la mort n'existe pas Stéphane Allix
La mort n’existe pas
Stéphane Allix
Harper Collins, octobre 2023
Stéphane Allix, journaliste de terrain sur zones de guerre ou de trafic de drogue (Afghanistan), voit sa vie, bouleversée, quand en avril 2001, son frère Thomas se tue dans un accident sous ses yeux en Afghanistan. Il a alors 32 ans.
Dans cette enquête sur l’après-mort qui a duré 15 ans et qui est aussi un récit personnel, il s’adresse très souvent à sa fille, Luna, car il se souvient du regard de la petite fille de 3 ans et demi au moment des obsèques. La mort venait de pénétrer dans leurs vies, incompréhensible pour elle, inacceptable pour lui, se sentant coupable d’avoir entrainé ses deux frères dont Thomas dans de telles contrées. Stéphane Allix décida de se coltiner avec les « expériences extraordinaires », à la fois comme journaliste exigeant allant à la rencontre des chercheurs dans ces domaines et comme sujet d’expériences « extrêmes-extraordinaires » (EMI, sorties de corps, lucidité terminale, clairvoyance, médiumnité, VSCD, vision à distance, 5 expériences chamaniques en Amazonie, 9 expériences sous contrôle de voyages sous LSD, création de l’INREES, institut de recherche sur les expériences extraordinaires).
Le récit de ses rencontres avec des scientifiques et le récit de ses expériences sont documentés, sourcés.
On mesure en quoi le monde de la science est polémique, lieu d’affrontements dogmatiques, voire idéologiques.
Par contre, les accompagnants chamanes d’Amazonie comme les thérapeutes accompagnant les voyages psychédéliques sont à la fois compétents et bienveillants.
Ces 370 pages de ce livre au titre coup de poing, en 42 chapitres et un épilogue, se lisent sans difficulté, sont même passionnantes. Elles provoqueront selon les lecteurs et lectrices, des réactions diverses, allant du rejet à des remises en question, voire des cheminements personnels induits par tel ou tel sujet abordé par le journaliste expérimentateur.
Je vais donc évoquer mes réactions de lecteur.
J’avais déjà entendu parler d’EMI par celui qui m’a « initié », mon kiné, moitié mon âge, mais ayant fait une sortie de corps pendant une EMI, s’étant formé à la pratique du qi jong dans un monastère taoïste en Chine, ayant pratiqué le chamanisme et l’ayahuasca en Amazonie… Jean-Yves Leloup a aussi raconté son EMI à Constantinople, son cheminement spirituel avec l’ermite aboyeur du Mont Athos. J’avais découvert l’enseignement et les exercices sur le sentir de Luis Ansa, retranscrits par Robert Eymeri.
Mais disons-le : je ne suis nullement adepte d’expériences « extrêmes » recherchées. Je suis du genre à cheminer lentement, sur place, en ronds légèrement spiralés, petit périmètre, habitudes et rituels quotidiens dont méditation, respir en cohérence cardiaque, gratitude, point sur la journée, voire sur les rêves de la nuit
(cette nuit, du 8 au 9 août, j’ai vécu un grand moment avec Le Clézio en Xavier Dupont de je ne sais quel objet qu’il faisait tournoyer avec dextérité au bout de son bras et moi, en Diogène rieur bouffant à tous les râteliers)…
Donc, quand Stéphane Allix en fin de voyages extraordinaires évoque les bienfaits de la méditation, de cette pratique quotidienne d’apaisement du mental, je me suis dit : merci cher enseignant, praticien récent de méditation par visualisation, ce qui n’est pas mon cas.
Je dirai donc maintenant ce qui m’a le plus accroché.
Lui, Stéphane Allix, était dans la peur de la mort, le refus de la mort de Thomas puis dans celui du père, 11 ans après. Il voulait les retrouver, les rencontrer, savoir comment ça se passe après, comme ils se sentaient…
Moi, depuis que des pas-sages me tombent dessus, je suis dans l’acceptation. Si ça a lieu c’est que (c’est possible), entre parenthèses (tu ne peux rien y changer) donc dire ça va. Titre du dernier spectacle de Cyril, disparu dans un accident à Cuba en 2001, cinq mois après la disparition de Thomas Allix.
Aujourd’hui, je pense que ce qui nous arrive, n’arrive jamais par hasard mais comme épreuve, comme miroir tendu pour y lire qui nous sommes à ce moment et nous inciter à sortir de l’impasse, de la répétition de l’échec, à transformer la souffrance en joie ou l’obstacle en planche à salut ou le ressentiment en remerciement…
La formule « Heureusement qu’on meurt ! » de l’ami Marcel Conche qui a beaucoup réfléchi et écrit sur la mort, me paraissait provocatrice à bon escient. Elle prenait le contre-pied de la pensée dominante, du focus sur la douleur des survivants pour faire focus sur le pas-sage.
J’ai tenté d’entrer en contact avec Cyril et Michel. Par l’intermédiaire d’une médium d'Antibes, j’ai reçu un message dit de l’au-delà.
J’ai fait une séance de trans-communication hypnotique avec le docteur Charbonnier à Blagnac, expérience concluante à mon avis mais que je n’ai pas renouvelée. Je n’ai pas le besoin de rencontrer « mes » disparus. Je sais qu’ils « voyagent ». Nous leur avons toujours souhaité bon voyage, nous leur avons dit ce que nous estimions devoir leur dire et en particulier qu’ils pouvaient partir tranquilles, que nous saurions « gérer » nos vies.
J’ai également fait deux séances de recherche d’entités qui me semblent avoir été aussi concluantes, dans le cadre de ce qu’on appelle recherches paranormales (protocoles très élaborés). Une vidéo est disponible dans un espace privé sur FB : cabinet de recherches et d'études des phénomènes paranormaux, animé par Viviane Lombardo.
En fait, par ce que j’appelle travail d’épitaphier, je tente de fabriquer la légende des disparus (tout récit est légende), pour que nous ayons un récit de leur vie, de leur cheminement, de leurs réalisations.
Fait pour Cyril, pour Michel.
Fait pour mon père, ma mère.
Pour Annie.
En cours pour Vitya.
Hors famille,
l'hommage pluriel à Marcel Conche, décédé le 27 février 2022,
l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Jean-Loup Fontaine,
l'édition posthume 30 ans après des poèmes de Lucien Forno.
En cours, livre-hommage à Alain Cadéo.
À venir roman posthume de Frank Cassenti.
Notre fille Katia me semble engagé dans un travail artistique au long cours du genre épitaphier, depuis le départ de Cyril et Michel, en septembre 2001, avec ses spectacles Mon pays c'est la vie 2004, Rien ne sera plus jamais comme avant 2007, On ira voir la mer 2010, Nous serons vieux aussi 2012, En attendant je pleure, Et puis après, j’ai souri.
Moi, c’est avec le départ d’Annie en novembre 2010 que j’ai réellement été mis en mouvement, à partir de ses deux questions : « je sais que je vais passer, où vais-je passer ? » « Il y a un morceau de S. Qui se balade dans mon corps. »
Ce qui me semble important maintenant, c’est quelle est notre responsabilité vis à vis des disparus ?
Élémentaire mon cher Watson.
Demander pardon pour le mal fait aux disparus (trop de violences sexuelles, secrets de famille). Remercier pour avoir su aussi leur faire du bien, les avoir aimés, même mal.
Remercier les disparus pour l’amour dispensé. Pardonner pour le mal qu’ils ont pu nous faire (trop de violences sexuelles ; Stéphane Allix à l’occasion d’un de ses voyages sous LSD fait remonter les viols dont il a été victime enfant et dont il n’avait aucun souvenir, amnésie traumatique. Nos âmes oubliées, Stéphane Allix, 2021; même amnésie traumatique d’un inceste d’origine maternel chez un ami).
Pas évident mon cher Sherlock.
Quelle est la responsabilité des disparus vis à vis de ceux qui sont encore incarnés ?
Faire entendre la « voix qui ne parle pas » de l’âme éternelle.
Pour l’entendre, travailler l’intuition qui était l’outil préconisé par Descartes (avec le doute) et par Bergson. Le livre d’Alexis Champion Développez votre intuition (2018) sera sans doute sous le buisson de Noël 2024
« Heureusement qu’on meurt ! » a dit Marcel Conche.
Comment je comprends aujourd’hui cette formule ?
J’emploie deux mots pour saisir un peu, début et fin de vie.
Naître comme miracle et mystère. Mourir comme mystère et miracle.
Ce dont Stéphane Allix s’est convaincu par 15 années d’enquêtes scientifiques et d’expériences personnelles, c’est que mourir, c’est
quitter le monde du mental, de l’ego, qui se vit sur le mode survie, le mode adaptation, le mode par défaut, médiation piégée par le langage, répétition de schèmes et schémas archaïques, inconscients, d’où le réductionnisme des neurosciences, incapables de « penser » les anomalies
passer dans le monde de la conscience non locale, sans espace ni temps, sans séparations, individuations, conscience éternelle, vivant simultanément des vies différentes (des films différents); la conscience non locale, l’âme, est communication sans médiation, immédiate, intuitive avec tout ce qui existe d’où chez les Grecs, l’importance des mystères d’Eleusis auxquels Socrate, Platon, Plutarque ont été initiés. (Le secret de Socrate pour changer la vie, François Roustang, 2011, Les cultes à mystères dans l’antiquité, Walter Burckert, 2003)
Ce pas-sage est à accompagner par ceux qui restent parce qu’abandonner l’illusion que constitue notre corps, notre personnalité ne s’effectue pas dès l’instant du pas-sage comme si on gommait ce qu’on a cru être mais à quoi on reste très attaché.
« Quand le cerveau s’arrête, on se réveille. »
« Heureusement qu’on meurt ! »
Pendant toute la vie, le cerveau ressasse, c’est le tourniquet mental. La conscience n’est pas réductible à l’activité cérébrale.
Mourir, c’est se réveiller à la conscience du continuum que constitue la Vie et de la puissance créatrice qui l’anime, l’Amour.
Pour rappel, cette phrase de Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie, (Éditions Mesures, 2023) consacré à Maximilian Volochine, l’initié : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Exprimée à ma façon :
Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, dans l’entrelacement de toutes les hérédités. La mort n’existe pas.
À Corps Ça Vit, le 9 août 2024
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Tout ce qu'on sait sur la mort - Dialogue avec Stéphane Allix
Je reçois Stéphane Allix pour son nouveau livre, La mort n'existe pas. Son livre : https://www.harpercollins.fr/products/la-mort-nexiste-pas-1 Mots clé : 15 ans d'enquête sur l'après-vie pour ...
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