L'été du Léthé / L'amour sublime
mon texte fondateur, la lettre d'amour sublime de la jeune fille de 16 ans, en 1964, JC Grosse
Mon p'tit chat,
J'attends le transsibérien, gare Iarolavski à Moscou. Toi tu m'attends quelque part au Baïkal mais je ne sais rien de là où tu es, où je vais. La vie m'attend aujourd'hui, cuisses ouvertes. Si tu veux savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur, ouvre la chaumière de mes yeux, emprunte les chemins de mes soleils levants, affronte les cycles de mes pleines lunes. Je voudrais avoir des ailes pour t'apporter du paradis. Des ailes de mouette à tête rouge, ça m'irait bien pour rejoindre ton île au Baïkal. Je transfigurerai les mots à l'image de nos futurs transports. Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde. Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies. Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune. Je t'aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l'embrume de tes réveils d'assommoir, dans l'écume de tes chavirements. Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire. Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu'à des rives encore vierges. Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune ou des isbas de rondins blonds. J'aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l'urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes. Je m'appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de riens … J'aime les cris de nos corps qui s'accordent de vivre. Je t'ai ouvert un cahier d'amour où il n'y aura jamais de mots, jamais de chiffres. Il n'y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres. Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils. À la fin du cahier, je t'aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.
Ton p'tit chat
lettre d'amour sublime, écrite à 16 ans, en 1964 par celle qui deviendra l'épousée, le 1° juillet 1967, jour après jour jusqu'à ce que ça fasse toujours
photo prise le 6 juillet 2003 au Revest pour notre remariage à l'occasion des 20 ans des 4 Saisons du Revest; lectures édifiantes; Sappho
un poème de Sappho
À UNE FEMME AIMÉE
φάινεταί μοι κῆνος ἴσοσ τηέοισιν
ἔμμεν ὤνερ ὄστις ἐναντίος τοι
ἰζάνει καὶ πλασίον ἀδυ
φωνεύσασ ὐπακούει
καὶ γαλαίσας ἰμμερόεν τὸ δὴ ᾽μάν
καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόασεν,
ὠσ γὰρ εὔιδον βροχέως σε, φώνας
οὐδὲν ἔτ᾽ ἔικει,
ἀλλὰ κάμ μὲν γλῳσσα έαγε, λέπτον
δ᾽ αὔτικα χρῷ πῦρ ὐπαδεδρόμακεν,
ὀππάτεσσι δ᾽ οὐδὲν ορημ᾽,
ἐπιρρόμβεισι δ᾽ ἄκουαι.
ἀ δέ μ᾽ ί᾽δρως κακχέεται, τρόμος δὲ
παῖσαν ἄγρει χλωροτέρα δὲ ποίας
ἔμμι, τεθνάκην δ᾽ ὀλιγω ᾽πιδεύην
φαίνομαι [ἄλλα].
πᾶν τόλματον [......]
Il me paraît égal aux dieux celui qui, assis près de toi, doucement, écoute tes ravissantes paroles et te voit lui sourire ; voilà ce qui me bouleverse jusqu'au fond de l'âme.
Sitôt que je te vois, la voix manque à mes lèvres, ma langue est enchaînée, une flamme subtile court dans toutes mes veines, les oreilles me tintent, une sueur froide m'inonde, tout mon corps frissonne, je deviens plus pâle que l'herbe flétrie, je demeure sans haleine, il semble que je suis près d'expirer.
Mais il faut tout oser puisque ...
après La Ripelle au Revest en 2016 (l'invitation à la vie, ressentis et correspondances), La Coquette à Toulon en 2017 (Marie Madeleine), ce 3° été du Léthé a rassemblé 9 écri-vents (5 F et 4 H) : à 11 H, présentation et lecture par chacun de son texte fondateur sur l'amour sublime, repas vers 13 H
faisant le bilan, le 1° juillet avant le repas, j'ai estimé que l'aventure des étés du Léthé se terminait avec cette 3° version; il ne faut pas prolonger une aventure ayant atteint ce niveau, tant au niveau des écritures de l'intime qu'au niveau de l'écoute, des retours et des échanges;
Aïdée, Diane, Marilyne, Moni, Sylvie, Lionel, Raphaël, Florian, Jean-Claude, Gilles; ambiances : écritures, lectures, échanges, détente, amitié, présentation de 3 Cahiers de l'Égaré: Le bord des falaises ou comment se relever de ses morts ?, La nature prisonnière, Tu pètes plus haut que ton cul; la caravane; le chemin de livres
Mes deux amours
sublime et sublimé
1 – portrait de la destinataire : de 1964 à 2010, 46 années avec des hauts et des bas, des bonheurs, des malheurs, un amour réciproque initié par elle, jeune fille de 16 ans, dont je disais 40 ans après
Apparemment, c’est une femme de l’absence. Toujours ailleurs. Perdue dans ses pensées. Fille d’air et de rêve. Mais à la pratiquer, avec amour, depuis quarante ans, j’ai compris que c’est une femme de la présence, une présence légère, dans le présent. Elle ne pèse pas. Elle ne pose pas. Avec elle, tout est danse. Elle est attachée à tout ce à quoi elle a donné de l’amour. Quelle aptitude à ne rien laisser mourir. Chaque objet est à la fois d’hier et de maintenant, pas figé, souvent déplacé. L’œil toujours sollicité par quelque nouveauté, une disposition rare, un rapprochement inattendu, un éloignement surprenant. Tout ce qu’elle aime est sans cesse repris, reconsidéré. Petits riens qui changent tout. Combat de chaque instant contre la dégradation, l’usure, l’habitude, l’oubli. La maison vit, est habitée. Pas d’ennui possible avec une femme qui fait de sa maison, de notre vie, un récit, un poème. Avec elle, les simples jours deviennent les simples beaux jours, embellis par le regard, le sourire radieux qu’elle pose sur les choses et les gens. Les tristes jours deviennent les inoubliables tristes jours, adoucis par son sourire mélancolique. Elle rayonne d’amour. Solaire, elle donne le meilleur d’elle, une écoute qui apaise angoisses et peines, aide à mettre en mots, petits maux et grandes douleurs. Mais de ses angoisses et souffrances, vous ne saurez rien, les mots ne sont pas pour elle. Elle ne s’en sert pas pour elle. Tout se passe dans le regard, souvent mouillé, toujours caché.Ah ! la légère, l’aérienne ! Depuis quarante ans, elle me fait la vie légère. Je l’aime sans comprendre pleinement la force du don qui l’habite. Mais en le vivant pleinement, passant des heures à contempler son visage sur lequel je ne vois pas passer l’âge. Elle a l’âge de son cœur, celui de l’adolescente qui m’a choisi une fois pour toutes. Mon désir d’elle et mon amour pour elle sont restés intacts à son contact.
2 – l'amour sublime pour moi est un chemin, un voyage, on peut ajouter initiatique si ce voyage est personnel à chacun, partagé à deux comme couple, ouvert à l'inattendu des rencontres ; fondé sur la fidélité, il suppose la sublimation des amours hasardés par la vie ; l'amour sublime c'est t'épouser jour après jour jusqu'à ce que ça fasse toujours, et c'est réciproque ; les amours surgies au détour et qui ne durent qu'un jour sont à vivre sans regrets, sans ressentiments ; sublimées, ce sont des amours pouvant se transformer en amitiés durables, enrichissantes ; le renoncement à la sexualité de rencontre conforte l'amour sublimé, met en jeu d'autres modes de relation, en particulier l'apprentissage de la dépossession, la légèreté de la déprise contre la lourdeur de la prise.
La lettre d'amour sublime de la jeune fille de 16 ans dit bien ce voyage: Je m’appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de riens.
Dans L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto, le vieux monsieur de 88 ans compte les secondes passées avec l'épousée, y compris les secondes dans l'au-delà de l'ici-bas qui pour lui est chez lui : un milliard neuf cent quatre-vingt-dix-sept millions cent trente-six mille six cent quatre-vingts secondes Bleu Giotto. Ça m’enveloppe, Ça me submerge, Ça m’immerge dans le Ventre-Mère, matrice d’Infini, de Vie, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de rien... comme tu m’as écrit au commencement de nos étonnements. La petite fille lui fait remarquer : pépé, mamie a écrit riens avec s ; pourquoi t'enlèves l's ?
Oui, c'est vrai, je me suis planté.
3 – Mon p'tit chat, ça fait déjà 7 ans que tu es partie après 14 apnées qui me firent vivre intensément inspir, expir dans nos échanges de souffles ; j'étais dans un comportement magique, je croyais qu'il suffirait, toi dans le coma, de te parler, de t'exhorter à venir prendre ta place sur la chaise que nous t'avions destinée. Partie, sous quelles formes ? Je m'interroge toujours sur les réponses possibles à ta question : je sais que je vais passer, où vais-je passer ? Et notre amour ? Fini, parti ? Je dois faire le deuil de toi, de notre amour ? Je n'ai rien changé à la façon dont tu as laissé la maison, ton sac à mains est toujours suspendu à sa place dans la chambre, tes lunettes, tes clefs sur la commode. J'ai mis des portraits de toi et je te parle. Veuf comme on dit, j'accepte cet état que je ne vis pas comme séparation. Souvenirs et émotions (de la tristesse à la joie) font partie de mon quotidien. Vis-tu ? Suis-je dans l'illusion par impossibilité, refus de me séparer ? T'ai-je intégré sous une autre forme, plus mentale, émotionnelle, spirituelle à ma vie qui continue ? Ce que je sens, c'est que tu ne me fais pas signe dans mes rêves, dans mes reviviscences de toi. Te refuses-tu à ces rituels ? Ni souffle au détour d'une promenade sur ma nuque ou sur ma joue gauche, même quand je convoque des identifications, tiens Annie en voyant débouler un chevreuil, bonjour Annie flower. Évidemment, je souris de mes audaces qui m'amènent à te métamorphoser en un vivant autre. Tu as même ta branche dédiée sur le bouleau chamanique de Corsavy que j'enserre dans mes bras. Rien donc d'un fantôme errant, rien donc d'un vent insaisissable.
Bien vivante d'une autre vie, ne me suis-je pas fait un film d'Amour à mort (faut que je change ce titre, il est faux) de 4 mois (du 16 octobre 2017 au 17 février 2018) avec une femme perdant son fils à 53 ans, comme toi perdant à 53 ans ton fils et ton frère, verseau comme toi (17 et 14 février), portant mêmes initiales que toi, A.B., femme pour laquelle je n'avais pas pour projet une liaison sexuelle mais une histoire d'amour, avec évidemment pour commencer, une déclaration d'amour, un 16 octobre, et pour conclure-commencer, une offre de mariage un 12 février, amour sublimé au travers d'un livre pluriel Le bord des falaises ou comment se relever de ses morts ?
La mesure d'un amour est ce que nous consentons à donner pour lui. Pensée dont l'auteur ne nous est pas révélé dans Pandora. Qu'ai-je consenti à donner ? J'ai présenté cette offre de mariage comme un acte politique soucieux que ma pension de reversion aille à cette femme vivant de ménages avec 540 € par mois, et comme un acte d'amour sans exigence de retour, estimant que deux personnes adultes, auto-suffisantes, consentantes pouvaient négocier à tout moment leurs relations. Le clash s'est-il fait sur cette proposition hors-norme ? Il a eu lieu, violent verbalement. Et soudain, je me suis rappelé que la reversion avait été ma réponse à l'épousée, angoissée à l'idée que je parte le premier, elle, se retrouvant avec sa ridicule retraite de psychologue de 800 €. Mais tu auras ma pension de reversion, avais-je répondu.
J'en ai conclu que cette histoire a été une bonne rencontre, au bon moment, entre les deux bonnes personnes, que le livre Le bord des falaises était le meilleur de ce que cette rencontre pouvait donner. AB2 ne pouvait remplacer AB1 et ne le souhaitait pas mais je ne le lui demandais pas, voyant bien les différences entre ces deux femmes aimées. C'est AB2 qui en a décidé ainsi. Bien sûr, ce n'était pas un amour sublime, je l'ai voulu continuation d'un amour sublime, peut-être une façon d'accorder à deux êtres blessés, l'un plus en avance dans son chemin de deuil, de vie, l'autre aux débuts de ce chemin, la chance de vivre un amour déjà sublimé par un livre, devenant ciment, garant d'une histoire heureuse.
Elle écrirait pl(heureuse).
J'arriverai là où ça prend fin avec les bras remplis de riens. Laisser le S, c'est ce que la vie m'a appris : on n'est pas livré au rien, au néant, on laisse des riens qui ne sont pas rien.
Amour à mort (titre initial, titre de déception) est en cours d'écriture par É Say Salé, mon ami burkinabé, à ma demande, qui en a changé le titre : Amours pour l'éternité (titre final, titre d'acceptation).
Jean-Claude Grosse
/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2F66egb8355L8%2Fhqdefault.jpg)
Uploaded by Aïdée Bernard on 2018-07-02.
https://www.youtube.com/watch?v=66egb8355L8&feature=youtu.be
j'aime beaucoup cette vidéo, la voix et l'eau, les mots, je lis trop vite mais c'était la fin et la faim
Faire l'amour de manière divine / Barry Long - Les agoras d'ailleurs
Faire l'amour de manière divine de l'acte charnel à l'amour divin Barry Long voilà un petit livre qui en dit long, paru en 1993, et continuellement réimprimé chez Pocket (j'ai le tirage octobr...
http://agoradurevest.over-blog.com/2018/07/faire-l-amour-de-maniere-divine/barry-long.html
/image%2F0552430%2F20180415%2Fob_ea9a59_clark-gable-marilyn-monroe-1960.jpg)
Lettres d'amour et d'admiration / JCG - Les Cahiers de l'Égaré
Clark Gable et Marilyn, le baiser comme don, offrande, la déclaration d'amour, lèvres offertes "la lettre d'amour c'est l'impossibilité d'en faire un livre; je ne peux pas écrire des livres, j'...
http://cahiersegare.over-blog.com/2017/12/lettres-d-amour-et-d-admiration/jcg.html
de très belles lettres d'amour et d'amitié



































/image%2F0551669%2F20201129%2Fob_cabe86_ob-c1fe29-reflet-de-personnage-bd.jpg)