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Blog de Jean-Claude Grosse

les écrits d'amour sublime du 3° été du Léthé / 30 juin 2018 / Marseille

Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #pour toujours

le groupe des 9 écrivents du 30 juin à Marseille dans un ancien atelier de réparation navale réaménagé par Rudy Ricciotti
le groupe des 9 écrivents du 30 juin à Marseille dans un ancien atelier de réparation navale réaménagé par Rudy Ricciotti
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le groupe des 9 écrivents du 30 juin à Marseille dans un ancien atelier de réparation navale réaménagé par Rudy Ricciotti

Les consignes d'écriture :

la lettre s'adressera à une personne réelle qui sera seule destinataire; en faire le portrait = je t'aime parce que c'est toi, parce que c'est moi;

quels rapports voyez-vous entre amour sublime et sexualité (renoncement, dépassement, intégration); quelles différences avec la sublimation et l'amour courtois; ces réflexions, définitions peuvent vous orienter;

introduire deux phrases :

une tirée de votre texte fondateur, texte lu avant le début de l'atelier

et celle tirée du film Pandora: la mesure d'un amour est ce que nous consentons à donner pour lui

Amour sublime

Aïdée Bernard

 

Ma lettre s’adresse à Stéphane, mon homme depuis 20 ans, elle restera à usage privé.

Ma réflexion sur amour sublime et sexualité :

La relation entre amour sublime et sexualité est au cœur de mon questionnement. Je ne conçois pas que l’amour entre deux amoureux ne s’incarne pas de la façon la plus exaltante et la plus sensible, dans la sexualité.
C’est là qu’il se dit de la façon la plus intime, pas forcément à travers l’orgasme ou la tendresse mais à travers le rythme, la respiration, que trouvent deux êtres qui se répondent sans fin comme un mouvement perpétuel, celui du mystère de l’incarnation. La joie de notre différence, sa verge, mon vagin, l’appel du feu de la Terre et du souffle lumineux où se cristallise la possibilité d’être dans la singularité et dans la totalité de l’expérience de la vie, me relie au fini et à l’infini. Cette expérience mystique et absolue où la sexualité rejoint la spiritualité est l’être sublime de notre création. Une porte entre visible et invisible, ces deux lieux qui me fascinent.


 

 

Marseille, 30 juin 2018

Amour sublime et sexualité.

Marilyne  Payen-Brunet

La lettre :

 

A cette heure où je sais qu'il est temps, et Dieu sait qu'il est tard, c est à toi que je pense.

 

A toi que je veux dire.

Mettre en mots le magma.

Ce que fut notre amour avant que je ne fuie.

Avant.

Ma peau laissée pour morte. Et me tordre de toi. Et manger tous mes doigts pour qu'ils ne t'appellent pas. 

Je t'ai laissé penser que tout ne valait rien. L'as-tu vraiment pensé ?

 

Je me noyais dans toi,  j'étais nous, j'étais toi. Je me donnais sans réussir à ne pas me perdre.

Je suis partie pour me sauver. 

 

Claquer ta porte ne fut pas difficile.

Mais ensuite.

Le corps. C'est mon corps qu'il aura fallu faire taire en premier. Le reste n'est venu que plus tard.

Chaque heure a dégluti sa peine.

 

Et puis ?

Et puis, quand j'ai pu respirer, alors je t'ai cherché. Partout dans d'autres hommes.

Goût de toi dans ma bouche, ta peau, mes doigts, ton souffle, nos unissons, notre anarchie et nos combats. Tu te souviens? Nos banderoles romantiques. Nos scènes à l'italienne. Mon exigence,  tes petits soins. 

Notre amour, je ne l'aimais qu'intense. 

 

Je nous ai poursuivis. Tu as été mon tout, me cachant tout le reste.

Qui pouvait soutenir cette comparaison-là ?

 

Si la mesure d'un amour est ce que nous consentons à donner pour lui, comment donc t'ai je aimé ?

Les autres doigts, autres étreintes, les autres mots, autres folies, je les ai pris sans rien donner.

Mais toi ?

Me donner toute. Avec ce feu. Comment ça se mesure ? Ah ! J'entends que tu grimaces : la mesure, le don ... On en reparlera ?

 

Il est tard, je sais bien.

Mon temps est plus lent que le vôtre. Petite j'étais vieille. Quand vous étiez adulte la petite fille a réclamé sa part.  Je ne l'ai pas entendue. Jusqu' au jour où faire la sourde oreille n'a plus été possible. Trop de boucles . Au même endroit toujours coincée . Disque rayé.

Alors je m'en suis retournée vers elle. A pas comptés. A reculons parfois.

J'ai levé tous les voiles.

Ses terreurs !

Des terreurs sans visage.  Il a fallu du temps. Le visage est venu et j'ai pu dire  le nom. Je le garde pour moi mais je crois que tu sais. 

Quand je n'ai plus tremblé j'ai pris la petite par la main. J'ai léché chaque larme. J'ai pensé chaque plaie.

Il a fallu du temps.

Je viens juste de comprendre.

Sublime, notre amour était son rêve à elle. Un impossible à vivre.

Et c'est aussi sa peur.  Sa peur, dėguisée en colère, qui a claquė ta porte.

 

Il est tard je sais bien.

Tu es libre ce soir ?

Malou.

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Lorsque j'entends "amour sublime" je vois deux réalités que tout sépare ou presque. Je n'y peux rien.

 

A mes oreilles qui ont trop traîné sur les divans, il chante tout d'abord un amour fantasmé, l'amour de l'idéal qui satisfait aux désirs les plus ignorés de nous-mêmes, les plus primaires. Mieux ! Il les devance.

Il provoque ce genre de béatitude que ressent l'enfant comblé dans son désir innommé : les bras qui rassurent, le sein, une couverture ou un chapeau. Que sais-je ? 

Ça fait mmmhhhh sans qu'on puisse dire pourquoi.

De cet amour là, merveilleux, j'ai essayé de parler dans ma lettre et s'il n'est pas incompatible avec la sexualité, c'est au passé ou au futur qu'il se conjugue, enfin, c'est l'idée que je m'en fais.

C'est un amour pour un homme mort, un disparu, un impossible.

Dieu. Le premier amour ( ou le deuxième allez savoir). La femme de l'autre. L'interdit.

Dans cette sorte d'amour, si sexualité il y a eu, elle aura été flamboyante,  mais je ne suis pas certaine qu'elle aura été vécue en conscience. Je la vois comme une relation fusionnelle dans laquelle l'autre remplit le vide. Un vide face auquel cet autre ne peut rien en réalité et qui nécessite un retour à soi-même de quelque façon que ce soit. 

Dans cette relation, l'amant nous renvoie l'image qui fait défaut en soi. On est si beau lorsqu'on aime aussi "bien" aussi "tant" ! 

 

L'autre forme d'amour sublime que j'entends est sublime en ce qu'il est humain, réel, vivant, adulte.

Il s'accommode, ou pas, de la routine. Il dure ou ne fait que passer. Il refuse de réparer l'autre. On s'accompagne, on se comprend, à la limite. Pas davantage. On prend. On se laisse prendre aussi. Sans mesurer. A l'occasion on donne, bien entendu...

La sexualité me semble indissociable de cet amour-là qui se moque des chimères. Et si elle n'en est pas au centre, elle n'en est pas loin. 

Un amour de chairs, de désirs, de paroles, d'odeurs, de larmes, de jubilations, de déceptions, de patience, de jeux. 

Une sexualité qui se bâtit, qui s'éprouve.

Chacun chemine vers lui-même, vers sa plénitude. Des êtres désirés et désirants.  L'énergie de l'un, accueillie, renforcée par celle de l'autre. Et vice et versa. Un va et vient, quoi ! Vers une jouissance multipliée. Quand ça marche...

L'union sans la fusion, voici un slogan pour cet amour sublime. Surtout pas sublimé. 

Cela ne répond sûrement pas aux canons de l'amour sublime mais c'est ce que je trouve sublime dans l'amour.

Ceci étant dit, on pourrait à juste titre me demander si ce deuxième amour qui se baigne dans la sexualité n'est pas, lui aussi, un idéal. 

Demandez toujours...

 

Sylvie Combe

Texte fondateur, Lettre à Simone de Beauvoir

5 mars 1950

Je vous ai dit que je vous écrirai mais dois-je vous écrire ? Je veux respecter votre bonheur et votre tranquillité avec Sartre là-bas où vous allez. […]

Je vous reparlerai de vendredi dernier en essayant de ne pas radoter. Je vous parlerai franchement. […] J’avais été ivre d’émotion pendant une semaine après la conversation que vous  avez eue avec moi et que je ne mérite pas (non, ce n’est pas du masochisme) car si je l’ai bien écoutée et bien comprise, j’ai perdu ensuite la tête. Il y avait des nuits et des jours que j’avais décidé d’embrasser votre main dans le taxi, d’exploiter ainsi ce que vous m’aviez confié. Et je l’ai fait avec lâcheté pendant que vous indiquiez le chemin au chauffeur, pendant que vous n’étiez pas tout à fait libre. On peut considérer cela comme une audace enfantine, mais je sais que j’ai ébréché cinq ans de domination de moi-même.

Vous m’aviez dit que vous ne vouliez pas d’un amour mystique mais vous pouvez constater que l’autre n’est pas possible. Il faut que je vous élève jusqu’à l’inaccessible, il ne faut pas que je sente votre main qui serre la mienne quand vous arrivez. Après le geste que j’ai eu, j’ai plongé jusqu’au fond du gouffre de ma chasteté forcée. Je ne savais pas que c’était un grand gouffre. Je suis condamnée au bagne. J’ai aussi vu le précipice qu’il y a entre ma vie que je mène et l’érotisme du livre que j’écris.

Hier je pensais sérieusement au couvent pour aller jusqu’au bout de la chasteté, celle des yeux, du goût, de l’ouïe. Mais ce serait vous trahir puisque vous voulez que je travaille, que j’écrive. Ce serait aussi trahir mon enfer que je dois vivre jusqu’au bout. Quelles journées, quelles nuits de lucidité extraordinaires je viens de vivre depuis vendredi. Je n’étais jamais allée si loin au fond de ma misère, de mon avenir. Rien ne changera. Je serai un monstre de chasteté forcée jusqu’à ma mort. Oui, il faut travailler, travailler, vous aimer en commandant fermement mon renoncement. Si je me laissais aller je vomirais de jalousie sur Thérèse-Isabelle. Mais ce n’est pas ainsi que j’agirai. Je les couvrirai d’amour. Maintenant j’ouvre mon cahier. A ce soir.

8h ½ du soir. […] J’ai compris cet après-midi qu’écrire devenait mon vrai métier, celui auquel je peux consacrer tous mes efforts. Je ne demande pas le succès puisque mon succès, mon public c’est vous. Je demande un peu d’argent qui me viendrait directement de la vente de mes livres et qui me permettrait de vivre comme je vis actuellement. […] Je m’attache à ce que je fais et j’ose espérer que mes efforts seront peut-être récompensés. […] Finalement, ces bouleversements depuis mon retour ont refait une nouvelle virginité à mon amour pour vous.

Violette Leduc (7 avril 1907 – 28 mai 1972)

L’amour sublimé

Tu peux vivre vingt ans à désirer en parallèle, en perpendiculaire, en cercle ou en simple droite. A jouer au funambule. Il n’y a rien d’infini que ce que toi, tu y vois, que  ce que toi, tu en attends. Ce peut être bonheur total comme effroi abyssal. Ce peut être tout et forcément son contraire, puisque c’est juste la part de folie que tu t’es construit pour toi-même.

Mais qu’aboutisse une seule de tes attentes et alors c’est la chute. Sublimée si indépendante de ta volonté, banalement commune si intentionnelle.

Une sorte de trêve dans les présents successifs  et qui te revient en pleine poire quand tu t’y attends le moins. Un romantique cheminement s’achevant en résultat mathématique aussi casse-gueule qu’un giratoire avec priorité à droite.

 

La lettre 

Après le geste que j’ai eu, j’ai plongé jusqu’au fond du gouffre. J’y crève maintenant, alors je t’écris. 

Ce lieu était fondateur, la fin de notre quête, jouir après tant avoir fait souffrir. De quelques poutres et d’un trou béant rafistolé en piscine, 31 degrés, jour, nuit, été, hiver, est né un malheur plus vrai que toutes les vérités. Nous nous y sommes retrouvés pour le meilleur du pire.

D’un trou qui a connu la souffrance des heures du travail qui fait crever à petit feu, un trou rempli de produits pourris qui ont sans doute fini à la mer, que pouvait-il naître ?

J’ai pêché, amour, j’ai pêché pour un trou. Le tien. J’ai surtout manqué à la parole du contrat que nous n’avions jamais signé.

Te souviens-tu des matins où dans des bras autres, ce sont nos deux bouches qui dialoguaient, nos yeux qui se cherchaient.

Te souviens-tu de ceux avec qui nous partagions et le lit et le sexe et qu’on quittait sans un mot dès qu’un de nous faisait un geste.

Te souviens-tu des nuits passées à arpenter les rues vides à la recherche de nos corps que jamais nous n’échangions. Te savoir vivante, là, quelque part, en pleine jouissance était suffisant à me remplir jusqu’à la nuit suivante où je clouais mes capotes pleines à ta porte. Plus il y en avait et plus je t’avais aimée. Toi seule savais cela.

Te souviens-tu des regards apeurés de nos amis communs. Tout ça finira mal, comme dans les livres, les mauvais films. On les avait rendus malades de cette liaison dont ils ne comprenaient pas l’origine, la simple idée d’un amour avec lequel ils n’oseraient jamais jouer mais que pourtant certains enviaient.

Te souviens-tu de nos débuts d’histoire, de la joie sincère qu’on prenait à ce qu’elles ne s’écrivent pas, ou pas tout à fait. Les gommer jusqu’à en arracher les pages pour être sûrs que ceux qu’on avait trahis ne rajoutent rien, ne s’en remettent pas.

On se croyait à l’abri de la suite, à l’abri du sens qu’on avait donné à notre jeu de société, binôme et bancal et pour toujours perdant. Unique.

Acheter ce lieu à l’abandon pour y construire ce dont on était incapables, c’était comme planter des carottes en plein désert. La mesure d’un amour est ce que nous consentons à donner pour lui. Il est sans pitié. Un chien aux yeux jaunes.

J’ai cru t’aimer plus fort encore quand je t’ai enfin écarté les jambes pour la première fois, rassuré par le danger de ta présence maintenant imminente.

Tes jambes se sont refermées, il n’y avait plus de partie, j’avais gagné.

Les fleurs ont fané, les tôles ont rouillé et toi, tu es partie ailleurs, à garder, à remettre, à pleurer, à jeter, sans peut-être.

 


 

 TEXTES FONDATEURS POUR MONI GREGO

« Dans la beauté du monde la nécessité brute devient objet d’amour. Rien n’est beau comme la pesanteur dans les plis fugitifs des ondulations de la mer ou les plis presque éternels des montagnes. La mer n’est pas moins belle à nos yeux parce que parfois des bateaux sombrent. Elle en est plus belle au contraire. Si elle modifiait le mouvement de ses vagues pour épargner un bateau, elle serait un être doué de discernement et de choix, non pas ce fluide parfaitement obéissant à toutes les pressions extérieures. C’est cette parfaite obéissance qui est sa beauté. »

« L’art est une tentative pour transporter dans une quantité finie de matière modelée par l’homme une image de la beauté infinie de l’univers entier. Si la tentative est réussie, cette portion de matière ne doit pas cacher l’univers, mais au contraire en révéler la réalité tout autour. »

« L’art de transposer les vérités est un des plus essentiels et des moins connus. Ce qui le rend difficile, c’est que pour le pratiquer; il faut s’être placé au centre d’une vérité, l’avoir possédée dans sa nudité, derrière la forme particulière sous laquelle elle se trouve, par hasard, exposée.
 Au reste la transposition est un critérium pour une vérité. Ce qui ne peut pas être transposé n’est pas une vérité ; de même que ce qui ne change pas d’apparence selon le point de vue n’est pas un objet solide, mais un trompe l’œil. »

« Il y a quelque chose dans notre âme qui répugne à la véritable attention beaucoup plus violemment que la chair ne répugne à la fatigue. Ce quelque chose est beaucoup plus proche du mal que la chair. C’est pourquoi, toutes les fois qu’on fait vraiment attention, on détruit du mal en soi. »

« La fonction spirituelle du travail physique est la contemplation des choses, la contemplation de la nature. »

« Se vider de sa fausse divinité, se nier soi-même, renoncer à être en imagination le centre du monde, discerner tous les points du monde comme étant des centres au même titre et le véritable centre comme étant hors du monde, c’est consentir au règne de la nécessité mécanique dans la matière et du libre choix au centre de chaque âme. Ce consentement est amour. La face de cet amour tournée vers les personnes pensantes est charité du prochain ; la face tournée vers la matière est amour de l’ordre du monde, ou, ce qui est la même chose, amour de la beauté du monde. »

« Lecture. De même que dans un morceau de pain on lit une chose à manger, et on y va ; de même dans un tel ensemble de circonstances on lit une obligation ; et on y va. On va d’autant plus vite et plus droit que l’on a lu plus clairement. »

« L’homme est ainsi fait que celui qui écrase ne sent rien, que c’est celui qui est écrasé qui sent. Tant qu’on ne s’est pas mis du côté des opprimés pour sentir avec eux, on ne peut pas se rendre compte. »

« Notre civilisation repose sur la quantité et a perdu de vue la qualité : tout s’en trouve corrompu. »

SIMONE WEIL

Une actrice lit à des gens qui écrivent. Ce jour-là, elle a mal au dos. C’est à la fois une célébration et un rassemblement amical dans un lieu luxueux et simple. Les caméras et les appareils photos des téléphones s’activent. Elle s’accroche à une grande table, comme elle peut et le geste sur la page calme le lumbago. Le geste de la main prend toute la place, comme si lui seul importait infiniment plus grand que le corps. Des mots et des choses apparaissent. Une transe qu’aucune image ne peut capturer.

 

1 - LETTRE D’AMOUR

Bonjour Donald,

Je n’écris pas “cher Donald”, d’abord parce que dans ma langue, ça sonne un peu ridicule, à cause du personnage de Walt Disney.

Mes pensées divaguent en ce jour d’été dans un lieu protégé et paradisiaque où les écrivains ont le choix d’écrire sur un transat à l’ombre, entre deux brasses coulées dans une piscine, ou nimbés par le bain doré d’un soleil qui traverse les feuilles d’un palmier.

Pourquoi vous Donald Trump ? Je l’ignorais jusqu’à ces mots mais je réalise que, la plupart du temps, si j’écris, en général c’est pour amplifier mon ignorance. Et avec vous, je suis servie !

Le sublime surgirait parfois dans nos vies comme un phare, une mélodieuse utopie qui un moment éclairerait les chemins escarpés de nos destinées.

Mais vous monsieur Trump, de quelles matières de désordres humains êtes-vous constitué, pour que rien dans votre image, dans vos mots, dans ce qui semble être vos intérêts, n’arrive jusqu’à moi comme une substance reconnaissable, et digne d’intérêt ?

Il me semble que je peux dialoguer avec pratiquement toutes les démunitions, les disqualifications ou les capacités d’art, de beauté, d’inventions humaines…

Mais vous, Donald, vous m’avez eue.

Vous arrivez à atteindre, à mes yeux, une inexistence abyssale. La place tyrannique que votre peuple vous a accordée va certainement jouer en défaveur de mes angéliques divagations autour de l’amour sublime. Et cela, que ça nous plaise ou pas ! Que faire de vous ?

En attendant, je me dis que peut-être, depuis des poussières d’étoiles, ou des ondes en rotation vous recevrez un jour une influence inattendue des présences actives de Miles Davis, Marilyn Monroe, John Cassavetes, Ava Gardner, Abraham Lincoln, Scott et Zelda Fitzgerald, Rosa Parks, Louis Armstrong, Gertrude Stein, Edgar Poe, Sylvia Plath, John Malkovitch, Cyd Charisse, Jack London, Émily Dickinson, Gene Kelly, Toni Morisson, Jack Kérouac, Katharine Hepburn, William Faulkner, Ella Fitzgerald, Albert Einstein, Joyce Carol Oates, Martin Luther King, Angela Davis, Benjamin Franklin, Billie Holliday, Joseph Conrad, Janis Joplin… vos amis américains…

Allez… un peu d’amour sublime pour que, sur cette même terre où vous vous attardez tranquillement, ou pas… la beauté de leur passage ne vous laisse pas indemne.

2 - L’AMOUR SUBLIME

L’amour sublime, je vais commencer par écrire : “Non ça n’existe pas !”

Lisez Duras : “La maladie de la mort” où l’amour au masculin n’existe pas. Où il n’est qu’une consommation aveugle de l’autre jusqu’à la lassitude, la mort.

Il y aurait peut-être quelques exceptions. Mais regardez autour de vous, comme le personnage de Roberto Zucco qui clame avant de mourir : “Il n’y a pas d’amour ! il n’y a pas d’amour.”

Depuis nos très anciennes certitudes, philosophiques, ou politiques, ou antropologiques, ou même biologiques, aujourd’hui, on réalise enfin, car il se pointe tout de même quelque chose comme un début de conscience, que : “la femme n’existe pas” et que dans la plupart des civilisations humaines, ses représentations, son existence résident presque totalement dans des fabrications masculines.

Non je ne suis pas un ange, une mère, une pute, une sainte, une proie, encore moins une sorcière, une salope, une mamie, un but, un trophée, une idole,

un cul !

C’est peut-être dommage pour vous, mais non, je ne suis pas celle qu’on vous a raconté que je suis.

On vous a menti !

Vous avez été bernés, vous, aimables croyants aveugles et naïfs de nos cultures écrasantes du féminin.

Vous nous avez perdues. Vous vous êtes perdus.

Nous voilà bien !

L’amour peut-il nous rejoindre ?

Mal, ce me semble.
On le voit, en nous, autour de nous…

Il est un art : celui de vivre, qui a peu d’adeptes, peu de pratiquants, peu de génies…

Que sommes-nous d’autre que des artistes du dimanche, avec la vie ! Nous grattons quelques croûtes, parfois même nous les exposons, mais peu de chefs d’œuvre demeurent.

Je réfléchissais à cette chose terrible : y a-t-il vraiment une histoire d’amour absolu qui se termine bien ?

Personnellement, je n’en ai pas vu plus de deux ou trois dans la vraie vie.

Seule, peut-être, la fiction du retour d’Ulysse vers Pénélope, et Ithaque, me semblent à la hauteur de cette hypothèse.

Cette histoire de plus de 2000 ans, où un homme, après dix ans de guerre contre les Troyens et dix ans d’un voyage périlleux, continue à mettre le cap sur son île d’Ithaque, où sa femme Pénélope, son fils Télémaque, et son chien Argos, l’attendent fidèlement. Où une femme patiente pendant vingt ans jusqu’à ce que son guerrier d’homme revienne, alors que les plus beaux princes du coin la harcèlent de leurs désirs, l’obligeant à ruser avec l’ouvrage d’une tapisserie qui, de nuit en nuit, se fait et se défait.

Et quelle trouvaille, le fabuleux retour d’Ulysse en mendiant hirsute, plein de puces, que personne ne reconnaît, excepté le chien Argos.

Jacqueline de Romilly, cette grande dame, seule, comme beaucoup de grandes dames, nous raconte avec enthousiasme comment le génial Homère a inventé le mot “penser”. En effet, il figure historiquement dans un texte, pour la première fois, dans ce moment si étrange de l’Odyssée. C’est ce mot qui arrive à ce chien lorsqu’il voit revenir son maître Ulysse.
“Il vit ce mendiant et il pensa… il pensa ! Ulysse !” écrit Homère ! Quelle merveille cette naissance de ce mot ! Fulgurance, éclairs, étincelles de ces quelques lettres créées par le poète grâce à la sensibilité d’un chien !

Après l’“Ulysse” de James Joyce qui bouleversa l’histoire de la littérature, je me propose dans ce loft marseillais de Gilles Cailleau, architecturé par Rudy Ricciotti, et à l’initiative de Jean-Claude Grosse, pour son troisième “Été du Léthé”, je me propose d’écrire un nouveau roman : “Pénélope” !

J’essayerai donc d’entrer en chantier et de raconter cet amour sublime d’Ulysse qui le propulse, envers et contre tout jusqu’à sa Pénélope, qui, quoiqu’il en soit, avec les prétendants, restera dans l’attente de son homme jusqu’au bout.

Dans une récente émission de télévision, les écrivains Yann Moix et Sylvain Tesson, très rigolards, se moquaient de ce pauvre gars d’Ulysse, de ce héros de l’Iliade et l’Odyssée, qui après s’être envoyé en l’air avec les femmes les plus belles et les plus magiques, finissait bêtement par rentrer au bercail pour, disaient-ils : “retrouver maman et faire la vaisselle !…”, se contentant d’une vieille peau de quarante balais au lieu de continuer à vivre les affriolantes aventures d’une traversée nautique ad libitum.

Et, si, Ulysse et Pénélope s’aimaient, eux, d’un amour sublime qu’ils s’étaient promis à vingt ans ?

Si, enfin, ils allaient pouvoir se retrouver, se caresser, se tenir serrés très fort, sentir leur Coeur battre dans ce monde que s’inventent les amants loin de notre monde, au creux de leur chaleur, de leur moiteur, de leurs humeurs, de leur musique absolue, incroyablement proches, ne faisant qu’une chair ?

Et, si, la seule façon d’atteindre au sublime en amour était de se comporter avec l’autre comme un artiste avec sa création. La stimulant, s’effaçant devant elle. Animalité, écoute, respect, construction, destruction, fraternité, douceur, violence, vision, solidarité, mystère, vérité, tendresse, érotisme, sagesse, joie, exigence, proximité, distance, liberté…

Et l’entrée à deux dans ce mouvement sans fin qu’est la création, dans ce territoire où tout est toujours neuf, où rien ne se reproduit jamais, dans le ravissement de la lumière que l’un projette en l’autre dans une avancée évidente, incompréhensible, vers on ne sait quoi de sublime, qui est.

3 - AMOUR ET SEXUALITÉ

Imaginer un amour sublime, dans un couple, sans sexualité, me chagrine grandement.

Cette absence marquerait comme un manque d’accès à la beauté des choses. Une sorte d’impuissance, de mensonge qui s’incarne, qui saccage, qui jouit de l’échec .

D’autres amours d’une dimension extrême peuvent certainement exister entre parents et enfants ou entre frères et sœurs qui s’apprécient. Là, l’interdit du sexe, conjugue une relation non charnelle qui du coup, même dans une très grande intensité, n’atteindra jamais le miracle que c’est d’entrer dans le corps d’un autre. Car c’est ce qui se passe dans l’amour sublime, ce qui est vécu dans ce moment où l’on ne sait plus qui pénètre et qui est pénétré.

Ou alors, quand il y a un très grand amour entre des êtres sans sexualité, il y a un nom pour cela “Parce que c’était lui, parce que c’était moi“… Ce nom est l’amitié. Et l’amitié sublime, a, elle aussi, de grandes vertus.

Pour qu’un amour qui commence devienne sublime, il me semble qu’il est nécessaire d’avoir le sens d’un engagement organique, le pouvoir d’aller pleinement avec le prélude d’un mouvement musical qui naît, qui va se composer et qui dépend d’une multitude d’accords de l’un à l’autre. Là, tout s’ordonne harmonieusement, dans un rêve éveillé qui a le dur éclat, la splendeur de toucher au réel.

S’il est sublime, mon amour n’aura pas de mesure. Sa beauté, son intensité vont abolir toute mesure. Il va, par sa force créatrice, inventer sa naissance au monde, ses relations aux autres, son essentielle identité en devenir.

Ce que je donne pour lui n’est pas mesurable, c’est juste le nécessaire à sa poursuite. Aucun instrument de mesure ne précède ce mouvement organique. Comme il n’existe que dans le présent, cela exclurait l’intérêt de quelque bilan que ce soit.

Oui, l’absence peut être un bon carburant, mais la présence heureuse en est un autre, infiniment plus puissant.

Il s’agirait peut-être d’arriver dans le couple d’amour, à ne plus reproduire mais plutôt, autant que possible, de succéder, de transmettre, détachés de toute possession physique, mentale ou matérielle.

Tenant la promesse dans ses bras.

Moni Grego 

Prélude au Léthé.

 

L’amour sublime.

 

Réflexion.

 

Florian Onno

 

Certains posent des mots comme de la peinture, assemblage savant de syllabes esthétiquement lisses. Ma pensée fonctionne par cycles. Inspiration cyclique, virevoltante, enivrante, scintillante, parfois. Plus le cycle tourne sur lui-même, mieux je saisis sa lumière et son sens.

Critique ? Oui ! De frustration, de toute cette lissitude platonique. Elle me fatigue ; j’y perds ma beauté.

 

Comment dépasser cette frustration ?

Comment faire que cette médiocrité s’efface et se délave par l’expérience de vie ?

 

L’amour, étincelle de vie.

Je sens sa pulsation, sa présence ; mais ne l’exprime pas pleinement.

Ô toi ! Aspiration à la totalité et à la plénitude, allume-toi !

Consume tes doutes et tes peurs.

Laisse et conduis cette flamme de ton intime profondeur à la superficialité de tes extérieurs.

Métamorphose-toi ! Brille, deviens, disparais !

 

D’aucuns vivent et pensent l’amour à deux.

Mais qui nous a appris à nous aimer nous-mêmes ? Qui s’aime ?

Qui peut me dire qu’il a transcendé l’amour pour lui et qu’il a su l’offrir à l’autre ?

Tout le monde dit ce qu’il est et doit être mais qui vit ce qu’il dit et doit être ?

Est-ce à moi d’inventer et de créer ma vie, l’amour, ma facette universelle et unique de Dieu ?

Après tout, qu’est-ce qui me rend heureux ?

 

Il me reste à dépasser les croyances des autres, de la société, faites miennes depuis aujourd’hui. À moi de créer la version de moi que je veux expérimenter, transcender, sublimer.

Quel accès ?

Les rêves. Faire d’aujourd’hui mon rêve, être la meilleure version de moi-même.

Ce qui est passé n’est plus, ce qui arrive n’est pas encore.

Reste à trouver cet espace central et le maintenir maintenant, expression de mon être, amour sublime.

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Lettre au Léthé ou

Le XIème commandement ou

Aime-toi toi-même

 

Florian Onno

 

« Par sa joie ma dame peut guérir 

Par sa colère elle peut tuer » Guillaume d’Aquitaine

 

Ô toi, qui a vécu le pire même la mort et découvert que par delà la mort la vie continue, que choisis-tu de devenir ?

Que choisis-tu de vivre ?

Que me dirais-tu si tu m’aimais ?

 

Un principe fondateur du Taï Chi Quan stipule que « si l’on est capable d’investir dans la perte celle-ci se retourne et se transforme en bienfait supérieur » Chen Man Ching

 

Sois capable d’accepter ton histoire en totalité dans les pires comme dans les meilleurs moments ; ce n’est qu’une histoire, certes vécue, mais qu’une histoire.

Toi qui es au-delà de l’espace et du temps, aucune histoire ne peut te définir.

Une expérience n’est pas toi mais juste une partie de ton vécu.

Ne t’identifie pas à l’histoire, tires-en les enseignements et dépasse la.

 

Si « la mesure d’un amour est ce que nous consentons à donner pour lui », donne lui ton histoire.

Laisse ton histoire disparaitre à ta lumière.

Laisse ta lumière parcourir ton corps, tes cellules ;

Laisse ces autoroutes de lumière ouvrir ton cœur et ton cerveau.

 

Ceci est possible tu le sais.

Tu l’as vu chez d’autres et certains sont venus de l’au-delà te le transmettre.

 

Ose la transcendance d’un amour sublime.

 

Deviens cette facette universelle de Dieu, libre de tout espace et de tout temps.

 

Amour sublime

Lionel Parrini

 

Aimer, c'est rendre libre. Aimer, c'est encourager l'autre à rencontrer sa véritable nature et l'encourager à tout mettre en oeuvre pour oser cette rencontre. Aimer, c'est renoncer à posséder, c'est applaudir la circulation, pendre la jalousie. Aimer, c'est être heureux pour l'autre même lorsque son bonheur ne vous concerne pas. Aimer, c'est se méfier de toutes entreprises : c'est rendre possible les chemins de traverse : là où il y a contrat, il n'y a pas de courant d'airs. Aimer, c'est toujours une épreuve mais n'oubliez jamais que celui qui vous aime n'exige rien, il est et se bat pour le partage complice. Aimer, c'est refuser d'attendre de l'autre qu'il réponde à vos besoins. Aimer, c'est se battre pour rester libre à deux et celui qui souffre de cela doit apprendre à questionner et aimer sa solitude. Aimer, ce n'est pas être sparadrap et encore moins doudou. Quand on aime, il faut partir disait-il. Quand on aime, on peut rester mais il faut apprendre à mieux aimer : sans condition. Sinon, c'est pas aimer, c'est s'attacher. Négocier. Torturer. Or, on ne peut aimer vraiment que librement. Aimer, c'est apprendre à grandir ensemble en voyant chez l'autre de la lumière et non de l'ombre. Aimer, c'est beaucoup beaucoup d'autres choses mais... C'est aussi se taire, parfois.


 

Amour Sublime, Amour sublimé, Amour courtois

3ème été du Léthé, Marseille, 30 Juin 2018

Diane Saurat

 

Il est. Cela pourrait se résumer à cela. Cela pourrait sembler aussi simple que ça. Il est.

Il est l’être anticipé. Celui qui aurait pu rentrer plus tôt dans ma vie, mais qui, tapi dans l’ombre, a attendu le bon moment. Il est celui que je n’attendais plus, que je n’attendais pas. Ah quoi bon ? Les histoires se déroulent toujours de la même manière : un désir puissant, dévorant, une sensualité d’épiderme et, la première couche effeuillée, tout s’évanouit.

Il est la peau, la pulpe des doigts rencontrant ma chair, la respiration calquée sur la mienne, le souffle expirant dans le creux de mon cou.

Il est la mémoire d’un pouls, le souvenir d’un geste, le rythme persistant de nos battements de cœur.

 

Il est.

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Mein Schatz,

 

Ces mots m’ont toujours plu. Mon trésor. En français, cela sonne un peu daté. Peut-être parce que, petite-fille, Daddy m’appelait ainsi. Mon trésor.

Moi, j’aime Schatz. C’est un mot doux, sa musique rappelle la langueur des chats dont j’aime tant la compagnie. Les Allemands parlent de Wortschatz, trésor de mots, pour le vocabulaire. J’aime ce mot, l’idée de ce mot.

Schatz. Je t’affuble aussi d’autres sobriquets, plus ou moins heureux, plus ou moins usés, mais celui-ci n’est qu’à nous. Il est comme notre histoire, il nous appartient.

Ce soir, je dormirai sans toi. Je ne goûte pas ces moments-là. Ton absence ne me pèse pas pour autant. Je ne l’affectionne pas, c’est tout.

Je t’aime là, à côté de moi. Bien sûr, cet éloignement nous renvoie à nos premiers mois, lors que nous vivions à huit cents kilomètres l’un de l’autre.

Aujourd’hui, ces huit cents kilomètres s’installent souvent entre nous. Une distance concentrée dans les quelques centimètres qui nous séparent une fois allongés.

La mesure d’un amour est ce que nous consentons à donner pour lui. J’ai accepté l’amputation pour toi.

Éloignés l’un de l’autre, ne disposant que de conversations téléphoniques pour nous apprendre, nous rattrapions ce manque par un débordement de sexualité assouvie, prolongeant, muets, nos échanges verbaux. Enfin réunis, nous mêlions conversations et palabres sur l’oreiller. Et puis, il y eut le temps, la lassitude, le désintérêt pour ces dialogues drapés de coton ou de percale.

J’ai bataillé cent fois, fait valoir mon volcanisme pour tenter de raviver la flamme, essayé de comprendre, craint d’avoir compris. Mais rien n’y fit.

Notre couche accueille désormais des nuits de sommeils réparateurs.

La lancinante question demeure la même. Pourquoi ? La réponse est immuable. Je ne sais pas.

Alors, moi-même, je me suis assoupie. Le volcan hiberne pour ne pas risquer d’entrer en éruption ailleurs.

Nous vivons côte à côte, mais nous ne fusionnons plus, nous regardons toujours dans la même direction, mais nous voyageons vêtus, nos mains continuent de se nouer, mais oublient de se perdre dans le creux de nos reins.

Je t’aime depuis toujours. Je te le dis rarement, de crainte d’élimer ces mots.

Pour toi, j’ai prélevé la corde sensible, le diapason de nos échines, la résonance de nos tempos cardiaques.

Et pourtant, cet amour qui nous lie demeure d’une rare puissance, poursuit une quête plus que sacrée, celle de la félicité de conjuguer la vie à deux.

Et l’on a vu cent fois rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux.

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Est-ce qu’aimer se définit ? De quelle façon peut-on affirmer, lorsqu’on aime pour la première fois, que c’est « ça » l’amour ?

J’ai aimé, sans doute trop, sans doute mal, mais lorsque je t’ai rencontré, j’ai su que ce ne serait jamais comme avant. J’ai compris que ce que nous nous apprêtions à vivre n’avait rien d’un jeu de séduction charnelle, que ce n’était pas une ligne supplémentaire couchée dans un calepin de collectionneur.

Nous allions nous fondre, superposer nos âmes jusqu’à leur hybridation, créer un troisième être : Nous.

SES MAINS

 

Diane Saurat

 

Ce sont ses mains que je revoie. Elles n’étaient pas d’une beauté classique. Elles étaient bien plus que cela: massives, fortes. Il n’en avait pourtant pas toujours été ainsi.

 

Autrefois, ses mains faisaient jouer un archer sur les cordes d’un violon, un premier violon d’orchestre. Elles jouaient à l’opéra, ses mains. Des sons mélodieux naissaient de la virtuosité de leurs gestes, entraînant derrière elles tous les instruments de la formation suivant le chemin de leurs notes.

 

La rencontre fut orchestrée, elle-aussi.

 

  • Et vous avez des enfants ?

  • Une fille et un fils, oui. Et vous ?

  • Trois fils. Une fille dîtes-vous ? Quel âge a-t-elle ?

 

Elle est grande, mince, gaie. Il est svelte, gauche et terriblement timide. Tous deux aiment la musique. Ils se rencontrent parfois à l’opéra. Elle le cherche, rentre dans le fumoir pour engager la conversation. Lui fuit par l’autre porte, tétanisé à l’idée de lui parler. Comme le Renard et le Petit Prince, ils finissent par s’apprivoiser.

 

Mais la guerre fait taire la musique.

De chantiers de jeunesse en travaux d’usine, de tickets de rationnement en couvre-feu, la jeunesse mûrit en un éclair.

Combien de temps ? Combien de temps la France serait-elle ainsi occupée ? Combien de temps faudrait-il souffrir cette couleur vert de gris, suivre ses règles ? Combien de temps devrait-on baisser les yeux ?

 

Et il y eut des bruits. Des bruits de débarquements, de percées de lignes, de ponts qui sautent et de trains qui déraillent.

 

  • La Normandie, c’est loin. Ils sauveront Paris bien avant nous, c’est sûr.

 

Elle vient d’avoir vingt ans. Lui en a quatre de plus et il est sur le point d’être mobilisé.

Si on le mobilise maintenant, c’est que la fin n’est pas pour tout de suite, non ? Attendre encore avant de se dire « oui » ? Attendre, c’est bon en temps de paix. Alors, on fixe la date au mois d’août.

Le temps est si beau que l’on en oublie la situation. Chacun à bicyclette sillonne la ville à la recherche d’œufs, de sucre, de tissus. La fête doit être belle pour faire la niche aux Doryphores.

La noce est gaie, les mots et les baisers sont doux et l’on part en voyage à une heure de vélo.

Deux jours plus tard, la ville est libérée : la force de l’amour.

 

Elle est devenue épouse. Elle se veut parfaite, dévouée. Lui portant son café au lit dès le lendemain matin, elle connait sa première colère, peut-être la seule. Il lui fait jurer de ne jamais recommencer. Il n’attend pas cela d’elle, elle est son épouse, non sa servante. Séchant ses larmes, elle promet.

Équipé d’un fusil non chargé, affublé d’un uniforme élimé, de guêtres trouées, il doit ramener un prisonnier à la frontière. Son orgueil en est blessé, mais son regard à elle panse ses plaies. Elle sera sa force.

 

Sous un même toit vivent son jeune couple, ses beaux-parents, ses beaux-frères, puis leurs épouses. La belle-mère régente son petit royaume, impose ses règles.

Et ses mains travaillent, cuisinent, lavent dans l’eau glaciale du lavoir, repassent, ravaudent, attendent l’époux. L’époux, rentré de la guerre, pour intégrer l’entreprise familiale. Tous unis, en tous temps, en tous lieux.

 

Et l’enfant paraît. L’aîné de l’aîné, le premier des petits-enfants. La première. C’est une fille, attendue comme le messie. Les enfants d’alors soignent les blessures du conflit, changent les bandages en langes, les uniformes en grenouillères.

Et l’étui du violon se couvre de poussière. Ses mains agiles et rapides s’épaississent, apprennent d’autres gestes : baigner, biberonner, bercer. Et un petit frère et une petite sœur.

 

L’entreprise familiale, c’est terminé. Il part travailler ailleurs, dans la plus grosse société du lieu, une société qui fait rêver, qui parle d’aventure, transforme l’hévéa de la lointaine Indochine pour avaler les kilomètres, ici, en Europe.

 

Il n’y a plus de violon, les cours de sténo sont oubliés, mais ses mains veulent œuvrer. Elles tiennent une Maison de la Presse : des livres, des journaux, étalant les nouvelles d’un monde bien lointain, bien abstrait. Et la maison à gérer, le mari à épauler. Mère, épouse, travailleuse. Quelle place reste-t-il pour la femme ?

Bien sûr, il y a pire ! Regardez ces pauvres créatures laissées veuves par la guerre, celles qui avaient cru s’émanciper pour se retrouver, de nouveau, derrière leurs fourneaux… Mais ça ne peut pas rester comme ça.

 

  • Le général a dit que nous avons le droit de voter, de faire des études, de travailler, d’avoir un compte en banque, si notre mari est d’accord…

 

Et les enfants grandissent. C’est bien trois enfants : deux filles, un garçon. La pension se charge de former leur caractère. Elle aussi a grandi chez les sœurs. Elle y a tout appris, jusqu’à transformer le plus anodin des Bic en plume sergent-major.

La plus jeune a dix ans. Dix ans déjà. Cela rend nostalgique. Alors on ressort la layette. Deux garçons et une fille, en quatre ans. L’équation inversée pour atteindre l’équilibre : six enfants. Cela prend de la place, du temps. La Maison de la Presse est cédée. Mère de six enfants, épouse dévouée, jouant de son habileté pour remplir les cartons de déménagement au grè des affectations du mari : ici, là, jusqu’en Espagne. Six, ça suffit.

 

La Grande part pour Paris faire des études d’art.

 

  • C’est de famille, son grand-père peint le dimanche.

 

Le Grand, lui, se marie. C’est bien jeune dix-neuf ans. Alors la Grande ne veut pas être en reste. Elle sera la première à faire un enfant. C’est normal, c’est l’aînée. Oui, mais il y a les études et un petit-ami qui ne veut pas être père. Alors, on ressort la layette. Six enfants, c’est bien suffisant, mais un petit-fils, c’est nouveau.

Et puis la France va mal. La jeunesse se montre bien effrontée à l’égard du Général, elle cherche la plage sous les pavés. Ses mains ne peuvent pas laisser ce bébé avec des barricades pour tout berceau.

 

La Troisième, elle, a décidé de soigner le monde. Vu ce qui se passe chez ses Aînés, elle sera infirmière. Elle pouponnera aussi. Sa petite sœur de trois ans et ce petit garçon qu’on n’ose pas trop se laisser aller à voir comme un petit frère.

 

Les années filent, les hauts, les bas, les services militaires, les indépendances, les séparations, les réussites. Toute une météo de sentiments qui se blottissent, toujours, entre ses mains. Ses mains qui se marquent un peu mais qui poursuivent leur mission : tenir. Tenir la main de l’enfant qui apprend à marcher, celle de l’époux inquiet des conséquences d’une crise pétrolière, un chapelet pour prier pour les parents défunts.

 

On vit en appartement à présent, chez soi. Il n’y a plus de remarque, de critique, de regard entendu.

Et les oiseaux s’envolent toujours du nid. La Grande se fait encore remarquer. Elle part au pays des Mille et une Nuits, pour fouiller. A-t-on idée ? Mais si ça lui plaît ? Le Grand fait de la mécanique mais son couple se grippe. La cadette se marie. Elle aussi part, aux États-Unis. Les quatre derniers, les trois plus jeunes et la Surprise, grandissent ensemble. L’enfant a sept ans, l’âge de raison. Il est sage. Tous aident à la maison. La vie se fait plus facile. 

 

Jusqu’à la nouvelle révolution. La Grande rentre pour Noël faire sa propre crèche. Pas d’enfant Jésus, mais une petite fille. Un nouveau bébé. Parce qu’un nourrisson à l’étranger lorsque le père a déjà une famille, ce n’est pas l’idéal.

Mais ses mains sont fatiguées. Elles ont cinquante ans, elles ont élevé sept enfants, dont quatre ont toujours besoin d’elles. En porter un huitième, c’est trop. La petite fille grandira ailleurs, confiée à d’autres mains, de toute confiance. La Grande reprend l’avion.

 

Et le temps poursuit sa course. Le moment est venu de prendre du repos, une retraite bien méritée après des décennies au sein de la grande société. La retraite, c’est du temps retrouvé, le temps des loisirs, du bien-être.

Alors ses mains refont des cartons. On quitte les volcans pour une campagne de bord de mer. Les garçons sont partis. L’un s’est envolé pour La Réunion fuyant une fiancée qu’il n’aime plus, l’autre est à l’armée. Restent la Benjamine, étudiante à Bordeaux rentrant les week-ends, l’enfant surprise et plus tard, la petite-fille.

A neuf ans maintenant, ses mains veulent bien la prendre. Ses mains qui connaissent si bien leur leçon : ménage, cuisine, linge, devoirs, tricots… Parfois, elles souffrent un peu, ses mains. Elles ressemblent à ces sarments de vigne qui entourent la nouvelle maison. Les siennes, à lui, continuent d’aligner des chiffres sur des cahiers, par habitude. On ne va pas voir la mer aussi souvent. On ne reçoit pas les enfants aussi fréquemment qu’on le pensait.

Mais il reste la petite-fille. C’est la dernière, alors ses mains sont presque toutes à elle. Elles montrent, enseignent, guident, font grandir cette plante aux racines mal établies. Cependant, les plantes qui poussent doivent être rempotées dans une autre terre.

 

Et la maison se vide. Ça y est. Ses mains auraient encore à faire, c’est sûr. Du dessin, elles en ont toujours eu envie, de la peinture sur soie, de la poésie…

Seulement, quand on a passé une vie à jouer la même partition, il est bien difficile de changer de thème. Ses mains se sentent perdues, inutiles. Quand le geste disparaît, l’esprit s’embrume peu à peu. Oh, la pente est douce, imperceptible. C’est progressivement que le temps se brouille. Il ne distingue plus hier d’aujourd’hui. À quoi bon d’ailleurs ?

Et ses mains détricotent la trame d’une existence, une existence toute entière dédiée aux autres, une existence tournée vers l’enseignement de l’essentiel, du b.a.-ba de la vie. Elles enroulent la laine, reforment la pelote pour y lover les deux syllabes les plus fondatrices de ma vie : Mémé.

Amour sublime

Raphaël Rubio

 

Rencontre littéraire « 3ème été du léthé». Thème: Une lettre traitant de l'amour courtois.
Ma contribution

Cher Monsieur G.

Je dois ici, devant vous-un jour où les couleurs même de l'été invitent à la page blanche-répondre une fois de plus à l'une de vos infinies sollicitations.

La première est gorgée de lumière. Certes, c'est une tâche qui gicle, un soleil devenu peintre, ce tracé qui ne dévie point, et ressemble, à grand renfort de rectitude, à ces petites pillules bleues, dont, je n'en doute guère, vous réalisez le plus courtois usage.

Je dois donc, puisque votre commandement est sans appel, composer calmement une lettre, dont l'unité ou l'arrière fond, dresserait le bilan, globalement absolu, d'un sentiment bizarre, parfois érotique, tissé d'élongation et de sacrifice, contre lequel le Diable même est impuissant

(Admirez la simplicité de la métaphore).

Je suis, vous ne l'ignorez pas, pareil à ces canards, revêtu du beau label «né et élevé en pays cathare». La «Chocolatine» est à mes yeux un terme jouissant d'une épaisseur poétique admirable, et, amateur de football, je souffre, chaque semaine, devant les étincellements stylistiques, de la plus grande équipe au monde: le Toulouse Football Club...

Téfécé pour les intimes.

Je possède par ailleurs, deux ballons ovales, frappés, il vous en plaira, du S et du T, ainsi, sud-ouest oblige, que, très exactement, trente cinq kilos trois cents quatre vingt dix grammes de cassoulet, soigneusement cachés sous des brocs de vins rouges, en prévision du franchissement par la Russie de l'ancienne ligne Curzon.

Je suis enfin partisan de la restitution de Bordeaux à l'Angleterre.

Mes quartiers de noblesse paraissent, vous en conviendrez, fraîchement pur et sans attache.

Extrêmement intéressé, mes origines occitanes constituent un atout majeur pour ce poste. Je me tiens Monsieur G à votre entière disposition pour vous renouveller de vive voix ma passion pour les Troubadours et la poésie courtoise.

Mais je m'égare...

Monsieur le Psychanalyste.

Suite à mon entretien avec Jean-Claude G, éditeur de poésies grivoises, un certains nombres de fragmentations et de béances, ont pu écorner, les instances psychiques, où, faute de cristallisation, furent emmurées mes souvenirs les plus indéfinissables.

Je dus, toute une journée, soumettre ma conscience, à l'écriture imposée de lettres rauques, dont les pleins et les ressacs, devaient ressusciter les idéogrammes secrets de l'Amour médiéval.

Hors monsieur le Psychanalyste, les Dames toulousaines ont laissé mon âme en cendre...

Pour ainsi dire- ma mémoire décline- je n'ai jamais connu de «courtoise».

Ma jeunesse fut une succession de souffrance-une relation abstraite-passé à lire des textes dans le vide...

Je me souviens de formes imprécises-le ruissellement de la Garonne-ces rues jaunâtres où la solitude, mariée à l'immobilité du siècle, avait calligraphié mes reins...
Je me souviens des signes intraduisibles, les moments de paniques, la pluie, toujours précieuse emportant les souffles dispersés d'un monde qui s'évade...

Monsieur le Psychanalyste...

Je vous dois 60 euros...

Très bien...

Je n'en possède pas la somme...

Mais de grâce, laissez moi un peu temps, une séance extorquée, un instant de ténèbre, le glissement rapide de la mémoire vers le symbole, le justement, le pas tout à fait...

Je veux ramper vers l'île des morts...

Vous connaissez Rachmaninov?

Elles n'ont plus...

Elles étaient jeunes comprenez vous...

Et moi...

Je préfère John Field... et puis, c'était au siècle dernier... Toulouse était agitée par un vent d'Est. Il y avait des concerts, des masques, quelques tee-shirts trop larges, souvenez-vous, telle était la mode.

Foutaise...

Je vomissais ces empattements, préférant, futur prêtre, les écorces courtoises du silence...

L'affaire est cocasse, j'en conviens.

Nous étions peu avant les premières épreuves du Baccalauréat. Une pluie fine et froide tombait sur mon visage.
Juin.
Il faisait tiède.
Je croyais encore au défroque du communisme.
Et pourtant...

Le contours de ma lettre se risque à présent dans la noirceur des choses sacerdotales...

Je voudrais évoquer le grand dessin, ce saut sans garde-fou, la difficulté, commune à tant de platonicien, pour dépeindre le sublime et l'irreprésentable.

L'amour courtois, Monsieur le Psychanalyste, est un sentiment qui échappe au ciel.

La noirceur.

Ou très exactement la buée sombre de la mort...

Je ne me suis alors présenté-que ce monde périsse-aux alentours de trois heures, devant les portes déformées du petit séminaire.

Il me souvient qu'un homme d'Église-et ce furent des instants de doute- évoqua la barque du Christ, l'eau vivante et pure, seule capable de défaire nos peines.

Une nonne est passée, cherchant vraisemblablement le cœur, la présence, le grand autel muré, derrière la porte basse, où sa virginité allait enfin prendre sens.

Un silence...

J'observais la beauté étrange de la dame-le sang la couronne d'épine-l'inutilité d'un corps devenu lunaire...

Pourquoi suis-je là...

Je veux être prêtre...
Comme le chercheur d'or plonge un tamis dans l'onde
Comme la poésie s'embourbe et arrache au néant un morceau d'Alchimie
Comme les tâches noires
Les mots qui s'entrechoquent
Ces femmes barricades qui m'ont exténués...

Je ne respire plus...

À vous, Alix, Elsa , Estelle et tant de cadavres
A Toi, Ô Claire-la foule incalculable...

À vous toutes
Vos regards, vos stylets,
Les poèmes broyés
Et les voix
D'outre-haine...

Parce que les hommes aussi ont le droit de pleurer.
Parce que je chiale chaque nuit.

Toulouse en ce temps là était un Roy plein d'ecchymoses.
Nous marchions le long des quais, contemplant tour à tour les visages et les ombres, ce soleil si tenace s'endormant, nébuleux, comme une flaque d'or.

Ô mystère.

L'Aube venait de fissurer l'unité concrète-le mouvement, poétique, qui voyelle avec Dieu.

Je dois être un peu fou.

Une pile de livre
Quelques grappes de mots
Et parfois un seul nom...

Solitaire
Instable
Peut-être trop moche ou pas assez viril.

Parce que les hommes aussi ont le droit de pleurer.

Monsieur le Psychanalyste.
Cher Monsieur Jean-Claude G.
Elsa, Estelle, Claire et Alix.

Il n'existe pas d'Amour sublime.

Ce que les Troubadours, nomment, là-bas, l'Exemplum ou l'Hommage,
La foudre
Le dessin
La création du feu
Ce que d'autres ont brisé
Ma fièvre
Mes souvenirs
Les mensonges qui s'effacent
Tout cela
Diane et ses compagnes
Les tableaux de Vermeer
Et ma fuite vers toi
Compagnon de Suicide...

On me jette des pierres...

Madame La Juge.
Cher Bourreau.

Dois-je utiliser la maxime de notre grand Loulou, ci devant citoyen Capet,exécuté par un froid matin d'hiver.

Dois-je remuer votre mémoire, et susciter, hautain, un brusque appel à l'Histoire.

Typiquement, et en terme précis, «Je suis innocent des crimes dont on m'accuse».

Certes, j'ai pu multiplier quelques minuscules coups d'aiguilles, dans les poumons trop lourd de mon pauvre psychanalyste.

J'ai par ailleurs dépecé un chat, il souffrait de pelade, et tenté de séduire «Nenette», vieille ouran outang, célébrité du Zoo de Vincennes.

Le primate, comme vous le savez, m a livré à la Police.

Bien évidemment je ne possède aucun complice. Mon errance fut arbitraire, sauvage, entachée parfois d'un envie de poème, ou de baignade, quelque part, au confluent de la folie et du rêve.

La fuite. Cette tension vitale n'en finiera jamais d'encombrer ma conscience.

Je n'ai tué personne.

Mon psychanalyste est bien vivant, quoique le corps semblable à une longue flûte à bec. Ma seconde victime, un vieux matou sans poil peut à présent se dorer au soleil, et Nenette, vient de recevoir la légion d'honneur.

Pourquoi alors me découper? Par populisme pénal, pour plaire aux marâtres, aux fonctionnaires, aux timides.

Allons donc.

Ma tête finira bientôt dans un sac de toile rouge. Vous y mettrez des paillettes, une corne d'abondance, et le dernier ouvrage de Lionel Parrini.

Je souhaite en effet mourir accompagné par des mots inaltérables.

Offrez la seconde partie de ma dépouille aux femmes. Alix, Estelle, Elsa ou Margaret Thatcher. Elles pourront creuser mon ventre, le vider, le durcir, sortir mes organes, en manger le foie, et suspendre le reste en guise de piñata.

J'ai toujours aimé les anniversaires.

Faites enfin jouer Libertango, ouvrez une faille, enchevêtrez les rythmes, hatez, à grand cri d'accordéon, la seconde Assomption du Christ, buvez, chantez, soyez l'arbre en flamme, l'Amour, Monsieur G, un peu plus discourtois, bavez, crachez,

Car les hommes aussi ont le droit de pleurer.

Je l'affirme aujourd'hui je suis égalitariste.
Mes larmes sont des idées clivantes.
La Roue tu la changes toi!
Au diable bricolage et bagnoles
Je veux sortir de l'établi
Libérez vous des clefs de 12,
Les mains dans le cambouis et les doigts comptant les vers.
Ma sensibilité féminine?
Nenni
Il n'existe pas de genre en terme d'émotion.
Je suis pleinement homme
Ma voix ce soir aura le goût du lait
J'en atteste aux nuées
Aux nuages couchants
J'en atteste à l'Exil
Le Romantisme vaincra!

Les rebords tranchants d'une hache brille dans le noir.

Je devine la guillotine. L'esplanade est fixée dans la haute cours des Baumettes.
Nénette assise, se gratte le bas ventre. Une juge d'application des peines vient probablement de l'inviter au spectacle. Le chat porte une perruque et des lunettes de soleil. On dirait Mateo Salvini. Pauvre bête.
Et mon psy?
L'air sifflant par ses poumons possède dit on une vertue symphonique. Le thérapeute travaille pour la lyre municipale de Gardanne. Belle reconversion.

Ma mise à mort sera silencieuse. L'administration pénitentiaire fait placer des tapis le long du grand couloir menant à ma cellule. Il est 5h du matin. L'état ne souhaite pas réveiller les taulards.

Je ne dors plus.

La sarabande de Haendel flotte lentement dans l'éther. Je me prends pour Ryan o Neil. Même pas. Ni duel ni rédemption. Simplement un Adieu, une vie qui s'élance, la bascule amoureuse et le rire des dames...

Bois terni du supplice.

Je suis conduit à l'échafaud.

Une dernière cigarette.
Je déteste la clope.
Cognac.
Pourquoi pas.
Un cureton.
Négatif.

Le Romantisme vaincra...

Parce que les hommes..
Parce que les hommes...

Eux aussi...

Le métal de la hache reflète mon visage. Il a l'air jauni, déchiqueté par la fatigue, deux tic tac, un réveil, les souvenirs se multiplient, se désagrègent, concentrent avec eux et l'amour et la haine, le trop plein de la honte, ce secret, demi-caché, où se dilate encore la douleur d'être soi...

Où suis je?...

Une montagne de crème à raser barbouille un peu mes joues. Un flacon de parfum, du carrelage blanc, la douche, ma salle de bain...

«Chéri, tu as fini ta toilette»

Je reprends alors conscience...

Tout absolument tout était de l'ordre du fantasme...

Le Romantisme vaincra...

La barque de ma vie est à sec...

«Il faut nourrir le chien, n'oublie pas la poubelle, les gamins finissent à 17h»...

Je sors de la pièce d'eau.. Ma femme, ou plutôt ma partenaire contractuelle- est déjà partie...

Le clébard roupille encore...

J'ouvre la porte...

Une bouffée d'air viciée pénètre dans ma gorge.
Le complexe industriel de Gardanne perce un ciel mourrant...
Des usines.
Une clôture grillagée.
L'ancien puits de mine transformé en start-up.
Il fait gris.

Parce que les hommes aussi ont le droit de pleurer...

Ma voisine s'est à nouveau disputée. Son mec lave la bagnole.

Quel homme...

Notre existence moderne est un mythe illisible.

Je pense à d'autres chapelles.
Théopolis. Rennes le Château, les coupoles immenses du Poussin.

Cher Monsieur Jean-Claude G.

Je conçois l'amour sublime comme une masse pulvérulente, un idéal perdu, un ici, un ailleurs...

Parce que les hommes aussi...

Il faut que j'aille bosser...

Un dernier verre de café.

Mes cheveux sont en vrac.

Le patron est un con.

Romantisme foireux.

 

 

« la mesure d’un amour est ce que nous consentons à donner pour lui »

Lettre d'amour à un homme singulier

Ta langue crue me harponne

me perce à jour, me siphonne

Tu me dépasses, je te rejoins

A ta rencontre je m'applique

Tu me déploies, je t'attire

Arbre totem, liane mobile

Mon sang bruisse sous ton écorce

Ta sève court dans mes nervures profondes

Bouches mordues, lèvres écarlates

Tu m'enserres de tes branches

je t'enlace de mes vrilles

 

La terre craque et tremble à nos racines

Le ciel se pique d'étincelles de nos énergies vives

 

Ô la coupe de tes mains

à l'exacte mesure de mes seins

Mes yeux à l'ancre

plantés dans l'eau sombre des tiens

 

Atteindre le point sublime

de nos amours sans états d'armes

Renoncer à se prendre

pour se laisser surprendre

Âmes bouleversées sans un signe d'alarme

 

Ô mon ventre brulant à l'assaut de tes reins

Refuge, cuisses ouvertes, à ton sexe en cavale

 

Joie et sens... Jouissance

 

Que soient gravée dans ton écorce lisse

tatouée sur mes tiges nues

l'empreinte de l'instant, l'absolu

Que le temps suspendu imprime

sur l'envers de nos peaux, invisible

la marque d'un infini indélébile

 

Silence

 

Tu me laisses, je me désaxe

Je te délie, tu me délaces

 

Ô la douceur enivrante de l'étreinte relâchée

Se désunir, se décaler

se disjoindre, se détacher

dénouer un à un les liens qui nous retiennent

 

Savoir se déprendre

se rendre au mouvement

 

Ta liberté donnée, je te la rends

et je te rends, indéfiniment

un être libre

un homme singulier...

 

Marie-Hélène

Bricqueville sur Mer, 12 juillet 2018

Mes deux amours

sublime et sublimé

Jean-Claude Grosse

mon texte fondateur, la lettre de la jeune fille de 16 ans, en 1964:

La jeune fille –

Mon p’tit chat,

 

j’attends à Moscou, gare Iarolavski, sur le quai des départs transsibériens.

Ouverte à l’indéfini de la voie ferrée, je ne sais rien de là où tu es, de là où je vais.

La vie m’attend cuisses ouvertes.

Ta dak ta dak, ta dak ta dak feront les roues du train sur les rails. Et je rêverai de toi en moi.

Quand tu voudras savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur,

fais l'ascension de mes soleils levants,

affronte les cycles menstruels de mes tempêtes lunatiques.

Je voudrais avoir des ailes pour t’apporter du paradis, te sortir de tes enfers.

Des ailes de mouette à tête rouge, ça m’irait bien pour rejoindre ton isba amarrée au Baïkal.

Je transfigurerai les mots à l’image de nos futurs transports.

Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde.

Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies.

Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune.

Je t’aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l’embrume de tes réveils d’assommoir, dans l’écume de tes chavirements.

Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire.

Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu’à des rives encore vierges.

Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune et des cabanes de rondins blonds.

J’aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l’urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes.

Je m’appuierai sur ton bras pour découvrir la vie,

ne jamais lâcher tes rives éblouies,

arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de riens...

J’aime les cris de nos corps qui s’accordent de vivre.

Je t’ai ouvert un cahier d’amour où il n’y aura jamais de mots, jamais de chiffres.

Il n’y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres.

Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils.

À la fin du cahier, je t’aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.

 

Ton p’tit chat

 

1 – portrait de la destinataire : de 1964 à 2010, 46 années avec des hauts et des bas, des bonheurs, des malheurs, un amour réciproque initié par elle, jeune fille de 16 ans, dont je disais 40 ans après en 2004

Apparemment, c’est une femme de l’absence. Toujours ailleurs. Perdue dans ses pensées. Fille d’air et de rêve. Mais à la pratiquer, avec amour, depuis quarante ans, j’ai compris que c’est une femme de la présence, une présence légère, dans le présent. Elle ne pèse pas. Elle ne pose pas. Avec elle, tout est danse. Elle est attachée à tout ce à quoi elle a donné de l’amour. Quelle aptitude à ne rien laisser mourir. Chaque objet est à la fois d’hier et de maintenant, pas figé, souvent déplacé. L’œil toujours sollicité par quelque nouveauté, une disposition rare, un rapprochement inattendu, un éloignement surprenant. Tout ce qu’elle aime est sans cesse repris, reconsidéré. Petits riens qui changent tout. Combat de chaque instant contre la dégradation, l’usure, l’habitude, l’oubli. La maison vit, est habitée. Pas d’ennui possible avec une femme qui fait de sa maison, de notre vie, un récit, un poème. Avec elle, les simples jours deviennent les simples beaux jours, embellis par le regard, le sourire radieux qu’elle pose sur les choses et les gens. Les tristes jours deviennent les inoubliables tristes jours, adoucis par son sourire mélancolique. Elle rayonne d’amour. Solaire, elle donne le meilleur d’elle, une écoute qui apaise angoisses et peines, aide à mettre en mots, petits maux et grandes douleurs. Mais de ses angoisses et souffrances, vous ne saurez rien, les mots ne sont pas pour elle. Elle ne s’en sert pas pour elle. Tout se passe dans le regard, souvent mouillé, toujours caché.Ah ! la légère, l’aérienne ! Depuis quarante ans, elle me fait la vie légère. Je l’aime sans comprendre pleinement la force du don qui l’habite. Mais en le vivant pleinement, passant des heures à contempler son visage sur lequel je ne vois pas passer l’âge. Elle a l’âge de son cœur, celui de l’adolescente qui m’a choisi une fois pour toutes. Mon désir d’elle et mon amour pour elle sont restés intacts à son contact.

2 – l'amour sublime pour moi est un chemin, un voyage, on peut ajouter initiatique si ce voyage est personnel à chacun, partagé à deux comme couple puis comme famille, ouvert à l'inattendu des rencontres ; fondé sur la fidélité, il suppose la sublimation des amours hasardés par la vie ; l'amour sublime c'est t'épouser jour après jour jusqu'à ce que ça fasse toujours, et c'est réciproque ; les amours (au féminin) surgies au détour et qui ne durent qu'un jour sont à vivre sans regrets, sans ressentiments ; sublimées, ce sont des amours (au féminin) pouvant se transformer en amitiés durables, enrichissantes ; le renoncement à la sexualité conforte l'amour sublime pour l'épousée, met en jeu d'autres modes de relation, en particulier l'apprentissage de la dépossession, la légèreté de la déprise contre la lourdeur de la prise.

La lettre d'amour sublime de la jeune fille de 16 ans dit bien ce voyage: Je m’appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de riens.

Dans L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto, le vieux monsieur de 88 ans compte les secondes passées avec l'épousée, y compris les secondes dans l'au-delà de l'ici-bas qui pour lui est chez lui : un milliard neuf cent quatre-vingt-dix-sept millions cent trente-six mille six cent quatre-vingts secondes Bleu Giotto. Ça m’enveloppe, Ça me submerge, Ça m’immerge dans le Ventre-Mère, matrice d’Infini, de Vie, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de rien... comme tu m’as écrit au commencement de nos étonnements. La petite fille lui fait remarquer : pépé, mamie a écrit riens avec s ; pourquoi t'enlèves l's ?

Oui, c'est vrai, je me suis planté.

3 – Mon p'tit chat, ça fait déjà 7 ans que tu es partie après 14 apnées qui me firent vivre intensément inspir, expir dans nos échanges de souffles ; j'étais dans un comportement magique, je croyais qu'il suffirait, toi dans le coma, de te parler, de t'exhorter à venir prendre ta place sur la chaise que nous t'avions destinée. Partie, sous quelles formes ? Je m'interroge toujours sur les réponses possibles à ta question : je sais que je vais passer, où vais-je passer ? Et notre amour ? Fini, parti ? Je dois faire le deuil de toi, de notre amour ? Je n'ai rien changé à la façon dont tu as laissé la maison, ton sac à mains est toujours suspendu à sa place dans la chambre, tes lunettes, tes clefs sur la commode. J'ai mis des portraits de toi et je te parle. Veuf comme on dit, j'accepte cet état que je ne vis pas comme séparation. Souvenirs et émotions (de la tristesse à la joie) font partie de mon quotidien. Vis-tu ? Suis-je dans l'illusion par impossibilité, refus de me séparer ? T'ai-je intégré sous une autre forme, plus mentale, émotionnelle, spirituelle à ma vie qui continue ? Ce que je sens, c'est que tu ne me fais pas signe dans mes rêves, dans mes reviviscences de toi. Te refuses-tu à ces rituels ? Ni souffle au détour d'une promenade sur ma nuque ou sur ma joue gauche, même quand je convoque des identifications, tiens Annie en voyant débouler un chevreuil, bonjour Annie flower. Évidemment, je souris de mes audaces qui m'amènent à te métamorphoser en un vivant autre. Tu as même ta branche dédiée sur le bouleau chamanique de Corsavy que j'enserre dans mes bras. Rien donc d'un fantôme errant, rien donc d'un vent insaisissable.

Bien vivante d'une autre vie, ne me suis-je pas fait un film d'Amour à mort (faut que je change ce titre, il est faux) de 4 mois (du 16 octobre 2017 au 17 février 2018) avec une femme perdant son fils à 53 ans, comme toi perdant à 53 ans ton fils et ton frère, verseau comme toi (17 et 14 février), portant mêmes initiales que toi, A.B., femme pour laquelle je n'avais pas pour projet une liaison sexuelle mais une histoire d'amour, avec évidemment pour commencer, une déclaration d'amour, un 16 octobre, et pour conclure-commencer, une offre de mariage un 12 février, amour sublimé au travers d'un livre pluriel Le bord des falaises ou comment se relever de ses morts ?

La mesure d'un amour est ce que nous consentons à donner pour lui. Pensée dont l'auteur ne nous est pas révélé dans Pandora. Qu'ai-je consenti à donner ? J'ai présenté cette offre de mariage comme un acte politique soucieux que ma pension de reversion aille à cette femme vivant de ménages avec 540 € par mois, et comme un acte d'amour sans exigence de retour, estimant que deux personnes adultes, auto-suffisantes, consentantes pouvaient négocier à tout moment leurs relations. Le clash s'est-il fait sur cette proposition hors-norme ? Il a eu lieu, violent verbalement. Et soudain, je me suis rappelé que la reversion avait été ma réponse à l'épousée, angoissée à l'idée que je parte le premier, elle, se retrouvant avec sa ridicule retraite de psychologue de 800 €. Mais tu auras ma pension de reversion, avais-je répondu.

J'en ai conclu que cette histoire a été une bonne rencontre, au bon moment, entre les deux bonnes personnes, que le livre Le bord des falaises était le meilleur de ce que cette rencontre pouvait donner. AB2 ne pouvait remplacer AB1 et ne le souhaitait pas mais je ne le lui demandais pas, voyant bien les différences entre ces deux femmes aimées. C'est AB2 qui en a décidé ainsi. Bien sûr, ce n'était pas un amour sublime, je l'ai voulu continuation d'un amour sublime, peut-être une façon d'accorder à deux êtres blessés, l'un plus en avance dans son chemin de deuil, de vie, l'autre aux débuts de ce chemin, la chance de vivre un amour déjà sublimé par un livre, devenant ciment, garant d'une histoire heureuse.

Elle écrirait pl(heureuse).

J'arriverai là où ça prend fin avec les bras remplis de riens. Laisser le S, c'est ce que la vie m'a appris : on n'est pas livré au rien, au néant, on laisse des riens qui ne sont pas rien.

Amour à mort (titre initial, titre de déception) est en cours d'écriture par É Say Salé, mon ami burkinabé, à ma demande, qui en a changé le titre : Amours pour l'éternité (titre final, titre d'acceptation).

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