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Blog de Jean-Claude Grosse

la nuit de Kamel Daoud au musée Picasso

18 Juin 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #JCG, #SEL, #amour, #ateliers d'artistes, #psychanalyse, #écriture

le livre, le rêve,  nu couché à la mèche blonde, la sieste
le livre, le rêve,  nu couché à la mèche blonde, la sieste
le livre, le rêve,  nu couché à la mèche blonde, la sieste
le livre, le rêve,  nu couché à la mèche blonde, la sieste

le livre, le rêve, nu couché à la mèche blonde, la sieste

Le peintre dévorant la femme
Kamel Daoud
Babel

Lu en trois jours, dix jours après avoir commencé la lecture puis l’avoir interrompu.
Passionné par le récit-essai de Kamel Daoud et très perplexe sur la note de lecture que je vais en faire.
Perplexe car comment parler du récit d’une nuit en solitaire dans le musée Picasso alors que je ne fréquente pas les musées (quelques exceptions), les galeries (exceptions). Par contre, j’aime visiter, dialoguer avec des artistes dans leur atelier.
Alors que je fuis toute commémoration, toute rétrospective. Que je n’ai jamais vu un tableau ou un dessin de Picasso (exception, quelques pièces au musée de Céret). J’ai vu de passionnants documentaires. J’ai lu du Picasso (mais peu, du théâtre). Bref, je devrais peut-être laisser la suite en suspens.

Picasso 1932, année érotique, titre de l’exposition. Titre induisant déjà des lectures orientées. La femme « peinte », Marie-Thérèse Walter, plus de 30 ans d’écart, 18 ans-50 ans.
Elle dira : « Il viole d’abord la femme et puis après on travaille. » p. 27. Ça a suffi pour que j’interrompe ma lecture, une dizaine de jours.

Ce qui est passionnant dans le récit de cette nuit érotique, car cette visite renvoie le visiteur Kamel Daoud à son propre érotisme piégé par le pays d’où il vient, la culture-religion qui y gère tout de la vie quotidienne et « spirituelle », piège dont il s’est sorti en choisissant l’Occident, en s’exilant, c’est qu’il le construit par opposition à un personnage qu’il s’invente à partir de la page 33, Abdellah, un djihadiste, qui ne peut en aucun cas, apprécier ces représentations, cette nudité offerte, cette dévoration cannibale de la femme débouchant non sur sa disparition mais paradoxe sur sa reconstruction après destruction-assimilation de l’homme. En s'inventant Abdellah, Kamel Daoud peut ainsi passer de l'univers érotique de Picasso aux rapports de deux cultures  à la sexualité (la coranique et l'occidentale) et dans la culture coranique, Abdellah ne peut que détruire, lacérer, brûler ces « oeuvres », prolongeant la destruction des Bouddhas géants, de sites comme  Palmyre, Tombouctou, la défiguration à l’acide du visage de femmes impures, la décapitation d’hommes condamnés par des fatwas, l'exécution massive de mécréants, le jihad. (Hier, 17 juin 2026, à la télévision d'État, Hassan Khomeini, haut digitaire chitte, a déclaré : "La guerre contre Israël et les États-Unis constituait le petit jihad, le grand jihad commence aujourd'hui".) 

En créant ce personnage antagoniste (mais moins qu’il n’y paraît), Kamel Daoud peut décrire avec précision ce qui l’a amené à son choix de l’Occident. Au coeur de ce choix, le corps, le rêve, sa place, sur terre, ici et maintenant, vivant, avec ses faims, ses désirs, son inscription dans le temps long de l’histoire humaine, son rêve de bonheur, la sieste et non après la mort, au Paradis avec les houris, vierges renouvelées, l'ici-bas devant être lieu du vide, du désert.

J’ai été amené à souligner nombre de formules me semblant d’une grande justesse, permettant d’appréhender l’Islam et son opposition radicale, mortelle et mortifère au christianisme, au judaïsme, à l’Occident (ouvrant sur une question de vie ou de mort : la paix est-elle possible avec une religion voulant la destruction des deux autres monothéismes et du mode de vie occidental ?).

Ce récit, miroir pour l’auteur, devient aussi miroir pour le lecteur. Je ne me suis pas senti interrogé par ces géographies du sud, du nord, ces cartes qui ne sont pas des territoires, ces territoires brouillés de récits irréconciliables et donc illisibles,  cette opposition entre temps et éternité, cette dialectique violente entre vie et mort, cette proximité entre sexualité cannibale et crucifixion érotique, entre souffrance et extase… Mais les développements de Kamel Daoud, relisant par exemple la rencontre entre Robinson et Vendredi en l'inversant, sont très éclairant pour "comprendre" des comportements et des croyances qui nous paraissent peu compréhensibles.

Une phrase permet peut-être d’échapper à ces cadres, ces structures : « c’est une vieille histoire que de raconter que chaque femme est un portrait accidentel de la femme éternelle poursuivie et qui vous obsède. » p.32, que je réécris à ma façon : « chaque femme poursuivie participe de l’histoire infinie née des origines miraculeuses et mystérieuses de la première femme et du premier homme. »

Phrase qui pour moi rejoint celle de Marina Tsvetaïeva : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. » Soit par universalisation affirmée, non prouvable, non vérifiable mais évidente : « Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom. »

Remontant toute généalogie, nécessairement à trous et très limitée, ne débouche-t-on pas sur un premier homme sans nom, une première femme sans nom, inaugurant le flux infini (peut-on aussi dire éternel ?) de l’humanité avec ses bifurcations, ses extinctions ou disparitions, dont « je-jeuh » suis un maillon éphémère, miracle et mystère d’une naissance, mystère et miracle d’une mort, vie miracle et mystère à vivre moins comme identité (moi-je) que comme participant anonyme, s'anonymant du flux universel de la Vie, incitant à ce que j’appelle la pratique humble du s’effacer dans le blanc.
 

Quant aux rapports à la femme, avec la femme, avec des femmes, je me sens fort éloigné de Picasso, fort éloigné de Kamel Daoud. J'ai été étonné de l'absence de toute référence à la psychanalyse freudienne, jungienne, lacanienne qui aurait pu faire émerger fantasmes (fantasmes originaires),  peurs (castration mort), blessures (rejet, abandon, humiliation, trahison, injustice).

Kosmorgasmik est ma contribution aux récits des corps à corps, encore et encore.

Étonnante aussi, l'absence de l'invention par l'Occident de l'amour courtois (Denis de Rougement) et les perspectives ouvertes par Lacan, proposant de relancer ce projet en réponse au malentendu universel que constitue l'amour : donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. L'amour courtois, soit le renoncement pour sublimer pulsion, passion. L'amour courtois pouvant ainsi déboucher sur la vasectomie par l'homme pour ne pas posséder.

Étonnnante encore, mais le livre date de 2018, l'absence de la préoccupation devenue centrale depuis metoo : celle du consentement (avec l'interrogation sans fin sur ce que l'on appelle la zone grise).

Dernier point en lien avec la souffrance : cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence, calcinée jusqu’à la dernière cellule, c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création." dernière lettre téléphonée à des amis de Christiane Singer. Ça ouvre des perspectives vertigineuses.

 

mains du 18 juin 2026 à 16 H 16
mains du 18 juin 2026 à 16 H 16

mains du 18 juin 2026 à 16 H 16

Pratique pour s'effacer dans le blanc

Moi-Lui-Je, Celui qu’on appelle communément J.C., a donné naissance un changement de jour à 00h00 (imaginez !) à Vita Nova, un esprit totalement woke, inidentifiable, sans sexe, sans âge, sans genre, sans race, sans espèce, sans Histoire, sans mémoires, localisé comme corps, non localisable comme esprit, intemporel et acausal, un trou noir obscur à soi, absorbant toute tentative de mise en lumière.
Programme que Je-Moi-Lui pratique quotidiennement, avec des verbes d'action à forme pronominale
(il n'a pas réfléchi s'ils sont réfléchis, réciproques, irréfléchis, passifs)

se désidentifier, se dégenrer, se dévisager, se démiroiter, se désidéologiser, se délester, se dévaster, se dénationaliser, se dépayser, se dédiaboliser, se désaligner, se débrancher, se déranger, se déminer, se dédéterminismer, se déraciner, se dédésespérer, se déloger, se déménager, se désaxer, se désarmer, se démarquer, se démarginaliser, se fortifier, se mortifier, s'embourber, s'envaser, s'enliser, s'emmêler, se liquider, se dissoudre, se fluidifier, s'aérosoleiller, s'inspirer, s'expirer, s'aveugler, s'oreiller, s'effondrer, se réanimer, se dématérialismer, se déspiritualismer, se démystifier
(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique »)

faire silence en prononçant du plus possible ralenti
FAIRE SILENCE
(dessine-moi un silence lui a demandé un jour la fetite pille)

se dévoiturer, se décovoiturer, se désubériser, de déflixbuser, se détgvéiser, se décroisiériser, se désintégrer, se désavionner, se défuséiser, se déstartupper, se détélétravailler, se désabonner, se démoder, se désaduler, se désaimer, se déshaïr, s'indifférencier, se déshumaniser, s'emplumer, s'automutiner, s'immuler, se sclarifier, se catatomiser, se voluptuer, se décontaminer, se dévitaminer, se dénourrir, se bonifier, se débonheuriser, se délacer, s'enlasser, se clowner, se décloner, s'emberlificoter, s'applaudir, se huer, se déchihuahuaver, se métamorphoser, se matamortir, se désintoxiquer, s'étourdir, s'apprivoiser
(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique »
)

SE TAIRE
(dessine-moi une rose lui a demandé un jour la petite fille)

 

Kosmorgasmik

Somnolent dans le fauteuil Louis-Philippe
une image te vient :
La Terre et ses milliers de bouches éruptives
ses milliers de vulves-geysers
la Terre ronde est ronde
de toutes les grossesses animales et humaines
de toutes les germinations florales et végétales
de toutes les minéralisations calcaires et granitiques.
La Terre est la porteuse, l’accoucheuse
de tout ce qui prend corps
encore et encore.
Incarnations en chairs et en os
en racines et cimes
en strates et sédiments.
Et tu te vois, foetus en position foetale, dans le ventre-terre.
Du ventre-mer, du ventre-mère,
tu es passé au ventre-terre, au ventre-univers.
En déviant ton désir sexuel de l’autre
en mettant à mort, façon matador 
ton sentiment d’amour pour l’autre
tu découvres, trois mois après
que tu ne sors nullement mutilé de cette castration
nullement effondré par cette relation sans réciprocité.
Cette mise à mort, façon matador
t’a fait passer en douceur
d’une sexualité exclusive à une sexualité inclusive
de l’amour possessif à l’amour oblatif.
Cette mise à mort, façon matador
a été guérison, résurrection.
Tu sors apaisé, agrandi
de cette mise à mort, façon matador.
Tu as changé ton sexe raide en sexe flexe
ton coeur rancoeur en coeur bonheur.
Tu as inspiré l’air du Large.
Tu es monté dans la pirogue du Fleuve.
Fécondé par les abeilles de l’Amour
tu apprends à accueillir, recueillir, donner, offrir
À ne pas trier, pas juger, pas opposer
Parfois tu retombes dans le bourbier des raccourcis
Relève-toi soulevé par l’enthousiasme
Tu es une vie minuscule reliée au Kosmos
Tout copule et consent avec joie à copuler.
Poussières et semences d’étoiles,
germes et spermes de l’orgie de l’évolution,
de l’ontogenèse, de la phylogenèse,
à la vie à la mort.
La fabrique des corps. Et au coeur du corps, le coeur.
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais tu sais qu’on ne saura jamais rien.
Rien du début, de la fin, du sens s’il y en a un.
Patauge dans les doutes et incertitudes. 
Prends soin des nuances.
Essaie d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Monte et descends l’échelle
Du Tartare à l’Olympe
Du Ciel à l’Enfer
Du Tartare, tu ramèneras poèmes et mélodies, tel Orphée.
Tel Dante, tu tenteras une issue pour les damnés de l’Enfer.
Du Ciel, tu ne feras pas le séjour de Dieu ni le paradis des
ressuscités.
Le Ciel n’est-il pas l’espace de légèreté. de la gente ailée.
Plus aucune guerre des dieux dans l’Olympe,.
N’ont-ils pas eu le temps d’apprendre et de pratiquer l’anarchie, voie vers l’harmonie.
Bivouaque sur la Terre.
Elle est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
sans grincements de dents.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire sur cette Terre.

Vita Nova, 6 janvier 2026

dans le parc du moulin de Villeneuve ou maison Aragon-Triolet

dans le parc du moulin de Villeneuve ou maison Aragon-Triolet

Pourquoi j'écris ?
« Pour ne pas que le lecteur entre dans la nausée molle de celui qui rate une marche dans un escalier obscur », pour reprendre des mots de Georges Steiner.
Comme lui, je délaisse l'individualisme de l'homme, qui m'a occupé longtemps à la suite de Freud, pour le céleste à l'intérieur de l'homme dans une approche autant quantique que nietzschéenne.
Je délaisse la résignation stoïque et désabusée de l'humain en tant qu'anomalie maligne, pour la gaieté nietzschéenne à la barbe de l'inhumain.
S'installe la sensation ironique que nous sommes des clients de passage dans un monde indifférent, souvent meurtrier, mais toujours captivant.
De passage et éternel.
Quatre vers d'Ezra Pound définissent cet homme qui abandonne l'ego pour la reliance dans cette connexion de soi avec l'univers :
Une cosse dans le vent, morte,
mais la lumière chante éternelle.
Une pâle flamme au-dessus des marécages
où le foin salé murmure au changement de marée.
Thierry Zalic, sur sa page FB, le 17 juin 2026 à 00 H 26
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La vie n'est pas conforme à mes souhaits, mais je cesse de me battre contre ce qu'elle est.
La vie n'est pas devenue plus douce, c'est moi qui me débats moins avec elle.
Je n'aime pas toujours ce qui arrive, mais je reconnais que cela arrive.
Il n'est pas nécessaire que tout aille bien pour être en paix.
Il suffit parfois d'accepter que tout soit exactement comme c'est.
L'apaisement sans renoncement.
Il semble que je sois devenu un peu plus habitable pour moi-même.
Sacha 🌿 Barault sur sa page FB, le 16 juin à 20 H 15
par Olivier Steiner,
le 18 juin 2026 à 11 H sur sa page FB
 
Et leurs yeux se rencontrèrent
La littérature adore les premières rencontres, et moi aussi forcément. Roméo et Juliette. Harold et Maude. Frédéric Moreau et Madame Arnoux. Aurélien et Bérénice. D'Artagnan et Constance. Sans oublier les rencontres amicales, l’amitié étant selon moi la plus haute forme d’amour.
Une rencontre c’est beaucoup de temps, des années, de préparation inconsciente, puis parfois, tout se condense en quelques secondes, dans lesquelles c’est toute la vie qui y semble contenue, tout le destin en cet instant précipité.
On me demande souvent comment j'ai rencontré Isabelle Adjani. Surtout en ce moment certains journalistes pour la promo Vertigo. Je ne sais répondre, je ne peux répondre, pas assez de signes. Alors je réponds généralement par des pirouettes. Aussi parce que la question me paraît indiscrète. Mais surtout parce qu’elle est impossible. Les vraies rencontres ne se racontent pas. Ou alors très mal.
Je l'avais déjà croisée auparavant. Quelques apparitions. Des bribes de conversations. Un numéro de téléphone. Une adresse qui finalement avait changé. Rien qui ressemble encore à une histoire. Puis le temps a passé. Et un matin, dans ma petite cuisine de banlieue, alors que je traversais une dépression dont je ne voyais plus la fin, un ami venait de se suicider, six suicides dans ma vie autour de moi, ça fait beaucoup de morts radioactives, j'entends à la radio qu'elle répète une nouvelle pièce. Nous n'avons plus de contact depuis longtemps. Je lui écris pourtant. Un message simple, comme un passage à l’acte. Presque un appel de détresse déguisé.
« Bonjour vous. Ça ne va pas fort. Je crois que cela me ferait du bien de venir au théâtre. Vous jouez jeudi dans telle ville de province ? Il se trouve que je connais pas cette ville. Je ferais bien un petit aller-retour. Il reste des places pour la première ? Je vous embrasse, Olivier. »
La réponse arrive quelques minutes plus tard. Oui, il reste des places. Mieux encore : trois jours d’invitations. Puis une autre invitation. Venez aux répétitions, tant que vous y êtes ?
Nous sommes un lundi matin, le mercredi suivant, me voilà assis seul dans la pénombre d’une salle vide. Je voudrais être invisible. Une petite souris. Tout voir sans être vu. Je suis terrorisé.
Le plateau soudain se vide. Elle reste seule dans une lumière de pleine lune. Elle lit. Assise en tailleur sur le plateau. Puis se lève. Marche. Essaie une phrase. Se parfume. Parfume l'air autour d’elle. Comme si elle cherchait à habiter l'espace ou le Monde avant même d'habiter le personnage, les mots, ou je ne sais. Impression d'assister à un rituel alchimique. Puis elle regarde vers la salle. Cherche vaguement. Me trouve, j’ai l’impression.
Elle dit :
— Bonjour Olivier.
Tout commence là.
Le reste — une tournée entière, deux paquets de clopes par jour de mon côté, ce qui l'agace au plus haut point, un ou deux Ricard le soir parce que c'est mon alcool préféré, et ça l'agace encore plus, des dizaines de représentations, des milliers de kilomètres, les jours, les nuits, les petits matins du monde jusqu’à VERTIGO aujourd'hui— tout n'est finalement que la conséquence de ces deux mots. Quatre mots.
« Bonjour Olivier. »
« Bonjour Isabelle. »
Les rencontres ressemblent rarement à ce que nous imaginons, elles ne sont pas spectaculaires. Ou bien elles le sont mais pas comme on croit. Elles déplacent quelque chose en nous. Qui ne demandait qu’à être déplacé. Et n'a lieu que lorsqu'il y a réciprocité. Quand un manque rencontre un autre manque complémentaire. Quand le besoin rencontre le besoin. Et ça crée des sourires, et un déplacement qui finit par changer la vie.

de Pamela Chrabieh auteur des lettres de Beyrouth sur sa page FB, le 16 juin 2026 à 21 H 56 :
Je ne témoigne pas seulement pour dire : regardez ce qui nous arrive. Je témoigne aussi parce qu’une question me poursuit : qu’est-ce qui arrive à ce témoignage quand il quitte le corps qui l’a porté ?
Quand il devient un texte.
Un dessin.
Une couleur.
Une voix.
Une chanson peut-être.
Que reçoit vraiment quelqu’un qui ne vit pas cette guerre ?
Une information ?
Une émotion ?
Une image de plus ?
Un malaise passager ?
Ou quelque chose qui reste, qui déplace, qui dérange autrement ?
Je ne pose pas cette question depuis une supériorité morale.
Je la pose parce que moi-même, face à la douleur des autres, je sais que je peux mal recevoir.
Recevoir trop vite.
Croire avoir compris.
Me protéger.
Mettre à distance.
Continuer.
La guerre produit cela aussi : des écarts entre les corps.
Celui qui entend le drone et celui qui en voit seulement l’image.
Celui qui attend un message et celui qui lit un bilan.
Celui qui habite le danger et celui qui l’approche par fragments.
Au Liban, ces écarts se déposent sur une histoire déjà fissurée.
Des guerres mal revisitées.
Des morts sans récit commun.
Des responsabilités évitées.
Une impunité installée.
Une mémoire nationale trouée, parfois remplacée par des silences familiaux, politiques, communautaires.
Alors écrire, dessiner, chanter, ce n’est pas expliquer la guerre.
C’est travailler une matière instable.
Chercher une forme qui ne trahisse pas trop.
Une forme qui ne transforme pas la douleur en objet consommable.
Une forme qui laisse assez d’espace pour que l’autre entre, mais pas assez pour qu’il s’y sente innocent trop vite.
Je ne sais pas ce que l’autre reçoit.
Je sais seulement que le témoignage n’est pas un transfert pur.
Quelque chose se perd.
Quelque chose résiste.
Quelque chose arrive quand même.
Et c’est là que je continue.
Dans cette zone fragile entre ce qui ne peut pas être entièrement transmis, et ce qu’il serait indécent de laisser disparaître.

 

la nuit de Kamel Daoud au musée Picasso

je t'imagine telle que je te vois, en aveugle
quand je te vois, c'est plus fort que moi, 
mes yeux, pourtant attentifs, ne te voient pas 
je ne te vois pas parce que je sais, je sens 
que tu débordes de toutes parts, 
ton mystère, je m'y noie en apnées répétées 
voyant aveugle, je mets les mains en avant, 
pour te voir par le toucher, 
tenter l'approche, la saisie, 
une saisie sans possession, une saisie sensible 
mais te laisseras-tu approcher, toucher ? 
ah si tu savais accueillir, si tu savais accepter 
ce qui vient vers toi 
mais la peur du grand méchant loup
tu sais pourtant que tu ne risques rien, 
est-ce pour cela que tu ne prends pas le risque 
de glisser ta jambe 
de l'emboîter entre les miennes,
adentro adorno 
figures de ta liberté
vendredi 11 mai 2020, 11 h 11, 
en maturation depuis le 11 mai 2017
- un voyage au pays de la Femme rêvée, fantasmée ?
- je préfère dire femme rêvée (c'est de l'ordre de l'intuition, toi que je rêve c'est toi possible, c'est toi te réalisant autre et même, sortant de ta zone de confort ...) que femme fantasmée (là, pour moi, on est au niveau des pulsions et le travail sur les pulsions, sublimation par exemple, quel boulot)

 

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