Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Blog de Jean-Claude Grosse

Résultat pour “La dernière génération d'octobre”

L'homme qui aimait les chiens/Leonardo Padura

15 Janvier 2015 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

L'homme qui aimait les chiens

Leonardo Padura

Métaillé 2011

(note de lecture mêlant analyse du roman et histoire personnelle, Histoire et histoires,

donc note de lecture "atypique", un peu à la manière de Padura, finalement, avec son personnage Ivan)

C'est parce que je racontais Viva de Patrick Deville à une ex comme moi, une ex-trotskiste, une amie, qu'elle me proposa L'homme qui aimait les chiens. J'avais lu de lui une nouvelle dans un recueil Havane Noir, trouvé par hasard dans un Replay de grande gare, alors que me travaillait une pulsion d'écriture remettant au cœur d'un récit familial et personnel, Cuba, pulsion devenue Tourmente à Cuba puis L'éternité d'une seconde Bleu Giotto.

J'avais occulté Cuba pendant 12 ans jusqu'à ce jour de septembre 2013 où fut annoncée en mensuelle des EAT, la création d'un festival de théâtre francophone à La Havane pour mars 2014, avec appel à textes traduits. J'y ai envoyé sans succès Tourmente à Cuba. Mais je ne désespère pas de faire entendre ce texte à Cuba même, à La Havane comme au Triangle de la mort à Jaguey-Grande, pour les champs d'orangers.

Dès le 1° chapitre, le narrateur Ivan raconte l'effet sur sa femme, Ana, en train de mourir d'un cancer des os, d'un ouragan en train de menacer Cuba, l'ouragan Ivan. Coïncidences.

Quand nous perdîmes à Cuba, à Jaguey-Grande, Cyril, le fils et Michel, l'oncle de Cyril, le 19 septembre 2001, ce fut un choc qui emporta sans doute ma femme, Annie, d'un cancer foudroyant, en un mois, le 29 novembre 2010 ; nous fûmes stupéfaits à l'époque de l'accident d'apprendre que l'ouragan Michel du 19 octobre 2001(1 mois après) avait balayé sur son passage la signalisation (contestable et sans doute responsable) du carrefour surnommé le Triangle de la mort, constatation qui amena Annie à se rendre à cinq reprises à Cuba, la Russie au soleil, nous avait dit Cyril. L'auteur lui, nous parle de Moa, ville minière comme d'une Sibérie cubaine, page 149. Or Cyril est allé 2 fois en Sibérie, au Baïkal en 1999 et en 2000 pour sa dernière création. Moi, j'y suis allé, sur ses traces, en 2004 et 2010. Le vieux monsieur de 88 ans de L'éternité d'une seconde Bleu Giotto y retournera en 2028. Coïncidences.

3 niveaux de récit donc dans cette histoire, le présent du narrateur, ami d'Ivan, racontant l'histoire que lui a livré Ivan en 2004, Ivan amené par son amour des chiens (les 3 personnages principaux aiment les chiens comme Padura aime la nouvelle de Chandler, L'homme qui aimait les chiens, miroirs, abîmes) à se promener sur la plage de Santa Maria.

Sur cette plage de Santa Maria, l'oncle Michel peignit ses 50 dernières gouaches, récupérées, dont une intitulée Les 2 fillettes au chien, réalisée le 13 septembre 2001, un jour après leur arrivée à Cuba (ils étaient partis le 11 septembre 2001, le jour des attentats, et décidèrent de poursuivre leur voyage malgré 13 heures d'attente en salon VIP à Madrid, à l'inverse de la majorité des passagers, rebroussant chemin). Cette gouache illustre la couverture du roman de Cyril, Le Peintre, trouvé inachevé dans son ordinateur mais suffisamment convaincant pour être édité. Coïncidences.

C'est sur la plage de Santa Maria qu'Ivan rencontre l'homme qui aimait les chiens, le 19 mars 1977. Le 5° chapitre est une description très précise du système cubain, du système castriste, un régime où l'idéologie corrompt comportements, relations, où la réalité réelle est escamotée sous des délires verbaux, des bilans tronqués, triomphalistes, exactement les caractéristiques du système soviétique, stalinien, bureaucratique dont Trotski fera l'analyse et la théorie dans La Révolution défigurée et La révolution trahie. Ivan, désenchanté, désespéré par son pays, son temps, par lui-même, sa peur, sa paralysie représente une génération, celle des années 1960-1970, qui y a cru puis qui a cessé d'y croire, de se sacrifier pour la révolution cubaine.

L'Histoire nous rattrape. Après 50 ans de boycott imposé par les USA, donc de souffrances pour les Cubains mais aussi d'alibi pour les deux systèmes, Castro et USA, en miroir dans leurs discours (voir pour l'assassinat de JFK et les tentatives d'assassinat de Castro) les relations vont peut-être se rétablir. Et les Cubains entrer dans la société de consommation.

On lira avec profit les livres (des pavés très documentés) d'un Français, vivant à Cuba par choix, Jacques-Antoine Bonaldi (que j'ai reçu au Revest le 7 juillet 2014 avec sa femme, metteur en scène cubaine et qui participe au projet d'écritures plurielles, Cervantes-Shakespeare, hasardantes coïncidences) : L'empire US contre Cuba (le mépris et le respect), 2 tomes; Cuba, Fidel et le Che. Bonaldi est aussi le traducteur du livre d'un ethnologue cubain majeur : Controverse cubaine du tabac et du sucre. "Fernando Ortiz est le premier à expliquer l'identité cubaine par le questionnement de l'agriculture et des rouages économiques. Par le concept de Transculturation, Ortiz a pu confronter données historiques et démographiques à des considérations géographiques, tout en les intégrant dans un texte qui, inspiré d'une forme dialogique issue de la musique cubaine, propose une expérience de la diversité et de la rencontre des cultures à l'origine de la formation sociale cubaine." Traducteur enfin de Lettres de José Marti, Il est des affections d'une humeur si délicate ... Comme quoi, un drame personnel peut gouverner vos lectures partiellement, parce que vous voulez comprendre Cuba, parce que votre fils y a disparu. Annie avait beaucoup lu sur Cuba et nous avions accueilli une jeune cubaine, Rosa, gagnante du concours de la francophonie organisée chaque année par les Alliances françaises. Elle a ensuite dirigée la Maison Victor Hugo à La Havane. Coïncidences.

Le 2° niveau concerne Lev Davidovitch, Trotski. Le chapitre 4 par exemple est remarquable pour sa tentative de conscientisation ; quelles questions, quelles réponses apportent Trotski quand il voit la dégénérescence du système, son pourrissement, sa trahison ; où se situent les responsabilités, en a-t-il ? Kronstadt, fut-ce une erreur ? et la terreur au moment de la guerre civile ?, justifiée dans Leur morale et la nôtre (militant trotskiste pendant 12 ans, je me suis souvent demandé comment nous nous comporterions si nous arrivions au pouvoir, ce qui était peu probable; la violence me paraissait nécessaire puis peu à peu je me suis détourné de cette conviction qui justifie tout; voir ma note sur La dernière génération d'octobre de Benjamin Stora); quel combat mener ? à l'intérieur du Parti ? à l'extérieur ? avec qui ? des écrits suffisent-ils ? comment Staline a-t-il réussi à s'approprier l'héritage ? Ce qui m'a frappé c'est comment Staline use en quelque sorte du langage religieux qui crée des absolus, fabrique des messianismes pour mener son projet ; il est l'incarnation de l'Idée, de la Révolution ; est contre-révolutionnaire, trotskiste tout ce qui s'oppose à l'Idée. C'est simple, radical comme les exécutions capitales. On assiste à la mise en place d'un système particulièrement pervers : pour asseoir son règne, Staline a besoin de Trotsky comme opposant, traître. C'est l'absolu repoussoir, le bouc émissaire justifiant tout, les purges, les mensonges. Il faut Trotski vivant, et isolé, calomnié. Et le socialisme étant en cours de réalisation en URSS, étant même réalisé (alors que la famine sévit), il ne faut pas que les communistes allemands par exemple fassent alliance avec les socio-démocrates pour empêcher l'avènement d'Hitler, aveuglement qui va conduire Hitler au pouvoir en 1933 et les communistes allemands en camp. Avec ces deux ennemis, Hitler et Trotski, Staline assoit son pouvoir absolu. Curieusement, l'opportuniste n'est pas Trotski mais Staline qui va en Espagne dans un premier temps favoriser l'alliance des communistes minoritaires avec socialistes et anarchistes et ce Front Populaire va gagner les élections de 1936 mais retournement d'attitude après le coup d'état franquiste, c'est l'organisation de la division, les exécutions et assassinats, rôles de Kotov-Leonid Eitingon, d'Africa, de Caridad, de Ramon. Et le pacte germano-soviétique viendra rajouter encore à la confusion idéologique, ces tournants étant imposés et justifiés par la formule irréfutable, le parti a toujours raison, tu dois obéir.

Comme on le voit ce roman est presque un manuel d'histoire plongeant les personnages dans le grand bain historique des années 1920 à 1980 et aussi un manuel de réflexion politique sur le trotskisme, le stalinisme, le marxisme-léninisme, sur le socialisme réel, sur la bureaucratie. Le chapitre 10 raconte en détail les années 1933-1936, les années d'exil, d'errance de Trotski sur la planète sans visa et montre comment la peur asservit, mécanisme parfaitement compris par Staline. Ce que dit Boukharine page 179, parlant de lui, de sa peur, de son retour à Moscou est on ne peut plus éclairant. Peut-on tirer des leçons de l'histoire quand le moteur est la peur et les effets imprévisibles qu'elle engendre ? On peut transposer en partie au comportement des intégristes islamistes qui eux usent de la terreur médiatisée. Mêmes mécanismes.

Le 3° niveau concerne Ramon Mercader, l'assassin de Trotski, le 20 août 1940 à Mexico. Le chapitre 3 par exemple raconte comment sa mère Caridad, une passionaria remplie de haine, a réussi à lui arracher le oui qui allait faire de lui, un tueur formé pour cela, es-tu prêt à renoncer à tout ? Le renoncement n'est pas qu'une consigne, c'est une forme de vie, est-ce que tu pourras ? page 47, sa mère le quittant après ce oui en tuant son chien Churro d'une balle en pleine tête. Avec ce oui, c'est toute sa vie que Ramon met en jeu, son arrestation une fois son forfait accompli, son jugement, ses 20 ans de prison au Mexique, sa libération en 1960, son retour en URSS, les médailles prestigieuses, ses privilèges (tout cela au prix d'une seule chose, le silence, ne pas dire qui il est, qui est le commanditaire), l'impossible retour en Espagne, la fin de vie à Cuba, atteint d'un cancer généralisé, sans doute irradié par les staliniens et le dessillement de Ramon par Kotov-Eitingon lui-même (chapitre 29 de la 3° partie, Apocalypse), son mentor revenu de ses illusions, aveux confiés à Ivan qui se sent écrasé par cette merde qui a coûté 20 millions de morts, a perverti à jamais l'idéal de la révolution, Ivan écrasé au sens propre par la chute de son toit sur lui et son chien peut-être au passage d'un ouragan (chapitre 30, Requiem).

Ces 3 niveaux alternent allant vers un dénouement connu d'avance, comme dans la tragédie grecque (page 124 en bas). Mais les étapes ne sont pas connues d'avance. Tout l'intérêt est là. Des parcours d'individus plongés dans les tourments collectifs de l'Histoire en train de se faire et de se défaire, révolution et thermidor, contre-révolution, restauration, communisme et fascisme. S'étonnera-t-on que les PC subordonnés à Staline et à ses successeurs n'aient pas joué leur rôle de moteur des luttes émancipatrices (68 en est une démonstration exemplaire) et conséquemment aient perdu de plus en plus de leur influence, la classe ouvrière se tournant pour une bonne part vers le Front National. Faut-il s'étonner aussi de la défiance envers les partis, de l'abstention massive, de la démocratie en panne, d'une constitution obsolète qui aurait dû être abrogée en 68, de l'apparition de tout un tas d'autres formes de luttes, parfois violentes, d'autres formes d'organisation. Ce qui s'est joué entre 1923 et 1940, Staline-Trotski, on en a les conséquences massives encore aujourd'hui. Le bilan globalement positif de Marchais Georges est un mensonge.

Je n'irai pas plus loin dans ma note qui mêle volontairement anecdotes personnelles et description de ce roman dont j'ai du mal à cerner la part documentaire (bien documentée) et la part fictionnelle (réelle et importante). En tout cas chapeau à Leonardo qui par son écriture magnifique, phrases longues, élégantes, précises, (apparemment, excellente traduction de René Solis de Libération) nous fait entrer dans les personnages, aucun n'est un repoussoir, beaucoup d'empathie comme on dit pour chacun d'eux même Mercader, la fin étant une réflexion sur la compassion, Ivan a envie de compatir au destin de Ramon et en même temps ne peut pas. Il nous restitue contexte historique, paysages, enjeux, nous amène à nous positionner, à nous questionner. C'est du polar politique porté au plus haut niveau.

Une question toutefois: Padura ne fait-il pas de Trotski un personnage peut-être trop tourmenté, trop sujet à découragement politique même s'il se reprend à chaque fois ? Sans doute parce qu'il a travaillé à partir de la biographie d'Isaac Deutscher, Trotski, le prophète armé, le prophète désarmé, le prophète hors-la-loi en 3 tomes (le mot prophète disqualifie en partie cette biographie). Il ne devait pas connaître le monumental et décisif Trotski de Pierre Broué chez Fayard.

On n'a pas le même Trotski chez Deville et chez Padura. Chez Deville, il est combatif et s'accorde parfois le temps de vivre, de soigner les lapins, de pécher, de contempler la nature désertique, glacée d'Alma-Ata, un peu comme Rosa Luxembourg dont les lettres de prison révèle un goût de la vie tout simple mais permettant de supporter ou comme Simone Weil, l'auteur de La pesanteur et la grâce et de La condition ouvrière (dont elle parle en allant travailler en usine), qui semble avoir été sensible un court temps aux idées trotskistes, d'après Deville. C'est le pacifisme qui l'en éloignera et le chritianisme.

Pour terminer, encore une anecdote perso.

Je suis né 2 mois après l'assassinat de Trostki (le 20 août 2040), le 25 octobre 1940, jour selon le calendrier russe de la révolution d'octobre, le 25 octobre 1917. J'en ai fait un poème dans La Parole éprouvée, Les dits d'octobre, dédié à Léon Trotski avec 4 couplets, du 25 octobre 1967 au 25 octobre 1997. Rajouterai-je un couplet pour le centenaire le 25 octobre 2017 ? En tout cas, je ne me sens en charge d'aucun héritage, d'aucune mission messianique, d'aucune lutte émancipatrice. J'ai choisi une vie minuscule et des actions de colibri.

Un autre poème est écrit à Coyoacan, le 21 août 1970, Mésallier les mots, Coyoacan étant le quartier de Mexico où se trouve la maison bleue de Frida Kahlo qui accueillit Trotski qui l'aima et celle où fut assassiné Trotski, toutes deux devenues musées. Pour ce poème, j'ai pensé au Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant du 25 juillet 1938, signé André Breton et Diego Rivera mais dont Patrick Deville écrit dans Viva qu'il est pour une bonne part de Trotski, Breton étant trop intimidé pour écrire quelque chose de cohérent politiquement (pages 166-167). Toute licence en art est de Trotski, formule à appliquer aux polémiques contre des manifestations artistiques, qu'elles soient de droite extrême ou d'extrême-gauche comme celles qu'on a vu en France ces derniers temps contre Rodrigo Garcia ou contre Brett Bailey.

Il faut aussi lire Littérature et révolution. On mesure la capacité d'anticipation de l'évolution des écrivains sur lesquels Trotski écrit, Céline, Malraux par exemple et l'oublié Marcel Martinet, auteur d'une pièce remarquable et devenue introuvable sur 14-18, La nuit (1921), préfacée par Lev Davidovitch. C'est parce qu'il analyse en termes de classes qu'il réussit à dire vers où vont évoluer ces écrivains. Mais je ne suis plus sûr que de telles analyses seraient pertinentes aujourd'hui. La notion de classe a perdu de sa lisibilité au moins pour la classe ouvrière. Les capitalistes eux ont gagné la lutte des classes prétend l'un d'eux, Warren Buffet. Les classes moyennes ne savent toujours pas sur quel pied danser, quel camp choisir mais y a-t-il encore deux camps ? Les partis, machines à produire des professionnels de la politique et le système des élections sont des outils de confiscation du pouvoir, de détournement de la démocratie. Les experts et technocrates gouvernent en toute illégitimité. La rénovation démocratique est un énorme chantier qui doit venir d'en bas mais on n'est pas encore assez le dos au mur, prêts à crever ou à "vaincre". À la Charlot car sûr, Charlot est l'hypothèse démocratique contre tous les pouvoirs, travail, famille, patrie, Les temps modernes, Le kid, Le dictateur. Il court, il feinte, il mouline des bras, il tangente, lui, le précaire, le pas vu, le sans-part, le sans-parti, furieux de vivre alors qu'on n'en veut pas de lui, plus de place pour lui, le fragile, le faible mais le tourneur en ridicule des ridicules, le vengeur des minuscules comme lui, oui, oui, il défile même avec des grévistes, fait la nique à la police, doit souvent fuir, la rue comme échappée. À suivre.

Jean-Claude Grosse

L'homme qui aimait les chiens/Leonardo Padura
L'homme qui aimait les chiens/Leonardo Padura
Lire la suite

La dernière génération d'Octobre / Benjamin Stora

5 Avril 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

La dernière génération d'Octobre / Benjamin Stora

  La dernière génération d'Octobre

Benjamin Stora

Pluriel / Hachette Littératures

 

img-1.png

 

Ce livre m'a été offert lors de mon court séjour pour Marilyn après tout, à Lille, où j'ai rencontré des anciens de l'OCI (organisation communiste internationaliste dite lambertiste), dont la femme de Jean-Loup Fontaine, responsable de la région Nord Pas-de-Calais aux temps anciens de ma militance frénétique.

Jean-Loup Fontaine était cadre dans les PTT et il a été un dirigeant syndical régional apprécié. Il avait un violon d'Ingres, la poésie. Il fut récompensé par le prix Max-Pol Fouchet en 1993 pour L'Âge de la parole aux Éditions de la Différence. Mais il était décédé précocement d'un cancer, quelques jours avant le prix. Un dirigeant politique engagé dans la vie réelle que j'ai accueilli à Corsavy à l'occasion d'une ou deux cargolades (avec le vin bu au pourou, à la régalade) pendant des vacances d'été après les camps de formation à Chamrousse. 

Je suis rentré à l'OCI en octobre 1969, après un GER (groupe d’études révolutionnaires) de quelques mois. Le mouvement de mai 1968 m'avait entraîné dans sa lame de fond. Enseignant depuis 4 ans au Lycée du Quesnoy, je me suis spontanément investi dans la grève et toutes les activités inhérentes à un tel investissement  : membre élu du comité de grève du lycée, présence aux commissions de réflexion pour une école du gai savoir, membre élu aussi du comité de grève de la ville, nouveau pouvoir municipal, ayant à résoudre problèmes de collectes d'argent et d'approvisionnement de la population. Cela me valut d'être contacté par le PCF. Je déclinai l'offre. L'entrée des chars brejneviens à Prague le 20 août 1968 me dissuada définitivement de fréquenter ou de voter pour ce parti. Les élections des 22 et 29 juin 1968 furent une énorme claque. Il me fallut être à l'OCI pour comprendre. Le PCF en soufflant à de Gaulle en 1° page de L'Humanité, fin mai, le mot d'ordre de Dissolution de l'Assemblée Nationale, Élections anticipées, donna à la CGT les moyens de faire reprendre le travail à 10 millions de travailleurs en grève, pour que la question du pouvoir se règle par la voie électorale. Le mot d’ordre de l’OCI a été Comité national central des comités de grève. On eut droit à l'Assemblée bleue CRS la plus musclée de la 5° République. Un leader CFDT d'Usinor à Trith Saint-Léger que j’avais fréquenté pendant le mouvement résista à cette reprise. Il écrivit plus tard un livre sur cette « trahison » par la CGT et le PCF. Je cherche vainement à retrouver son nom. Le PCF n'a fait que régresser au fil du temps. Le 29 juin, je ne pus voter, notre fille naissant ce jour-là. Des gens bien intentionnés dirent qu'elle naquit le poing levé.  Avec un collègue, nous eûmes droit à la destruction par le feu, sur la place de la ville, de nos mannequins, comme cela se fait dans le nord pour Caramantran. Devant le lycée, sur le goudron, nos noms à la peinture blanche et l'inscription Heraus. En 1974, lorsque je quittai le nord pour le sud, les inscriptions y étaient encore.

J'eus le temps en mai 68 d'aller à Paris pour une ou deux manifestations et à Nanterre où j'étais inscrit en 3° cycle de sociologie avec Henri Lefebvre comme directeur d'un mémoire sur la sociologie des lieux communs que je n'ai jamais terminé, sans doute parce qu'impossible d'y travailler sans moyens informatiques permettant d'établir des corpus, de quantifier afin de valider ou d'infirmer des hypothèses sur le poids et la stabilité des lieux communs dans les mentalités, selon les sexes, les âges, les milieux sociaux, la localisation régionale. Je reste persuadé de l'intérêt d'un tel sujet, l'étude des mentalités étant aujourd'hui un élément essentiel de la compréhension des comportements collectifs, de la résistance aux changements. J'ai interviewé Cohn-Bendit et quelques autres, Duteuil, Granotier,  qui m'exposèrent leur théorie et pratique de la provocation-répression-élargissement ou généralisation. J'ai rencontré Baudrillard, Loureau, Lefebvre, Castel (je l'avais déjà eu comme professeur à Rennes pendant mes années Saint-Cyr, 1959-1961). Ma curiosité était diversifiée. J’en ai parlé dans Mai 68, Emmanuelle Arsan, Emmanuelle, nous et moi (doux émois)

À la rentrée de 68, j'adhérais sur incitation de mon collègue incendié, à la CIR (Convention des institutions républicaines, mouvement de François Mitterrand, où je participais à la commission relations parti-syndicats). Sûr que si j'y étais resté, j'aurais fait de la politique autrement, peut-être en carriériste. Mais survint un événement, l'absorption de l'usine de bonbons Lutti par La pie qui chante. Grève avec occupation. Je demande que notre section intervienne. Réponse  : Lutti n'est pas l'épicentre de la lutte des classes. Cela me choque. J'interviens quand même, tombe sur des militants de l'OCI qui eux interviennent. Je me fais exclure de la CIR et rejoins 9 mois après, l'OCI. J'avais fait une expérience concrète du double langage de la social-démocratie ou du réformisme. Je ne fus ni du 1° ni du 2° Congrès d'Épinay (juin 1970, juin 1971).

À l'OCI, j'eus la responsabilité de plusieurs amicales, donc responsable d'un rayon, pseudo Redon, pensant à des grèves de ce temps en Bretagne, tout en militant syndicalement d'abord au SGEN, ensuite au SNES (tendance EEFUO) et enfin au SNLC-FO. Je suis resté à l'OCI qui devint OT puis PCI jusqu'à fin 1980 (jusqu'en  1974 dans le Nord, puis ensuite à Toulon) où je fus, avec une dizaine d'autres, exclu du PCI puis réintégré après appel à la commission de contrôle du parti par Pierre Lambert lui-même descendu à Toulon. Mais la violence de ce qui nous était arrivé nous avait définitivement coupé de tout désir de militer.

À la différence de Benjamin Stora - j'ai dix ans de plus - mon engagement ne compensait pas un exil et une solitude. Lui quittait l'Algérie en juin 1962, moi j'y arrivais en septembre et j'y suis resté jusqu'en février 1964. Je dirigeais une compagnie de transmission étalée sur 300 kilomètres de Tizi-Ouzou à Miliana. Je garde de ce séjour algérien - après mes 2 années à Saint-Cyr où j'ai vécu le schisme provoqué par l'OAS et les partisans de l'Algérie française, opposés par la violence de la guerre civile au reniement de de Gaulle ayant opté pour l'indépendance, au cœur des élèves-officiers de l'armée française (nous étions clivés, partagés et souvent ça finissait mal dans les travées des dortoirs le soir) - un bon souvenir (occupant à titre de protection des maisons de pieds-noirs abandonnées, en particulier à Tipasa, tout près des ruines dont Camus a parlé, négociant avec des fatmas de mechtas la préparation de couscous pour les hommes, me promenant tranquillement dans la casbah où quelques mois plus tôt, je me serais fait égorger), bref, j'ai côtoyé un peuple doublement manipulé qui avait payé un lourd tribut pour son indépendance et qui me paraissait sans haine envers les occupants en voie de retrait. Dans le midi, à partir de 1974, j'ai vécu l'inverse, le ressentiment aveugle des pieds-noirs et de leurs enfants, petits-enfants.

Je me suis rendu compte plus tard que les Algériens avaient été très divisés, deux clivages, entre harkis et indépendantistes (les harkis paient encore cher leur engagement aux côtés des Français), entre messalistes et FLN. Chose étonnante  : c'est pendant qu'il est à l'OCI que Stora fait sa thèse sur Messali Hadj, soutenu par l'OCI quand la Ligue communiste révolutionnaire soutient le FLN. Moi, j'ai entendu parler de Messali Hadj entre 1959 et 1961 à Saint-Cyr. L'armée, pour accomplir ses missions, sait utiliser tous les savoirs dont elle a besoin  ; c'est ainsi que j'appris que la revendication d'indépendance remontait à 1917, que Messali Hadj avait créé l'Étoile Nord-Africaine dès 1924 puis le Parti du Peuple algérien puis le MNA, mouvement national algérien, que le FLN était une dissidence du MTLD de Messali Hadj. Enfant de troupe à Tulle, je remontais pendant les vacances à Paris dans le 18° arrondissement à la Goutte d'Or, vivant avec mes parents et mon frère dans une chambre d'hôtel, quand MNA et FLN s'entretuèrent dès 1955. Cela se passait la nuit malgré le couvre-feu.

Je me souviens des cours d'action psychologique à Saint-Cyr qui visaient à laver le cerveau des opposants ou à gagner le cœur des populations avec les techniques en vogue des sciences humaines. (deux conceptions  : infiltrer, déstabiliser et détruire y compris par la torture l'ennemi, choix d'un certain nombre de militaires, genre Aussaresses - j'appris la torture par des élèves-officiers marocains et tunisiens, comme le nom des poseuses de bombe, Djamila Bouhired, Djamila Boupacha mais pas Zohra Driff -  ou couper le cordon entre population et terroristes en gagnant le cœur des populations, rôle du 5° bureau et des SAS). Le manuel d'un officier français sur les techniques de la guerre d'Algérie est devenu la bible de l'armée américaine pour ses guerres contre le terrorisme, préfacé par le général Petraeus  : Contre-insurrection - Théorie et pratique du lieutenant-colonel français, David Galula. Mais comme le remarque Stora, la guerre d'Algérie ne fut pas au cœur des préoccupations des révolutionnaires qui lorgnaient vers le Viet-Nam, l'Amérique Latine, la Palestine. Lui s'en est fait l'historien reconnu.

Quant à moi, en juin 2002, j'organisais un bocal agité algéro-varois sur les 40 ans de l'indépendance et le retour des pieds-noirs, avec 5 auteurs algériens dont 2 femmes et 5 auteurs français dont 2 pieds-noirs, bocal de 3 jours avec livre publié à Gare au théâtre et représentation des textes par les compagnies varoises au Revest. En novembre 2002, j'organisais un théâtre à vif sur le 60° anniversaire du sabordage de la flotte. Je pense que de telles actions ont fini par lasser les tutelles soutenant l'action théâtrale des 4 Saisons du Revest d'où mon éjection en septembre 2004 de la maison des Comoni, le théâtre du Revest que j'avais créé et dirigé bénévolement 20 ans durant.

Le vécu militant de Stora fut bien sûr le mien  : militantisme frénétique selon la méthode objectifs-résulats. Réfléchissant à ce volontarisme, à ce subjectivisme forcené, l'historien en voit la principale raison dans l'analyse très déterministe (matérialisme historique, l'histoire comme science) de la situation politique (pas une réunion sans analyse de la situation, toujours mobile) sous l'invariant des forces productives devenues destructives, évidence ou principe intangible du programme de transition de Trotski élaboré en 1938. 30 ans après c'était le même constat économique et politique d'où l'effondrement du capitalisme est imminent, d'où dégénérescence des appareils d'état bourgeois, imminence de la révolution  et comme, autre fondement du programme de transition, la crise de l'humanité se résout à la crise de sa direction révolutionnaire, il y a urgence à construire le parti, d'où fierté d'en être un constructeur actif et conscient, sentiment de supériorité puisque on sait où on va, même si on ne sait pas où ça va et comment ça y va (la révolution ne se décrète pas et ne se lit pas dans le marc de café).

J'ai observé le même type de fonctionnement idéologique dans le mouvement de Jacques Cheminade, Solidarité et Progrès, quand je me suis intéressé à leurs propositions économiques, bien ciblées, lors de la présidentielle de 1995 (0,28% des voix). Catastrophisme de la situation (en 2013, la situation est toujours catastrophique comme en 1995, comme en 1968) donc urgence à intervenir, à s'engager.

Organisations pompe à fric par conséquent au nom de l'indépendance du mouvement. À l'OCI, la phalange, la cotisation mensuelle, était de 10% du salaire. Ajoutées à cette taxe, les incessantes campagnes financières et d'abonnements à Informations Ouvrières. La méthode objectifs-résultats est  une méthode d'inspiration capitaliste censée combattre le capitalisme par des moyens capitalistes comme on combattait le stalinisme ou le gauchisme avec les méthodes staliniennes c'est-à-dire avec violence et autres ruses visant à s'assurer le contrôle des AG.

On trouvera dans ce livre nombre d'autres réflexions. Je retiens que mon séjour dans l'OCI a été le moment le plus propice au développement de ce parti. L'objectif de 10000 militants avait été fixé après l'arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981, le PCI ayant joué un rôle non négligeable dans ce succès en appelant au vote Mitterrand sans condition dès le 1° tour. Mais je n'étais plus au parti et j'avais été choqué du choix du parti après tout ce que j'avais entendu sur Mitterrand, ministre répressif pendant la guerre d'Algérie et sur ce qu'il avait été pendant la guerre, ses liens avec Bousquet. Les fluctuations tactiques et stratégiques d’un parti aussi rigide sur l’analyse de la situation ont donné ce « chef d’œuvre », la candidature de Schivardi, candidat des Maires de France à la présidentielle de 2007. Ils ont dû refaire les professions de foi suite à la plainte de l’association des maires de France et Shivardi a fait 0,34% des voix. En 2012, Cheminade a fait 0,25%.

Si j'en crois Stora, la doxa rigide du PCI qui faisait que cette organisation était atypique dans le paysage politique (Lutte Ouvrière aussi) a facilité l'adhésion, de jeunes en particulier, en recherche de repères, d'inscription dans une histoire. En militant, on entrait dans une famille et une histoire, une double histoire, celle du trotskisme héritier d'Octobre après la bureaucratisation des PC et celle du mouvement ouvrier international, gangrené par la social-démocratie et le stalinisme. La classe ouvrière mythifiée, universalisée comme sauveuse de l'humanité, cela empêchait de regarder à côté, de voir l'émergence d'autres mouvements, féministe, homosexuel, écologiste, jeunes branchés musique et drogues douces ou plus, remontée du religieux, des communautarismes, du racisme... Cela dispensait de penser, de produire de la théorie économique, politique  ; on vivait sur des acquis vieux de 30 ans et plus. Le PCI était fermé à la nouveauté. Peu curieux de littérature, peinture, cinéma, théâtre, culture. Un parti hors mode. Changer le monde mais pas la vie. Les débats sur la vie quotidienne et encore moins les essais de vie autrement qui avaient agité les débuts de la révolution d'Octobre (Anatole Kopp  : Changer la ville, changer la vie, plus les livres importants de Henri Lefebvre, aujourd’hui de Pierre Rahbi) n'étaient pas à l'ordre du jour. Cela engendrait aussi des exclusions à la pelle comme dans le mouvement psychanalytique, des réécritures des récits fondateurs, bref des pratiques cautionnées par le centralisme démocratique, un oxymore qui a causé les plus grands dégâts.

Après le PCI, Stora a quelques temps cherché à construire une aile gauche au PS. On voit bien que de telles tentatives, sans cesse reprises, ne donnent rien. Les lois de l'histoire sont plus fortes que les appareils dit le programme de transition. La preuve n'en a pas encore été faite.

Pour ma part, dès 1983, je suis devenu conseiller municipal du Revest-les-Eaux jusqu'en 1995. J'ai contribué à y créer un festival de théâtre puis un théâtre, la Maison des Comoni, que j'ai dirigé bénévolement pendant 21 ans. En 1997, je me suis présenté aux législatives anticipées sans étiquette mais sur une ligne de rupture avec la finance internationale (loi Glass-Steagal, mise en faillite des produits financiers dérivés toxiques, poursuite pénale de Soros qui avait spéculé contre le franc ...) et sur une ligne de rupture avec les partis comme moteur de la démocratie parlementaire, préconisant des candidatures de citoyens sur la base de signatures citoyennes (j’ai fait 1% des voix dans la 3° circonscription du Var, celle où Yann Piat avait été assassinée, en 1994).  En 2006, je suis rentré au PS pour soutenir la candidature de Ségolène Royal  ; j'ai vite compris qu'on devait son échec de 2007 pour l'essentiel au PS dont je suis sorti. En 2008, j'ai conduit une liste contre le maire actuel sur un programme de village écocitoyen et mes collègues avaient décidé avec moi qu'on renoncerait à nos indemnités pour les mettre au service de projets citoyens d'intérêt collectif. Le bon exemple ne nous a pas suffi pour gagner. On a quand même fait presque 15% des voix. La quasi-totalité de la liste de 2008 s'est représentée en 2014, moi m'abstenant en raison de mon âge, même programme, 28% des voix, 3 élus d'opposition. Ça ne suffit pas à faire évoluer le village ou plutôt le maire, professionnel de la politique, peu soucieux de laisser le souvenir d'un "visionnaire". Voir mon article: Le Revest, histoire d'un échec collectif. Devenu colibri, je l'ai vu en janvier 2016 pour lui parler incroyables comestibles et auto-suffisance alimentaire. Il faut 5 ha de terres agricoles. Réponse: nous n'en avons que 3. Les écoles du Revest ne profiteront pas des produits cultivés au Revest alors qu'il y a La Tourravelle, en friches et en ruines. À comparer avec le domaine de Tourris, redevenu productif avec 1200 oliviers et 5 ha de vignes. Je renonce définitivement à m'intéresser au devenir de ce village-dortoir de résidents aisés pour la plupart.

Si nous en sommes où nous sommes, je pense que nous le devons à notre soumission volontaire. Nous nous complaisons dans les contradictions, et les tentatives de mettre de l'ordre, de résoudre logiquement, humainement les situations sont généralement vouées à l'échec. Je pense de plus en plus que nous sommes agités par des forces et des énergies de faible valeur, de petite amplitude, style vide quantique et ses fluctuations, rien à voir avec le grand soir vainement attendu, les petites et grandes explosions de violence sociale comme moteur de l’Histoire, que nous sommes joués au milliardième de seconde dans des jeux de toutes sortes (les jeux financiers se jouent avec des machines et des modèles mathématiques donnant des milliards d'ordres à la seconde) et que nous sommes à l'image de ce qui se passe dans l'univers. Nous devrions développer des métaphores (une métaphore est sans doute plus heuristique qu’un concept, nous avons besoin de pluralité de significations dans un monde et un univers aussi opaques où la transparence n’est atteinte qu’occasionnellement) empruntées à l'univers et à ses incertitudes (je dis  incertitudes pour prendre le contre-pied du scientisme qui ne parle que de lois, d'ordre, de constantes quand les plus récentes découvertes et théories semblent nous acheminer vers l'inconstance des constantes) pour tenter de parler de nous. Ne sommes-nous pas agités comme des mouvements browniens de 7 milliards de particules, d'hominuscules  dans un bocal nommé Terre ?         

 

JCG

 

Lire la suite

Voyage à Paris et à Lille pour Marilyn et Arrabal

27 Mars 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #voyages, #pour toujours

Mon voyage à Paris et à Lille

 

 

Monté à Paris pour la soirée Marilyn après tout du 21 mars à la cinémathèque de la Sorbonne Nouvelle, organisée par Bernadette Plageman avec la participation de quelques auteurs et comédiens parisiens, je me suis fait le vidéaste de cette séance qui réunit une trentaine de personnes dans une salle pas évidente à trouver et peu accueillante pour du théâtre. Mais auteurs et comédiens sont plein de ressources et qui apporte un lampadaire, qui robe et fourrure, qui bougies, vin, champagne, qui propose un diaporama sur Marilyn. Ainsi on a pu entendre Fly away de et par Bernadette Plageman en américain, The late Marilyn Monroe de et par Bagheera Poulin avec Moni Grego, après projection d'un extrait du film MMM, Dérives de Monique Chabert par Shein Baker, Oh my lady Marilyn de et par Moni Grego, La clandestine de et par Simone Balazard, Flashes de et par Noëlle Leiris, Ton homme Marilyn de Daddy, Waterboy de et par René Escudié. N'ont pu être lus par manque de temps, Blanchiment de Benjamin Oppert, Elle/Elle de Gérard Lépinois, Que l'amour de Shein Baker. Au restaurant où nous nous sommes retrouvés, Bagheera Poulin et Benoît Rivillon improvisèrent un happening sur mon texte Dans le sillage de Marilyn. Ce fut un moment suspendu avec clin d'oeil au Stanley Kowalsky d'Un tramway nommé désir.

 

Arrivé à Lille vendredi 22 mars, fin d'après-midi, 45 ans après le 22 mars 1968 qui lança le mouvement de mai 68 dont un jeune étudiant en théâtre me dit que le meilleur se situa en amont entre 62 et 68 car dès 70, les 68tards s'étaient pour la plupart réconciliés avec la société de consommation et de communication, j'ai assisté à la lecture d'une pièce récente d'Arrabal consacrée à une œuvre de Dali : Prėmonition de la guerre civile, éditée dans la collection Ekphrasis aux éditions invenit à Tourcoing. C'était à la librairie Dialogues Théâtre, 34 rue de la Clef à Lille, une librairie indépendante en lien avec une maison d'édition théâtrale, Les Éditions La Fontaine qui existent depuis 25 ans avec 110 titres publiés, animées par Janine Pillot. Librairie très bien achalandée, représentative de ce qui s'offre aujourd'hui en matière de textes contemporains, sans oublier les classiques. Une cave superbe pour accueillir des lectures, des rencontres, des débats, un lieu culturel dynamique animé par Soazic Courbet et Léonie Lasserre depuis janvier 2012.

La pièce d'Arrabal met en scène 4 personnages: Dali, Picasso, Gala, Dora Maar. Formidable confrontation prenant le contre-pied de tout ce qui se dit sur l'un et l'autre. Le pas encore communiste stalinien Picasso est un conservateur et un imposteur avec sa Fée électricité renommée Guernica, 4 jours avant l'exposition universelle de 1937. Le pas encore réactionnaire Dali est à ce moment-là un trotskiste, un révolutionnaire et il pousse le castré Picasso à s'engager politiquement et artistiquement. Les comédiens porteurs de ce texte ont été excellents (Camille Dupond, Lola Lebreton, Thomas Debaene, Maxime Sechaud). Une mise en scène avec décor n'ajouterait pas grand-chose.

Dans le débat qui a suivi, Arrabal, fidèle à lui-même, s' est complu avec satisfaction dans des anecdotes concernant un certain nombre de gens, des artistes, des philosophes, des mathématiciens, Dali, Picasso, Wittgenstein, Popper, Mandelbrot, Thom, Prigogine. Cela peut impressionner mais à part l'affirmation que faire se rencontrer de tels personnages débouche non sur l'accord des esprits mais sur le conflit, on ne voit pas le profond intérêt de ces confrontations réelles ou imaginées. Dommage car cela aurait contribué à clarifier peut-être la notion si confuse de confusion qu'Arrabal préfère à celle de hasard.

 

Une moule frites au restaurant Aux moules à Lille est toujours un moment savoureux. Les moules charnues, moelleuses viennent de Hollande et les frites sont faites maison. Bref un moment propice à la discussion sur le panique arrabalien et la confusion, les doigts pleins de sauce. Panique vient de Pan qui veut dire en grec Tout. Le panique arrabalien affirme que le Tout est confus et qu'il ne faut pas chercher à clarifier la notion de confusion. La confusion est en lien avec la mémoire d'une part, le hasard d'autre part. Comme le dit un aphorisme trouvé par hasard par Arrabal : l'avenir agit en coups de théâtre. Un autre aphorisme affirme : la vie est la mémoire et l'homme est le hasard. D'où une définition de la confusion  : état panique par essence qui comme le hasard détermine le temps et l'espace; seule une lecture confuse de la Confusion peut revigorer le cerveau sans oeillères. Et si on n'a pas compris, ces propositions logiques de Jodorowsky sont là pour mettre les points sur les i : A est A, A n'est pas A, A est plusieurs A, A n'est pas A mais a été A, A n'est pas A et n'était pas A, A n'est pas A mais il était et n'était pas A ... On voit comment sans qu'il soit évoqué, Héraclite apporte sa contribution au mouvement panique, un des moments du flux perpétuel, un des moments de l'unité des contraires. Mon interlocutrice a eu du mal à déguster ses moules. Heureusement le nougat glacé est venu compenser.

 

Samedi 23 mars à 16 h, à la librairie Dialogues Théâtre, la séance de lecture de textes tirés du livre Marilyn après tout, a fait le plein de la cave de la librairie (une cinquantaine de personnes), comme la veille pour Arrabal, espace convenant à la culture dans les catacombes évoqué par le Transcendant satrape pataphysicien. Ont été lus Ainsi naissent les addictions de Yoland Simon, la lettre à Marilyn de Denis Cressens, No retourn de François Carrassan, La clandestine de Simone Balazard, Destins de femmes de Sylvie Combe, Waterboy de René Escudié, Le bal des suicidés de Roger Lombardot, la lettre à Marilyn de Marcel Moratal, Le combat de Dominique Chryssoulis plus pour terminer quelques Fragments de Marilyn. Organisée par les EAT Nord-Pas de Calais, cette séance fut très appréciée par le public, conquis par le professionnalisme des comédiens, par la diversité et la qualité des écritures. René Pillot introduisait chaque texte. Ont lus René Pillot, Violaine Pillot, Sophie Descamps, Janine Masingue. Le pot de l'amitié a conclu cette lecture-spectacle dont on trouvera trace sur YouTube. Il faut croire que la magie a fonctionné puisqu'une auditrice m'a dit à la fin qu'elle avait été étonnée de découvrir que Marilyn avait eu une sœur bergère, Fine du Revest.

 

Cette rencontre a incité l'animateur d'une émission de poésie à Radio Campus Lille Poètes mais pas les plombs à m'inviter au pied levé, le lundi 25 à 17 H. Nous nous sommes retrouvés à 6 autour des micros pour me découvrir comme auteur sans lecteur. Ont été lus quelques poèmes de La Parole éprouvée, quelques scènes de L'Île aux mouettes (Janine Masingue et René Pillot) et quelques pages du roman de Cyril Grosse, Le Peintre. Ce fut une émission émouvante pour moi.

On peut la télécharger à ce lien

http://www-radio-campus.univ-lille1.fr/ArchivesN/2013-03-25/17h.mp3

 

Elena's Aria de Anne Teresa de Keersmaeker. J'ai vu ce spectacle de 1987, le dimanche 24 mars 2013 à 16 h à l'opéra de Lille. Durée : 1 h 50. Je ne peux que tenter de décrire ce que j'ai vu et entendu. Silences durables avec absence de mouvements des corps féminins ou avec mouvement des corps. Mouvements sur des airs d'opéra d'abord inaudibles puis devenant progressivement très présents (Lucia di Lammermoor). Mouvements dans l'air pulsé par une soufflerie. Mouvements sur des images de bâtisses soufflées par des dynamitages préparés. Mouvements sur un discours soporifique de Castro. Ces mouvements ou repos, ces poses et pauses m'ont paru les uns dans le relâchement, les autres dans la tension ou l'énergie. Parfois c'est tout le groupe des 5 danseuses qui se déplace à l'unisson, parfois des dissymétries sont proposées : 2 danseuses exécutent les mêmes mouvements chassant de sa place une 3ème danseuse qui s'esquive. Les mouvements sont parfois tirés du quotidien, parfois on a affaire à des poses sophistiquées qui mettent en valeur la beauté plastique de ces corps et de leurs déplacements. Cela est assez répétitif, s'exécutant sur la ligne des chaises du milieu de scène ou sur le cercle dessiné à la craie ou dans le cercle. Bref des variations, des exercices où pendant que certaines travaillent, dansent, les autres se reposent sur des chaises en désordre. La chaise est l'objet omniprésent de ce spectacle, 30 ou 40 pour 5 danseuses. Elles permettent chutes retenues, glissements, enroulements, allongements au sol, rétablissements. Le rideau tombe, 5 chaises sont en avant-scène, les danseuses exécutent à l'unisson sur une sonate de Mozart, une sarabande de postures, positions, à la fois quotidiennes, immédiatement lisibles ou plus abstraites, artificielles. Ce moment est proprement magique, d'une grande beauté et sensibilité. Pour ces 5 minutes, je peux supporter 1 h 45 de propositions au ralenti puis en pleine énergie. Propositions qui en dehors d'une émotion esthétique n'ont mobilisé que mon sens de l'observation pour tenter d'appréhender ce que me proposait la compagnie Rosas. 5 lectures viennent séparer les séquences. Quel mépris pour les textes de Tolstoï et Dostoievskï que de les faire lire par des danseuses inaudibles et inexpressives. Voilà un parti-pris dans l'air du temps, un parti-pris de méfiance envers la parole et le sens. Pourquoi donc avoir autant le souci de la construction, de la structure, pourquoi s'appuyer autant sur la musique qui parle au cœur si c'est pour réduire à rien les pages sans doute sublimes des deux génies russes, évoquant peut-être des déceptions amoureuses. Un spectacle qui m'a fait découvrir de Keersmaeker sans regrets mais sans envie de renouveler l'aventure.

 

Dans le TGV de retour du mardi 26, j'ai lu avec avidité La dernière génération d'Octobre de Benjamin Stora, que m'a offert un des Lillois rencontrés, un ancien de l'OCI comme moi. Ce livre raconte le parcours personnel de Benjamin Stora dans cette organisation. Il tente aussi en historien de réfléchir au mode de fonctionnement de l'OCI. Il me semble qu'il vise dans le mille. Il faudrait bien sûr que d'autres témoignages et analyses viennent conforter ou infirmer ce que Stora repère et pointe. En tout cas pour moi, une référence pour tenter de comprendre 12 ans de militantisme frénétique.

 

JCG

 

Voyage à Paris et à Lille pour Marilyn et Arrabal
Voyage à Paris et à Lille pour Marilyn et Arrabal
Lire la suite

Qui va payer la note ?

26 Octobre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

Voilà une lettre de l'ami Robert, du meilleur cru et du meilleur style, sur ce qui nous attend, tsunami financier et rigueur, austérité, les décideurs d'aujourd'hui comme ceux de demain nous faisant croire que tous vont payer, surtout les responsables de la crise (j'ai lu dans le Nouvel Obs que le PS parle d'une autre rigueur que celle de la droite, déjà ?; que nenni, les payeurs seront toujours les citoyens, les couillons sauf s'ils se mobilisent, s'indignent, occupent ...             grossel

 

GUEULES DE BOIS
ANCRÉES DANS LE TEMPS

 
 
 
« L’Europe et l’euro doivent être sauvés. Mais ce sauvetage ne peut se faire sans les citoyens, qui ne veulent pas être les seuls sacrifiés. Si la crise est systémique, c’est l’ensemble du système financier qui doit rendre des comptes. Pas seulement les chômeurs de Salonique. » écrit Pierre Sergent dans son éditorial, (Libération 20 octobre) le voilà soudé aux appréciations répandues dans la chronique d’Alain Duhamel à la même date, dans le même journal. Ne l’oublions pas  Demorand, c’est lui qui l’affirme, s’inspire des informations fournies par Alain Duhamel, il est donc probable que l’éditorialiste du jour doit connaître et suivre le cap.
Le 20 octobre donc, le cap est orienté conservateur bon enfant et souriant, équivalant à la réaction masquée, la plus pernicieuse, celle qui dissimule le couteau dans la manche. Donc, Duhamel, pervers comme un chat chassant sur la moquette, s’amuse de sa dernière proie, Arnaud Montebourg un « opportuniste flamboyant ». Ne nous arrêtons pas aux détails d’une folle extravagance - Montebourg aurait « des manières et un style Saint Just » ! - s’il pointe les vrais problèmes écrit-il, il n’apporte que « solutions chimériques ». Son « exact contemporain » serait Manuel Valls qui aurait déployé « autant de dons que lui (Arnaud) avec plus de vraisemblance », premier indice de ce que sera la vraie cible ; second indice, « ses trois prestations ont enchanté la fraction la plus à gauche des électeurs volontaires. », discerner le véritable danger et c’est en cela qu’il lui découvre un cousinage avec Mélenchon, ce en quoi il n’a pas tort et chacun l’aura compris sans avoir besoin de recourir à ses explications chantournées . D’ailleurs il y vient, il attaque le dernier paragraphe bille en tête : « La psychologie montebourgeoise n’est cependant pas l’essentiel (il était temps de s’en rendre compte). Ce qui frappe par dessus tout dans ce destin qui s’esquive (aurait-il voulu dire qui s’esquisse ?), qui s’annonce, c’est qu’en somme, lorsqu’on lit de près les textes enflammés de Montebourg et qu’on écoute attentivement ses harangues inspirées, on constate en réalité qu’il prend à l’envers le fameux tournant de 1983. Cette année-là, François Mitterrand avait dû (…) enterrer la politique économique et financière du projet socialiste… », les griffes sont sorties, la souris ou le lézard – vous choisirez – va rendre l’âme. Arnaud revient en arrière et reprendrait les utopies initiales, nous y voilà.
Pour plus d’information voyez le programme, voyez son cadre tel que décrit et fixé par leur porte-parole Canto-Sperber et autres disciples souples, à l’oreille fine. Les bornes à ne pas dépasser, sous quelque motif que ce soit, sont celles qui ont été désignées par le capitalisme devenu trafiquant financier planétaire. François Mitterrand l’aurait « tourné en ridicule » l’Arnaud flamboyant ? Pas de quoi mon bon Maître, n’était le Doge lui-même qui avait ouvert la voie en se dédisant deux ans seulement après son intronisation. A l’envers du vôtre il se ridiculisait mais lui, servi par une verve chatoyante, sut un temps nous enfumer.  A moins que la chose, regardée sous l’angle purement cynique d’un reniement calculé de longue date, nous ayons eu affaire avec le camarade à la Francisque, amicalement côtoyé par les célébrités de la collaboration, à une revanche machiavélique… Cela pourrait au moins provoquer l’ombre d’une inquiétude dans l’esprit du Monsieur. Et chez beaucoup d’autres “socialistes“… dont il reste le grand prêtre.
De sorte que Pierre Sergent écrivant que « les citoyens, (qui) ne veulent pas être les seuls sacrifiés.{…} , c’est l’ensemble du système financier qui doit rendre des comptes. Pas seulement les chômeurs de Salonique. » ne prône rien de moins qu’une justice équitable – pour la forme je parie – assurant que la population grecque est toute entière concernée par le sacrifice, que les chômeurs sont, à leur tour, prêts à consentir des sacrifices – mais qu’auraient-ils encore à sacrifier à part la vie ? -  à condition que « l’ensemble du système » rende des comptes : où habite-t-il ce système dans son ensemble, qu’on lui règle son compte ? Quelle gueule peut bien avoir « l’ensemble du système» ? Son idiome est impénétrable et s’essayer à la pratique risque de donner ceci : « Le taux de pauvreté monétaire ancré dans le temps » pour dire la pauvreté d’en dessous le seuil de pauvreté (954 mirifiques euros par mois rappelle CQFD) ; s’appelait la misère il n’y a pas si longtemps encore.
En l’occurrence comme il apparaît qu’un rapport annuel du Parlement sur le sujet démontre donc que c’est une grande misère française qui se dégage de ces cinq années de règne une ministre, la Bachelot – comme on eut dit la Madelon – vient nous servir à boire et à manger sur le thème : on vient de se prendre en pleine poire une crise pas comme les autres, que notre produit intérieur brute il s’est brutalement affaissé qu’on peut pas dire qu’on s’en est pas sorti comme on pouvait et que voici la preuve par huit : d’abord un recul de 2,7% du PIB qu’il en résulte 225 000 emplois de passés à la trappe et que d’une certaine façon, quoique d’une façon certaine, « le taux de pauvreté monétaire ancré dans le temps s’établit en 2011 à 11,8%. Et le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté ancré dans le temps a baissé de 5% depuis 2007. Ce n’est pas rien. » qu’elle ajoute « En dépit de cette crise majeure, nous avons réussi à ne pas reculer » que ça en est même moins que rien, bravo à la cantinière, la soupe elle était fameuse ! Servie dans Libération le mercredi 19 octobre.
C’est pas tout ça, mais va falloir penser à demander la note. Dans une ambiance viennoise fin de siècle, on vous aura fait valser avec des résultats en lucre candide ; vous permettez ? un tour de piste avec DEXIA par exemple. Elle était notée comme la meilleure il y a quelques mois, bien au-dessus du lot, le “test stress“ l’avait portée aux nues. Cela nous donne dans l’idiome concerné : « Recapitalisée à hauteur de 6,4 milliards d'euros durant la crise financière par la France, la Belgique et le Luxembourg, Dexia a affiché un ratio Tier One de 10,9% dans un scénario "stressé".{…} Ce chiffre de 10,9% est le plus élevé des quatre autres banques françaises testées » (Boursorama.com). Et là vous avez des noms propres - des patronymes ne confondons pas –, capitalistes en chair et en os,  qui surgissent es qualité : coup d’œil rapide sur trois petits tableaux de la galerie des portraits : Pierre Richard, banquier cofondateur de Dexia, avait signé le pacte écologique de monsieur Hulot ; Axel Miller, l’homme du système qui dénonçait les manipulations peu scrupuleuses sur le marché des valeurs, qui sauta en parachute doré de plusieurs millions d’euros ; Pierre Mariani, succède à Axel Miller et frappe très fort, il augmente son salaire de 30% par rapport à celui de son prédécesseur (1 million d’Euros/an). L’homme vécut longtemps dans la proximité de not’ Président. DEXIA, la meilleure d’entre toutes dans la panade et les Mariani et consorts voudraient nous extorquer nos sous pour tenter de survivre… et comme on le voit : ça s’éclaircit tellement mieux en prononçant les noms qui vont là-dessus. C’est très humain, à portée de main ils ne sont pas vraiment du premier cercle, mais tous sans exception ont un nom quelque soit leur grade. Quelques dizaines de centaines et nous des millions, des milliards : nom, prénom, comment avez-vous gagné tout ce pognon ? qu’en avez-vous fait ? que savez-vous faire à part ça ?
C’est trop simple, je sais, mais l’esprit général de notre “cap“ est celui-là. Et quand nous lisons « Le CAC 40 galvanisé par des espoirs de soutien de la FED » (La Tribune 1er septembre) derrière l’acronyme lesquels agissent, lesquels se cachent, lesquels manipulent ? Lesquels finiront par faire replonger le CAC après avoir profité de la relance galvanisée par eux-mêmes ?
Autrement que voyons-nous ? En chair et en os un type comme Le Guen (Jean-Marie), par exemple, le meilleur copain lieutenant de DSK du temps où Dominique marchait sur l’eau et qui depuis a dû manœuvrer rapidement pour se retrouver dans le sillage du Hollande gagnant ; ce type là lâchait quelques propos édifiants en plein mois d’août au Nouvel Observateur en voici la quintessence : « Dire la vérité aux Français (aïe !), leur expliquer (aïe ! aïe !) la nécessité de plus de rigueur, leur faire prendre (des vessies pour des lanternes ?) la mesure des dangers que court notre modèle (modèle ? Vous avez dit modèle mon cher cousin !), ce n’est pas forcément les assommer (pas forcément mais on peut essayer quand même… ?). {…} Mais dès lors que (la voie de la remobilisation) est vraiment expliquée et qu’elle est équitablement répartie… » là il doit s’arrêter, inutile d’en dire plus. Monsieur Le Guen nous vous avons trouvé un CDI de chef des ventes aux farces et attrapes 13ème mois et sécurité sociale assurés, salaire raisonnable au-dessus du SMIC. Il le mériterait à peine, c’est ce que nous pensions après avoir lu qu’il fallait désormais éviter l’écueil « du bon vieux discours redistributif cher à la social-démocratie des années 1970. Le socialisme des frontières et des allocations était moins que jamais sa tasse de thé (à Dominique, il répondait pour lui). » C’est qu’en matière de rigueur il en connaît un rayon le compère, 4 jours de cellule privée dans l’Etat de New York, ça force l’admiration. Il s’est fait tout seul le type Strauss-Kahn, ou presque, avec son pote Le Guen.
 
Alors il devient évident que prenant connaissance de ce qui suit, l’horizon leur paraîtra sombre et orageux :
« Le Caire. Les Comités populaires invitent les citoyens “à prendre conscience de leurs droits.
 Loin des débats constitutionnels et des discussions sur le découpage électoral qui déchirent la classe politique, ils mobilisent au quotidien les habitants des quartiers sur leurs préoccupations premières. Gaz, sécurité, logement, contrôle des prix, santé, éducation, télécommunication, salaires minimums, vote : leurs membres sillonnent les rues pour collecter les signatures, s’attablent aux cafés pour impliquer les gens dans des actions concrètes pour la défense de leurs droits et leur expliquer les enjeux électoraux » (Le Monde, 11/12 septembre 2011). 1905 St Petersbourg, c’était déjà à peu près la même chose… Madrid, Barcelone, il y a peu, quelque chose s’en approchait…
 
…et au fronton de l’Abbaye de Thélème ce passage retient encore l’attention :

Ci n’entrez pas, vous usuriers chichars,
Briffaulx, léchars, qui toujours amassez

Et entassez, poltrons à chiche face :
La male mort en ce pas vous défasse !
 
Rabelais ;Gargantua, livre I.
 
Il y a si longtemps déjà… Changera, changera pas… Convenons au moins que la langue de Rabelais était vraiment à la hauteur de l’engueulade et de la flagellation quand notre verbe policé ne peut que les susurrer.
 
Robert
 

Lire la suite

L'insolite traversée du Bateau Lavoir le 25 octobre 2015

27 Octobre 2015 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #écriture

imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/

imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/

aujourd'hui, ce blog a 11 ans

270 articles publiés (le blog est nettoyé, deux fois par an)

380904 visiteurs uniques (pas de robots)
802746 pages lues
2,1 pages par visiteur en moyenne

deux Haïkus de Moni Grego pour mon anniversaire

Jean-Claude ne voit rien
n'entend rien
l'éternité le berce.
*
Le bus 67
est comme vide
sans Moni et lui...

L'insolite traversée du Bateau Lavoir

le dimanche 25 octobre 2015

Pourquoi est-ce que je me retrouve là, au Bateau Lavoir, ce dimanche 25 octobre 2015 en milieu de matinée grise ? Quels hasards m'ont conduit pour mes 75 ans, là, enfin ce qu'il en reste, rien, là où Pablo passa, il l'a dit, les années les plus heureuses de sa vie, de 1904 à 1909, là où il fêta pendant 6 ans, ses anniversaires, un 25 octobre ?

Il semble que l'expression insolite traversée qui a traversé mon esprit a été le déclencheur de la balade et de l'écriture. L'Insolite Traversée fut le nom de la compagnie de théâtre du fils disparu en 2001. Avant cette appellation, ce fut L'Insolite Traversée des Siècles.Traverser l'espace, traverser le temps, quels programmes ! Ces appellations, appels à voyager, du sur place au plus lointain, m'habitent et m'incitent aux coïncidences.

J'aime les coïncidences. Il suffit de les chercher et elles se rappliquent. C'est clair, tout est relié, des petites toiles d'araignée bien planquées dans les coins aux infinies chevelures des galaxies visibles de tous par ciel bien dégagé.
Pablo et moi, nous sommes reliés, liés. Quand je lève ma coupe, ses œuvres, ses portraits viennent me présenter leur audace et leur énergie créatrice.

Imagine. Années 1900. Un immeuble en dénivelé sur les pentes de Montmartre. Un immeuble en bois. Logements transformés en ateliers d'artistes. Le proprio faisait-il payer ou pas, négrier des artistes aux poches trouées ?

Imagine. Débarquent des Italiens puis des Espagnols, des Méditerranéens quoi. Sang chaud. Discussions sans fin sur la peinture, sur l'art. Disputes. Castagnes. Beuveries.

Le monde des artistes n'est pas un monde tendre. Monde de passions et de passionnés, de torturés torturant leurs instruments.

Monde de désordre. Quel bordel dans les ateliers de la plupart des artistes, un capharnaüm !Les plus géniaux, paradoxe, rangent, nettoient leurs pinceaux.

  • Je te dis que je ne suis pas là devant la toile pour reproduire le réel.

  • Et moi, je te dis que je ne suis pas là pour rester dans le cadre.

Le plus célèbre du Bateau Lavoir, le Pablo, né le 25 octobre 1889, un Scorpion de première, destructeur-créateur, sexe et vitalité, regarde-le sur les photos. Il pose, en short, poitrail découvert, jambes écartés, en position de lutte, pour intimider.

C'est dans cet immeuble en bois, labyrinthique, étouffant l'été, glacial l'hiver, que s'inventa le cubisme. Entre octobre 1906 et juillet 1907, Picasso peint Les demoiselles d'Avignon, œuvre inspirée par un bordel de Barcelone.

Les déracinés de Collioure, Derain, Matisse, inventeurs du fauvisme, comprennent vite que le Catalan, l'Espagnol est loin devant. Matisse essaiera de s'imposer. Cette confrontation à distance fera bouger les lignes, on va aller de révolution esthétique en révolution esthétique en quelques années.

Ce 25 octobre 2015, en milieu de matinée grise, je tente une insolite traversée de l'espace montmartrois, une insolite traversée du temps du Paris d'hier. Je sais que tout instant, tout présent passe, ne reviendra plus, never more. Je sais aussi depuis peu, que, tout instant, tout présent passé, il sera toujours vrai qu'il a eu lieu, vérité éternelle, for ever. Ce qui veut dire qu'indépendamment de nous, infalsifiable, incomparable, unique s'écrit un livre, métaphore, de notre naissance à notre mort, notre livre pour l'éternité. Ce livre de nos instants, de nos émotions, de nos sentiments, de nos pensées, fabuleux réservoir d'informations, d'énergies, de souffles, se disperse-t-il soufflé par d'autres souffles ? Quels brassages d'énergies et d'informations s'effectuent tout près de nous, très éloignés de nous, aux confins ?

Je me balade autour du Bateau Lavoir et le long des nouvelles coursives où se distribuent les nouveaux ateliers d'artistes, 25, depuis la reconstruction en béton, en 1978, de l'édifice détruit par l'incendie de 1970, la tête pleine de ces questions métaphysiques, l'esprit en éveil, prêt à capter ce qui pourrait se présenter comme intuition, évidence.

La topographie est stupéfiante.

À l'est, l'impasse Hors champs, d'Orchampt.

Au nord, l'impasse Beurk, Burcq.

À l'ouest, la pentue rue Garreau, Garrot avec l'entrée publique du Bateau Lavoir.

Au sud, la place Émile Goudeau, Godot. 5 bancs publics pour se bécoter, sandwicher. Les gens s'y installent, attendent, L'attendent. Moi, je ne vois rien, n'attends rien, je vis l'éternité d'une seconde Bleu Giotto, seconde après seconde.

Pentue, la place en pavés ne permet pas de danser le tango.

J'en ai une folle envie pourtant ce 25 octobre 2015 en pensant à l'épousée, disparue depuis déjà 5 ans mais si présente.

Ce coin de Montmartre, c'était donc, c'est toujours un coin tranquille, rural, champêtre en 1900, touristique en 2015. On y piétonne. Très peu de circulation. C'est reposant.

Au fond de Hors champs, la somptueuse maison où Dalida s'est suicidée.

Au début de Hors Champs, côté gauche, 4 ateliers d'artistes, vraisemblablement sauvés de l'incendie. Quel foutoir, confirmé par ce que l'on voit quand on descend le grand escalier extérieur, à l'intérieur du domaine au jardin privatif jouxtant le square Beurk où s'ébattent les enfants du quartier pendant que dans le jardin se disputent deux chats, habitués des lieux, pendant qu'une rose blanche se laisse faner sur sa longue tige.

Je n'arrive pas à imaginer le Bateau d'hier, à rencontrer les fantômes bien vivants qui ont vécu là. Picasso, Modigliani, Braque, Juan Gris, Utrillo, Matisse, Derain, Léger, Dufy, Van Dongen, Brancusi, le douanier Rousseau, Max Jacob, Apollinaire, Jarry, Radiguet, Gertrude Stein, Dullin, Mac Orlan, Marie Laurencin, Cocteau...

Ce n'était pas le temps de la parité et pourtant les femmes faisaient partie de ce monde de mecs, souvent très portés sur les parties de jambes en l'air. Certaines ont même été des muses, des inspiratrices.

Le bois est devenu béton.

Grilles, codes.

Portes des ateliers fermées.

Grilles des ateliers cadenassées.

Baies vitrées aux rideaux tirés.

Le Bateau Lavoir d'aujourd'hui sent le petit, le renfermé, le replié sur lui. L'impression d'inertie est pesante. Mais ce n'est qu'une impression. En rencontrant deux artistes dans leurs ateliers, je me rends compte que le Bateau Lavoir vit.

Imaginez ! le mur de la photo de couverture de l'article, vers 1906, avant l'incendie du Bateau Lavoir de 1970, c'est le mur où furent peintes Les demoiselles d'Avignon; nous sommes dans l'atelier du peintre François J. qui donne sur le jardin intérieur; belle lumière par la grande baie vitrée; François J. me prête Picasso au Bateau Lavoir de Pierre Daix; nous n'avons pas oublié Pablo quand nous avons fêté les anniversaires, lui étant né le 25 octobre 1889

Ce 25 octobre 2015, en milieu de matinée grise, je me dis : tu as eu raison, le hasard aidant, les coïncidences t'y incitant, à transhumer de la Méditerranée à la Butte Montmartre avec tes livres pluriels, avec les auteurs vivants qui ont écrit dedans, avec les lecteurs prêtant leurs voix aux textes.

Nous avons ouvert le Bateau Lavoir pendant 5 jours de transhumance.

Grilles ouvertes, entrée libre.

Les gens nous ont suivi dans la salle d'exposition aux murs d'un blanc qui pète à la gueule.

Sur le sol gris de la salle d'exposition, nous avons déposé les noyés du cimetière marin qu'est devenu la mare nostrum.

Pendant 5 jours, ils ont trouvé refuge au Bateau Lavoir et nous avons dit, pour eux, leur refus de crever dans les guerres de là-bas.
L'art a-t-il encore une place au Bateau Lavoir ?

Le soir, vers 21 H, dans un restaurant d'autoroute, à Beaune

lu sur une assiette un artiste est un mouton qui sort du troupeau;

c'était mon assiette d'un soir à Beaune; j'ai mis du temps à me rendre compte qu'il y avait une inscription sur le pourtour de l'assiette; s'offrait à moi cette formule, le jour de mon anniversaire; ce n'est pas moi qui avais choisi l'assiette mais l'assiette qui m'avait choisi; dès qu'on veut les voir, les coïncidences rappliquent pour nous signaler que tout est relié.

Jo Cassen Un artiste est un mouton, quelquefois enragé, qu'il en soit ou y aspire, à rejoindre le troupeau, le plus souvent, c'est le troupeau qui le rejette.... Comme tous les troupeaux... états amorphes tétanisés.

Jean-Claude Grosse oui, ça peut se lire ainsi aussi

Déroulement de la Transhumance

au BATEAU-LAVOIR

6 rue Garreau, métro Abbesses

entrée libre

MARDI 20 OCTOBRE

16 h. - Exposition : œuvres d’Aïdée Bernard et couvertures chauffantes personnalisées de Marc Israël-Le Pelletier.

- Exposition/Vente des livres pluriels édités par Les Cahiers de l’Égaré.

- ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de Moni Grégo. De Picasso à Max Jacob, de Gertrude Stein à Mac Orlan, et tous ceux qui hantent le Bateau-Lavoir… être artiste : grâce ou malédiction

19 h.

À la mémoire des noyés du Cimetière Marin « Mare nostrum »

choix des textes : Gérard Lépinois, mise en espace : Philippe Chemin.

Auteurs lus : Gérard Lépinois, Marina Damestoy, Carlos Franqui, Moni Grégo, Claudine Vuillermet, Jean-Claude Grosse, Didikeulalie Didika Koeurspurs

Textes lus par : Katia Ponomareva, Benoît Rivillon, Claire Ruppli, Jeanne Chemin, Brigitte Saussard, Philippe Chemin (15 mn)

« Refus Refuge » texte sur les migrants de Marina Damestoy

Lu par : Claire Ruppli, Benoît Rivillon (15 mn)

Projection d'un extrait de film, le show Falstaff by Orson Welles (6 mn)

Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Envies de Méditerranée » : fragments de 4 mn des textes de : Marcel Conche, Moni Grégo, André Morel, Pauline Tanon, Danielle Vioux.

Lus par : Moni Grégo, Katia Ponomareva. (20 mn)

MERCREDI 21 OCTOBRE

16 h. - ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de Jean-Claude Grosse. « L’insolite traversée du Bateau-Lavoir ».

19 h. - Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Marilyn après tout » : fragments de 4 mn des textes de : Aïdée Bernard, Gilles Cailleau, Dasha Kosacheva, Marcel Moratal, Benjamin Oppert.

Lus par : Moni Grégo, Claire Ruppli.

Projection d'un extrait de film, scène finale du Quichotte de Wilhelm Georg Pabst (8 mn)

- Performance Et puis après j'ai souri : Rosalie Barrois et Katia Ponomareva.

JEUDI 22 OCTOBRE

16 h. – Débat « Les artistes et l’argent » animé par Moni Grégo.

19 h. - Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Diderot pour tout savoir » : Les 6 suites Diderot avec la série de portraits de Diderot de Van Loo.

Lus par : Marc Israël-Le Pelletier, Benoît Rivillon, Moni Grego

Projection d'un extrait de film, the impossible dream d'Arthur Hiller (8 mn)

VENDREDI 23 OCTOBRE

19 h. -

Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Cervantes Shakespeare » : fragments de 4 mn des textes de : Julien Daillère, Sabine Mallet, Benoît Rivillon, Claire Ruppli, Claudine Vuillermet.

Lus par : Claire Ruppli, Benoît Rivillon.

Projection d'un extrait de film, Quichotte de Grigori Kozintsev (6 mn)

- Performance : Slams par Shein B dont un slam sur le 17 octobre 1961

SAMEDI 24 OCTOBRE

16 h. - ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de René Escudié « Anniversaires » et Henri Gruvman "Rêveries sur les paysages du Douanier Rousseau"

19 h. –

Projection d'un film de Henri Gruvman, Bol de jour suivi d'un texte d'Henri Gruvman (15 mn)

Lectures buissonnières de René Escudié dont Cépages (15 mn)

« Versailles découverte » film de Philippe Chemin (20mn)

19 h 50

- Performance : « Moni and Amy women in black » Hommage à Amy Winehouse par Moni Grégo. Images : Laurence Gaignaire (10 mn).

20 H 15 - Soirée de clôture pour les anniversaires de : René Escudié, Jean-Claude Grosse, Henri Gruvman et Pablo Picasso.

Transhumance est une manifestation initiée par Les Cahiers de l'Égaré et la filiale Méditerranée des Écrivains Associés du Théâtre, avec le soutien à une faible majorité du CA des EAT (décision du 7 octobre: paiement des droits d'auteurs)

Bilan :

ateliers d'écriture : 4 ateliers dont un à quatre mains, 6 participants en moyenne

sous la direction de Moni Grego : « De Picasso à Max Jacob, de Gertrude Stein à Mac Orlan, et tous ceux qui hantent le Bateau-Lavoir… être artiste : grâce ou malédiction ? »

sous la direction de Jean-Claude Grosse. « L’insolite traversée du Bateau-Lavoir » et « Lettre d'imprécation aux prédateurs, charognards et salauds de toutes espèces dont nous, complices et soumis, responsables du désastre en cours d'achèvement »

sous la direction de Henri Gruvman. « Rêveries sur les paysages du Douanier Rousseau » et sous la direction de René Escudié. « Anniversaires ».

textes lisibles sur le site des écritures nomades

http://ecrituresnomades.weebly.com/

débat sur l'argent et les artistes : 15 participants, débat très animé et argumenté, sans solutions dans une situation difficile où les luttes bien qu'existantes ne trouvent pas d'issues politiques ; parmi les présents le directeur de la communication du PCF et un représentant de Cassandre

exposition : œuvres d'Aïdée Bernard et couvertures de Marc Israël-Le Pelletier ; expo visitée par des gens du quartier (une dizaine) plus les spectateurs des soirées

visite de deux ateliers de peintres du Bateau Lavoir : Claire et François

soirées : le 20, 40 personnes, le 21, 22, le 22, 13, le 23, 22, le 24, 80 soit 177 participants ; à noter, la présence de la vice-présidente des EAT, d'un membre du CA des EAT, du responsable de la revue Cassandre, d'une dizaine d'auteurs EAT

40 textes d'auteurs vivants lus; 34 Cahiers de l'Égaré, 9 collection privée du Capitaine vendus.

merci, grand merci à tous ceux qui ont participé à cette aventure, en particulier à Marc Israël-Le Pelletier, notre référent pour l'accès à la salle d'exposition du Bateau Lavoir.

L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
Lire la suite

Gilles et Bérénice de Gilles Cailleau

8 Novembre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Le livre de Gilles Cailleau est paru lundi 10 octobre. Il sera disponible pour les représentations du spectacle à La Garde du 12 au 15 octobre et pendant la tournée du spectacle.
Bonne chance au livre et au spectacle. JCG

 

 

 

couv-GILLES BERENICE complet

 

EN GUISE DE POSTFACE POUR GILLES ET BÉRÉNICE


Les grandes tragédies classiques sont interprétées la plupart du temps par des acteurs d’expérience. Il est rare de jouer Phèdre, Hermione ou Oreste à 20 ans. Chemin faisant, on en oublierait que les histoires que ces textes racontent sont celles de très jeunes gens.
Ni Bérénice, ni Titus, ni Antiochus n’ont plus de 19 ans, ce sont des gamins que la vie bouscule. Ils vivent leur premier amour. Leur première déception. Imaginez Titus : il perd son père, on le bombarde empereur... Et ces trois gosses, le monde est à leurs pieds, alors! ce qu’il leur faut faire d’efforts pour ne pas attraper la grosse tête.
Bien sûr, ils s’aiment, mais ils ne savent pas faire. À chaque fois qu’ils se parlent, ils se vexent.
Et c’est ça qui est magnifique et mystérieux dans BéréNICE, l’implacable adresse du langage de racine, dans laquelle s’incarne la maladresse incroyable de ses héros. Dans cette langue si pure, ces 2 garçons et cette fille bafouillent. Ils cafouillent en alexandrin. La poésie de la pièce, ce n’est pas la pureté de son langage, c’est le mariage improbable entre des contraires : la perfection du langage et le bredouillage des sentiments.

Peut-être alors cette tragédie, on le lui a assez reproché, n’est que l’histoire d’une brouille amoureuse... Mais comme elle arrive à des adolescents, elle suffit à effacer le monde. Ce qui m’amène à l’autre secret de la pièce.
On les compte sur les doigts de la main, les tragédies où personne ne meurt à la fin. La tragédie, on le sait depuis Eschyle et Sophocle, c’est l’opposition des irréconciliables. Antigone doit choisir entre sa loi et la loi. Elle en meurt et tous autour d’elle. Ici, les mêmes choix agôniques. « Je t’aime » est interdit. Mais pourquoi, alors que Roméo et Juliette meurent de ce même amour interdit, Titus, Bérénice et Antiochus y survivent ?
Peut-être pour la même raison que nous survivons, nous, la plupart du temps, à nos chagrins. Si l’auteur tragique simplifie la vie en tirant les conséquences de nos douleurs et de nos choix, nos existences sont plus compliquées. On ne peut pas mourir à chaque chagrin d’amour, on se relève... Bref ! La vie malicieuse repousse comme du chiendent sur nos cœurs anéantis.
D’ailleurs, qui-ce qui est le plus tragique dans nos défaites ? Le matin le plus difficile, est-ce celui où on s’est quitté, ou celui, quelques mois après, où on se réveille en s’apercevant qu’on n’en souffre plus ?
Et c’est ça le courage de Racine dans Bérénice. Il ne simplifie rien, il ne se débarrasse de personne. Bérénice, Titus et Antiochus, on le sait, vont devoir vivre avec leur douleur, mais leur véritable douleur, celle dont ils ne parlent jamais, parce qu’elle leur est intolérable, c’est qu’ils savent déjà qu’ils vont passer à autre chose, s’apaiser, en aimer un ou une autre...
Si ces trois gamins apprennent quelque chose, c’est le courage de vivre.
 

 

Gilles Cailleau le 13 septembre 2011

Lire la suite

Partis en avion le 11 septembre 2001, pour toujours le 19 septembre

11 Septembre 2017 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer
photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer

photos prises à Cuba pendant leur dernière semaine du 12 au 19 septembre 2001; photos exhumées et scannées 15 ans après; photos prises par Nadia qui a su nous retrouver et nous les communiquer

Le 11 septembre 2013, je participe à la mensuelle de rentrée des EAT (Écrivains associés du Théâtre) à la Maison des Auteurs à la SACD. Je pense à eux, d'autant plus qu'est invité un des EAT, Serge Sandor, qui intervient artistiquement à Cuba depuis 1997. Il évoque son projet de festival francophone à La Havane en 2014. Je le distrais en fin de réunion pour lui parler de "notre" 11 septembre 2001 qui mêle Histoire et histoire, New York et La Havane. Le hasard me tend-il une perche ?
Épitaphier prolixe de "mes" disparus, j'ai évité Cuba dans mes récits et légendes. J'ai transporté à l'est, au Baïkal, à 10000 km de chez moi, ce qui s'est passé à 10000 km à l'ouest, à Jaguey-Grande, transformé en accident d'apnée ce qui fut accident de bagnoles. N'a survécu qu'un texte écrit à 10000 km au sud, à Johannesburg, en 2002 et achevé en 2010, Deuils ou l'Invitation à la Vie (voir plus bas). J'ai choisi le Baïkal où Cyril créa son dernier spectacle (C'est possible) ça va ou l'un de nous est en trop et où est édifié son mémorial et esquivé Cuba où il préparait Père de Strindberg. 
La nuit du 11 au 12 septembre 2013, à cause de cette courte rencontre de hasard qui faisait resurgir, Cuba, La Havane, fut nuit de récits multiples. J'ai écrit comme ça m'arrive parfois, poussé par une pulsion née du désir sans retenue de parler d'eux. Écriture sans mots écrits, rêvés, mais je savais que c'était là pour les jours et semaines à venir. Ce fut une pulsion d'écriture qui dura jusqu'en février 2014, sous le titre Tourmente à Cuba. Le texte soumis anonymement au comité de lecture des EAT a été retenu pour le répertoire des EAT. Des lectures ont été faites dont une magnifique au Théâtre de l'éclipse à Paris avec Moni Grego, Marc-Michel Georges, Benoît Rivillon, Lola Rosky Gingembre et Elie Pressmann. Une autre eut lieu chez moi avec Sophia Johnson, Jacques Maury et moi. Le titre est devenu pour l'édition de novembre 2014, L'éternité d'une seconde bleu Giotto.
Cuba, que j'avais occulté pendant 12 ans, est au coeur du texte comme à la fin, le Baïkal. J'ai réussi à réconcilier les deux lieux, de vie et de mort. En même temps que s'y ouvre une perspective inouïe : nos oeuvres immatérielles sont éternelles, toute seconde qui passe, pleine de pensées, d'émotions, never more, il sera toujours vrai qu'elle a eu lieu, for ever.
Le prolongement de cette intuition, c'est un texte écrit cet été : Dis pépé, le feu rouge, il est vert, texte écrit à partir d'une phrase de Cyril qu'il disait vers 8 ans, dis papy, le feu rouge, il est vert, texte écrit avec Rosalie, ma petite fille, dont la facilité à magnifier les mondes par la magie m'impressionne. Ce texte sera lu chez moi, le 19 septembre 2016 à 19 h pour quelques amis et professionnels comédiens et metteurs en scène. Cela veut dire que j'ai renoncé à aller à Cuba pour ce 15° anniversaire. J'avais eu ce projet de lire Tourmente à Cuba au milieu du carrefour à Jaguey-Grande et à la Maison Victor Hugo à La Havane. N'ayant eu aucun signe venu de Cubains sollicités, je préfère renoncer définitivement à Cuba. Ce ne sera pas le cas du Baïkal où j'irai avec mon prochain projet, Ma dernière bande (ou Mon dernier branle), à entendre aussi dans son sens sexuel.
 
JCG, le 11 septembre 2016
 
 

Ils sont partis en avion

le 11 septembre 2001

pour toujours

le 19 septembre 2001

 
michelcyril.jpg
 
Cyril G. et Michel B., le neveu (écrivain, metteur en scène et comédien) et l'oncle (artiste-peintre) sont partis pour Cuba le 11 septembre 2001, l'oncle pour peindre, (en 7 jours, il peindra une cinquantaine de gouaches), le neveu pour se préparer à la mise en scène de Père de Strindberg avec Anne Alvaro et François Marthouret entre autres acteurs, pièce qui sera créée malgré sa disparition fin février 2002 au Gymnase à Marseille et tournera pendant deux ans.
Michel B. arriva le 10 septembre au soir à Paris, logea chez Cyril G.
Avant de quitter le casot, son atelier à Saint Jean Pla de Corts dans les Pyrénées orientales, face au Canigou, il écrivit un testament holographe, non prémonitoire mais pour être en ordre et mettre de l'ordre au cas où... léguant 1/3 de son oeuvre à sa soeur Annie, 1/3 à son fils, 1/3 réparti entre ses amis, testament que nous avons trouvé sur la table du casot le 6 octobre.
Ils passèrent la soirée du 10 septembre avec Bébé, un ami  de Cassagnes, un des collectionneurs de Michel B., dans le bistrot rouge de la rue de l'épée de bois dans le V°.
Ils quittèrent Orly vers 12 heures le 11 septembre 2001 pour Madrid.
Arrivés à Madrid, l'escale qui devait durer 3 heures se prolongea pendant 13 heures à cause des attentats du 11 septembre. Ils furent installés dans un salon VIP. La plupart des passagers, apprenant la nouvelle, rebroussèrent chemin. Eux, décidèrent de poursuivre le voyage qu'ils firent en compagnie de Nadia, une psychologue rencontrée dans le salon. 
Ils arrivèrent à La Havane le 12 septembre au matin au lieu du 11 au soir. Le logeur qui les avaient attendu à l'heure convenue n'était plus au rendez-vous. Ils s'installèrent donc dans la vieille Havane chez un logeur que connaissait Nadia.
Elle prit des photos d'eux pendant la semaine où ils restèrent à La Havane, se rendant tous les jours à la plage de Santa Maria où Michel B. réalisa sur du papier de tapisserie qu'il avait préparé avant de partir  des gouaches pétulantes de vivacité et de couleurs. Les dernières gouaches sont datées du 18 septembre 2001. Par Nadia, une chance dans le malheur, nous avons su que ce fut une semaine très vivante.
Le 19 septembre, ils prirent la route dans une voiture louée, accompagnés de Lily, une jeune femme rencontrée par Michel B., et de sa mère qu'ils devaient déposer à Sanctu Spiritu avant de poursuivre sur Trinidad où Michel B. souhaitait rencontrer la lumière de cette petite ville célèbre, patrimoine mondial de l'Unesco. 
À Jaguey Grande, un carrefour surnommé carrefour de la mort (entre deux routes perpendiculaires) fut le lieu  de leur tragique disparition. Tous les quatre périrent dans la collision entre leur minuscule voiture et l'énorme poids lourd d'origine russe qui les percuta par le côté gauche. C'était le 19 septembre 2001. Il était 16 heures.
Le 5 novembre, un ouragan, l'ouragan Michel, détruisait toute la signalisation du carrefour, signalisation sans doute responsable de l'accident. Les photos prises par Annie, sa mère, de cette signalisation puis de la nouvelle signalisation, n'ont toujours pas été utilisées, l'état cubain se refusant de toute évidence à reconnaître sa responsabilité d'où d'innombrables démarches depuis 7 ans, vaines mais entreprises quand même.
Nous avons attendu jusqu'au 27 septembre vers 17 heures, date de leur retour prévu, pour commencer à téléphoner chez Cyril à Paris puisque nous avions convenu qu'ils ne nous appelleraient pas pendant leur séjour de deux semaines à Cuba.
N'obtenant que le répondeur à chaque tentative, nous  nous inquiétons de ce silence qui ne sera levé que le 28 septembre à 17 heures quand le maire du Revest viendra nous apprendre la nouvelle en même temps que les gendarmes.
Malgré nos recherches et demandes d'explication, nous n'avons jamais su pourquoi l'ambassade de France et le ministère des affaires étrangères ont mis autant de temps pour nous faire prévenir alors que leur logeur apprenait la nouvelle 1/2 heure après.
Nous faisons alors en sorte que la compagne de Cyril, Dasha B. qui arrive d'Oulan Oudé en Sibérie via Moscou à 23 heures, ce 28 septembre, soit accueillie à Roissy par des amis de Cyril G.. Elle s'en souviendra dans ce qui est devenu le monologue de Dasha dans le spectacle Mon pays c'est la vie, créé en mai 2004 à la Maison des Comoni au Revest, mis en scène par Katia P., la soeur de Cyril.
Le 29 septembre, arrivée au Revest de Katia P., Vitya P. et Dasha B.
Recherche d'un avion pour La Havane afin d'identifier les corps et d'organiser leur rapatriement. Pas de place en tourisme donc classe affaire. Je ne savais pas que j'aurais pu faire valoir le caractère prioritaire de la demande.
Départ le 30 septembre de Katia, la soeur, Annie, la mère et Fred Andrau, l'ami, pour La Havane.
Identification des corps le 1° octobre.
Rapatriement des corps le 3 octobre, La Havane-Paris-Marseille.
Arrivée des corps au funérarium par la route, le 5 octobre depuis Marseille.
Obsèques le 6 octobre à 15 heures 30 à Corsavy où ils reposent. Il n'y a jamais eu autant de monde dans ce village de 200 habitants.
Le 6 octobre, à 19 heures 23, sur le chemin du cimetière à Corsavy, je vois un "bolide", un météorite fulgurant, alors qu'il fait encore jour, trace de 2 cm d'épaisseur, course de 90 à 100 cm, couleur bleu-vert pastel. Pour moi,  c'est leur lumière.
13 octobre 2001, après-midi, soirée et nuit d'hommage à Cyril G. et à Michel B. à la Maison des Comoni au Revest. Un monde fou et de l'émotion, Annie et moi consolant les gens plutôt qu'étant consolés mais ce partage fut un grand moment suivi de la gueule de bois, la journée suivante, quand nous nous sommes retrouvés seuls, entre nous.
Annie et moi sommes allés à Cuba, un mois, en août 2002. Annie y est allé 4 fois encore entre 2003 et 2008. Nous avons aidé financièrement la famille de Lily, durement éprouvée et sommes restés en contact. Nous avions prévu un dernier voyage à deux en février 2011. Las, Annie partait en un mois, deux mois après sa retraite, le 29 novembre 2010. Peut-être ferai-je le voyage prévu, en 2014. J'ai bien fait un an après le voyage à Fribourg que nous avions envisagé. Nous avons accueilli aussi pendant une dizaine de jours la finaliste cubaine d'un concours de l'Alliance française vers 2003-2004, Rosa B., devenue directrice je crois de la Maison Victor Hugo à La Havane. Et j'ai aidé au voyage de la cubaine Yaris pour qu'elle puisse voir son père condamné avant qu'il ne meure. Mon dernier contact avec des Cubains fut au Revest, grâce à Marie Kern-Karine Poirier (auteur de théâtre qui a écrit sur José Marti) qui me fit rencontrer la metteur en scène Doris Guttierrez et son mari, un Français, Jacques-François Bonaldi, traducteur de Fidel Castro et historien des relations entre Cuba et les USA. Doris Guttierrez a participé au lire pluriel sur Cervantes-Shakespeare, cadavres exquis. Tout ça crée des liens et ça explique sans doute la pulsion de la nuit du 11 au 12 septembre 2013.
JCG
 
BOR134.jpg
une des dernières gouaches de Michel B.
Michel Bories, aborigène néo-calédonien
(extrait audio du spectacle Mon pays c'est la vie de Katia Ponomareva)
 
 
Deuils ou l’Invitation à la vie
 
Pour Cyril Grosse (1971-2001),
écrivain, comédien,
metteur en scène de L’Insolite Traversée
et Michel Bories (1949-2001), peintre, sculpteur
disparus à Cuba le 19 septembre 2001
 

 

I -

 

La mère – Pourquoi n’appelle-t-il pas ? Ça fait quinze jours déjà. J’ai peur.
Le père – C’est impossible d’appeler depuis là-bas. C’est brouillé, coupé. Rien ne passe.
La mère – Pourquoi est-il allé là-bas, alors ?
Le père – Pour se couper de tout, quelques jours. Là-bas, les lignes sont tellement mauvaises, à cause des ouragans. Il est injoignable et ne peut joindre personne. Plus de traces.
La mère – Pourquoi se couper de nous ?
Le père – Il ne veut pas se couper de nous. Il veut se refaire une santé, retrouver son identité.
La mère – Comment peut-il se retrouver, s’il fait disparaître les traces, s’il est sans passé, sans projet ?
Le père – Il n’est pas sans passé, sans projet. Il ouvre une parenthèse pour vivre au présent, loin de tout, à 10 000 kilomètres de chez nous.
La mère – Qu’il se dépêche de la refermer !
Le père – Ce n’est pas la première fois qu’il part si loin pour être au plus près de lui. Ça lui prend entre 15 jours et 3 semaines.
La mère – Ça lui arrive trop souvent. C’est toujours trop long.
Le père – Ça pourrait être un idéal de vie, vivre au présent, sans passé, sans projet, une parenthèse qui s’ouvre à la naissance, qui se ferme à la mort.
La mère – Qu’est-ce que tu racontes ? Appelle-le. Dis-lui de revenir de suite.
Le répondeur – La ligne....... dérangement........ signe...... attente...... notre volonté.....
La mère – Insiste.
Le père – Je t’ai dit que les lignes sont mauvaises. Entre deux ouragans, ils essaient de réparer mais ils n’ont jamais assez de temps.
Le répondeur – ......mauvais numéro...... plus de correspondant...... recherche ?
La mère – Recommence.
Le répondeur – ......mauvais numéro. Inutile d’insister. Libérez la ligne pour d’autres appels au secours......
La mère – Refais le numéro.
Le répondeur – .......bon numéro......votre message......
Le père – C’est papa. Dès que tu reçois ce message, appelle. Ta mère s’inquiète.
La mère – Mon chéri, c’est maman. J’espère que tout va bien. Je t’embrasse.

II -


La mère – Pourquoi ? Pourquoi ?
Le père – Pourquoi c’est tombé sur lui ?
La mère – Ce n’est pas vrai. Pas lui. Appelle-le. Dis-lui de revenir.
Le répondeur – ......ligne ...... occupée ...... le 0 ...... automatiquement.  
Le père – Il a dû y avoir un ouragan. Leur central disjoncte.
La mère – S’il y a une chance, je veux qu’on la saisisse. Rappelle-le.
Le répondeur – ...... en ligne ...... signal ......
Le père – Le message a changé .
La mère – Raison de plus. Insiste.
Le répondeur – ..... ne donne pas signe de vie. Renouvelez ....
Le père – Comment savoir la vérité ?
La mère – Je veux que ce ne soit pas vrai. Recommence.
Le répondeur – ...... bon numéro ...... votre demande ......
La mère – Mon chéri, c’est maman. Dis-moi que tu vas bien, que tu reviens, que ce n’est pas vrai. Tu me manques. Je t’embrasse.

III -


Le répondeur – Nous avons pu rétablir les lignes d’urgence. Adressez votre prière.
La mère – Mon fils n’entend plus ce que j’ai à lui dire. Comment lui parler ?
Le répondeur – Le répondeur n’est pas fait pour apporter des réponses.
La mère – À quoi sert-il alors ?
Le répondeur – Le répondeur sert à annoncer la disparition d’un abonné et à recevoir les condoléances.
La mère – Ça ne m’est d’aucun secours. Je veux entendre sa voix.
Le répondeur – En mon absence, veuillez laisser votre message. Je vous rappellerai dès que possible.
La mère – C’est bien sa voix. Mais il n’a plus rien à me dire.
Le répondeur – ...... plus de correspondant...... aide ?
La mère – Aidez-moi à le rejoindre !
Le répondeur – ...... mauvais numéro ..... parti sans retour ..... destination inconnue ......
La mère – Si je ne peux le rejoindre, je peux partir à sa recherche.
Le répondeur – ...... votre destin ..... composez le 0 .....
Le père – Aucune destination ne mène à lui. Il n’est nulle part.
La mère – Il a disparu quelque part, à 10 000 kilomètres de chez nous. Ma place est là-bas. Avec lui.
Le père – Maintenant que nous sommes coupés de lui, pour toujours ?
La mère – Écoute le répondeur.
Le répondeur – Je suis absent pour toujours. Je ne pourrai plus vous rappeler.
Le père – Il faut effacer ce message.
La mère – Non. Pour sa voix.

IV -


Le répondeur – La voix de votre correspondant a été coupée. Elle ne sera rétablie qu’après paiement de l’impayé.
Le père – Opérateur tout-puissant. Il ne nous a même pas demandé notre avis.
Le répondeur – Dans le Contrat, il est stipulé que la voix de tout disparu est coupée et que le solde de son compte est à la charge des héritiers.
La mère – Je t’avais bien dit de ne pas l’informer. On aurait payé sa note et conservé sa voix.
Le père – Être obligé de tricher à cause de l’arbitraire d’un opérateur Tout-Puissant.
Le répondeur – Voulez-vous faire une réclamation ?
La mère – Rends-nous notre fils !
Le père – La voix de notre fils !
Le répondeur – Une voix coupée est impossible à réentendre.
Le père – Pourquoi promettre qu’elle sera rétablie après paiement de l’impayé ?
Le répondeur – Pour obtenir le règlement de l’impayé.
Le père – C’est quoi cet impayé ?
La mère – Il payait régulièrement. Il ne devait rien. Rends-nous le !
Le répondeur – Vous ne teniez pas ses comptes. Moi si. Pour tous les abonnés. Avec rigueur. Il y a toujours une dette. Pour n’importe quel abonné. Qu’il faut récupérer.
Le père – Le paiement de la dette pour le profit plutôt que son annulation par justice.
Le répondeur – Une petite dette multipliée par six milliards d’abonnés, ça fait une faillite retentissante et beaucoup d’injustice.
La mère – Je ne te souhaite pas de perdre ton fils.
Le répondeur – Je l’ai perdu. Sur une croix.
Le père – As-tu payé sa dette ?
Le répondeur – Il a dit avoir payé pour tous, avoir donné sa vie pour tous.
Le père – Il n’y a plus de dettes alors ?
Le répondeur – Pour le savoir, il faudrait arrêter tous les comptes. Qui peut le décider ?
La mère – Ton fils te suppliait de ne pas l’abandonner à la mort.
Le répondeur – La mort est une défaillance passagère.
Le père – On dit qu’il a été ressuscité d’entre les morts.
La mère – Je te prie de nous rendre notre fils.
Le répondeur – Je n’ai pas le pouvoir de rendre ce qui a été pris.
Le père – Pourquoi notre fils ?
Le répondeur – Je n’ai pas la réponse à cette question.
La mère – Dénonce le Contrat. On se passera du répondeur.
Le répondeur – Peut-on se passer du Répondeur ?

V -


La mère – Je suis anéantie.
Le père – Amortis le choc. Pas de réactions. Pas de questions. Fais la morte.
La mère – Il n’a pas mérité ça. Il était si humain. C’est injuste.
Le père – Il n’y a pas de rapport entre son humanité et sa mort. C’est un malheureux concours de circonstances comme on dit.
La mère – La malchance, le hasard, ça ne me suffit pas comme explication ni comme consolation.
Le père – Ces mauvais coups se suffisent à eux-mêmes. En annulant tout. Ce sont de sales coups. Pour rien.
La mère – Méchanceté pure ?
Le père – Le mal, gratuitement.
La mère – Une épreuve sans mise à l’épreuve ?
Le père – Et sans enjeu.
La mère – Pas question pour moi de faire la morte, d’esquiver la réalité. C’est un accident avec des causes, des conséquences, des responsabilités. Je veux savoir comment ça s’est passé. Je pars là-bas.
Le père – Au pays des ouragans déchaînés, des lignes coupées et des vies brisées ?

VI -


La mère – Ça s’est passé à Grand Arrêt, au Triangle de la Mort. Cent routes et chemins se croisent là, on se sait pas pourquoi. On ne sait pas d’où viennent ces routes ni où vont ces chemins, tous en mauvais état, qui traversent des champs d’orangers dont les fruits mûrissent sur pied ou pourrissent par terre. Les panneaux de signalisation, à moitié arrachés par les ouragans, sont illisibles. Les feux de circulation, malmenés par les vents violents, fonctionnent mal ou sont en panne. Quand les panneaux sont lisibles, ils se contredisent. Quand les feux marchent, placés de l’autre côté de la route à traverser, ils ne sont pas synchronisés. Le code de la route là-bas n’est pas respectable. Personne ne sait ce qu’il faut faire. Les poids lourds en profitent pour rouler vite et à gauche. Les véhicules légers et les autres, cyclistes, attelages et piétons, font du slalom entre les nids de poule sur la droite de la chaussée. La circulation est très fluide. Le trafic très réduit. Les autochtones évitent de passer par Grand Arrêt. S’ils ne peuvent faire autrement, ils s’en remettent à la tradition : ils font une prière pour que la Grande Mère les protègent. Les étrangers, attirés par les plages et le soleil et voulant se couper de tout pour se retrouver, sont nombreux à aller là-bas. Et à passer par Grand Arrêt. En proportion, il y a beaucoup d’accidents. Entre étrangers et autochtones. Jamais entre autochtones. Les victimes sont toujours des étrangers, jamais des autochtones. Il n’y a jamais de blessés. Il n’y a que des morts. Des étrangers tués sur le coup dans leurs véhicules légers par des poids lourds chargés d’oranges conduits par des autochtones. On retrouve les épaves et les cadavres dans les champs d’orangers. Les épaves sont détruites à la casse. Les cadavres amenés à la morgue pour identification. Les secours arrivent toujours trop tard. La police ne trouve jamais de témoins. La version officielle d’un accident est toujours la version du poids lourd qui n’est jamais responsable. Les familles des victimes, parce que c’est loin, que c’est cher, qu’il faut faire vite, ne peuvent entreprendre le long voyage pour identifier le corps mutilé des leurs. L’identification est faite par un officiel. Le corps est rapatrié en cercueil plombé. Les familles pleurent leurs disparus sans les voir une dernière fois. Elles font édifier des petits monuments dans les champs d’orangers. On ne les voit pas depuis les cent routes et chemins. Le gouvernement de là-bas, bien qu’informé, estime qu’il ne peut rien faire d’autre que tenter de remettre en état les panneaux et les feux entre deux ouragans. Les gouvernements étrangers, bien qu’informés, estiment qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que de constater les dégâts et proposer sans succès que panneaux et feux soient conformes à la réglementation universelle. Le Répondeur, bien qu’informé, estime qu’il n’est pas en son pouvoir de changer quoi que ce soit à cette situation ô combien conforme à la condition humaine : les étrangers, attirés par les plages et le soleil et voulant se couper de tout pour se retrouver, ne peuvent être que nombreux à aller là-bas et à passer par Grand Arrêt ; Grand Arrêt est aussi le pays des oranges cultivées et ramassées par les autochtones, mangées par les étrangers ; Grand Arrêt est enfin le pays des ouragans. Avec ces données, peut-on faire que ce qui arrive n’arrive pas ?
Le père – As-tu trouvé ce que tu cherchais ?
La mère – Je ne sais pas ce que je cherche. Je le saurai si je trouve. Ce dont je suis sûre, c’est du chemin que je suis, que je dois suivre : être au plus près de ce qui s’est passé, de ce qu’il a éprouvé et le mettre en paroles.
Le père – C’est le chemin de l’amour, un trop court chemin que des vivants ouvrent pour que leurs morts restent vivants.
La mère – Je le préférerais en vie que vivant dans nos cœurs.
Le père – Il ne nous reste que ça. Mais ça nous mobilise tout entier contre l’oubli définitif qui aura quand même le dernier mot.
La mère – Quelle responsabilité te sens-tu par rapport à lui ?
Le père – De mettre en lumière l’ombre portée de sa singularité, son insolite traversée. D’en faire des récits. Nous avions de lui une vision éclatée, une connaissance morcelée. Il nous appartient de le rassembler, de l’édifier.
La mère – Je le préférerais éparpillé mais en vie.
Le père – Il ne nous reste que ça. À mobiliser nos souvenirs et notre imagination. Toi et moi mis pour lui pour échapper au soliloque, tenter un autre dialogue avec lui.
La mère – C’est insensé. La fiction substituée à la réalité.
Le père – Pour redonner sens à notre vie.

VII -


La mère – Savais-tu où tu arrivais ?
Le père – Je ne sais pas, maman.
La mère – Tu arrivais à Grand Arrêt. Avais-tu vu le carrefour ?
Le père – Je ne sais pas, maman.
La mère – Tu étais arrivé au Triangle de la Mort. Savais-tu d’où tu venais ?
Le père – Je ne sais pas, maman.
La mère – Savais-tu où tu allais ?
Le père – Je ne sais pas, maman.
La mère – Ce n’est pas la peine de continuer. Il répondra la même chose à toutes mes questions : avais-tu regardé une carte ? avais-tu regardé ta montre ?
Le père – Il faut persévérer.

VIII -


Le père – As-tu vu le poids lourd chargé d’oranges arriver par ta gauche ?
La mère – Je ne sais pas, papa.
Le père – As-tu freiné ? As-tu accéléré ? As-tu donné un coup de volant à droite ?
La mère – Je ne sais pas, papa.
Le père – Pourquoi as-tu loué un véhicule aussi léger ?
La mère – Parce que c’était le moins cher.
Le père – As-tu compris la signalisation du carrefour ?
La mère – Le feu de l’autre côté de la route à traverser, j’avais déjà vu ça. La balise à ma droite au carrefour, je n’avais jamais vu. Je n’arrivais pas à savoir ce qui était prioritaire : le feu ou la balise ?
Le père – T’es-tu arrêté ?
La mère – Je ne sais pas, papa. On ne peut pas aller loin, comme ça. Il vaut mieux arrêter.
Le père – Il faut oser inventer.

IX -


La mère – Je veux savoir comment ça s’est passé.
Le père – J’étais allé avec mon bel amour du moment, sur la petite plage du nord, celle où il n’y a jamais personne et qui n’a pas de nom. Je l’avais rencontrée au Floridita, rue Obispo, en fumant un Hoyo de Monterrey, comme Hemingway. C’était une fille facile, cherchant l’étranger. Je m’étais laissé trouver pour oublier un peu ma peur de mon autre amour. Nous avions quitté la plage sans nom vers 14 heures. J’avais pris à droite, un chemin que je ne connaissais pas, pas indiqué sur la carte mais qu’elle connaissait, un chemin que n’emprunte personne, sauf elle qui rêve d’aller jusqu’à la grande plage du sud, celle où se trouvent les étrangers mais qui est interdite aux noirs du pays. Nous y serions arrivés vers 18 heures, la bonne heure parce que les blancs auraient été partis et que c’est l’heure de la plus belle lumière sur Trinidad. Nous avions fait cent kilomètres. Il nous restait cent kilomètres et quelques mètres à faire pour pouvoir nous baigner, nous promener, nous faire l’amour sans lendemain.
La mère – Ce n’est pas ça que je veux savoir. Je veux savoir comment ça c’est passé à 16 heures à Grand Arrêt.
Le père – Tu arrives là. Tu chantes à tue-tête, ta main droite entre les cuisses chaudes et noires de ton bel amour de la veille au soir qui te parle une langue étrangère, sa main gauche entre tes cuisses chaudes et blanches. Tu es heureux. Un instant-navire.
La mère – Tu en fais trop.
Le père – Il avait 30 ans. Il était beau. Il aimait l’amour sans retenue que deux corps libres peuvent s’offrir. Il aimait évoquer les instants suspendus qu’il avait connus.
La mère – Évoque-moi l’instant-camion.
Le père – Il se passe. Sans toi. Comme si tu n’étais pas là. Tu vois sans voir le poids lourd chargé d’oranges arriver par ta gauche. Tu entends sans entendre le choc. Tu es passé. Ton bel amour aussi. De l’instant-navire à l’instant-camion. Sans te rendre compte.
La mère – Ce n’est pas possible. Il s’est rendu compte.
Le père – Tu es dans l’instant-navire. Tu es embarqué. Une moitié de toi est encore-là : la main gauche sur le volant, le pied droit sur l’accélérateur. Une autre moitié est déjà ailleurs, en partance pour le somptueux corps d’ébène, ton pied gauche sans vigilance, ta main droite sans réflexe. L’irruption du poids lourd, c’est la surprise totale.
La mère – Qu’il soit mort à cause d’un moment d’inattention
Le père – ce n’est pas un moment d’inattention, c’est un entre-deux. Une moitié de présence au réel : la voiture, la route, les panneaux. Une moitié de présence au désir : son corps à elle, son corps à lui déjà mêlés en rêve.
La mère – Ça me parle. Mais pas ton instant-camion.
Le père – Tu vois sans voir, c’est aussi un entre-deux : tes yeux voient le poids lourd arriver mais ton esprit est captivé par le corps d’ébène. Tu entends sans entendre, ce n’est pas un entre-deux : le moment du choc coïncide avec le moment des traumatismes mortels.
La mère – Je n’arrive pas à me détacher de l’instant-camion. Il me terrifie. Chaque nuit, je le vois arriver. J’entends le choc. Je reçois le coup. Je me réveille en hurlant. Je fais des bonds dans le lit, je donne des coups de pieds pour chasser la vision. J’ai mal partout. Tu essaies de me calmer. Ça réussit plutôt bien jusqu’à l’instant-camion suivant. Dans mon corps, il n’y a de place que pour lui.
Le père – À force de se répéter, l’instant-camion s’épuisera. L’instant-navire pourra jeter l’ancre en toi.
La mère – A-t-il eu peur ? A-t-il eu mal ?
Le père – Tu as peur, tu as mal pour lui. Lui était heureux dans l’instant-navire. L’instant-camion l’a tué sous le coup. Sans s’inscrire dans sa conscience.
La mère – Est-ce qu’il a vu le film de sa vie ?
Le père – Quand l’instant-navire se change en instant-camion, il n’y a pas de film, pas de retour en arrière.
Il n’y a pas de mot

FIN

 
À 10 000 kilomètres de chez nous,
à Johannesburg, 1er-13 avril 2002,
J.-C. G.
 
Il existe encore des possibilités de départs,
d’infimes moments d’absence où se retirer.
Il existe encore dans le reflux des vagues,
des lieux pour rêver, des rues qui sont des ports,
des instants-navires, de longues mers pour changer
d’enveloppe terrestre, de carte d’identité.
Il suffit parfois de prendre à droite,
ce chemin que je ne connais pas. À nouveau.
Voilà, peut-être, le plus beau des titres.
Il suffirait de s’accorder une trêve, un répit.
Suis-je responsable des mouvements de lune ?
Et des courants de la mer ?
Suis-je responsable du temps ?
L’eau et les vagues, le sel, l’écume,
l’horizon inachevé, à nouveau.
 
Texte trouvé dans l'ordinateur de Cyril G.
et lui servant d'épitaphe à Corsavy
 
CYRIL.JPG
 

vidéo du bocal agité d'août 2010 réalisé là où en 2000 au bord du Baïkal, à Baklany, lieu du mémorial qui lui est dédié, Cyril G., l'Insolite traversée et le Molodiojny Theatr' avait créé (C'est possible) ça va ou l'un de nous est en trop

Lire la suite

Épicure en Corrèze/Marcel Conche

11 Novembre 2014 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Oublier, se souvenir

Épicure en Corrèze de Marcel Conche

L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto

Par rapport à ce que nous vivons, que nous soyons directement concernés ou que nous soyons seulement témoins, nous avons deux attitudes possibles, oublier, nous souvenir. Les philosophes ont médité sur le temps, sur la mémoire, sur l'oubli. Il y a ceux qui prônent l'oubli, ceux qui prônent le souvenir.

Les gens ordinaires, de la moyenne région selon l'expression de Montaigne qui s'adressait aux gens de son temps, pas aux élites dont il se méfiait car il se considérait comme un quidam comme un autre, se comportent souvent en oublieux, certains ont le culte de la mémoire, ils se font mémorialistes.

Les sociétés elles, ont des rapports complexes et variées avec la mémoire. L'Histoire est souvent une reconstruction selon les besoins idéologiques du moment. Comment regardons-nous 14-18 par rapport à ceux qui ont vécu, raconté ? En 100 ans, c'est combien de 14-18 différentes qui nous ont été racontées ? Une chose est constatable, la généralisation des commémorations dans nos pays. Servent-elles à ne pas oublier ? à nous éduquer : plus jamais ça ? à tirer les leçons de l'Histoire ? quelle blague ! je me demande si les abondantes commémorations ne masquent pas l'impuissance créatrice de nos vieilles sociétés fatiguées. Bien sûr, il y a comme toujours le business de la mémoire, on escompte des retombées touristiques, économiques sur les lieux de mémoire, les champs de bataille, les musées, les sites rénovés. Le patrimoine est un patrimoine exploitable et exploité. Autant dire que je me détourne de toutes ces ferveurs et ces migrations touristiques.

Marcel Conche n'a pas spécialement d'intérêt pour le travail de mémoire. Ce n'est pas l'objet de sa vocation de philosophe. S'il a écrit Ma vie antérieure, c'est à la demande d'une revue corrézienne. Ce livre reprend les 4 articles écrits pour cette revue. Marcel Conche ayant eu droit à un chapitre dans un livre sur Les Corréziens de Denis Tillinac datant de 1991, sans doute la revue a-t-elle voulu aller plus loin.
Ce livre commence par l'évocation très belle de la fin de vie de sa femme dans Traces de mémoire. Marie-Thérèse Tronchon qui fut son professeur de lettres classiques en 1°, de quinze ans son aînée, est partie début décembre 1997. Il distingue la fin, le telos comme accomplissement, plénitude et la fin, le teleutè comme terme. Quand on atteint le telos, on vit pleinement et Marie-Thérèse a atteint son telos dès 1947. Quand on atteint le teleutè, on cesse de vivre. Pour Marie-Thérèse ce furent donc 50 ans de plénitude parce que épouse devenue mère, accomplissement d'une femme selon Marcel Conche. Suivent des chapitres portant des noms de lieux : Mon enfance à Altillac, Mon adolescence à Beaulieu, Ma jeunesse à Tulle, Ma jeunesse à Paris. Fils de paysan, prenant part aux travaux des champs, Marcel Conche a une excellente mémoire des noms, des lieux, des dates, des mots de son pays. Il évoque de façon claire, simple, conditions de vie, heurs et malheurs de cette période. Ses conditions initiales d'entrée dans la vie ne sont pas propices à un accomplissement de philosophe. Fils de paysan, il n'apprend guère au cours complémentaire, il rate un concours d'entrée à l'école normale d'instituteurs, il ignore l'existence des lycées. Le hasard le fera rentrer au lycée de Tulle comme élève-maître. Acharné à combler son retard, il sera un excellent élève. Il réussira à devenir lui-même, à réaliser sa vocation de philosophe à force de volonté, de travail. Il se sera lui-même libéré des limitations d'origine, confirmant sa conception de la liberté absolue de chacun, notre pouvoir de dire NON. Une anecdote m'a particulièrement intéressé dans ce livre. Marcel Conche donne à lire la fin de sa dissertation sur un sujet donné par sa professeur : L'attachement aux objets inanimés. Ses causes. Ses manifestations. Elle-même avait eu à traiter ce sujet comme élève. Elle avait obtenu 16, elle lui mit un 18. Deux univers, deux écritures. Une élève issue d'un milieu cultivé, sachant faire usage de références et citations. Un élève issu d'un milieu ignorant le livre mais connaisseur de la nature : « La nature paraît répondre si bien aux appels de notre cœur et s'accorder avec nos tristesses et nos joies !... L'homme, c'est bien lui l'agent puissant du monde qui va au sein de toutes choses leur insuffler la vie. (p.18-19) » Aujourd'hui, le philosophe écrirait autre chose. Devant les flots changeants de la Dordogne, dérangeant parfois l'ordre des choses par inondation brutale, il rapetisserait le pouvoir de l'homme à l'image en plus limité de celui de la nature quand il est au meilleur de lui-même, poète, créateur, il mettrait en avant l'infini pouvoir créateur (et destructeur) de la Nature, agissant en aveugle, au hasard, sans se soucier de raison, de sens mais produisant de l'harmonie avec l'unité des contraires, vie-mort, fugitivité-éternité, fini-infini.

Dans son second livre consacré à sa vie, Ma vie, un amour sous l'occupation (1922-1947), on retrouve 7 chapitres avec des noms de lieux : Le Rodal (3 chapitres), La Maisonneuve, Tulle, Limoges, Paris. Dans ce livre, Marie-Thérèse Tronchon est fortement présente au travers de ses lettres à Marcel. La professeur Marie-Thérèse Tronchon sera la correspondante de l'élève Marcel Conche à Tulle. C'est ce qui se passait quand on était pensionnaire, interne pour un trimestre. Si on voulait échapper aux promenades collectives du dimanche, il fallait avoir un correspondant vous accueillant chez lui, le dimanche. J'ai connu la même expérience que Marcel à Tulle, lui au lycée Edmond Perrier en 1942, moi aux enfants de troupe (de 1954 à 1957, dans les casernes Lovy, Marbot, Les Récollets ; l'EMPT a été dissoute en 1967 ; Yves Gibeau a écrit un livre fort sur sa vie d'enfant de troupe à Tulle, Allons z'enfants - 1952- dont Yves Boisset a tiré un film en 1981, vu à Toulon avec mes parents, scandalisés par ce qu'ils découvraient, eux qui m'avaient incité à passer le concours d'entrée à l'EMPT).

Son 3° livre de souvenirs, tout frais sorti des presses, est une initiative de l'éditeur Stock, Épicure en Corrèze. C'est la vie entière de Marcel Conche qui est parcourue avec une grande liberté de ton, quelques termes inattendus sous sa plume (sans doute dus au fait que ce livre a été précédé d'entretiens avec une collaboratrice-journaliste de l'éditeur), une certaine légèreté et sa profondeur de sage. On retrouve les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes anecdotes mais éclairés différemment, par la sagesse « épicurienne » de l'homme d'Altillac.

En quoi consiste cette sagesse ? À devenir soi, en usant de sa raison et de sa volonté pour se libérer des désirs vains de pouvoir, de richesse, de gloire et même d'amour charnel, pour ne satisfaire que des désirs simples, naturels, et l'essentiel désir de philosopher qui l'a saisi très tôt quand il a voulu aller voir à 6 ans si le monde continuait après le tournant de la route. Marcel Conche ne cède pas aux sirènes de la consommation, du tourisme, des voyages, de la « culture » spectaculaire, de la mode (des effets de mode, y compris intellectuelles). Il juge par lui-même en argumentant, contre-argumentant, ce qui le conduit à des positions singulières, les siennes, et singulières par rapport à l'esprit du temps (sur l'avortement, sur la guerre en Irak, les interventions des pays démocratiques en Libye, en Syrie, sur le suicide en fin de vie, sur la grandeur ou petitesse des hommes politiques).

Marcel Conche, l'Épicure d'Altillac, n'a pas de disciple, c'est un solitaire aimant la discussion épisodique avec des amis, (ses amis les plus fidèles sont des philosophes grecs : Héraclite, Parménide, Anaximandre, Épicure, Lucrèce, et Pascal, Montaigne ; il a dû renoncer à écrire sur Empédocle), aimant la nature, les paysages de Corrèze, les flots toujours renouvelés de la Dordogne, les figuiers qu'il a plantés et arrose, les chats errants qu'il nourrit sans s'attacher à eux. Sa maison d'enfance n'est plus celle qu'il a connue, elle a été transformée, il s'en accommode. Marcel Conche est un insoumis qui réussit à avoir avec son œuvre une audience et sans doute une influence ne dépendant pas des médias. C'est (sauf l'épisode Émilie qu'on peut aussi appeler l'intermède corse) le bouche à oreille qui fait la notoriété de ce philosophe hors-normes, hors-modes.

En attendant, je veux continuer à me questionner sur oubli et souvenir, en lien avec L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto.

Un de mes thèmes est :

quand quelque chose a lieu, est dit, pensé, vécu, senti ... (tout ce qui est humain quoi), ça prend un peu de temps, un peu du temps infini, éternel sans lequel notre temps n'existerait pas, notre temps fini de vie dont on ignore la durée

(pour que mes 74 ans comptés existent à mon passage à la station des os usés sur la berge du temps, il faut que préexiste le temps de Tout Le Temps, le Temps du Tout)

donc un événement a lieu dans notre temps de vie

à partir du moment où il a eu lieu, rien ne peut faire qu'il n'ait pas eu lieu

donc il sera toujours vrai, éternellement, que j'ai écrit ce qui précède ce 11 novembre à 16 H

que devient cette vérité ?

c'est indépendant de moi, de mon souvenir, de mon oubli

et ça commence à ma naissance et ça continue jusqu'à ma mort

j'écris un livre, pas écrit d'avance, pas utile pour un jugement dernier

où est, où va ce livre éternel de la vie de chaque vivant mort ?

le passé passe-t-il et s'efface-t-il ?

s'il est ineffaçable comme vérité éternellement vraie de ce qui a eu lieu

(puisque rien ne peut faire que ce qui a eu lieu n'ait pas eu lieu),

que devient-il, où va-t-il ?

si elle est inutilisable une fois oubliée par les vivants et survivants, puisque les hommes se souviennent ou oublient et qu'aucune trace humaine n'est éternelle

à quoi sert cette mémoire non humaine (naturelle, récupérée par la Nature, restituée à la Nature) de nos vérités éternelles ? (je crois qu'avec cette idée, je vais sortir de l'impasse, la mort comme retour à la Nature)

questions pertinentes ou pas ?

en tout cas, elles me questionnent depuis plusieurs mois,

...

L’épousée – il y a des choses à penser sur ce qui se passe quand on passe, qu’est-ce que nous devenons

L’épousé – les Répondeurs religieux ont des réponses

L’épousée – réponses toutes prêtes, pour tous, je veux qu’on cherche nous-mêmes

l'écriture comme maturation ou plutôt n'étant possible, pour moi, qu'en lien avec la vie, avec ma maturation

sur 13 ans d'écriture de L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto, une panne de 8 ans (2002-2010), une révélation en août 2010 au Baïkal, une autre à l'annonce en septembre 2013 du Festival de théâtre francophone à Cuba, une autre le jour anniversaire de l'épousée, le 14 février 2014 et la dernière réplique du texte au réveil, le dimanche 12 octobre 2014

13 ans pour un récit de 42 pages, ça me va.

Jean-Claude Grosse

Épicure en Corrèze/Marcel Conche
Épicure en Corrèze/Marcel Conche
Lire la suite

Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

3 Avril 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #agoras

Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu
Elle s'appelait Agnès, il s'appelle Matthieu

Déjà deux réactualisations de cet événement, tragédie grecque dit Solange Marin, la grand-mère. Hier soir, 2 avril 2017, diffusion de l'émission Faites entrer l'accusé. Cette enquête minutieuse avec de nombreux témoignages est chargée en émotion, en interrogations et me laisse sur un profond malaise. La confrontation au Mal absolu comme dit l'avocat de la famille Marin et le plus terrible, l'absence de compassion, mot si mal entendu, comportement si rare. Je n'en ai point senti dans cette émission, 5 ans et demi après.

JCG

Réaction d'un auteur de théâtre: Oui je crois que le mal absolu existe.Oui la parole est là pour avancer dans le corps de la souffrance, et défaire les silences, ouvrir cette absence de mots qui crée des cryptes où sommeillent les gestes de destruction.Devant son geste le garçon dit “jouissance“. Questionné, il recommencera s'il a le "cran" de le faire. Il faudrait d'autres mots en face de ce désastre total de rapport au réel de l'autre. Il me semble qu'ils existent. Même si le mot "compassion" paraît bien faible devant la glaciation humaine du garçon. Moni

Il y a 5 ans, le 16 novembre 2011, éclatait l'affaire Agnès M., suite au viol et à l'assassinat barbare d'Agnès,  allant sur ses 14 ans, par un lycéen du Chambon sur Lignon, condamné comme mineur et malade mental à la perpétuité, (seul cas en France, c'est dire la violence des faits et l'impossibilité ou incapacité de comprendre un tel acte).

Je réactualise donc cet article qui présente le livre pluriel, Elle s'appelait Agnès, écrit par solidarité et en empathie avec la famille, les grands-parents en particulier qui ont suivi l'écriture du livre, avant de me demander de ne pas le publier de façon comminatoire. J'ai satisfait à l'injonction jusqu'à ce que justice passe, 2 procès, juin 2014, octobre 2015. J'ai décidé de publier le livre après la projection du film Parents à perpétuité où les parents de Matthieu s'expriment, plus de 4 ans après les faits. Au moment de l'écriture, nous avons "oublié" les parents de l'assassin, sauf un texte entre Père et fils, signé François Lapurge.

JCG

P.S.

Hasard ou pas, ce 16 novembre 2016, diffusion du film Truman Capote, réalisé par Bennet Miller, avec Philip Seymour Hoffman et Catherine Keener dans le rôle de Lee Harper, l'amie et auteur d'un seul livre, livre culte, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Le film retrace entre autre la genèse du roman-vérité De sang-froid, en lien avec l'assassinat le 14 novembre 1959 de 4 membres de la famille Clutter dans un village du Kansas, Holcomb, par deux jeunes marginaux Perry Smith et Richard Hickock, qui finirent pendus le 14 avril 1965, Truman Capote les ayant suivis en prison, ayant assisté à l'exécution, épreuve dont il ne se remettra pas.

D'où mon interrogation: avons-nous eu raison de choisir la fiction, ne pouvant écrire des récits documentés tant sur Agnès que sur Matthieu ?

J’ai l’impression qu’il y a 3 choix possibles par rapport à l'écriture sur le mal, le silence (motivations multiples), la fiction, le document-vérité ( Truman Capote, Charles Reznikov dans Testimony ou Holocauste);
la moins dangereuse pour soi est la fiction me semble-t-il,
c’est pourquoi je suis peu réceptif à tout un tas d’écrits y compris de théâtre où on se met à la place de, après s’être documenté sur ce que vivent les gens dont on veut parler
(je ne citerai pas de noms, pas d’oeuvres)

Réaction d'un auteur de théâtre, Caroline de Kergariou :

Cher Jean-Claude

Je lis avec surprise ta postface à ton article et ne suis pas du tout d'accord avec ton propos.
Je suis littéralement descendue aux enfers (des mois de dépression majeure, un état de zombie) quand j'ai écrit LA CAVE qui est pourtant une pure fiction.
Alors, la fiction ferait-elle courir moins de risques à l'auteur ?
Peut-être cela dépend-il des gens... Petit détail supplémentaire : je ne me suis pas documentée sur l'affaire avant d'écrire, seulement après.
J'avais juste le souvenir de deux gamines mortes de faim dans une cave.
Je me suis demandé ce que l'on pouvait éprouver dans une telle situation, c'est ce que j'ai cherché à imaginer.

Amicalement, Caroline, Paris, le 20 novembre 2016

L'article de wikipédia consacré à ce qui s'appelle L'affaire Agnès M. présente cette tragédie me semble-t-il avec précision ; je reste dubitatif cependant sur toutes les remarques concernant les"défaillances" et "dysfonctionnements", les "erreurs et fautes" d'expertise qui ont suivi le 1° viol et l'entrée au Cévenol; après coup, il est facile d'exhiber la dangerosité du "monstre" (le terme a été employé sans vergogne par la presse) et de se faire le chroniqueur d'une tragédie annoncée; le débat qui a suivi la projection du documentaire Parents à perpétuité est très instructif à cet égard; des erreurs peut-être, des fautes, c'est à prouver; la famille d'Agnès a demandé en avril 2015 au Conseil supérieur de la Magistrature d'examiner les décisions de la juge qui a instruit la 1° affaire de viol ; elle « a fait preuve de manquements dans l'exercice de son métier de juge d'instruction ». « Nous demandons au Conseil supérieur de la magistrature d'examiner ce dossier et de prononcer à son encontre une sanction disciplinaire », concluent-ils. À suivre donc.

Les parents de Matthieu, l'assassin d'Agnès, s'expriment, les soeurs aussi, dans le documentaire réalisé par Anne Gintzburger, Parents à perpétuité, même titre qu'un article du Monde magazine du 15 novembre 2014, documentaire diffusé sur LCP Public Sénat, samedi 7 février et dimanche 8 février 2016. C'est un documentaire d'une grande force émotive et réflexive. On y apprend que le lycée du Cévenol a définitivement fermé. 76 ans d'histoire et toute une histoire de Justes balayée par deux crimes qui font poser la question: monstre ou humain ? Les parents et les soeurs (17 et 11 ans) répondent par une attitude exemplaire d'amour parental et soral; Sophie la mère est particulièrement touchante, le père Dominique dit des choses fortes; j'ai beaucoup apprécié les propos de Margaux, l'aînée (quelle maturité) et de Zelie la dernière (son histoire de Matthieu blanc et de Matthieu noir est parlante et sans doute cathartique). Matthieu est le seul mineur condamné à la perpétuité en France. Déclaré malade au 2° procès, il a été recondamné sans circonstances atténuantes. À son propos, un psychiatre a évoqué un OVNI scientifique. Marcel Rufo qui suit les parents parle de psychose mais ce n'est pas le nom de sa maladie, de sa pathologie. Son indifférence affective par rapport à son crime est ce qui fait problème, pas de regrets, pas de remords, pas de demande de pardon. Rufo se demande: sera-t-il capable avec le temps de sortir de cet état ? Une psychanalyste de mes amies m'a évoqué une structure possible de pervers paranoïaque. On ne peut qu'éprouver de l'empathie pour ces parents à perpétuité, pour les soeurs de Matthieu Bien sûr on n'oublie pas Agnès ni la famille d'Agnès.

Suite à la diffusion de ce documentaire que j'ai regardé deux fois, Les Cahiers de l'Égaré ont fait imprimer 100 exemplaires du livre Elle s'appelait Agnès, écrit par un collectif d'auteurs de théâtre, de professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse (éducateur en prison, directeur de prison pour jeunes, psychologue), livre écrit par solidarité avec la famille d'Agnès. Ces auteurs ont participé pour un certain nombre d'entre eux à la marche blanche du 16 novembre 2012 à Paris, à la mémoire d'Agnès. Il y a plusieurs textes en lien avec le double violeur-tueur car dans une telle tragédie, on ne peut dissocier le bourreau et la victime. Cela fit problème lors d'une rencontre des auteurs à Paris, en novembre 2012, indépendamment de la présence à cette réunion des grands-parents d'Agnès. Le texte Essai d'abjection introspective fut violemment critiqué. Moi-même quand je l'avais reçu, j'avais dit: il est irrecevable. J'avais dit à l'auteur: Prolonge ton texte sur ce qu'il éprouve au moment de l'acte monstrueux par ce que dit le bourreau après dix ans de suivi et de prison. Dans le 2° texte, le bourreau n'a pas changé d'un pouce, quelques mots seulement ont changé. Nouvelle proposition à l'auteur: Écris alors du point de vue de la victime, sa prise de conscience après coup qu'elle a eu affaire non au prince charmant mais à la beauté et à la monstruosité du diable au corps.

Deux lettres recommandées me sommèrent en décembre 2012 de ne pas publier le livre dont on avait prévu la sortie après le procès de juin 2013.

J'ai respecté l'injonction qui m'a été faite alors que rien ne m'empêchait de sortir ce livre pluriel, sur le plan judiciaire et pénal. Aucun nom, aucun lieu, aucune date en lien avec les faits, que de la fiction.

Pour remercier les auteurs qui s'étaient investis dans ce travail d'empathie et de solidarité, j'ai édité seulement les exemplaires d'auteurs du livre Elle s'appelait Agnès, en février 2015 après les 2 procès (2° procès en octobre 2014). Le livre était prêt depuis novembre 2012. Je l'ai édité hors commerce, exemplaires réservés exclusivement aux auteurs, soit 20 exemplaires.

Aujourd'hui, je réimprime 100 exemplaires en tirage avec PVP, partiellement diffusé en librairie mais aussi en vente directe. Et un exemplaire au dépôt légal, ce que je n'avais pas fait en 2015. Je transmettrai un exemplaire du livre à la famille de Matthieu pour leur montrer qu'ils ne sont pas seuls, même si on n'est pas nombreux. Si on avait vu le documentaire Parents à perpétuité, si on avait lu l'interview du 15 novembre 2014 dans le Monde magazine, cela aurait sans doute modifié les écritures des 20 qui ont écrit Elle s'appelait Agnès. Le livre existe maintenant, sans bruit, nourri de la tragédie de deux familles.

Avons-nous eu raison de donner forme à un élan d'empathie qui a été unilatéral ?

Reçu ce message :

Merci Jean-Claude de nous avoir envoyé la video de ce document formidable. Le témoignage de ces parents, surtout celui du père est très touchant, il pose des questions essentielles. C'est enseignant pour nous tous. La justice est paradoxale en reconnaissant Mathieu malade et en le condamnant à perpétuité (un mineur), au lieu de l'orienter vers un service de psychiatrie. Cependant le père note que Mathieu est mieux enfermé dans sa cellule. Il existe en effet des êtres qui se sentent plus en sécurité enfermés car ils perçoivent qu'ils ne disposent pas de défenses psychiques pour contenir ce qui les submerge. Et d'autre part, payer en prison peut être pacifiant par rapport à la responsabilité de leur acte malgré l'absence de culpabilité. La psychose est évidente chez ce jeune, c'est ce que j'ai perçu depuis le début mais c'est étonnant, il n'y a que Rufo qui l'évoque. Bien amicalement M-P

Lire la suite

Arts vivants en France: trop de compagnies ?

12 Janvier 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Arts vivants  en France : trop de compagnies ?

Cet ouvrage collectif édité par les éditions L'espace d'un instant avec le soutien du SYNAVI, consacré aux arts vivants en France est organisé  en 4 parties : un univers singulier, regards pluriels, domaines spécifiques, un monde à gérer.
Il met à contribution  23 intervenants dont les analyses, critiques, propositions aident à comprendre le continent noir des compagnies indépendantes.
La 1° partie : un univers singulier, apporte un éclairage historique (sur plusieurs siècles et sur les 30 dernières années) et géographique (quelle est la situation dans différents pays européens ?)
Ce qui ressort, c’est l’extrême vitalité de ce monde, sa prolifération, sa capacité à s’adapter, à trouver des réponses à la multitude des sollicitations  qui lui sont adressées, des contraintes qui lui sont imposées, tout cela sur un fond d’insécurité, de précarité ayant pour effet de rendre les aventures incertaines.
La 2° partie : regards pluriels, fait appel au témoignage de gens de terrain, directeurs de compagnies avec lieux, directeurs de lieux et  de théâtres, élu à la culture, artistes en milieu rural.
De cette diversité de témoignages aux tons variés (de l’invective  au manifeste en passant par le constat), ce qui ressort c’est le souci des publics, un souci relevant de la démocratisation  de la culture pour les uns (donner les clefs, les codes d’accès, accueillir et partager), de la démocratie culturelle pour d’autres (prendre en compte les attentes et pratiques culturelles des gens).
La 3° partie : domaines spécifiques, aborde le domaine de la danse, celui des musiques actuelles, celui du jeune public. Le domaine des arts du cirque mais pas celui des arts de la rue a échappé à ces coups de projecteur très éclairants.
La 4° partie : un monde à gérer, essaie d’apporter des concepts et des solutions. Économistes, sociologues, syndicalistes, gens de terrain permettent de recadrer l’activité des compagnies dans les évolutions du monde du travail et celles de la société, d’indiquer des pistes comme les différentes formes de mutualisation ou très prometteuse : la sécurisation des parcours et des revenus (concept mis en avant par Ségolène Royal dans son pacte présidentiel en 2007.
On aimerait que ce livre soit lu par les compagnies, les responsables  de lieux, les institutionnels, les élus. Il aide  à prendre de la hauteur et du recul, peut aider les compagnies à mieux situer leurs projets et leurs problématiques, peut aider responsables de lieux, institutionnels, élus à harmoniser leurs attentes et demandes en direction des compagnies. Ce n’est donc pas qu’un état des lieux, c’est aussi une invitation à l’action transformatrice.
L’opération : Le var entre en scène peut trouver dans ce livre, matière à définir formes et contenus de sa 2° édition.

Jean-Claude Grosse
Les 4 Saisons du Revest
Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>