la provocation"...Ici on a une toute autre perception des réalités russes que celles qui meublent les neurones de la plupart de nos concitoyens...C'est un régime hybride qui possède tous les défauts de l'ultralibéralisme mais peu à peu la situation s'améliore...Malgré les sanctions, les menaces de l'Otan et la guerre en Ukraine on vit dans un sentiment de sécurité étonnant...et c'est un bonheur de voir passer dans la rue les moscovites qui n'ont jamais été aussi formidablement belles...une floraison qui augure bien de l'avenir de la Russie...Amitiés. Gérard

J'ai connu Gérard Conio par le biais du théâtre, sa femme et sa fille étant comédiennes et metteurs en scène. Ils ont été de l'aventure de Vlad Znorko à la Gare Franche à Marseille.
J'ai pu lire pas mal de ses livres, Eisenstein, le cinéma comme art total, par exemple, L'art contre les masses, Les avants-gardes ou de ses traductions, Le suprématisme (le monde sans-objet ou le repos éternel) de Kazimir Malévitch, Mon siècle d'Aleksander Wat.
Dommage qu'il n'y ait pas une bibliographie complète de son œuvre ou une page Gérard Conio sur wikipédia.
Sa Théologie de la provocation est saluée ainsi par un journaliste, François Bousquet :
« Voici un grand livre, qui repose sur une connaissance orwellienne des rouages totalitaires, une érudition chaleureuse, une sainte colère et, last but not least, une intuition fondamentale. « Créer un poncif, c’est le génie. Je dois créer un poncif », se récriait Baudelaire. Ainsi de Gérard Conio. Il a trouvé une clef, l’une de ces clefs qui donne accès à l’intelligence du monde. Il n’y en a pas beaucoup ».
Quelle est cette clef ? Elle est fournie par Aleksander Wat justement dans Mon Siècle, où il définit le communisme comme « la socialisation de la désocialisation » :
« C’est l’introduction du tiers, ce qui veut dire que lorsque vous serez deux à vous rassembler je serai là entre vous. Cette éducation soviétique apparaît déjà en prison. Cela signifie: mon ami codétenu est mon ami par le NKVD, mon frère est mon frère par le NKVD, c’est-à-dire par la police, par le parti, par l’intermédiaire de Staline. Evangélique: lorsque vous serez deux rassemblés, je serai là parmi vous. »
Celui qui a dit : « Je serai toujours avec vous », en posant la première pierre d’une communauté soudée par la présence consubstantielle d’un tiers inclus, d’un espion divin, introduisait dans la condition humaine une altération fondamentale qui ne devait se résoudre que dans la parousie. Étrangement, la parole même du Christ était porteuse de cette révolte des Fils contre les Pères qui a « provoqué » les cataclysmes de l’ère moderne. Qui n’a pas revécu pour son propre compte l’effroyable étonnement du Fils blessé par le Père, du Fils déçu par le Père, du Fils sacrifié vainement par le Père pour redonner un sens à l’histoire, à toutes les histoires, la petite et la grande, l’individuelle et la collective ? Cette déception fondamentale devant la trahison de notre prochain attend chacun de nous à un moment donné de notre vie. Chestov et Rozanov, ces penseurs de l’Apocalypse, l’ont bien compris: le message d’amour du christianisme « blanc » recouvre un autre message de terreur et de ténèbres, celui du christianisme « noir ». Le mot de Tertullien « credo quia absurdum » (j'y crois parce que c'est absurde) doit être mis en exergue de toute l’histoire moderne qui se confond avec l’essor du capitalisme et l’expansion universelle de la « société de marché ». (extrait du chapitre 1)
En définissant le principe du tiers inclus, « à savoir l'espionnage des âmes exercé par un pouvoir inquisiteur qui s'installe à l'intérieur même des consciences » (p. 11), Gérard Conio essaye de « reconstituer l'arbre généalogique des modes d'un système de domination qui, au fond, est toujours le même, sous la pluralité de ses incarnations successives » (p. 12). Il s'agit de montrer, selon l'auteur, qu'à travers « les ruptures idéologiques, les crises financières, les chutes des dictatures et les avancées de la démocratie, on voit se dessiner la continuité d'un déclin de l'humanité qui est à la mesure des progrès technologiques, des performances boursières et des discours biaisés » (pp. 14-15), au travers de la notion de la théologie de la provocation empruntée à Vassili Rozanov. Selon l'auteur de L'Apocalypse de notre temps, le christianisme est en quelque sorte coupable d'avoir intimé à l'humanité de se rapprocher d'un idéal non seulement impossible à atteindre, le Christ bien sûr, mais qui a déserté le monde. En somme, le christianisme « fond sous l'amour du Christ, comme la cire au soleil », car il « ne peut pas vivre à une si haute température ».
Gérard Conio écrit : « Dostoïevski est certainement l'auteur qui a présagé le plus exactement les grandes catastrophes de notre siècle. La formule qu'il prête à Chigalev dans Les Démons : « Je suis parti de la liberté illimitée et je suis arrivé au despotisme absolu » s'applique moins au communisme, comme on l'a cru, qu'au capitalisme libéral, à la société de marché. Et sa Légende du Grand Inquisiteur est une parabole annonçant la théologie de la provocation qui devait triompher dans notre siècle. Le Grand Inquisiteur est l'allégorie de tous les systèmes qui trament l'esclavage des hommes sous prétexte de faire leur bonheur. Mais seul le dernier avatar du monstre totalitaire, l'ordre capitaliste mondial, a su faire de la liberté elle-même l'instrument de la servitude et de la déchéance. Il y est parvenu par le principe du tiers inclus qui assume cette fondamentale duplicité, en reliant chaque monade individuelle à un ordre universel abstrait cautionnant une réalité qui le nie » (p. 51).

Nazisme, communisme, mondialisme ou occidentisme sont les diverses figures d'une même tentative d'esclavagisation avec leur consentement des individus par le principe du tiers-inclus. Espion, espionné, victime, bourreau, fonctionnaire, révolutionnaire, libertaire, libéral, infiltré, infiltrant c'est un même visage, c'est l'Un sous la figure des doubles, c'est la politique de l'oxymore, de l'indissociabilité des contraires. Fins et moyens se confondent. On peut cyniquement être d'un bord puis de l'autre (Bernie Sanders se ralliant à Hillary Clinton avec fierté), d'un bord et de l'autre car les valeurs ne valent rien, s'inversent, tout est masque, travestissement, au-delà de la trahison, tout est provocation, duplicité.
Le paradoxe que met bien en valeur ce livre c'est qu'on en arrive avec le mondialisme, l'occidentisme à la provocation globale, à savoir, sous le masque de la démocratie, des droits humains, des bons sentiments à la mise en esclavage des hommes médiocres, à la mise en coupe réglée de la planète. S'agit-il d'un complot mondial, d'une conspiration mondiale ? Le système est indifférent à qui le sert, se moque de qui le sert. Les pions, espions, provocateurs sont interchangeables (Yevno Azev en est le prototype, chapitre 3), pouvant devenir virgules se jetant dans le vide depuis les twin towers et qu'on filme, les livrant à l'avidité médiatique de la société du spectacle et du marché. De multiples exemples montrent comment des faux servent de prétextes à fabriquer des boucs émissaires (le juif avec le protocole des sages de Sion, le rouge, le terroriste, le trotskyste, le djihadiste, on lira le livre d'un frère de Mohammed Merah manipulé par diverses sources dont la DGSE), comment de fausses preuves servent au déclenchement de guerres, au gré d'intérêts inavoués, occultes mais réels. Combien de conflits attribués à tort (on ne le découvre qu'après coup quand le sale coup a produit ses effets) à de faux coupables ou responsables.
Un tel livre peut donner des outils de compréhension d'un certain nombre d'événements : la création des talibans par les USA pour combattre l'URSS en Afghanistan
(voir la vidéo d'Hillary Clinton alors secrétaire d'état aux affaires étrangères),
https://youtu.be/X2CE0fyz4ys
les révolutions orange qui ont fait venir dans les pays baltes des régimes quasi-fascistes, la Géorgie, l'Ukraine, idem, les deux guerres d'Irak, les printemps arabes et ce qui s'en est suivi en Lybie, en Syrie, au Yémen, la création de Daesch dans les prisons américaines du Moyen-Orient, ce qui se trame autour de l'enclave de Kaliningrad... On peut remonter plus loin, par exemple Sabra et Chatila en septembre 1982, c'est qui réellement ? et le sida, invention génocidaire et ou virus découvert en 1983... et qui a décidé d'utiliser la bombe atomique à Hiroshima et Nagasaki. Je ne parle pas du 11 septembre 2001, 28 pages viennent d'être déclassifiées qui montrent l'implication de l'Arabie saoudite
http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/attentats-du-11-septembre-2001-le.html
Un tel livre est aussi désespérant, montrant l'opacité du système, sa noirceur, sans qu'on puisse répondre à la question : un sursaut, un salut est-il possible ?
Je finirai en disant que ce livre passionnant étant nourri pour l'essentiel de culture russe, il demande un réel effort. Les références ne nous sont pas habituelles. L'histoire ne nous est pas bien connue. On peut donc avoir le sentiment que manquent des preuves, des articulations entre les époques évoquées. La figure du provocateur, unificatrice d'un récit historique s'étalant sur plus d'un siècle et de plusieurs systèmes idéologiques est peut-être simplificatrice. À trop embrasser, peut-être étreint-il de façon molle.

Quant à Poutine, abordé par Gérard Conio, on pourra aussi lire le livre de Jean-Jacques Marie, La Russie sous Poutine : Au pays des faux-semblants.

Ou lire les chroniques d'André Markowicz sur FB comme celle-ci du 3 août :

Des questions turques

La répression en Turquie, avec, combien ? 40.000 personnes et plus, arrêtées, est quelque chose qui, me semble-t-il, n'a d'équivalent que ce qui s'est passé au Chili après le coup d'Etat de Pinochet. — Et je n’ai pas l’impression que le mouvement d’opinion en Occident soit tellement fort — malgré quelques protestations, sans doute plus de façade que d’autre chose, des dirigeants de l’Union Européenne. En fait, ce qui me frappe aussi, ce sont, en Russie, les éditoriaux à répétition d’Alexandre Douguine, l’une des voix les plus marquantes, et glaçantes, de l’extrême-droite russe, laquelle est, aujourd’hui la voix de Vladimir Poutine.

Qu’est-ce que c’est que Douguine ? C’est un homme qui, au début, faisait figure d’illuminé, et dont on ne prenait guère au sérieux la doctrine, l’Eurasisme : Douguine, héritier d’une longue tradition « slavophile » et anti-occidentaliste en Russie, considère que le mal absolu, c’est la démocratie occidentale, pour la raison, d’abord, qu’elle n’est pas nationale, mais, justement, internationale et donc cosmpolite — c’est-à-dire que ce régime ne correspond à aucune des « racines » historiques et ethniques des pays où il s’applique, et donc, par conséquent, c’est un régime de mélange. Le mal, pour Douguine, ce sont les Etats-Unis (je ne dirais pas qu’ils représentent le bien pour moi non plus, mais nos raisons ne sont pas les mêmes…). Et donc, la Russie doit se tourner non vers l’Europe, mais vers l’Asie, pour élaborer un système politique puissant, c’est-à-dire construit sur l’autocratie, l’orthodoxie et le principe national — le fameux principe d’Ouvarov, qui est la base idéologique du régime de Poutine, après avoir été celle de Nicolas Ier.

D'année en année, j'ai vu, dans les médias russes, grandir l'influence de Douguine. Celui qui était qualifié d'extrémiste il y a encore dix ans, ou juste pas qualifié du tout parce qu'on le prenait pour un hurluberlu, est devenu aujourd'hui une personnalité inévitable de la vie politique et médiatique du pays. Il est, de fait, aujourd'hui, très proche de la ligne officielle du pouvoir russe.

Le jour du coup d’Etat en Turquie, sur mon mur FB, j’ai vu arriver une interview de Douguine, qui disait s’être entretenu, le jour même, mais avant le déclenchement du coup d’Etat, avec le premier ministre turc, et le premier ministre lui avait confié que la Turquie devait faire face à "beaucoup d'ennemis intérieurs"... La visite, disait Douguine, était amicale, il la lui avait rendue à « titre privé ». — C’est dire sa situation réelle. L’impression qui se dégage de ses remarques et de ses actions est qu’il joue en fait un rôle d’émissaire privé et personnel du pouvoir russe. Et bon, Douguine se retrouvait bloqué, je crois bien, à l’aéroport, parce qu’il n’y avait plus aucun avion qui volait, et se disait confiant dans la victoire d’Erdogan.
En fait, d’après ce que je peux comprendre de ce coup d’Etat incompréhensible tellement il a été mal préparé et mal mené, ce sont les services de renseignement russes qui avaient prévenu Erdogan qu’il se préparait quelque chose, — telle est, du moins, la version que j’ai vu passer sur le FB russe officiel, — qui est tout à fait sujet à caution. Y a-t-il eu coup d’Etat réellement, ou Erdogan a-t-il laissé faire quelque chose, ou quoi ou qu’est-ce, je n’en sais rien. Ce qui me paraît clair est que nous assistons à un renversement d’alliance sans p
récédent.

La violence verbale des commentaires d’Erdogan contre les Américains ou les Européens (« ils n’ont qu’à se mêler de leurs affaires ») rejoint ici les analyses de la droite nationaliste russe : il s’agit bien pour Erdogan de quitter l’OTAN, et de s’allier à la Russie. Ce qu’Erdogan fait disparaître en ce moment, c’est tout ce qui, de près ou de loin, personnes privées ou institutions, est, ou peut être, ou pourrait avoir été, proche non pas des islamistes (contre lesquels il prétend se battre) mais des Occidentaux — toute trace de laïcité, et de démocratisme.
Une question que je ne comprends pas est celle des bases militaires américaines sur le territoire de la Turquie. — C’est sur une de ces bases que s’était réfugié un des dirigeants, supposé ou réel, du coup d’Etat — général remis par les USA au gouvernement turc, à un moment où Erdogan parle de réinstaurer la peine de mort. L’impression est que les Etats-Unis sont en train de perdre ces bases, — et qu’ils ont, en tout cas, complètement perdu leur influence, au profit de Poutine (je ne parle pas de l’Union européenne, qui, en tant que puissance politique, est juste inex
istante).

Ce que dit Douguine, c’est que la brouille entre Erdogan et la Russie a été, en fait, provoquée par la CIA, et que ce sont des éléments liés à la CIA dans l’armée turque qui ont abattu l’avion russe — acte de guerre qui a été à l’origine de ce qui aurait pu déboucher sur une guerre globale entre la Russie et la Turquie. — Douguine prend soin d'oublier de signaler que Poutine avait alors montré au monde comment Erdogan organisait le financement de Daesh par le territoire de la Turquie, — et nous savons que le premier à tirer des milliards de la contrebande du pétrole, c’est le fils d’Erdogan. Tout cela, aujourd’hui, est oublié : la Russie et la Turquie se sont réconciliés, et Erdogan est en train d’éradiquer chez lui ce que Douguine appelle « la sixième colonne » — pas seulement les agents américains, mais, réellement, tous les éléments « étrangers », « occidentaux », c’est-à-dire, même si Douguine ne prononce pas le mot dans les éditoriaux que j’ai vus de lui, cosmopolites. La Turquie, selon Douguine, revient à ses racines nationales, et, continue-t-il, la Russie, avec Poutine, fait la même chose… Douguine appellant les autorités russes à faire disparaître définitivement cette « sixième colonne »…

Le rôle catastrophique des USA dans le monde, et dans le Moyen-Orient, il n’y a pas besoin de faire dessus de longs discours : ce sont les USA qui ont précipité le monde dans l’horreur que nous vivons, et on a suffisamment parlé des liens étonnants qui existaient entre la famille Ben Laden et Bush et son entourage. Et les crimes de Bush, et de Blair, en Irak sont écrasants. Le rôle des USA dans la création d’Al-Qaida (contre les Soviétiques en Afghanistan), puis dans celle de Daesh (contre Assad) est, là encore, trop clair. Et les Occidentaux, qui combattent Assad, — un des pires dictateurs vivants —, s’allient avec le front Al Nosra, c’est-à-dire avec Al Qaida… —

Mais, de fait, nous assistons à une destruction graduelle de la puissance américaine, que Douguine appelle « le dragon blessé ». Je l’ai déjà dit ailleurs : les USA ont perdu toutes les guerres militaires dans lesquelles ils se sont engagés, — toutes, sans exception, depuis le Vietnam. Ils sont en train de perdre la guerre économique dans un monde qui, un jour ou l’autre — quand ? dans vingt ans, trente ans ? avant ? — va basculer dans la pénurie de pétrole alors qu'aucune solution de rechange ne semble préparée.

Alexandre Douguine le constate, et prie pour que Donald Trump soit élu président, — pas « Hillary », comme il l’appelle…

Poutine-Erdogan d’un côté…. les USA de l’autre… Et Daesh entre les deux. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Je me suis demandé qui à l'Ouest pourrait nous éclairer de cette manière. Il me semble que Chomsky est le plus représentatif. « Partis du constat qu'en démocratie les élites ne peuvent pas se contenter d'user de la force pour asseoir leur domination et du principe que les intérêts de la majorité de la population diffèrent de ceux de l'élite, Chomsky et Herman ont cherché à démontrer empiriquement, dans leur livre La Fabrication du consentement (1988), comment, dans le contexte américain, les principaux médias participent au maintien de l'ordre établi. Dans leur optique, les médias tendent à maintenir le débat public et la présentation des enjeux dans un cadre idéologique construit sur des présupposés et intérêts jamais questionnés, afin de garantir aux gouvernants l'assentiment ou l'adhésion des gouvernés. » (wikipédia) On voit que le point de vue est plus restrictif, moins universalisant.
Le cinéma, les séries, US en particulier, peuvent être un bon indice de ce qui se passe dans l'ombre. Je pense que The Blacklist est la série la plus proche de ce que Gérard Conio décrit. Raymond Reddington est double, trouble comme Yevno Azef.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Reddington
(Avant le démarrage de la série) Raymond Reddington est entré à l'United States Naval Academy, d'où il en ressort diplômé et premier de sa classe à vingt-quatre ans. Destiné à devenir amiral, il disparaît soudainement en 1990, alors qu'il devait passer les fêtes de Noël avec sa famille. Il réapparait quatre ans plus tard après avoir vendu des documents classés secret défense à l'ennemi. Au cours de ses vingt années, il a créé un syndicat de contacts auprès d'espions, de voleurs, de contrebandiers, de trafiquants de drogue, de passeurs, trafiquants d'êtres humains, marchands d'armes, faussaires, pirates, mercenaires et assassins. Pendant ce temps, les intérêts américains basés à Moscou, Islamabad, Pékin ont été compromis.
Reddington a infiltré le secteur privé et il n'y a pas d'industries qui soit hors de sa portée, y compris la technologie, le transport maritime, les communications, la sécurité - contrats militaires et les produits pharmaceutiques. Finalement, il s'oriente vers la simple vente de secrets pour aussi démarrer des guerres, renverser des gouvernements et influencer la géopolitique en fonction de ses besoins. Surnommé le « concierge du crime » en raison de son habileté à organiser des transactions entre les différentes factions du marché noir, il est classé quatrième des dix fugitifs les plus recherchés par le FBI. Il est listé comme fugitif à être « arrêté à vue »

Retour de Gérard Conio sur cette note, en date du 15 août :

Cher Jean-Claude,

Je te remercie vivement pour cette scrupuleuse et riche recension de mon livre sur " La théologie de la provocation", remarquablement documentée et commentée avec une lumineuse pertinence. Tu en as exactement défini le propos et pointé aussi le point faible dont je suis très conscient car c'était une gageure de traiter un pareil sujet dans un essai qui embrassait une matière aussi vaste. Mais tu es l'un des meilleurs lecteurs que je connaisse et tu as généreusement gommé les tours et les détours d'une démonstration qui tient beaucoup à mon parcours personnel et à ma vision " slavophile" du monde.

J'aime la Russie dans tous ses états. Les meilleurs livres qu'on écrit sur la Russie d'aujourd'hui relèvent toujours peu ou prou de la propagande, dans un sens ou dans l'autre. Comme tu l'as rappelé j'ai vécu vingt ans sous le communisme et je comprends les Russes qui dans leur grande majorité regrettent aujourd'hui ce passé qui ne reviendra plus. J'ai connu les affreuses années quatre-vingt-dix où la Russie a failli disparaître, mais les collègues qui dénoncent aujourd'hui " les agents du Kremlin" ont l'indignation sélective. Je crois que l'histoire des changements effectués en Russie sous la gouvernance de Vladimir Poutine reste à faire. Nous manquons de recul, mais comme l'a écrit Alexandre Latsa il y a véritablement "un printemps russe" et il faut venir à Moscou pour connaître la vraie vie.

J'ai apprécié tes citations de Markowicz qui est un vieil ami dont j'ai été le premier à publier les traductions de la prose russe ( Tchekhov, Tolstoï) bien avant qu'il connaisse son étourdissante notoriété. Tout ce qu'écrit Markowicz sur Douguine, sur Erdogan est parfaitement juste. Mais il est un aspect du régime de Poutine qui reste ignoré de tous ceux qui font de l'eurasisme la clé de sa politique, c'est la contradiction persistante entre sa politique étrangère et sa politique intérieure. Et il faut compter avec le poids de son entourage composé essentiellement de " démocrates" repentis et ralliés par pure opportunité. Tous ces gens ont trop d'intérêts à l'étranger pour accepter une rupture complète avec l'Occident. C'est politiquement et économiquement impossible. Il faudrait reconstituer l'Union soviétique, le rideau de fer et il n'y a aucun signe d'une évolution dans ce sens, bien au contraire. Le renversement d'alliance de la Turquie n'est qu'une gesticulation qui ne correspond à aucune réalité, tant que la Turquie restera dans l'Otan et gardera les bases américaines sur son sol. Les Etats Unis ont fait des " révolutions orange" un instrument très efficace de leur hégémonisme. Ils cherchent partout à susciter de nouveaux Maïdan. Mais leurs dirigeants quels qu'ils soient sont incompétents et bornés. La Russie a la chance d'avoir un président qui a su lui redonner son statut de grande puissance. Ce ne sont jamais les hommes qui font entièrement l'histoire mais il semble qu'il y ait une adéquation entre les qualités des dirigeants et le moment des changements inéluctables. Je viens de lire le récit de " la chute du mur de Berlin" qui a été, dans un sens, la réponse à " la chute de Berlin" et il est certain que la réunification de l'Allemagne n'aurait jamais eu lieu si les intérêts de l'Union soviétique et de la RDA n'avaient pas été défendus par Gorbatchev et ceux de l'Allemagne de l'Ouest par Helmuth Kohl. Gorbatchev qui est encensé en Occident pour avoir enterré le communisme a été objectivement le politicien le plus nul que la terre ait porté, tandis que l'habileté tacticienne d'Helmuth Kohl, son intuition, son audace,son sang-froid ( des qualités qui sont aussi tout aussi objectivement celles de Vladimir Poutine ) forcent l'admiration si on se place bien entendu d'un point de vue purement esthétique.
Tout dépend du point de vue auquel on se place.

J'espère te revoir bientôt, je te salue et t'adresse mes remerciements les plus chaleureux. C'est une chance pour un auteur d'être commenté et compris par un aussi " bon lecteur" que toi ( au sens de Nabokov...)

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Penser encore / Marcel Conche

31 Juillet 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Penser encore / Marcel Conche

Penser encore

(sur Spinoza et autres sujets)

Marcel Conche

chez encre marine 2016

Voilà un ensemble de 52 essais, plutôt courts, variés, comme souvent chez Marcel Conche, non datés, et dont la succession n'est pas signifiante sauf pour certains enchaînements comme la série sur Spinoza, de 45 à 52. Une préface et deux portraits complètent l'ouvrage.

Parmi les thèmes abordés : la mort, 3 essais, la Nature naturante-la nature naturée-l'infini-l'indéfini-l'infinité-l'indéfinité, la Nature comme infini actuel, 4 essais, thèmes qui m'intéressent particulièrement.

La mort (pour des raisons personnelles à travers la perte d'êtres chers et parce que je ne peux me satisfaire de la vision athée radicale de la mort comme anéantissement, néantisation sur laquelle Marcel Conche fonde sa sagesse tragique consistant à donner le plus de valeur possible à ce que l'on fait alors même que ça disparaîtra, sagesse tragique qu'il distingue du sentiment tragique de la vie de Unamuno).

La Nature car, si elle remplace Dieu auquel je ne crois pas, tenter d'en saisir la Créativité, c'est ne pas rester seulement béat devant sa Beauté, forme de passivité nous excluant du processus créateur, c'est tenter d'en saisir le mouvement et tenter de participer de ce mouvement créateur en l'étant soi-même. Marcel d'ailleurs étant plus sensible à son Éternité qu'à sa Beauté. Sensible bien sûr à sa Créativité, ignorante de ce qu'elle crée comme l'homme créateur ignore ce qu'il crée tant qu'il ne l'a pas créé.

Sur La mort, essai 25, il articule avec précision corps et esprit, unis-complémentaires quand on vit, qu'on peut exister, se séparant quand on meurt, se décomposant en ce qui concerne le corps, vie, mort donc du corps, vie quand l'ordre l'emporte sur le désordre car mourir c'est se dé-composer, se désorganiser mais en éléments susceptibles d'être réutilisés ailleurs, autrement. L'unité des contraires d'Héraclite est le principe agissant de la Nature, elle est jour, nuit, paix, guerre, hiver, été... sans connotation positive ou négative par exemple pour la guerre.

Dans l'essai 28, il précise d'abord deux certitudes : l'une, commune à la plupart des gens, la certitude de la mort comme cessation de la vie que l'on avait, de l'existence qu'on menait c'est-à-dire de la capacité à avoir des projets, des souvenirs, l'autre, particulière à certains, les athées radicaux, la certitude de la mort comme cessation pour toujours de la vie, certitudes métaphysiques sans preuves mais pouvant être argumentées.

Dans l'essai 29, La mort, libération de l'âme, il parle du suicide volontaire du philosophe quand il est indigne de supporter de vivre dans des conditions indignes. Si ce qui nous attend est une lamentable vie, il faut sortir librement de la vie. Puis il développe sur ce que peut bien signifier la libération de l'âme. Il se reconnaît deux âmes, l'âme étant ce qui fait que je suis ce que je suis. En mourant, ses deux âmes, l'âme ordinaire et l'âme philosophique se libèreront du corps périssable, seule l'âme philosophique accèdera à la complétude, à l'immortalité, à l'éternité, son âme philosophique c'est la vérité (la sienne, relative et en même temps absolue) contenue dans son œuvre, dans l'oeuvre enfin achevée donc complète, définitive du philosophe, œuvre certes périssable mais non son sens, la vérité qu'elle exprime, qui est éternelle.

Pour ma part, je pense que le corps meurt, devenant, redevenant briques élémentaires disponibles pour d'autres combinaisons. Quant à nos productions immatérielles, spirituelles, il me semble évident qu'il sera toujours vrai que telle production, telle pensée, tel sentiment ont eu lieu à tel moment, autrement dit, nos productions immatérielles deviennent ineffaçables dès le moment où elles sont produites. Notre vie spirituelle devient livre d'éternité, singulier même si je suis le plus conformiste des hommes, le plus influencé par l'homme collectif. L'oeuvre de Marcel Conche sous sa forme matérielle est devenue indépendante de lui, exprimant sa vérité sur le plan métaphysique. Elle est partageable, transmissible. Mais la forme livre disparaîtra. Restera sa métaphysique naturaliste dans le Monde des Vérités éternelles, métaphysique pouvant être réactivée, réactualisée.

Sous quelles formes sont conservées nos productions immatérielles ? En l'état ou ramenées en informations élémentaires, en énergie ? Je suis tenté de penser en l'état même si je sais que l'alphabet contient en puissance toutes les phrases humaines possibles, même si je sais que l'ADN contient tous les hommes réels et possibles.

Parlant de l'aphorisme d'Héraclite, je me suis cherché moi-même, essai 27, il affirme qu'Héraclite ayant trouvé la vérité au sujet du Tout de la réalité, connaît aussi ce qu'il en est de la place de l'homme et de sa propre place dans l'ordre total des choses. Il est en possession de l'éternelle vérité. Il est celui qui sait et le seul qui sache. Il s'est cherché lui-même. Le philosophe est le Sachant et il est vivant mais il n'est pas le Vivant car il est mortel. Le philosophe n'est pas la Vie, la Nature créatrice. Il est et ce n'est pas rien, le Connaissant, vivant dans la Vérité, sa Vérité (elle est à la fois absolue et relative : absolue car la métaphysique qu'il choisit, explicite, argumente est la métaphysique rendant compte des choses ; relative car il sait que sa métaphysique n'est pas la seule et qu'il sait que des arguments n'ont pas valeur de preuves). On voit que se chercher soi-même n'a pas grand chose à voir avec tous les cheminements à la mode et qui font le profit de quantité de coachs, de gourous, de techniques et de pratiques.

Sur la Nature, nombre de précisions sont apportées qui permettent éventuellement de ne pas s'égarer, d'être métaphysicien et pas physicien, cosmologiste, ou poète. La Nature c'est l'infini actuel. Ce n'est pas un nombre aussi grand qu'on veut de mondes, d'univers. Là, on a affaire à de l'indéfini, un fini variable aussi grand soit-il conçu. Un fini ne peut être à la source de toutes choses, finies, même très étendues dans l'espace, très dilatées dans le temps. Ce ne peut être que l'infini qui n'est pas dans l'espace et dans le temps mais qui déploie l'espace et le temps. Dit autrement, la Nature se dégrade en univers, en multivers. Curieuse formule. Car un univers naît d'une création spontanée de la Nature. Il naît avec un code cosmologique précis, il est ordre, ordres si on peut dire, il est ordonné et va user cet ordre, s'user pour finir dans le désordre, disparaître. Le jeu entre désordre créateur et ordre créé est le jeu que joue la Nature pour créer des mondes, des univers ordonnés qui vont se dégrader, auront un début et une fin dans un Présent éternel.

Rien ne sert de chercher des vérités de nature métaphysique dans la cosmologie. Aucune pensée de survol n'est possible pouvant penser la Nature puisqu'elle englobe tout. La Nature ne peut être pensée comme une, comme un tout totalisable. Il y a une Nature mais elle est un Tout intotalisable, interdisant toute pensée vraie de ce Tout intotalisable. Là est la limite de la pensée métaphysique naturaliste.

L'essai 7 Qu'est-ce que le moi ? est un de ces essais qu'on attend peu chez Marcel Conche car on sait qu'il se soucie peu de son moi, son intérêt, sa vocation le portant vers la recherche de la Vérité sur le Tout de ce qu'Il y a. Cet essai est intéressant car on voit Marcel Conche décrire simplement, sans référence à la psychologie, aux sciences humaines, avec bon sens dirai-je, comment fonctionnent les gens, et comment il fonctionne. On a une grille de lecture possible de nos vies afin de se connaître soi-même, afin de s'orienter aussi en distinguant se réaliser en extériorité ou en intériorité, en distinguant les différentes sortes de joie, extérieures, intérieures, en sachant beaucoup rejeter et peu garder, en sachant et voulant unifier son « moi », en séparant les qualités qui sont nous de celles qui relèvent du collectif, héritées de l'éducation, empruntées à la société dans laquelle on vit, engendrant un moi dispersé, bariolé, au gré des influences.

Je terminerai cette note par le portrait que fait une journaliste, Violaine de Montclos, de Marcel Conche dans Le Point. Portrait me semble-t-il plutôt juste, comment s'organise le temps du philosophe, travail le matin, promenade l'après-midi, les nouvelles du jour et le lien téléphonique ou épistolaire plus ou moins régulier avec proches et amis ; le philosophe nous est présenté comme sachant reconnaître et se saisir du clinamen pour trouver et conforter sa vocation, (le clinamen est différent du kaïros, le clinamen c'est l'intervention du hasard qui fait que ce fils de paysan « destiné » à devenir paysan, rentre par hasard au lycée et découvre la philosophie dont il a entendu l'appel, près de 10 ans avant, dans sa disposition à poser des questions, le kaïros c'est que ce hasard arrive au bon moment, l'entrée au lycée) ; il épouse Marie-Thérèse par « calcul » (sans aucun cynisme à mettre dans le choix de ce mot, le calcul comme exercice de la raison) ; semblant d'une grande froideur alors qu'il offre à sa femme ce qui est la plus grande joie d'une femme, un enfant, et parce qu'il veut connaître par le mariage tous les aspects de la condition humaine, le philosophe se révèle avoir des sentiments profonds qui le lient à certains autres, dont Marie-Thérèse, la seule dit-il à l'avoir compris, qu'il aurait voulu sauver, dont il a publié les lettres dans Ma Vie (1922-1947). Son dernier livre, Lettres à Marie-Thérèse, ce sont les lettres qu'il lui a écrites entre 1942 et 1947. Là encore, on assiste à l'importance du hasard. Il faut la ténacité d'une amie pour retranscrire ces lettres oubliées depuis 70 ans, il faut l'accord du fils, il faut une lectrice exigeante de ces missives pour obtenir la décision. Mon bémol sur ce portrait est dans le « style » qui a tendance tout en soulignant la singularité du philosophe à le ramener dans le bercail de l'humanité ordinaire, par exemple l'épisode Émilie est ramené à un épisode amoureux plutôt incroyable mais prévisible, la belle ayant fini par épouser un homme de son âge. Marcel Conche ne revendique aucune supériorité sur autrui mais il connaît sa singularité liée à sa vocation. Pour lui, l'épisode Émilie n'est pas un amour malheureux. Il a su passer outre sa propre souffrance, réelle, pour tenter de comprendre Le Silence d'Émilie.

À Corsavy, le 31 juillet 2016

Jean-Claude Grosse

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