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Blog de Jean-Claude Grosse

Articles avec #pour toujours tag

Marlon Brando

4 Avril 2010 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Marlon Brando

(1924-2004)

 

Marlon Brando et Mary Murphy

dans L'Équipée sauvage

(The wild one)

de Laslo Benedek (1953)

l'échange de sourires est magnifique de profondeur et de luminosité 

 

 

 

Blanche meets Stanley

dans Un Tramway nommé désir

(A Streetcar Named Desire)

d'Elia Kazan (1951)

trouble et sensualité: c'est bien le tramway nommé désir 

 

 
 
Terry (Marlon Brando) and Edie (Eva Marie Saint)
dans Sur les quais
(On the waterfront)
d'Elia Kazan (1954)
la scène du gant que ramasse Terry et dont il joue est une trouvaille inoubliable de l'acteur Marlon Brando
 
 
 
Marlon Brando et Anna Magnani
dans The fugitive King
de Sydney Lumet (1959)
 
 
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MissTic surs les murs de Paris

17 Avril 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours



L'artiste Miss.Tic


Elle a une façon bien à elle d'écarter les questions qu'elle juge sans importance. Avec douceur, la moue dubitative, le regard noir de l'enfant qui prépare une bêtise, elle fait mine de ne rien avoir à dire. C'est ainsi qu'elle décourage toute tentative analytique sur son pseudonyme. Miss.Tic n'est autre que la signature - trouvée dans un vieil album de Picsou - qu'elle a décidé d'adopter, dans les années 1980.



1956
Naissance à Paris.

1976
Théâtre de rue, au sein de la troupe Zéro de conduite.

1985
Premiers pochoirs sur les murs de Paris.

1986
Première exposition, à la galerie du Jour - agnès b., Paris 2e.

2000
"Muses et hommes", une série de 20 pochoirs sur les murs de Paris, qui s'inspire de fragments de tableaux de peintres célèbres.

2007
Dessine l'affiche du film "La Fille coupée en deux", de Claude Chabrol.

2009
Exposition à la galerie parisienne Lélia Mordoch, du 5 au 11 juin.




C'est devenu son nom. Une identité choisie. La seule qui apparaisse sur l'interphone de son immeuble, à la porte de son atelier du 13e arrondissement de Paris, sur ses toiles et les façades urbaines. Même ses amants, qui étaient les seuls à avoir le droit de murmurer son prénom, disent, depuis 2002 (allez savoir pourquoi ?!), Miss.Tic. "Il n'y a plus que le fisc et les flics qui connaissent ma véritable identité."

Beaucoup plus joueuse et pudique que soucieuse de cultiver le mystère, ce petit bout de femme aux longs cheveux noirs, née à Paris en 1956, se méfie des fouineurs qui ramènent tout à l'intime, se ruent sur le pathétique. "Je sais qu'au vu de certains épisodes de ma vie, je fais rapidement Cosette. Je ne veux pas en faire un fonds de commerce."

Deux livres sont récemment parus sur elle. Miss.Tic. Je prête à rire mais je donne à penser (Grasset 2008), qui réunit textes et dessins de l'artiste ; et Miss.Tic, femme de l'être, de Christophe Genin (éd. Les impressions nouvelles, 2008), qui étudie son itinéraire et son travail avec retenue. Cela lui va bien. Toujours "droite dans ses talons aiguilles", plutôt que dans le ressassement. Miss.Tic est définitivement du côté de la vie. Elle le sait depuis longtemps.

Elle n'a que 10 ans quand un accident de voiture tue plusieurs membres de sa famille, dont sa mère. Le drame ne fait qu'aiguiser un peu plus son désir d'agir, d'avancer, de considérer l'existence comme une chance inouïe. "Vous savez, perdre quelqu'un est difficile, mais c'est tout de même l'autre qui meurt", dit-elle, paraphrasant l'épitaphe du surréaliste Marcel Duchamp.

Six ans plus tard, quand son père décède, elle quitte Orly et ses cités, sur un Solex. Direction Paris où elle loue une petite chambre de bonne dans le 6e arrondissement. Elle rêve du Saint-Germain-des-Prés de Boris Vian et de Juliette Gréco, ne trouve que des endroits ringards qui "puent le tabac et la vieille bière". En 1980, elle rejoint son copain aux Etats-Unis où, durant deux ans, dans les milieux underground du hip-hop, de la drogue et de l'alcool, la jeune fille tombe dans les excès, s'éloigne d'elle-même.

Retour à Paris. Les bandes des Frères Ripoulain et de Vive la peinture (VLP) détournent les affiches, peignent les murs et les palissades. D'abord spectatrice, elle finit par rejoindre le mouvement. "J'aimais bien cette démarche populaire, cette approche pratique de l'art." Elle sort d'une rupture amoureuse difficile. Son premier pochoir sera l'ultime message adressé à l'homme aimé. "Je voulais lui donner une réponse intelligente, mais pas hystérique." Elle bombe "J'enfile l'art mur pour bombarder des mots coeurs". Signe Miss.Tic et, pour incarner son texte, dessine son autoportrait. L'intéressé la (et se) reconnaîtra.

Trente ans plus tard, il suffit de mettre bout à bout ses phrases et ses silhouettes de femmes sexy - en robe noire, soutien- gorge et porte-jarretelles, ou nues et offertes, ligotées et soumises - pour retracer son parcours, entendre les soupirs et les désirs qui l'ont traversée. "Je ne me suis pas laissé défaire", "Prends mes jambes à ton cou", "Fais de moi ce que je veux", "Avec l'amour le temps passe vite avec le temps l'amour passe moins souvent"...

Sa vie, elle n'a cessé de la raconter sur la face des murs. Précisant au fil de ses jeux de mots et de leurs indécences pudiques les traits d'un caractère bien trempé. "Souvent une chose et son contraire, pudique et provocatrice ; grande généreuse qui déteste les bons sentiments", souligne son assistante et amie, Christine Gabin, dite "La Gabin". "Miss.Tic est avant tout quelqu'un d'extrêmement réglo, pragmatique dans sa manière d'aborder sa vie et son art."

Une femme séductrice et libre, féministe évidemment mais pas militante. "Je suis une grande amoureuse, une nymphomane monogame qui change souvent d'homme", s'amuse-t-elle au souvenir de ses nombreux amants, ses quelques grandes histoires d'amour et ses deux mariages. Les hommes : omniprésents dans sa vie, quasi absents de ses pochoirs. "Je ne sais pas les dessiner. Quand j'essaie, ils ont tous la tête de Ken (le fiancé de la poupée Barbie).""J'aime trop jouer pour m'intéresser au jeu des autres." Et l'a inscrit joyeusement, comme à son habitude, à la bombe : "Protégeons les enfants utilisons des préservatifs." Femme mais pas mère. Elle n'a jamais eu envie d'enfant -

 


Elle a connu l'époque tranquille des rues sombres dont elle peignait les murs sans teinte pour tenter d'égayer le passant. Puis la loi qui se durcit au tout début des années 1990, la traque des policiers, les nuits au poste et... le procès de trop. En 1999, elle est condamnée à verser 22 000 francs (3 385 euros) au propriétaire d'un immeuble sur lequel elle avait écrit "Egérie et j'ai pleuré". "Cela m'a fait réfléchir. Je voulais continuer de travailler mais autrement. Je me suis consacrée à l'illustration, l'édition. Pour la rue, j'ai demandé des autorisations."

Miss.Tic, qui s'était offert la plus ouverte des galeries, la rue, se voit refuser par des galeristes. Mais tous ne réagiront pas ainsi. Dès 1986, pas une année ne passe sans qu'elle soit exposée, en France et à l'étranger. Le Victoria and Albert Museum de Londres et le Fonds d'art contemporain de Paris ont acquis des oeuvres de Miss.Tic. Les marques la réclament, Kenzo, Louis Vuitton, Lamarthe... Puis le théâtre et le cinéma, pour dessiner des affiches. "Il y a de l'humour, de la santé, de l'intelligence dans la création de cette artiste qui a magnifiquement su ne pas se laisser enfermer dehors", admire la comédienne Andréa Ferréol.

Miss.Tic aime bouger, s'adapter, douter, travailler. Son oeuvre suit le mouvement. "Contrairement à beaucoup d'artistes qui viennent de la rue, elle a su créer un langage et le faire évoluer, remarque Pierre Cornette de Saint-Cyr, commissaire-priseur et président du Palais de Tokyo, à Paris. En tatouant la peau des villes, elle s'est inscrite dans le prolongement des affichistes du mouvement néoréaliste fondé par Pierre Restany."

Et de tout ce trajet, s'il ne devait rester qu'une seule chose, ce serait probablement les mots. Ils sont au commencement de tout. Chez elle, les bibliothèques débordent. Littérature, philosophie, psychanalyse, sociologie... "Devenir simple, c'est compliqué." Les livres l'y ont aidée.

Véronique Cauhapé
Article paru dans l'édition du 17.04.09 du Monde.
Photos prises par grossel en mai 2008



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L'Origine du monde/ Le Jardin d'épices/Le Jardin des Délices

27 Janvier 2009 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

L'Origine du monde/ Le Jardin d'épices/ Père

Voyant à l'occasion de mon dernier séjour au Maroc (octobre-novembre 2008) le tableau réalisé par Ya.Smine, pour un amateur d'art et d'érotisme vivant à Marrakech, Le Jardin d'épices, tableau inspiré par L'Origine du monde de Gustave Courbet, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'affiche proposée par le Théâtre 71 de Malakoff, sous la responsabilité de Pierre Ascaride pour le spectacle que devait créer Cyril Grosse, Père d'August Strindberg, en février-mars 2002.
Le spectacle a bien été créé mais pas dans la mise en scène de Cyril, disparu le 19 septembre 2001 à Cuba.
Les comédiens choisis par Cyril, François Marthouret, Anne Alvaro, Éléonor Hirt, Frédéric Poinceau, Victor Ponomarev, ... qui avaient déjà fait un travail à la table de 3 jours avec Cyril,  début septembre 2001, n'ont pas renoncé au projet et Père a été créé comme prévu, joué dans la traduction de Cyril et Gunnila Nord, dans une mise en scène de Julie Brochen.
Plus de 70 représentations ont eu lieu dans une quinzaine de villes de France.
Merci à eux, 7 ans après.

affiche pour le spectacle Père

L'Origine du Monde par Gustave Courbet

Le Jardin d'épices by Ya.Smine





En lien avec cet article et cette vidéo sur Le Jardin des Délices, je mets en ligne deux passages tirés du roman de Cyril Grosse: Le Peintre, consacrés au tryptique de Hieronymus Bosch.
Le Peintre a été édité par Les Cahiers de l'Égaré, le 22-02-2002, pour la création de Père au Théâtre du Gymnase à Marseille.

Jean-Claude Grosse

– J’ai ici une édition d’Art, particulièrement belle, consacrée au Jardin des délices de Hyeronimus Bosch. Voilà plus d’une semaine que j’y travaille. (Il ouvre le livre, page huit cent trois. Admiration prolongée.) Je ne me suis intéressé, moi, qu’à un seul couple, dans cette profusion. (Sourire de contentement, il observe les réactions de Joseph.) C’est – entre parenthèses – ce qu’il y a de plus frappant dans l’œuvre de Bosch, son sens du détail – avec, bien sûr, les détours de son imagination –. Mon couple se trouve au centre du panneau central, presque au milieu du lac, entre le Paradis et l’Enfer. L’eau est opaque, mais l’on distingue les cuisses – jambes en fuite – et leurs corps, roses et blancs, comme sculptés, avec couleur. Ventre limpide de la jeune fille, le sein posé contre lui, une ombre pour le duvet et ses cheveux qui ruissellent – mais est-ce le mot ? –, bruns et ors, en gouttes et en fils. Elle ressemble à l’Ève du Paradis, vous ne trouvez pas ? (Du coin de l’œil à Joseph, il sourit.) Ils sont enlacés, le jeune homme retient la main, étrangement ouverte, de sa maîtresse. Ils sont enlacés, mais ce n’est pas une étreinte. Elle, regarde droit devant elle, lui, fixe l’on ne sait quoi, avide et inerte à la fois. (Exalté.) Quelle est la cause de cette mélancolie ? Cet oiseau, œil noir, qui semble les narguer ? Cette figure, qui dépasse, ici, de ce vase bleu ? Ou est-ce cet homme sur les plumes du grand oiseau ? L’Art, ses détails, le silence, bruits. Voilà, mon cher, à quoi j’occupe mes journées. Et j’en suis arrivé à la conclusion que cette mélancolie, ce léger effroi, vient d’eux, d’eux-mêmes oui, et non des autres. Mais Hyeronimus Bosch ne s’est certainement jamais intéressé à ce couple…  (page 25)

Huit heures quarante. Zéro-huit-quatre-zéro. Il se souleva. Ses genoux lui faisaient de plus en plus mal. Articulations : métal rouillé qui pourrit. Il quitta la bibliothèque en boitant, traversa le couloir et pénétra dans son cabinet de travail. L’édition de luxe du Jardin des délices, ouverte à la page huit cent trois, l’attendait ainsi que ses lunettes, sur le bureau en chêne massif. Des corps nus et colorés grouillaient toujours dans l’eau du lac, mais ses yeux ne distinguaient que des taches, un mouvement abstrait. Il chaussa ses lunettes – car il goûtait l’expression – et fut surpris par le sexe des personnages, leurs ébats l’étonnaient. Peut-être parce qu’il était nu, et que son corps lui apparaissait dans sa réalité effrayante et sans appel. Alors qu’il avait passé de longues heures à scruter les détails de ce jardin, c’était la première fois qu’il le voyait avec une telle précision : corps blancs, corps sans âge, des sexes de bambins, un érotisme froid. Aucun homme ne bandait. Des peaux lisses, sans bourrelets, sans replis, sans veines ni sang, une jeunesse éternelle. Et il fixa encore son couple fétiche. Mélancolie oui, mélancolie de la vieillesse, peur de la mort. Une illumination matinale, fatigue, irrationnel. Voilà d’où vient leur effroi. Diurne, nocturne. Et sans s’en rendre compte, il ouvrit la bouche et se mit à respirer comme un cardiaque.   (page 64)

Et pour finir, ce fabuleux Blue Monk.
Cyril me piquait tout ce que j'achetais de Thelonius Monk.


Blue Monk


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Un témoignage sur 68

6 Juin 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours












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Discours sur le colonialisme/Aimé Césaire

14 Mai 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

Discours sur le colonialisme  

Discours sur la Négritude

d’Aimé Césaire

Présence africaine

 

Relire des dizaines d’années après, ce discours, à l’occasion de la disparition le 17 avril 2008 d’Aimé Césaire, est une expérience surprenante.

On se souvient de la première lecture, quand nous étions embourbés dans les guerres d’indépendance, obligés à la décolonisation, totalement d’accord avec les opprimés, les colonisés voulant devenir indépendants et le devenant.

Il n’y avait aucun doute sur la justesse de ces combats, de leurs combats pour la justice, la dignité, la liberté.

A le relire aujourd’hui, on se rend compte du recul, de la régression que nous connaissons avec la remontée du racisme, avec le cynisme du discours de Dakar, avec ces députés voulant remettre au goût du jour, les bienfaits civilisateurs de la colonisation.

On se dit que le combat est toujours d’actualité, que la mémoire est courte, que c’est à se demander si on apprend vraiment et durablement quelque chose de l’histoire. On se dit que croire en un progrès moral de l’homme est une illusion et en même temps on ne peut pas ne pas y croire. Aimé Césaire est de ceux qui nous aident à croire en l’homme, en quelques-uns.

 Voilà donc un discours, publié en 1950, marqué par son marxisme, par sa vision lutte des classes qui n’a rien perdu de sa vigueur et de son actualité. Suivi du discours sur la négritude, prononcé 37 ans après, il constitue une leçon d’histoire et de politique exemplaire.

Usant de la polémique contre Gourou, Maspero, Caillois, il montre comment les idéologues se mettent au service des intérêts de la classe dominante, la bourgeoisie. On apprécie le jeu de massacre d’Aimé Césaire mais on se dit aussi que le massacre est à poursuivre contre les idéologues d’aujourd’hui,  Guaino et consorts, comme si on était incapable collectivement de faire le bilan, comme si on était incapable de se mettre d’accord collectivement, consensuellement, sur le désastre qu’a été la colonisation.

Avant Le Clézio, Montaigne déjà regrettait que la conquête du Nouveau Monde ait été l’œuvre des conquistadors espagnols et portugais, brutes, ignares, avides. On retiendra de leur histoire que Christophe Colomb finit oublié, qu’ Hernan Cortès finit endetté.

De quoi modérer les appétits mais non, ça continue sous d’autres formes. Même Césaire au Panthéon, ça ne changerait pas le comportement des prédateurs capitalistes. Il faut donc penser clair comme dit Césaire, ne pas vouloir l’impossible consensus, maintenir ou réaliser le rapport de forces nécessaire permettant un discours honnête, vrai, sur le colonialisme.  

Selon les époques, les discours mensongers seront plus forts que le discours vrai qui ne sera pas pour autant aboli, subsistera minoritaire ou au contraire, le discours vrai prédominera sur les discours mensongers devenus minoritaires.

Mais même quand Aimé Césaire montre qu’Hitler est au bout de n’importe quel bourgeois, de n’importe quel catholique ou chrétien bien pensant, quand il le dit avec force, cela ne freine pas les ardeurs cupides du bourgeois et du chrétien.

Le combat politique est certes un combat de discours, d’idéologies mais il est plus essentiellement révoltes, voire révolutions.

Les nègres ont en ce sens apporté beaucoup. Il y a toujours eu des réfractaires, des révoltés. Les marrons en étaient et Césaire montre très bien  dans son 2° discours comment se lient combat pour la liberté et combat pour l’identité. Des idées claires, des repères pour aujourd’hui.

Le meilleur hommage à Aimé Césaire fut pour moi, l’adaptation théâtrale et filmée du Cahier d’un retour au pays natal, interprétée avec vigueur par Jacques Martial, avec pour témoin en particulier un enfant martiniquais à lunettes évoquant irrésistiblement Aimé Césaire par sa dignité, son silence, son regard, sa présence, film réalisé par Philippe Béranger, en décembre 2007 et présenté sur FR 3, le samedi 19 avril à 23 H 15. Il y aurait à dire plus sur ce film à plusieurs niveaux, mêlant différents espaces, cours de fort, paysages de cannes à sucre, bords de mer, rivières, intérieur de chambre, salle à manger… faisant par suite entendre la voix du comédien de différents lieux, avec traversée du miroir, accessoire très présent dans le film.

Une belle tentative pour faire voir et entendre un texte essentiel dont je parlerai ultérieurement.

 Jean-Claude Grosse


Quatre semaines de tournages sur plusieurs sites de la Martinique viennent de s’achever pour donner corps à la littérature d’un des plus grand poète français, Aimé Césaire. C’est le cinéaste Philippe Bérenger qui s’est lancé dans l’aventure en choisissant d’adapter le Cahier d’un retour au pays natal : « Je suis là pour donner de la chair, du physique au texte d’Aimé Césaire. Je me suis rendu compte en venant ici (à la Martinique) que Aimé Césaire n’est pas un surréaliste comme on le dit en métropole, mais quelqu’un qui a ancré son texte dans une vraie réalité. », a-t’il expliqué au micro de RFO-Martinique.

Jacques Martial est le personnage principal de cette adaptation. Il l’avait déjà adapté pour le théâtre et dit une centaine de fois : « Aimé Césaire est un poète de l’oralité. Sa poésie est faite pour être dite et entendue et non pas seulement pour être lu comme un texte exclusivement littéraire. Les publics les plus différents devant lesquels j’ai eu l’occasion de le présenter se sont tous reconnus dans ce texte là. »


Hommage au chantre de la négritude

Olivier Ronsin, qui produit le film, a choisi de centrer cette fiction sur un personnage, Jacques Martial. Ce dernier interprète un homme qui revient chez lui comme Aimé Césaire l’a fait après son retour de Paris dans les années 30. A l’époque, l’écrivain avait décidé de revenir sur son île pour écrire sa vie avec les Martiniquais.

« Ce texte est d’une terrible actualité parce que face à un espèce de déni d’humanité, c’est un texte qui réfléchit et qui réagit. Hélas, ce déni d’humanité est une chose tout à fait actuelle. Il suffit de pousser la porte vers le monde pour s’apercevoir que, tout à coté de nous, ce déni d’humanité existe et qu’on doit le dire, le crier et réagir comme l’a fait Césaire dans son texte (...) Aimé Césaire a accueilli ce projet avec un grand émerveillement », a précisé Olivier Ronsin sur le plateau de RFO-Martinique.


Bien d’autres soufrières


Un homme, un homme seul, un athlète. Silence. Il avance. Une présence, une puissance. Il fait front. Seul. Il affronte ce silence qu’il impose. Il s’amasse et les planches sous ses pieds se rassemblent et la scène d’Odéon est un surf et la salle une vague qui se cambre, se retient et son souffle arrêté et le temps sous le verbe s’épaissit. C’est Césaire qui chevauche Jacques Martial. C’est Martial qui subjugue l’Odéon. Déferlantes de mots, cataractes du verbe, c’est un fleuve qui déborde de son lit. C’est un Nil dont Césaire est la source. Bords et débords, sacs et ressacs, flux et reflux, des mots  lumières, des mots cheval au galop. Bombardements. Et c’est Toussaint Louverture, et c’est le roi Christophe, et c’est Nelson Mandela et Martin Luther King et ce vieux noir râblé, ratatiné sur son siège d’autocar et plié sous le fouet d’un mépris millénaire et toute la négraille qui se dresse, nuée. Nuée ardente aux bouches noires des soufrières, et au cœur des montagnes des oubliés du monde, la forge d’Héphaïstos sous les mots de Césaire martèle la « lance de nuit » d’une belle poésie. Ce n’est pas un poème mais une cavalerie, et au galop des mots c’est Martial qui écume. Il se fait vague contre la vague et il déferle et nous recouvre et nous buvons la tasse bouche bée et yeux ouverts. Sa langue claque l’amertume sucrière et nous couvre de sel. Et puis silence. L’athlète vacille, le dos au rideau noir de l’Odéon et se repait de son propre épuisement. Et c’est une salve, une bordée qui lui vient de la salle. Le choc était frontal, le public est levé. Il clame et bisse et bat des ailes, se secouant de soixante quinze minutes de totale possession.

Avant que vienne le jour et son oubli, disons que cette nuit fut bien plus que le sacre d’un poète et de son héraut mais la conquête d’une scène comme territoire encore rebelle à la présence de ceux qui disent noir pour faire rimer espoir. Il y en eut d’autres gagnées et reperdues sans cesse, jamais acquises. Il y en aura de nouvelles gagnées avant d’être perdues. Césaire gagne encore en mourant. C’est le sort du poète. Mais sa vraie mort serait un mausolée. Un panthéon pour l’isoler. Ce soleil insulaire ne brille pas pour lui-même mais pour un continent, celui des oubliés. Césaire ne serait pas Césaire s’il n’était que Césaire. Ne vouons pas un culte à sa personnalité. Ce serait l’enterrer et avec lui un monde s’exhumant des décombres. Césaire s’est élevé pour dire que l’histoire n’est pas terminée. Avec sa mort, l’histoire ne fait que commencer. Derrière lui d’autres vagues qui viendront se briser aux contreforts d’indifférence, aux falaises blanches de la puissance.

En préambule à cette soirée, Olivier Py a dit qu’il n’osait pas penser à ce qui se serait passé si le poète André Breton entrant dans un bazar de Fort-de-France pour acheter un ruban à sa fille n’avait pas découvert Césaire et son cahier d’un retour au pays natal. Rassurons-le. Ce n’est pas un ruban de petite fille qui fit naître Césaire. Et ce n’est pas la providence d’une belle main blanche qui tissa son berceau. Les forces telluriques trouveront toujours une faille ou un volcan pour dire au ciel les colères souterraines. Sur la Montagne Pelée il est né un cratère nommé Césaire. Il y a eu et il y aura bien d’autres soufrières.

Alain Foix


"La conquête a effacé un héritage qui fait défaut encore aujourd'hui"

 J-M Le Clézio

Jean Marie LE CLEZIO pour son livre "Le rêve Mexicain", chez Gallimard.
Jean Marie Le Clézio, rayonnant d'intelligence et de force paisible, parle du "choc de deux rêves, deux mondes, deux paroles" qu'a représenté la conquête Espagnole au Mexique. Le "rêve" Indien, à travers les mythes, dictant à ce peuple une prémonition de sa disparition, le "rêve" espagnol se résumant, pour des conquistadors avides de richesses, au pillage et à l'appropriation de biens dont ils avaient été privés en Europe. Il formule à son tour un rêve : Que serait-il advenu si ces deux civilisations, au lieu de se combattre avaient pu se comprendre ?
Enfin, il évoque "la part de silence qu'il entend à présent dans le monde, depuis que Mexico a été détruite" : même les survivants des nations indiennes sont des gens silencieux.


EXTRAIT DU DISCOURS SUR LE COLONIALISME

 
Et puisque aujourd’hui il m’est demandé de parler de la colonisation et de la civilisation, allons droit au mensonge principal à partir duquel prolifèrent tous les autres.

Colonisation et civilisation ?

La malédiction la plus commune en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte.

Cela revient à dire que l’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale: qu’est-ce en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point; ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes.

Poursuivant mon analyse, je trouve que l’hypocrisie est de date récente; que ni Cortez découvrant Mexico du haut du grand téocalli, ni Pizarre devant Cuzco (encore moins Marco Polo devant Cambaluc), ne protestent d’être les fourriers d’un ordre supérieur; qu’ils tuent; qu’ils pillent; qu’ils ont des casques, des lances, des cupidités; que les baveurs sont venus plus tard; que le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes: christianisme = civilisation; paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.

Cela réglé, j’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien; que marier des mondes différents est excellent; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.

Mais alors je pose la question suivante: la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’«établir contact», était-elle la meilleure ?

Je réponds non.

Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine.

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé – et qu’en France on accepte –, une fillette violée – et qu’en France on accepte –, un Malgache supplicié – et qu’en France on accepte –, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et «interrogés», de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour: les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit: «Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera !» Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’un Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

J’ai beaucoup parlé d’Hitler. C’est qu’il le mérite: il permet de voir gros et de saisir que la société capitaliste, à son stade actuel, est incapable de fonder un droit des gens, comme elle s’avère impuissante à fonder une morale individuelle. Qu’on le veuille ou non: au bout du cul-de-sac Europe, je veux dire l’Europe d’Adenauer [Konrad Adenauer, 1876-1967,Chancelier de République fédérale Allemande de 1949 à 1963, président de la CDU – Union chrétienne-démocrate] de Schuman [Robert Schuman, 1866-1963, député démocrate-chrétien de 1945 à 1962, fondateur du MRP, a occupé de nombreux postes ministériels sous la Ive République française et est connu comme auteur du plan de la Communauté européenne du charbon etde l’acier en 1952, symbole de la réconciliation franco-allemande], Bidault [Georges Bidault, membre du Conseil national de la Résistance un des fondateurs du MRP, opposant farouche à l’indépendance de l’Algrie et donc aux option de De Gaulle, en la matière] et quelques autres, il y a Hitler. Au bout du capitalisme, désireux de se survivre, il y a Hitler. Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler.

Et, dès lors, une de ses phrases s’impose à moi: «Nous aspirons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d’en faire une loi.»

Aimé Césaire


 








 

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Aimé Césaire

21 Avril 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours

À la mémoire d'Aimé Césaire, cette lettre L 117 du 21 février 2007 de Robert, publiée d'abord sur le blog des agoras. Je renvoie aussi à l'article:

grossel


L117

21 février 2007
La chosification

Vous voudrez bien m’en excuser, mais parce que je viens d’entendre Ségolène Royal, je me sens obligé de convoquer, pour la seconde fois, la parole d’Aimé CÉSAIRE, parce qu’elle est impitoyable et vraie et qu’aucune autre ne l’approche, ni de près ni de loin. Les vérités qu’elle assène ont été proférées il y a plus de 50 ans et elles désignent le monde d’aujourd’hui avec la même perspicacité et la même pertinence qu’en 1954.


“A mon tour de poser une équation, dit Césaire : colonisation = chosification.” colonisation voudra toujours dire exploitation, exploitation sera toujours synonyme de “chosification” : ici ajoutez la liste interminable des firmes internationales en tous genres, ceux qui les dirigent de toutes nationalités, ceux qui les servent dans tous les Etats. Exploitation des hommes, des femmes et des enfants. Exploitation et pillage des ressources. Tout dire clairement, à la face des barbons religieux et politiques, affairistes et financiers, banquiers et spéculateurs c’est dire “capitalistes” ou “libéraux” s’il vous plaît de le dire ainsi. C’est dire : colonisation de la planète, colonisation sans frontière des hommes, femmes et enfants du monde.
“J’entends la tempête. On me parle de progrès, de “réalisations”, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes.
Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.
On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.
Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.” : 3 suicides, 3 morts en quatre mois chez les cadres de Renault à Guyancourt, rapporte Libération le 21 février 2007, et d’autres morts annoncées dans les conditions actuelles d’exploitation de la “matière” grise - matière achetée sur pied, avec la chair et les os, malheureusement - les épouses appellent les syndicats pour les alerter, sans oser le dire à leurs époux-cadres...
Bref, quelques lignes plus loin, à propos des sociétés soumises au joug et aux règles de la “civilisation coloniale” :
“On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification. {...} C’étaient des sociétés pas seulement anté-capitalistes, comme on l’a dit, mais aussi anti-capitalistes.”

Entendre cette voix du passé et savoir qu’elle transhume dans notre présent ; constater que les mécanismes n’ont pas changé mais qu’ils se sont étendus au monde entier, que la broyeuse est intacte et a même gagné en efficacité ; que partout elle trouve des complicités nécessaires, des mécaniciens indispensables dévoués à son entretien ; penser que le ventre est encore fécond... alors que sur la piste marquises et marquis s’agitent sur un air de carnaval, on se dit bien que tout cela court à sa fin.
Ayant régné jusqu’ici le Capitalisme, comme n’importe quel mortel, se pense éternel, bien entendu...

Ce que nous n’avons même pas daigné regarder, consulter dans nos déboulés de prédateurs sur le continent africain, a néanmoins été relevé par l’ethnologue : “Leur culture ne manque pas de contrastes remarquables : pauvres d’outillages, ces hommes ont réussi à s’implanter dans des pays peu fertiles et accidentés, à concevoir des techniques agricoles fondées sur les céréales qui sont les plus fines de toutes celles connues dans le monde noir ; dépouillés et nus, ces paysans ont su édifier une architecture moins fragile que celle des peuples nègres, d’apparence moins archaïque. Ils donnent l’impression de protéger opiniâtrement une très ancienne réussite culturelles.” Georges Balandier, “L’Afrique ambiguë”, écrit au sortir de la deuxième guerre mondiale à propos du Nigeria. Nous fîmes tellement mieux que ces civilisations africaines “d’apparence moins archaïques” avec notre technologie dévoreuse d’espace et nos performances en déboisement - qui continuent en Afrique comme en Amazonie, en Chine... - nous avons su en très peu de temps rendre les 3/4 d’une île comme Madagascar impropre à l’agriculture, alors qu’une végétation y était installée depuis des millénaires au prix d’une persévérance “opiniâtre”. Erreur qui s’était déjà produite sur notre propre sol dans une course au défrichement inconsidérée aux siècles précédents, d’où il n’est ressorti que des landes infertiles et des espaces irrécupérables à l’agriculture. Puis, plus près de nous, la suppression des haies sans discernement pour cause de rentabilité immédiate...puis l’Industrie...puis l’amiante, dont les méfaits étaient connus depuis 1911...puis... la liste est infinie de ces initiatives morbides au profit de quelques uns et en dépit du bon sens commun. Et toujours, accompagnant le convoi funèbre des innovations techniques, le discours anesthésiant, l’emportement hypocrite, les simagrée du sacrifice et de l’honneur au milieu des carnages indéfiniment répétés de guerres justes respectant les accords de Genève !

L’Homme étant ce qu’il est, rien de ce qu’il construit n’est parfait. Ni en Afrique, ni ailleurs. Ni autrefois, ni maintenant, ni demain. Mais nous qui sommes les vivants d’aujourd’hui, nous parlons au présent de cette imperfection. On cherche à nous raconter des histoires, elles sont à dormir debout. Or l’Homme debout est fait pour marcher, sans illusions, les yeux grands ouverts, quelles que soient ses peurs et les traquenards qui le guettent.
Mais le mot de la fin, Maurice Nadeau, La Quizaine littéraire n°939 : “Oxaca, ce nom vous dit quelque chose ?” {...} “On a vaguement entendu parler. Libération : il faut savoir occulter une insurrection. - Nous avions d’autres chats à fouetter. Eux ils avaient mieux à faire que de singer Paris 1871 (car bientôt souvenirs, souvenirs, le mur des Fédérés, les discours de basse cour...). La Révolution n’est plus dans le vent, savez- vous. Vous retardez. A moins qu’elle n’ait pris d’autres couleurs : le rouge indien par exemple.”. Oui, elle court sous la peau du Monde...

Robert

Aimé Césaire



Discours sur le colonialisme

 

 
 
 
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Figures assassinées: Trotsky, Gandhi, Malcom X, Che Guevara, Luther King

4 Octobre 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #pour toujours


À quelques jours du 40° anniversaire de l'assassinat de Che Guevara, le  8 octobre 1967, et parce que je ne peux oublier d'autres assassinats de leaders (Trotsky, Gandhi, Luther King, Malcom X) aux méthodes certes différentes (le bilan des partisans de la désobéissance civile semble plus décisif que celui des partisans de la violence) mais visant les mêmes fins, les mêmes valeurs, à savoir  justice, égalité, liberté, fraternité, je propose quelques vidéos  disponibles sur internet dont une sur et avec
Aimé Césaire: bilan de la négritude.

Voir aussi sur ce blog l'article: 
Les murs: réflexions sur l'identité nationale
Edouard Glissant-Patrick Chamoiseau

AIMÉ CÉSAIRE

DISCOURS SUR LE COLONIALISME
1950

extraits choisis tirés de éd. PRÉSENSE AFRICAINE, 1989


p. 11-12 :

"Il faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu'il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu'en France on accepte, une fillette violée et qu'en France on accepte, un Malgache supplicié et qu'en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s'opère, une gangrène qui s'installe, un foyer d'infection qui s'étend et qu'au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent.

Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s'affairent, les prisons s'emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s'étonne, on s'indigne. On dit : "Comme c'est curieux ! Mais, Bah! C'est le nazisme, ça passera !" Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c'est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c'est du nazisme, oui, mais qu'avant d'en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l'a supporté avant de le subir, on l'a absous, on a fermé l'oeil là-dessus, on l'a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s'était appliqué qu'à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l'a cultivé, on en est responsable, et qu'il est sourd, qu'il perce, qu'il goutte, avant de l'engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d'étudier, clinlquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est que l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique.

Et c'est là le grand reproche que j'adresse au pseudo-humanisme : d'avoir trop longtemps rapetissé les droits de l'homme, d'en avoir eu, d'en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste.(...)"

p. 19-20 :

"Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.

Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l'homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourne, en chicote et l'homme indigène en instrument de production.

A mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.

J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes.

Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.

Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.

Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés.

Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.

On se targue d'abus supprimés.

Moi aussi, je parle d'abus, mais pour dire qu'aux anciens - très réels - on en a superposé d'autres - très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu'en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice-versa, il s'est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.(...)"

p. 21-22 :

"Cela dit, il parait que, dans certains milieux, l'on a feint de découvrir en moi un "ennemi de l'Europe" et un prophète du retour au passé anté - européen.

Pour ma part, je cherche vainement où j'ai pu tenir de pareils dicours; où l'on m'a vu sous-estimer l'importance de l'Europe dans l'histoire de la pensée humaine ; où l'on m'a entendu prêcher un quelconque retour ; où l'on m'a vu prétendre qu'il pouvait y avoir un retour.

La vérité est que j'ai dit tout autre chose : savoir que le grand drame historique de l'Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c'est au moment où l'Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d'industrie les plus dénués de scrupules que l'Europe s'est "propagée"; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontré sur notre route et que l'Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l'histoire.

Par ailleurs, jugeant l'action colonisatrice, j'ai ajouté que l'Europe a fait fort bon ménage avec tous les féodaux indigènes qui acceptaient de servir; ourdi avec eux une vicieuse complicité ; rendu leur tyrannie plus effective et plus efficace, et que son action n'a tendu à rien de moins qu'à artificiellement prolonger la survie des passés locaux dans ce qu'ils avaient de plus pernicieux.(...)"


Pour ne pas se faire piéger par les images et vidéos, une belle interview en vidéo de Jean Baudrillard, à propos d'une expo de ses photos.
Jean Baudrillard: sociologue et philosophe français, né le 27 juillet 1929 à Reims et mort le 6 mars 2007 à Paris.

Léon Trotsky

(ou Trotski ; en russe : Лев Троцкий), de son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein (en russe : Лев Давидович Бронштейн), né le 7 novembre 1879 à Ianovka (Ukraine) et mort assassiné le 21 août 1940 à Mexico (Mexique), était un homme politique russo-soviétique. Il est le fondateur de l'Armée rouge et un des principaux dirigeants de la Révolution russe. S'étant opposé à Staline, ce dernier le fait assassiner.

Gandhi
né le 2 octobre 1869
assassiné le 30 janvier 1948

Mohandas Karamchand Gandhi est né le 2 octobre 1869 à Porbandar dans l'état du Gujarat. Il est issu de la caste des Vayshia et sa famille est relativement aisée. Enfant, sa mère lui inculque les valeurs hindouistes mais il apprend aussi à connaître les autres religions et la tolérance à leur égard. C'est sans doute pendant cette période que se forgent les convictions morales de Gandhi.
Conformément aux coutumes de sa caste, sa famille le marie à 14 ans avec Kasturbai qui restera son épouse toute sa vie. En grandissant Gandhi devient convaincu qu'il ne sera quelqu'un qu'en rompant avec les coutumes de l'Inde et en copiant le style de vie des anglais. C'est donc logiquement qu'il s'embarque pour l'Angleterre en 1888 en laissant femme et enfant pour y faire ses études de droit.     
C'est paradoxalement à Londres que Gandhi lit les principaux textes de l'hindouisme, notamment la Baghavad-Gita qui l'influencera profondément. Il découvre aussi la vie de Bouddha, Jésus, Mahomet et fait la connaissance des théosophes anglais.
Après trois années en Angleterre et son diplôme d'avocat en poche, Gandhi rentre en Inde. Malheureusement sa vie professionnelle s'enlise et il reste tiraillé entre ses racines hindoues et son attirance pour la bourgeoisie occidentale. En 1893 une entreprise indienne lui propose de se rendre en Afrique du Sud pour y défendre ses intérêts lors d'un procès. Gandhi accepte. Il ne le sait pas encore, mais c'est le tournant de sa vie.
 
Dès son arrivée là-bas il est confronté à la discrimination raciale. Expulsé d'un train il s'aperçoit très vite que les britanniques et le boers dominent sans partage les populations noires et immigrées (à cette époque 100 000 indiens vivent en Afrique du Sud). Il est choqué de voir que les sujets de l'empire britannique ne sont pas traités de la même manière suivant la couleur de leur peau.
En 1894, à l'issu du procès, gagné, pour le lequel il était venu, Gandhi décide de lutter contre une loi visant à interdire aux indiens le droit d'élire des représentants à l'assemblée de l'état du Natal. Il fait signer une pétition à 10 000 personnes et obtient le retrait du projet de loi. Gandhi avait surtout réussi à faire prendre conscience aux indiens qu'il fallait s'unir. Devenu populaire, Gandhi décide de poursuivre le combat. En 1896 il va chercher sa femme et ses enfants en Inde et revient en Afrique du Sud. Il travaille comme avocat jusqu'en 1899. La guerre des Boers éclate alors et Gandhi appelle ses compatriotes à soutenir les anglais.     
 
En 1906 une nouvelle loi ségrégationniste est votée au Transvall. Elle enjoint les asiatiques à se faire inscrire sur des listes destinées à contrôler de près leurs activités. Gandhi réussit à convaincre 3000 délégués de ne pas se soumettre à la nouvelle loi et de résister quel qu'en soit le coût, mais sans violence. Gandhi est arrêté et incarcéré pendant six mois. En 1909 il publie "Hind Swaraj", livre dans lequel il développe les théories du combat par la non-violence : la satyagraha.
Pendant huit ans, Gandhi ne cessera de s'opposer aux lois ségrégationnistes et au Général Smuts ce qui lui vaudra d'autres séjours en prison. Finalement, le 30 juin 1914, Smuts et Gandhi signent un accord sur l'abrogation d'une grande partie des lois raciales. Le 18 juillet 1914 Gandhi quitte l'Afrique du Sud pour toujours et rentre en Inde.
Il décide, dès son retour, de partir à la découverte de son pays natal. Son périple dure un an à l'issue duquel il établit un ashram près d'Ahmedabad. Son nom est désormais associé à la lutte contre l'injustice. C'est pourquoi, début 1917, Gandhi se rend au Bihar à l'appel des cultivateurs de l'indigo exploités sans vergogne par les industriels anglais. Devant les risques d'émeutes, le gouvernement donne satisfaction aux planteurs.
À peine rentré à Ahmedabad, Gandhi soutient un mouvement de grève des ouvriers textiles et utilise, pour la première fois, le jeûne pour faire pression sur les patrons et pour marquer son entière solidarité avec les grévistes.
À la fin de la première guerre mondiale, pendant laquelle Gandhi avait appelé au soutient de l'effort de guerre, il présente aux britanniques ses premières revendications d'autonomie pour l'Inde. Le 6 avril 1919, pour impressionner les anglais, Gandhi appelle le peuple à manifester publiquement dans tout le pays et à cesser toute activité. La manifestation est un énorme succès. Le 13 avril, à Amritsar, la population manifeste de nouveau malgré l'interdiction. Le général Dyer ordonne alors à ses hommes de tirer sur la foule pacifique. Le bilan est effroyable : plus de 300 morts et plus de 1000 blessés. Horrifié, Gandhi suspend immédiatement la satyagraha.
    En 1920 il repense ses moyens d'action. Soutenu par le parti du Congrès et par les musulmans, il appelle à la non coopération avec l'administration britannique et se prononce pour le boycott des produits textiles d'origine européenne. L'Inde tout entière bouge et la tension ne cesse de monter. De nombreux leaders sont emprisonnés et des affrontements ont lieu. Pendant l'un d'eux 22 policiers sont lynchés par la foule. Le Mahatma, comme on l'appelle désormais, décide de mettre fin à toute action.

Il est cependant arrêté puis condamné à 6 ans de prison. Il restera emprisonné 2 ans pendant lesquels le mouvement va sensiblement s'essouffler.
À sa sortie de prison Gandhi appelle à la cohésion nationale et il réclame l'égalité sociale pour les intouchables qu'il appelle affectueusement les harijans ("enfants de Dieu"). Il mènera d'ailleurs deux grèves de la faim pour qu'ils puissent entrer dans les temples.

Au début des années 30, Gandhi a retrouvé toute sa fougue. Il bénéficie d'une influence considérable. À chacun de ses mots d'ordre l'Inde s'immobilise. Le 12 mars 1930 le Mahatma entreprend son action la plus célèbre : la marche du sel. Son objectif est de dénoncer le monopole anglais de la vente du sel. Pendant 24 jours et sur 350 km le cortège ne cessera de gonfler. Arrivé à son but Gandhi ramasse une poignée de sel et annonce qu'il commence la désobéissance civile. Il est de nouveau arrêté.
En janvier 1931 le Vice-Roi Lord Irving le fait libérer. Il échange la libération des prisonniers politiques et la fin des lois sur le sel contre la fin de la désobéissance civile et la participation de Gandhi à une conférence organisée à Londres. Celui-ci accepte et en profite pour visiter l'Europe. Cette table ronde ne sera suivie d'aucun changement notable sur la politique indienne d'autant que Churchill arrive au pouvoir avec l'intention d'écraser le Parti du Congrès. Des milliers de militants sont bientôt arrêtés.     
Gandhi à Marseille
En août 1932 Gandhi est jeté en prison. Les dissensions entre les communautés s'aggravent et les droits des intouchables sont menacés. Le 20 septembre le Mahatma entreprend une nouvelle grève de la faim. Le gouvernement britannique plie devant la menace de la mort de Gandhi devenu très populaire en Europe.
En 1934 Gandhi se retire de la politique en tant que telle, préférant la laisser aux jeunes leaders du Congrès dont Nehru. Il continue en revanche de se battre pour la cohésion entre les communautés et pour l'éducation des masses, ce qui lui vaudra l'inimitié des extrémistes hindous. Cette année là, Gandhi échappe à la première des cinq tentatives d'assassinat dont il fera l'objet.
Lors des élections de 1937, le Congrès obtient la majorité écrasante au parlement indien. Dès lors la marche vers l'autonomie et l'indépendance semble inéluctable.
Lorsqu'éclate la seconde guerre mondiale en 1939, Gandhi refuse de s'engager aux côtés des anglais. Il affirme que seule une Inde indépendante pourrait contribuer à la lutte contre les nazis. En 1942 il lance même son fameux slogan "Quit India". Il enjoint les britanniques à partir au plus vite et relance le mouvement de désobéissance civile. Lui et les dirigeants du Congrès sont arrêtés après que des émeutes aient éclaté. Sa femme Kasturbai meurt lors de sa détention. En 1944 Churchill le fait libérer.
Jinnah et Gandhi
    Après la guerre les travaillistes d'Atlee arrivent au pouvoir en Angleterre. Le Premier Ministre est bien décidé à mener le processus d'indépendance à son terme. Lord Mountbatten est nommé Vice-roi avec cette mission. C'est alors que les communautés musulmane et hindoue se déchirent. La Ligue Musulmane de Mohammed Ali Jinnah ne cesse en effet de réclamer la création d'un état indépendant à majorité musulmane.
Gandhi, lui, reste attaché plus que tout à l'unité de l'Inde. Jinnah refuse de participer au gouvernement provisoire de Nehru et appelle à une journée d'insurrection le 16 août 1946. Elle se solde par des milliers de morts dont au moins 5000 à Calcutta.
Gandhi use de toute son influence pour éviter la partition mais le 15 août 1947 Lord Mountbatten annonce l'indépendance de deux nouvelles nations : le Pakistan et l'Inde.
On assiste alors à l'exode meurtrier de plusieurs millions de personnes. Les sacs, les meurtres, les règlements de compte en tous genres feront entre un et deux millions de victimes. Épouvanté par la situation, notamment à Calcutta, Gandhi décide de jeûner jusqu'à la mort. Nehru fait alors tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin aux massacres. Il y parvient d'extrême justesse et Gandhi se nourrit à nouveau. Pourtant la colère des extrémistes n'est pas retombée. Ceux du côté hindou notamment tiennent rigueur à Gandhi de sa trop grande mansuétude à l'égard des musulmans.
Le 30 janvier 1948, l'un d'eux, Nathuram Godse, l'abat à Delhi. "Hé Ram" seront les dernières paroles du Père de la Nation.
Sa mort provoque une émotion internationale. À Delhi plus de deux millions de d'indiens assisteront à ses funérailles nationales.
Aujourd'hui encore l'empreinte de Gandhi est vivante en Inde même si la société juste, égalitaire et non violente dont il avait rêvé reste à construire.



L'histoire de Rosa Parks

1er Décembre 1955
Il s'agissait d'une journée de travail comme Rosa Parks en avait vécu des centaines dans sa vie, puisqu'elle était âgée de 42 ans déjà. Elle monte dans le bus, paie sa place. A cette époque, la règle était tragiquement simple. Les bus étaient divisés en trois parties :

L'avant était réservé aux blancs. Les noirs n'avaient même pas le droit de rester debout dans l'allée correspondante.

L'arrière était réservé aux noirs. Il n'y avait pas toujours de places assises

Une aile « charnière » était accessible aux blancs et aux noirs, mais un noir devait se lever dès qu'un blanc en avait besoin.

Pour rentrer dans le bus, les noirs payaient d'abord, descendaient, et remontaient par l'arrière. Il n'était pas rare que le chauffeur n'en ait cure et redémarre avant qu'ils ne soient tous montés, les laissant sur place.

Ce 1er Décembre 1955, Rosa Parks était assise dans l'aile « charnière », et contrairement aux autres passagers, elle a refusé de se lever quand des blancs ont eu besoin de s'asseoir. Elle était « fatiguée ». Mais contrairement à ce que dit la légende, elle n'était pas physiquement fatiguée, disons pas plus qu'un jour de travail ordinaire. Elle était fatiguée de subir ces traitements depuis des décennies, et a estimé qu'il y en avait assez. A cette époque, elle militait déjà dans des associations de défense des droits civiques.

Le chauffeur, qui l'avait déjà faite descendre d'un bus 12 ans plus tôt lui a renouvelé l'ordre de céder sa place. Elle a refusé. Il est devenu rouge de rage, est descendu, puis est revenu avec un policier qui a arrêté Rosa Parks.

Sans le savoir, il venait de donner une impulsion décisive au mouvement des droits civiques qui allait révéler au monde un nouveau leader pacifique:

Martin Luther King Jr,
né à Atlanta, États-Unis le 15 janvier 1929
et mort assassiné le 4 avril 1968 à Memphis.
Vidéo du discours de Martin Luther King le 28 août 1963.

Il a organisé et dirigé des marches pour le droit de vote, la déségrégation, l'emploi des minorités, et d'autres droits civiques élémentaires pour les noirs américains. La plupart de ces droits ont été promus par la loi américaine « Civil Rights Act » et le « Voting Rights Act » sous l'impulsion de Lyndon B. Johnson. Il est surtout connu pour son discours « I have a dream » (J'ai un rêve), prononcé le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington durant la marche pour l'emploi et la liberté. Il a rencontré John F. Kennedy qui lui a apporté son soutien dans la lutte contre la discrimination raciale.
Martin Luther King devient le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix en 1964 pour sa lutte non-violente contre la ségrégation et pour la paix. Il se voit décerner à titre posthume la Médaille présidentielle de la liberté par Jimmy Carter en 1977 et la médaille d'or du Congrès en 2004. Depuis 1986, le Martin Luther King Day est un jour férié.
Considéré comme l'un des plus grands orateurs américains1, Martin Luther King invoquait souvent à la responsabilité personnelle pour développer la paix mondiale.



Discours du 28 août 1963
(extrait)

« Je vous le dis aujourd'hui, mes amis, bien que nous devions faire face aux difficultés d'aujourd'hui et de demain, je fais tout de même un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.
« Je fais le rêve qu'un jour, cette nation se lève et vive sous le véritable sens de son credo : “Nous tenons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes ont été créés égaux.”
« Je fais le rêve qu'un jour, sur les collines rouges de la Géorgie, les fils des esclaves et les fils des propriétaires d'esclaves puissent s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.
« Je fais le rêve qu'un jour, même l'État du Mississippi, désert étouffant d'injustice et d'oppression, soit transformé en une oasis de liberté et de justice.
« Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants habitent un jour une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais à la mesure de leur caractère. Je fais ce rêve aujourd'hui !!
« Je fais le rêve qu'un jour juste là-bas en Alabama, avec ses racistes vicieux, avec son gouverneur qui a les lèvres dégoulinantes des mots interposition et annulation; un jour juste là-bas en Alabama les petits garçons noirs et les petites filles noires puissent joindre leurs mains avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches, comme frères et sœurs.
« Je fais le rêve qu'un jour chaque vallée soit glorifiée, que chaque colline et chaque montagne soit aplanie, que les endroits rudes soient transformées en plaines, que les endroits tortueux soient redressés, que la gloire du Seigneur soit révélée et que tous les vivants le voient tous ensemble.»

 
Vidéo d'une intervention de Malcolm X à Oxford
Né à Little le 19 mai 1925,
assassiné le 21 février 1965 à New York.

Ayant débuté dans la vie comme trafiquant de drogue et cambrioleur, il finit par devenir un grand meneur du mouvement nationaliste noir aux États-Unis. Il est considéré par certains comme l’un des martyrs de l’Islam et un grand avocat de l’égalité. Meneur militant, Malcolm X soutenait la fierté noire (Black Pride), l’autosuffisance économique et l’identité politique de la communauté afro-américaine (Black Nationalism). Dans les derniers mois de sa vie, il s’éleva au rang de panafricaniste mondialement connu et d'avocat inconditionnel des droits des noirs américains.

Suite à un pèlerinage à la Mecque en 1964, il devint Sunnite. Moins d’un an plus tard, le premier jour de la National Brotherhood Week (Semaine nationale de la fraternité), il fut assassiné à New York. Bien que trois membres de Nation of Islam aient été condamnés pour ce crime (l’un d’eux ayant avoué), un certain nombre de théories impliquant la participation active de membres du gouvernement des États-Unis circulent ; aucune source fiable ne les a encore confirmées[1].





Ernesto Rafael Guevara de la Serna,
plus connu sous le nom de Che Guevara ou Le Che 
né le 14 juin 1928 à Rosario, Argentine
et assassiné le 8 octobre 1967 à La Higuera (Bolivie)

Alors qu'il était jeune étudiant en médecine, Guevara voyagea à travers l'Amérique latine, ce qui l'amena en contact direct avec la pauvreté dans laquelle beaucoup de gens vivaient. Son expérience et ses observations pendant ces voyages l'amenèrent à la conclusion que les inégalités socio-économiques pouvaient seulement être changées par la révolution, l'amenant à intensifier son étude du marxisme et à voyager au Guatemala pour y apprendre des réformes entreprises par le président Jacobo Arbenz Guzmán qui fut renversé quelques mois plus tard par un coup d'État appuyé par la CIA.

Peu après, Guevara joignit le mouvement du 26 juillet, un groupe paramilitaire dirigé par Fidel Castro, qui après plus de deux ans de guérilla, prit le pouvoir à Cuba en renversant le dictateur Fulgencio Batista en 1959. Il occupa ensuite plusieurs postes importants dans le gouvernement cubain, échouant en partie dans l'industrialisation du pays, et écrivit plusieurs ouvrages sur la pratique de la révolution et de la guérilla. En 1965, il quitta Cuba avec l'intention d'étendre la révolution au Congo-Léopoldville, sans succès, puis en Bolivie où il fut capturé et exécuté sommairement par l'armée Bolivienne entraînée et guidée par la CIA.

Après sa mort, Che Guevara devint une icône pour les mouvements révolutionnaires marxistes du monde entier. Une photo de lui par Alberto Korda est considérée comme une des plus célèbres au monde.

Vidéo HASTA SIEMPRE

 
Apprendimos a quererte                  On a appris à t'aimer  

Desde la histórica altura                   Depuis la nuit des temps

Donde el sol de tu bravura              Où le soleil de ta bravoure

Le puso cerco a la muerte               A mis une bannière à la mort

 
 Aqui se queda la clra,                       Ici demeure la claire,

La entrañable transparencia          La tendre transparence

De tu querida presencia                   De ta chère présence

Comandante Che Guevara              Commandant Che Guevera

 
Vienes quemando la brisa                Tu viens brûlant la brise

Con soles de primavera                      Avec des soleils de printemps

Para plantar la bandera                    Pour planter le drapeau

Con la luz de tu sonrisa                   Avec la lumière de ton sourire



 Tu amor revolucionario                    Ton amour révolutionnaire

Te conduce a nueva empresa       Te conduis à une nouvelle entreprise

Donde esperan la firmeza             Où l'on attend la fermeté

De tu brazo libertario                    De ton bras libérateur l                                                                                                                 

                                                                     
Seguiremos adelante                     On continuera

Como junto a ti seguimos               Comme auprès de toi, nous continuerons

 
Y con Fidel te decimos                  Et avec Fidel, nous te disons

"Hasta Siempre Comandante"        "A jamais Commandant "


 Paroles et musique : Carlos Puebla

"Le clip de Laurent Boutonnat se déroule dans une école qui ressemble étrangement à celle de La higuera... Par la magie des techniques, le Che est là, agonisant. C'est une sorte de passation de pouvoirs. Elle repart de cet endroit, un bébé au sein et une mitraillette dans le dos. Les hommes détournent le regard... Il faut se rappeler que ce sont les paysans qui ont dénoncé le Che, mais la peur a toujours permis aux pouvoirs de maintenir l'homme dans l'ignorance et l'obéissance : un homme malheureux, on en fait ce qu'on veut. Alors, les hommes ne la suivent pas, seules les femmes se lèvent, la rejoignent et se retrouvent, au final, pour danser une 'santeria'. Elle en ressort triomphante." Nathalie Cardone



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