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Blog de Jean-Claude Grosse

Articles avec #ecriture tag

L'été du Léthé/19 juin 2016

23 Juin 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture

le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf
le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf

le 19 juin à La Ripelle, photos de Christian Darvey et Fabienne Ashraf

L'été du Léthé

L'été du léthé a eu lieu le 19 juin, de 11 H à 17 H du côté de La Ripelle au Revest ; 8 participants,

4 F, Fabienne, Marie-Hélène, Muriel, Sylvie, 4 H, Christian, Lionel, Raphaël et moi

c'est la 1° fois depuis 2000 que je mets en pratique ce jeu de l'invitation à la Vie

que j'avais écrit pour Cyril Grosse et Katia Ponomareva

consignes :
vous penserez à vos maîtres secrets, héros de la mythologie ou héros ordinaires, un homme et une femme car nous sommes les deux, moi, je choisis Orphée et Hélène

notation sur votre cahier ou carnet des ressentis de la balade, elle durera entre 20 et 30’, ressentis les moins subjectifs possible, mettre à contribution les 5 sens; durée de la notation: 15'

lecture par chacun d’un texte de son choix, pas plus de 5’ (c’est très long 5’!); peut-être des textes de correspondances, de synesthésies
- Les correspondances verticales : pour Baudelaire, la réalité qui l’entoure est composée de symboles que seul le poète peut déchiffrer et qui lui permettent d’entrevoir le monde invisible et immatériel de l’Idéal, c'est platonicien, on peut s'en émanciper mais pas du vertical
- Les correspondances horizontales se traduisent concrètement chez Baudelaire par le mélange des sensations qui semblent se fondre, fusionner entre elles ; cf. le poème Correspondances :

« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent »

moi, j'ai lu aux compagnons Le dit de la petite pierre tirée de la mer


partage du repas, images bienvenues pour un éventuel film réalisé par Christian Darvey
sieste ou balade dans le coin, vers l’aire de battage, en traversant la forêt magique avec les panneaux de découverte pour les enfants à poney


un temps d’écriture, ressentis et correspondances, faire apparaître des connexions, des relations dans le désordre de ce qui est apparu, a été ressenti, de ce qui a émergé, souvenirs,
réminiscences et correspondances
un temps d’effacement, on gomme, on oublie, on efface et on garde, on trie, on ordonne ou on déstructure ou les deux, influence du Léthé sur l’été et de l'été sur Léthé

durée 1 H 15


le temps de lecture des textes de chacun
réactions éventuelles, j'appelle ça des retours amoureux, sur chaque texte et effectivement les retours ont été très fouillés, incitateurs pour d'autres éclaircies

durée 1 H

l'ensemble des textes sera lisible sur le site des écritures nomades

19 juin 2016, 11 heures du matin

dans la pinède oliveraie du château de La Ripelle

tu t'immerges dans les sensations

profusion de ce qui s'offre à tes sens

simultanément

successivement

parfums, couleurs et sons se répandent

se répondent-ils ? y a-t-il des correspondances ?

horizontales ? les verts des verdures s'orchestrent en chanson

trois petites notes de musique qui se font la nique

verticales ? la foultitude des feuilles de toutes sortes t'ouvre

sur l'innombrable, l'indéfini

et rupture, te ferme à l'inaccessible Infini

l'odeur du crottin des 50 chevaux, juments et poneys

envahit tes narines

hennissements, aboiements, raclements de sabots

mastication du foin, plus d'herbe verte à se mettre sous la dent

ça urine, ça défèque, ça bande, plutôt mou, c'est vivant

t'as pas ta jument pour te coller à elle, lui renifler le cul

tu penses à l'unité des contraires

tantôt simultanés, tantôt successifs

sûr, Héraclite a compris ce qui dynamise la Nature

elle est matin soir, nuit jour, hiver été, guerre paix, satiété faim,

vivant et mort, éveillé et endormi, droit et courbe,

montant et descendant, rassemblé et séparé, haut et bas,

consonant dissonant, commencement fin,

pur impur, beau laid, beaucoup et peu, vide et plein,

en repos en mouvement, mort et immortel, juste injuste,

esclave et libre, même et autre, réel et rêve

oui, tu l'éprouves : la guerre est père de toutes choses

mais dans cette guerre des contraires

le sens de la mesure est respecté

pas d'excès, une harmonie d'ajustement des proportions

y a que l'homme pour hubriser l'harmonie par démesure

3 cyprès se jettent sur le ciel, signatures ? griffures ?

les deux, mon visionnaire obscur, développe !

c'est violent

violon du vent, un reste de mistral, dans les branches

y a du Vent Gogh dans l'air battu sur l'aire de battage

4 scabrieuses (mot valise non ?) finissent de s'épanouir

commencent à faner

de si mignonnes fleurs pour mignonne

allons voir si la scabrieuse

qui ce matin avait déclose...

des scabrieuses modestes

pas tape à l'oeil comme les roses rouges, blanches du poète

qui d'amours piquées en est mort

le cycle de la vie de la mort là sous tes yeux hérissant ta pensée

discret cycle ralenti pour ne pas te livrer à l'angoisse

fourmi grosse de fourmis dans les jambes par imposture de posture

t'agitant sur la pierre de la restanque où tu es assis

la pierre ? fracas de la brûlure première se refroidissant sous tes fesses ?

fragment de lave en fusion se pétrifiant sous ton survêtement ?

premières cigales d'été excitant leurs élytres pour la suite des cigales

pies voleuses jacassant dans les ramures ombreuses

tu racontes quoi, là ?

rature ! homme des mots qui sonnent faux !

tu n'es pas Orphée pas d'orifice

lapsus pardon pas d'Eurydice à sanctuariser

celle qui est partie si vite t'a laissé son cahier d'éternité

son cahier de caresses

tu n'es pas Hélène pas de Pâris à parier

appariée que t'es à Man hélas auquel tu reviendras

tu ressens au tréfonds ses angoisses d'abandon

comment se libérer de l'angoisse ?

la dire, trouver une écoute, sans dialogue

ce 19 juin 2016, à 15 H, c'est l'été du Léthé

oublis et souvenirs

les effets du Léthé au petit hasard la chance

remontées des Enfers pour de très rares

descente en enfer pour le plus grand nombre

tu te souviens

19 mai 2001, disparition de la mère, dans son sommeil

elle t'avait fait ses adieux sous forme de bonne nuit, à demain matin

63° anniversaire de l'exécution des Rosenberg sur la chaise

5 décharges pour venir à bout d'Ethel

19 septembre 2001, disparition du fils, Cyril, du beauf, Pof

jamais vues les photos des corps percutés, refus obstiné

19 septembre 2016, tu n'iras pas à Cuba

mais tu rassembleras les amis chez toi pour une lecture

tu l'as oublié

le 30° anniversaire de la mort du mec Coluche

sa plume de paon dans le cul

il a fallu qu'une fille te rappelle l'accident d'Opio

tu te souviens à peine de l'adolescent que tu fus

il y a 60 ans

âme en panne d'amour mais pas d'imagination

qui se voyait des ailes dans le dos

brouillant les horizons

s'élevant pour repêcher la lune tombée dans l'eau

non non ce n'est pas qu'un reflet

tu le jures elle est vraiment tombée

dans le lac si vieux si profond si glacé

si Baïkal

à 10000 kms de ton lieu de surgissement

ce lac qui t'aimante

où tu veux vivre deux saisons de cavale en cabane

pour ton ascension, ton élévation,

là tu veux surprendre : remplacer la descente sous terre

par l'ascension sublime, en 2028

comme le racontera ta dernière bande, écrite avant

tu le jures elle n'aura rien à voir avec la dernière bande de Beckett

elle n'est pas tombée dans la salle verte du Riuferrer

au trou d'eau glacée de son village funéraire

au lieu de son enfouissement

là où tu as compris 40 ans après, le 28 août 2010

3 mois avant sa disparition foudroyante

que, femme, jeune fille de 16 ans, elle te désirait

et que ce serait pour le temps de sa vie

et pour le restant de tes jours

fini l'aiguillon des désirs

quelques sourires et quelques regards au fond de certains yeux

te suffisent

l'essentiel est devant toi

c'est quoi disparaître, s'y préparer

arriver là où ça prend fin,

elle : les bras remplis de riens

toi : les bras remplis de rien

Chagall inégal et sans échelle

tu regardes le ciel de ce 19 juin 2016

l'impermanence au-dessus de toi

nuages blancs devenant menaçants

soleil frappant puis caché

bleu qui ne te parle pas comme le Bleu Giotto ou le bleu Klein

ce ciel ne te parle d'aucune transcendance

il est ouverture sur la Nature, l'Infini, l'Éternité

qui sont la Présence, le Présent, toujours changeant et se cachant

tu ressens bien les fragments de l'Obscur, l'Héraclite

tu te rappelles ton rêve d'ailes nouvelles pour le moulin de La Ripelle

ton rêve de scène flottante sur le grand bassin du château de la comtesse

tu te rappelles la scène argentée des tragédiennes Persiennes

disant leurs véhémences scabrieuses nues sous la tunique

être injurié par de telles harpies, si laides, si difformes, quel luxe

tu te souviens qu'ici sur la terrasse du vieux moulin à huile

La Esméralda, Frollo, Phoebus, Quasimodo jouèrent leurs funestes amours

Médée dévora ses enfants pour châtier son Jason coureur de mers à engrosser

tu te souviens des boeufs à la Blue Note avec des musiciens de jazz jusqu'à l'aube

tu te fais une promesse

oui tu l'écriras l'histoire-lune-soleil séparés-emmêlés pour ta petite fille

et tous les enfants du monde

une belle histoire avec de bons sentiments

libérée de toutes les peurs de tous les péchés originels

comme le souhaitait ton amie Emmanuelle Arsan dans Bonheur

tu l'écriras avec elle le livre de l'innocence assumée assurée

de l'innocence désarmante, pas désarmée

le titre s'offre à toi : Pépé, le feu rouge, il est vert

titre venu de quand Cyril enfant parlait ainsi, il y a 40 ans

sur la route de Corsavy

Papy, le feu rouge, il est vert

tu te le promets, rien à voir avec Le Petit Prince

ça n'y aime pas du tout les hommes

toi, tu es ambivalent envers eux, amour haine

dans des proportions harmonieuses

tu ne tueras aucun homme

mais tu ne te laisseras pas bouffer par le prédateur

tu ne piqueras la place de personne

et tu assureras la transmission de tes places

tu aimeras ou seras l'ami de très rares femmes avec ce qu'il faut de distance et de proximité

et tu ne te laisseras pas séduire détruire

tu dis merci à ce 19 juin 2016 prolifique prolixe

pourquoi ce fétichisme des dates, des heures, des secondes Bleu Giotto ?

le Temps absolu c'est l'Éternité du Présent éternel, insaisissable, inconcevable

les dates c'est ta liberté

tu temporalises du présent vers le passé que tu ressaisis

du présent sur le futur où tu te projettes

et parce que ton temps qui passe, never more

n'est-il pas vrai qu'il a eu lieu

que ce sera toujours vrai que tu as eu lieu, for ever

tu ne sais toujours pas ce que deviennent nos livres d'éternité

amérindien pour quelques heures, pieds nus sur la terre sacrée

tu rends ce que tu as emprunté, ce qui s'est offert

une pierre sans beauté apparente, une caillasse banale

merci les filles et les garçons pour vos mots choisis

merci les verts de toutes les verdures

pour vos verts indicibles sur la page du poète

pour vos verts irreprésentables sur la toile du maître

le vert n'est-il pas la couleur du hasard, du jeu ?

le hasard n'est-il pas le grand joueur, le grand créateur ?

chance malchance, fortune infortune, amour naissant amour infidèle

tu joues du piano vert végétal

pour une rencontre de hasard

qui deviendra rendez-vous épisodiques

si ta po ésie rime avec sa peau aussi

19 juin 2017, tu renouvelleras l'été du Léthé

tu éditeras Le livre des cendres d'Emmanuelle

12 ans après sa disparition

10 ans que tu as ce manuscrit offert par son mari

il va sortir au Grand Jour

Jean-Claude Grosse, 19-23 juillet 2016

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L'insolite traversée du Bateau Lavoir le 25 octobre 2015

27 Octobre 2015 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #écriture

imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/

imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/

aujourd'hui, ce blog a 11 ans

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deux Haïkus de Moni Grego pour mon anniversaire

Jean-Claude ne voit rien
n'entend rien
l'éternité le berce.
*
Le bus 67
est comme vide
sans Moni et lui...

L'insolite traversée du Bateau Lavoir

le dimanche 25 octobre 2015

Pourquoi est-ce que je me retrouve là, au Bateau Lavoir, ce dimanche 25 octobre 2015 en milieu de matinée grise ? Quels hasards m'ont conduit pour mes 75 ans, là, enfin ce qu'il en reste, rien, là où Pablo passa, il l'a dit, les années les plus heureuses de sa vie, de 1904 à 1909, là où il fêta pendant 6 ans, ses anniversaires, un 25 octobre ?

Il semble que l'expression insolite traversée qui a traversé mon esprit a été le déclencheur de la balade et de l'écriture. L'Insolite Traversée fut le nom de la compagnie de théâtre du fils disparu en 2001. Avant cette appellation, ce fut L'Insolite Traversée des Siècles.Traverser l'espace, traverser le temps, quels programmes ! Ces appellations, appels à voyager, du sur place au plus lointain, m'habitent et m'incitent aux coïncidences.

J'aime les coïncidences. Il suffit de les chercher et elles se rappliquent. C'est clair, tout est relié, des petites toiles d'araignée bien planquées dans les coins aux infinies chevelures des galaxies visibles de tous par ciel bien dégagé.
Pablo et moi, nous sommes reliés, liés. Quand je lève ma coupe, ses œuvres, ses portraits viennent me présenter leur audace et leur énergie créatrice.

Imagine. Années 1900. Un immeuble en dénivelé sur les pentes de Montmartre. Un immeuble en bois. Logements transformés en ateliers d'artistes. Le proprio faisait-il payer ou pas, négrier des artistes aux poches trouées ?

Imagine. Débarquent des Italiens puis des Espagnols, des Méditerranéens quoi. Sang chaud. Discussions sans fin sur la peinture, sur l'art. Disputes. Castagnes. Beuveries.

Le monde des artistes n'est pas un monde tendre. Monde de passions et de passionnés, de torturés torturant leurs instruments.

Monde de désordre. Quel bordel dans les ateliers de la plupart des artistes, un capharnaüm !Les plus géniaux, paradoxe, rangent, nettoient leurs pinceaux.

  • Je te dis que je ne suis pas là devant la toile pour reproduire le réel.

  • Et moi, je te dis que je ne suis pas là pour rester dans le cadre.

Le plus célèbre du Bateau Lavoir, le Pablo, né le 25 octobre 1889, un Scorpion de première, destructeur-créateur, sexe et vitalité, regarde-le sur les photos. Il pose, en short, poitrail découvert, jambes écartés, en position de lutte, pour intimider.

C'est dans cet immeuble en bois, labyrinthique, étouffant l'été, glacial l'hiver, que s'inventa le cubisme. Entre octobre 1906 et juillet 1907, Picasso peint Les demoiselles d'Avignon, œuvre inspirée par un bordel de Barcelone.

Les déracinés de Collioure, Derain, Matisse, inventeurs du fauvisme, comprennent vite que le Catalan, l'Espagnol est loin devant. Matisse essaiera de s'imposer. Cette confrontation à distance fera bouger les lignes, on va aller de révolution esthétique en révolution esthétique en quelques années.

Ce 25 octobre 2015, en milieu de matinée grise, je tente une insolite traversée de l'espace montmartrois, une insolite traversée du temps du Paris d'hier. Je sais que tout instant, tout présent passe, ne reviendra plus, never more. Je sais aussi depuis peu, que, tout instant, tout présent passé, il sera toujours vrai qu'il a eu lieu, vérité éternelle, for ever. Ce qui veut dire qu'indépendamment de nous, infalsifiable, incomparable, unique s'écrit un livre, métaphore, de notre naissance à notre mort, notre livre pour l'éternité. Ce livre de nos instants, de nos émotions, de nos sentiments, de nos pensées, fabuleux réservoir d'informations, d'énergies, de souffles, se disperse-t-il soufflé par d'autres souffles ? Quels brassages d'énergies et d'informations s'effectuent tout près de nous, très éloignés de nous, aux confins ?

Je me balade autour du Bateau Lavoir et le long des nouvelles coursives où se distribuent les nouveaux ateliers d'artistes, 25, depuis la reconstruction en béton, en 1978, de l'édifice détruit par l'incendie de 1970, la tête pleine de ces questions métaphysiques, l'esprit en éveil, prêt à capter ce qui pourrait se présenter comme intuition, évidence.

La topographie est stupéfiante.

À l'est, l'impasse Hors champs, d'Orchampt.

Au nord, l'impasse Beurk, Burcq.

À l'ouest, la pentue rue Garreau, Garrot avec l'entrée publique du Bateau Lavoir.

Au sud, la place Émile Goudeau, Godot. 5 bancs publics pour se bécoter, sandwicher. Les gens s'y installent, attendent, L'attendent. Moi, je ne vois rien, n'attends rien, je vis l'éternité d'une seconde Bleu Giotto, seconde après seconde.

Pentue, la place en pavés ne permet pas de danser le tango.

J'en ai une folle envie pourtant ce 25 octobre 2015 en pensant à l'épousée, disparue depuis déjà 5 ans mais si présente.

Ce coin de Montmartre, c'était donc, c'est toujours un coin tranquille, rural, champêtre en 1900, touristique en 2015. On y piétonne. Très peu de circulation. C'est reposant.

Au fond de Hors champs, la somptueuse maison où Dalida s'est suicidée.

Au début de Hors Champs, côté gauche, 4 ateliers d'artistes, vraisemblablement sauvés de l'incendie. Quel foutoir, confirmé par ce que l'on voit quand on descend le grand escalier extérieur, à l'intérieur du domaine au jardin privatif jouxtant le square Beurk où s'ébattent les enfants du quartier pendant que dans le jardin se disputent deux chats, habitués des lieux, pendant qu'une rose blanche se laisse faner sur sa longue tige.

Je n'arrive pas à imaginer le Bateau d'hier, à rencontrer les fantômes bien vivants qui ont vécu là. Picasso, Modigliani, Braque, Juan Gris, Utrillo, Matisse, Derain, Léger, Dufy, Van Dongen, Brancusi, le douanier Rousseau, Max Jacob, Apollinaire, Jarry, Radiguet, Gertrude Stein, Dullin, Mac Orlan, Marie Laurencin, Cocteau...

Ce n'était pas le temps de la parité et pourtant les femmes faisaient partie de ce monde de mecs, souvent très portés sur les parties de jambes en l'air. Certaines ont même été des muses, des inspiratrices.

Le bois est devenu béton.

Grilles, codes.

Portes des ateliers fermées.

Grilles des ateliers cadenassées.

Baies vitrées aux rideaux tirés.

Le Bateau Lavoir d'aujourd'hui sent le petit, le renfermé, le replié sur lui. L'impression d'inertie est pesante. Mais ce n'est qu'une impression. En rencontrant deux artistes dans leurs ateliers, je me rends compte que le Bateau Lavoir vit.

Imaginez ! le mur de la photo de couverture de l'article, vers 1906, avant l'incendie du Bateau Lavoir de 1970, c'est le mur où furent peintes Les demoiselles d'Avignon; nous sommes dans l'atelier du peintre François J. qui donne sur le jardin intérieur; belle lumière par la grande baie vitrée; François J. me prête Picasso au Bateau Lavoir de Pierre Daix; nous n'avons pas oublié Pablo quand nous avons fêté les anniversaires, lui étant né le 25 octobre 1889

Ce 25 octobre 2015, en milieu de matinée grise, je me dis : tu as eu raison, le hasard aidant, les coïncidences t'y incitant, à transhumer de la Méditerranée à la Butte Montmartre avec tes livres pluriels, avec les auteurs vivants qui ont écrit dedans, avec les lecteurs prêtant leurs voix aux textes.

Nous avons ouvert le Bateau Lavoir pendant 5 jours de transhumance.

Grilles ouvertes, entrée libre.

Les gens nous ont suivi dans la salle d'exposition aux murs d'un blanc qui pète à la gueule.

Sur le sol gris de la salle d'exposition, nous avons déposé les noyés du cimetière marin qu'est devenu la mare nostrum.

Pendant 5 jours, ils ont trouvé refuge au Bateau Lavoir et nous avons dit, pour eux, leur refus de crever dans les guerres de là-bas.
L'art a-t-il encore une place au Bateau Lavoir ?

Le soir, vers 21 H, dans un restaurant d'autoroute, à Beaune

lu sur une assiette un artiste est un mouton qui sort du troupeau;

c'était mon assiette d'un soir à Beaune; j'ai mis du temps à me rendre compte qu'il y avait une inscription sur le pourtour de l'assiette; s'offrait à moi cette formule, le jour de mon anniversaire; ce n'est pas moi qui avais choisi l'assiette mais l'assiette qui m'avait choisi; dès qu'on veut les voir, les coïncidences rappliquent pour nous signaler que tout est relié.

Jo Cassen Un artiste est un mouton, quelquefois enragé, qu'il en soit ou y aspire, à rejoindre le troupeau, le plus souvent, c'est le troupeau qui le rejette.... Comme tous les troupeaux... états amorphes tétanisés.

Jean-Claude Grosse oui, ça peut se lire ainsi aussi

Déroulement de la Transhumance

au BATEAU-LAVOIR

6 rue Garreau, métro Abbesses

entrée libre

MARDI 20 OCTOBRE

16 h. - Exposition : œuvres d’Aïdée Bernard et couvertures chauffantes personnalisées de Marc Israël-Le Pelletier.

- Exposition/Vente des livres pluriels édités par Les Cahiers de l’Égaré.

- ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de Moni Grégo. De Picasso à Max Jacob, de Gertrude Stein à Mac Orlan, et tous ceux qui hantent le Bateau-Lavoir… être artiste : grâce ou malédiction

19 h.

À la mémoire des noyés du Cimetière Marin « Mare nostrum »

choix des textes : Gérard Lépinois, mise en espace : Philippe Chemin.

Auteurs lus : Gérard Lépinois, Marina Damestoy, Carlos Franqui, Moni Grégo, Claudine Vuillermet, Jean-Claude Grosse, Didikeulalie Didika Koeurspurs

Textes lus par : Katia Ponomareva, Benoît Rivillon, Claire Ruppli, Jeanne Chemin, Brigitte Saussard, Philippe Chemin (15 mn)

« Refus Refuge » texte sur les migrants de Marina Damestoy

Lu par : Claire Ruppli, Benoît Rivillon (15 mn)

Projection d'un extrait de film, le show Falstaff by Orson Welles (6 mn)

Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Envies de Méditerranée » : fragments de 4 mn des textes de : Marcel Conche, Moni Grégo, André Morel, Pauline Tanon, Danielle Vioux.

Lus par : Moni Grégo, Katia Ponomareva. (20 mn)

MERCREDI 21 OCTOBRE

16 h. - ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de Jean-Claude Grosse. « L’insolite traversée du Bateau-Lavoir ».

19 h. - Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Marilyn après tout » : fragments de 4 mn des textes de : Aïdée Bernard, Gilles Cailleau, Dasha Kosacheva, Marcel Moratal, Benjamin Oppert.

Lus par : Moni Grégo, Claire Ruppli.

Projection d'un extrait de film, scène finale du Quichotte de Wilhelm Georg Pabst (8 mn)

- Performance Et puis après j'ai souri : Rosalie Barrois et Katia Ponomareva.

JEUDI 22 OCTOBRE

16 h. – Débat « Les artistes et l’argent » animé par Moni Grégo.

19 h. - Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Diderot pour tout savoir » : Les 6 suites Diderot avec la série de portraits de Diderot de Van Loo.

Lus par : Marc Israël-Le Pelletier, Benoît Rivillon, Moni Grego

Projection d'un extrait de film, the impossible dream d'Arthur Hiller (8 mn)

VENDREDI 23 OCTOBRE

19 h. -

Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Cervantes Shakespeare » : fragments de 4 mn des textes de : Julien Daillère, Sabine Mallet, Benoît Rivillon, Claire Ruppli, Claudine Vuillermet.

Lus par : Claire Ruppli, Benoît Rivillon.

Projection d'un extrait de film, Quichotte de Grigori Kozintsev (6 mn)

- Performance : Slams par Shein B dont un slam sur le 17 octobre 1961

SAMEDI 24 OCTOBRE

16 h. - ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de René Escudié « Anniversaires » et Henri Gruvman "Rêveries sur les paysages du Douanier Rousseau"

19 h. –

Projection d'un film de Henri Gruvman, Bol de jour suivi d'un texte d'Henri Gruvman (15 mn)

Lectures buissonnières de René Escudié dont Cépages (15 mn)

« Versailles découverte » film de Philippe Chemin (20mn)

19 h 50

- Performance : « Moni and Amy women in black » Hommage à Amy Winehouse par Moni Grégo. Images : Laurence Gaignaire (10 mn).

20 H 15 - Soirée de clôture pour les anniversaires de : René Escudié, Jean-Claude Grosse, Henri Gruvman et Pablo Picasso.

Transhumance est une manifestation initiée par Les Cahiers de l'Égaré et la filiale Méditerranée des Écrivains Associés du Théâtre, avec le soutien à une faible majorité du CA des EAT (décision du 7 octobre: paiement des droits d'auteurs)

Bilan :

ateliers d'écriture : 4 ateliers dont un à quatre mains, 6 participants en moyenne

sous la direction de Moni Grego : « De Picasso à Max Jacob, de Gertrude Stein à Mac Orlan, et tous ceux qui hantent le Bateau-Lavoir… être artiste : grâce ou malédiction ? »

sous la direction de Jean-Claude Grosse. « L’insolite traversée du Bateau-Lavoir » et « Lettre d'imprécation aux prédateurs, charognards et salauds de toutes espèces dont nous, complices et soumis, responsables du désastre en cours d'achèvement »

sous la direction de Henri Gruvman. « Rêveries sur les paysages du Douanier Rousseau » et sous la direction de René Escudié. « Anniversaires ».

textes lisibles sur le site des écritures nomades

http://ecrituresnomades.weebly.com/

débat sur l'argent et les artistes : 15 participants, débat très animé et argumenté, sans solutions dans une situation difficile où les luttes bien qu'existantes ne trouvent pas d'issues politiques ; parmi les présents le directeur de la communication du PCF et un représentant de Cassandre

exposition : œuvres d'Aïdée Bernard et couvertures de Marc Israël-Le Pelletier ; expo visitée par des gens du quartier (une dizaine) plus les spectateurs des soirées

visite de deux ateliers de peintres du Bateau Lavoir : Claire et François

soirées : le 20, 40 personnes, le 21, 22, le 22, 13, le 23, 22, le 24, 80 soit 177 participants ; à noter, la présence de la vice-présidente des EAT, d'un membre du CA des EAT, du responsable de la revue Cassandre, d'une dizaine d'auteurs EAT

40 textes d'auteurs vivants lus; 34 Cahiers de l'Égaré, 9 collection privée du Capitaine vendus.

merci, grand merci à tous ceux qui ont participé à cette aventure, en particulier à Marc Israël-Le Pelletier, notre référent pour l'accès à la salle d'exposition du Bateau Lavoir.

L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
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