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Jean-Claude Grosse
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Toulon-en-Massalie/Jean-Paul Ferrier

BONS ET MAUVAIS GENIES D’UN LIEU :
TOULON-EN-MASSALIE

J’avais proposé un titre pour cette rencontre : “ Bons et mauvais génies d’un lieu (extrême ?) : Toulon-en-Massalie ”. Ce qui est donc à penser, ce sont les bons et les mauvais côtés, les mauvais côtés étant si présents à l’esprit dès que l’on pense à Toulon. Et penser “ Toulon ” aujourd’hui, c’est le penser dans le cadre de la Massalie, pour désigner, d’un nom emprunté aux Marseillais et à leur origine grecque, la région urbaine que nous habitons. Toulon y sera considéré comme le quartier d’une grande ville, qui va de Hyères à Montpellier et de Marseille à Orange, soit un ensemble territorial d’un millier de communes et de quatre millions d’habitants. C’est un point de vue que les Toulonnais n’aiment pas beaucoup entendre. Ils ne sont pas les seuls, peu de gens aiment entendre ce genre de considérations, car chacun préfère entendre parler de son clocher... Je n’aime malheureusement pas beaucoup les histoires de clocher. J’avais aussi rédigé un résumé, dont je retiendrai cette formule : “ Que dire ici, qui ne soit, ni dérisoire ni désespéré ? ” -en partageant tout de suite cette difficulté, car je pense que nous sommes tous un peu géographes, puisque nous sommes tous habitants dans des lieux, les géographes “ professionnels ”, ce qui est justement mon cas, l’étant un peu plus que les autres, sans être forcément les meilleurs… Il y aurait ainsi entre nous une grande occasion de conversation, dont beaucoup dépendra de ce qui sera “ entendu ” et retenu et finalement choisi dans les questions à venir. Quelle scène en effet allons-nous décider d’éclairer ? Dans quelle orientation suffisamment prospective ? Afin que nous puissions, dès “ demain matin ”, entreprendre ensemble, peut-être ici, dans cet espace public, quelque chose de nouveau, de sage…


Si je réussissais à faire comprendre ce que je vais tenter de dire, je vous aurais convaincu de l’idée, que Toulon n’est pas du tout un cas particulier, mais au contraire l’illustration très banale d’une ville comme les autres, qui pourrait décliner, ou au contraire, “ renaître ”. Je pense en effet que tous les lieux actuels sont en face d’un grand choix : celui d’une renaissance digne de notre époque. Cette possibilité m’intrigue et je veux la mettre ici en discussion. A la limite, je pourrais terminer là mon intervention, et tout le temps restant serait alors consacré à discuter ensemble.


Pour dire maintenant les choses plus longuement, ce que je ferai selon trois approches, j’interrogerai d’abord ce que nous pouvons appeler le renouveau de la spatialité (ou renouveau de la question territoriale ou encore renouveau du local… ou des lieux), renouveau auquel je crois que nous sommes tous plus ou moins sensibles. Je voudrai ensuite réfléchir sur l’innovation, tant notre société en est profondément transformée, ce qui implique que sa maîtrise soit liée à une suffisante participation de chacun, vous et moi pour commencer. Si nous pouvions nous entendre sur ces deux premiers points, nous pourrions, je crois utilement, mettre en discussion des orientations relevant d’une prospective des territoires et de leurs évolutions.

1. Reconnaissons que notre société s’intéresse beaucoup (se reintéresse) à la question du spatial depuis une trentaine d’années. Pour le dire vite, tout ce qui concerne le développement local, les actions de citoyens, toute la question écologique en sont très illustratifs. Je pense que cette évolution est loin d’être achevée, qu’elle est insuffisante, qu’elle doit mûrir, et cela en étant l’affaire de tous. Nous avons chacun quelque chose à dire sur ce sujet. Pour ma part, je propose d’explorer deux directions que j’emprunte à ma formation de géographe.





1.1    D’abord, recourir à une triple grille de lecture pour observer les lieux, lentement constituée au sein de ce métier (de géographe) vieux de vingt-cinq siècles, qui a finalement mis le monde en cartes et en textes, pour le donner à voir à savoir à comprendre et à parcourir.

Les territoires sont d’abord le résultat d’un agencement complexe de manifestations qui relèvent de la nature et de manifestations qui relèvent  de la culture (ou société). Ils ne sont jamais réductibles au registre du “ tout naturel ” ni à celui du “ tout social ”. Si on s’intéresse au cas de Toulon, il faut savoir observer, la mer et la rade, les hauteurs environnantes, le haut-pays varois, le val durancien puis les Alpes… aussi bien que le domaine bâti, les rues, les places, les maisons, selon les quartiers ou les limites communales héritées de l’histoire qui déterminent une ville de petite taille, mais intensément bâtie de façon très variée. Cette ville bénéficie d’une offre spatiale d’une grande variété, bien représentative du domaine méditerranéen, notamment dans son rapport à la mer, à la colline et à la montagne voisines, par la présence, proche aussi, de zones de culture, où on peut acheter des produits agricoles, du vin, tant d’opportunités “ naturelles ”… Chacune de ces unités physiques pourrait être l’objet d’une action humaine plus soignée, plus “ digne ”, support d’une façon de vivre plus intensément nos rapports aux lieux.
Du côté de la culture, il y a l’histoire de la ville, la façon dont elle s’est développée, son évolution politique… Une ville d’une certaine façon étrange, dont je ne retiendrai que deux caractères originaux. D’abord, le fait que l’on y trouve trois administrations emboîtées les unes dans les autres : une administration (civile), comme dans toutes les villes, avec ses fonctionnaires, une administration liée à l’armée, avec ses marins, une administration liée à l’Arsenal, avec ses ouvriers “fonctionnaires ”. On est donc en face d’une sorte de ville “ soviétique ”, tellement il y a de gens payés par l’Etat, qui vont plutôt demander que les choses restent comme elles sont, et ne peuvent imaginer que leur situation change. Mais le changement évidemment peut advenir, comme il en a été de l’URSS qui s’est un jour effondrée… C’est le sort des systèmes très bureaucratiques, sous la pression des dynamiques culturelles. Ensuite, l’importance de la dynamique associative. Toulon est une des villes de France qui compte, proportionnellement à sa population, le plus grand nombre d’associations et d’adeptes d’obédiences de pensée diverses, comme notamment les Francs-Maçons.

Les territoires sont évidemment habités. Cette évidence ouvre la question majeure de l’habitation. Que dire de la façon de vivre dans les différents types de logements de Toulon ? De la façon aussi d’utiliser les espaces naturels environnants ? Des loisirs ? Ne sommes-nous pas devant une population qui est d’une certaine façon écologiste sans le savoir et sans en tirer aucune conséquence pratique ? L’habitat est en effet associé à une multitude de jardins, et même dans les plus grands ensembles, les milieux naturels sont toujours proches et visibles, inscrits dans les paysages familiers. Et en même temps, les insuffisances de tant de logements, le manque d’équipements de quartiers n’expliquent-ils pas le fatalisme, le découragement de nombreux habitants, avec quelles conséquences sur la dynamique de la ville ? Car on commence à comprendre qu’on ne peut pas être soi-même, qu’on ne peut pas entrer dans une perspective de développement, de conscientisation, d’invention, si on ne dispose pas d’une habitation suffisamment choisie et aimée. La dynamique régionale en dépend de façon peut-être décisive.
Or, malgré tout, il y a d’incontestables foyers d’invention et d’innovation. Curieusement, dans cette ville qui présente beaucoup d’insuffisances, les gens, les habitants, ont réalisé de nombreuses opérations innovantes. Ici, avec cette Agora et toutes les activités de la Maison des Comoni. Autour de l’équipe qui réalise le journal Cuverville. Autour aussi des animateurs de l’Association 1851 qui actualise l’histoire  du Var et réfléchit sur son avenir. Avec le Collège méditerranéen des libertés où, depuis six ans, sont organisées des conférences publiques gratuites, simplement à partir de l’intelligence de l’université qui ouvre ses locaux et offre un amphi et de la générosité d’un groupe de citoyens qui acceptent de cotiser un peu pour faire exister un espace public de qualité. A l’occasion d’expositions, comme dernièrement cette belle exposition de peinture sur le Var au siècle dernier… Il y a ainsi dans la désespérance, une étonnante capacité de créativités disjointes, qui sont à l’œuvre et méritent d’être observées, la question étant de savoir comment on pourrait, selon la formule appropriée, les mettre en réseau. Ces initiatives cernent les formes actuelles de la responsabilité personnelle, le lien nécessaire entre l’individuation de la personne et son statut de citoyen d’aujourd’hui ; elles rendent compte d’une façon d’habiter qui oscille entre le très médiocre et le très innovant.

La troisième approche des territoires concerne la question du temps dans l’espace. Evidemment, c’est un problème de calendrier, d’horaires, de successions de jours. Mais, compte-tenu du fait que les territoires aujourd’hui sont extrêmement transformés par la vitesse, puisque grâce à elle nous pouvons nous déplacer très rapidement ou… pas du tout au moment des embouteillages, il est important de se demander comment nous gérons le temps ? Personnellement, je serais très intéressé par une ville où les citoyens, progressivement, auraient décidé d’avoir des conduites, des modes de déplacements extrêmement pacifiés, calmes, lents. On aurait décidé qu’il y aurait de nombreuses rues à 30 kmh, et les gens les parcouraient effectivement à 30 kmh ; en plusieurs endroits, on aurait mis des rues en sens unique, où les voitures rouleraient lentement et où on utiliserait autrement l’autre partie de la chaussée. Ce ne sont pas des choses impossibles à instaurer. Mais elles expérimenteraient des façons nouvelles de maîtriser, de gérer, d’infléchir notre rapport au temps. Car si on ne se pose pas la question de l’utilisation de nos outils aujourd’hui,  on ne peut pas vivre comme des habitants suffisamment “ habitants ” (conscients).

1.2 Ajoutons que cette approche territoriale ne peut pas être enfermée dans des limites communales. Etre “ Toulonnais ”, est-ce être natif de Toulon ou se reconnaître comme habitant d’un quartier de la grande “ ville ” que je décrivais tout à l’heure, où l’on se sentirait citoyen, habitué à l’image d’un territoire en archipel ? C’est être satisfait de parcourir un territoire avec des quantités d’îles où se déroulent les choses de la vie, où chacun, de fait, va d’une île à l’autre selon les moyens appropriés… Chacun, avec son itinéraire de point à point, avec ses circuits plus ou moins compliqués. Dans nos déplacements, il ne s’agit pas seulement, comme on le dit trop souvent, de se déplacer du domicile au lieu de travail. On part de chez soi, selon son âge, ses activités, on va travailler, on va faire des courses, on va chez le médecin, on va dans un service de l’administration, on cherche du travail, on va chez des voisins, on va faire du sport, on va écouter de la musique, on va voir une exposition, etc. Cette mobilité territoriale pose évidemment des problèmes. Mais on peut observer aussi que beaucoup de gens sont satisfaits de cette situation : ils habitent ici ou là et en sont satisfaits.
Cette offre spatiale très variée, malgré toutes ses insuffisances, permet des modes de vie diversifiés, qui sont une nouveauté exceptionnelle. Autrefois, et quand je dis “ autrefois ”, il s’agit des années cinquante, il y avait très peu de voitures, on ne se déplaçait pas du tout de la même façon, seulement en transports en commun, et la répartition de la population était très différente. Je crois que le nappage territorial, le fait que les gens ont pris l’habitude d’habiter dans ce qui était autrefois les campagnes, sont quelque chose d’extrêmement intéressant, qui donne satisfaction à beaucoup et pose nécessairement des problèmes compliqués. Décrire ce territoire en archipel, c’est comprendre, que ce que nous savions de la ville, ce que nous savions de la campagne, n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui. La “ campagne ” peut être habitée par des gens qui sont très urbains, il peut y avoir des équipements de très haute technologie, des laboratoires ou des zones commerciales etc. La “ ville ” peut avoir des quartiers ou des périphéries aux caractères très campagnards. En Provence, une partie importante de l’agriculture, celle qui est la plus rentable, est là justement, avec souvent des produits de haute qualité. Les territoires métropolisés actuels (caractéristiques d’un stade post-urbain de la dynamique territoriale), appellent réflexions et décisions. Ils pourraient permettre de créer ce qu’on appelait autrefois “ urbanité ”, qui était réservée à des parties restreintes des territoires des villes, alors que les campagnes étaient le domaine dévalorisé de la rusticité. Mais y aura-t-il “ urbanité ” ou violence urbaine ? Les auteurs qui publient sur les nouveaux barbares des villes contemporaines décrivent un avenir hélas possible. Il nous faudra choisir entre des territoires habités par de nouveaux barbares ou des territoires avec une urbanité généreusement répartie.
Dire “ post-urbain ”, ici, comme pour les autres régions du monde, c’est postuler que nous vivons dans un monde radicalement neuf depuis une trentaine d’années, que la nouveauté s’accélère et que nous devons la nommer pour la penser. Dans le meilleur des cas, les habitants bénéficient déjà de cette urbanité nouvelle, que je préfère appeler “ métropolité ”, afin que l’ensemble des territoires soient concernés par ces exemples d’aménités. Or, les territoires donnent déjà, à beaucoup de nos contemporains, plus de satisfactions qu’on veut bien le dire. Personne ne veut facilement le reconnaître. Il ne faut certes pas oublier qu’il y a des gens très malheureux, mais il y a beaucoup de gens qui ont un rapport à l’espace, une habitation, une habitabilité, qui les intéresse. Comme ils n’en parlent pas, seule l’impression de désespérance prévaut. Il faut essayer au contraire de regarder ce qui va bien dans cette nouvelle urbanité, je préfère dire actuelle métropolité, en discuter les manifestations et les projets d’aménagement.


2. La seconde clé d’entrée dans la présente réflexion, est une interrogation à instaurer sur la question de l’innovation. Je suis frappé ici par deux choses. D’abord, le très grand rôle tenu, dans le monde que nous habitons, par la capacité d’innovation d’un certain nombre d’acteurs, principalement les acteurs industriels. Est-il imaginable qu’il y ait d’autres acteurs que les industriels dans la dynamique de l’innovation ? Comment reconnaître si nous ici, en ce lieu, en faisons partie ? Comment réduire le trop grand écart entre les porteurs d’innovation ? Or, il faut observer que l’innovation technologique est toujours déformée et récupérée par les habitants : un industriel ne peut pas lancer n’importe quel produit, et quand les produits sont lancés, ils sont toujours d’une certaine façon détournés, récupérés, adaptés par les gens, de façons mystérieuses. Pensons à l’histoire du Minitel, à celle de l’ordinateur. Ces matériels n’ont pas commencé à être produits pour les usages actuels. Les gens ont une capacité non négligeable de déformer les raisons initiales. Si l’on y réfléchissait davantage, peut-être que cela nous donnerait du courage.
Ajoutons aussi, qu’il n’y a pas d’innovation, si les gens ne se rencontrent pas. Il y faut des “ milieux innovateurs ”. Comment, dès lors, imaginer des milieux innovateurs dans des lieux où apparemment l’innovation ne paraît pas très vivante ? Or, dans tous les lieux qui ont été de grands lieux d’innovation (il y a eu beaucoup d’observations), trois ensembles ont toujours été en relation. Les pouvoirs politiques locaux, avec tous les échelons qui les relient au niveau national voire international. Les industriels. Un troisième ensemble, désigné comme “ lieux d’interaction et d’apprentissage ” de l’innovation : il s’agit de lieux fragiles, dans lequel des gens sont physiquement présents et entre lesquels il se passe quelque chose. Il faut que ce milieu d’interaction et d’apprentissage arrive à faire bouger le milieu industriel et le milieu politique, non en raison d’une sorte de droit supérieur, mais parce qu’il y a une circulation d’information, un imaginaire commun, une récupération des idées par les uns et par les autres, qui fait que se manifestera une capacité de nouveautés dans une région. On sait aussi,  que les lieux qui sont à un moment donné les plus innovateurs, ont été auparavant en crise profonde. On peut donc accepter l’idée, que s’il y a de la crise, il peut y avoir ensuite un jaillissement d’innovation. Le savoir est encourageant. Il y a ainsi changement de phase : un “ retournement ” dans le domaine de la créativité humaine, comme il y a aussi, nous l’avons constaté, un “ retournement ” dans nos rapports aux territoires. L’idée que je veux donc mettre en discussion ici, c’est qu’il n’y a pas vraiment de raisons de douter, qu’à un moment donné, il y aura un milieu innovateur extrêmement actif dans la métropole méditerranéenne. Ce n’est pas une question locale, au bénéfice de Toulon ou d’ailleurs ; il y aura nécessairement du nouveau dans la région. Mais quand ? Il n’est pas possible de répondre.

 
3. La troisième contribution que je voudrais mettre en discussion, concerne la prospective. Pour aller à l’essentiel, je développerai simplement deux points qui sont au cœur des questions que je me pose.
D’abord, ce que nous vivons, est-ce ou non une crise (avec ou sans guillemets ) ? Une crise dont nous serions en train de sortir ? Selon le point de vue que l’on a sur cette question, beaucoup de choses changent… Si c’est une crise, il y a une situation de fatalité, difficile à vivre, et l’on est inscrit dans une perspective plutôt “ thérapeutique ”. Mais “ crise ”, veut dire aussi nouveauté (crisis en grec, signifie : naissance)? Comment contribuer à d’utiles émergences ? Ne faudrait-il pas, dès lors, interpréter l’évolution actuelle des lieux que nous habitons, en en cherchant les composantes positives ? En quelque sorte, aller chercher dans l’inventaire en cours, dans les “ cartes ” du territoire, les “ bonnes ” cartes pour les jouer prioritairement. Il ne s’agit pas de “ tricher ”, mais de faire face à la dynamique des lieux et de leurs habitants, en se demandant quel est le monde ainsi en train de naître ? Un monde suffisamment différent, pour que nous ne sachions pas encore le reconnaître comme “ Nouveau monde ”. Je pense que nous sommes en train de vivre beaucoup plus qu’une “ sortie de crise ”, mais de fait, rien n’est automatique, et surtout, les situations sont très inégales… De fait, déjà, beaucoup de nos contemporains, vous et moi peut-être, dans la vie qu’ils mènent, vivent bien cette nouveauté, jouant ainsi dignement leur destin. C’est même une situation nouvelle, qui à certains moments, est suffisamment heureuse.



La grande perspective qui se dessine derrière ces considérations, ce serait de nous trouver dans une région métropolisée, habitée par des gens chez qui émergeraient un regard honnête sur eux-mêmes, qui auraient une vie intérieure, des projets… qui inventeraient des tactiques individuelles avantageuses pour eux et utiles à la cité. Il se sentirait bien, éprouvant une suffisante euphorie (euphorie, veut dire “ bien ” se porter, le préfixe eu signifiant “ bon ”). Cette perspective n’est pas une utopie, elle est au contraire une eutopie (un bon lieu), la reconnaissance d’un bon lieu possible, à notre porte, à notre portée. Dans une telle région, on pourrait imaginer que suffisamment d’habitants, jouant avec opportunités des éléments du cadre de leur vie, créeraient une nouveauté territoriale digne des moments heureux de l’histoire de la Méditerranée. C’est peut-être le moment de faire un tel pari. C’est du moins l’hypothèse que je propose de partager.


Jean-Paul Ferrier, L’Agora du 8 novembre 2000

Jean-Paul Ferrier, professeur à l’U.F.R. des sciences géographiques et de l’aménagement, Université d’Aix-Marseille I



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