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Blog de Jean-Claude Grosse

Articles avec #pour toujours tag

Pour ma Valentine

12 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965; la photo du caveau est de 2008 au Revest
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2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965; la photo du caveau est de 2008 au Revest
2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965; la photo du caveau est de 2008 au Revest
2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965; la photo du caveau est de 2008 au Revest
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2 photos prises à Cuba en 2006, au Quesnoy en 1966, à Paris en 1966, à Corsavy en 1965, au Quesnoy en 1966, au Théâtre du Rond-Point en 2008, à Toulon vers 1980, à Corsavy en 1965; la photo du caveau est de 2008 au Revest

La Mouette

  la mouette à tête rouge, peinture de Jean-Pierre Grosse

 

Elle aurait eu 69 ans le 14 février 2017.

Et nous aurions fêté 50 ans de mariage, le 1° juillet 2017. Je les fêterai d'ailleurs.

Pour qu'elle vive d'une autre vie, la voie des mots est celle qui me convient le mieux, qu'il s'agisse de ses mots ou des miens.

L’épousée – ...tu te souviens de notre première fois ?

(extrait de Là où ça prend fin, pages 67-69)

L’épousé – tu aimes bien l’entendre, j’aime le début des histoires d’amour, c’est souvent émouvant, poétique, après, ça dépend des gens... c’était mon premier poste, j’avais adopté une attitude d’ouverture au mal-être des jeunes. Tu étais une de mes élèves
L’épousée – ...c’est trop cette histoire... au départ des vacances de Toussaint je t’ai parlé dans un couloir du deuxième étage du lycée

L’épousé – ...c’était mon anniversaire, tu n’en savais rien
L’épousée – je t’ai dit : je pense à vous autrement qu’à un professeur

L’épousé – je n’ai pas pu te répondre : je ne pense à vous que comme élève
L’épousée – je ne sais pas ce qui m’a pris, en tout cas, je ne regrette pas, notre histoire a commencé là parce que tu ne lui as pas fermé la porte

L’épousé – je ne sais pas non plus ce qui m’a pris, en tout cas, je ne regrette pas de l’avoir laissé ouverte

L’épousée – tu ne m’aimais pas encore ?
L’épousé – non mais je n’étais pas insensible

L’épousée (petite voix) – je peux savoir comment ça t’est venu ?

L’épousé – il me suffit de te regarder aujourd’hui...

L’épousée (petite voix) – oui ?
L’épousé – j’adore te regarder au moment des repas ; je reçois de la beauté plein les yeux et tout ailleurs, je suis traversé par un rayonnement inépuisable venu de toi, sensation très physique, expérience métaphysique de l’infini, je me dis, je te dis, quelle chance
L’épousée – ...merci... tu t’es senti piégé par ma déclaration ?
L’épousé – ...pourquoi cette insistance ? ...la sirène ?... difficile de répondre ; toi, jeune fille, tu
me disais je pense à vous comme homme, je ne l’ai pas entendu, j’ai entendu le désir dans cette phrase lorsque...

L’épousée – pas de mots, licence, ce n’est pas ce que je veux dire,... silence... professeur, tu ne pouvais entendre que l’amour admiratif d’une élève, pas mon désir de jeune fille pour toi comme homme
L’épousé – en me barrant comme professeur, tu m’autorisais comme homme
L’épousée – je n’ai jamais eu le professeur à domicile que je voulais
L’épousé – homme désiré, je me suis fait désirer jusqu’à notre mariage, quel con !
L’épousée – ...tu m’as demandé beaucoup, je n’imaginais des ébats que sous des draps ; j’ai surmonté timidité, pudeur, j’ai trouvé du bonheur...

L’épousé – ...contacts d’algues de nos corps sans péchés d’origine ni de chair, bonheurs d’épure
(Elle rit, rire gai en cascade.)

L’épousée – ...j’aime tes poèmes Caresses 1 - Caresses 2 -... Caresses 1001... je ne sais plus à combien tu en es... pourquoi cette aimée d’un jour ?

L’épousé – ...Baïkala, ça te blesse... L’amour juvénile, c’est ce qui se rapproche le plus du pur amour... ça donne du bonheur, j’ai connu ce bonheur avec toi, je n’ai pas voulu résister à cette ultime vague qui m’a submergé, j’ai fait choix de l’aimer sauce Platon pour ne pas cesser de t’aimer sauce Cupidon
L’épousée – entre le début de notre histoire et cette histoire... il y a un lien
L’épousé – ...
L’épousée – entrer dans mon désir t’obligeait à beaucoup de retenue, tu sublimais... tu as les qualités pour faire des apnées... cesse de respirer
un peu

(Il ferme les yeux, se concentre, s’arrête de respirer ; elle compte 1-2-3... 15, c’est bon, reprends ton souffle lentement.)
L’épousée – je ne sais pas pourquoi, ça me blesse, j’ai peur...
L’épousé – ...pardonne-moi, si tu peux... je sais
que tu veux, mouette blessée, tu m’accompagnes... portée par ton amour inconditionnel pour moi

L’épousée – ...ma déclaration initiale t’a marqué au fer rouge de l’amour sublime
L’époux – l’amour sublime, c’est ton arme, la paix, ton aile, mon amour
(Ils s’embrassent longuement, sans reprendre leur souffle, ça dure, ça dure, ça dure.)

P1010444-copie-1

  à Corsavy (P.O.)

Dans le silence et le noir, on entend

une voix de jeune fille, pure, douce, affirmée, sans hésitations :

Mon p'tit chat ! attends mon p'tit mot !

J'attends le transsibérien. Tu m'attends mais je ne sais rien de là où tu es, où je vais. La vie m'attend aujourd'hui, cuisses ouvertes. Si tu veux savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur, ouvre la chaumière de mes yeux, emprunte les chemins de mes soleils levants, affronte les cycles de mes pleines lunes. Je voudrais avoir des ailes pour t'apporter du paradis. Des ailes de mouette à tête rouge ça m'irait bien pour rejoindre ton île au Baïkal. Je transfigurerai les mots à l'image de nos futurs transports. Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde. Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies. Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune. Je t'aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l'embrume de tes réveils d'assommoir, dans l'écume de tes chavirements. Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire. Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu'à des rives encore vierges. Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune ou des isbas de rondins blonds. J'aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l'urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes. Je m'appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de rien … J'aime les cris de nos corps qui s'épuisent à vivre. Je t'ai ouvert un cahier d'amour où il n'y aura jamais de mots, jamais de chiffres. Il n'y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres. Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils. À la fin du cahier, je t'aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.

Ton p'tit chat

 

Une voix d'homme

  Errance

 

Je m’en irai par les avenues des villes de Sibérie

Terre endormie

Novossibirsk Krasnoïarsk Irkoutsk Oulan-Oudé

je m’en irai sans me laisser séduire

par les promesses qui s’affichent

je m’en irai à ta rencontre

sans te chercher

car je sais que là où s’achèvent

ces villes aux filles de rêve

qui enlèvent le haut puis les bas

je ne t’aurai pas trouvé(e)

Alors j’irai par les rues défoncées des villages sibériens

Enkhelouk Sukhaya Zarech'e Boldakova

abandonnés à l’ivraie livrés à l'ivresse

j’irai sans m’attarder dans les bazars de misère

sans m’attacher aux filles légères

qui te montrent tout par petits bouts

j’irai à ta rencontre sans te chercher

car je sais que là où se tarissent

les nostalgies de belle époque soviétique

je ne t’aurai pas trouvé(e)

Mais quand j'arriverai

où s'affrontent houles et ressacs

sur les granits de l'île aux mouettes à tête rouge

au Baïkal mugissant

à 10000 kilomètres de nos lieux de surgissement

je te verrai

et je saurai

 

envoldemouette-copie-1        

sculpture de Michel Gloaguen

 

III – Le bout du temps – Le Temps du Tout

(extrait de L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, pages 37-39)

L'épousée – tu te souviens, je t'avais demandé de dénoncer le contrat avec le répondeur

L'épousé – oui, il nous avait répondu  : peut-on se passer du Répondeur 

L'épousée – tu te souviens, j'ai insisté sur l'éternité de l'instant-camion

L'épousé – je préfère l'éternité de l'instant-navire

L'épousée – je me demande où peut bien être passé l'instant-camion

L'épousé – ça revient à se demander où passe le passé, ce qui a passé

L'épousée – c'est ce que je te demande, je vais passer. Où vais-je passer 

L'épousé – (silence)

L'épousée – tu ne dis rien

L'épousé – (silence)

L'épousée – regarde-moi, je sais que je vais passer. Où... Peux-tu me répondre 

L'épousé – je n'ai pas la réponse à cette question et je ne veux pas que tu passes pour aller dieu sait où, tu restes avec nous, tu dois rester avec nous ; quand on passe c'est qu'on le décide à quelque part

L'épousée – oui, j'ai sans doute décidé de m'en aller, plus rien ne me retient ici, je vois bien que je ne peux abolir le temps ni remplir le blanc du temps

L'épousé – mais pourquoi vouloir finir avant la fin 

L'épousée – tu connais la fin 

L'épousé – non

L'épousée – alors, je peux mettre le point final, pas avec un suicide, avec une maladie foudroyante 

L'épousé – tu as décidé d'avoir une telle maladie 

L'épousée – non, ça se décide au secret, dans le ventre, hors de ta volonté, pas de ton désir inavoué

L'épousé – partir de façon accidentelle, pas de façon naturelle, c'est ce que tu désires au secret

L'épousée – je n'en sais rien mais pourquoi suis-je là, attendant d'être opérée au cervelet, tu te rends compte

L'épousé – non, je suis abasourdi, je n'ai rien vu venir et toi tu n'as rien senti non plus, c'est insensé

L'épousée – réponds à ma question  : Où vais-je passer 

L'épousé – personne ne peut répondre à cette question

L'épousée – allez, un effort, tout ce que j'ai été, tout ce que j'ai fait, ça a eu lieu, une fois pour toutes, pour toujours, sans possibilité d'être effacé, ça va bien quelque part non 

L'épousé – je n'en sais rien, nous oublions ce que nous avons fait, été ; parfois ça resurgit, avec un goût de madeleine

L'épousée – ça, c'est ce qui se passe du temps de notre vie, le temps fini de la vie mais il y a l'autre temps, celui dans lequel je vais entrer définitivement, le temps éternel

L'épousé – tu nous fais mal

L'épousée – ce n'est pas ce que je veux, je veux voir la vérité en face

L'épousé – la mort en face, celle de toute chose, pour toujours 

L'épousée – oui, il y a des choses à penser sur ce qui se passe quand on passe, qu'est-ce que nous devenons 

L'épousé – les Répondeurs religieux ont des réponses

L'épousée – réponses toutes prêtes, pour tous, je veux qu'on cherche nous-mêmes

L'épousé – peut-être qu'au bout du temps fini, on passe dans le temps infini, d'infinies et infimes transformations de poussières décomposables, recomposables pour le corps, l'inscription dans le monde insituable des vérités éternelles pour ce que nous avons créé d'immatériel, de spirituel

 

 

 1201-149 COUV-Egare-Ile-3 (glissé(e)s)

Elle sombre dans le coma le 29 novembre 2010. Entre 16 H et 21 H, l'épousée fait 14 apnées.

Au moment de la 14° apnée, 14 comme le jour de sa naissance.

L'épousé – va au profond de toi, mon p'tit chat, plonge dans le tourbillon pulsionnel,

la musique de la vie se joue avec du souffle,

la musique des mots avec du souffle d’expir, la musique des baisers avec du souffle d’inspir,

il n’y a pas de musique de la mort, ne rends pas le soufflé, échangeons nos expirs

Pour ta 14° apnée, je ne peux pas le dire autrement : fais la morte le plus longtemps possible, retiens ton souffle tant que tu peux, pour baiser les cellules malignes qui cessent de proliférer quand on meurt. Fais la morte. Allez (bredouillant) vas-vas-vas-y mon p’tit chat. Retiens ta vie, ton souffle. Tu me l'as dit à Cuba, le coma ce n'est pas la mort.

L’épousé fait du bouche à bouche avec l’épousée, trois fois. Le monitoring indique que l’épousée est entrée dans sa 14° apnée, chiffre de sa naissance. (Temps très long)

L’épousée, soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une extrême violence, elle crache du sang noir, l'utérus saigne noir, le poète l'a dit Et l'Homme a saigné noir à ton flanc souverain. Elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’épousé.

L'épousé – mon p’tit chat, reviens ici-haut. Tu m'as dit à Cuba  : Mourir... dormir, rien de plus... peut-être rêver. Je te dis : Vivre ... Dormir ... Rêver, c’est bien séparé... Ta chaise t'attend pour traverser notre 16836° nuit d'amour.

L’épousée –... mon p’tit chat, pour sortir, mets-moi mes tennis blanches et dans le sac à dos, pour les mauvais jours, mes tennis noires.

Noir ou pleins feux

L’Hôpital – La vie n’a pas de prix. Sauver ou pas une vie, a un coût. Votre Dette, madame, pour la période du 29 octobre au 29 novembre 2010 dans notre établissement s’élève à 32.989 euros et 99 centimes d’euros, prise en charge par la sécurité sociale.

 

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sur 1907, batailles dans le midi/Philippe Chuyen/Les Cahiers de l'Égaré

7 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #SEL, #cahiers de l'égaré, #agoras, #pour toujours

le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier
le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier

le 4 février 2017 au Bateau Blanc à Brignoles; Marcelin Albert et Ernest Ferroul en meeting; un régiment insurgé; les vignerons libres de Maraussan; manifestation à Montpellier

Le samedi 4 février à 17 H, à la librairie Le Bateau Blanc de Brignoles, fut présenté à l'invitation de son directeur, Gérard Desprez
1907, Batailles dans le Midi, la grande révolte des vignerons de Philippe Chuyen, publié aux Cahiers de l’Égaré
40 participants,
présentation du projet, lire ci-dessous,
lecture de la scène 1 (très actuelle),
un chant d’époque par la chorale Article 9 de Correns,
en présence du maire de Montfort sur Argens, du président du syndicat des vignerons du Var, de la présidente des caves coopératives du Var
le maire de Montfort m'a dit souhaiter faire un événement à Montfort,  avec expo photos de la révolte, lecture, dégustation…

Texte de présentation par Philippe Chuyen:

C’est plutôt le contraire qui se produit d’’habitude : lorsqu’on parle d’un livre de théâtre c’est qu’on s’intéresse au texte et peut être qu’on veut le monter, c'est-à-dire créer un spectacle à partir de ce texte. C’est en effet un peu curieux cette idée de vouloir éditer un texte à partir d’un spectacle qui a été créé il y a bientôt 10 ans et qui à présent n’est plus joué… Je fais ici les choses un peu à rebours, en sens inverse, c’est peut-être une manière aussi de remonter le temps, ce n’est pas mal de remonter le temps, ou plutôt de penser qu’on peut le remonter, le rattraper. Enfin de toute façon vous savez que ce qui est passé existe à tout jamais, que les rayons lumineux des espaces que nous avons créés filent quelques parts là-haut dans l’univers… Je sais ça nous fait une belle jambe mais c’est aussi le rôle des livres que de faire la « nique » au temps qui passe.

Donc, j’ai pensé que c’était dommage de laisser échapper la mémoire de cette aventure théâtrale qui se déroula entre 2007 et 2012 et qui fut une belle réussite tout de même, car avant tout ce fut une étroite collaboration entre une Cie de théâtre (Artscénicum) et une Chorale (Article 9) : 2 entités issues de deux villages voisins, très proches : Montfort, Correns : 2 villages un peu jumeaux et donc souvent pas d’accord. Ça c’était déjà une vraie réussite de les associer pour une fois, de les réunir pour l’amour de l’art. Même 10 ans après, il fallait le souligner.

Bien sûr je n’oublie pas que pour publier un livre, il faut un éditeur qui veut bien mettre son nom en bas à droite. Par chance, il s’est trouvé que depuis quelque temps j’en connaissais un. Un qui s’est intéressé aux Pieds Tanqués et qui a eu bien raison ! Merci à lui de m’avoir aiguillonné pour publier 1907. Il se trouve en plus qu’il aime bien le vin …. Et la perspective d’approcher les milieux viticoles n’était pas pour lui déplaire.

Bon. Mais de quoi parle-t-on ? Selon les historiens Le 9 juin 1907, 8000 personnes marchent dans les rue de Brignoles, ils sont près de 800 000 à Montpellier et beaucoup de varois dont notamment ceux de Néoules ont fait le déplacement. Si l’on est 100 fois plus nombreux le même jour à Montpellier, c’est que le mouvement a commencé non loin de là, dans l’Aude dans le village d’Argelliers. Là où la misère était sans doute la plus cruelle, à cette époque, pour le peuple de la vigne. Mais l’histoire nous raconte dans le même temps que si le mouvement est parti de ce petit village, c’est qu’il était aussi la patrie de naissance d’un homme déterminé, très déterminé : vigneron, cafetier, comédien, un peu illuminé tout de même, presque un fada pourrions-nous dire ! Mais si obstiné qu’on peut se demander si ce sont les événements qui l’ont révélé ou bien lui qui les a provoqués.

Durant près 7 ans avant 1907, il a parcouru les chemins, de village en village, pour soulever ses compatriotes, montant sur les platanes pour haranguer les gens et leur dire que la misère n’était pas une fatalité. Au début, on riait de lui puis on s’est mis à l’écouter et peu à peu, de fada il est passé au statut de prophète, de demi dieu. Il y avait quand même dans cette histoire de la matière à fiction.

Mais je ne vais pas ici raconter toute l’affaire, vous la connaissez sans doute et si vous l’avez oubliée ou bien si vous n’en avez jamais entendu parlé vous pouvez bien entendu acheter le livre (je remercie au passage M Despret de la Libraire le Bateau Blanc qui nous accueille aujourd’hui). Quant aux causes historiques et socio-économiques je vous renvoie à l’importante bibliographie sur le sujet. Beaucoup d’ouvrages ont été édités ou réédités en 2007 à l’occasion du centenaire.

Mais j’en reviens à l’édition de mon livre et l’importance de son sujet. La mémoire d’un pays, la mémoire de ceux qui l’ont construit, c’est en effet le fond de la marmite. Ce qu’on ne voit plus mais qui est fondamental. Et je pense que les événements de 1907 sont pour tout le Midi de la France et particulièrement pour le Var porteur de beaucoup de sens. Notre département a été par exemple celui qui a construit le plus de caves coopératives de 1914 aux années 50 . Et je le rappelle c’était un Montfortais Octave Vigne (ça ne s’invente pas !) qui fut responsable d’une mission interministérielle pour organiser, financer et accompagner le mouvement coopératif, mouvement dont Jaurès disait qu’il était un socialisme pratique.

Ces coopératives, conséquence directe du mouvement, ont structuré pendant longtemps la vie des villes et des villages. L’immense besoin d’organisation qu’avait la filière viticole s’est retrouvée dans la consolidation du syndicalisme à l’image de la Confédération Générale des Vignerons du Midi qui au lendemain de 1907 fut la première organisation indépendante en France à structurer une filière agricole et qui par la suite a permis de se battre et de toujours se relever.

Cette aventure nous rappelle donc que seul nous ne sommes rien, il n’y a que l’union, l’entraide et l’intérêt pour l’autre qui compte pour bâtir une société durable. Certes ce n’est pas facile de prendre des décisions à plusieurs mais cette expérience nous montre que de toute façon on n’a pas le choix.

Ainsi, j’en profite pour remercier du fond du cœur la Fédération des caves Coopératives du Var pour avoir favorisé à partir de 2008 la diffusion du spectacle et aujourd’hui pour l’ aide financière dans l’édition de ce livre, tout comme le syndicat des vignerons du Var.

Voilà nous allons à présent vous lire un extrait….

Philippe Chuyen

L’événement qui se développe là-bas et qui n’a pas épuisé ses conséquences, est un des plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans. On a pu d’abord n’y pas prendre garde ; c’était le Midi et il y a une légende du Midi. On s’imagine que c’est le pays des paroles vaines. On oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et tragique.

Jean Jaurès, 29 juin 1907

ACTE I / LA CRISE

Sur le plateau, un espace de jeu circulaire est délimité en fond de scène par une estrade étagée en forme d’arc de cercle et par deux bancs et des portants à costumes à jardin et à cour. Deux musiciens sont assis devant l’estrade.

Lumière faible. Des coulisses, des slogans sont lancés.

  • –  Sept ans que nous serrons la ceinture et nous sommes au dernier cran !

  • –  De tant sarrar, la talhòla peta ! 1

  • –  Beure tant de bon « bi » e posquer pas manjar de pan ! 2

  • –  Qu’anam devenir se vendèm pas lo bi ? 3

  • –  La France s’arrête-t-elle où commence la vigne ?

  • –  Sensa cèla la baudu a pòt pas virar ! 4

  • –  Fau que nos donen rason o la bombarda petarà ! 5

  • –  Crebar de fam en bolegant la terra, jamai ! 6

    1. « À trop serrer la taillole se déchire ! »
    2. « Boire autant de bon vin et ne pas pouvoir manger de pain ! » 3. « Qu’allons-nous devenir si nous ne vendons pas le vin ? »
    4. « Sans celle la toupie ne peut pas tourner ! »
    5. « Il faut qu’on nous donne raison ou la bombarde va cracher ! » 6. « Crever en remuant la terre, jamais ! »

– Du pain ou du plomb !
– Perqué tant sucrar lo vin quand los impòsts son tant salats !
1 – L’orage gronde gare aux éclats !
– La correja a plus gès de trauc !
2
– Vive le vin naturel, la sane des vieux de 60 ans !

Une musique de Requiem démarre. Le chœur en coulisse entonne une plainte sans parole. Puis, les uns après les autres, les choristes entrent en scène, se posi onnent et se répar ssent sur l’estrade.

* Scène 1

Les comédiens entrent, se placent sur le devant de la scène et s’adressent au public.

1er comédien – Le 9 juin 1907, venues de tout le sud vi cole mais surtout des quatre départements du Languedoc : Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, 800 000 personnes marchent dans les rues de Montpellier.

2e comédien – Au même instant, de l’autre côté du Midi, 8 000 personnes dé lent dans le Var, à Brignoles.

1er comédien – Les processions sont saisissantes. Les manifestants paraissent calmes mais sur les visages on peut lire une farouche détermina on.

1. « Pourquoi autant sucrer le vin quand les impôts sont si salés ! »

2. « La ceinture n’a plus de cran ! »

Chant Enfants de la viticulture, 1907, Marius Birot, chanté par la chorale Article 9 de Correns

Enfants de la viticulture

Marchons sous le même étendard

La misère enfin est trop dure,
Il faut agir et sans retard (bis).

Argelliers nous donne l’exemple,

Suivons ce groupe de vaillants.

Agissons car il en est temps,
Et que personne ne contemple.

Aujourd’hui c’est plus les paroles,

Ce sont des actes qu’il nous faut.

Nous portons au front l’auréole,

Du travail, voilà notre drapeau.

Ce n’est pas un but poltique

Qui guide notre mouvement.

C’est pour honorer la République.

Donnez du pain à nos enfants !

Ce pain, si on nous le refuse,

Viticulteurs nous le prendrons,

Depuis longtemps on nous amuse.

Aujourd’hui, exigeons !

Vivre en remuant notre terre,

Ce qui est notre sol natal.

Notre pays méridional
Doit briser toutes les barrières.

Amour sacré de notre Vigne.
Ton jus doit élever les cœurs,
Nous saurons de toi nous rendre dignes.

Soutiens-nous et nous serons vainqueurs.

Roussillon, toi force vivante,
Regarde l’Aude et l’Hérault,
Ne reste pas indifférente,
Ne formons plus qu’un seul réseau ! »

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Disparition du Père / 7 février 1986

7 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

peinture de notre père par Jean-Pierre Grosse en 1987

peinture de notre père par Jean-Pierre Grosse en 1987

Disparition du Père, il y a 31 ans, 7 février 1986

30 ans déjà. Je suis allé ce matin, 7 février 2016, au cimetière du Revest, j'y vais rarement. La tombe familiale est sans fleurs. Seulement deux plaques, une pour lui, mon père.

Sur la pointe des pieds

je suis parti

Crainte de tout casser

en faisant trop de bruit.

Une pour ma mère, partie le 19 mai 2001. Ça va faire 15 ans.

Au secret

je pars à regret

Beau jeu de ma vie

Par où la sortie ?

J'aime les épitaphes, les écrire. J'ai imaginé un métier passionnant, épitaphier, pour nous sortir de ces mièvreries écrites par les vivants parlant d'eux, leurs regrets éternels, leurs promesses éternelles alors qu'il faudrait entendre la parole singulière de ceux qui sont partis.

Je suis donc allé au cimetière sur une impulsion, sans me rappeler que c'était ton jour anniversaire, sans avoir conscience que tu es là depuis 30 ans.

Là au cimetière du Revest, contre le mur du fond, le plus au fond du caveau parce que le premier à l'occuper. C'est un beau paysage qui entoure ce cimetière aux allées de gravier. La falaise du Mont Caume qui plonge sur nous est impressionnante. Et le vallon forestier en contrebas, très apaisant, pas de bruit si ce n'est le vent quand il souffle en mistral, ciel bleu ou en vent d'est, ciel chargé de nuages à déverser des trombes de pluie ravageuse.

Tes dernières semaines, je m'en souviens comme d'hier. À la clinique où on vient de t'amputer de la jambe droite. Atteint de cancer de l'intestin, ayant métastasé, cancer généralisé, tu n'es sans doute pas au meilleur endroit pour être traité. Transfusé, je l'ai compris bien après, tu as été infecté par le sang contaminé venu de je ne sais quels prisonniers de je ne sais quelles prisons. Tu attrapes toutes les saloperies qu'on attrape dans les cliniques, les infections nosocomiales. Juste après l'amputation, je vais te voir. Il y a mes enfants, l'épousée, maman. On te demande comment tu te sens, on te caresse les mains, maman t'embrasse sans fin.

Et soudain, tu t'adresses à moi :

  • si tu es mon fils, va chercher un fusil et qu'on en finisse

Je suis estomaqué, sous le choc. Silence. Mis au défi, je ne sais quoi répondre, quelle esquive, quelle autre issue proposer.

  • mais papa, il n'est pas question que je t'aide à te supprimer

  • je vais te ramener à la maison dit maman qui a trouvé la bonne réponse, la solution.

Effectivement, on t'a ramené à la maison. Le but était de calmer les douleurs, d'empêcher que tu partes d'une embolie pulmonaire brutale qui aurait projeté ton sang jusque sur le mur d'en face. Le médecin avait préparé ce qu'il faut, prescrit ce qu'il faut. Je me souviens d'un matin où tu t'es émerveillé de ce que tu avais sous les yeux.

  • je suis content, je suis chez moi, avec vous, c'est bon, c'est beau les amandiers en fleurs et toutes les fleurs dans les pots

  • profite bien de ton petit déjeuner

Et nous t'avons regardé dévorer ton petit déjeuner. Oui, dévorer, c'est la sensation que j'ai eue. Un grand appétit, toi si affaibli, un appétit de vie, de vivre. On était le 6 février 1986. Plus tard, j'appris que ce côté glouton pouvait annoncer un départ proche. Le 7 février, j'étais avec toi dans la chambre, à côté de toi, maman de l'autre côté. On ne disait rien. On te regardait respirer, un peu rapide. Coup de téléphone, maman va répondre. Toi tu te soulèves un peu, tu fermes les yeux, tu ouvres grand la bouche, ton dernier souffle dans mes bras. Quand je réalise, j'appelle. Maman ne t'a pas vu partir sur la pointe du dernier souffle. Et dire que dans ton épitaphe, je te fais partir sur la pointe des pieds, toi à qui il manque une jambe. Ô herméneutes, au travail !

Jean-Claude Grosse

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Gabrielle et Christian, les amours interdites

1 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Gabrielle et Christian, les amours interdites
Gabrielle et Christian, les amours interdites
Gabrielle et Christian, les amours interdites
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc
le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc

le 11 mars 2016, hommage à Gabrielle Russier, à Vanosc en Ardèche, en présence de la fille de Gabrielle Russier et du maire de Vanosc

Le 11 janvier 2016 a été diffusée l'émission Affaires sensibles consacrée aux amours interdites de Gabrielle Russier et Christian R.

Émission très honnête quant aux faits. Un regret, le changement du pasteur Michel Viot, le protecteur de Christian des années 1968 devenu un anti-soixante-huitard convaincu.

Cette affaire avait fait beaucoup de bruit à l'époque. J'ai consacré plusieurs articles à cette affaire. Et je constate, statistiques à l'appui, que ces articles sont lus, très lus.

Évidemment, je ne peux que me surprendre en relevant la coïncidence, Gabrielle Russier est née le 14 février 1937. L'épousée est née le 14 février 1948. Deux amours interdites, la nôtre, heureuse, ayant commencé en 1964, 4 ans avant mais Le Quesnoy n'était pas Marseille et j'étais le professeur.
J'ai fait écrire des textes à quelques écrivains pour un livre Gabrielle Russier/Antigone avec une préface de Raymond Jean, son professeur de littérature à l'Université d'Aix, couverture avec un portrait réalisé par Cueco. C'était en 2008-2009 pour le 40° anniversaire du suicide de Gabrielle Russier, le 1° septembre 1969. Ces écrivains ont travaillé ensemble 2 jours les 8 et 9 décembre 2008 dans un Lycée à Hyères. Ce fut très enrichissant.

Ma lettre à Gabriella, attribuée à pépé Christian, une fiction, semble plaire aux lecteurs. La fiction est encombrée des valises dont nous héritons à la naissance. Heureusement, prénommer Gabriella au lieu de Gabrielle, l'arrière petite-fille, changera peut-être la nature de son héritage. Il suffisait d'un a.
En janvier 2015, je reçois le témoignage d'une ancienne élève de Gabrielle Russier, année 1968-1969, avec 15 lettres de Gabrielle à cette élève, devenue amie de Gabrielle. J'ai publié ce récit :

À Gabrielle Merci pour l'utopie.

Une lecture en a été faite le 11 mars à Vanosc, Ardèche. Plus de 50 personnes dont le maire très chaleureux.

Les associations La Vanaude et Au pré des femmes ont donné rendez-vous le vendredi 11 mars 2016 pour une lecture en écho avec la journée internationale du droit des femmes.

Journée pour toutes et pour une : Gabrielle Russier, professeur de français dans un lycée à Marseille en 1968, accusée de détournement de mineur, incarcérée, disparue volontairement le 1er septembre 1969.

Trois lectrices de l'association Les mots passants lui ont rendu hommage à travers des textes, des lettres, des poèmes.

La magie de la lecture a amené un éclairage nuancé de vérités et d'émotions sur une douloureuse histoire de femme et d'enseignante. En présence de la fille de Gabrielle Russier, qui écrira peut-être sur cette histoire, son histoire et en présence d'Anne Riebel, l'ancienne élève et amie dont j'ai édité le témoignage, épuisé.

La Vanaude. 07690. VANOSC. Annexe municipale. 20H30.

J'aime ce travail des traces. Avec internet, c'est comme si ça devenait ineffaçable, même après ma disparition. De toute façon, c'est ineffaçable. Il sera toujours vrai que ce qui est passé a réellement eu lieu, a été éprouvé, senti. Nos productions immatérielles, sentiments, émotions, pensées, nos paroles, sensations sont enregistrées pour toujours, for ever. Croire que ce qui passe, passe à jamais, never more, est croyance dominante et très rétrécissante, réductrice, mutilante. Vivre avec la conscience du for ever peut changer le rapport à soi, à l'autre, aux autres, à la nature. Si ça vous chante, continuez sur ce chemin dont j'ignore où il mène, holzwege.

Faut aller voir du côté du rhéomode de David Bohm.

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Elle s'appelait Gabrielle Russier

1 Septembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Gabrielle Russier s'est suicidée le 1° septembre 1969.

Une pensée pour elle en cette rentrée scolaire 2014

.

Retour sur Mourir d’aimer 2

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couverture du livre publié le 1° septembre 2009 par Les Cahiers de l'Égaré

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Le téléfilm de Josée Dayan, Mourir d’aimer, librement inspiré du Mourir d’aimer d’André Cayatte (1971) et de l’histoire de Gabrielle Russier  avec Christian Rossi (octobre 1967 - 1° septembre 1969), ne m’a ni ému ni révolté. C’est pourtant ce que j’attendais, que j’avais vécu avec Annie Girardot, que je n’ai pas connu avec Muriel Robin. Pourquoi ? Dans l’adaptation de Philippe Besson, la prof et l’élève sont plutôt monolithiques. L’élève n’a pas de faiblesse : il est déterminé, sait ce qu’il veut, assume ce que le hasard de la rencontre lui propose, définit la liberté et applique cette définition, vit conformément à elle. La prof, une fois l’étonnement passé, accepte aussi ce qui s’offre à elle, ne résiste pas à l’amour, résiste plutôt bien aux pressions, on la sent forte, le suicide final est l’issue du film mais n’est pas nécessaire dans cette histoire avec de tels personnages. Disons-le, Muriel Robin par sa puissance donne une impression de femme forte sur le plan psychologique, capable de tenir tête, d’ironiser, on le voit avec la proviseure, magistralement caricaturale dans son autoritarisme, son rigorisme, avec sa collègue, avec ses élèves. Ses émotions sont réelles mais on sent qu’elle a de la ressource face à l’adversité. J’imagine qu’avec Jeanne Balibar dans le rôle, j’aurais été ému et révolté, avec un lycéen moins beau, plus inquiet, plus ambivalent ou même un tantinet cynique, façon Julien Sorel. Les leçons de Gabrielle Delorme dans sa classe sont une des forces de ce film. Stendhal-Flaubert, Rimbaud, Eluard, la Joconde, LHOOQ de Duchamp, l’irrévérence, tout cela pose avec justesse la question : quoi enseigner et comment ? c’est quoi enseigner ? L’histoire d’amour ne pose pas avec une telle justesse la question : qui aimer et comment ? c’est quoi l’amour ? c’est quoi aimer ?  Notons d’ailleurs que l’école pas plus que la maison ne sont lieux d’apprentissage des sentiments. Il y a de l’éducation sexuelle, pour savoir comment ça se fait, pour se protéger mais pas d’éducation des sentiments. Et ce n’est pas avec la littérature que ça s’apprend, même si beaucoup pensent que la médiation des œuvres est nécessaire (littéraires, poétiques, picturales, musicales). Le décalage historique, du temps de Giscard, n’a pas grand intérêt : on est dans une France toujours coincée. Sous le Mitterrand de 1981, avec l’abolition de la peine de mort, avec l’espoir (vite déçu, dès 1983), la rigidité morale des parents engagés aurait été plus fortement contradictoire. Bref
Le débat a présenté les caractéristiques insupportables des débats télé. Interventions au couteau, cadrées sur l’essentiel du point de vue de l’animateur donnant son point de vue plutôt qu’animant le débat, intervenants dans leurs rôles et non comme personnes, donneurs de leçons, énonciateurs de la loi, de ses incohérences mais de sa nécessité. Il s’agit de conforter l’ordre, la loi, l’institution jusqu’à la caricature comme Philippe Meirieu. Le débat devait poser deux questions :
   - c’est quoi enseigner quand les savoirs sont tous frappés d’imposture. S’agit-il de transmettre de tels savoirs, qui font les traders (formés aux mathémathiques financières par Polytechnique,  Dauphine, employés par Goldman Sachs, la banque d'"affaires" qui en 80 ans a provoqué 20 crises),
destructeurs de l’économie réelle sous le nom de performances financières et d’enrichissement général, qui font les entrepreneurs et commerciaux formés dans les plus prestigieuses grandes écoles et universités (dirigeants de multinationales de l'agroalimentaire, comme Cargill, Monsanto, concepteurs de gigantesques batteries de viande ignoble comme Smithfield Foods), affameurs d'une bonne partie de l'humanité et destructeurs de la planète sous les noms d’aménagement du territoire, de croissance, de progrès technique et scientifique, d’amélioration du niveau de vie. Ou s’agit-il d’apprendre à juger, à douter, à avoir sur tout l’esprit critique ?
   - c’est quoi apprendre à juger ? cela ne suppose t-il pas de se mettre en jeu comme personne qui fait ce qu’elle dit, qui vit ce qu’elle éprouve, en recherche de vérité avec sa liberté, sa raison, développant le meilleur d’elle-même pour soi et autrui. Une telle authenticité, une telle vérité de parole et de vie, une telle évidence, voilà ce qui fait exemple, voilà ce qui fait qu’un prof suscite admiration éventuelle (pouvant devenir amour non d’un corps, d’un sexe mais d’un être dans son âme), enthousiasme individuel et collectif, émulation et non compétition, solidarité, écoute et parole propre(s). Un tel prof devient un passeur de volonté pour la vérité, la beauté…
Et l’amour alors ? Il est ce qui peut nous arriver de mieux même s’il y a erreur sur la personne, même s’il est malheureux. Il est ce qui nous sort de nos certitudes, de nos conforts, il est vie, chair, peau, sexe, sentiments, projets, rêves, transgression. Dans la possible relation d’amour prof-élève - que l’initiative vienne du jeune ce qui est sans doute plus fréquent qu’on ne croit, qu’elle vienne de l’adulte, qu’elle soit coup de foudre, qu’elle prenne du temps pour s’installer, qu’elle dure et soit heureuse (et il y en a sans doute beaucoup plus qu’on ne croit mais ces histoires sans histoires n’intéressent pas), qu’elle échoue et fasse souffrir – ce qui me paraît essentiel c’est comme dans toute relation vraie entre deux adultes, entre deux personnes, le respect de l’autre. Ce respect doit être encore plus marqué dans une relation d’amour avec un jeune. La fausseté des déclarations, la perversité, les abus de pouvoir, la séduction, les rapports de force, la jalousie, les chantages, c’est cela le terrible dans une relation. En clair pour aimer inconditionnellement, il faudrait des qualités d’âme que souvent nous n’avons pas. La passion amoureuse est une maladie dont on ne meurt pas en général, dommageable seulement pour soi et l’autre, qui ne fait pas de mal au monde. L’amour ordinaire est souvent calcul, ajustement d’intérêts. Il est très répandu, dure ce qu’il dure. L’amour inconditionnel est rare, peut ne pas s’accomplir sexuellement, souvent même ne passe pas par le sexe (Socrate résiste au désir d’Alcibiade, le prof peut résister au trouble de l’élève pour mieux l’élever au sens d’élévation pas d’élevage, ce peut être aussi l’élève qui résiste, élevant le prof). Par la sexualité, « sublimée » sans doute, l'amour inconditionnel est cheminement vers l’être de l’autre qui chemine, sans jonction possible mais il s'agit de deux cheminements si proches que c’est le bonheur, bien plus que le plaisir, que c’est la délicatesse, bien plus que l’étreinte.
Dernier point que je veux aborder : qui évaluera les dégâts causés par les profs haineux de leurs élèves et réciproquement, par les profs fonctionnaires et réciproquement (représentez-vous les comme vous voulez) ? Et qui poursuivra en justice ceux qui enrôlent pour leurs sales guerres des jeunes dont on abaisse l’âge de la majorité ? Sous Napoléon, la majorité sexuelle est à 11 ans, Juliette a 13 ans. Tout cela montre que la société fixe les limites qui l’arrangent. Rien à voir avec chacun de nous.

À lire :
De l’amour de Marcel Conche, Les Cahiers de l’Égaré
Analyse de l’amour et autres sujets de Marcel Conche, PUF
Éloge de l’amour d’Alain Badiou, Flammarion

 
Jean-Claude Grosse

L'amour et l'enseignement ont en commun de relever d'un jeu de la solidité et de la fragilité. Jeu facilement dénié, durci, au nom d'un sérieux de la séparation entre elles, plus ou moins hiérarchisée. C'est que solidité et fragilité sont inséparables, figures changeantes, jamais si claires, de tout un entrelacement. Respecter ce jeu, voire en faire vivre quelque chose par l'enseignement, peut pourtant être vu comme vitalement sérieux. L'émoi amoureux, mais aussi de la "connaissance", ouvre toute solidité à la fragilité comme toute fragilité à la solidité. Tout émoi profond, avec ses ambiguïtés, fait saillir celle de la clarté du monde, comme obtention plus ou moins forcée et instrumentalisée d'un résultat.
Il ne s'agit donc pas seulement de débattre de certaines relations amoureuses entre majeurs et mineurs, mais de donner à entendre que, si une émotivité excessive peut amener des catastrophes, le modèle d'une rationalité pure, purement répressive de soi et des autres, entraîne dans nombre de domaines, y compris l'enseignement, assèchement, mensonges et redoutables retours de bâton irrationnels.
Ni chez les acteurs principaux, ni chez les participants au débat, ne fut créé l'espace physique de parole qu'il faudrait, entre fragilité et solidité, pour rendre sensible, non pas le seul amour naissant, mais l'importance de la survenue d'un fécond champ magnétique, plus ou moins intense, entre les hommes, pour qu'ils ne crèvent pas trop de complexification fonctionnelle. Les jeux ambigus, souvent durement payés, font aussi scandale parce qu'ils forment à autre chose que la forme et la force. Le problème, c'est moins la sexualité, facilement mécanique, que le sort que notre société réserve à la sensualité et à la sensibilité, à leur " formation " et à leur portée, en termes de vérité aussi.

 
Gérard Lépinois
 
"En tout cas, l'intérêt suscité par l'affaire Russier semble encore vif : le dossier de presse la concernant a été dérobé à la bibliothèque de la Fondation nationale des sciences politiques où on pouvait le consulter. De plus, dans divers centres de documentations et bibliothèques, la presse de l'époque a été, par la suite, consciencieusement découpée et subtilisée. S'agit-il de certains proches des protagonistes de l'affaire ? ou simplement d'admirateurs de Gabrielle Russier émus par sa personnalité ou les circonstances ? Le mystère reste entier."
Conclusion de l’article de Corinne Bouchoux paru en 1992
 

débat du 4 décembre 2008 à Hyères
sur l'affaire Gabrielle Russier

 
 
Quand je me suis sentie "emportée" par une histoire, ce qui est le cas de l'affaire Gabrielle Russier, je cherche toujours à aller plus loin. En l'occurrence j'ai cherché à savoir ce qu'il est advenu des protagonistes de cette histoire tragique : Christian Rossi a t'il pu "refaire sa vie" ?, ses parents se sentent-ils responsables ?, les enfants de Gabrielle, comment vivent-ils ?
J'ai trouvé dans votre blog un article du 26/11/09 qui avance que Valérie "a sombré dans la folie". Or sur le forum des "Cahiers de l'égaré" dans un article du 14/12/09, elle prend la parole pour demander les coordonnées de Raymond Jean.
Laquelle de ces deux informations avez vous retenu ?
Merci.
Anne

Les deux me semblent justes. Mais à des moments différents: aujourd'hui, Valérie a 50 ans. Au moment du suicide de sa mère, Valérie avait 10 ans.
Valérie a eu des difficultés de nature psychologique, a dû travailler sur elle-même; elle a fini par devenir psychologue scolaire après des études de psychologie tardives et après bien sûr tout un tas d'épisodes, de chutes et rechutes, mots sans doute inadéquats comme l'expression "sombrer dans la folie" que j'ai utilisée en méconnaisance des faits et des effets, "folie" dont certains peuvent revenir aujourd'hui car l'écoute, le suivi me semblent plus adaptés aux cas individuels. Je dis "en méconnaisance" car notre regard sur autrui sauf à être à l'écoute (attention flottante) est toujours à côté de la plaque.
D'après ce que je sais de 2° main, Christian qui refuse tout contact, a refait sa vie pour employer votre expression. Mais à part lui, qui peut dire les effets sur lui, d'hier à aujourd'hui. Joël, le frère de Valérie semble s'en tirer sur les plans professionnel et familial mais lui seul "sait" ce qu'il a vécu. Je ne sais rien des parents de Christian qui après le suicide ont dit que si c'était à refaire, ils recommenceraient. De 2° main, on m'a dit qu'ils s'étaient séparés puis remis ensemble.
Je ne souhaite pas que ces petites indiscrétions circulent, étant trop respectueux des choix qui me semblent avoir été faits tant par Christian que par Joël et Valérie. Aucun ne s'est exprimé lors de l'émission de France 2.
J'attends la sortie du livre de Jacques Layani car il montrera comment 40 ans après, cette affaire continue à remuer des gens dans le monde entier.
Quant aux auteurs du livre Gabrielle Russier/Antigone, ils ont privilégié leur imaginaire pour évoquer quelques protagonistes de ce drame ou tragédie. Je me suis pour ma part intéressé au personnage de Christian qui vit, revit, devenu prof, deux histoires avec deux de ses élèves à 20 ans d'intervalle, l'une à 30 ans, l'autre à 50 ans. Façon pour moi d'insister sur ce qu'on appelle "les valises" dont on hérite ou qu'on transmet, "valises" qui ne sont pas les nôtres d'où comment échapper à la répétition des vies, des destins. Mon histoire est une fiction. Pour montrer aussi que la justice ne corrige pas: elle sanctionne mais ne change rien du coeur, du ça.
Cordialement
Jean-Claude Grosse

 
Elle s'appelait Gabrielle Russier
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L'insolite traversée de Cyril Grosse (13/4/1971-19/9/2001)

25 Août 2016 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

aujourd'hui, 13 avril 2016,

il a 45 ans

il est parti sans être parti depuis 15 ans

et il me dit

Ne reste pas là à pleurer devant ma tombe.
Je n'y suis pas, je n'y dors pas...
Je suis le vent qui souffle dans les arbres.
Je suis le scintillement du diamant sur la neige.
Je suis la lumière du soleil sur le grain mûr.
Je suis la douce pluie d'automne...
Quand tu t'éveilles dans le calme du matin
Je suis l'envol de ces oiseaux silencieux
Qui tournoient dans le ciel...
Alors ne reste pas là à te lamenter devant ma tombe
Je n'y suis pas, je ne suis pas mort !
Pourquoi serais-je hors de ta vie simplement
Parce que je suis hors de ta vue ?
La mort tu sais, ce n'est rien du tout.
Je suis juste passé de l’autre côté.
Je suis moi et tu es toi.
Quelque soit ce que nous étions l'un pour l'autre avant,
Nous le resterons toujours.
Pour parler de moi, utilise le prénom avec lequel tu m'as toujours appelé.
Parle de moi simplement comme tu l'as toujours fait.
Ne change pas de ton, ne prends pas un air grave et triste.
Ris comme avant aux blagues qu'ensemble nous apprécions tant.
Joue, souris, pense à moi, vis pour moi et avec moi.
Laisse mon prénom être le chant réconfortant qu'il a toujours été.
Prononce-le avec simplicité et naturel, sans aucune marque de regret.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifié.
Tout est toujours pareil, elle continue, le fil n’est pas rompu.
Qu'est-ce que la mort sinon un passage ?
Relativise et laisse couler toutes les agressions de la vie,
Pense et parle toujours de moi autour de toi et tu verras, tout ira bien.
Tu sais, je t'entends, je ne suis pas loin, je suis là, juste de l’autre coté

poème de Mary Elizabeth Frye (1932)

poème que je préfère à celui-ci :

La mort n’existe pas : tout est présence, éternellement
pas un battement de ton cœur ne peut se perdre
il continuera de retentir dans les jardins
quand déjà tu reposeras dans l’humidité de la terre

Ce qui criait en toi durant les longues nuits
continuera de vivre sous le couvert des hêtres
dans le souffle fiévreux des orages d’été

Et chaque élan d’amour de ton cœur
sera là, intact encore, au creux des nuits de mai
dans l’appel caressant des sombres feuillages

Tu peux penser ce que tu veux :
tout est présence,
éternellement.

Nathan Katz (1892-1981)

Le poème de Mary Elizabeth Frye (1932) que j'ai mis en début d'article m'aide beaucoup à ne pas éprouver le vide, le manque mais une forme de plénitude comme s'il n'y avait pas de séparation, de barrière entre eux et nous, comme si ça circulait en énergie, vibrations, informations, les coïncidences stupéfiantes que nous rencontrons tous et qui pullulent dès qu'on devient araignée des connexions et des fils. Cela ne se produit qu'avec ceux qu'on a aimés, qu'on aime encore, en tout cas pour moi. C'est l'amour qui donne tempo et vibrato.

 

 

 

Cyril en lecture à la Maison des Comoni au Revest en 1992 pour Salman Rushdie  

 

 

L’insolite traversée de Cyril Grosse 
1971–2001
 
Né le 13 avril 1971, à Cambrai (Nord)

Décédé le 19 septembre 2001, à Jagüey-Grande (Cuba) voir avec Google Earth
Classe théâtre-musique de Denis Guénoun à Châteauvallon 1983-1984-1985

 

Écritures

1984 Les Familiales, théâtre
1987 Adaptation de Roméo et Juliette de Shakespeare
1989 La Lumière des Hommes, théâtre, édité par    Les Cahiers de l’Égaré, 500 ex., épuisé
1990–1991 Madelaine Musique, adaptation théâtrale de Lecture d’une femme de Salah Stétié
1992–1994 Beverly, roman illustré par Michel Bories, édité par Les Cahiers de l’Égaré, 1000 ex.

les météores
New York

1994–1995 Ulysse in Nighttown, adaptation théâtrale du chapitre 12 d’Ulysse de James Joyce
1997 Tankus, théâtre, d’après Les derniers jours d’Emmanuel Kant de Thomas de Quincey
1998 Traduction et adaptation de La Forêt d’Alexandre Ostrovski (avec Victor Ponomarev)
2000 (C’est possible) ça va ou l’un de nous est en trop. Montage de textes
2000 30 mots pour maman, sur des peintures-objets de Michel Bories, édité par Les Cahiers de l’Égaré, 1.000 ex.



2001 Traduction de Père d’August Strindberg (avec Gunnila Nord)
2002 Le Peintre, roman inachevé sur lequel il travaillait depuis 1990, édité par Les Cahiers de l’Égaré, 1500 ex.
2004 Le gras théâtre est mort, maman… Les Cahiers de l’Égaré, 700 ex.

Mises en scène

Amateur
1984 Les Familiales, 1 représentation au CREP des Lices
1987 Un Roméo et Juliette d’après Shakespeare, 5 représentations à la Tour du Revest (45 représentations) avec L'insolite Traversée des Siècles, compagnie amateur d'une vingtaine de membres
1989 La Lumière des Hommes, 9 représentations à la Tour du Revest

Professionnel   
1992 Madelaine Musique, 12 représentations aux Comoni (37 représentations) avec L'Insolite Traversée, compagnie professionnelle d'une dizaine de membres, créée par Cyril Grosse, Jeanne Mathis, Frédéric Andrau
1995 Le jubilé dans Tchekhov en acte, 5 représentations aux Comoni (20 représentations)
1997 Gens d’ici et autres histoires de Serge Valletti, 3 représentations, aux Comoni
(70 représentations)
1999 La Forêt d’Ostrovski, 5 représentations aux Comoni (72 représentations)
2000 (C’est possible) ça va, 6 représentations aux Comoni (25 représentations à Oulan-Oudé, Moscou et en France dont Le Revest, Gap, Vitry sur Seine).

2000 La compagnie est conventionnée pour 3 ans par la DRAC PACA sur le nom de Cyril Grosse. La compagnie sera dissoute fin 2002. Il n'y a pas eu d'autre compagnie conventionnée dans le Var depuis.
 

Spectacles inachevés

Amateur
1988 Les Euménides d’Eschyle

Professionnel
1996 Ulysse in Nighttown d’après Ulysse de James Joyce
; verra peut-être le jour en 2015-2016 (hélas, non !)
 

lecture particulièrement savoureuse sur le site Ubuweb, remarquable


1997 Tankus
2002 Père d’August Strindberg créé au théâtre du Gymnase à Marseille le 22/02/02 et joué plus de 60 fois dans 13 villes en France, mis en scène par François Marthouret et Julie Brochen, l'équipe choisie par Cyril ayant tenu à mener le projet au bout. François Marthouret, le père, Anne Alvaro, la mère, Eléonore Hirt, la nounou ...


Comédien

Amateur
1984 Les familiales, 1 représentation
1984 Clepsydre de Sylvie di Roma, théâtre-parcours de 6 h dans Le Revest et à Dardennes, 7 représentations
1985 Le Printemps de Denis Guénoun à Châteauvallon, 7 représentations

Professionnel
1991 Une fleur du mal d’après Baudelaire à Saint-Étienne, 10 représentations
1993 Je suis née dans 10 jours de Jeanne Mathis, 5 représentations aux Comoni
1998 Lorsque 5 ans seront passés de Federico Garcia Lorca, 4 représentations aux Comoni (12 représentations)
1999 La Forêt d’Ostrovski, 5 représentations aux Comoni (72 représentations)

 

Lectures/Mises en espace

1992 Meuh !... et pourquoi pas (pour Salman Rushdie) aux Comoni
11/03/1995 Mise en espace d’Ulysse in Nighttown d’après Joyce à la villa Tamaris Pacha à La Seyne

16/12/1995 Mise en voix et en espace des textes écrits par les enfants de l’école primaire du Revest les 14 et 15 décembre 1995 avec Jean Siccardi, aux Comoni    
22/05/1996 Interdiction de la mise en espace d’Ulysse au Théâtre de l’Odéon à Paris, par Stephen Joyce, petit-fils de James Joyce

 

19/10/1996 Mise en espace d’Ulysse à Châteauvallon



27/04/1997 Mise en espace d’Ulysse au Théâtre des Salins à Martigues et renoncement au projet, Stephen Joyce refusant toujours d’accorder les droits



 

1997 Mise en espace du Voyage de Madame Knipper vers la Prusse orientale de Jean-Luc Lagarce à Aix-en-Provence et à Cavaillon
27/11/1998 Lecture de Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch au Comédia à Toulon
31/05/1999 Mise en espace de Rabelais en bouche, textes écrits par des lycéens de Rouvière à Rouvière
02/10/0999 Mise en espace de Rabelais en bouche, textes écrits par des lycéens de Rouvière aux Comoni

 

Formateur

Classe option théâtre du Lycée de Miramas de 1995 à 1998
Atelier-théâtre du Lycée de La Ciotat en 1996 avec participation au Festival de théâtre lycéen de Thonon-les-bains en 1996

 

Films

Le temps perdu, vidéo fiction de 55’, tournée en 1993 au Burkina Faso et au Niger, avec une aide du ministère de la Culture du Burkina Faso, film projeté aux Comoni le 23 octobre 2001.
Le peintre, vidéo de 35’ sur Michel Bories, peintre, oncle de Cyril, décédé à Cuba le 19 septembre 2001, tournée en 1997.
Les joies de François Pous, vidéo de 35’, tournée en 1997, sur le sculpteur François Pous.


 

Voyages et séjours

Été 1990 1er voyage à New York et aux USA

Été 1992 Obtient une bourse Défi-Jeunes de 40 000 francs du ministère de la Jeunesse et des Sports pour un projet d’écriture, d’expression plastique et d’édition : Ulysse à Hollywood, part en Grèce et aux USA, 2 mois, avec son oncle, Michel Bories, artiste-peintre, ramène un roman, Beverly, illustré par Michel Bories, édité à 1 000 ex. par Les Cahiers de l’Égaré en 1994.
avec son oncle, Michel Bories (1949-2001), artiste-peintre, en Grèce, 1992
photo prise par Michel Bories en Grèce 1992


Été 1993 Séjour en Andalousie
Automne 1993 Séjour de 2 mois au Burkina Faso et au Niger, tourne Le temps perdu
Été 1995 Séjour en Irlande, à Dublin, participe au Bloom Day (en hommage à Joyce)
3e voyage aux USA, New York
Février 1997 4e séjour à New York
Février 1998 Séjour à Londres
Été 1998 5e voyage aux USA, Floride
Automne 1998 Saint-Jacques de Compostelle et Lisbonne (sur les traces de Pessoa)
Été 1999 Séjour de 1 mois 1/2 à Oulan-Oudé en Sibérie
Été 2000 Séjour de 3 mois 1/2 à Oulan-Oudé et au lac Baïkal pour la création de (C’est possible) ça va ou l’un de nous est en trop, spectacle franco-russe avec le Molodiojny Theatr' d'Anatoli Baskakov
Janvier 2001    Séjour à Moscou et à Saint-Pétersbourg

11 septembre 2001    Départ pour Cuba avec son oncle, Michel Bories. Suite aux attentats, attente de 13 heures à Madrid. La plupart des passagers font demi-tour. Pas eux. Le 19 septembre 2001 à 16 H, accident mortel à Jagueÿ-Grande. 4 morts dont Cyril, Michel, Lili et sa mère. Les autorités françaises n'informeront la famille que neuf  jours après leur disparition, le 28 septembre 2001.   


 

Il existe encore des possibilités de départs,
d’infimes moments d’absence où se retirer.
Il existe encore dans le reflux des vagues,
des lieux pour rêver, des rues qui sont des ports,
des instants-navires, de longues mers pour changer
d’enveloppe terrestre, de carte d’identité.
Il suffit parfois de prendre à droite,
ce chemin que je ne connais pas. À nouveau.
Voilà, peut-être, le plus beau des titres.
Il suffirait de s’accorder une trêve, un répit.
Suis-je responsable des mouvements de lune ?
Et des courants de la mer ?
Suis-je responsable du temps ?
L’eau et les vagues, le sel, l’écume,
l’horizon inachevé, à nouveau.

2001, Cyril Grosse (texte mis en épitaphe sur la tombe de Cyril à Corsavy)

 

Fuir, et se perdre, contre le temps, contre le piège du temps, perdre connaissance, se perdre au sud du sud, s’oublier soi-même, respirer d’autres souffles, se réveiller ailleurs mais vivant, se réveiller avec toi mon amour. Tender is our love, sweet are your lips, lonely I am. Fuir, marcher des heures, des jours sur des chemins de montagne, alone, alone, le vent cinglant nos visages, et l’air nous renversant, marcher, marcher, courir, dévaler des pentes rouges, écraser les bois morts, nuages de neiges évaporées sur les cimes, plaques de neige fondante qui ruissellent et forment, très loin, dans la vallée, des rivières et des torrents. S’y plonger, comme dans l’eau de la Seine, prête à me prendre, si maintenant je le décide. Ivres, mon amour. Ivresse qui craque et brûle entre tes mains, ivresse des cimes, qui, là, proches et à prendre, gémissent et mordent, hurleront tout à l’heure. Fuir, être stryge sous l’amoncellement des forêts ou dans les arbres sous les coups de bûcherons abrutis, se perdre avec toi dans la lumière alanguie du soleil et entre les nuages-dromadaires, mouvants, dinosaures de notre enfance, et leurs ombres glissant devant nous sur les montagnes, sur les chaînes de sapins fous. Fuir, fuir, fuir. Se fuir. Se perdre dans des odes mentales, composer de longues rimes de nos plaisirs incandescents, célébrer notre amour partout, tous les jours, se dire bonjour mon bel amour, célébrer notre amour par des messages incohérents, sur du papier, sur des nappes, sur des tables vernies, graver notre fuite, l’inscrire partout, la hurler, l’écrire sur des écrans. Fuir, mon amour, escape, a stream is our love, rêver de tous les pays de nos sommeils ensemble, de l’Espagne et de la Catalogne, au sud du sud, de sommets, de déserts, de plaines, d’océans, et de mers trop petites dans des barques à deux voiles. Fuir nos absences, et tous les jours où nous ne sommes pas ensemble, réussir nos ratages, reprendre, recommencer, rater encore, recommencer. Il ouvrit les yeux. La façade occidentale de Notre-Dame l’écrasait, au loin. Il tira une longue bouffée ; il ouvrit les yeux. Plus ouverts, plus vivants. Où suis-je ? Loin de toi. Où es-tu ? Loin de moi. My beautiful lost love. Façade orientale, façade occidentale. En direction de. Il accéléra son allure, son ventre grognait toujours. Il croisait encore des jeunes filles qui, pour lui, n’existaient plus. Eau verte, bleue. Et le courant, les clapotis et le vent, douce brise sur ses yeux ouverts, fermés, le sifflement d’un merle sur une branche, caché, invisible, rugissement, pépiement, mugissement, rumeur, surdité de la ville, moteurs et mécaniques. Quai des Grands-Augustins, sous le tablier crasseux du Pont Saint-Michel. En passant par ici : un coup d’œil sur les pavés, un autre, le courant l’emporterait peut-être, peut-être pas. C’est une sensation presque jubilatoire : se dire qu’à tout instant je peux disparaître, comme ça, en claquant des doigts, t’oublier mon amour, faire disparaître la Seine et tout ce qui m’entoure. Arrêt définitif. En finir avec. Ma réalité et par là même la réalité. Rien. Du vide parfait. Silence. Mort. À qui dis-tu bonjour, mon amour, qui regardes-tu, qui croises-tu ? Si je faisais la somme de mes échecs. Le nôtre, notre échec. Film de ma vie, orage, souvenirs éteints, larmes d’enfant. Ne nous disons plus adieu, mon amour, comme dans les mauvais films, sur un quai de gare, dans un hôtel borgne, dans un palace. Rendons-nous l’un à l’autre. Je t’aime. Je t’aime dans la lumière espacée de cet après-midi de juin. On ne sait jamais comment ça arrive. Le temps passe, et l’on croit toujours, comme des gamins, qu’il reste un espoir, que l’on finira bien par se retrouver. Toute une vie d’attente et de mensonges. Le temps passe, rien ne change, et l’on ne se retrouve pas. Pas de happy end. Vide parfait. Le film de ma vie ? Une histoire d’amour, un ratage, comme des milliers d’autres avant et après moi. Nous avons joué, mon amour, nous avons perdu. Soixante ans demain, et je suis mort. Rendez-vous clandestins, jeux de dupes. Les combats amoureux de ma jeunesse, oui. Combats politiques et amoureux. Sentimental, aigri par toutes ces années d’errances, à passer à côté, à se fuir, et au bout du compte à ne rien voir. Et je pleure sur de vulgaires chansons d’amour, seul, à l’abri des regards. Sentimental, incohérent, immature. Tout l’amour, que j’avais au fond du cœur, pour toi, Rina Ketty me faisait pleurer et Barbara Streisand, l’amour dont tu méprisais la loi. Mots vides, phrases creuses, qui me touchent encore, à mon âge. S’allongeant, fixant le plafond dans le noir. Alors qu’il eût été si facile d’être différent. Jouisseur, ludique, comme je l’étais à vingt ans.

 

Cyril Grosse, Le Peintre  pages 102-104 (Les Cahiers de l'Égaré)
 
 

 

Disparition

Version Baklany

 

Acte III - Scène 3 - L'abolition du temps

 

La mère – on est bien le 19 septembre, non ?

Le père – non, le 11 septembre !

La mère – pourquoi le 11 septembre ?

Le père – c’est le jour où il est parti, ça fait neuf ans, le jour des attentats !

La mère – il est parti le 19 septembre !

Le père – il est parti en avion le 11 septembre ! pour toujours le 19 !

La mère – j’ai raison, on est le 19 !

Le père – en partant le jour des attentats ! cette coïncidence a enchaîné les autres !

La mère – les 3000 morts de Ground Zero, c'est terrible mais ça me fait moins mal que sa disparition ; Ben Laden avait programmé cette apocalypse ; notre fils n'était pas dans le programme; c'est une victime collatérale de cet extrémiste

Le père – depuis neuf ans, tu restes bloquée sur le 19 septembre ! le temps s’est arrêté pour toi ?

La mère – n’a-t-il pas disparu le 19 septembre ?

Le père – oui, dans l’instant syncope !

La mère – n’est-ce pas l’instant de l’anéantissement ?

Le père (silence)

La mère – je suis comme morte !

Le père – as-tu une autre possibilité que de vivre jusqu'à ton départ ?

La mère – l’abolition du temps qui me l’a pris !

Le père – le temps passe, ne s’épuise pas ; comment peux-tu l’abolir ?

La mère – en m’accrochant au 19 septembre, vers 16 heures, à l’instant de la syncope !

Le père – … où es-tu ?

La mère – dans l'eau ! je nage, je gueule, je plonge, je vois le fond, au ralenti, je remonte, j’entends les mouettes, assourdissantes, puis le silence définitif

Le père (silence)

La mère – que fais-tu ?

Le père – j’essaie de voir ce que tu vois

La mère – que vois-tu ?

Le père – je n’arrive pas à voir le fond

La mère – la plage ?

Le père – non plus

La mère – tu n’as pas le cœur bien accroché

Le père – quel rapport ?

La mère – sens avec les sensations du ventre !

Le père – au moment de sa disparition, j’ai dégueulé tripes et boyaux !

La mère – coïncidence surprenante ! émouvante ! mais pour abolir le temps, vivre anéantie, anéantir la vie, faut s’accrocher à l’instant où tout bascule, l’instant fatal annulant l’instant fanal !

Le père – l’image m’est inconcevable ! elle me terrifie !

La mère – affronte la réalité !

Le père – quel bénéfice trouves-tu à éterniser cette scène ?

La mère – je ne l’éternise pas, elle est éternelle, n’a duré que l’instant fatal réduisant à néant sa vie mais l’instant syncope qui a eu lieu une fois a eu lieu pour toujours ! rien ne peut l’effacer ! il est éternel !

Le père – on peut tenir le même raisonnement à chaque instant

La mère – bien sûr

Le père – alors ?

La mère – la fugitivité du temps est donc une illusion ! tu peux t’arrêter à tout instant

Le père – pourquoi t’arrêter sur l’instant syncope ?

La mère – l’instant syncope, le pire pour une mère

Le père – pourquoi t’y arrêter ? la vie continue

La mère – pour moi elle s’est arrêtée avec la sienne et je veux regarder sans terreur cette horreur

Le père – moi, je ne peux pas

La mère – tu ne veux pas voir les photos prises sur la plage ?

Le père – à quoi cela m’avancerait-il ?

La mère – il ne s’agit pas d’avancer mais de s’arrêter pour de bon, de regarder en face son corps bleui, gonflé d'eau, son visage enflé

Le père – tu es morbide ma parole, je ne peux pas te suivre sur ce terrain

La mère – c’est la réalité, la vérité ; tu fuis

Le père – oui, je fuis, je survis comme je peux

La mère – tu survis dans le mensonge

Le père – qu’est-ce que ça t’apporte de regarder sa mort en face ?

La mère – de regarder la mienne

Le père – ne te sais-tu pas mortelle ?

La mère – ça c’est connaître avec la tête ; moi je veux ressentir avec mon corps ; je veux ressentir l’instant syncope, mon thorax se remplir d'eau ! je veux me débattre ! il s'est débattu !

Le père – arrête, c’est insupportable !

La mère – c’est quoi qui t’insupporte ?

Le père – ton récit

La mère – ou la réalité ?

Le père – ton récit n’est pas la réalité, c’est un film que tu te fais

La mère – d’accord, un film noir ! j’ai besoin de me le raconter

Le père – sobrement alors !

La mère – ça se passe à Baklany. Au large, à deux cents mètres, une île. On l'appelle l'île aux mouettes. Quel vacarme ! À Baklany, tu as la taïga d'un côté, le lac de l'autre. La plage est de sable ocre.

Le père – ça fait neuf ans que tu te racontes la même histoire. … C'est là qu'il a créé La Forêt, il y a dix ans et qu'il a aimé Baïkala. Tu as rencontré deux sœurs : Lisa et Dasha Gorenko, jeunes et courageuses … Tu crois que c’est sobre ?

La mère – je prends tout mon temps (ils sortent)

 

Baïkala – j’ai laissé le temps au Baïkal

 

 

scène 4 - Le blanc du temps

 

La mère – on est bien le 19 septembre, non ?

Le père – non, le 28 septembre !

La mère – pourquoi le 28 septembre ?

Le père – c’est le jour où on est venu nous annoncer la nouvelle

La mère – il est parti le 19 septembre !

Le père – lui, le 19 septembre ! pour nous, ça commence le 28 septembre !

La mère – faut remonter le temps, l’apprendre sans retard

Le père – depuis neuf ans tu restes bloquée sur le 19 septembre !

La mère – on m’a volé neuf jours ! pendant neuf jours je l’ai cru en vie, sans souci, moi, insouciante, un peu inquiète ! il était déjà parti ! il me faut abolir ces neuf jours !

Le père – à ce compte-là, tu dois ajouter les huit jours entre le 11 et le 19 puisqu’il n’a pu nous donner des nouvelles

La mère – les huit jours avant ! c’est pas comme les neuf jours après ! avant, il vit ! après, il n'est plus là ! toi, t’as bien su en dégueulant l’instant syncope !

Le père – j’ai ressenti le passage mais j’ignorais que c’était l’instant syncope ! je l’ai compris en apprenant les circonstances !

La mère – rester bloquée sur le 19 septembre, ça me permet de remplir le blanc du temps

Le père – le blanc du temps ! neuf jours de blanc ! tu peux me raconter ?

La mère – quand tu vas là-bas pour reconnaître le corps, on te conduit à la morgue de l’institut médico-légal, il est là depuis huit jours, pour le conserver, formol, pour le reconnaître, le regarder encore et encore, bleui, gonflé, inhaler le formol, étouffer, sortir, reprendre ton souffle, t’aérer, revenir, plonger dans l’atmosphère viciée, prendre une photo, ressortir, revenir, une autre photo, revenir, des photos et des photos, tu sais que tu n’oublieras pas, que c’est inscrit dans la mémoire mais des photos pour pas rêver, pas enjoliver plus tard, pour rester sûre de ce que tu as vu, mettre dans le cercueil plombé un objet de lui, une fleur, ressortir, écrire un mot, le mettre dans le cercueil, assister à la fermeture du cercueil pour être sûre que c’est bien lui qui va prendre l’avion de retour, étouffer, hurler, sortir, demander le rapport d’autopsie, lire des mots incompréhensibles dans une langue que tu ne connais pas, utiliser le temps qui te reste avant de reprendre l’avion de retour, un autre, pour aller à Baklany, prendre des photos de la plage, et tout d’un coup intuition, apnée, syncope, suicide, neuf jours de blanc, quatre jours pour tout régler sur place, dans l’urgence, dans l'incompréhension, quel imprudent, ce jeune Français ! alors rester bloquée sur le 19 septembre, prendre tout ton temps, rencontrer les sœurs Gorenko, parler longuement avec elles qui l'ont connu, retourner à l’hôpital, voir les médecins, infirmières, te faire expliquer ce qui se passe en noyade, en apnée, en syncope, l'eau, son invasion ! ceux qui ont transporté le corps, comment l'ont-ils manipulé ? te rendre à l’ambassade, demander des explications sur le retard de neuf jours, neuf ans après, c’est ma façon d’annuler le blanc du temps, le temps qu’on m’a volé, le temps que je n’ai pas eu à chaud, que je prends à froid, de sang-froid, pour t'imaginer mon amour ! quand l'instant fatal annule l'instant fanal inventé par ton père !

Le père – prends tout ton temps avec ce blanc, amour (ils sortent)

 

Baïkala – j’ai laissé le temps au Baïkal

 

Jean-Claude Grosse (L'Île aux mouettes, Les Cahiers de l'Égaré, 2012

Là où ça prend fin, Les Cahiers de l'Égaré, novembre 2014)

 

 

Disparition

Version Cuba, 9 ans après

 

 (Les parents entreprennent un dernier voyage à Cuba, le 6° pour la mère, le 2° pour le père. Du 11 septembre au 28 septembre 2010 inclus. Ils ont choisi les dates anniversaires qui depuis 2001 scandent leur vie.)

 

I – 11 septembre 2010. L'abolition du temps

 

La mère – on est bien le 19 septembre, non ?

Le père – non, le 11 septembre !

La mère – pourquoi le 11 septembre ?

Le père – c’est le jour où il est parti, ça fait neuf ans, le jour des attentats !

La mère – il est parti le 19 septembre !

Le père – il est parti en avion le 11 septembre ! pour toujours le 19 !

La mère – j’ai raison, on est le 19 !

Le père – en partant le jour des attentats ! cette coïncidence a enchaîné les autres !

La mère – les 3000 morts de Ground Zero, c'est terrible mais ça me fait moins mal que sa disparition ; Ben Laden avait programmé cette apocalypse ; notre fils n'était pas dans le programme; c'est une victime collatérale de cet extrémiste

Le père – depuis neuf ans, tu restes bloquée sur le 19 septembre ! le temps s’est arrêté pour toi ?

La mère – n’a-t-il pas disparu le 19 septembre ?

Le père – oui, dans l’instant-camion !

La mère – n’est-ce pas l’instant de l’anéantissement ?

Le père (silence)

La mère – je suis comme morte !

Le père – as-tu une autre possibilité de vivre jusqu'à ton départ ?

La mère – l’abolition du temps qui me l’a pris !

Le père – le temps passe, ne s’épuise pas ; comment peux-tu l’abolir ?

La mère – en m’accrochant au 19 septembre, à 16 heures, à l’instant-camion !

Le père – … où es-tu ?

La mère – dans la Matiz, sur la route qui va de la Isabel à Jaguëy Grande, le paysage est plat, monotone, des champs d'orangers, je ne le regarde pas, je suis avec eux, je suis sereine, il conduit bien, ils sont heureux tous les quatre … le carrefour qu'on traverse … le panneau qui semble dire prioritaire … le choc inattendu, la voiture traînée sur 150 mètres, finissant dans un champ, commençant à brûler, le silence effrayant après, les paysans qui accourent, se décarcassent à les sortir de l'épave, l'arrivée des ambulances et de la police, mon frère dans le coma, pas encore mort, explosé par le bidet qu'il transportait pour la famille cubaine de Lily … je ne te l'ai jamais dit mais si on avait pu sauver quelqu'un, j'aurais aimé que ce soit Michel, le coma ce n'est pas la mort, tu t'en souviendras ?

Le père (silence)

La mère – que fais-tu ?

Le père – j’essaie de m'extraire

La mère – comment ça ? Tu es avec moi dans la Matiz ?

Le père – je n’ai pas voulu monter mais une force m'a poussé dedans, embarqué, je suis embarqué, je veux sortir

La mère – tu n’as pas le cœur bien accroché

Le père – quel rapport ?

La mère – sens avec les sensations du ventre !

Le père – au moment de sa disparition, j’ai dégueulé tripes et boyaux !

La mère – coïncidence surprenante ! émouvante ! mais pour abolir le temps, vivre anéantie, anéantir la vie, faut s’accrocher à l’instant où tout bascule, l’instant fatal annulant l’instant fanal !

Le père – l’image m’est inconcevable ! elle me terrifie !

La mère – affronte la réalité !

Le père – quel bénéfice trouves-tu à éterniser cette scène ?

La mère – je ne l’éternise pas, elle est éternelle, n’a duré que l’instant fatal réduisant à néant sa vie mais l’instant-camion qui a eu lieu une fois a eu lieu pour toujours ! rien ne peut l’effacer ! il est éternel !

Le père – on peut tenir le même raisonnement à chaque instant

La mère – bien sûr

Le père – alors ?

La mère – la fugitivité du temps est donc une illusion ! tu peux t’arrêter à tout instant

Le père – pourquoi t’arrêter sur l’instant-camion ?

La mère – l’instant-camion, la perte d'un fils, le pire pour une mère

Le père – pourquoi t’y arrêter ? la vie continue ! tu as d’autres instants arrêtés tout de même ?

La mère – tu en as toi ?

Le père – un instant de félicité, avec toi ! quand on l’a conçu en le sachant, ce qu’il a confirmé en arrivant quelques mois après, un peu en avance !

La mère – tu te souviens de quoi encore ?

Le père – nous avions dîné au restaurant ! il y avait un chanteur célèbre dans la salle ! ça nous a émoustillés ! dans la chambre, nous avons fait l’amour sur le parquet !

La mère – j’aurais voulu que tu me baises

Le père – je t’ai fait l’amour

La mère – tu ne m’as pas baisée! tu m’as fait l’amour ! pas comme j’attendais !

Le père – tu m’as surpris, tu n’avais jamais été aussi ouverte

La mère – tu t’es retiré

Le père – tu m’as ramené en toi !... et tu as eu Cyril ! ça ne te suffit pas ?

La mère – je n’ai plus jamais été ouverte comme ce soir-là !

Le père – je suis désolé, j’avais envie de m’abandonner, de me livrer à ton étreinte mais quelque chose s’est bloqué

La mère – chez moi aussi !

Le père – te plains-tu de nos étreintes ?

La mère – on fait l’amour comme tu dis ! on ne baise pas ! tu as refusé mon ouverture ! j’étais ouverte par l’appel de la Vie ! ça pouvait ressembler à de l’indécence ! je me suis sentie jugée ! quelle violence, cette impression ! pour la vie ! tu vois ! mon sexe n’a pas oublié !

Le père – je le regrette vraiment ! je me suis refusé peut- être parce que tu devenais la maîtresse de cérémonie !

La mère – c’est ça, mon p’tit chat ! depuis, tu es le maître des cérémonies ! plus de place pour les effondrements dionysiaques ! ou pour les envols mystiques !

Le père – tu as quand même du plaisir ?

La mère – si pâle ! sans retentissement au plus profond du corps ! fermée à l'infinie jouissance de l'infini

Le père – pourquoi avoir mis si longtemps à en parler ?

La mère – me posais-tu des questions ? ma sexualité s’est mutilée avec sa conception ! ma vie s’est arrêtée avec sa disparition ! je veux regarder sans terreur cette horreur !

Le père – moi, je ne peux pas

La mère – tu ne veux pas voir les photos prises à la morgue ?

Le père – surtout pas ! à quoi cela m’avancerait-il ?

La mère – il ne s’agit pas d’avancer mais de s’arrêter pour de bon, de regarder en face son corps défoncé, son visage fracassé ; tu as lu le rapport médico-légal ? tout est en cubain ; technique, incompréhensible, terrifiant

Le père – tu es morbide ma parole, je ne peux pas te suivre sur ce terrain

La mère – c’est la réalité, la vérité ; tu fuis

Le père – oui, je fuis, je survis comme je peux

La mère – tu survis dans le mensonge

Le père – qu’est-ce que ça t’apporte de regarder sa mort en face ?

La mère – de regarder la mienne

Le père – ne te sais-tu pas mortelle ?

La mère – ça c’est connaître avec la tête ; moi je veux ressentir avec mon corps ; je veux ressentir l’instant-camion, mon thorax écrasé ! L'ultime fraction de vie consciente !

Le père – arrête, c’est insupportable !

La mère – c’est quoi qui t’insupporte ?

Le père – ton récit

La mère – ou la réalité ?

Le père – ton récit n’est pas la réalité, c’est un film que tu te fais

La mère – d’accord, un film noir ! j’ai besoin de me le raconter

Le père – sobrement alors !

La mère – ça se passe à Grand Arrêt, au Triangle de la Mort. Cent routes et chemins se croisent là, on se sait pas pourquoi. On ne sait pas d’où viennent ces routes ni où vont ces chemins, tous en mauvais état, qui traversent des champs d’orangers dont les fruits mûrissent sur pied ou pourrissent par terre …

Le père – ça fait neuf ans que tu te racontes la même histoire … Les panneaux de signalisation, à moitié arrachés par les ouragans, sont illisibles. Les feux de circulation, malmenés par les vents violents, fonctionnent mal ou sont en panne …Tu crois que c’est sobre ?

La mère – je prends tout mon temps, arrêté le 19 septembre 2001 à 16 H

 

II – 28 septembre 2010. Le blanc du temps.

 

La mère – on est bien le 19 septembre, non ?

Le père – non, le 28 septembre !

La mère – pourquoi le 28 septembre ?

Le père – c’est le jour où on est venu nous annoncer la nouvelle

La mère – il est parti le 19 septembre !

Le père – lui, le 19 septembre ! pour nous, ça commence le 28 septembre !

La mère – faut remonter le temps, l’apprendre sans retard

Le père – depuis neuf ans tu restes bloquée sur le 19 septembre !

La mère – on m’a volé neuf jours ! pendant neuf jours je l’ai cru en vie, sans souci, moi, insouciante, un peu inquiète ! il était déjà parti ! il me faut abolir ces neuf jours !

Le père – à ce compte-là, tu dois ajouter les huit jours entre le 11 et le 19 puisqu’il n’a pu nous donner des nouvelles

La mère – les huit jours avant ! c’est pas comme les neuf jours après ! avant, il vit ! après, il n'est plus là ! toi, t’as bien su en dégueulant l’instant-camion !

Le père – j’ai ressenti le passage mais j’ignorais que c’était l’instant-camion ! je l’ai compris en apprenant les circonstances !

La mère – rester bloquée sur le 19 septembre, ça me permet de remplir le blanc du temps

Le père – le blanc du temps ! neuf jours de blanc ! tu peux me raconter ?

La mère – quand tu vas là-bas pour reconnaître le corps, on te conduit à la morgue de l’institut médico-légal, à La Havane, à 200 kms de Grand Arrêt, il est là depuis huit jours, pour le conserver, formol, pour le reconnaître, le regarder encore et encore, si abimé, inhaler le formol, étouffer, sortir, reprendre ton souffle, t’aérer, revenir, plonger dans l’atmosphère viciée, prendre une photo, ressortir, revenir, une autre photo, revenir, des photos et des photos, tu sais que tu n’oublieras pas, que c’est inscrit dans la mémoire mais des photos pour ne pas rêver, pas enjoliver plus tard, pour rester sûre de ce que tu as vu, mettre dans le cercueil plombé son carnet de notes et une fleur, ressortir, écrire un mot d'amour, … mon amour … le mettre dans le cercueil, assister à la fermeture du cercueil pour être sûre que c’est bien lui qui va prendre l’avion de retour, étouffer, hurler, sortir, demander le rapport d’autopsie, lire des mots incompréhensibles dans cette putain de langue espagnole que catalane, tu as toujours refusé d'apprendre, utiliser le temps qui te reste avant de reprendre l’avion de retour, un autre, pour aller à Grand Arrêt, prendre des photos du carrefour, et tout d’un coup intuition, la signalisation l'a induit en erreur, signalisation paradoxale, indécidable, non conforme aux normes, neuf jours de blanc plus quatre jours pour tout régler sur place, dans l’urgence, dans l'incompréhension, quel imprudent, ce jeune Français ! alors rester bloquée sur le 19 septembre, prendre tout ton temps, retourner à l’hôpital, voir les médecins, infirmières, te faire expliquer ce qui se passe dans un tel fracas de tôles, rencontrer les paysans, ceux qui ont transporté le corps, comment l'ont-ils manipulé ? te rendre à l’ambassade, demander des explications sur le retard de neuf jours, revenir dans l'île des couleurs et des musiques plusieurs fois, rencontrer, aider financièrement la famille cubaine qui a perdu une mère et une fille, Lily, la jeune femme sur laquelle mon frère a flashé, laissant deux gamines si éveillées, si dégourdies, il voulait les adopter, il a écrit ça dans son carnet, rencontrer le chauffeur du camion dans son usine, protégé par le parti, le syndicat, la direction, quand tu le vois, ils sont sept en face de toi, ils croient que tu ne feras pas le poids, lui te lance un regard meurtrier, toi tu lui demandes s'il a vu arriver la voiture du haut de son habitacle, oui, a-t-il ralenti, freiné, non, il avait la priorité, à combien est limitée la vitesse à hauteur du carrefour, 30 kilomètres, à combien roulait-il, il ne répond pas, vite disent les témoins et habitués de son camion, il est déjà en cause dans un autre accident, il finit par te dire qu'il aurait donné sa vie pour celle d'un des deux Français, tu ne le crois pas, tu vois les autorités policières et judiciaires de la province de Matanzas, elles n'ont même pas un mot de compassion, tu écris au Commandant suprême, aucune réponse, tu écris à la grande amie française du Leader Maximo, Danielle Mitterrand et à la Fondation France Libertés, sans succès, obtenir par le biais d'une boîte aux lettres de réclamation ouverte aux citoyens cubains une rencontre avec un colonel plein de superbe, pas un tendre cet apparatchik qui attribue sans preuve la responsabilité de l'accident au conducteur de la Matiz, il détourne le regard quand tu lui montres le panneau de signalisation litigieux, dit que de toute façon, ça ne change rien, tu lui craches ton mépris pour le mensonge d'état que constitue le rapport de police, tu tentes de porter l'affaire en justice, tu fais appel à un avocat d'affaire cubain, il défend les intérêts du Havana Club, il n'entreprend rien, tu reviens déçue de chaque voyage mais ça circule, la mère du jeune Français est de retour, que cherche-t-elle, on te donne des conseils, ne pas trop remuer, on ne sait jamais, et puis chez nous, à Cuba, quand il y a mort d'hommes dans un accident, il y a toujours un procès, vous l'aurez votre procès, chez nous, à Cuba, la vie humaine compte plus que tout, un responsable d'accident va toujours en prison, tu lis beaucoup pour comprendre ce pays, ce régime : des récits favorables, des critiques sévères, tu rencontres en 2006 à San Juan, Carlos Franqui, d'abord compagnon de la révolution de 1959, directeur de la radio Rebelde, directeur du journal Revolucion devenu Granma, puis ministre de la culture, tu as vu sa photo avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre et à partir de 1968, rompant avec le régime qui ne condamne pas l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, devenu un opposant actif à Castro jusqu'en 2010, créateur de la revue Carta de Cuba, comme ancienne trotskiste, tu comprends son opposition à la bureaucratisation du régime et sa difficulté à trouver sa place, traître et agent de la CIA pour les castristes, infréquentable révolutionnaire pour les anti-castristes, te saisir de ces voyages pour tenter aussi de humer l'atmosphère cubaine, apprendre le fonctionnement administratif, policier de ce pays soumis au blocus sévère des États-Unis depuis des décennies, apprendre à te méfier des logeurs, des indics des comités de quartier, les comités de défense de la révolution qui contrôlent tout sous prétexte d'entr'aide, découvrir et aimer la musique cubaine, tu as vu, revu le film de Wim Wenders, Buena Vista Social Club, tu as écouté en boucle les CD de Compay Segundo au sourire désarmant, tu as plus de mal avec la chanson Hasta Siempre Comandante Che Guevara, aimer l'ambiance de certains bars, le Bar des Infusions où il a passé plusieurs soirées avec ton frère et Lily, apprendre à faire des mojitos, des cuba libre, des daïquiris, parfois fumer le cigare comme lui, un Partagas, un Romeo y Julieta, un Cohiba, un Hoyo de Monterrey, un Monte Cristo, ramener du rhum, du Caney, du Bacardi, te promener sur le Malecon, sur la plage de Santa Maria où ton frère a peint ses dernières cinquante gouaches, déambuler dans la vieille Havane, place de la Cathédrale où ils ont été pris en photo, faire la queue au Coppelia pour une glace, aimer le naturel des Cubains et Cubaines, leur liberté et leur précocité sexuelles, tu as assisté au rite de passage de l'enfance acidulée à l'âge du mariage de Yadira, 13 ans, quelle débauche de robes, de fleurs, de gâteries, constater la corruption généralisée et le tourisme sexuel avec les jinetteras draguées et dragueuses d'Occidentaux friqués, avec les toy boys cubains dragués et dragueurs de femmes cougars, différencier les gens de La Havane et ceux de la province, les urbains pollués par le tourisme et le dollar, et les ruraux qui vantent encore les bienfaits de la redistribution des terres, apprécier la qualité de la culture, des soins, de l'école, manger du Ajiaco ou du el Congri dans les cantines cubaines, passer une semaine au carnaval de Santiago, là où il avait surpris une main de fille frottant sa braguette, ce qui l'avait estomaqué sans qu'il chasse la main, l'ambiance éminemment érotique, la quantité de bière consommée, que veulent-ils oublier, le temps d'aujourd'hui où sont satisfaits uniformément des besoins du quotidien qui reste si ennuyeux, sans frivolité et luxe de pacotille, le temps d'hier, de la mafia, de Batista, prêt à renaître peut-être dès que cesseront la vigilance du régime, la permanence de la censure, l'omniprésence de la propagande, la nostalgie des voitures américaines très tape-à-l'oeil est une menace on ne peut plus visible, refaire plusieurs fois la route de Varadero à Trinidad, en passant par la Isabel, San Jose de Marcos, suivre la via Isabel jusqu'au triangle de la mort, la première fois que j'ai fait cette route, en poursuivant pour Trinidad, je suis tombée sur un stop non annoncé, j'ai freiné à mort et je me suis retrouvée sur l'autopista national, heureusement aucun véhicule n'est passé à ce moment-là, au passage je te fais remarquer que le triangle de la mort c'est deux routes rectilignes et perpendiculaires, pas ton carrefour de cent routes et chemins que tu m'attribues dans ton récit de disparition, faire les 500 derniers mètres à pied, constater trois après que la signalisation litigieuse emportée par l'ouragan Michel le 5 novembre 2001 a été changée et est conforme aux normes comme tu l'as demandé dans tes lettres, chercher des débris de bidet dans l'orangeraie, refuser l'édification d'un monument comme celui des deux Allemandes tuées par le chauffeur deux ans avant, rester fidèle au mémorial de Baklany que ses amis russes ont édifié en 2002 au bord du Baïkal, là où il avait créé son dernier spectacle, entre deux voyages, naviguer avec Google Earth sur toutes ces routes, voir d'en haut les plantations, neuf ans bloqués sur ces neuf jours de blanc du temps, c’est ma façon de l'annuler en le remplissant de vie, ce temps qu’on m’a volé, ce temps que je n’ai pas eu à chaud, que je prends à froid, de sang-froid, pour t'imaginer mon amour ! quand l'instant fatal annule l'instant fanal inventé par ton père !

Le père – prends tout ton temps avec ce blanc du temps de neuf jours, mon p'tit chat !

La mère – j'adore passer le temps au cimetière avec eux, à Corsavy; c'est un temps de plénitude ! ... où as-tu appris à m'écouter, à me laisser parler ?

Le père – en apprenant de toi, ton art de l'écoute ! plus riche que l'art de la parole

 

(Les parents sont revenus de Cuba le 29 septembre 2010. Le 18 octobre, la mère se plaint de douleurs au dos. Elle a des vomissements, des vertiges. Après une série d'investigations qui ne révèlent ni sciatique ni lumbago, elle est admise aux urgences d'un hôpital réputé le 29 octobre à 9 H. Est décelé un carcinum au cervelet. Opérée le 30 octobre puis réopérée le 18 novembre pour ce qu'on croit être un abcès postopératoire mais qui est une métastase, elle sombre dans le coma le 29 novembre. Après 14 apnées à partir de 16 H, elle se retire chaussée de ses baskets blanches à 21 H. On avait pu identifier par pet scan le 23 novembre son cancer primitif, un cancer foudroyant de l'utérus ayant métastasé dans les lombaires, les ganglions et au cervelet.)

 

L’Hôpital – La vie n’a pas de prix ! Sauver ou pas une vie a un coût! Votre Dette, madame, pour la période du 29 octobre au 29 novembre 2010 dans notre établissement s’élève à 32.989 euros et 99 centimes d’euros ! prise en charge par la sécurité sociale !

 

Jean-Claude Grosse, 13 avril 2002-19 septembre 2014

(le texte Tourmente à Cuba a été retenu pour le répertoire des EAT en avril 2014

il est devenu L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, Les Cahiers de l'Égaré, novembre 2014)

 

monologue de Dasha

dit par Dasha Baskakova

dans le spectacle

Mon pays c'est la vie

de Katia Ponomareva

en 2004

Cyril dans les blés en Grèce, 1992; Mémorial de Baklany édifié en 2002 par les amis russes de Cyril
Cyril dans les blés en Grèce, 1992; Mémorial de Baklany édifié en 2002 par les amis russes de Cyril

Cyril dans les blés en Grèce, 1992; Mémorial de Baklany édifié en 2002 par les amis russes de Cyril

chanson écrite et interprétée par Dasha Baskakova pour Cyril G.

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Shakespeare et la mouette à tête rouge

20 Avril 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées
deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées

deux livres essentiels sur Hamlet; 3 livres dont les écritures sont de sangs mêlées

Me rendant avec l'ami François Carrassan chez l'ami Marcel Conche en Corrèze du vendredi 8 avril au lundi 11 avril, nous avons écouté la première partie de l'émission La grande table sur France Culture le 8 avril, consacrée au manuscrit retrouvé de Hamlet par Gérard Mordillat.

Hamlet, la pièce la plus célèbre du répertoire mondial, a toujours fait l’objet de nombreuses spéculations érudites, notamment au sujet d’une éventuelle version antérieure.
Ces hypothèses seraient-elle en passe d’être levées ? C’est la conviction de Gérard Mordillat, qui présente ici la formidable découverte qu’il doit à un universitaire anglais excentrique, Gerald Mortimer-Smith. Grâce à ce dernier, Mordillat a eu entre les mains une version d’Hamlet inédite, précédant de toute évidence la plus ancienne connue : le fameux « proto-Hamlet », écrit à quatre mains par Thomas Kyd et William Shakespeare !
A partir de ce document désormais disparu, Gérard Mordillat a reconstitué la pièce d’origine et il nous en propose ici la lecture, précédée du récit de sa découverte, dans lequel il reprend les hypothèses les plus audacieuses de Mortimer-Smith.
On lit ici Shakespeare comme on ne l’a jamais lu. Il y aura
un avant et un après Hamlet le vrai.

Écoute par hasard, bien sûr, et par hasard, Gérard Mordillat évoque le passage où Ophélie, Valentine, évoque sa défloration, son viol peut-être, sûrement même par Hamlet, comme elle a dû l'être par le Roi; elle est donc bonne pour le nonnery, le couvent ou le bordel...

L'enquête de Pierre Bayard sur Hamlet est également évoquée dans cette émission :

Aucun texte littéraire n’a probablement suscité autant de lectures et interprétations qu’Hamlet et n’a à ce point fasciné les critiques, qui n’ont cessé de débattre des ambiguïtés et des contradictions de la pièce, dont les principales concernent les circonstances dans lesquelles est mort le père du héros.
Mais tous ces auteurs parlent-ils bien du même texte ? Ce dont témoigne Hamlet, en raison du nombre de ses commentaires, est de la difficulté, dans l’échange littéraire, à éviter le dialogue de sourds. Il est en effet impossible, quand nous discutons d’une œuvre, de sélectionner des passages identiques, de les percevoir à travers des théories semblables, d’inventer des questions qui ne soient pas marquées par une époque et par la personnalité de celui qui les pose. Bref, de parler de la même chose que les autres lecteurs.
Trouver la solution à ce problème du dialogue de sourds est pourtant un passage obligé si vous voulons reprendre l’enquête inachevée sur la mort du père d’Hamlet. Et tenter, en reconstituant ce qui s’est passé il y a cinq siècles à Elseneur, de résoudre l’une des plus vieilles énigmes de
la littérature mondiale.

Il se trouve que fin 2010 pour les 40 jours du départ de la mouette à tête rouge (moment rituel dans beaucoup d'endroits du monde), j'ai beaucoup écrit sur cette disparition, pensant à La Mouette de Tchekhov dont la structure reprend celle d'Hamlet et pensant bien sûr à Hamlet. Tout ce travail d'écriture a donné 3 textes édités :

L'île aux mouettes, 2012

L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, 2014

Là où ça prend fin, 2014.
Ce que je rends public ici n'a pas été retenu pour ces éditions. Mais ces scènes continuent de m'habiter. Les ordinateurs sont des mémoires conservant si on le souhaite les différents états d'un texte. En voici un.

8 – Le narrateur - Lors d’une visite de l’époux à l’épousée, à l’hôpital. Une deuxième opération au cervelet a été réalisée, elle s’est bien passée. L’épousée sort de son coma artificiel progressivement. Elle est en réanimation. On est le 19 novembre vers 21 H. A-t-elle toute sa tête ? Les effets d’une anesthésie sont parfois surprenants avant le retour du patient à la conscience claire.

L’épousée - Bonjour ! c'est la Saint-Valentin. Tous sont levés de grand matin. Me voici, vierge, à votre fenêtre. Pour être votre Valentine. Alors, il se leva et mit ses habits, Et ouvrit la porte de sa chambre. Et vierge, elle y entra, et puis jamais vierge, elle n'en sortit.

L'époux - suave Ophélie ! ô cieux ! est-il possible que la raison d'une jeune fille soit aussi mortelle que la vie d'un vieillard ? Sa nature s'est dissoute en amour ; et, devenue subtile, elle envoie les plus précieuses émanations de son essence vers l'être aimé.

La fille – maman délire ! à quoi joues-tu ?

L'époux - je lui donne la réplique !

L'épousée - je ne délire pas ! croyez-moi ! je suis née le jour de la Saint-Valentin ! je suis femme de l'amour ! pour l'amour ! je vais vous dire ! c'est un jeu ! ils veulent me faire l’amour ! ils veulent me faire mourir ! je les entends chuchoter ! je les entends rire ! ils me triturent partout ! ils entrent leurs doigts dans tous mes endroits ! je témoignerai ! je les reconnaîtrai à leurs voix ! méfiez-vous du docteur ! il dit qu'entre lui et moi, il y a un fil ! c'est lui qui veut couper le fil ! ne le laissez pas s'approcher de moi ! soyez prudents ! discrets ! ne les laissez pas abuser de moi ! me salir ! je me sens sale ! salie !

La fille - maman, veux-tu le bassin pour uriner pendant que je suis là avec toi ?

La mère - tu me comprends ma fille ! je ne délire pas ! croyez-moi !

(Elle se met à chanter)

Ils l'ont porté tête nue sur la civière. Hey no nonny ! nonny hey nonny ! Et sur son tombeau à Corsavy, il a plu bien des larmes. Adieu, mon fils de lumière ! Voici du romarin et voici des pensées, en guise de pensées

(À l'époux) Voici pour toi du fenouil et des ancolies.

(À la fille) Voilà de la rue pour toi, et en voici un peu pour moi ; nous pouvons bien toutes deux l'appeler herbe de grâce, mais elle doit avoir à ta main un autre sens qu'à la mienne... Voici une pâquerette. Effeuille-la pour savoir combien je t’aime !

- Elle m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie … pas du tout ! (Treplev rit)

Je t’aurais bien donné des violettes, mais elles se sont toutes fanées, quand Cyril est mort ... On dit qu'il a fait une bonne fin. Car le passionné Cyril était toute ma joie. Et ne reviendra-t-il pas ? Non ! Non ! il est mort. Il ne viendra jamais. Il est parti ! il est parti ! Et je perds mes cris.

La fille - d'où sors-tu ça, maman ?

L'épousée - c'est le chant d'Ophélie ! mon chant !

L'époux - nous veillons sur toi ! nous allons veiller sur toi ! nuit et jour !

Le narrateur - Shakespeare, un comédien allemand, ami proche de la famille, célèbre pour ses interprétations des pièces de l'Anglais, est entré dans la chambre N° 8 des soins continus ; il est venu exprès de Fribourg, ayant compris la gravité de la situation

Shakespeare - ma chère Ophélie ! ne donne pas raison à la Reine ! (il joue la Reine)

La Reine - Il y a en travers d'un ruisseau un saule qui mire ses feuilles grises dans la glace du courant. C'est là qu'elle est venue, portant de fantasques guirlandes de renoncules, d'orties, de marguerites et de ces longues fleurs pourpres que les bergers licencieux nomment d'un nom plus grossier, mais que nos froides vierges appellent doigts d'hommes morts. Là, tandis qu'elle grimpait pour suspendre sa sauvage couronne aux rameaux inclinés, une branche envieuse s'est cassée, et tous ses trophées champêtres sont, comme elle, tombés dans le ruisseau en pleurs.

Ses vêtements se sont étalés et l'ont soutenue un moment, nouvelle sirène, pendant qu'elle chantait des bribes de vieilles chansons, comme insensible à sa propre détresse, ou comme une créature naturellement formée pour cet élément. Mais cela n'a pu durer longtemps : ses vêtements, alourdis par ce qu'ils avaient bu, ont entraîné la pauvre malheureuse de son chant mélodieux à une mort fangeuse.

L'épousée - la Reine n'aura pas raison ! ni l'eau du ruisseau ni l’eau du cerveau !

La fille - sers-toi de ta maîtrise de l'apnée, maman ! tu les auras !

L'époux – oui ! tu les auras !

L'épousée - je les aurai !

(elle s'endort, apaisée)

…..............................

Le narrateur - tous rentrent dans la chambre N°8

Shakespeare - ma douce Ophélie, tu es Verseau, comme Jeannot, verse l’eau de ton cerveau, joue au cerceau, toi qui aime faire des ronds dans l’eau avec les bateaux de Roro !

La fetite pille - mamie annie dodo bobo ! o ! o !

Le narrateur - tout d’un coup, de l’eau sort de la capeline que la mouette porte sur la tête, l’oreiller est inondé ; ils n’avertissent pas le personnel soignant

La fetite pille - mamie annie o ! plus bobo o ! plus dodo !

Le père - ma mouette rieuse ! tu as un cancer au niveau de l’utérus, là où tu as porté la vie deux fois ! cette grenade a métastasé dans le cervelet, dans les vertèbres lombaires, dans un ganglion

La fille - tous les endroits où tu dis avoir mal !

Le gendre - tu dois désactiver la grenade !

Le père - par apnée !

La fille - par apnée, maman !

Shakespeare - ma douce Ophélie, sors du noir ! entre dans la grande bleue ! dans le bleu du lac ! toi la magnifique aux cheveux rouges, voici les 24 roses rouges de notre mouette ! toi la magnifique en robe Mouette, voici les 24 roses blanches de la mouette ! va au profond de toi ! toi qui écoutes tant les autres et si peu toi ! écoute les mouettes criardes, les mouettes rieuses ! elles veulent te déchiqueter crue, vivante, toi, la mouette blessée ! fais la morte ! ma belle et pure Ophélie aux émanations d’amour ! elles détestent le silence !

(Ophélie entre dans sa 14° apnée ; une infirmière vient)

L’infirmière - dites-lui au revoir, elle est en train de partir

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! Merci !

(Ophélie est en apnée depuis une heure)

Le médecin réanimateur - votre épouse est décédée depuis une heure ! nous avons prévenu la morgue ! ils viendront la récupérer dans une heure !

Le père - veuillez nous laisser avec elle s’il vous plaît ! merci !

Le narrateur - Depuis le démarrage de l’apnée, tous, après une lente inspiration, retiennent leur souffle, ferment les yeux, s’immobilisent. Ils tiennent plus ou moins longtemps. La poupée Kitty fait entendre sa musique. L’épousée soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une grande violence, replonge, reste quelques minutes, hoquet très violent, elle crache du sang noir et fumant, elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’époux. Là bas, à Baklany, au Baïkal, en synchronicité avec ce qui se passe ici, la chamane Koulbertichova sort de son rêve lucide. Elle vomit du sang noir et fumant. Elle bave, éructe. Elle est trempée par la transpiration. Les sœurs Gorenko, koutouroutsouks de la chamane, qui vivent à Baklany, sont en nage aussi, elles vocalisent kouarr kriièh kouêk, le cri de la mouette abattue dans La Mouette et tombée sur la plage, la même ou une autre.

Le père - tu nous reviens ?... elle nous revient !

Shakespeare - Ophélie, ma douce Ophélie, reviens-nous ! ta chaise t’attend ! tu sais que l'eau veut détruire ton cerveau. Tiens ! voici le crâne de César ! Que devient César une fois mort et changé en boue, poussière et eau ? il pourrait boucher un trou et arrêter le vent du dehors. Oh ! que cette argile, qui a tenu le monde en effroi, serve à calfeutrer un mur et à repousser la rafale d'hiver !

Ophélie, toi qui distilles le sublime amour, tu n’es pas encore destinée à l’eau et à la poussière ! à devenir boue bouche-trou !

Hamlet est fasciné par la mort ! Mourir … dormir, rien de plus ... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir … dormir, dormir ! peut-être rêver !

Ce ne sera pas ton dénouement, Ophélie ! Ta chaise t’attend ! Reprends ta place !

Le narrateur - L’épousée ouvre les yeux, sourit. Le brancardier de la morgue arrive, trop tard, trop tôt. Le personnel médical est sidéré. Le médecin réanimateur annule le PV du décès.

Ophélie - kouarr kriièh kouêk

(tous poussent un profond soupir de soulagement, vocalisent kouarr kriièh kouêk, tous embrassent la mouette, se pressent sur elle ! bienvenue ! à Baklany, la chamane Koulbertichova danse, les sœurs Gorenko vocalisent)

Shakespeare (hurlant pour l’obtenir) - … Silence ! (puis chuchotant) … Le reste … c’est silence …

À Marrakech,

du 22 décembre 2010 au 18 janvier 2011, pour le 40° jour,

pour le voyage de l’âme de notre mouette, 24 roses rouges

pour le voyage de l’âme de la mouette, 24 roses blanches

Jean-Claude Grosse

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L'insolite traversée du Bateau Lavoir le 25 octobre 2015

27 Octobre 2015 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #écriture

imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
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imaginez: fin 1906, c'est sur ce mur, celui d'avant l'incendie de 1970 que furent peintes Les demoiselles d'Avignon / moni/amy/la nuit/
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aujourd'hui, ce blog a 11 ans

270 articles publiés (le blog est nettoyé, deux fois par an)

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deux Haïkus de Moni Grego pour mon anniversaire

Jean-Claude ne voit rien
n'entend rien
l'éternité le berce.
*
Le bus 67
est comme vide
sans Moni et lui...

L'insolite traversée du Bateau Lavoir

le dimanche 25 octobre 2015

Pourquoi est-ce que je me retrouve là, au Bateau Lavoir, ce dimanche 25 octobre 2015 en milieu de matinée grise ? Quels hasards m'ont conduit pour mes 75 ans, là, enfin ce qu'il en reste, rien, là où Pablo passa, il l'a dit, les années les plus heureuses de sa vie, de 1904 à 1909, là où il fêta pendant 6 ans, ses anniversaires, un 25 octobre ?

Il semble que l'expression insolite traversée qui a traversé mon esprit a été le déclencheur de la balade et de l'écriture. L'Insolite Traversée fut le nom de la compagnie de théâtre du fils disparu en 2001. Avant cette appellation, ce fut L'Insolite Traversée des Siècles.Traverser l'espace, traverser le temps, quels programmes ! Ces appellations, appels à voyager, du sur place au plus lointain, m'habitent et m'incitent aux coïncidences.

J'aime les coïncidences. Il suffit de les chercher et elles se rappliquent. C'est clair, tout est relié, des petites toiles d'araignée bien planquées dans les coins aux infinies chevelures des galaxies visibles de tous par ciel bien dégagé.
Pablo et moi, nous sommes reliés, liés. Quand je lève ma coupe, ses œuvres, ses portraits viennent me présenter leur audace et leur énergie créatrice.

Imagine. Années 1900. Un immeuble en dénivelé sur les pentes de Montmartre. Un immeuble en bois. Logements transformés en ateliers d'artistes. Le proprio faisait-il payer ou pas, négrier des artistes aux poches trouées ?

Imagine. Débarquent des Italiens puis des Espagnols, des Méditerranéens quoi. Sang chaud. Discussions sans fin sur la peinture, sur l'art. Disputes. Castagnes. Beuveries.

Le monde des artistes n'est pas un monde tendre. Monde de passions et de passionnés, de torturés torturant leurs instruments.

Monde de désordre. Quel bordel dans les ateliers de la plupart des artistes, un capharnaüm !Les plus géniaux, paradoxe, rangent, nettoient leurs pinceaux.

  • Je te dis que je ne suis pas là devant la toile pour reproduire le réel.

  • Et moi, je te dis que je ne suis pas là pour rester dans le cadre.

Le plus célèbre du Bateau Lavoir, le Pablo, né le 25 octobre 1889, un Scorpion de première, destructeur-créateur, sexe et vitalité, regarde-le sur les photos. Il pose, en short, poitrail découvert, jambes écartés, en position de lutte, pour intimider.

C'est dans cet immeuble en bois, labyrinthique, étouffant l'été, glacial l'hiver, que s'inventa le cubisme. Entre octobre 1906 et juillet 1907, Picasso peint Les demoiselles d'Avignon, œuvre inspirée par un bordel de Barcelone.

Les déracinés de Collioure, Derain, Matisse, inventeurs du fauvisme, comprennent vite que le Catalan, l'Espagnol est loin devant. Matisse essaiera de s'imposer. Cette confrontation à distance fera bouger les lignes, on va aller de révolution esthétique en révolution esthétique en quelques années.

Ce 25 octobre 2015, en milieu de matinée grise, je tente une insolite traversée de l'espace montmartrois, une insolite traversée du temps du Paris d'hier. Je sais que tout instant, tout présent passe, ne reviendra plus, never more. Je sais aussi depuis peu, que, tout instant, tout présent passé, il sera toujours vrai qu'il a eu lieu, vérité éternelle, for ever. Ce qui veut dire qu'indépendamment de nous, infalsifiable, incomparable, unique s'écrit un livre, métaphore, de notre naissance à notre mort, notre livre pour l'éternité. Ce livre de nos instants, de nos émotions, de nos sentiments, de nos pensées, fabuleux réservoir d'informations, d'énergies, de souffles, se disperse-t-il soufflé par d'autres souffles ? Quels brassages d'énergies et d'informations s'effectuent tout près de nous, très éloignés de nous, aux confins ?

Je me balade autour du Bateau Lavoir et le long des nouvelles coursives où se distribuent les nouveaux ateliers d'artistes, 25, depuis la reconstruction en béton, en 1978, de l'édifice détruit par l'incendie de 1970, la tête pleine de ces questions métaphysiques, l'esprit en éveil, prêt à capter ce qui pourrait se présenter comme intuition, évidence.

La topographie est stupéfiante.

À l'est, l'impasse Hors champs, d'Orchampt.

Au nord, l'impasse Beurk, Burcq.

À l'ouest, la pentue rue Garreau, Garrot avec l'entrée publique du Bateau Lavoir.

Au sud, la place Émile Goudeau, Godot. 5 bancs publics pour se bécoter, sandwicher. Les gens s'y installent, attendent, L'attendent. Moi, je ne vois rien, n'attends rien, je vis l'éternité d'une seconde Bleu Giotto, seconde après seconde.

Pentue, la place en pavés ne permet pas de danser le tango.

J'en ai une folle envie pourtant ce 25 octobre 2015 en pensant à l'épousée, disparue depuis déjà 5 ans mais si présente.

Ce coin de Montmartre, c'était donc, c'est toujours un coin tranquille, rural, champêtre en 1900, touristique en 2015. On y piétonne. Très peu de circulation. C'est reposant.

Au fond de Hors champs, la somptueuse maison où Dalida s'est suicidée.

Au début de Hors Champs, côté gauche, 4 ateliers d'artistes, vraisemblablement sauvés de l'incendie. Quel foutoir, confirmé par ce que l'on voit quand on descend le grand escalier extérieur, à l'intérieur du domaine au jardin privatif jouxtant le square Beurk où s'ébattent les enfants du quartier pendant que dans le jardin se disputent deux chats, habitués des lieux, pendant qu'une rose blanche se laisse faner sur sa longue tige.

Je n'arrive pas à imaginer le Bateau d'hier, à rencontrer les fantômes bien vivants qui ont vécu là. Picasso, Modigliani, Braque, Juan Gris, Utrillo, Matisse, Derain, Léger, Dufy, Van Dongen, Brancusi, le douanier Rousseau, Max Jacob, Apollinaire, Jarry, Radiguet, Gertrude Stein, Dullin, Mac Orlan, Marie Laurencin, Cocteau...

Ce n'était pas le temps de la parité et pourtant les femmes faisaient partie de ce monde de mecs, souvent très portés sur les parties de jambes en l'air. Certaines ont même été des muses, des inspiratrices.

Le bois est devenu béton.

Grilles, codes.

Portes des ateliers fermées.

Grilles des ateliers cadenassées.

Baies vitrées aux rideaux tirés.

Le Bateau Lavoir d'aujourd'hui sent le petit, le renfermé, le replié sur lui. L'impression d'inertie est pesante. Mais ce n'est qu'une impression. En rencontrant deux artistes dans leurs ateliers, je me rends compte que le Bateau Lavoir vit.

Imaginez ! le mur de la photo de couverture de l'article, vers 1906, avant l'incendie du Bateau Lavoir de 1970, c'est le mur où furent peintes Les demoiselles d'Avignon; nous sommes dans l'atelier du peintre François J. qui donne sur le jardin intérieur; belle lumière par la grande baie vitrée; François J. me prête Picasso au Bateau Lavoir de Pierre Daix; nous n'avons pas oublié Pablo quand nous avons fêté les anniversaires, lui étant né le 25 octobre 1889

Ce 25 octobre 2015, en milieu de matinée grise, je me dis : tu as eu raison, le hasard aidant, les coïncidences t'y incitant, à transhumer de la Méditerranée à la Butte Montmartre avec tes livres pluriels, avec les auteurs vivants qui ont écrit dedans, avec les lecteurs prêtant leurs voix aux textes.

Nous avons ouvert le Bateau Lavoir pendant 5 jours de transhumance.

Grilles ouvertes, entrée libre.

Les gens nous ont suivi dans la salle d'exposition aux murs d'un blanc qui pète à la gueule.

Sur le sol gris de la salle d'exposition, nous avons déposé les noyés du cimetière marin qu'est devenu la mare nostrum.

Pendant 5 jours, ils ont trouvé refuge au Bateau Lavoir et nous avons dit, pour eux, leur refus de crever dans les guerres de là-bas.
L'art a-t-il encore une place au Bateau Lavoir ?

Le soir, vers 21 H, dans un restaurant d'autoroute, à Beaune

lu sur une assiette un artiste est un mouton qui sort du troupeau;

c'était mon assiette d'un soir à Beaune; j'ai mis du temps à me rendre compte qu'il y avait une inscription sur le pourtour de l'assiette; s'offrait à moi cette formule, le jour de mon anniversaire; ce n'est pas moi qui avais choisi l'assiette mais l'assiette qui m'avait choisi; dès qu'on veut les voir, les coïncidences rappliquent pour nous signaler que tout est relié.

Jo Cassen Un artiste est un mouton, quelquefois enragé, qu'il en soit ou y aspire, à rejoindre le troupeau, le plus souvent, c'est le troupeau qui le rejette.... Comme tous les troupeaux... états amorphes tétanisés.

Jean-Claude Grosse oui, ça peut se lire ainsi aussi

Déroulement de la Transhumance

au BATEAU-LAVOIR

6 rue Garreau, métro Abbesses

entrée libre

MARDI 20 OCTOBRE

16 h. - Exposition : œuvres d’Aïdée Bernard et couvertures chauffantes personnalisées de Marc Israël-Le Pelletier.

- Exposition/Vente des livres pluriels édités par Les Cahiers de l’Égaré.

- ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de Moni Grégo. De Picasso à Max Jacob, de Gertrude Stein à Mac Orlan, et tous ceux qui hantent le Bateau-Lavoir… être artiste : grâce ou malédiction

19 h.

À la mémoire des noyés du Cimetière Marin « Mare nostrum »

choix des textes : Gérard Lépinois, mise en espace : Philippe Chemin.

Auteurs lus : Gérard Lépinois, Marina Damestoy, Carlos Franqui, Moni Grégo, Claudine Vuillermet, Jean-Claude Grosse, Didikeulalie Didika Koeurspurs

Textes lus par : Katia Ponomareva, Benoît Rivillon, Claire Ruppli, Jeanne Chemin, Brigitte Saussard, Philippe Chemin (15 mn)

« Refus Refuge » texte sur les migrants de Marina Damestoy

Lu par : Claire Ruppli, Benoît Rivillon (15 mn)

Projection d'un extrait de film, le show Falstaff by Orson Welles (6 mn)

Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Envies de Méditerranée » : fragments de 4 mn des textes de : Marcel Conche, Moni Grégo, André Morel, Pauline Tanon, Danielle Vioux.

Lus par : Moni Grégo, Katia Ponomareva. (20 mn)

MERCREDI 21 OCTOBRE

16 h. - ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de Jean-Claude Grosse. « L’insolite traversée du Bateau-Lavoir ».

19 h. - Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Marilyn après tout » : fragments de 4 mn des textes de : Aïdée Bernard, Gilles Cailleau, Dasha Kosacheva, Marcel Moratal, Benjamin Oppert.

Lus par : Moni Grégo, Claire Ruppli.

Projection d'un extrait de film, scène finale du Quichotte de Wilhelm Georg Pabst (8 mn)

- Performance Et puis après j'ai souri : Rosalie Barrois et Katia Ponomareva.

JEUDI 22 OCTOBRE

16 h. – Débat « Les artistes et l’argent » animé par Moni Grégo.

19 h. - Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Diderot pour tout savoir » : Les 6 suites Diderot avec la série de portraits de Diderot de Van Loo.

Lus par : Marc Israël-Le Pelletier, Benoît Rivillon, Moni Grego

Projection d'un extrait de film, the impossible dream d'Arthur Hiller (8 mn)

VENDREDI 23 OCTOBRE

19 h. -

Jean-Claude Grosse présente le livre pluriel « Cervantes Shakespeare » : fragments de 4 mn des textes de : Julien Daillère, Sabine Mallet, Benoît Rivillon, Claire Ruppli, Claudine Vuillermet.

Lus par : Claire Ruppli, Benoît Rivillon.

Projection d'un extrait de film, Quichotte de Grigori Kozintsev (6 mn)

- Performance : Slams par Shein B dont un slam sur le 17 octobre 1961

SAMEDI 24 OCTOBRE

16 h. - ATELIER D’ÉCRITURE sous la direction de René Escudié « Anniversaires » et Henri Gruvman "Rêveries sur les paysages du Douanier Rousseau"

19 h. –

Projection d'un film de Henri Gruvman, Bol de jour suivi d'un texte d'Henri Gruvman (15 mn)

Lectures buissonnières de René Escudié dont Cépages (15 mn)

« Versailles découverte » film de Philippe Chemin (20mn)

19 h 50

- Performance : « Moni and Amy women in black » Hommage à Amy Winehouse par Moni Grégo. Images : Laurence Gaignaire (10 mn).

20 H 15 - Soirée de clôture pour les anniversaires de : René Escudié, Jean-Claude Grosse, Henri Gruvman et Pablo Picasso.

Transhumance est une manifestation initiée par Les Cahiers de l'Égaré et la filiale Méditerranée des Écrivains Associés du Théâtre, avec le soutien à une faible majorité du CA des EAT (décision du 7 octobre: paiement des droits d'auteurs)

Bilan :

ateliers d'écriture : 4 ateliers dont un à quatre mains, 6 participants en moyenne

sous la direction de Moni Grego : « De Picasso à Max Jacob, de Gertrude Stein à Mac Orlan, et tous ceux qui hantent le Bateau-Lavoir… être artiste : grâce ou malédiction ? »

sous la direction de Jean-Claude Grosse. « L’insolite traversée du Bateau-Lavoir » et « Lettre d'imprécation aux prédateurs, charognards et salauds de toutes espèces dont nous, complices et soumis, responsables du désastre en cours d'achèvement »

sous la direction de Henri Gruvman. « Rêveries sur les paysages du Douanier Rousseau » et sous la direction de René Escudié. « Anniversaires ».

textes lisibles sur le site des écritures nomades

http://ecrituresnomades.weebly.com/

débat sur l'argent et les artistes : 15 participants, débat très animé et argumenté, sans solutions dans une situation difficile où les luttes bien qu'existantes ne trouvent pas d'issues politiques ; parmi les présents le directeur de la communication du PCF et un représentant de Cassandre

exposition : œuvres d'Aïdée Bernard et couvertures de Marc Israël-Le Pelletier ; expo visitée par des gens du quartier (une dizaine) plus les spectateurs des soirées

visite de deux ateliers de peintres du Bateau Lavoir : Claire et François

soirées : le 20, 40 personnes, le 21, 22, le 22, 13, le 23, 22, le 24, 80 soit 177 participants ; à noter, la présence de la vice-présidente des EAT, d'un membre du CA des EAT, du responsable de la revue Cassandre, d'une dizaine d'auteurs EAT

40 textes d'auteurs vivants lus; 34 Cahiers de l'Égaré, 9 collection privée du Capitaine vendus.

merci, grand merci à tous ceux qui ont participé à cette aventure, en particulier à Marc Israël-Le Pelletier, notre référent pour l'accès à la salle d'exposition du Bateau Lavoir.

L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
L'insolite traversée du Bateau Lavoir  le 25 octobre 2015
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Voyage à Nantes pour Marilyn

24 Février 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #voyages, #pour toujours

la liquide Laetitia Casta, la BB du film Gainsbourg (Vie héroïque) de Joaan Sfar avec Eric Elmosnino

le mémorial de Nantes

  Mon voyage à Nantes

 

Parti le 17 février 2013 en début d'après-midi de Toulon, avec le soleil, je suis arrivé vers 22 H chez Anne de Bretagne, nom de la chambre d'hôte que j'avais choisie, bien placée dans le Vieux Nantes, proche de tout ce qu'il faut voir. Des prospectus divers m'attendaient que j'ai consultés, prenant vite mon parti de découvrir la ville, le nez aux vents. Pendant les 4 jours passés à Nantes, le soleil fut au rendez-vous mais aussi le froid, de plus en plus marqué ou ressenti.

J'ai marché en moyenne 6 heures chaque jour, tantôt dans la ville et ses quartiers, tantôt sur les bords des rivières baignant Nantes, la Loire et l'Erdre en particulier. Pas de bateaux pour descendre l'estuaire. Donc découverte circonscrite à 5-6 kilomètres de mon point d'hébergement.

La lecture des prospectus validés par les affaires culturelles de la ville est édifiante. On distingue deux sortes de parcours, patrimoniaux, événementiels. On nous invite à voir le quai Turenne, le quai de la Fosse, la rue Kervegan. On y voit les maisons penchées des armateurs, ceux qui ont fait leur fortune sur le bois d'ébène.

C'est le 25 mars 2012 que le mémorial de l'abolition de l'esclavage a été inauguré, conçu par l'artiste polonais Krzysztof Wodiczko et l'architecte argentin-américain Julian Bonder (6,9 millions d'euros). On a le nom de tous les bateaux (1710), le nom de tous les comptoirs (290), les dates d'expédition, on a des panneaux inclinés à 45° avec le mot Liberté en une cinquantaine de langues sur 90 mètres. J'étais seul, les deux fois où j'ai visité. C'est un parcours méditatif est-il dit, qui suppose donc d'être seul. Ça ne doit pas être souvent le cas. Pas une image de nègre, pas un nom de nègre : n'existaient pas, crevaient avant d'arriver et s'ils débarquaient, quel sort ! En tout cas, merci à Christine Taubira pour la loi du 21 mai 2001. Et bravo à Nantes Métropole pour cette réalisation qui a demandé 3 ans.

Pour Wodiczko et Bonder, « la conception du Mémorial procède de deux gestes fondamentaux, dévoilement et immersion, qui ensemble serviront à créer une expérience à strates multiples, en profondeur, grâce à laquelle les visiteurs pourront découvrir et interpréter les diverses dimensions d’une histoire qu’ils croyaient déjà connaître. » « Ce Mémorial (…) s’inscrit dans une double perspective. D’un côté, il est tourné vers une ville située au bord de l’estuaire de la Loire, situation marquée, soutenue pour ainsi dire, par des quais massifs, lesquels sont interrompus aux endroits où le fleuve a été comblé. D’autre part, il est lié à la mer, véhicule du commerce triangulaire (…) Les marées de l’estuaire apporteront un élément dynamique supplémentaire à la conception du Mémorial. » « La transformation d’un espace aujourd’hui « vide » en « passage » permettra d’entrer en contact, du côté terre comme du côté mer, avec le sol même de la ville de Nantes. Les visiteurs du Mémorial descendront eux-mêmes « vers la mer » par un passage longeant le quai du XIXe siècle, et se trouveront par endroits quasiment enfermés dans des sous-structures du XXe siècle rappelant l’extrême confinement du transport maritime. Ces espaces découverts ou nouvellement créés communiqueront également au visiteur la force émotionnelle de l’emprisonnement implicite et explicite dans le logement et le transport des esclaves. Une immense plaque de verre inclinée à 45°, comme jetée au travers du Mémorial, célèbrera la grande rupture que représente l’abolition de l’esclavage. Ce passage souterrain sera le cœur du Mémorial ». C’est conceptuel comme il se doit et je dois éprouver les émotions annoncées, en toute liberté bien sûr.

Après le patrimoine nègres (on doit imaginer leurs conditions de survie à bord de L’Égalité ou Le Nègre), le patrimoine constructions navales. Ce que le prospectus Laissez-vous conter Nantes appelle L'essor du port de commerce (13°-17° siècles) – Une ville bourgeoise et ouvrière (19°-20° siècles). Patrimoine industriel mais rien sur les ouvriers des chantiers navals nantais vivant et travaillant dans des conditions insalubres, rien sur leurs luttes et pourtant il a dû y en avoir. Un film évoque un peu une lutte, Une chambre en ville de Jacques Demy, qui a donné son nom à la médiathèque, tourné en 1982. Nantes, 1955. Les chantiers navals sont frappés par une grève. Dans la rue, les ouvriers s'opposent aux C.R.S. Aux premières lignes, François Guilbaud, ajusteur-outilleur, qui manifeste avec son camarade Dambiel, Les forces de l'ordre obligent les manifestants à se disperser. François regagne la chambre que lui loue Mme Langlois. Celle-ci bouscule un peu son locataire mais lui porte une grande affection. Cependant, elle lui interdit de recevoir des jeunes filles dans sa chambre, et François est obligé de voir sa fiancée Violette à l'extérieur. Violette est vendeuse dans un grand magasin et aimerait bien que François se décide à l'épouser. Mais le jeune homme hésite du fait qu'il est sans le sou et surtout parce qu'il ne pense pas avoir de sentiments assez forts pour Violette. Entre temps, il va faire la connaissance d'Édith (la fille de Mme Langlois), laquelle est très perturbée par son récent mariage avec Edmond. Ce dernier est brutal et jaloux, et Edith ne cesse de fuir le domicile conjugal pour aller se confier à sa mère. Edith apprend a sa mère qu'une voyante lui a prédit un grand amour avec un ouvrier métallurgiste, et lorsqu'elle rencontre par hasard François et qu'il lui dit être ajusteur, Edith sent que l'homme de sa vie est enfin arrivé ! François et Edith connaissent une nuit de passion, mais lorsqu'elle retourne au magasin de son mari, Édith manque de se faire assassiner par Edmond. Finalement, celui-ci se suicide devant elle. Édith n'a plus qu'à retrouver François chez sa mère, mais le destin a encore frappé : François a été mortellement blessé lors d'une nouvelle manifestation de rue. Il meurt devant Edith et celle-ci se donne également la mort pour rejoindre celui qu'elle avait décidé de ne plus quitter.

 

En clair, les parcours patrimoniaux, ça montre ce que les riches ont arraché de la sueur et du sang des exploités. Restent leurs châteaux du bord de l'Erdre, leurs maisons cossues, le passage Pommeraye pour s'y rencontrer et montrer. Mais pas traces du monde du travail.

On me dit qu'au musée du Château des ducs de Bretagne… avec un billet à 8 euros ou un pass … Las, deux musées sont en travaux pour plusieurs années. La ville est d'ailleurs en chantier, à l'île Feydeau, place du Commerce, place Graslin. Un système impressionnant de bus, de busways, de tramways. Tout est fait pour décourager la reine déchue : j'ai vu les PV pleuvoir sur les automobilistes mal garés. Résultat : peu de voitures circulent, obligées de faire des détours pour contourner les voies ferrées et peu de gens dans les rues sauf les quelques artères et places commerçantes. Presque une ville morte alors que l'offre artistique est importante, que les librairies sont nombreuses, que c'est de toute évidence une ville d’art et de lecture, que des coins sont ravissants comme l'île Versailles, le Jardin des Plantes. Quelques monuments commémorent des morts, ceux des deux guerres mondiales près de la Préfecture, les 50 otages fusillés par les nazis en représailles à l’assassinat d’un officier allemand, Karl Hotz.

 

J'ai profité des librairies pour trouver Mai 68 - Nantes et La retraite en chantant, éditions de la librairie Coiffard de Nantes, ne trouvant aucun recueil des paroles des chansons consacrées à Nantes, nombreuses (la sublime Nantes de Barbara, écrite en 1963 avec la rue imaginée de la Grange-au-Loup, inaugurée en 1986). Je me rappelais, très investi que j'avais été dans 68, que c'est à Nantes qu'avait eu lieu la première occupation d'usine dès le lendemain du 13 mai 1968 et que ça avait été une traînée de poudre jusqu'à la paralysie du pays par la grève générale. C'était à Sud-Aviation et un des leaders de cette occupation s'appelait Yvon Rocton, une figure du syndicalisme de classe, secrétaire du syndicat FO de Sud-Aviation, trotskyste par ailleurs, décédé en 2008. Une autre figure, plus complexe, plus sulfureuse, celle d'Alexandre Hébert, secrétaire de l'UD 44 CGT FO de 1948 à 1992, décédé en 2010.

Inutile de demander aux patrons des Machines de l'Île ou du Voyage à Nantes Estuaire (la grande fabrique à événements pérennes ou éphémères le long de l'estuaire de la Loire), de faire lien avec  l'histoire du mouvement ouvrier nantais ou avec le passé négrier des bourgeois de la ville. Le chef du projet culturel Le voyage à Nantes est aux ordres et au service de ceux qui le subventionnent. Il doit attirer les touristes en masse, venus du monde entier par le futur aéroport de Notre-Dame des Landes, en pleine zone humide.

La folie des grandeurs a atteint les édiles de Nantes Métropole et leurs serviteurs de service public. La plaquette Estuaire est explicite. On y lit : Le voyage à Nantes est une société publique locale qui développe un projet culturel pour la promotion touristique de la destination Nantes Métropole. Son actionnariat (sic) rassemble… Et ça marche. Les folles journées de Nantes de fin janvier-début février attirent les foules.

Pendant ce temps, un chômeur s'immole par le feu devant Pôle emploi de Nantes, un père de famille s'installe sur la grue Titan jaune de l'Île de Nantes pour obtenir de voir son fils (en fait, il semble que ce soit un coup d'éclat médiatique d'une association réactionnaire pro-masculiniste; heureusement, il y a des veilleurs, des guetteurs et des alerteurs). « J’ai une émotion toute particulière pour ce drame et pour la famille du chômeur qui s’est immolé », a déclaré le Président de la République. « Ce geste désespéré est le signe de la détresse d’une personne et donc de la gravité d’une situation. » « Le service public de l’emploi a été exemplaire et nul besoin d’aller chercher des responsabilités. » « Quand il se produit un drame personnel, c’est aussi un questionnement à l’égard de toute la société. » À retenir, non ? Faut vite éteindre l'incendie possible. Mais la France n'est pas la Tunisie. On a à Nantes l'Éléphant de La Machine qui nous asperge avec sa trompe (ça dit quelque chose, n'est-ce pas ?) : ça trompe énormément ce qui est Royal et de Luxe.

 

L'île de Nantes est le lieu du patrimoine naval, fermé en 1986. Comme les chantiers de La Seyne-sur-Mer, fermés en 1989. La disparition de nombreux sites industriels a donné l'idée des friches d'artistes. À Marseille, la Friche Belle de Mai. À Nantes, les machines de l'île de François Delarozière et Pierre Orefice (atelier de fabrication, galerie d'exposition) dont le fameux éléphant. Le Lieu Unique est implanté depuis le 1° janvier 2000 dans l'ancienne fabrique LU. Voici leur présentation, j'entends les fanfares des fanfarons :

Scène nationale de Nantes, le lieu unique est un espace d’exploration artistique, de bouillonnement culturel et de convivialité qui mélange les genres, les cultures et les publics. Son credo : l’esprit de curiosité dans les différents domaines de l’art : arts plastiques, théâtre, danse, cirque, musique, mais aussi littérature, philo, architecture et arts gustatifs.
Lieu de frottements, le lieu unique abrite à côté de ces espaces dédiés à la création, un ensemble de services : bar, restaurant, librairie, hammam, crèche, une boutique “d’objets d’artistes et de l’air du temps” où l’indispensable côtoie l’introuvable… Et la Tour LU se visite, offrant une vue imprenable sur la ville ! 550 000 passages et plus de 100 000 spectateurs pour les activités artistiques.
Visitez sans faute les WC, c'est le plus du plus.

Combien coûtent de telles installations, de telles friches, cette folie de la culture dans la rue ou sur l'eau pour badauds ? On doit à Jean-Luc Courcoult (Royal de Luxe) une merveille du Voyage à Nantes Estuaire, La Maison penchée dans la Loire, même pas quai de la Fosse.

À LU, on m'a dit que je ne pouvais filmer, droit à l'image. Or aucune affiche ne l'indiquait : j'ai filmé. Mais j'ai vu ailleurs des indications disant qu'il fallait demander l'autorisation pour le droit à l'image. Décidément ces artistes au goût du jour ne perdent pas le sens du portefeuille.

Laissons cette culture de masse pour touristes rassasiés pourrir sur pieds comme Lunar Tree de MRZYK et Moriceau.

 

Mon voyage à Nantes n'avait pas pour objectif de me mettre dans le sillage du Voyage à Nantes de Jean Blaise. J'étais venu pour la soirée On a tous en nous quelque chose de Marilyn, organisée par Françoise Thyrion et Michel Valmer de la salle Vasse, lundi 18 février à 20 H 30, avec le soutien des EAT Atlantique. Le livre Marilyn après tout que j'ai édité aux Cahiers de l'Égaré était au coeur de la soirée. Merci aux artistes pour la qualité, la générosité, la convivialité et pour l'ambiance électrique et attentive. 70 personnes ont écouté et applaudi une vingtaine de textes dits intégralement plus deux chansons a cappella de Marilyn, reprises en choeur et une improvisation désopilante et  interactive de Marilyn elle-même, enfin peut-être. Les textes ont été choisis par la compagnie Azimut et les amis de Vasse soit 22 personnes. Ont été lus les textes de Pascal Renault, Frédérique Renault, Diana Vivarelli, Monique Chabert, Marcel Moratal, Denis Cressens, Moni Grego, Roger Lombardot, Simone Balazard, Benjamin Oppert, Yolands, Gilles Cailleau, Alain Pierremont, Anne-Pascale Patris, Shein Baker, Noëlle Leiris, Dominique Chyssoulis, moi-même et Michel Valmer a lu deux textes écrits pour la circonstance, l'un par Michel Lhostis, l'autre par Françoise Thyrion

 

Le mardi soir, je suis revenu salle Vasse pour deux lectures.

Un texte de Marcel Zang, L'un et l'autre, la queue et le trou, écriture pulsionnelle ou inspirée (je pense à la transe de Rainer Maria Rilke écrivant sous la dictée les premiers vers des Élégies à Duino), une tentative-tentation de penser sans mettre la raison en premier, texte dense, poétique, rythmé, tentant de saisir l'insaisissable, l'impossible fusion de deux en un, du trou et de la queue.

Un texte de Sandrine Roche, 9 petites filles, écrit à partir d'ateliers d'écriture. On retrouve les peurs des petites filles, leurs fantasmes (viol, inceste), leur cruauté aussi. La lecture à 5 voix, 4 voix de femmes pour les situations distribuées de façon aléatoire et 1 d'homme pour les didascalies sur les mouvements des corps (coups, chutes …) était chorale, percutante, sensible. Je visualisais les situations, j’étais hermétique à comment les corps décrits réagissaient.

Les deux textes avaient du provocant, du dérangeant en eux. Et c’est mieux que le ronron. La discussion qui a suivi dans le hall de la salle Vasse a été intéressante, révélant la démarche de l'équipe de direction, Françoise Thyrion, Michel Valmer.  Les petits fascicules édités aux éditions du petit véhicule disent le projet : donner à voir, à sentir, ressentir puis accompagner par la parole et l'écrit, traces donc.

La salle Vasse, un ailleurs poétique, est un théâtre, un beau théâtre moderne de 340 places, datant de 1886 et portant le nom d'une comédienne célèbre dans l'entre deux-guerres, Francine Vasse, (j'ai trouvé un livre rare de 1944,  édité à Nantes, De la scène à la Loire, petite suite poétique, écrit par elle et illustré par Bernard Roy) donne sur le lycée Guist'hau qui a des sections consacrées aux arts du spectacle, (cinéma, théâtre, régie son ou lumière). On comprend les liens tissés avec ce lycée mais aussi avec l'université, d'autres écoles et lycées. L'équipe a le souci de préparer les futurs acteurs et spect'acteurs. On note en regardant le programme, la forte présence des écritures d'aujourd'hui, mises en scène ou lues. Je ne pouvais que me sentir bien dans cet environnement exigeant qui a à son actif, 35000 spectateurs sur l'année. Autres caractéristiques de l'équipe dirigeante, les rapports entre théâtre et sciences (Le théâtre de sciences de Michel Valmer a été publié par les éditions du CNRS en 2006). Et l'intérêt concomitant depuis des années pour Diderot. Ce qui ne sera pas sans effet sur le projet Diderot 2013 initié par les EAT Méditerranée et ouvert à l'ensemble des EAT (36 contributeurs à parité F/H)

 

Pas de voyage sans rencontres inopinées ou provoquées. Ce voyage m'a permis de rencontrer Yvon Quiniou qui a coordonné le livre Avec Marcel Conche que j'ai édité en 2011 aux Cahiers de l'Égaré. Beau moment et belle discussion sur Marx, le Retour à Marx, titre de son dernier livre chez Buchet-Chastel. Nous avons pris la passerelle Victor Schoelcher pour nous rendre au Palais de justice conçu en 2000 par Jean Nouvel, édifice impressionnant. Son architecture simple exprime la force, vertu de la justice, et utilise la transparence par de grandes parois vitrées, autre nécessité de la justice. La couleur extérieure dominante est le noir. Jean Nouvel a utilisé, dans un style moderne, les formes classiques du péristyle et des colonnes. Puis nous avons parcouru l'île de Nantes en regardant les 18 anneaux dans leur alignement ou à travers chacun, fenêtre sur la Loire et la rive opposée, de Daniel Buren et Patrick Bouchain. De la grue Titan jaune à la grue Titan grise par le hangar à bananes, le quai des Antilles en passant devant boutiques et restaurants pour finir au Cargo avec vue sur Trentemoult, l'ancien village de pêcheurs devenu bobo et où je me suis rendu le jeudi par grand froid et navibus pour voir Le Pendule de Roman Signer et déjeuner d'une choucroute de la mer au restaurant La Civelle.

 

Rencontre inopinée vers 19 H 30, le mercredi 20 février, au bord du canal Saint-Félix, avec Laetitia Casta. Je me trouve là par hasard après avoir échangé avec deux étudiantes russes à la Brasserie du Château. Me penchant sur l'eau, je suis happé par l'image mouvante, émouvante d'une nymphe. Installation intitulée Nymphéa de Ange Leccia. Je suis seul et heureux de l'être, les Nantais ignorant malgré la communication abondante que ça existe. Je profite donc pendant une quinzaine de minutes de ce tête-à-tête avec une nymphe que je saisis à travers l'écran de mon camescope. C'est une curieuse expérience que de mettre entre soi et l'autre un appareil. On voit autrement, en détail. Et j'imagine la mouette à tête rouge faisant la nymphe.

 

Dernière rencontre, celle de l'ancien responsable du fond théâtre de la médiathèque de Saint-Herblain, Bernard Bretonnière. Beaux échanges avec un connaisseur, qui plus est, des Cahiers de l'Égaré. Je lui dois la découverte éblouie de Marc Bernard : La mort de la bien-aimée, (L'imaginaire Gallimard 1972), Au-delà de l'absence,(L'imaginaire Gallimard 1976) dévorés lors du voyage retour. À l'aller, c'est avec Le goût de vivre de Comte-Sponville que j'avais voyagé. Grâce à lui aussi les Huit monologues de femmes de Barzou Abdourazzoqov, chez Zulma 2013. Et pour finir parce que la salle Vasse en a organisé une lecture le 18 décembre 2012, par Michèle Laurence et Françoise Thyrion, lecture suivie d'une discussion et d'une livraison du Petit véhicule, Je me souviens de demain, la Lettre à Zohra D. (Flammarion 2012) de Danielle Michel-Chich. J'avais échangé à ce propos vers la mi-décembre 2012 sans connaître le texte avec Simone Balazard que je vais lire très vite.

Cher Jean-Claude,

J'ai regardé les enregistrements des débats de La Criée à Marseille sur l'indépendance de l'Algérie entre Zora D. et BHL, que tu as envoyés suite à l'annonce de la lecture à Nantes.

Zora D ( qui a été ma condisciple au lycée Fromentin de la sixième à la terminale, et, dans une autre section que moi - droit pour elle - philo pour moi - à l'Université d'Alger) donne un exemple remarquable de langue de bois du parti au pouvoir en Algérie.

Le plus drôle, dans le genre humour noir, c'est que c'est l'enseignement français qui a formé ces esprits plus faux que moi tu meurs.

Simone

 

Bonjour Simone,

je suis d'accord avec la langue de bois; on en a deux en fait, celle de Zora D. et celle de BHL

l'une, Zora D., reste dans le référentiel d'il y a plus de 50 ans, nous étions des résistants comme vous pendant l'occupation, grand écart entre votre armement d'occupant et nos moyens d'occupé; c'est l'argumentaire des Palestiniens du Hamas et à une époque aussi du Fatah ... et de tout un tas d'autres groupes s'abritant derrière un certain usage dévoyé de l'Islam à moins que l'Islam soit potentiellement fasciste ou au moins fascisant

l'autre, BHL, utilise le référentiel d'aujourd'hui, le terrorisme, sachant que le combat contre le « terrorisme » prend toute sa dimension après le 11 septembre 2001 et que ce sont les USA de Bush qui déclarent la guerre au « terrorisme », à l'axe du mal; Obama reste sur cette ligne et toutes les démocraties suivent, (démocratie=paravent de l'exploitation capitaliste sans grande repentance depuis deux siècles et aujourd'hui encore plus qu'hier) et il utilise massivement des drones pour éliminer sans contrôle

c'est pour ça que j'ai donné tous les liens car il y a des points de vue différents, des témoignages différents (sur le Milk Bar, sur Guelma, sur la peine de mort en Algérie, voir la vidéo de 1'42)

http://youtu.be/d3QsItnkYAM

il serait intéressant de connaître le contenu de la lettre à Zora D qui sera lue à Nantes

j'espère qu'elle n'est pas celle de quelqu'un qui sait la vérité mais de quelqu'un qui se pose des questions même si elle a perdu une jambe et perdu sa grand-mère.

terrible ce que je dis

Jean-Claude

 

à propos de l'Algérie 50 ans après 1962

avec Zorah Drif et BHL à Marseille le 1° avril 2012   (il y  eut aussi les 30 et 31 mars)

7 vidéos de 14' environ

http://youtu.be/6ZM0wORyHho

http://youtu.be/b03SFMduavE

http://youtu.be/IEfU-y_xb3I

(ici BHL parle de la bombe du 30 septembre 1956 posée par Djamila Bouhired et Zohra D.)

http://youtu.be/hUjukS_yj6k

(ici Zora D. répond)

http://youtu.be/G--NbW3zy24

http://youtu.be/CARKq0LwGPs

http://youtu.be/9dUwK2GhDKQ

 

à comparer avec

http://babelouedstory.com/ecoutes/milk_bar/milk_bar.html 

http://babelouedstory.com/ecoutes/nicole_guiraud/nicole_guiraud.html

 

et cette séquence sur la défense de Djamila Bouhired par Jacques Vergès

http://youtu.be/Cwehv4JI86I

http://youtu.be/d3QsItnkYAM

http://youtu.be/juw9FSIniCY

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2680

http://blogs.mediapart.fr/blog/benjamin-stora/280408/setif-guelma-de-la-tragedie-aux-massacres-epouvantables

http://www.algeria-watch.org/fr/article/div/livres/reggui.htm

http://blogs.rue89.com/balagan/2009/02/13/histoire-de-famille-et-de-guelma-massacres-oublies-89112

 

Le 14 mai 1968, Yvon Rocton fait voter la grève totale à Sud-Aviation Nantes: premiere occupation d'usine
Par Christian GAUVRY

FENIOUX (Deux-Sèvres), 17 avril 2008(AFP) - 40 ans après, le syndicaliste et trotskiste Yvon Rocton, 70 ans, reste fier d'avoir fait voter la première occupation d'usine de mai 1968, celle de Sud-Aviation, par plus de 2.500 salariés qui ont séquestré leur patron pendant près de deux semaines.
La moustache fière et les bretelles bien en place comme en 1968, Yves (dit Yvon) Rocton n'a rien perdu de sa fougue. Entré à l'usine Sud-Aviation de Bouguenais (sud de Nantes) en 1956, il a pris en 1964 la tête de la section Force Ouvrière du site, largement minoritaire.
En mai 1968, l'entreprise qui compte 13 établissements connaît une crise sans précédent depuis quatre mois.
Alors que des grèves tournantes se multiplient, Yvon Rocton prône la mise au vote de "la grève totale" qu'il va obtenir le lendemain de la manifestation nationale du 13 mai.
« La décision s'est prise dans les WC, à trois représentants syndicaux: FO, CGT, CFDT, ils m'ont dit : Ok Rocton tu soumets au vote la grève générale. »
Il était 16h30 ce 14 mai. Lors d'une assemblée générale rassemblant environ 2.500 des 2.800 salariés, l'occupation immédiate de l'usine est votée "en dix minutes".
"L'ambiance est électrique, ça fait plusieurs mois que ça dure, les gars en ont ras le bol de faire des grèves qui ne marchent pas", se souvient Yvon.
La peur de l'intervention des forces de l'ordre a duré 48 heures, "on était isolé...". Mais, le 15 mai, le site de Renault à Flins (Yvelines) se met aussi en grève. "Quand Renault est parti, on savait que c'était bon".
Les rares femmes travaillant dans le site quittent les lieux. Les hommes s'organisent pour tenir un siège. Ils se répartissent dans 27 postes et installent des cabanes de fortune et des cartons de machine à laver en guise de couchettes.
"Les ouvriers de mon âge revenaient d'Algérie, et dans le djebel qu'est ce que c'est, sinon des cabanes d'occupation ? On a occupé l'usine comme un camp militaire", résume le syndicaliste. Il se souvient d'avoir vu "des fusils à l'usine, et pas qu'un".
"Les gars jouaient à la belote, à la pétanque mais on n'allait pas dans les ateliers. Il n'y a pas eu de détérioration", précise Yvon.
Un service d'ordre est créé. Les ouvriers, comme le directeur de l'usine et ses cadres, ne peuvent sortir du site. "Au bout de 10 à 15 jours il y a eu quelques souplesses: on faisait comme à l'armée, il y avait des permissions", note-t-il.
Une quinzaine de jours après le début du conflit, le directeur de l'usine est renvoyé dans ses foyers et, le 13 juin, la reprise du travail est votée à une courte majorité.
"On a sauvé l'usine et obtenu la plupart des revendications. De ce point de vue, on ne s'en est pas mal tiré. Mais, sur le contexte général, nous n'étions pas très contents: avec une puissance de grève comme on avait, on a fait reprendre les mecs d'une manière ridicule", regrette Yvon. "Ca avait un goût amer".
Yvon Rocton est parti à la retraite en 1995, après 13 avertissements de sa direction et deux mises à pied, notamment pour "manquements graves à la discipline".
Aujourd'hui, le syndicaliste n'a rien perdu de ses convictions: il milite encore au Parti des Travailleurs.

 

Yvon Rocton raconte son mai 1968, 30 ans après, en 1998 

Yvon Rocton raconte à Braudeau une vie de militant et, pour 68, comment il a combattu la tactique des grèves tournantes de la CGT. Il rappelle le «cinquième plan quinquennal, qui prévoyait 15 000 licenciements dans l’aéronautique, Rochefort en tête et ensuite Nantes. Nous, on était pour une grève générale, contre I'avis de la CCT et de la CFDT. Il a fallu les événements étudiants et le 13 mai pour qu'on y arrive». Une fois la grève partie, «pendant quarante-huit heures, on a eu la trouille, on ne savait pas si on n'allait pas rester tout seuls. Le lendemain, à Paris, la Sécu nous a suivis. Et puis Renault a embrayé, l'appareil du Parti communiste a reculé». Mais, note Braudeau, Yvon Rocton «se défend d'être un boutefeu, il ne fait que sentir le mécontentement des travailleurs: « On ne déclenche pas, on aide. On organise la grève ensuite, pour associer tout le monde, ne pas couper les grévistes des têtes du syndicat. On dit : les meneurs, les meneurs ! Il y a des gars qui ont les idées claires, mais si les gens ne sont pas prêts, bonjour l'Alfred !».
Les résultats ? Un accord société signé en 1970, condamné par la CGT et la CFDT, qui a permis, note FO, «d'améliorer sensiblement la situation salariale dans les usines Aérospatiale» et qui se solde aujourd'hui (en 1998) par «30% d'écart de salaire avec d' autres entreprises du département, par exemple les Chantiers de l' Atlantique.»
Pour le reste, Rocton confie son scepticisme à Braudeau: «“Faites l’amour, pas la guerre”, quelle foutaise ! Les soldats n'ont pas attendu pour faire les deux. L’autogestion ? très négatif, ça atomise la société. Ce qu'il y a eu de valable en 68, c'est 69, l'échec du référendum sur la régionalisation et le Sénat corporatiste.»

Article de Wikipédia sur Alexandre Hébert:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Hébert

 

Jean-Claude Grosse

 

retour du directeur du Voyage à Nantes, le 26 février à 18 H 19 sur cet article

Mais c’est très bien, vous avez du temps, continuez…

Jean Blaise

 

Voyage à Nantes pour Marilyn
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Marilyn, une femme/Barbara Leaming

19 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

 

Marilyn, une femme

par Barbara Leaming

 

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Cette biographie date de 2000. Elle est bien documentée pour le point de vue qu'elle adopte, l'essentiel étant centré sur le conflit permanent entre le Studio et Marilyn. Le récit sur plusieurs chapitres aboutissant à la victoire de Marilyn sur Zanuck est presque fastidieux, tant les péripéties sont innombrables, illustrant ces deux lieux communs américains : business is business, time is money. Pratique du double jeu, secrets et effets d'annonce, utilisation habile des rivalités, utilisation habile ou maladroite des médias, importance du temps, des dates (tenir jusqu'à … puis accélérer … ), pressions diverses, menaces, procès, mises à pied, suspensions … Marilyn a appris à se battre en écoutant, voyant, souffrant et finalement, par son obstination, sa férocité, son habileté, ses maladresses aussi, elle obtient un contrat à la mesure de son rêve, de son attente, de son talent voire de son génie. Ce récit montre pour qui en douterait que les plans les plus élaborés peuvent échouer parce que des éléments imprévus se présentent, des événements inattendus ont lieu. Il faut faire avec, s'adapter. Ce récit montre que l'on peut souvent se tromper sur les intentions de ses partenaires comme de ses adversaires. Marilyn a connu maintes trahisons comme elle aussi a trahi mais dans la balance, ceux qui ont voulu se servir d'elle sont plus nombreux que ceux dont elle s'est servi.

On s'aperçoit que la vie de rêve ne l'est pas. Qu'Hollywood est une machine à exploiter, à broyer, sans état d'âme, seules les rentrées d'argent comptant. Payée de façon dérisoire alors même qu'elle rapporte déjà beaucoup, soumise à des rythmes ou des cadences infernales (4 jours entre la fin d'un tournage et le début d'un autre, horaires exigeants : 7 heures du matin … ), considérée comme une image sans cervelle, un visage sans cerveau, méprisée dans ses désirs de perfection, ignorée dans ses remarques sur les rôles, les personnages qu'on lui fait jouer, on se dit que l'énergie déployée par Marilyn pour se battre et gagner a été colossale, qu'il lui fallait une motivation d'une force exceptionnelle.

C'est son rêve d'enfant, devenir une star à Hollywood, inauguré avec Grace Mc Kee, qui l'a porté toute sa vie. Rêve puéril comme celui de milliers d'autres au moment de la crise de 1929, pour échapper au quotidien des familles d'accueil, de l'orphelinat, des agressions sexuelles précoces. Elle aurait tout aussi bien pu devenir une épouse comme tant d'autres dont la vie s'arrêtait à 20 ans. Cela faillit être son cas avec son mariage à 17 ans avec Jim Dougherty. Mais son rêve était très fort (elle l'a dit : en contemplant la nuit de Hollywood, je pensais : il doit y avoir des milliers de filles seules comme moi qui rêvent de devenir vedettes de cinéma ; mais je n'ai pas à me préoccuper des autres ; c'est moi qui rêve avec le plus de force), elle ne craignait pas la concurrence et sa proximité géographique avec Hollywood nourrissait son rêve (elle voyait les lettres RKO depuis une fenêtre de l'orphelinat).

Cette force s'origine t'elle dans le rejet de Norma Jeane par sa mère Gladys qui a tenté de l'étouffer à sa naissance et l'a livrée par manque de moyens et par instabilité aux familles d'accueil ? On a dit que les problèmes de Marilyn avec le studio étaient d'origine psychologique. Il faut alors s'entendre. Elle n'était pas intéressée par l'argent, elle voulait être merveilleuse, être admirée non comme la madame blonde qui roule des hanches, la sex symbol, la bombe sexuelle, objet des fantasmes masculins, mais comme artiste, comme actrice talentueuse, être respectée comme femme avec une cervelle et un coeur. Et elle a mis tout son talent, toute son énergie pour atteindre et obtenir l'amour et le respect des autres.

On peut dire cinquante après qu'elle a réussi. Mais réussite paradoxale, comme s'il y avait un malentendu. Marilyn en fréquentant l'Actor's studio veut se faire reconnaître dans des rôles tragiques ou dramatiques (Grushenka, les femmes chez Shakespeare et Tolstoï, elle aurait pu penser à Molly de Joyce). Or, ce sont ses rôles comiques qui restent et resteront. Elle réussit à infléchir les rôles stéréotypés que lui concoctait le studio, à leur donner un contenu très personnel et ce sont ses rôles que le public a aimés et aime. Elle a sous-estimé ses compositions comiques (le mot composition n'est pas bon car elle habitait son personnage), elle a sous-estimé la Fille, la Marilyn qu'elle a créée ; elle cherchait une actrice qui sans doute ne lui convenait pas, une actrice que les circonstances ne lui ont pas permis de rencontrer (l'échec de son mariage avec Arthur Miller étant la principale raison mais aussi sans doute les limites d'Arthur Miller lui-même comme dramaturge tant dans Les Misfits que dans Après la chute).

Terminons en soulignant que les rôles comiques de Marilyn rencontraient et rencontrent l'adhésion du public américain, encore très puritain, en ce sens qu'ils donnent de la sexualité une image innocente, inoffensive et donc permettent aux Américains et aux autres de se réconcilier avec la sexualité, enseignée, intériorisée comme dangereuse, destructrice, coupable. Arthur Miller est caricatural de ce point de vue là tant il charge Marilyn dans Après la chute pour se disculper, fuir sa propre culpabilité (coupable d'adultère avant son divorce d'avec sa femme Mary).
Cette biographie commence par le triangle Kazan-Miller-Marilyn et s'achève sur le même triangle. C'est extrêmement intéressant car cela nous rappelle des souvenirs de cinéphile (Sur les quais avec Marlon Brando, Un tramway nommé désir avec Marlon Brando et Vivien Leigh, Baby Doll avec Marlon Brando et Marilyn Monroe mais Kazan ne voulut pas de Marilyn qui fit tout pour obtenir le rôle et Marlon ne put le faire non plus) et la triste époque du maccarthysme (Kazan en délateur, Miller en homme de conviction défendu par Marilyn).

Les documents de Barbara Leaming en particulier les carnets de Miller lui ont fourni la matière d'une approche psychologique parfois irritante en ce sens que Marilyn est reconstituée à partir de documents d'autres sur elle or personne dans ces documents n'est neutre, objectif ; tous ont des intentions, il y a toujours des enjeux et cela donne une biographie où l'on a l'impression que tout est calcul, enjeux, manipulation, intentions cachées, inavouées, erreurs d'appréciation … Cela conduit Barbara Leaming à des formules genre : il était clair …, à l'évidence … Autrement dit, Barbara Leaming est persuadée de dire la vérité sur les uns et les autres et cette approche psychologique la conduit à conclure au suicide de Marilyn. Elle transforme en destin après avoir tellement mis l'accent sur les péripéties, les imprévus, les jeux d'influence occultes ou pas, la vie de Marilyn, habitée par une pulsion de mort liée à sa mère Gladys et par un instinct de survie également puissant mais la nuit du 4 août, Marilyn avait finalement accepté le jugement maternel … elle avait achevé le geste que Gladys avait entamé à ses yeux en tentant de tuer sa petite fille (page 445).

Ce qui échappe me semble t-il à la biographe c'est :

Elle avait le cœur pur. Elle n'a jamais compris ni l'adoration ni l'hostilité qu'elle suscitait (Edward Wagenknecht)

Pour survivre, il lui aurait fallu être soit plus cynique, soit encore plus détachée de la réalité qu'elle ne l'était. Malheureusement, elle était tel un poète des rues qui s'efforce de faire entendre des vers à une foule railleuse et méprisante (Arthur Miller)

Il vaut mieux être malheureuse seule que malheureuse avec quelqu'unI ( Marilyn)

Une carrière c'est quelque chose de merveilleux mais on ne peut se blottir contre elle la nuit, quand on a froid (Marilyn)

L'argent ne m'intéresse pas. Je veux simplement être merveilleuse (Marilyn)

 

Jean-Claude Grosse

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