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Blog de Jean-Claude Grosse

Mes textes fondateurs

Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse

ouverture et finale manuscrits de La Parole éprouvée
ouverture et finale manuscrits de La Parole éprouvée
ouverture et finale manuscrits de La Parole éprouvée

ouverture et finale manuscrits de La Parole éprouvée

3 de mes textes fondateurs :

1 - Je suppose qu'il s'agit de sauver quelques jeunes hommes du suicide et quelques autres de l'entrée aux flics ou aux pompiers. Je pense à ceux qui se suicident par dégoût, parce qu'ils trouvent que « les autres » ont trop de part en eux-mêmes. On peut leur dire : donnez tout au moins la parole à la minorité de vous-mêmes. Soyez poètes. Ils répondront : mais c'est là surtout, c'est là encore que je sens les autres en moi-même, lorsque je cherche à m'exprimer je n'y parviens pas. Les paroles sont toutes faites et s'expriment : elles ne m'expriment point. Là encore j'étouffe. C'est alors qu'enseigner l'art de résister aux paroles devient utile, l'art de ne dire que ce que l'on veut dire, l'art de les violenter et de les soumettre. Somme toute fonder une rhétorique, ou plutôt apprendre à chacun l'art de fonder sa propre rhétorique, est une œuvre de salut public. Cela sauve les seules, les rares personnes qu'il importe de sauver : celles qui ont la conscience et le souci et le dégoût des autres en eux-mêmes. Celles qui peuvent faire avancer l'esprit, et à proprement parler changer la face des choses.

Rhétorique de Francis Ponge, 1929-1930, Le parti pris des choses

2 - " Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers."

Pour écrire un seul vers (1910), Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, Rainer Maria Rilke

3 - « Je comprends mieux ce que disent les kabbalistes et hassidim sur les "étincelles" (les forces) enfermées dans les choses et que l’homme a pour fonction de "sauver" - c’est-à-dire les prendre, non pas pour lui pour les enfermer définitivement dans une prison plus grande, mais pour les rendre en fin de compte à la Force des forces. Se rappeler de soi, n’est-ce pas, sous un certain aspect, se sentir ainsi entre les forces inférieures et les forces supérieures, aujourd’hui déchiré entre les deux, mais avec la possibilité de devenir un transformateur des unes en les autres? »

Lettre de René Daumal à Jeanne de Salzmann, Pelvoux, 14 août 1943 (in Correspondance III – 1933-1944, établie, présentée et annotée par H.J. Maxwell et C. Rugafiori, Gallimard, 1996

Mes textes fondateurs
Mes textes fondateurs
Mes textes fondateurs
La parole éprouvée, un programme, un projet de vie et d'écriture, une réalisation, une réalité ?
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