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Blog de Jean-Claude Grosse

Articles avec #pour toujours tag

Le livre des cendres d'Emmanuelle

11 Mai 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #poésie, #pour toujours

couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle
couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle

couverture et fin du livre des cendres d'Emmanuelle

Est paru le 7 mai 2017, au soir d'une présidentielle ordinaire à la française, cuisine électorale soignée avec plats mijotés longtemps à l'avance, petits plats dans les grands,  Livre des cendres d'Emmanuelle, édition courante aux Cahiers de l'Égaré, édition de tête chez Le Sélénite.

Note de l'éditeur de l'édition courante

En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane m'a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle. Il m'avait appris par deux lettres, deux ans après, en 2005 donc, la disparition d'Emmanuelle et je venais lui rendre visite chez lui, pour la première fois à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70. 

Il y eut une deuxième visite. La troisième, décalée pour cause de neige, n'eut pas lieu. Quand je repris contact en avril 2008, Louis-Jacques Rollet-Andriane venait de disparaître à son tour. Pendant mes deux visites, je pus filmer Chantelouve et en particulier le faux livre contenant les cendres d'Emmanuelle, au milieu d'autres livres de l'une des bibliothèques.

J'ai édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan : Le sexe et la fronde, Pourquoi la jalousie est une boucle étrange, Lesbos Alpha, Lesbos Omega, Pour qu'il puisse y avoir une dernière parole, Liberté charmée et l'irremplaçable Bonheur. J'ai entretenu avec elle une longue correspondance, du 19 mars 1988 au 31 mars 2005, partiellement publiée dans Bonheur et Bonheur 2. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et sans doute est-ce la raison de cette correspondance heureuse selon sa propre formule, « sans rien entre nous qui pèse ou qui pose »

J'ai envoyé le tapuscrit de Louis-Jacques Rollet-Andriane à Pierre Pascual, jeune éditeur et passionné par toute Emmanuelle, en juin 2016. Nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples. 

Une histoire commencée avec la publication en 1959 sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur, du roman Emmanuelle, trouve une forme d'achèvement avec la publication sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur du Livre des cendres d'Emmanuelle, en 2017, dix ans après que son auteur me l'ait confié. Mais il va de soi que pour Pierre Pascual comme pour moi-même, l'oeuvre plurielle d'Emmanuelle Arsan continue et continuera à « faire l'amour ».

 

Jean-Claude Grosse

 

Avant-propos de l'édition de tête

 

En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle à l’éditeur ami Jean-Claude Grosse qui venait lui rendre visite chez lui, à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70.

Jean-Claude Grosse, qui a édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan et entretenu avec elle une longue correspondance, m’a envoyé ce tapuscrit en juin 2016 ; nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples. 

Le Livre des cendres d’Emmanuelle est un vibrant hommage à Marayat qui, pendant plus de quarante ans, a illuminé la vie de Louis-Jacques, façonnant avec lui l’enfant de leur vie : Emmanuelle

À sa mort, Louis-Jacques conservera les cendres de Marayat dans un livre. C’est ce livre « que personne n’a écrit, que nul ne lira » que Louis-Jacques décide de transformer en poèmes vivants, pour que sa femme, celle qui fut tout autant que lui « Emmanuelle », vive encore. 

Ce recueil vient clore une aventure commencée en 1959 avec la publication du premier tome anonyme de celle qui portait ce prénom qui aura traversé les décennies.

Après EmmanuelleEmmanuelle à Rome, Les enfants d’EmmanuelleLes soleils d’Emmanuelle, le Livre des cendres d’Emmanuelle vient achever en poèmes l’histoire d’une vie ; une vie pleinement et multiplement vécue par celles qui portaient tous les visages, investissaient tous les corps : Louis-Jacques et Marayat.

Lorsqu’il y a quelques années j’ai commencé à écrire moi aussi une Emmanuelle, j’avais décidé d’adopter pour parler du couple mythique que formaient L.J. et Marayat, le féminin pluriel. J’ai découvert dans ces poèmes que Marayat utilisait elle-même ce féminin pluriel pour parler d’ « elles ».

Le futur sera féminin pluriel. 

J’ai tenté de respecter tant que faire se pouvait la forme du tapuscrit original qui ne comportait pas de nom d’auteur en choisissant de n’en faire figurer aucun sur la couverture.

Le respect de cet anonymat et de tous les jeux/je qui en découlent rendra je l’espère hommage à celui qui s’écrivit pendant des décennies au travers de son Emmanuelle rêvée, et qu’une fois son incarnation terrestre disparue il ne pouvait plus investir. 

Après maintes réflexions, j’ai décidé de faire coexister pour la première fois, sur la page de grand titre, le nom de Louis-Jacques avec celui d’Emmanuelle, non loin du visage esquissé de Marayat. 

Trio enfin réuni.

Pour Louis-Jacques et Marayat, le chiffre trois était le chiffre de l’amour, rien ne pouvait naître du couple fermé sur lui-même ; Emmanuelle était cet(te) autre attendu(e) invoqué(e) espéré(e), cet(te) autre qui était possiblement eux-mêmes, « elles-mêmes », simultanément ou à tour de rôle. 

Je ne reviendrai pas pendant des pages et des pages sur l’identité d’Emmanuelle Arsan, je me suis expliqué sur ce choix dans la préface de La Philosophie Nue il y a quelques mois. Louis-Jacques aura le dernier mot ; Marayat, la dernière image, déjà floue, presque éteinte ; la Siamoise nue s’efface pour n’être plus que toutes les femmes, Emmanuelle, rien de moins. 

Que l’auteur ait remis ces poèmes en personne à celui qui serait susceptible de les éditer prouve qu’il acceptait enfin que son nom soit accolé à une « œuvre emmanuelle » (même si tristement amputée de sa moitié), et qu’il espérait que cette œuvre soit partagée. 

C’est aujourd’hui chose faite, dix ans après, dans cet écrin couleur de cendres.

 

 

Pierre Pascual 

 

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18 mars 2017 au Revest

19 Mars 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #Le Revest-les-Eaux

ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle
ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle
ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle

ma photo parmi 30, pour les 30 ans des Amis du Vieux Revest et l'événement correspondant, Médéa au Château de La Ripelle

un 18 mars comme celui-là, tu n'es pas prêt de l'oublier;
d'abord tu vibres vers 16 H avec les 130000 de la Place de la République, la France insoumise,
le jour de la Commune de Paris, 18 mars 1871, qui dura 71 jours, accomplit un travail extraordinaire
avec des délégués et députés élus et révocables comme ce que propose l’avenir en commun avec la constituante pour la 6° république
le discours du 18 mars: il me semble que JLM remplace le paradigme rouge (une image vieillie et négative de la révolution parce que violente)
par un paradigme inspiré du meilleur de notre révolution, avant la Terreur:
- des valeurs, Liberté, Égalité, Fraternité, je joue à 1-2-3-SOLEIL, en 1 fraternité, le but, en 2, égalité et en 3 liberté, les moyens

- un peuple souverain, une constituante, des droits élargis, des devoirs (s'appuyer sur le travail de Simone Weil dans De l'enracinement), une révolution citoyenne par les urnes et la délibération;
bref un discours d'homme de caractère s'appuyant sur une volonté venue d'en bas,
ce dont nous avons besoin en une telle période dans un pays abîmé par plus de 30 ans de politiques alternées,
toutes de soumission et faites pour désespérer le peuple,
pour qu'il renonce à la politique,
à son pouvoir de changer le monde

évidemment ce ne sera pas simple dans un pays divisé, faut que la vague soit forte pour calmer les réticents

ce 18 mars, c’est aussi le jour de Saint-Cyrille, ça te parle: les absents, les disparus ont une vie

puis tu vas à 17 H au vernissage de l'exposition des 30 ans des Amis du Vieux Revest,
une cinquantaine de personnes au Groupe Revestois,
la municipalité sous-représentée;
tu découvres ta photo parmi 30 du Revest, comme 30 ans; et l'événement correspondant, Médéa, dans un des 30 lieux du Revest, le château de la Ripelle
tu es content de retrouver plein de gens que tu apprécies

tu rentres vers 19 H 30 chez toi où un coup de téléphone te propose de te retrouver chez un chanteur connu,
qu'évidemment tu ne connais pas: Atef
il habite en haut du village, il a concouru à The Voice 2012 jusqu'en demi-finale incluse
il a voté pour ta liste en 2008
t'acceptes la proposition et tu assistes au tour de chant de celles et ceux qui participent à son atelier chant;
belle ambiance bienveillante, généreuse (chanter c’est donner)
il y a là un homme de plus de 40 ans qui te dit qu’il t’a eu en techniques d’expression en GEA à l’IUT, il y a 30 ans
- comment c’était ?
- une récréation, un temps hors temps, créatif; vous nous faisiez vocaliser pour nous décoincer
tu ne refuses pas la proposition de chanter; tu n’es pas coincé
mais pour l’air, c’est si lointain
tu rentres vers 23 H 30 en fredonnant la chanson que tu as essayé, 3 petites notes de musique

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sur 1907, batailles dans le midi/Philippe Chuyen/Les Cahiers de l'Égaré

7 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #cahiers de l'égaré, #agoras, #pour toujours

le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier

le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier

Le samedi 4 février à 17 H, à la librairie Le Bateau Blanc de Brignoles, fut présenté à l'invitation de son directeur, Gérard Desprez
1907, Batailles dans le Midi, la grande révolte des vignerons de Philippe Chuyen, publié aux Cahiers de l’Égaré
40 participants,
présentation du projet, lire ci-dessous,
lecture de la scène 1 (très actuelle),
un chant d’époque par la chorale Article 9 de Correns,
en présence du maire de Montfort sur Argens, du président du syndicat des vignerons du Var, de la présidente des caves coopératives du Var
le maire de Montfort m'a dit souhaiter faire un événement à Montfort,  avec expo photos de la révolte, lecture, dégustation…

Texte de présentation par Philippe Chuyen:

C’est plutôt le contraire qui se produit d’’habitude : lorsqu’on parle d’un livre de théâtre c’est qu’on s’intéresse au texte et peut être qu’on veut le monter, c'est-à-dire créer un spectacle à partir de ce texte. C’est en effet un peu curieux cette idée de vouloir éditer un texte à partir d’un spectacle qui a été créé il y a bientôt 10 ans et qui à présent n’est plus joué… Je fais ici les choses un peu à rebours, en sens inverse, c’est peut-être une manière aussi de remonter le temps, ce n’est pas mal de remonter le temps, ou plutôt de penser qu’on peut le remonter, le rattraper. Enfin de toute façon vous savez que ce qui est passé existe à tout jamais, que les rayons lumineux des espaces que nous avons créés filent quelques parts là-haut dans l’univers… Je sais ça nous fait une belle jambe mais c’est aussi le rôle des livres que de faire la « nique » au temps qui passe.

Donc, j’ai pensé que c’était dommage de laisser échapper la mémoire de cette aventure théâtrale qui se déroula entre 2007 et 2012 et qui fut une belle réussite tout de même, car avant tout ce fut une étroite collaboration entre une Cie de théâtre (Artscénicum) et une Chorale (Article 9) : 2 entités issues de deux villages voisins, très proches : Montfort, Correns : 2 villages un peu jumeaux et donc souvent pas d’accord. Ça c’était déjà une vraie réussite de les associer pour une fois, de les réunir pour l’amour de l’art. Même 10 ans après, il fallait le souligner.

Bien sûr je n’oublie pas que pour publier un livre, il faut un éditeur qui veut bien mettre son nom en bas à droite. Par chance, il s’est trouvé que depuis quelque temps j’en connaissais un. Un qui s’est intéressé aux Pieds Tanqués et qui a eu bien raison ! Merci à lui de m’avoir aiguillonné pour publier 1907. Il se trouve en plus qu’il aime bien le vin …. Et la perspective d’approcher les milieux viticoles n’était pas pour lui déplaire.

Bon. Mais de quoi parle-t-on ? Selon les historiens Le 9 juin 1907, 8000 personnes marchent dans les rue de Brignoles, ils sont près de 800 000 à Montpellier et beaucoup de varois dont notamment ceux de Néoules ont fait le déplacement. Si l’on est 100 fois plus nombreux le même jour à Montpellier, c’est que le mouvement a commencé non loin de là, dans l’Aude dans le village d’Argelliers. Là où la misère était sans doute la plus cruelle, à cette époque, pour le peuple de la vigne. Mais l’histoire nous raconte dans le même temps que si le mouvement est parti de ce petit village, c’est qu’il était aussi la patrie de naissance d’un homme déterminé, très déterminé : vigneron, cafetier, comédien, un peu illuminé tout de même, presque un fada pourrions-nous dire ! Mais si obstiné qu’on peut se demander si ce sont les événements qui l’ont révélé ou bien lui qui les a provoqués.

Durant près 7 ans avant 1907, il a parcouru les chemins, de village en village, pour soulever ses compatriotes, montant sur les platanes pour haranguer les gens et leur dire que la misère n’était pas une fatalité. Au début, on riait de lui puis on s’est mis à l’écouter et peu à peu, de fada il est passé au statut de prophète, de demi dieu. Il y avait quand même dans cette histoire de la matière à fiction.

Mais je ne vais pas ici raconter toute l’affaire, vous la connaissez sans doute et si vous l’avez oubliée ou bien si vous n’en avez jamais entendu parlé vous pouvez bien entendu acheter le livre (je remercie au passage M Despret de la Libraire le Bateau Blanc qui nous accueille aujourd’hui). Quant aux causes historiques et socio-économiques je vous renvoie à l’importante bibliographie sur le sujet. Beaucoup d’ouvrages ont été édités ou réédités en 2007 à l’occasion du centenaire.

Mais j’en reviens à l’édition de mon livre et l’importance de son sujet. La mémoire d’un pays, la mémoire de ceux qui l’ont construit, c’est en effet le fond de la marmite. Ce qu’on ne voit plus mais qui est fondamental. Et je pense que les événements de 1907 sont pour tout le Midi de la France et particulièrement pour le Var porteur de beaucoup de sens. Notre département a été par exemple celui qui a construit le plus de caves coopératives de 1914 aux années 50 . Et je le rappelle c’était un Montfortais Octave Vigne (ça ne s’invente pas !) qui fut responsable d’une mission interministérielle pour organiser, financer et accompagner le mouvement coopératif, mouvement dont Jaurès disait qu’il était un socialisme pratique.

Ces coopératives, conséquence directe du mouvement, ont structuré pendant longtemps la vie des villes et des villages. L’immense besoin d’organisation qu’avait la filière viticole s’est retrouvée dans la consolidation du syndicalisme à l’image de la Confédération Générale des Vignerons du Midi qui au lendemain de 1907 fut la première organisation indépendante en France à structurer une filière agricole et qui par la suite a permis de se battre et de toujours se relever.

Cette aventure nous rappelle donc que seul nous ne sommes rien, il n’y a que l’union, l’entraide et l’intérêt pour l’autre qui compte pour bâtir une société durable. Certes ce n’est pas facile de prendre des décisions à plusieurs mais cette expérience nous montre que de toute façon on n’a pas le choix.

Ainsi, j’en profite pour remercier du fond du cœur la Fédération des caves Coopératives du Var pour avoir favorisé à partir de 2008 la diffusion du spectacle et aujourd’hui pour l’ aide financière dans l’édition de ce livre, tout comme le syndicat des vignerons du Var.

Voilà nous allons à présent vous lire un extrait….

Philippe Chuyen

L’événement qui se développe là-bas et qui n’a pas épuisé ses conséquences, est un des plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans. On a pu d’abord n’y pas prendre garde ; c’était le Midi et il y a une légende du Midi. On s’imagine que c’est le pays des paroles vaines. On oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et tragique.

Jean Jaurès, 29 juin 1907

ACTE I / LA CRISE

Sur le plateau, un espace de jeu circulaire est délimité en fond de scène par une estrade étagée en forme d’arc de cercle et par deux bancs et des portants à costumes à jardin et à cour. Deux musiciens sont assis devant l’estrade.

Lumière faible. Des coulisses, des slogans sont lancés.

  • –  Sept ans que nous serrons la ceinture et nous sommes au dernier cran !

  • –  De tant sarrar, la talhòla peta ! 1

  • –  Beure tant de bon « bi » e posquer pas manjar de pan ! 2

  • –  Qu’anam devenir se vendèm pas lo bi ? 3

  • –  La France s’arrête-t-elle où commence la vigne ?

  • –  Sensa cèla la baudu a pòt pas virar ! 4

  • –  Fau que nos donen rason o la bombarda petarà ! 5

  • –  Crebar de fam en bolegant la terra, jamai ! 6

    1. « À trop serrer la taillole se déchire ! »
    2. « Boire autant de bon vin et ne pas pouvoir manger de pain ! » 3. « Qu’allons-nous devenir si nous ne vendons pas le vin ? »
    4. « Sans celle la toupie ne peut pas tourner ! »
    5. « Il faut qu’on nous donne raison ou la bombarde va cracher ! » 6. « Crever en remuant la terre, jamais ! »

– Du pain ou du plomb !
– Perqué tant sucrar lo vin quand los impòsts son tant salats !
1 – L’orage gronde gare aux éclats !
– La correja a plus gès de trauc !
2
– Vive le vin naturel, la sane des vieux de 60 ans !

Une musique de Requiem démarre. Le chœur en coulisse entonne une plainte sans parole. Puis, les uns après les autres, les choristes entrent en scène, se posi onnent et se répar ssent sur l’estrade.

* Scène 1

Les comédiens entrent, se placent sur le devant de la scène et s’adressent au public.

1er comédien – Le 9 juin 1907, venues de tout le sud vi cole mais surtout des quatre départements du Languedoc : Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, 800 000 personnes marchent dans les rues de Montpellier.

2e comédien – Au même instant, de l’autre côté du Midi, 8 000 personnes dé lent dans le Var, à Brignoles.

1er comédien – Les processions sont saisissantes. Les manifestants paraissent calmes mais sur les visages on peut lire une farouche détermina on.

1. « Pourquoi autant sucrer le vin quand les impôts sont si salés ! »

2. « La ceinture n’a plus de cran ! »

Chant Enfants de la viticulture, 1907, Marius Birot, chanté par la chorale Article 9 de Correns

Enfants de la viticulture

Marchons sous le même étendard

La misère enfin est trop dure,
Il faut agir et sans retard (bis).

Argelliers nous donne l’exemple,

Suivons ce groupe de vaillants.

Agissons car il en est temps,
Et que personne ne contemple.

Aujourd’hui c’est plus les paroles,

Ce sont des actes qu’il nous faut.

Nous portons au front l’auréole,

Du travail, voilà notre drapeau.

Ce n’est pas un but poltique

Qui guide notre mouvement.

C’est pour honorer la République.

Donnez du pain à nos enfants !

Ce pain, si on nous le refuse,

Viticulteurs nous le prendrons,

Depuis longtemps on nous amuse.

Aujourd’hui, exigeons !

Vivre en remuant notre terre,

Ce qui est notre sol natal.

Notre pays méridional
Doit briser toutes les barrières.

Amour sacré de notre Vigne.
Ton jus doit élever les cœurs,
Nous saurons de toi nous rendre dignes.

Soutiens-nous et nous serons vainqueurs.

Roussillon, toi force vivante,
Regarde l’Aude et l’Hérault,
Ne reste pas indifférente,
Ne formons plus qu’un seul réseau ! »

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Gabrielle et Christian, les amours interdites

1 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Gabrielle et Christian, les amours interdites
Gabrielle et Christian, les amours interdites
Gabrielle et Christian, les amours interdites
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc

le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc

Le 11 janvier 2016 a été diffusée l'émission Affaires sensibles consacrée aux amours interdites de Gabrielle Russier et Christian R.

Émission très honnête quant aux faits. Un regret, le changement du pasteur Michel Viot, le protecteur de Christian des années 1968 devenu un anti-soixante-huitard convaincu.

Cette affaire avait fait beaucoup de bruit à l'époque. J'ai consacré plusieurs articles à cette affaire. Et je constate, statistiques à l'appui, que ces articles sont lus, très lus.

Évidemment, je ne peux que me surprendre en relevant la coïncidence, Gabrielle Russier est née le 14 février 1937. L'épousée est née le 14 février 1948. Deux amours interdites, la nôtre, heureuse, ayant commencé en 1964, 4 ans avant mais Le Quesnoy n'était pas Marseille et j'étais le professeur.
J'ai fait écrire des textes à quelques écrivains pour un livre Gabrielle Russier/Antigone avec une préface de Raymond Jean, son professeur de littérature à l'Université d'Aix, couverture avec un portrait réalisé par Cueco. C'était en 2008-2009 pour le 40° anniversaire du suicide de Gabrielle Russier, le 1° septembre 1969. Ces écrivains ont travaillé ensemble 2 jours les 8 et 9 décembre 2008 dans un Lycée à Hyères. Ce fut très enrichissant.

Ma lettre à Gabriella, attribuée à pépé Christian, une fiction, semble plaire aux lecteurs. La fiction est encombrée des valises dont nous héritons à la naissance. Heureusement, prénommer Gabriella au lieu de Gabrielle, l'arrière petite-fille, changera peut-être la nature de son héritage. Il suffisait d'un a.
En janvier 2015, je reçois le témoignage d'une ancienne élève de Gabrielle Russier, année 1968-1969, avec 15 lettres de Gabrielle à cette élève, devenue amie de Gabrielle. J'ai publié ce récit :

À Gabrielle Merci pour l'utopie.

Une lecture en a été faite le 11 mars à Vanosc, Ardèche. Plus de 50 personnes dont le maire très chaleureux.

Les associations La Vanaude et Au pré des femmes ont donné rendez-vous le vendredi 11 mars 2016 pour une lecture en écho avec la journée internationale du droit des femmes.

Journée pour toutes et pour une : Gabrielle Russier, professeur de français dans un lycée à Marseille en 1968, accusée de détournement de mineur, incarcérée, disparue volontairement le 1er septembre 1969.

Trois lectrices de l'association Les mots passants lui ont rendu hommage à travers des textes, des lettres, des poèmes.

La magie de la lecture a amené un éclairage nuancé de vérités et d'émotions sur une douloureuse histoire de femme et d'enseignante. En présence de la fille de Gabrielle Russier, qui écrira peut-être sur cette histoire, son histoire et en présence d'Anne Riebel, l'ancienne élève et amie dont j'ai édité le témoignage, épuisé.

La Vanaude. 07690. VANOSC. Annexe municipale. 20H30.

J'aime ce travail des traces. Avec internet, c'est comme si ça devenait ineffaçable, même après ma disparition. De toute façon, c'est ineffaçable. Il sera toujours vrai que ce qui est passé a réellement eu lieu, a été éprouvé, senti. Nos productions immatérielles, sentiments, émotions, pensées, nos paroles, sensations sont enregistrées pour toujours, for ever. Croire que ce qui passe, passe à jamais, never more, est croyance dominante et très rétrécissante, réductrice, mutilante. Vivre avec la conscience du for ever peut changer le rapport à soi, à l'autre, aux autres, à la nature. Si ça vous chante, continuez sur ce chemin dont j'ignore où il mène, holzwege.

Faut aller voir du côté du rhéomode de David Bohm.

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Elle s'appelait Gabrielle Russier

1 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Gabrielle Russier s'est suicidée le 1° septembre 1969.

Une pensée pour elle en cette rentrée scolaire 2014

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Retour sur Mourir d’aimer 2

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couverture du livre publié le 1° septembre 2009 par Les Cahiers de l'Égaré

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Le téléfilm de Josée Dayan, Mourir d’aimer, librement inspiré du Mourir d’aimer d’André Cayatte (1971) et de l’histoire de Gabrielle Russier  avec Christian Rossi (octobre 1967 - 1° septembre 1969), ne m’a ni ému ni révolté. C’est pourtant ce que j’attendais, que j’avais vécu avec Annie Girardot, que je n’ai pas connu avec Muriel Robin. Pourquoi ? Dans l’adaptation de Philippe Besson, la prof et l’élève sont plutôt monolithiques. L’élève n’a pas de faiblesse : il est déterminé, sait ce qu’il veut, assume ce que le hasard de la rencontre lui propose, définit la liberté et applique cette définition, vit conformément à elle. La prof, une fois l’étonnement passé, accepte aussi ce qui s’offre à elle, ne résiste pas à l’amour, résiste plutôt bien aux pressions, on la sent forte, le suicide final est l’issue du film mais n’est pas nécessaire dans cette histoire avec de tels personnages. Disons-le, Muriel Robin par sa puissance donne une impression de femme forte sur le plan psychologique, capable de tenir tête, d’ironiser, on le voit avec la proviseure, magistralement caricaturale dans son autoritarisme, son rigorisme, avec sa collègue, avec ses élèves. Ses émotions sont réelles mais on sent qu’elle a de la ressource face à l’adversité. J’imagine qu’avec Jeanne Balibar dans le rôle, j’aurais été ému et révolté, avec un lycéen moins beau, plus inquiet, plus ambivalent ou même un tantinet cynique, façon Julien Sorel. Les leçons de Gabrielle Delorme dans sa classe sont une des forces de ce film. Stendhal-Flaubert, Rimbaud, Eluard, la Joconde, LHOOQ de Duchamp, l’irrévérence, tout cela pose avec justesse la question : quoi enseigner et comment ? c’est quoi enseigner ? L’histoire d’amour ne pose pas avec une telle justesse la question : qui aimer et comment ? c’est quoi l’amour ? c’est quoi aimer ?  Notons d’ailleurs que l’école pas plus que la maison ne sont lieux d’apprentissage des sentiments. Il y a de l’éducation sexuelle, pour savoir comment ça se fait, pour se protéger mais pas d’éducation des sentiments. Et ce n’est pas avec la littérature que ça s’apprend, même si beaucoup pensent que la médiation des œuvres est nécessaire (littéraires, poétiques, picturales, musicales). Le décalage historique, du temps de Giscard, n’a pas grand intérêt : on est dans une France toujours coincée. Sous le Mitterrand de 1981, avec l’abolition de la peine de mort, avec l’espoir (vite déçu, dès 1983), la rigidité morale des parents engagés aurait été plus fortement contradictoire. Bref
Le débat a présenté les caractéristiques insupportables des débats télé. Interventions au couteau, cadrées sur l’essentiel du point de vue de l’animateur donnant son point de vue plutôt qu’animant le débat, intervenants dans leurs rôles et non comme personnes, donneurs de leçons, énonciateurs de la loi, de ses incohérences mais de sa nécessité. Il s’agit de conforter l’ordre, la loi, l’institution jusqu’à la caricature comme Philippe Meirieu. Le débat devait poser deux questions :
   - c’est quoi enseigner quand les savoirs sont tous frappés d’imposture. S’agit-il de transmettre de tels savoirs, qui font les traders (formés aux mathémathiques financières par Polytechnique,  Dauphine, employés par Goldman Sachs, la banque d'"affaires" qui en 80 ans a provoqué 20 crises),
destructeurs de l’économie réelle sous le nom de performances financières et d’enrichissement général, qui font les entrepreneurs et commerciaux formés dans les plus prestigieuses grandes écoles et universités (dirigeants de multinationales de l'agroalimentaire, comme Cargill, Monsanto, concepteurs de gigantesques batteries de viande ignoble comme Smithfield Foods), affameurs d'une bonne partie de l'humanité et destructeurs de la planète sous les noms d’aménagement du territoire, de croissance, de progrès technique et scientifique, d’amélioration du niveau de vie. Ou s’agit-il d’apprendre à juger, à douter, à avoir sur tout l’esprit critique ?
   - c’est quoi apprendre à juger ? cela ne suppose t-il pas de se mettre en jeu comme personne qui fait ce qu’elle dit, qui vit ce qu’elle éprouve, en recherche de vérité avec sa liberté, sa raison, développant le meilleur d’elle-même pour soi et autrui. Une telle authenticité, une telle vérité de parole et de vie, une telle évidence, voilà ce qui fait exemple, voilà ce qui fait qu’un prof suscite admiration éventuelle (pouvant devenir amour non d’un corps, d’un sexe mais d’un être dans son âme), enthousiasme individuel et collectif, émulation et non compétition, solidarité, écoute et parole propre(s). Un tel prof devient un passeur de volonté pour la vérité, la beauté…
Et l’amour alors ? Il est ce qui peut nous arriver de mieux même s’il y a erreur sur la personne, même s’il est malheureux. Il est ce qui nous sort de nos certitudes, de nos conforts, il est vie, chair, peau, sexe, sentiments, projets, rêves, transgression. Dans la possible relation d’amour prof-élève - que l’initiative vienne du jeune ce qui est sans doute plus fréquent qu’on ne croit, qu’elle vienne de l’adulte, qu’elle soit coup de foudre, qu’elle prenne du temps pour s’installer, qu’elle dure et soit heureuse (et il y en a sans doute beaucoup plus qu’on ne croit mais ces histoires sans histoires n’intéressent pas), qu’elle échoue et fasse souffrir – ce qui me paraît essentiel c’est comme dans toute relation vraie entre deux adultes, entre deux personnes, le respect de l’autre. Ce respect doit être encore plus marqué dans une relation d’amour avec un jeune. La fausseté des déclarations, la perversité, les abus de pouvoir, la séduction, les rapports de force, la jalousie, les chantages, c’est cela le terrible dans une relation. En clair pour aimer inconditionnellement, il faudrait des qualités d’âme que souvent nous n’avons pas. La passion amoureuse est une maladie dont on ne meurt pas en général, dommageable seulement pour soi et l’autre, qui ne fait pas de mal au monde. L’amour ordinaire est souvent calcul, ajustement d’intérêts. Il est très répandu, dure ce qu’il dure. L’amour inconditionnel est rare, peut ne pas s’accomplir sexuellement, souvent même ne passe pas par le sexe (Socrate résiste au désir d’Alcibiade, le prof peut résister au trouble de l’élève pour mieux l’élever au sens d’élévation pas d’élevage, ce peut être aussi l’élève qui résiste, élevant le prof). Par la sexualité, « sublimée » sans doute, l'amour inconditionnel est cheminement vers l’être de l’autre qui chemine, sans jonction possible mais il s'agit de deux cheminements si proches que c’est le bonheur, bien plus que le plaisir, que c’est la délicatesse, bien plus que l’étreinte.
Dernier point que je veux aborder : qui évaluera les dégâts causés par les profs haineux de leurs élèves et réciproquement, par les profs fonctionnaires et réciproquement (représentez-vous les comme vous voulez) ? Et qui poursuivra en justice ceux qui enrôlent pour leurs sales guerres des jeunes dont on abaisse l’âge de la majorité ? Sous Napoléon, la majorité sexuelle est à 11 ans, Juliette a 13 ans. Tout cela montre que la société fixe les limites qui l’arrangent. Rien à voir avec chacun de nous.

À lire :
De l’amour de Marcel Conche, Les Cahiers de l’Égaré
Analyse de l’amour et autres sujets de Marcel Conche, PUF
Éloge de l’amour d’Alain Badiou, Flammarion

 
Jean-Claude Grosse

L'amour et l'enseignement ont en commun de relever d'un jeu de la solidité et de la fragilité. Jeu facilement dénié, durci, au nom d'un sérieux de la séparation entre elles, plus ou moins hiérarchisée. C'est que solidité et fragilité sont inséparables, figures changeantes, jamais si claires, de tout un entrelacement. Respecter ce jeu, voire en faire vivre quelque chose par l'enseignement, peut pourtant être vu comme vitalement sérieux. L'émoi amoureux, mais aussi de la "connaissance", ouvre toute solidité à la fragilité comme toute fragilité à la solidité. Tout émoi profond, avec ses ambiguïtés, fait saillir celle de la clarté du monde, comme obtention plus ou moins forcée et instrumentalisée d'un résultat.
Il ne s'agit donc pas seulement de débattre de certaines relations amoureuses entre majeurs et mineurs, mais de donner à entendre que, si une émotivité excessive peut amener des catastrophes, le modèle d'une rationalité pure, purement répressive de soi et des autres, entraîne dans nombre de domaines, y compris l'enseignement, assèchement, mensonges et redoutables retours de bâton irrationnels.
Ni chez les acteurs principaux, ni chez les participants au débat, ne fut créé l'espace physique de parole qu'il faudrait, entre fragilité et solidité, pour rendre sensible, non pas le seul amour naissant, mais l'importance de la survenue d'un fécond champ magnétique, plus ou moins intense, entre les hommes, pour qu'ils ne crèvent pas trop de complexification fonctionnelle. Les jeux ambigus, souvent durement payés, font aussi scandale parce qu'ils forment à autre chose que la forme et la force. Le problème, c'est moins la sexualité, facilement mécanique, que le sort que notre société réserve à la sensualité et à la sensibilité, à leur " formation " et à leur portée, en termes de vérité aussi.

 
Gérard Lépinois
 
"En tout cas, l'intérêt suscité par l'affaire Russier semble encore vif : le dossier de presse la concernant a été dérobé à la bibliothèque de la Fondation nationale des sciences politiques où on pouvait le consulter. De plus, dans divers centres de documentations et bibliothèques, la presse de l'époque a été, par la suite, consciencieusement découpée et subtilisée. S'agit-il de certains proches des protagonistes de l'affaire ? ou simplement d'admirateurs de Gabrielle Russier émus par sa personnalité ou les circonstances ? Le mystère reste entier."
Conclusion de l’article de Corinne Bouchoux paru en 1992
 

débat du 4 décembre 2008 à Hyères
sur l'affaire Gabrielle Russier

 
 
Quand je me suis sentie "emportée" par une histoire, ce qui est le cas de l'affaire Gabrielle Russier, je cherche toujours à aller plus loin. En l'occurrence j'ai cherché à savoir ce qu'il est advenu des protagonistes de cette histoire tragique : Christian Rossi a t'il pu "refaire sa vie" ?, ses parents se sentent-ils responsables ?, les enfants de Gabrielle, comment vivent-ils ?
J'ai trouvé dans votre blog un article du 26/11/09 qui avance que Valérie "a sombré dans la folie". Or sur le forum des "Cahiers de l'égaré" dans un article du 14/12/09, elle prend la parole pour demander les coordonnées de Raymond Jean.
Laquelle de ces deux informations avez vous retenu ?
Merci.
Anne

Les deux me semblent justes. Mais à des moments différents: aujourd'hui, Valérie a 50 ans. Au moment du suicide de sa mère, Valérie avait 10 ans.
Valérie a eu des difficultés de nature psychologique, a dû travailler sur elle-même; elle a fini par devenir psychologue scolaire après des études de psychologie tardives et après bien sûr tout un tas d'épisodes, de chutes et rechutes, mots sans doute inadéquats comme l'expression "sombrer dans la folie" que j'ai utilisée en méconnaisance des faits et des effets, "folie" dont certains peuvent revenir aujourd'hui car l'écoute, le suivi me semblent plus adaptés aux cas individuels. Je dis "en méconnaisance" car notre regard sur autrui sauf à être à l'écoute (attention flottante) est toujours à côté de la plaque.
D'après ce que je sais de 2° main, Christian qui refuse tout contact, a refait sa vie pour employer votre expression. Mais à part lui, qui peut dire les effets sur lui, d'hier à aujourd'hui. Joël, le frère de Valérie semble s'en tirer sur les plans professionnel et familial mais lui seul "sait" ce qu'il a vécu. Je ne sais rien des parents de Christian qui après le suicide ont dit que si c'était à refaire, ils recommenceraient. De 2° main, on m'a dit qu'ils s'étaient séparés puis remis ensemble.
Je ne souhaite pas que ces petites indiscrétions circulent, étant trop respectueux des choix qui me semblent avoir été faits tant par Christian que par Joël et Valérie. Aucun ne s'est exprimé lors de l'émission de France 2.
J'attends la sortie du livre de Jacques Layani car il montrera comment 40 ans après, cette affaire continue à remuer des gens dans le monde entier.
Quant aux auteurs du livre Gabrielle Russier/Antigone, ils ont privilégié leur imaginaire pour évoquer quelques protagonistes de ce drame ou tragédie. Je me suis pour ma part intéressé au personnage de Christian qui vit, revit, devenu prof, deux histoires avec deux de ses élèves à 20 ans d'intervalle, l'une à 30 ans, l'autre à 50 ans. Façon pour moi d'insister sur ce qu'on appelle "les valises" dont on hérite ou qu'on transmet, "valises" qui ne sont pas les nôtres d'où comment échapper à la répétition des vies, des destins. Mon histoire est une fiction. Pour montrer aussi que la justice ne corrige pas: elle sanctionne mais ne change rien du coeur, du ça.
Cordialement
Jean-Claude Grosse

 
Elle s'appelait Gabrielle Russier
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Shakespeare et la mouette à tête rouge

20 Avril 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées

deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées

Me rendant avec l'ami François Carrassan chez l'ami Marcel Conche en Corrèze du vendredi 8 avril au lundi 11 avril, nous avons écouté la première partie de l'émission La grande table sur France Culture le 8 avril, consacrée au manuscrit retrouvé de Hamlet par Gérard Mordillat.

Hamlet, la pièce la plus célèbre du répertoire mondial, a toujours fait l’objet de nombreuses spéculations érudites, notamment au sujet d’une éventuelle version antérieure. Ces hypothèses seraient-elle en passe d’être levées ? C’est la conviction de Gérard Mordillat, qui présente ici la formidable découverte qu’il doit à un universitaire anglais excentrique, Gerald Mortimer-Smith. Grâce à ce dernier, Mordillat a eu entre les mains une version d’Hamlet inédite, précédant de toute évidence la plus ancienne connue : le fameux « proto-Hamlet », écrit à quatre mains par Thomas Kyd et William Shakespeare ! A partir de ce document désormais disparu, Gérard Mordillat a reconstitué la pièce d’origine et il nous en propose ici la lecture, précédée du récit de sa découverte, dans lequel il reprend les hypothèses les plus audacieuses de Mortimer-Smith. On lit ici Shakespeare comme on ne l’a jamais lu. Il y aura un avant et un après Hamlet le vrai.

Écoute par hasard, bien sûr, et par hasard, Gérard Mordillat évoque le passage où Ophélie, Valentine, évoque sa défloration, son viol peut-être, sûrement même par Hamlet, comme elle a dû l'être par le Roi; elle est donc bonne pour le nonnery, le couvent ou le bordel...

L'enquête de Pierre Bayard sur Hamlet est également évoquée dans cette émission :

Aucun texte littéraire n’a probablement suscité autant de lectures et interprétations qu’Hamlet et n’a à ce point fasciné les critiques, qui n’ont cessé de débattre des ambiguïtés et des contradictions de la pièce, dont les principales concernent les circonstances dans lesquelles est mort le père du héros. Mais tous ces auteurs parlent-ils bien du même texte ? Ce dont témoigne Hamlet, en raison du nombre de ses commentaires, est de la difficulté, dans l’échange littéraire, à éviter le dialogue de sourds. Il est en effet impossible, quand nous discutons d’une œuvre, de sélectionner des passages identiques, de les percevoir à travers des théories semblables, d’inventer des questions qui ne soient pas marquées par une époque et par la personnalité de celui qui les pose. Bref, de parler de la même chose que les autres lecteurs. Trouver la solution à ce problème du dialogue de sourds est pourtant un passage obligé si vous voulons reprendre l’enquête inachevée sur la mort du père d’Hamlet. Et tenter, en reconstituant ce qui s’est passé il y a cinq siècles à Elseneur, de résoudre l’une des plus vieilles énigmes de la littérature mondiale.

Il se trouve que fin 2010 pour les 40 jours du départ de la mouette à tête rouge (moment rituel dans beaucoup d'endroits du monde), j'ai beaucoup écrit sur cette disparition, pensant à La Mouette de Tchekhov dont la structure reprend celle d'Hamlet et pensant bien sûr à Hamlet. Tout ce travail d'écriture a donné 3 textes édités :

L'île aux mouettes, 2012

L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, 2014

Là où ça prend fin, 2014. Ce que je rends public ici n'a pas été retenu pour ces éditions. Mais ces scènes continuent de m'habiter. Les ordinateurs sont des mémoires conservant si on le souhaite les différents états d'un texte. En voici un.

8 – Le narrateur - Lors d’une visite de l’époux à l’épousée, à l’hôpital. Une deuxième opération au cervelet a été réalisée, elle s’est bien passée. L’épousée sort de son coma artificiel progressivement. Elle est en réanimation. On est le 19 novembre vers 21 H. A-t-elle toute sa tête ? Les effets d’une anesthésie sont parfois surprenants avant le retour du patient à la conscience claire.

L’épousée - Bonjour ! c'est la Saint-Valentin. Tous sont levés de grand matin. Me voici, vierge, à votre fenêtre. Pour être votre Valentine. Alors, il se leva et mit ses habits, Et ouvrit la porte de sa chambre. Et vierge, elle y entra, et puis jamais vierge, elle n'en sortit.

L'époux - suave Ophélie ! ô cieux ! est-il possible que la raison d'une jeune fille soit aussi mortelle que la vie d'un vieillard ? Sa nature s'est dissoute en amour ; et, devenue subtile, elle envoie les plus précieuses émanations de son essence vers l'être aimé.

La fille – maman délire ! à quoi joues-tu ?

L'époux - je lui donne la réplique !

L'épousée - je ne délire pas ! croyez-moi ! je suis née le jour de la Saint-Valentin ! je suis femme de l'amour ! pour l'amour ! je vais vous dire ! c'est un jeu ! ils veulent me faire l’amour ! ils veulent me faire mourir ! je les entends chuchoter ! je les entends rire ! ils me triturent partout ! ils entrent leurs doigts dans tous mes endroits ! je témoignerai ! je les reconnaîtrai à leurs voix ! méfiez-vous du docteur ! il dit qu'entre lui et moi, il y a un fil ! c'est lui qui veut couper le fil ! ne le laissez pas s'approcher de moi ! soyez prudents ! discrets ! ne les laissez pas abuser de moi ! me salir ! je me sens sale ! salie !

La fille - maman, veux-tu le bassin pour uriner pendant que je suis là avec toi ?

La mère - tu me comprends ma fille ! je ne délire pas ! croyez-moi !

(Elle se met à chanter)

Ils l'ont porté tête nue sur la civière. Hey no nonny ! nonny hey nonny ! Et sur son tombeau à Corsavy, il a plu bien des larmes. Adieu, mon fils de lumière ! Voici du romarin et voici des pensées, en guise de pensées

(À l'époux) Voici pour toi du fenouil et des ancolies.

(À la fille) Voilà de la rue pour toi, et en voici un peu pour moi ; nous pouvons bien toutes deux l'appeler herbe de grâce, mais elle doit avoir à ta main un autre sens qu'à la mienne... Voici une pâquerette. Effeuille-la pour savoir combien je t’aime !

- Elle m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie … pas du tout ! (Treplev rit)

Je t’aurais bien donné des violettes, mais elles se sont toutes fanées, quand Cyril est mort ... On dit qu'il a fait une bonne fin. Car le passionné Cyril était toute ma joie. Et ne reviendra-t-il pas ? Non ! Non ! il est mort. Il ne viendra jamais. Il est parti ! il est parti ! Et je perds mes cris.

La fille - d'où sors-tu ça, maman ?

L'épousée - c'est le chant d'Ophélie ! mon chant !

L'époux - nous veillons sur toi ! nous allons veiller sur toi ! nuit et jour !

Le narrateur - Shakespeare, un comédien allemand, ami proche de la famille, célèbre pour ses interprétations des pièces de l'Anglais, est entré dans la chambre N° 8 des soins continus ; il est venu exprès de Fribourg, ayant compris la gravité de la situation

Shakespeare - ma chère Ophélie ! ne donne pas raison à la Reine ! (il joue la Reine)

La Reine - Il y a en travers d'un ruisseau un saule qui mire ses feuilles grises dans la glace du courant. C'est là qu'elle est venue, portant de fantasques guirlandes de renoncules, d'orties, de marguerites et de ces longues fleurs pourpres que les bergers licencieux nomment d'un nom plus grossier, mais que nos froides vierges appellent doigts d'hommes morts. Là, tandis qu'elle grimpait pour suspendre sa sauvage couronne aux rameaux inclinés, une branche envieuse s'est cassée, et tous ses trophées champêtres sont, comme elle, tombés dans le ruisseau en pleurs.

Ses vêtements se sont étalés et l'ont soutenue un moment, nouvelle sirène, pendant qu'elle chantait des bribes de vieilles chansons, comme insensible à sa propre détresse, ou comme une créature naturellement formée pour cet élément. Mais cela n'a pu durer longtemps : ses vêtements, alourdis par ce qu'ils avaient bu, ont entraîné la pauvre malheureuse de son chant mélodieux à une mort fangeuse.

L'épousée - la Reine n'aura pas raison ! ni l'eau du ruisseau ni l’eau du cerveau !

La fille - sers-toi de ta maîtrise de l'apnée, maman ! tu les auras !

L'époux – oui ! tu les auras !

L'épousée - je les aurai !

(elle s'endort, apaisée)

…..............................

Le narrateur - tous rentrent dans la chambre N°8

Shakespeare - ma douce Ophélie, tu es Verseau, comme Jeannot, verse l’eau de ton cerveau, joue au cerceau, toi qui aime faire des ronds dans l’eau avec les bateaux de Roro !

La fetite pille - mamie annie dodo bobo ! o ! o !

Le narrateur - tout d’un coup, de l’eau sort de la capeline que la mouette porte sur la tête, l’oreiller est inondé ; ils n’avertissent pas le personnel soignant

La fetite pille - mamie annie o ! plus bobo o ! plus dodo !

Le père - ma mouette rieuse ! tu as un cancer au niveau de l’utérus, là où tu as porté la vie deux fois ! cette grenade a métastasé dans le cervelet, dans les vertèbres lombaires, dans un ganglion

La fille - tous les endroits où tu dis avoir mal !

Le gendre - tu dois désactiver la grenade !

Le père - par apnée !

La fille - par apnée, maman !

Shakespeare - ma douce Ophélie, sors du noir ! entre dans la grande bleue ! dans le bleu du lac ! toi la magnifique aux cheveux rouges, voici les 24 roses rouges de notre mouette ! toi la magnifique en robe Mouette, voici les 24 roses blanches de la mouette ! va au profond de toi ! toi qui écoutes tant les autres et si peu toi ! écoute les mouettes criardes, les mouettes rieuses ! elles veulent te déchiqueter crue, vivante, toi, la mouette blessée ! fais la morte ! ma belle et pure Ophélie aux émanations d’amour ! elles détestent le silence !

(Ophélie entre dans sa 14° apnée ; une infirmière vient)

L’infirmière - dites-lui au revoir, elle est en train de partir

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! Merci !

(Ophélie est en apnée depuis une heure)

Le médecin réanimateur - votre épouse est décédée depuis une heure ! nous avons prévenu la morgue ! ils viendront la récupérer dans une heure !

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! merci !

Le narrateur - Depuis le démarrage de l’apnée, tous, après une lente inspiration, retiennent leur souffle, ferment les yeux, s’immobilisent. Ils tiennent plus ou moins longtemps. La poupée Kitty fait entendre sa musique. L’épousée soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une grande violence, replonge, reste quelques minutes, hoquet très violent, elle crache du sang noir et fumant, elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’époux. Là bas, à Baklany, au Baïkal, en synchronicité avec ce qui se passe ici, la chamane Koulbertichova sort de son rêve lucide. Elle vomit du sang noir et fumant. Elle bave, éructe. Elle est trempée par la transpiration. Les sœurs Gorenko, koutouroutsouks de la chamane, qui vivent à Baklany, sont en nage aussi, elles vocalisent kouarr kriièh kouêk, le cri de la mouette abattue dans La Mouette et tombée sur la plage, la même ou une autre.

Le père - tu nous reviens ?... elle nous revient !

Shakespeare - Ophélie, ma douce Ophélie, reviens-nous ! ta chaise t’attend ! tu sais que l'eau veut détruire ton cerveau. Tiens ! voici le crâne de César ! Que devient César une fois mort et changé en boue, poussière et eau ? il pourrait boucher un trou et arrêter le vent du dehors. Oh ! que cette argile, qui a tenu le monde en effroi, serve à calfeutrer un mur et à repousser la rafale d'hiver !

Ophélie, toi qui distilles le sublime amour, tu n’es pas encore destinée à l’eau et à la poussière ! à devenir boue bouche-trou !

Hamlet est fasciné par la mort ! Mourir … dormir, rien de plus ... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir … dormir, dormir ! peut-être rêver !

Ce ne sera pas ton dénouement, Ophélie ! Ta chaise t’attend ! Reprends ta place !

Le narrateur - L’épousée ouvre les yeux, sourit. Le brancardier de la morgue arrive, trop tard, trop tôt. Le personnel médical est sidéré. Le médecin réanimateur annule le PV du décès.

Ophélie - kouarr kriièh kouêk

(tous poussent un profond soupir de soulagement, vocalisent kouarr kriièh kouêk, tous embrassent la mouette, se pressent sur elle ! bienvenue ! à Baklany, la chamane Koulbertichova danse, les sœurs Gorenko vocalisent)

Shakespeare (hurlant pour l’obtenir) - … Silence ! (puis chuchotant) … Le reste … c’est silence …

À Marrakech,

du 22 décembre 2010 au 18 janvier 2011, pour le 40° jour,

pour le voyage de l’âme de notre mouette, 24 roses rouges

pour le voyage de l’âme de la mouette, 24 roses blanches

Jean-Claude Grosse

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L'insolite traversée du Bateau Lavoir le 25 octobre 2015

27 Octobre 2015 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #écriture

imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
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aujourd'hui, ce blog a 11 ans

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deux Haïkus de Moni Grego pour mon anniversaire

Jean-Claude ne voit rien
n'entend rien
l'éternité le berce.
*
Le bus 67
est comme vide
sans Moni et lui...

L'insolite traversée du Bateau Lavoir

le dimanche 25 octobre 2015

Pourquoi est-ce que je me retrouve là, au Bateau Lavoir, ce dimanche 25 octobre 2015 en milieu de matinée grise ? Quels hasards m'ont conduit pour mes 75 ans, là, enfin ce qu'il en reste, rien, là où Pablo passa, il l'a dit, les années les plus heureuses de sa vie, de 1904 à 1909, là où il fêta pendant 6 ans, ses anniversaires, un 25 octobre ?

Il semble que l'expression insolite traversée qui a traversé mon esprit a été le déclencheur de la balade et de l'écriture. L'Insolite Traversée fut le nom de la compagnie de théâtre du fils disparu en 2001. Avant cette appellation, ce fut L'Insolite Traversée des Siècles.Traverser l'espace, traverser le temps, quels programmes ! Ces appellations, appels à voyager, du sur place au plus lointain, m'habitent et m'incitent aux coïncidences.

J'aime les coïncidences. Il suffit de les chercher et elles se rappliquent. C'est clair, tout est relié, des petites toiles d'araignée bien planquées dans les coins aux infinies chevelures des galaxies visibles de tous par ciel bien dégagé.
Pablo et moi, nous sommes reliés, liés. Quand je lève ma coupe, ses œuvres, ses portraits viennent me présenter leur audace et leur énergie créatrice.

Imagine. Années 1900. Un immeuble en dénivelé sur les pentes de Montmartre. Un immeuble en bois. Logements transformés en ateliers d'artistes. Le proprio faisait-il payer ou pas, négrier des artistes aux poches trouées ?

Imagine. Débarquent des Italiens puis des Espagnols, des Méditerranéens quoi. Sang chaud. Discussions sans fin sur la peinture, sur l'art. Disputes. Castagnes. Beuveries.

Le monde des artistes n'est pas un monde tendre. Monde de passions et de passionnés, de torturés torturant leurs instruments.

Monde de désordre. Quel bordel dans les ateliers de la plupart des artistes, un capharnaüm !Les plus géniaux, paradoxe, rangent, nettoient leurs pinceaux.

  • Je te dis que je ne suis pas là devant la toile pour reproduire le réel.

  • Et moi, je te dis que je ne suis pas là pour rester dans le cadre.

Le plus célèbre du Bateau Lavoir, le Pablo, né le 25 octobre 1889, un Scorpion de première, destructeur-créateur, sexe et vitalité, regarde-le sur les photos. Il pose, en short, poitrail découvert, jambes écartés, en position de lutte, pour intimider.

C'est dans cet immeuble en bois, labyrinthique, étouffant l'été, glacial l'hiver, que s'inventa le cubisme. Entre octobre 1906 et juillet 1907, Picasso peint Les demoiselles d'Avignon, œuvre inspirée par un bordel de Barcelone.

Les déracinés de Collioure, Derain, Matisse, inventeurs du fauvisme, comprennent vite que le Catalan, l'Espagnol est loin devant. Matisse essaiera de s'imposer. Cette confrontation à distance fera bouger les lignes, on va aller de révolution esthétique en révolution esthétique en quelques années.

Ce 25 octobre 2015, en milieu de matinée grise, je tente une insolite traversée de l'espace montmartrois, une insolite traversée du temps du Paris d'hier. Je sais que tout instant, tout présent passe, ne reviendra plus, never more. Je sais aussi depuis peu, que, tout instant, tout présent passé, il sera toujours vrai qu'il a eu lieu, vérité éternelle, for ever. Ce qui veut dire qu'indépendamment de nous, infalsifiable, incomparable, unique s'écrit un livre, métaphore, de notre naissance à notre mort, notre livre pour l'éternité. Ce livre de nos instants, de nos émotions, de nos sentiments, de nos pensées, fabuleux réservoir d'informations, d'énergies, de souffles, se disperse-t-il soufflé par d'autres souffles ? Quels brassages d'énergies et d'informations s'effectuent tout près de nous, très éloignés de nous, aux confins ?

Je me balade autour du Bateau Lavoir et le long des nouvelles coursives où se distribuent les nouveaux ateliers d'artistes, 25, depuis la reconstruction en béton, en 1978, de l'édifice détruit par l'incendie de 1970, la tête pleine de ces questions métaphysiques, l'esprit en éveil, prêt à capter ce qui pourrait se présenter comme intuition, évidence.

La topographie est stupéfiante.

À l'est, l'impasse Hors champs, d'Orchampt.

Au nord, l'impasse Beurk, Burcq.

À l'ouest, la pentue rue Garreau, Garrot avec l'entrée publique du Bateau Lavoir.

Au sud, la place Émile Goudeau, Godot. 5 bancs publics pour se bécoter, sandwicher. Les gens s'y installent, attendent, L'attendent. Moi, je ne vois rien, n'attends rien, je vis l'éternité d'une seconde Bleu Giotto, seconde après seconde.

Pentue, la place en pavés ne permet pas de danser le tango.

J'en ai une folle envie pourtant ce 25 octobre 2015 en pensant à l'épousée, disparue depuis déjà 5 ans mais si présente.

Ce coin de Montmartre, c'était donc, c'est toujours un coin tranquille, rural, champêtre en 1900, touristique en 2015. On y piétonne. Très peu de circulation. C'est reposant.

Au fond de Hors champs, la somptueuse maison où Dalida s'est suicidée.

Au début de Hors Champs, côté gauche, 4 ateliers d'artistes, vraisemblablement sauvés de l'incendie. Quel foutoir, confirmé par ce que l'on voit quand on descend le grand escalier extérieur, à l'intérieur du domaine au jardin privatif jouxtant le square Beurk où s'ébattent les enfants du quartier pendant que dans le jardin se disputent deux chats, habitués des lieux, pendant qu'une rose blanche se laisse faner sur sa longue tige.

Je n'arrive pas à imaginer le Bateau d'hier, à rencontrer les fantômes bien vivants qui ont vécu là. Picasso, Modigliani, Braque, Juan Gris, Utrillo, Matisse, Derain, Léger, Dufy, Van Dongen, Brancusi, le douanier Rousseau, Max Jacob, Apollinaire, Jarry, Radiguet, Gertrude Stein, Dullin, Mac Orlan, Marie Laurencin, Cocteau...

Ce n'était pas le temps de la parité et pourtant les femmes faisaient partie de ce monde de mecs, souvent très portés sur les parties de jambes en l'air. Certaines ont même été des muses, des inspiratrices.

Le bois est devenu béton.

Grilles, codes.

Portes des ateliers fermées.

Grilles des ateliers cadenassées.

Baies vitrées aux rideaux tirés.

Le Bateau Lavoir d'aujourd'hui sent le petit, le renfermé, le replié sur lui. L'impression d'inertie est pesante. Mais ce n'est qu'une impression. En rencontrant deux artistes dans leurs ateliers, je me rends compte que le Bateau Lavoir vit.

Imaginez ! le mur de la photo de couverture de l'article, vers 1906, avant l'incendie du Bateau Lavoir de 1970, c'est le mur où furent peintes Les demoiselles d'Avignon; nous sommes dans l'atelier du peintre François J. qui donne sur le jardin intérieur; belle lumière par la grande baie vitrée; François J. me prête Picasso au Bateau Lavoir de Pierre Daix; nous n'avons pas oublié Pablo quand nous avons fêté les anniversaires, lui étant né le 25 octobre 1889

Ce 25 octobre 2015, en milieu de matinée grise, je me dis : tu as eu raison, le hasard aidant, les coïncidences t'y incitant, à transhumer de la Méditerranée à la Butte Montmartre avec tes livres pluriels, avec les auteurs vivants qui ont écrit dedans, avec les lecteurs prêtant leurs voix aux textes.

Nous avons ouvert le Bateau Lavoir pendant 5 jours de transhumance.

Grilles ouvertes, entrée libre.

Les gens nous ont suivi dans la salle d'exposition aux murs d'un blanc qui pète à la gueule.

Sur le sol gris de la salle d'exposition, nous avons déposé les noyés du cimetière marin qu'est devenu la mare nostrum.

Pendant 5 jours, ils ont trouvé refuge au Bateau Lavoir et nous avons dit, pour eux, leur refus de crever dans les guerres de là-bas.
L'art a-t-il encore une place au Bateau Lavoir ?

Le soir, vers 21 H, dans un restaurant d'autoroute, à Beaune

lu sur une assiette un artiste est un mouton qui sort du troupeau;

c'était mon assiette d'un soir à Beaune; j'ai mis du temps à me rendre compte qu'il y avait une inscription sur le pourtour de l'assiette; s'offrait à moi cette formule, le jour de mon anniversaire; ce n'est pas moi qui avais choisi l'assiette mais l'assiette qui m'avait choisi; dès qu'on veut les voir, les coïncidences rappliquent pour nous signaler que tout est relié.

Jo Cassen Un artiste est un mouton, quelquefois enragé, qu'il en soit ou y aspire, à rejoindre le troupeau, le plus souvent, c'est le troupeau qui le rejette.... Comme tous les troupeaux... états amorphes tétanisés.

Jean-Claude Grosse oui, ça peut se lire ainsi aussi

Déroulement de la Transhumance

au BATEAU-LAVOIR

6 rue Garreau, métro Abbesses

entrée libre

MARDI 20 OCTOBRE

16 h. - Exposition : œuvres d’Aïdée Bernard et couvertures chauffantes personnalisées de Marc Israël-Le Pelletier.

- Exposition/Vente des livres pluriels édités par Les Cahiers de l’Égaré.

- ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de Moni Grégo. De Picasso à Max Jacob, de Gertrude Stein à Mac Orlan, et tous ceux qui hantent le Bateau-Lavoir… être artiste : grâce ou malédiction

19 h.

À la mémoire des noyés du Cimetière Marin « Mare nostrum »

choix des textes : Gérard Lépinois, mise en espace : Philippe Chemin.

Auteurs lus : Gérard Lépinois, Marina Damestoy, Carlos Franqui, Moni Grégo, Claudine Vuillermet, Jean-Claude Grosse, Didikeulalie Didika Koeurspurs

Textes lus par : Katia Ponomareva, Benoît Rivillon, Claire Ruppli, Jeanne Chemin, Brigitte Saussard, Philippe Chemin (15 mn)

« Refus Refuge » texte sur les migrants de Marina Damestoy

Lu par : Claire Ruppli, Benoît Rivillon (15 mn)

Projection d'un extrait de film, le show Falstaff by Orson Welles (6 mn)

Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Envies de Méditerranée » : fragments de 4 mn des textes de : Marcel Conche, Moni Grégo, André Morel, Pauline Tanon, Danielle Vioux.

Lus par : Moni Grégo, Katia Ponomareva. (20 mn)

MERCREDI 21 OCTOBRE

16 h. - ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de Jean-Claude Grosse. « L’insolite traversée du Bateau-Lavoir ».

19 h. - Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Marilyn après tout » : fragments de 4 mn des textes de : Aïdée Bernard, Gilles Cailleau, Dasha Kosacheva, Marcel Moratal, Benjamin Oppert.

Lus par : Moni Grégo, Claire Ruppli.

Projection d'un extrait de film, scène finale du Quichotte de Wilhelm Georg Pabst (8 mn)

- Performance Et puis après j'ai souri : Rosalie Barrois et Katia Ponomareva.

JEUDI 22 OCTOBRE

16 h. – Débat « Les artistes et l’argent » animé par Moni Grégo.

19 h. - Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Diderot pour tout savoir » : Les 6 suites Diderot avec la série de portraits de Diderot de Van Loo.

Lus par : Marc Israël-Le Pelletier, Benoît Rivillon, Moni Grego

Projection d'un extrait de film, the impossible dream d'Arthur Hiller (8 mn)

VENDREDI 23 OCTOBRE

19 h. -

Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Cervantes Shakespeare » : fragments de 4 mn des textes de : Julien Daillère, Sabine Mallet, Benoît Rivillon, Claire Ruppli, Claudine Vuillermet.

Lus par : Claire Ruppli, Benoît Rivillon.

Projection d'un extrait de film, Quichotte de Grigori Kozintsev (6 mn)

- Performance : Slams par Shein B dont un slam sur le 17 octobre 1961

SAMEDI 24 OCTOBRE

16 h. - ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de René Escudié « Anniversaires » et Henri Gruvman "Rêveries sur les paysages du Douanier Rousseau"

19 h. –

Projection d'un film de Henri Gruvman, Bol de jour suivi d'un texte d'Henri Gruvman (15 mn)

Lectures buissonnières de René Escudié dont Cépages (15 mn)

« Versailles découverte » film de Philippe Chemin (20mn)

19 h 50

- Performance : « Moni and Amy women in black » Hommage à Amy Winehouse par Moni Grégo. Images : Laurence Gaignaire (10 mn).

20 H 15 - Soirée de clôture pour les anniversaires de : René Escudié, Jean-Claude Grosse, Henri Gruvman et Pablo Picasso.

Transhumance est une manifestation initiée par Les Cahiers de l'Égaré et la filiale Méditerranée des Écrivains Associés du Théâtre, avec le soutien à une faible majorité du CA des EAT (décision du 7 octobre: paiement des droits d'auteurs)

Bilan :

ateliers d'écriture : 4 ateliers dont un à quatre mains, 6 participants en moyenne

sous la direction de Moni Grego : « De Picasso à Max Jacob, de Gertrude Stein à Mac Orlan, et tous ceux qui hantent le Bateau-Lavoir… être artiste : grâce ou malédiction ? »

sous la direction de Jean-Claude Grosse. « L’insolite traversée du Bateau-Lavoir » et « Lettre d'imprécation aux prédateurs, charognards et salauds de toutes espèces dont nous, complices et soumis, responsables du désastre en cours d'achèvement »

sous la direction de Henri Gruvman. « Rêveries sur les paysages du Douanier Rousseau » et sous la direction de René Escudié. « Anniversaires ».

textes lisibles sur le site des écritures nomades

http://ecrituresnomades.weebly.com/

débat sur l'argent et les artistes : 15 participants, débat très animé et argumenté, sans solutions dans une situation difficile où les luttes bien qu'existantes ne trouvent pas d'issues politiques ; parmi les présents le directeur de la communication du PCF et un représentant de Cassandre

exposition : œuvres d'Aïdée Bernard et couvertures de Marc Israël-Le Pelletier ; expo visitée par des gens du quartier (une dizaine) plus les spectateurs des soirées

visite de deux ateliers de peintres du Bateau Lavoir : Claire et François

soirées : le 20, 40 personnes, le 21, 22, le 22, 13, le 23, 22, le 24, 80 soit 177 participants ; à noter, la présence de la vice-présidente des EAT, d'un membre du CA des EAT, du responsable de la revue Cassandre, d'une dizaine d'auteurs EAT

40 textes d'auteurs vivants lus; 34 Cahiers de l'Égaré, 9 collection privée du Capitaine vendus.

merci, grand merci à tous ceux qui ont participé à cette aventure, en particulier à Marc Israël-Le Pelletier, notre référent pour l'accès à la salle d'exposition du Bateau Lavoir.

L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
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Voyage à Paris et à Lille pour Marilyn et Arrabal

27 Mars 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #voyages, #pour toujours

Mon voyage à Paris et à Lille

 

 

Monté à Paris pour la soirée Marilyn après tout du 21 mars à la cinémathèque de la Sorbonne Nouvelle, organisée par Bernadette Plageman avec la participation de quelques auteurs et comédiens parisiens, je me suis fait le vidéaste de cette séance qui réunit une trentaine de personnes dans une salle pas évidente à trouver et peu accueillante pour du théâtre. Mais auteurs et comédiens sont plein de ressources et qui apporte un lampadaire, qui robe et fourrure, qui bougies, vin, champagne, qui propose un diaporama sur Marilyn. Ainsi on a pu entendre Fly away de et par Bernadette Plageman en américain, The late Marilyn Monroe de et par Bagheera Poulin avec Moni Grego, après projection d'un extrait du film MMM, Dérives de Monique Chabert par Shein Baker, Oh my lady Marilyn de et par Moni Grego, La clandestine de et par Simone Balazard, Flashes de et par Noëlle Leiris, Ton homme Marilyn de Daddy, Waterboy de et par René Escudié. N'ont pu être lus par manque de temps, Blanchiment de Benjamin Oppert, Elle/Elle de Gérard Lépinois, Que l'amour de Shein Baker. Au restaurant où nous nous sommes retrouvés, Bagheera Poulin et Benoît Rivillon improvisèrent un happening sur mon texte Dans le sillage de Marilyn. Ce fut un moment suspendu avec clin d'oeil au Stanley Kowalsky d'Un tramway nommé désir.

 

Arrivé à Lille vendredi 22 mars, fin d'après-midi, 45 ans après le 22 mars 1968 qui lança le mouvement de mai 68 dont un jeune étudiant en théâtre me dit que le meilleur se situa en amont entre 62 et 68 car dès 70, les 68tards s'étaient pour la plupart réconciliés avec la société de consommation et de communication, j'ai assisté à la lecture d'une pièce récente d'Arrabal consacrée à une œuvre de Dali : Prėmonition de la guerre civile, éditée dans la collection Ekphrasis aux éditions invenit à Tourcoing. C'était à la librairie Dialogues Théâtre, 34 rue de la Clef à Lille, une librairie indépendante en lien avec une maison d'édition théâtrale, Les Éditions La Fontaine qui existent depuis 25 ans avec 110 titres publiés, animées par Janine Pillot. Librairie très bien achalandée, représentative de ce qui s'offre aujourd'hui en matière de textes contemporains, sans oublier les classiques. Une cave superbe pour accueillir des lectures, des rencontres, des débats, un lieu culturel dynamique animé par Soazic Courbet et Léonie Lasserre depuis janvier 2012.

La pièce d'Arrabal met en scène 4 personnages: Dali, Picasso, Gala, Dora Maar. Formidable confrontation prenant le contre-pied de tout ce qui se dit sur l'un et l'autre. Le pas encore communiste stalinien Picasso est un conservateur et un imposteur avec sa Fée électricité renommée Guernica, 4 jours avant l'exposition universelle de 1937. Le pas encore réactionnaire Dali est à ce moment-là un trotskiste, un révolutionnaire et il pousse le castré Picasso à s'engager politiquement et artistiquement. Les comédiens porteurs de ce texte ont été excellents (Camille Dupond, Lola Lebreton, Thomas Debaene, Maxime Sechaud). Une mise en scène avec décor n'ajouterait pas grand-chose.

Dans le débat qui a suivi, Arrabal, fidèle à lui-même, s' est complu avec satisfaction dans des anecdotes concernant un certain nombre de gens, des artistes, des philosophes, des mathématiciens, Dali, Picasso, Wittgenstein, Popper, Mandelbrot, Thom, Prigogine. Cela peut impressionner mais à part l'affirmation que faire se rencontrer de tels personnages débouche non sur l'accord des esprits mais sur le conflit, on ne voit pas le profond intérêt de ces confrontations réelles ou imaginées. Dommage car cela aurait contribué à clarifier peut-être la notion si confuse de confusion qu'Arrabal préfère à celle de hasard.

 

Une moule frites au restaurant Aux moules à Lille est toujours un moment savoureux. Les moules charnues, moelleuses viennent de Hollande et les frites sont faites maison. Bref un moment propice à la discussion sur le panique arrabalien et la confusion, les doigts pleins de sauce. Panique vient de Pan qui veut dire en grec Tout. Le panique arrabalien affirme que le Tout est confus et qu'il ne faut pas chercher à clarifier la notion de confusion. La confusion est en lien avec la mémoire d'une part, le hasard d'autre part. Comme le dit un aphorisme trouvé par hasard par Arrabal : l'avenir agit en coups de théâtre. Un autre aphorisme affirme : la vie est la mémoire et l'homme est le hasard. D'où une définition de la confusion  : état panique par essence qui comme le hasard détermine le temps et l'espace; seule une lecture confuse de la Confusion peut revigorer le cerveau sans oeillères. Et si on n'a pas compris, ces propositions logiques de Jodorowsky sont là pour mettre les points sur les i : A est A, A n'est pas A, A est plusieurs A, A n'est pas A mais a été A, A n'est pas A et n'était pas A, A n'est pas A mais il était et n'était pas A ... On voit comment sans qu'il soit évoqué, Héraclite apporte sa contribution au mouvement panique, un des moments du flux perpétuel, un des moments de l'unité des contraires. Mon interlocutrice a eu du mal à déguster ses moules. Heureusement le nougat glacé est venu compenser.

 

Samedi 23 mars à 16 h, à la librairie Dialogues Théâtre, la séance de lecture de textes tirés du livre Marilyn après tout, a fait le plein de la cave de la librairie (une cinquantaine de personnes), comme la veille pour Arrabal, espace convenant à la culture dans les catacombes évoqué par le Transcendant satrape pataphysicien. Ont été lus Ainsi naissent les addictions de Yoland Simon, la lettre à Marilyn de Denis Cressens, No retourn de François Carrassan, La clandestine de Simone Balazard, Destins de femmes de Sylvie Combe, Waterboy de René Escudié, Le bal des suicidés de Roger Lombardot, la lettre à Marilyn de Marcel Moratal, Le combat de Dominique Chryssoulis plus pour terminer quelques Fragments de Marilyn. Organisée par les EAT Nord-Pas de Calais, cette séance fut très appréciée par le public, conquis par le professionnalisme des comédiens, par la diversité et la qualité des écritures. René Pillot introduisait chaque texte. Ont lus René Pillot, Violaine Pillot, Sophie Descamps, Janine Masingue. Le pot de l'amitié a conclu cette lecture-spectacle dont on trouvera trace sur YouTube. Il faut croire que la magie a fonctionné puisqu'une auditrice m'a dit à la fin qu'elle avait été étonnée de découvrir que Marilyn avait eu une sœur bergère, Fine du Revest.

 

Cette rencontre a incité l'animateur d'une émission de poésie à Radio Campus Lille Poètes mais pas les plombs à m'inviter au pied levé, le lundi 25 à 17 H. Nous nous sommes retrouvés à 6 autour des micros pour me découvrir comme auteur sans lecteur. Ont été lus quelques poèmes de La Parole éprouvée, quelques scènes de L'Île aux mouettes (Janine Masingue et René Pillot) et quelques pages du roman de Cyril Grosse, Le Peintre. Ce fut une émission émouvante pour moi.

On peut la télécharger à ce lien

http://www-radio-campus.univ-lille1.fr/ArchivesN/2013-03-25/17h.mp3

 

Elena's Aria de Anne Teresa de Keersmaeker. J'ai vu ce spectacle de 1987, le dimanche 24 mars 2013 à 16 h à l'opéra de Lille. Durée : 1 h 50. Je ne peux que tenter de décrire ce que j'ai vu et entendu. Silences durables avec absence de mouvements des corps féminins ou avec mouvement des corps. Mouvements sur des airs d'opéra d'abord inaudibles puis devenant progressivement très présents (Lucia di Lammermoor). Mouvements dans l'air pulsé par une soufflerie. Mouvements sur des images de bâtisses soufflées par des dynamitages préparés. Mouvements sur un discours soporifique de Castro. Ces mouvements ou repos, ces poses et pauses m'ont paru les uns dans le relâchement, les autres dans la tension ou l'énergie. Parfois c'est tout le groupe des 5 danseuses qui se déplace à l'unisson, parfois des dissymétries sont proposées : 2 danseuses exécutent les mêmes mouvements chassant de sa place une 3ème danseuse qui s'esquive. Les mouvements sont parfois tirés du quotidien, parfois on a affaire à des poses sophistiquées qui mettent en valeur la beauté plastique de ces corps et de leurs déplacements. Cela est assez répétitif, s'exécutant sur la ligne des chaises du milieu de scène ou sur le cercle dessiné à la craie ou dans le cercle. Bref des variations, des exercices où pendant que certaines travaillent, dansent, les autres se reposent sur des chaises en désordre. La chaise est l'objet omniprésent de ce spectacle, 30 ou 40 pour 5 danseuses. Elles permettent chutes retenues, glissements, enroulements, allongements au sol, rétablissements. Le rideau tombe, 5 chaises sont en avant-scène, les danseuses exécutent à l'unisson sur une sonate de Mozart, une sarabande de postures, positions, à la fois quotidiennes, immédiatement lisibles ou plus abstraites, artificielles. Ce moment est proprement magique, d'une grande beauté et sensibilité. Pour ces 5 minutes, je peux supporter 1 h 45 de propositions au ralenti puis en pleine énergie. Propositions qui en dehors d'une émotion esthétique n'ont mobilisé que mon sens de l'observation pour tenter d'appréhender ce que me proposait la compagnie Rosas. 5 lectures viennent séparer les séquences. Quel mépris pour les textes de Tolstoï et Dostoievskï que de les faire lire par des danseuses inaudibles et inexpressives. Voilà un parti-pris dans l'air du temps, un parti-pris de méfiance envers la parole et le sens. Pourquoi donc avoir autant le souci de la construction, de la structure, pourquoi s'appuyer autant sur la musique qui parle au cœur si c'est pour réduire à rien les pages sans doute sublimes des deux génies russes, évoquant peut-être des déceptions amoureuses. Un spectacle qui m'a fait découvrir de Keersmaeker sans regrets mais sans envie de renouveler l'aventure.

 

Dans le TGV de retour du mardi 26, j'ai lu avec avidité La dernière génération d'Octobre de Benjamin Stora, que m'a offert un des Lillois rencontrés, un ancien de l'OCI comme moi. Ce livre raconte le parcours personnel de Benjamin Stora dans cette organisation. Il tente aussi en historien de réfléchir au mode de fonctionnement de l'OCI. Il me semble qu'il vise dans le mille. Il faudrait bien sûr que d'autres témoignages et analyses viennent conforter ou infirmer ce que Stora repère et pointe. En tout cas pour moi, une référence pour tenter de comprendre 12 ans de militantisme frénétique.

 

JCG

 

Voyage à Paris et à Lille pour Marilyn et Arrabal
Voyage à Paris et à Lille pour Marilyn et Arrabal
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Voyage à Nantes pour Marilyn

24 Février 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #voyages, #pour toujours

la liquide Laetitia Casta, la BB du film Gainsbourg (Vie héroïque) de Joaan Sfar avec Eric Elmosnino

le mémorial de Nantes

  Mon voyage à Nantes

 

Parti le 17 février 2013 en début d'après-midi de Toulon, avec le soleil, je suis arrivé vers 22 H chez Anne de Bretagne, nom de la chambre d'hôte que j'avais choisie, bien placée dans le Vieux Nantes, proche de tout ce qu'il faut voir. Des prospectus divers m'attendaient que j'ai consultés, prenant vite mon parti de découvrir la ville, le nez aux vents. Pendant les 4 jours passés à Nantes, le soleil fut au rendez-vous mais aussi le froid, de plus en plus marqué ou ressenti.

J'ai marché en moyenne 6 heures chaque jour, tantôt dans la ville et ses quartiers, tantôt sur les bords des rivières baignant Nantes, la Loire et l'Erdre en particulier. Pas de bateaux pour descendre l'estuaire. Donc découverte circonscrite à 5-6 kilomètres de mon point d'hébergement.

La lecture des prospectus validés par les affaires culturelles de la ville est édifiante. On distingue deux sortes de parcours, patrimoniaux, événementiels. On nous invite à voir le quai Turenne, le quai de la Fosse, la rue Kervegan. On y voit les maisons penchées des armateurs, ceux qui ont fait leur fortune sur le bois d'ébène.

C'est le 25 mars 2012 que le mémorial de l'abolition de l'esclavage a été inauguré, conçu par l'artiste polonais Krzysztof Wodiczko et l'architecte argentin-américain Julian Bonder (6,9 millions d'euros). On a le nom de tous les bateaux (1710), le nom de tous les comptoirs (290), les dates d'expédition, on a des panneaux inclinés à 45° avec le mot Liberté en une cinquantaine de langues sur 90 mètres. J'étais seul, les deux fois où j'ai visité. C'est un parcours méditatif est-il dit, qui suppose donc d'être seul. Ça ne doit pas être souvent le cas. Pas une image de nègre, pas un nom de nègre : n'existaient pas, crevaient avant d'arriver et s'ils débarquaient, quel sort ! En tout cas, merci à Christine Taubira pour la loi du 21 mai 2001. Et bravo à Nantes Métropole pour cette réalisation qui a demandé 3 ans.

Pour Wodiczko et Bonder, « la conception du Mémorial procède de deux gestes fondamentaux, dévoilement et immersion, qui ensemble serviront à créer une expérience à strates multiples, en profondeur, grâce à laquelle les visiteurs pourront découvrir et interpréter les diverses dimensions d’une histoire qu’ils croyaient déjà connaître. » « Ce Mémorial (…) s’inscrit dans une double perspective. D’un côté, il est tourné vers une ville située au bord de l’estuaire de la Loire, situation marquée, soutenue pour ainsi dire, par des quais massifs, lesquels sont interrompus aux endroits où le fleuve a été comblé. D’autre part, il est lié à la mer, véhicule du commerce triangulaire (…) Les marées de l’estuaire apporteront un élément dynamique supplémentaire à la conception du Mémorial. » « La transformation d’un espace aujourd’hui « vide » en « passage » permettra d’entrer en contact, du côté terre comme du côté mer, avec le sol même de la ville de Nantes. Les visiteurs du Mémorial descendront eux-mêmes « vers la mer » par un passage longeant le quai du XIXe siècle, et se trouveront par endroits quasiment enfermés dans des sous-structures du XXe siècle rappelant l’extrême confinement du transport maritime. Ces espaces découverts ou nouvellement créés communiqueront également au visiteur la force émotionnelle de l’emprisonnement implicite et explicite dans le logement et le transport des esclaves. Une immense plaque de verre inclinée à 45°, comme jetée au travers du Mémorial, célèbrera la grande rupture que représente l’abolition de l’esclavage. Ce passage souterrain sera le cœur du Mémorial ». C’est conceptuel comme il se doit et je dois éprouver les émotions annoncées, en toute liberté bien sûr.

Après le patrimoine nègres (on doit imaginer leurs conditions de survie à bord de L’Égalité ou Le Nègre), le patrimoine constructions navales. Ce que le prospectus Laissez-vous conter Nantes appelle L'essor du port de commerce (13°-17° siècles) – Une ville bourgeoise et ouvrière (19°-20° siècles). Patrimoine industriel mais rien sur les ouvriers des chantiers navals nantais vivant et travaillant dans des conditions insalubres, rien sur leurs luttes et pourtant il a dû y en avoir. Un film évoque un peu une lutte, Une chambre en ville de Jacques Demy, qui a donné son nom à la médiathèque, tourné en 1982. Nantes, 1955. Les chantiers navals sont frappés par une grève. Dans la rue, les ouvriers s'opposent aux C.R.S. Aux premières lignes, François Guilbaud, ajusteur-outilleur, qui manifeste avec son camarade Dambiel, Les forces de l'ordre obligent les manifestants à se disperser. François regagne la chambre que lui loue Mme Langlois. Celle-ci bouscule un peu son locataire mais lui porte une grande affection. Cependant, elle lui interdit de recevoir des jeunes filles dans sa chambre, et François est obligé de voir sa fiancée Violette à l'extérieur. Violette est vendeuse dans un grand magasin et aimerait bien que François se décide à l'épouser. Mais le jeune homme hésite du fait qu'il est sans le sou et surtout parce qu'il ne pense pas avoir de sentiments assez forts pour Violette. Entre temps, il va faire la connaissance d'Édith (la fille de Mme Langlois), laquelle est très perturbée par son récent mariage avec Edmond. Ce dernier est brutal et jaloux, et Edith ne cesse de fuir le domicile conjugal pour aller se confier à sa mère. Edith apprend a sa mère qu'une voyante lui a prédit un grand amour avec un ouvrier métallurgiste, et lorsqu'elle rencontre par hasard François et qu'il lui dit être ajusteur, Edith sent que l'homme de sa vie est enfin arrivé ! François et Edith connaissent une nuit de passion, mais lorsqu'elle retourne au magasin de son mari, Édith manque de se faire assassiner par Edmond. Finalement, celui-ci se suicide devant elle. Édith n'a plus qu'à retrouver François chez sa mère, mais le destin a encore frappé : François a été mortellement blessé lors d'une nouvelle manifestation de rue. Il meurt devant Edith et celle-ci se donne également la mort pour rejoindre celui qu'elle avait décidé de ne plus quitter.

 

En clair, les parcours patrimoniaux, ça montre ce que les riches ont arraché de la sueur et du sang des exploités. Restent leurs châteaux du bord de l'Erdre, leurs maisons cossues, le passage Pommeraye pour s'y rencontrer et montrer. Mais pas traces du monde du travail.

On me dit qu'au musée du Château des ducs de Bretagne… avec un billet à 8 euros ou un pass … Las, deux musées sont en travaux pour plusieurs années. La ville est d'ailleurs en chantier, à l'île Feydeau, place du Commerce, place Graslin. Un système impressionnant de bus, de busways, de tramways. Tout est fait pour décourager la reine déchue : j'ai vu les PV pleuvoir sur les automobilistes mal garés. Résultat : peu de voitures circulent, obligées de faire des détours pour contourner les voies ferrées et peu de gens dans les rues sauf les quelques artères et places commerçantes. Presque une ville morte alors que l'offre artistique est importante, que les librairies sont nombreuses, que c'est de toute évidence une ville d’art et de lecture, que des coins sont ravissants comme l'île Versailles, le Jardin des Plantes. Quelques monuments commémorent des morts, ceux des deux guerres mondiales près de la Préfecture, les 50 otages fusillés par les nazis en représailles à l’assassinat d’un officier allemand, Karl Hotz.

 

J'ai profité des librairies pour trouver Mai 68 - Nantes et La retraite en chantant, éditions de la librairie Coiffard de Nantes, ne trouvant aucun recueil des paroles des chansons consacrées à Nantes, nombreuses (la sublime Nantes de Barbara, écrite en 1963 avec la rue imaginée de la Grange-au-Loup, inaugurée en 1986). Je me rappelais, très investi que j'avais été dans 68, que c'est à Nantes qu'avait eu lieu la première occupation d'usine dès le lendemain du 13 mai 1968 et que ça avait été une traînée de poudre jusqu'à la paralysie du pays par la grève générale. C'était à Sud-Aviation et un des leaders de cette occupation s'appelait Yvon Rocton, une figure du syndicalisme de classe, secrétaire du syndicat FO de Sud-Aviation, trotskyste par ailleurs, décédé en 2008. Une autre figure, plus complexe, plus sulfureuse, celle d'Alexandre Hébert, secrétaire de l'UD 44 CGT FO de 1948 à 1992, décédé en 2010.

Inutile de demander aux patrons des Machines de l'Île ou du Voyage à Nantes Estuaire (la grande fabrique à événements pérennes ou éphémères le long de l'estuaire de la Loire), de faire lien avec  l'histoire du mouvement ouvrier nantais ou avec le passé négrier des bourgeois de la ville. Le chef du projet culturel Le voyage à Nantes est aux ordres et au service de ceux qui le subventionnent. Il doit attirer les touristes en masse, venus du monde entier par le futur aéroport de Notre-Dame des Landes, en pleine zone humide.

La folie des grandeurs a atteint les édiles de Nantes Métropole et leurs serviteurs de service public. La plaquette Estuaire est explicite. On y lit : Le voyage à Nantes est une société publique locale qui développe un projet culturel pour la promotion touristique de la destination Nantes Métropole. Son actionnariat (sic) rassemble… Et ça marche. Les folles journées de Nantes de fin janvier-début février attirent les foules.

Pendant ce temps, un chômeur s'immole par le feu devant Pôle emploi de Nantes, un père de famille s'installe sur la grue Titan jaune de l'Île de Nantes pour obtenir de voir son fils (en fait, il semble que ce soit un coup d'éclat médiatique d'une association réactionnaire pro-masculiniste; heureusement, il y a des veilleurs, des guetteurs et des alerteurs). « J’ai une émotion toute particulière pour ce drame et pour la famille du chômeur qui s’est immolé », a déclaré le Président de la République. « Ce geste désespéré est le signe de la détresse d’une personne et donc de la gravité d’une situation. » « Le service public de l’emploi a été exemplaire et nul besoin d’aller chercher des responsabilités. » « Quand il se produit un drame personnel, c’est aussi un questionnement à l’égard de toute la société. » À retenir, non ? Faut vite éteindre l'incendie possible. Mais la France n'est pas la Tunisie. On a à Nantes l'Éléphant de La Machine qui nous asperge avec sa trompe (ça dit quelque chose, n'est-ce pas ?) : ça trompe énormément ce qui est Royal et de Luxe.

 

L'île de Nantes est le lieu du patrimoine naval, fermé en 1986. Comme les chantiers de La Seyne-sur-Mer, fermés en 1989. La disparition de nombreux sites industriels a donné l'idée des friches d'artistes. À Marseille, la Friche Belle de Mai. À Nantes, les machines de l'île de François Delarozière et Pierre Orefice (atelier de fabrication, galerie d'exposition) dont le fameux éléphant. Le Lieu Unique est implanté depuis le 1° janvier 2000 dans l'ancienne fabrique LU. Voici leur présentation, j'entends les fanfares des fanfarons :

Scène nationale de Nantes, le lieu unique est un espace d’exploration artistique, de bouillonnement culturel et de convivialité qui mélange les genres, les cultures et les publics. Son credo : l’esprit de curiosité dans les différents domaines de l’art : arts plastiques, théâtre, danse, cirque, musique, mais aussi littérature, philo, architecture et arts gustatifs.
Lieu de frottements, le lieu unique abrite à côté de ces espaces dédiés à la création, un ensemble de services : bar, restaurant, librairie, hammam, crèche, une boutique “d’objets d’artistes et de l’air du temps” où l’indispensable côtoie l’introuvable… Et la Tour LU se visite, offrant une vue imprenable sur la ville ! 550 000 passages et plus de 100 000 spectateurs pour les activités artistiques.
Visitez sans faute les WC, c'est le plus du plus.

Combien coûtent de telles installations, de telles friches, cette folie de la culture dans la rue ou sur l'eau pour badauds ? On doit à Jean-Luc Courcoult (Royal de Luxe) une merveille du Voyage à Nantes Estuaire, La Maison penchée dans la Loire, même pas quai de la Fosse.

À LU, on m'a dit que je ne pouvais filmer, droit à l'image. Or aucune affiche ne l'indiquait : j'ai filmé. Mais j'ai vu ailleurs des indications disant qu'il fallait demander l'autorisation pour le droit à l'image. Décidément ces artistes au goût du jour ne perdent pas le sens du portefeuille.

Laissons cette culture de masse pour touristes rassasiés pourrir sur pieds comme Lunar Tree de MRZYK et Moriceau.

 

Mon voyage à Nantes n'avait pas pour objectif de me mettre dans le sillage du Voyage à Nantes de Jean Blaise. J'étais venu pour la soirée On a tous en nous quelque chose de Marilyn, organisée par Françoise Thyrion et Michel Valmer de la salle Vasse, lundi 18 février à 20 H 30, avec le soutien des EAT Atlantique. Le livre Marilyn après tout que j'ai édité aux Cahiers de l'Égaré était au coeur de la soirée. Merci aux artistes pour la qualité, la générosité, la convivialité et pour l'ambiance électrique et attentive. 70 personnes ont écouté et applaudi une vingtaine de textes dits intégralement plus deux chansons a cappella de Marilyn, reprises en choeur et une improvisation désopilante et  interactive de Marilyn elle-même, enfin peut-être. Les textes ont été choisis par la compagnie Azimut et les amis de Vasse soit 22 personnes. Ont été lus les textes de Pascal Renault, Frédérique Renault, Diana Vivarelli, Monique Chabert, Marcel Moratal, Denis Cressens, Moni Grego, Roger Lombardot, Simone Balazard, Benjamin Oppert, Yolands, Gilles Cailleau, Alain Pierremont, Anne-Pascale Patris, Shein Baker, Noëlle Leiris, Dominique Chyssoulis, moi-même et Michel Valmer a lu deux textes écrits pour la circonstance, l'un par Michel Lhostis, l'autre par Françoise Thyrion

 

Le mardi soir, je suis revenu salle Vasse pour deux lectures.

Un texte de Marcel Zang, L'un et l'autre, la queue et le trou, écriture pulsionnelle ou inspirée (je pense à la transe de Rainer Maria Rilke écrivant sous la dictée les premiers vers des Élégies à Duino), une tentative-tentation de penser sans mettre la raison en premier, texte dense, poétique, rythmé, tentant de saisir l'insaisissable, l'impossible fusion de deux en un, du trou et de la queue.

Un texte de Sandrine Roche, 9 petites filles, écrit à partir d'ateliers d'écriture. On retrouve les peurs des petites filles, leurs fantasmes (viol, inceste), leur cruauté aussi. La lecture à 5 voix, 4 voix de femmes pour les situations distribuées de façon aléatoire et 1 d'homme pour les didascalies sur les mouvements des corps (coups, chutes …) était chorale, percutante, sensible. Je visualisais les situations, j’étais hermétique à comment les corps décrits réagissaient.

Les deux textes avaient du provocant, du dérangeant en eux. Et c’est mieux que le ronron. La discussion qui a suivi dans le hall de la salle Vasse a été intéressante, révélant la démarche de l'équipe de direction, Françoise Thyrion, Michel Valmer.  Les petits fascicules édités aux éditions du petit véhicule disent le projet : donner à voir, à sentir, ressentir puis accompagner par la parole et l'écrit, traces donc.

La salle Vasse, un ailleurs poétique, est un théâtre, un beau théâtre moderne de 340 places, datant de 1886 et portant le nom d'une comédienne célèbre dans l'entre deux-guerres, Francine Vasse, (j'ai trouvé un livre rare de 1944,  édité à Nantes, De la scène à la Loire, petite suite poétique, écrit par elle et illustré par Bernard Roy) donne sur le lycée Guist'hau qui a des sections consacrées aux arts du spectacle, (cinéma, théâtre, régie son ou lumière). On comprend les liens tissés avec ce lycée mais aussi avec l'université, d'autres écoles et lycées. L'équipe a le souci de préparer les futurs acteurs et spect'acteurs. On note en regardant le programme, la forte présence des écritures d'aujourd'hui, mises en scène ou lues. Je ne pouvais que me sentir bien dans cet environnement exigeant qui a à son actif, 35000 spectateurs sur l'année. Autres caractéristiques de l'équipe dirigeante, les rapports entre théâtre et sciences (Le théâtre de sciences de Michel Valmer a été publié par les éditions du CNRS en 2006). Et l'intérêt concomitant depuis des années pour Diderot. Ce qui ne sera pas sans effet sur le projet Diderot 2013 initié par les EAT Méditerranée et ouvert à l'ensemble des EAT (36 contributeurs à parité F/H)

 

Pas de voyage sans rencontres inopinées ou provoquées. Ce voyage m'a permis de rencontrer Yvon Quiniou qui a coordonné le livre Avec Marcel Conche que j'ai édité en 2011 aux Cahiers de l'Égaré. Beau moment et belle discussion sur Marx, le Retour à Marx, titre de son dernier livre chez Buchet-Chastel. Nous avons pris la passerelle Victor Schoelcher pour nous rendre au Palais de justice conçu en 2000 par Jean Nouvel, édifice impressionnant. Son architecture simple exprime la force, vertu de la justice, et utilise la transparence par de grandes parois vitrées, autre nécessité de la justice. La couleur extérieure dominante est le noir. Jean Nouvel a utilisé, dans un style moderne, les formes classiques du péristyle et des colonnes. Puis nous avons parcouru l'île de Nantes en regardant les 18 anneaux dans leur alignement ou à travers chacun, fenêtre sur la Loire et la rive opposée, de Daniel Buren et Patrick Bouchain. De la grue Titan jaune à la grue Titan grise par le hangar à bananes, le quai des Antilles en passant devant boutiques et restaurants pour finir au Cargo avec vue sur Trentemoult, l'ancien village de pêcheurs devenu bobo et où je me suis rendu le jeudi par grand froid et navibus pour voir Le Pendule de Roman Signer et déjeuner d'une choucroute de la mer au restaurant La Civelle.

 

Rencontre inopinée vers 19 H 30, le mercredi 20 février, au bord du canal Saint-Félix, avec Laetitia Casta. Je me trouve là par hasard après avoir échangé avec deux étudiantes russes à la Brasserie du Château. Me penchant sur l'eau, je suis happé par l'image mouvante, émouvante d'une nymphe. Installation intitulée Nymphéa de Ange Leccia. Je suis seul et heureux de l'être, les Nantais ignorant malgré la communication abondante que ça existe. Je profite donc pendant une quinzaine de minutes de ce tête-à-tête avec une nymphe que je saisis à travers l'écran de mon camescope. C'est une curieuse expérience que de mettre entre soi et l'autre un appareil. On voit autrement, en détail. Et j'imagine la mouette à tête rouge faisant la nymphe.

 

Dernière rencontre, celle de l'ancien responsable du fond théâtre de la médiathèque de Saint-Herblain, Bernard Bretonnière. Beaux échanges avec un connaisseur, qui plus est, des Cahiers de l'Égaré. Je lui dois la découverte éblouie de Marc Bernard : La mort de la bien-aimée, (L'imaginaire Gallimard 1972), Au-delà de l'absence,(L'imaginaire Gallimard 1976) dévorés lors du voyage retour. À l'aller, c'est avec Le goût de vivre de Comte-Sponville que j'avais voyagé. Grâce à lui aussi les Huit monologues de femmes de Barzou Abdourazzoqov, chez Zulma 2013. Et pour finir parce que la salle Vasse en a organisé une lecture le 18 décembre 2012, par Michèle Laurence et Françoise Thyrion, lecture suivie d'une discussion et d'une livraison du Petit véhicule, Je me souviens de demain, la Lettre à Zohra D. (Flammarion 2012) de Danielle Michel-Chich. J'avais échangé à ce propos vers la mi-décembre 2012 sans connaître le texte avec Simone Balazard que je vais lire très vite.

Cher Jean-Claude,

J'ai regardé les enregistrements des débats de La Criée à Marseille sur l'indépendance de l'Algérie entre Zora D. et BHL, que tu as envoyés suite à l'annonce de la lecture à Nantes.

Zora D ( qui a été ma condisciple au lycée Fromentin de la sixième à la terminale, et, dans une autre section que moi - droit pour elle - philo pour moi - à l'Université d'Alger) donne un exemple remarquable de langue de bois du parti au pouvoir en Algérie.

Le plus drôle, dans le genre humour noir, c'est que c'est l'enseignement français qui a formé ces esprits plus faux que moi tu meurs.

Simone

 

Bonjour Simone,

je suis d'accord avec la langue de bois; on en a deux en fait, celle de Zora D. et celle de BHL

l'une, Zora D., reste dans le référentiel d'il y a plus de 50 ans, nous étions des résistants comme vous pendant l'occupation, grand écart entre votre armement d'occupant et nos moyens d'occupé; c'est l'argumentaire des Palestiniens du Hamas et à une époque aussi du Fatah ... et de tout un tas d'autres groupes s'abritant derrière un certain usage dévoyé de l'Islam à moins que l'Islam soit potentiellement fasciste ou au moins fascisant

l'autre, BHL, utilise le référentiel d'aujourd'hui, le terrorisme, sachant que le combat contre le « terrorisme » prend toute sa dimension après le 11 septembre 2001 et que ce sont les USA de Bush qui déclarent la guerre au « terrorisme », à l'axe du mal; Obama reste sur cette ligne et toutes les démocraties suivent, (démocratie=paravent de l'exploitation capitaliste sans grande repentance depuis deux siècles et aujourd'hui encore plus qu'hier) et il utilise massivement des drones pour éliminer sans contrôle

c'est pour ça que j'ai donné tous les liens car il y a des points de vue différents, des témoignages différents (sur le Milk Bar, sur Guelma, sur la peine de mort en Algérie, voir la vidéo de 1'42)

http://youtu.be/d3QsItnkYAM

il serait intéressant de connaître le contenu de la lettre à Zora D qui sera lue à Nantes

j'espère qu'elle n'est pas celle de quelqu'un qui sait la vérité mais de quelqu'un qui se pose des questions même si elle a perdu une jambe et perdu sa grand-mère.

terrible ce que je dis

Jean-Claude

 

à propos de l'Algérie 50 ans après 1962

avec Zorah Drif et BHL à Marseille le 1° avril 2012   (il y  eut aussi les 30 et 31 mars)

7 vidéos de 14' environ

http://youtu.be/6ZM0wORyHho

http://youtu.be/b03SFMduavE

http://youtu.be/IEfU-y_xb3I

(ici BHL parle de la bombe du 30 septembre 1956 posée par Djamila Bouhired et Zohra D.)

http://youtu.be/hUjukS_yj6k

(ici Zora D. répond)

http://youtu.be/G--NbW3zy24

http://youtu.be/CARKq0LwGPs

http://youtu.be/9dUwK2GhDKQ

 

à comparer avec

http://babelouedstory.com/ecoutes/milk_bar/milk_bar.html 

http://babelouedstory.com/ecoutes/nicole_guiraud/nicole_guiraud.html

 

et cette séquence sur la défense de Djamila Bouhired par Jacques Vergès

http://youtu.be/Cwehv4JI86I

http://youtu.be/d3QsItnkYAM

http://youtu.be/juw9FSIniCY

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2680

http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-stora/280408/setif-guelma-de-la-tragedie-aux-massacres-epouvantables

http://www.algeria-watch.org/fr/article/div/livres/reggui.htm

http://blogs.rue89.com/balagan/2009/02/13/histoire-de-famille-et-de-guelma-massacres-oublies-89112

 

Le 14 mai 1968, Yvon Rocton fait voter la grève totale à Sud-Aviation Nantes: premiere occupation d'usine
Par Christian GAUVRY

FENIOUX (Deux-Sèvres), 17 avril 2008(AFP) - 40 ans après, le syndicaliste et trotskiste Yvon Rocton, 70 ans, reste fier d'avoir fait voter la première occupation d'usine de mai 1968, celle de Sud-Aviation, par plus de 2.500 salariés qui ont séquestré leur patron pendant près de deux semaines.
La moustache fière et les bretelles bien en place comme en 1968, Yves (dit Yvon) Rocton n'a rien perdu de sa fougue. Entré à l'usine Sud-Aviation de Bouguenais (sud de Nantes) en 1956, il a pris en 1964 la tête de la section Force Ouvrière du site, largement minoritaire.
En mai 1968, l'entreprise qui compte 13 établissements connaît une crise sans précédent depuis quatre mois.
Alors que des grèves tournantes se multiplient, Yvon Rocton prône la mise au vote de "la grève totale" qu'il va obtenir le lendemain de la manifestation nationale du 13 mai.
« La décision s'est prise dans les WC, à trois représentants syndicaux: FO, CGT, CFDT, ils m'ont dit : Ok Rocton tu soumets au vote la grève générale. »
Il était 16h30 ce 14 mai. Lors d'une assemblée générale rassemblant environ 2.500 des 2.800 salariés, l'occupation immédiate de l'usine est votée "en dix minutes".
"L'ambiance est électrique, ça fait plusieurs mois que ça dure, les gars en ont ras le bol de faire des grèves qui ne marchent pas", se souvient Yvon.
La peur de l'intervention des forces de l'ordre a duré 48 heures, "on était isolé...". Mais, le 15 mai, le site de Renault à Flins (Yvelines) se met aussi en grève. "Quand Renault est parti, on savait que c'était bon".
Les rares femmes travaillant dans le site quittent les lieux. Les hommes s'organisent pour tenir un siège. Ils se répartissent dans 27 postes et installent des cabanes de fortune et des cartons de machine à laver en guise de couchettes.
"Les ouvriers de mon âge revenaient d'Algérie, et dans le djebel qu'est ce que c'est, sinon des cabanes d'occupation ? On a occupé l'usine comme un camp militaire", résume le syndicaliste. Il se souvient d'avoir vu "des fusils à l'usine, et pas qu'un".
"Les gars jouaient à la belote, à la pétanque mais on n'allait pas dans les ateliers. Il n'y a pas eu de détérioration", précise Yvon.
Un service d'ordre est créé. Les ouvriers, comme le directeur de l'usine et ses cadres, ne peuvent sortir du site. "Au bout de 10 à 15 jours il y a eu quelques souplesses: on faisait comme à l'armée, il y avait des permissions", note-t-il.
Une quinzaine de jours après le début du conflit, le directeur de l'usine est renvoyé dans ses foyers et, le 13 juin, la reprise du travail est votée à une courte majorité.
"On a sauvé l'usine et obtenu la plupart des revendications. De ce point de vue, on ne s'en est pas mal tiré. Mais, sur le contexte général, nous n'étions pas très contents: avec une puissance de grève comme on avait, on a fait reprendre les mecs d'une manière ridicule", regrette Yvon. "Ca avait un goût amer".
Yvon Rocton est parti à la retraite en 1995, après 13 avertissements de sa direction et deux mises à pied, notamment pour "manquements graves à la discipline".
Aujourd'hui, le syndicaliste n'a rien perdu de ses convictions: il milite encore au Parti des Travailleurs.

 

Yvon Rocton raconte son mai 1968, 30 ans après, en 1998 

Yvon Rocton raconte à Braudeau une vie de militant et, pour 68, comment il a combattu la tactique des grèves tournantes de la CGT. Il rappelle le «cinquième plan quinquennal, qui prévoyait 15 000 licenciements dans l’aéronautique, Rochefort en tête et ensuite Nantes. Nous, on était pour une grève générale, contre I'avis de la CCT et de la CFDT. Il a fallu les événements étudiants et le 13 mai pour qu'on y arrive». Une fois la grève partie, «pendant quarante-huit heures, on a eu la trouille, on ne savait pas si on n'allait pas rester tout seuls. Le lendemain, à Paris, la Sécu nous a suivis. Et puis Renault a embrayé, l'appareil du Parti communiste a reculé». Mais, note Braudeau, Yvon Rocton «se défend d'être un boutefeu, il ne fait que sentir le mécontentement des travailleurs: « On ne déclenche pas, on aide. On organise la grève ensuite, pour associer tout le monde, ne pas couper les grévistes des têtes du syndicat. On dit : les meneurs, les meneurs ! Il y a des gars qui ont les idées claires, mais si les gens ne sont pas prêts, bonjour l'Alfred !».
Les résultats ? Un accord société signé en 1970, condamné par la CGT et la CFDT, qui a permis, note FO, «d'améliorer sensiblement la situation salariale dans les usines Aérospatiale» et qui se solde aujourd'hui (en 1998) par «30% d'écart de salaire avec d' autres entreprises du département, par exemple les Chantiers de l' Atlantique.»
Pour le reste, Rocton confie son scepticisme à Braudeau: «“Faites l’amour, pas la guerre”, quelle foutaise ! Les soldats n'ont pas attendu pour faire les deux. L’autogestion ? très négatif, ça atomise la société. Ce qu'il y a eu de valable en 68, c'est 69, l'échec du référendum sur la régionalisation et le Sénat corporatiste.»

Article de Wikipédia sur Alexandre Hébert:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Hébert

 

Jean-Claude Grosse

 

retour du directeur du Voyage à Nantes, le 26 février à 18 H 19 sur cet article

Mais c’est très bien, vous avez du temps, continuez…

Jean Blaise

 

Voyage à Nantes pour Marilyn
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Marilyn, une femme/Barbara Leaming

19 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

 

Marilyn, une femme

par Barbara Leaming

 

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Cette biographie date de 2000. Elle est bien documentée pour le point de vue qu'elle adopte, l'essentiel étant centré sur le conflit permanent entre le Studio et Marilyn. Le récit sur plusieurs chapitres aboutissant à la victoire de Marilyn sur Zanuck est presque fastidieux, tant les péripéties sont innombrables, illustrant ces deux lieux communs américains : business is business, time is money. Pratique du double jeu, secrets et effets d'annonce, utilisation habile des rivalités, utilisation habile ou maladroite des médias, importance du temps, des dates (tenir jusqu'à … puis accélérer … ), pressions diverses, menaces, procès, mises à pied, suspensions … Marilyn a appris à se battre en écoutant, voyant, souffrant et finalement, par son obstination, sa férocité, son habileté, ses maladresses aussi, elle obtient un contrat à la mesure de son rêve, de son attente, de son talent voire de son génie. Ce récit montre pour qui en douterait que les plans les plus élaborés peuvent échouer parce que des éléments imprévus se présentent, des événements inattendus ont lieu. Il faut faire avec, s'adapter. Ce récit montre que l'on peut souvent se tromper sur les intentions de ses partenaires comme de ses adversaires. Marilyn a connu maintes trahisons comme elle aussi a trahi mais dans la balance, ceux qui ont voulu se servir d'elle sont plus nombreux que ceux dont elle s'est servi.

On s'aperçoit que la vie de rêve ne l'est pas. Qu'Hollywood est une machine à exploiter, à broyer, sans état d'âme, seules les rentrées d'argent comptant. Payée de façon dérisoire alors même qu'elle rapporte déjà beaucoup, soumise à des rythmes ou des cadences infernales (4 jours entre la fin d'un tournage et le début d'un autre, horaires exigeants : 7 heures du matin … ), considérée comme une image sans cervelle, un visage sans cerveau, méprisée dans ses désirs de perfection, ignorée dans ses remarques sur les rôles, les personnages qu'on lui fait jouer, on se dit que l'énergie déployée par Marilyn pour se battre et gagner a été colossale, qu'il lui fallait une motivation d'une force exceptionnelle.

C'est son rêve d'enfant, devenir une star à Hollywood, inauguré avec Grace Mc Kee, qui l'a porté toute sa vie. Rêve puéril comme celui de milliers d'autres au moment de la crise de 1929, pour échapper au quotidien des familles d'accueil, de l'orphelinat, des agressions sexuelles précoces. Elle aurait tout aussi bien pu devenir une épouse comme tant d'autres dont la vie s'arrêtait à 20 ans. Cela faillit être son cas avec son mariage à 17 ans avec Jim Dougherty. Mais son rêve était très fort (elle l'a dit : en contemplant la nuit de Hollywood, je pensais : il doit y avoir des milliers de filles seules comme moi qui rêvent de devenir vedettes de cinéma ; mais je n'ai pas à me préoccuper des autres ; c'est moi qui rêve avec le plus de force), elle ne craignait pas la concurrence et sa proximité géographique avec Hollywood nourrissait son rêve (elle voyait les lettres RKO depuis une fenêtre de l'orphelinat).

Cette force s'origine t'elle dans le rejet de Norma Jeane par sa mère Gladys qui a tenté de l'étouffer à sa naissance et l'a livrée par manque de moyens et par instabilité aux familles d'accueil ? On a dit que les problèmes de Marilyn avec le studio étaient d'origine psychologique. Il faut alors s'entendre. Elle n'était pas intéressée par l'argent, elle voulait être merveilleuse, être admirée non comme la madame blonde qui roule des hanches, la sex symbol, la bombe sexuelle, objet des fantasmes masculins, mais comme artiste, comme actrice talentueuse, être respectée comme femme avec une cervelle et un coeur. Et elle a mis tout son talent, toute son énergie pour atteindre et obtenir l'amour et le respect des autres.

On peut dire cinquante après qu'elle a réussi. Mais réussite paradoxale, comme s'il y avait un malentendu. Marilyn en fréquentant l'Actor's studio veut se faire reconnaître dans des rôles tragiques ou dramatiques (Grushenka, les femmes chez Shakespeare et Tolstoï, elle aurait pu penser à Molly de Joyce). Or, ce sont ses rôles comiques qui restent et resteront. Elle réussit à infléchir les rôles stéréotypés que lui concoctait le studio, à leur donner un contenu très personnel et ce sont ses rôles que le public a aimés et aime. Elle a sous-estimé ses compositions comiques (le mot composition n'est pas bon car elle habitait son personnage), elle a sous-estimé la Fille, la Marilyn qu'elle a créée ; elle cherchait une actrice qui sans doute ne lui convenait pas, une actrice que les circonstances ne lui ont pas permis de rencontrer (l'échec de son mariage avec Arthur Miller étant la principale raison mais aussi sans doute les limites d'Arthur Miller lui-même comme dramaturge tant dans Les Misfits que dans Après la chute).

Terminons en soulignant que les rôles comiques de Marilyn rencontraient et rencontrent l'adhésion du public américain, encore très puritain, en ce sens qu'ils donnent de la sexualité une image innocente, inoffensive et donc permettent aux Américains et aux autres de se réconcilier avec la sexualité, enseignée, intériorisée comme dangereuse, destructrice, coupable. Arthur Miller est caricatural de ce point de vue là tant il charge Marilyn dans Après la chute pour se disculper, fuir sa propre culpabilité (coupable d'adultère avant son divorce d'avec sa femme Mary).
Cette biographie commence par le triangle Kazan-Miller-Marilyn et s'achève sur le même triangle. C'est extrêmement intéressant car cela nous rappelle des souvenirs de cinéphile (Sur les quais avec Marlon Brando, Un tramway nommé désir avec Marlon Brando et Vivien Leigh, Baby Doll avec Marlon Brando et Marilyn Monroe mais Kazan ne voulut pas de Marilyn qui fit tout pour obtenir le rôle et Marlon ne put le faire non plus) et la triste époque du maccarthysme (Kazan en délateur, Miller en homme de conviction défendu par Marilyn).

Les documents de Barbara Leaming en particulier les carnets de Miller lui ont fourni la matière d'une approche psychologique parfois irritante en ce sens que Marilyn est reconstituée à partir de documents d'autres sur elle or personne dans ces documents n'est neutre, objectif ; tous ont des intentions, il y a toujours des enjeux et cela donne une biographie où l'on a l'impression que tout est calcul, enjeux, manipulation, intentions cachées, inavouées, erreurs d'appréciation … Cela conduit Barbara Leaming à des formules genre : il était clair …, à l'évidence … Autrement dit, Barbara Leaming est persuadée de dire la vérité sur les uns et les autres et cette approche psychologique la conduit à conclure au suicide de Marilyn. Elle transforme en destin après avoir tellement mis l'accent sur les péripéties, les imprévus, les jeux d'influence occultes ou pas, la vie de Marilyn, habitée par une pulsion de mort liée à sa mère Gladys et par un instinct de survie également puissant mais la nuit du 4 août, Marilyn avait finalement accepté le jugement maternel … elle avait achevé le geste que Gladys avait entamé à ses yeux en tentant de tuer sa petite fille (page 445).

Ce qui échappe me semble t-il à la biographe c'est :

Elle avait le cœur pur. Elle n'a jamais compris ni l'adoration ni l'hostilité qu'elle suscitait (Edward Wagenknecht)

Pour survivre, il lui aurait fallu être soit plus cynique, soit encore plus détachée de la réalité qu'elle ne l'était. Malheureusement, elle était tel un poète des rues qui s'efforce de faire entendre des vers à une foule railleuse et méprisante (Arthur Miller)

Il vaut mieux être malheureuse seule que malheureuse avec quelqu'unI ( Marilyn)

Une carrière c'est quelque chose de merveilleux mais on ne peut se blottir contre elle la nuit, quand on a froid (Marilyn)

L'argent ne m'intéresse pas. Je veux simplement être merveilleuse (Marilyn)

 

Jean-Claude Grosse

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