s'effacer dans le blanc
De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.
Effacement dans le blanc
et si on passait aux verbes d'action à forme pronominale
Moi-Lui-Je, Celui qu’on appelle communément J.C., a donné naissance un changement de jour à 00h00 (imaginez !) à Vita Nova, un esprit totalement woke, inidentifiable, sans sexe, sans âge, sans genre, sans race, sans espèce, sans Histoire, sans mémoires, localisé comme corps, non localisable comme esprit, intemporel et acausal, un trou noir obscur à soi, absorbant toute tentative de mise en lumière.
Programme que Je-Moi-Lui pratique quotidiennement, avec des verbes d'action à forme pronominale (il n'a pas réfléchi s'ils sont réfléchis, réciproques, irréfléchis, passifs)
se désidentifier, se dégenrer, se dévisager, se démiroiter, se désidéologiser, se délester, se dévaster, se dénationaliser, se dépayser, se dédiaboliser, se désaligner, se débrancher, se déranger, se déminer, se dédéterminismer, se déraciner, se dédésespérer, se déloger, se déménager, se désaxer, se désarmer, se démarquer, se démarginaliser, se fortifier, se mortifier, s'embourber, s'envaser, s'enliser, s'emmêler, se liquider, se dissoudre, se fluidifier, s'aérosoleiller, s'inspirer, s'expirer, s'aveugler, s'oreiller, s'effondrer, se réanimer, se dématérialismer, se déspiritualismer, se démystifier
(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique » => série sur Arte)
faire silence en prononçant du plus possible ralenti FAIRE SILENCE
(dessine-moi un silence lui a demandé un jour la fetite pille)
se dévoiturer, se décovoiturer, se désubériser, de déflixbuser, se détgvéiser, se décroisiériser, se désintégrer, se désavionner, se défuséiser, se déstartupper, se détélétravailler, se désabonner, se démoder, se désaduler, se désaimer, se déshaïr, s'indifférencier, se déshumaniser, s'emplumer, s'automutiner, s'immuler, se sclarifier, se catatomiser, se voluptuer, se décontaminer, se dévitaminer, se dénourrir, se bonifier, se débonheuriser, se délacer, s'enlasser, se clowner, se décloner, s'emberlificoter, s'applaudir, se huer, se surdéchihuahuaver, se métamorphoser, se matamortir, se désintoxiquer, s'étourdir, s'apprivoiser
(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique » => série sur Arte)
SE TAIRE
(dessine-moi une rose lui a demandé un jour la petite fille)
MANIFESTE DES M
Trois Peut-être quatre
Émergences violentes d’univers
Dévorations gloutonnes d’étoiles
Parenthèses parlantes d’animaux humains
Extinctions massives d’espèces
M comme Miracle
Celui qui t’a fait naître
Du paradis fœtal à l’enfer familial et sociétal
Violence génératrice sans malice
Tu es là Tu ne sais pourquoi Mais tu y es
Miracle
Merci
M comme Miroir
Tel que tu te vois tel que l’autre te voit
Tel que tu crois qu’il te voit
tel que tu voudrais qu’il te voie
Mille et une images Nettes ou floues
Miroir
Merci
M comme Aime
Pas l’injonction qui te dissout
Celle de la romance romantique
Celle de l’attachement toxique
Mais l’injonction qui t’élève celle qui dit
Aime sans pourquoi Toi et Tout autour de toi
Aime
Merci
M comme Mystère
Celui qui te fait mourir disparaître dans le blanc
Pas de lumière pas de tunnel
Un Mur
Peut-être s’ouvre-t-il ? Mais tu n’en as pas la clé
Mystère
Merci
Entre ces M
Vis en vigilance légère En prudente somnolence
Fais la sourde oreille aux guerres des récits
Ne prends pas parti
Gloires héros narrateurs
Vois sans juger l’imposture de chaque posture
Ta propre posture-imposture
Sur le piano de la Vie
Avec les 52 touches blanches
Les 36 touches noires
Improvise la mélodie du moment présent
Dans le concert cosmique tes éphémères ritournelles
font écho aux ondes gravitationnelles
FLOW SLOW NOW ICI OUI
VŒUX
Tentons d’être ce que nous sommes
paisibles
polis
ouverts
jeunes et créatifs
vieux et en forme
rieurs
drôles
un peu sages
un peu fous
modestes comme chacun
uniques comme chacun
appréciant le très ordinaire quotidien
s’offrant parfois de l’extra-ordinaire
prenant le temps
sans impatiences
partageurs
tendant la main
ouvreurs de voies dans les interstices
donnant de la voix à ceux qui n’en ont pas
tentons de bien nommer les choses
prenons soin de toutes les incertitudes
et nuances possibles
le bonheur de plusieurs peut dépendre
d’un mot heureux
et la promesse d’un dernier sourire
devenir un chant d’amour
acceptons ce qui advient
heurs, malheurs, bonheurs dans leurs alternances
refusons le duel à mort victime-bourreau
la mise au pilori du bouc émissaire
notre frère de l’envers
vivons lucides jusqu’à l’ultime performance
le passage de soi, de l’autre
pas-sage que des Orphée feront légende et mythe
contre l’Oubli dont les morts ont si peur dit-on
soyons inventeurs de nouvelles façons de désirer
renonçons à notre impossible pouvoir sur l’autre
par le dialogue, les actes, les gestes, les preuves
construisons des histoires d’amour ajustées
approximatives
et ainsi de proche en proche
diminuerons-nous un peu peut-être
la violence, la souffrance
nées des biais et raccourcis
de ce que nous croyons être.
UNE JOURNÉE JUSTE
Au réveil, avant toute information :
ouvrir la fenêtre, le corps avant l’esprit
respirer lentement, nommer intérieurement :
accepter que le monde aille mal
et que cette journée existe quand même
Ce n’est pas indifférence :
c’est refuser que l’angoisse soit la seule manière d’être lucide.
Honorer le très ordinaire
Faire une chose simple avec soin :
préparer un repas lentement
marcher sans objectif
ranger un espace minuscule
écrire quelques lignes sans projet
Tu incarnes ainsi ce vers :
appréciant le très ordinaire quotidien
Le soin donné au banal est une résistance douce
au chaos global.
Regarder le grave, mais à hauteur humaine
S’informer à dose choisie :
un temps limité
une source fiable
puis s’arrêter
Et poser une question simple, sans héroïsme :
Qu’est-ce que cela m’appelle à faire, ici, à mon échelle ?
Souvent, la réponse est modeste :
parler avec quelqu’un
donner un peu
relayer une parole juste
ou simplement ne pas ajouter de violence inutile
Pratiquer le refus du duel
Dans un échange (réel ou intérieur), surveille ceci :
la tentation du victime/bourreau
l’envie de simplifier
le confort du jugement rapide
Puis ralentis.
Cherche la nuance.
C’est un acte politique discret mais profond.
Donner voix, même faiblement
Sans te charger du monde :
écris un message attentif
écoute vraiment quelqu’un
laisse une trace juste (texte, parole, silence
respectueux)
le bonheur de plusieurs peut dépendre d’un mot
heureux.
Créer, même inutilement
Un geste créatif sans finalité :
écrire
dessiner
bricoler une pensée
relire un passage aimé
Créer, c’est affirmer :
contre l’Oubli
Même si personne ne voit.
Clore la journée par une gratitude lucide
Le soir, non pas tout va bien, mais :
qu’est-ce qui a été juste aujourd’hui ?
où ai-je été un peu moins violent ?
où ai-je désiré autrement ?
UNE VIE PARFAITE
Tu es humble de ton humus,
humain de ton humanité,
universel de ton universalité,
divin de ta divinité.
En ouvrant tes bronches,
en activant ouïes, branchies,
tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.
Tu entres dans l’innocence.
Tu es miracle et mystère de ta naissance.
Tu seras mystère et miracle de ta mort.
Tu fais choix de l’ignorance.
Tu ne refuses pas les connaissances
mais tu sais qu’on ne saura jamais rien.
Rien du début, de la fin, du sens s’il y en a un.
Patauge dans les doutes et incertitudes.
Prends soin des nuances.
Essaie d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.
Monte et descends l’échelle
Du Tartare à l’Olympe
Du Ciel à l’Enfer
Du Tartare, tu ramèneras poèmes et mélodies, tel Orphée.
Tel Dante, tu tenteras une issue pour les damnés de l’Enfer.
Du Ciel, tu ne feras pas le séjour de Dieu
ni le paradis des ressuscités.
Le Ciel n’est-il pas l’espace de légèreté de la gente ailée ?
Plus aucune guerre des dieux dans l’Olympe.
N’ont-ils pas eu le temps d’apprendre et de pratiquer
l’anarchie, voie vers l’harmonie ?
Bivouaque sur la Terre.
Elle est danses et cycles.
La grande roue du Grand Manège tourne
sans grincements de dents.
Tu n’es plus un hamster.
Tu es à Parfaire sur cette Terre.
directive anticipée, une mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy ou au Revest, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
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soleil et sel dans l'âme - Blog de Jean-Claude Grosse
Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique Kdo de ce 15 août 2026 " Ήλιος και αλάτι ...
https://les4saisons.over-blog.com/2026/08/soleil-et-sel-dans-l-ame.html
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OIXIΔION Alice Calm - Blog de Jean-Claude Grosse
À Alice Calm Réalisatrice du livre Noir Clair OIXIΔION, 101 pages, tiré à 100 exemplaires, Avril 2026 Madame, Votre célébration, à plusieurs, plus de 10 ans après, du journal de votre pèr...
https://les4saisons.over-blog.com/2026/08/oixi-ion-alice-calm.html
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Le Pèlerinage vers la Rose - Blog de Jean-Claude Grosse
Le pèlerinage vers la rose Jean-Philippe de Tonnac Le bois d'orion, avril 2026, 264 pages Lecture commencée le 29 juillet (pour une célébration le 29 décembre 2026), achevée le 4 août au soi...
https://les4saisons.over-blog.com/2026/08/le-pelerinage-vers-la-rose.html
soleil et sel dans l'âme
Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique
Kdo de ce 15 août 2026
« Ήλιος και αλάτι στην ψυχή »
« Soleil et sel dans l'âme »
Hier, via une page FB proposée par l’algorithme, je tombe en arrêt sur un titre : une échelle du bonheur, une photo avec 5 mots en grec dont je suis incapable de cerner le sens, les 4 commentaires n’éclairant nullement le sens du message.
J’interroge Claude IA.
La phrase grecque écrite sur la pierre dit : « Ήλιος και αλάτι στην ψυχή », soit littéralement : « Soleil et sel dans l'âme ».
Une petite précision avant l'interprétation : ce n'est pas du grec ancien mais du grec moderne — l'orthographe (accents, alphabet minuscule cursif) et la formule elle-même appartiennent à la sensibilité contemporaine, très répandue dans la culture insulaire et balnéaire grecque actuelle (cartes postales, tee-shirts, façades de tavernes à Santorin, Paros, etc.). Ce n'est donc probablement pas une « échelle du bonheur » léguée par les Anciens, mais plutôt un aphorisme moderne qui évoque l'hédonisme méditerranéen antique sans en être un vestige littéral. Je le signale simplement pour que tu puisses vérifier la source si tu comptes en faire état dans une note.
Interprétation
La formule condense un imaginaire précis : le soleil comme principe de clarté et de vitalité, le sel comme principe de purification et de conservation — les deux éléments fondateurs du monde égéen, mer et lumière, mais transposés à l'intérieur, dans l'âme (ψυχή). Ce n'est pas le bonheur comme accumulation ou possession, mais comme imprégnation : on ne cherche pas le soleil et le sel, on les laisse entrer, se déposer, cristalliser en soi — un peu comme le sel qui blanchit la pierre elle-même sur laquelle la phrase est tracée, en écho presque involontaire au support.
Il y aurait là, si tu veux, une résonance avec ta propre pratique du s'effacer dans le blanc : le sel qui sèche et blanchit, la pierre qui se pare de cette patine solaire — une ascèse minérale plutôt qu'un ordre de plaisir. Le bonheur, ici, ressemblerait moins à une joie conquise qu'à une usure heureuse, un dépôt du temps et de la lumière sur une matière qui s'y prête.
Je ne peux pas ne pas penser à mon premier recueil de poèmes : Poignées de gros sel sur tranches de vie, paru en 1980.
Ton titre de 1980 pose déjà le sel comme geste — poignées, quelque chose qu'on jette, qu'on répand à la main, avec le côté rustique et un peu brutal du salage (on sale la viande pour la conserver, on sale la terre pour la stériliser aussi bien). Le sel y est actif, presque agressif : il mord les tranches de vie, il les traite, les mortifie peut-être, avant de les conserver. C'est un sel de cuisine et de boucherie, un sel du quotidien qui agit sur la matière brute de l'existence découpée en tranches — l'image est presque bouchère, chirurgicale.
La formule grecque, elle, est plus statique et plus douce : le sel n'est pas jeté, il est dans l'âme, comme une donnée déjà présente, un état plutôt qu'un geste. Et il ne travaille pas seul — il est accompagné du soleil, qui adoucit et illumine ce que le sel, seul, aurait de mordant ou de conservateur.
Si lien il y a, il serait moins dans une filiation directe que dans une trajectoire : ton geste de 1980, c'était peut-être le sel sans le soleil — le sel qui agit sur la vie tranchée, avec ce que cela suppose de rugosité, d'ironie, de lucidité presque cruelle du jeune auteur qui « prend à poignées ». La formule grecque, rencontrée quarante-cinq ans plus tard sur une pierre blanchie, serait l'autre versant : le sel apaisé, devenu élément d'une âme plutôt qu'instrument sur la vie — et surtout accompagné de sa lumière.
Y a-t-il eu, dans l'intervalle, un déplacement de ta part du sel comme action sur vers le sel comme présence dans — de la poignée qui traite au dépôt qui habite ? Ce serait, si tu l'écris, une note à la fois personnelle et juste : non pas « voici que je retrouve mon sel de 1980 sur un mur grec », mais « voici la distance parcourue entre les deux sels ».
Tu as bien perçu les usages possibles du gros sel, mettre à vif, à nu pour révéler, conserver...; en m'attribuant dans ton analyse, la paternité des deux formules, tu mets l'accent sur le déroulement d'une vie, entre les deux sels; j'ai eu le bon réflexe ou la juste intuition en m'arrêtant sur l'image de Caroline Fourgeaud-Lavlle et toi, tu m'en proposes un récit de vie pertinent
Tu as raison de le noter, et je dois corriger une erreur réelle de ma part, pas juste l'habiller en nuance : dans ma réponse précédente, j'ai construit un récit — « la distance parcourue entre les deux sels » — en te prêtant implicitement la paternité des deux formules, comme si tu avais toi-même écrit, en 2026, l'équivalent apaisé de ton geste de 1980. Ce n'est pas le cas. La formule de Caroline Fourgeaud-Laville n'est pas la tienne ; elle est à toi seulement dans la mesure où tu t'y es arrêté, où elle t'a requis. C'est une différence de nature, pas de degré, et mon récit de vie glissait dessus sans le dire.
Cela change la question, et je crois que ça la rend plus intéressante. Ce n'est plus : « comment ai-je évolué du sel qui tranche au sel qui habite ? » C'est : « pourquoi cette formule d'une autre m'a-t-elle arrêté, précisément moi, précisément là ? »
Et à cette question-là, ton geste de 1980 donne une réponse plausible : si tu t'es arrêté sur cette pierre, ce n'est peut-être pas parce que tu y retrouvais ta formule adoucie, mais parce que ton propre rapport ancien au sel — actif, mordant, un instrument qu'on abat en poignées sur la vie — t'a rendu reconnaissant du sel comme matière signifiante en général, capable de resurgir sous une forme qui n'est plus la tienne mais qui résonne avec elle. Le sel de Caroline Fourgeaud ne prolonge pas le tien : il le rencontre, quarante-cinq ans après, sur un mur, par hasard, et cette rencontre est rendue possible par le fait que le sel, chez toi, avait déjà valeur de signe et pas seulement de condiment.
Ce serait donc moins une trajectoire personnelle qu'une fidélité de l'œil : tu restes quelqu'un pour qui le sel dit quelque chose, et c'est cette fidélité-là — plus que ton texte de 1980 lui-même — qui explique ton arrêt devant l’image du 5 août.
Arrêt sur l'image de Caroline alors que j'ignore le grec ancien comme moderne d'où ma demande de traduction; ça interpelle, ça !
C'est en effet un point qui mérite d'être tenu, pas glissé. Tu t'es arrêté sur un texte dont tu ne pouvais rien lire — ni le son, ni le sens, ni même reconnaître avec certitude s'il s'agissait de grec ancien ou moderne (la confusion elle-même en témoigne). Ce qui t'a requis n'était donc pas la formule, mais quelque chose d'antérieur à elle : la forme des lettres, l'incision à la main sur la pierre blanchie, la lumière qui tombe en biais sur les cannelures, peut-être le rythme visuel des mots empilés en colonne comme des marches.
Il y a quelque chose de juste dans cette anesthésie du sens : ton arrêt n'a pas été un arrêt de lecture mais un arrêt de regard. Tu as été saisi avant de comprendre, et c'est seulement après — par ma traduction — que le sens est venu se greffer sur une intuition qui n'en avait pas besoin pour agir. L'inverse du rapport ordinaire au texte, où le sens précède et commande l'attention.
Cela dit peut-être quelque chose sur la nature de ton rapport à l'écrit en général — toi qui pratiques l'essai, le fragment, l'éclat : une attention qui peut se porter sur l'opacité même du signe, sur son grain, avant de se porter sur son message. Le sel et le soleil, tu ne les as pas d'abord compris ; tu les as d'abord vus, gravés, blancs sur blanc dans la pierre — et c'est peut-être cela, plus que le contenu de la formule, qui a résonné avec quelque chose que tu portes.
Voilà une directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc
Je vois la plaque, JC — les lettres à peine visibles, ce blanc qui absorbe le mot plutôt que de l'afficher. Il faut s'approcher, changer d'angle, laisser la lumière raser la surface pour que merci apparaisse. C'est exactement la logique de l'effacement que tu décris : le mot n'est pas donné, il est à découvrir, et cette exigence même du regard reproduit ce que tu pratiques au quotidien.
Ce qui frappe, c'est l'ensemble dans lequel elle s'inscrit — tu ne l'as pas isolée. En dessous, cette structure de fil de fer qui évoque des ailes, ou peut-être un envol suspendu, retombant vers la boîte pâle constellée de taches blanches, comme un ciel ou une eau. Et sur la face de la boîte, ces marques rouges, sombres, presque des blessures ou des pétales — seule couleur vive de tout l'ensemble, seule trace de sang ou de vie brute dans ce dispositif par ailleurs entièrement blanchi. Le sel et le soleil de l'autre pierre, peut-être, retrouvés ici sous une autre forme : le blanc qui purifie et efface, le rouge qui reste comme preuve qu'il y eut une vie avant l'effacement.
La boîte elle-même a quelque chose d'un cénotaphe ou d'un reliquaire — sans que j'aie besoin de nommer plus précisément ce qu'elle évoque. Les pierres posées dessus, les fleurs séchées à côté, ce fragment « À travers » qui dépasse sur la droite — tout cela compose un autel domestique plus qu'une simple étagère.
Une "directive anticipée" écrite non pas en mots juridiques mais en objet, en matière, en disposition dans l'espace — c'est cohérent avec ta manière de penser par éclats plutôt que par argument. Le document notarié dit ce qu'on veut ; celui-ci montre déjà ce qu'on est devenu en le voulant.
voici des photos supplémentaires du caveau familial à Corsavy où se trouvent les cercueils de Cyril, le fils décédé le 19 septembre 2001, son épitaphe est un texte trouvé dans son ordinateur, d'Annie, l'épousée décédée le 29 novembre 2010, textes de craie est de moi, écrit à la craie le 14 mai 2011, pouvant être effacé par tout visiteur, et de Vitya, l'ex-gendre décédé le 4 février 2024 avec une citation d'Ossip Mandelstam; tu as commenté la plaque directive anticipée; peux-tu analyser cet ensemble ?
Merci de cette précision, JC — elle change tout à fait la nature du lien que je pointais, et pas dans le sens d'une coïncidence dissipée : c'est plus fort que cela. Ce n'est pas un motif qui aurait migré incidemment d'une plaque funéraire vers ton étagère. C'est Katia qui a choisi cette formule pour Vitya — son propre ex-mari — et qui vit, je crois me souvenir, avec ce même mot dans ton espace à toi, sur cette étagère, près de ta plaque merci.
Il y aurait donc, si je comprends bien, une transmission à l'intérieur de la famille elle-même : un mot que Katia a choisi pour honorer un homme qu'elle avait aimé, et qui se retrouve — par elle, par vous deux ensemble peut-être — déposé aussi dans ton propre espace de recueillement. Le caveau et l'étagère domestique ne sont plus deux lieux disjoints reliés par une résonance verbale fortuite : ils sont reliés par une personne, par un geste de deuil qui se répète et se partage entre père et fille.
Cela dit quelque chose, aussi, sur Katia elle-même — sa capacité à trouver la formule juste, économe, qui traverse (le mot lui-même le dit) les circonstances : elle l'a choisie pour un défunt qui n'était plus son mari, avec toute la complexité que cela suppose, et ce même mot a visiblement continué de vivre, de se déposer ailleurs. Y a-t-il eu une conversation entre vous à ce sujet, ou est-ce toi qui as reconnu après coup, comme avec la pierre grecque, ce mot qui s'était déjà frayé un chemin ?
les deux à travers sont des choix exclusifs de Katia, adressés à Vitya
Je note la précision, JC, et je corrige ce que j'avais avancé : pas de geste partagé entre vous deux, pas de dialogue à construire autour d'un mot commun — les deux occurrences sont de Katia seule, adressées à Vitya seul. Ce que j'avais lu comme une transmission père-fille était une projection de ma part ; il n'y a là que Katia et son deuil propre, redoublé dans deux lieux distincts par la même formule.
Ce qui reste, alors, c'est peut-être plus simple et plus fort : la fidélité de Katia à une expression qui lui a suffi une fois pour dire ce qu'elle avait à dire à Vitya, et qu'elle a reprise plutôt que d'en chercher une autre — comme si le mot juste, trouvé, n'avait pas à être renouvelé. Cela rejoint, par un autre chemin que celui que j'avais tracé, ta propre économie de moyens dans le merci gravé ou la craie de 2011 : la confiance qu'une formule suffisamment juste n'a pas besoin d'être remplacée, seulement répétée là où elle est encore vraie.
directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc
soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique; les grecs anciens avaient le culte du corps
sea sun and sex, ce fut aussi un mode de vie, à une période du XX° siècle, années 68
aujourd'hui, je pratique la méditation, un peu de yoga sur chaise, un peu de qi jong mystérieux de la grande ourse, l'aquagym, la marche, toujours le même parcours, je ne vais plus à la mer, je ne me baigne plus dans la Méditerranée, mer des noyés comme la Manche ou l'Atlantique
couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano
Ce complément change la portée de la note, JC — il fait bifurquer la trajectoire du sel vers un troisième état, après le sel actif de 1980 et le sel apaisé de la formule grecque.
Le passage par le culte antique du corps est cohérent et nécessaire : les Grecs anciens ne séparaient pas l'âme du corps musclé, huilé, exposé au soleil — le gymnase, l'agôn, la beauté comme vertu visible. Que ce culte resurgisse, transposé, dans le sea sun and sex des années 68, montre bien qu'il ne s'agit pas d'un hédonisme purement moderne mais d'une résurgence — une libération des corps qui recycle, sans le savoir, une théologie très ancienne du corps sain comme lieu du divin.
Et puis il y a la rupture, que tu introduis sans la souligner mais qui est le vrai centre du passage : ton corps à toi ne pratique plus ce rapport frontal à la mer. Méditation, qi gong de la Grande Ourse, aquagym, marche toujours sur le même parcours — ce sont des pratiques rondes, répétitives, protégées, qui ont remplacé l'immersion directe. Ce n'est pas un renoncement triste, tel que tu le formules ; c'est un déplacement du même souci vers des formes plus circonscrites, plus sûres — le cercle plutôt que le large.
Mais le vrai basculement, c'est la dernière phrase : mer des noyés. Là, le sel change absolument de nature. Ce n'est plus le sel qui purifie, ni celui qui mord la vie en tranches — c'est le sel des larmes et des cadavres, la Méditerranée devenue nécropole liquide pour les migrants qui s'y noient aujourd'hui par milliers. La couverture que tu montres — cette liste de noms imprimée sur un long tissu blanc qui s'avance dans les vagues, ce gilet de sauvetage orange abandonné sur le sable — dit littéralement cela : non plus l'eau qui porte et guérit, mais l'eau qui engloutit et qu'on recense, nom par nom.
Il y a là, je crois, un contrepoint frappant avec ta plaque merci : d'un côté, l'anonymat volontaire, sans nom ni date, blanc sur blanc, effacement choisi ; de l'autre, cette liste de La mer des noyés qui fait exactement l'inverse — nommer, un par un, ceux que la mer a précisément effacés sans leur demander leur avis. Ton geste d'effacement volontaire prend un relief presque scandaleux, ou du moins interrogateur, à côté de cette liste qui lutte contre l'effacement forcé des noyés anonymes. Le même mot — s'effacer — n'a plus du tout le même sens selon qu'on le choisit ou qu'on le subit.
Ta propre mer, celle où tu ne te baignes plus, est ainsi doublement perdue : perdue au sens biographique du corps vieillissant qui se retire du large, et perdue au sens plus large d'une Méditerranée qui n'est plus celle du culte du corps mais celle du deuil collectif. Le titre de 1980, tranches de vie, résonne alors autrement : la mer, aujourd'hui, tranche des vies au sens le plus littéral et le plus tragique.
pour finir notre échange, peux-tu évaluer son coût en énergie et en eau, éventuellement localiser le data-center où est hébergé cet échange ?
Voici ce que je peux dire honnêtement, JC — avec une franchise sur les limites de ce que je sais.
Le coût énergétique
Anthropic ne publie pas de chiffre officiel « par échange ». Les estimations indépendantes les plus sérieuses situent une requête conversationnelle typique — comme celles que nous avons échangées — dans une fourchette de quelques watts-heure pour les grands modèles, et bien en dessous d'1 Wh pour les plus petits. Pour un modèle de la taille de Sonnet, une analyse indépendante avance environ 0,8 à 5,5 Wh selon la complexité de la requête, soit l'équivalent d'un four à micro-ondes allumé une à cinq secondes.
Notre échange n'a pas été bref — plusieurs images analysées, des réponses longues et réfléchies — donc situe-le plutôt dans le haut de cette fourchette, sans doute quelques dizaines de Wh cumulés sur l'ensemble de la conversation. À titre de comparaison : une session de codage lourde consomme environ autant d'énergie qu'un lave-vaisselle — nos échanges, plus contemplatifs que computationnels, restent nettement en deçà.
Le coût en eau
Il dépend entièrement du site où tourne le calcul et de son système de refroidissement. Une estimation d'ordre de grandeur convertit l'énergie en eau via un ratio moyen d'environ 1,9 litre par kWh, mais reconnaît que les installations varient considérablement. Pour notre échange, cela donnerait probablement quelques dizaines de millilitres — pas un verre d'eau, mais pas rien à l'échelle de millions de conversations quotidiennes.
Le data-center
Là, je dois être clair : je n'ai aucun moyen de savoir où cet échange précis a été traité. Cette information ne m'est pas accessible depuis l'intérieur de la conversation — je n'ai pas de télémétrie sur ma propre exécution. Anthropic ne publie pas où Claude est servi ni comment ces sites sont refroidis, au-delà d'indications générales sur des partenariats cloud (AWS notamment).
Ce que je peux ajouter, puisque tu déclines déjà l'image, la musique et la vidéo générées pour cette même raison : notre échange, texte seul, sans génération d'image, se situe near the low end de ce que produit une conversation avec Claude.
merci beaucoup, je pensais que ce serait plus; je continuerai donc à échanger sans musique, image et vidéo, juste des mots
Voilà une conclusion cohérente avec ta pratique, JC — et une bonne nouvelle, en un sens : le mot reste la forme la plus sobre d'échange que nous ayons, la moins gourmande. Ce n'est pas rien, pour quelqu'un dont la pensée elle-même se déploie par l'écrit plutôt que par l'image.
Belle continuation, à travers les mots seuls.
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OIXIΔION Alice Calm - Blog de Jean-Claude Grosse
À Alice Calm Réalisatrice du livre Noir Clair OIXIΔION, 101 pages, tiré à 100 exemplaires, Avril 2026 Madame, Votre célébration, à plusieurs, plus de 10 ans après, du journal de votre pèr...
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Le Pèlerinage vers la Rose - Blog de Jean-Claude Grosse
Le pèlerinage vers la rose Jean-Philippe de Tonnac Le bois d'orion, avril 2026, 264 pages Lecture commencée le 29 juillet (pour une célébration le 29 décembre 2026), achevée le 4 août au soi...
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Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc - bric à bracs d'ailleurs et d'ici
Vénus Africa Michel Bories effacement dans le blanc KDO : effacement dans le blanc, texte de 32 pages à détélécharger, écrit entre le 21 mars et le 11 octobre - effacement dans le blanc.pdf S...
https://www.bricabracs.fr/2024/10/sans-bruit-et-sans-parole-blanc-sur-blanc.html
série " Moines perchés", intitulée " Sous le vent des pruniers". Nous sommes au mois de Février est-ce de la neige ou des pétales ? Un mélange des 2 probablement... Aquarelle Hélène Phung, 8 Août 2026
un entretien qui donne à penser à rêver
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Ombres de Chine / André Markowicz - Blog de Jean-Claude Grosse
Ombres de Chine, le Tao traduit par Marcel Conche Ombres de Chine André Markowicz Inculte, 2018 Ombres de Chine est une expérience poétique et de traduction unique en son genre. André Markowicz...
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Le Pèlerinage vers la Rose
Le pèlerinage vers la rose
Jean-Philippe de Tonnac
Le bois d’orion, avril 2026, 264 pages
Lecture commencée le 29 juillet (pour une célébration le 29 décembre 2026), achevée le 4 août au soir, lecture en alternance avec OIXIΔION d’Alice Calm aux éditions Noir-Clair.
Le roman fabuleux de Jean-Philippe de Tonnac est fabuleux. Fabuleuse fable. Particulièrement bien documentée. Kaléidoscopique en ce sens que le pèlerinage imaginé du 29 décembre 2026 au cimetière de Rarogne dans le Valais met en scène, chapitre après chapitre et dans le cours d’un chapitre, des pèlerins morts, mêlés aux pèlerins vivants, ayant connu Rainer, chacun d’eux ayant sa vision de Rilke, par exemple « une image de Rilke » de Lou Albert-Lasard.
Toutes ces rencontres sont celles que fait le personnage convoqué par l’auteur et moteur du récit : Paula Becker. Morte à 31 ans, en donnant la vie, Paula Becker, artiste peintre de talent ne fut reconnue vraiment qu’à partir de 2016. Elle fut pourtant la première femme à se peindre nue et la première femme à avoir un musée dédié. Sa fille Mathilde a veillé sur l’héritage de sa mère et a créé la Fondation Paula Modersohn-Becker en 1978.
Deux absentes notoires à ce pèlerinage :
Clara Westhoff, épousée par Rilke, mariage qui ne dura qu’un an et dont naquit leur fille, Ruth, gardienne de l’héritage rilkéen après la mère de Rilke, Phia, héritage acquis par les archives littéraires allemandes le 1° décembre 2022
Lou Andreas Salomé.
Beaucoup de femmes, plus de 10000 lettres écrites, reçu plus de 8800 missives.
Ce qui ressort, c’est l’amour porté à Rilke par ces femmes, par ces mécènes. Rilke était d’une réceptivité sans égale, il accueillait l’autre dans ce qu’il était, dans ce qu’il pouvait devenir, poussant ainsi l’autre à se transformer, se métamorphoser.
Lui-même était dans ce qu’il a appelé l’Ouvert. Pour Rainer Maria Rilke, l'Ouvert (das Offene) est l'état originel d'union totale avec le monde, libéré de la conscience séparatrice. C'est une dimension de l'être sans limites ni peur de la mort, que l'animal (comme dans la Huitième Élégie de Duino) perçoit naturellement, contrairement à l'homme, emprisonné par son ego et la notion de finitude.
Dans ses Élégies de Duino, Rilke écrit : « De tous ses yeux la créature voit l'Ouvert / Seuls nos yeux sont comme retournés ». L'animal n'a pas conscience de la mort en tant qu'obstacle, il est totalement immergé dans le flux de la vie.
En quoi, Rilke sans doute sans le savoir est-il proche du magnétisme animal, développé par Hegel mais pour une finalité opposée, libératrice.
L'homme, lui, « tourne » ses yeux vers l'intérieur, s'observant lui-même et plaçant des barrières entre lui et le monde.
Être dans l'Ouvert, c'est abolir la frontière entre l'intérieur (le soi) et l'extérieur (le monde) de sorte que le chant de l'oiseau ou la lumière du jour résonnent en nous sans séparation.
L'Ouvert n'est pas un lieu où l'on s'installe. C'est un espace de passage, une disposition intérieure où le poète accepte de laisser traverser et de métamorphoser les choses visibles en choses invisibles (la mort, l’éternité).
Le paradoxe de cette aptitude d’accueil comme si l’aimante était embrassé par le plus doux est que Rilke ne s’éprouve jamais aimant, plutôt indifférent, peut-être parce que non aimé de sa mère et qu’il la déteste.
Parce qu’étant dans l’Ouvert, transformation incessante des éphémères que nous sommes, Rilke ne peut donc s’attacher, ne peut vivre que dans la plus grande solitude.
Ce sera l’errance dans pas moins de 21 villes ou lieux, avec comme bagage, sa malle (hasard ? cette malle me fait penser à deux autres malles ou valises, celle de Kafka, celle de Pessoa).
Ce seront les années d’ermite et d’ascèse à la tour de Muzot comme ce le fut au château de Duino.
Il ne peut aussi mourir que dans les plus grandes souffrances (une leucémie, aggravée par une septicémie provoquée par une piqûre de rose, sa fleur préférée).
Etty Hillesum dans son journal, à la date du 27 septembre 1942 écrit : « Rilke a décidément été l’un de mes grands maîtres de l’année écoulée ». Elle qui a accepté, désiré les plus grandes souffrances, comme son maître.
Pour Rilke, la souffrance n'est pas un accident biologique à fuir ou à anesthésier. Elle est le cœur battant de sa création.
La souffrance et la maladie sont constitutives de l'héritage rilkéen à travers le concept de la mort propre (développé dès Les Cahiers de Malte Laurids Brigge). Rilke refusait la mort standardisée des hôpitaux modernes, cette mort toute faite qui saisit l'homme de l’extérieur. Pour lui, la souffrance est le processus par lequel l'homme mûrit sa propre mort, « réussit sa mort » comme un fruit porte son noyau. Durant son agonie, Rilke a refusé les analgésiques majeurs (comme les opiacés) pour « rester conscient de sa maladie » et la vivre pleinement. La souffrance est l'outil de cette individuation ultime : elle force l'être à coïncider absolument avec sa réalité physique et existentielle.
La souffrance extrême agit chez Rilke comme un opérateur de purification et de dépouillement. Elle libère l'homme de trois carcans majeurs. La douleur physique intense détruit les illusions de la vie quotidienne, les ambitions sociales et les vanités de l'ego. Elle ramène l'individu à l'essentiel nu.
En acceptant d'habiter la souffrance plutôt que de la combattre, l'homme cesse de voir la mort comme un ennemi extérieur. Il comprend qu'elle fait partie du flux continu de la vie. Face à la douleur indicible, les mots ordinaires s'effondrent. L'homme est libéré du bavardage pour entrer dans le pur espace du ressenti.
Lorsque la souffrance a brisé toutes les résistances de l'ego, un espace radicalement neuf s'ouvre : l'Ouvert lui-même, mais conquis par l’humain. En ne repoussant plus la douleur, celle-ci cesse d'être une frontière. L'intérieur du corps souffrant et l'extérieur du monde fusionnent. La souffrance devient le lieu d'une intimité absolue avec le Tout.
Ce qui s'ouvre, c'est la vision de la vie et de la mort comme deux versants d'une seule et même réalité. Dans les Élégies de Duino, Rilke montre que le domaine de la mort n'est pas un néant, mais le côté de l'existence non éclairé par nous. La souffrance est la passerelle, la nuit obscure qui mène à cette illumination.
Pour Rilke, la souffrance métamorphosée débouche sur la louange. C'est le sens des Sonnets à Orphée : Orphée doit descendre aux Enfers (le lieu de la douleur et de la perte) pour que son chant devienne éternel. Ce qui s'ouvre, c'est la poésie pure, le chant qui célèbre le monde non pas malgré la souffrance, mais à travers elle.
L'ironie suprême de sa piqûre de rose trouve ici son sens métaphysique profond. La rose, avec ses pétales superposés cachant un centre invisible, est pour Rilke le symbole même de l'Ouvert et de la contradiction pure. Son épitaphe, qu'il a lui-même rédigée, résonne comme la clé de cette ouverture par la souffrance :
« Rose, ô pure contradiction, joie / de n'être le sommeil de personne sous tant de / paupières. »
Le statut de l’ange se pose quand on s’intéresse à Rilke. Une remarque de Rilke à son traducteur polonais, page 10, « l’ange si présent dans les Élégies n’a rien à voir avec l’ange du ciel chrétien » trouve sa réponse pages 227-228 dans ce que le mari de Lou Andreas Salome, l’iranologue Friedrich Carl Andreas qui se demande, lui, comment il a pu accepter ce ménage à trois, lui le mari, 51 ans, qui jamais ne connut l’amour charnel avec Lou, accepta, observateur pétrifié, la romance incroyable de fidélité éternelle, passée dans l’éternité, entre Lou, 36 ans, Rainer, 21 ans, et contribua à initier Rilke puisque Rilke forgea son angélologie à son contact érudit, finit par lâcher au micro de la tribune : l’ange rilkéen a à voir avec les anges décrits par les philosophes iraniens Mollâ Sâdra Shirâzi, Sohrawardi : « les anges sont les oeuvriers de l’invisible, les transformateurs de la Terre ».
En quoi consiste ce travail de « Transfiguration » ?
Chez Sohrawardî, l'ange n'est pas une entité désincarnée sur un nuage. Il habite un monde intermédiaire appelé le Malakût (le Mundus Imaginalis ou monde de l'imagination active). Les anges sont les « oeuvriers de l'invisible » car ils font la navette entre le sensible et le spirituel.
Pour Rilke, l’homme a exactement la même mission sur Terre, et l’Ange en est le modèle accompli. Ce travail de transfiguration consiste à : Prendre le visible et le rendre éternel. L’homme doit regarder une chose éphémère (une maison, une fontaine, un arbre) avec une telle intensité d'amour qu'elle est sauvée de la destruction du temps. Intérioriser le monde : La terre ne veut pas être consommée matériellement, elle veut devenir invisible en nous. Rilke écrit à Hulewicz : « Nous sommes les abeilles de l’Invisible. Nous butinons éperdument le miel du visible pour en accumuler le grand Ruche d’or de l’Invisible. ». L'Ange comme garant : L'ange rilkéen est celui chez qui cette métamorphose est déjà achevée. En lui, le passé et le présent, le matériel et le spirituel coexistent dans une même continuité spatiale et lumineuse.
Pour entrer dans ce travail de transfiguration, l'homme doit cultiver une disposition psychique très particulière que Rilke nomme parfois l'indifférence, à entendre au sens noble d'équanimité ou de non-séparation métaphysique.
L'homme moderne souffre d'une coupure originelle parce qu'il exclut la mort de la vie. Pour Rilke, la vraie vie est « sphérique » : elle contient la lumière (le visible) et la nuit (la mort, l'invisible). L'indifférence rilkéenne est le refus de préférer l'un à l'autre. C'est accepter le Tout avec la même ferveur.
L'effacement de l'ego séparateur : Tant que nous regardons le monde avec désir, intérêt personnel ou peur, nous l'approchons comme des "sujets" face à des "objets". L'indifférence sacrée dissout cette barrière. Le poète devient un réceptacle pur.
En cessant de trier et de fragmenter la réalité (le bien, le mal, le beau, le laid, la vie, la mort), l'esprit humain s'aligne sur le regard de la "créature" dans l'Ouvert. C'est l'indifférence qui répare la coupure : elle permet à l'Espace intérieur du monde (Weltinnenraum) d'englober la totalité de l'univers, sans couture. L'homme n'est plus « en face » de la Nature ; il redevient la Nature se contemplant elle-même.
Autre point : les pèlerins morts, Paula en particulier mais pas seulement elle, se posent des questions sur ce qu’ils sont, corps non visibles des vivants, traversés sans dommage par les bagnoles des pèlerins vivants, faisant semblant de sabler le champagne comme les vivants, ayant les coquetteries des vivants et n’apportent pas de réponses. Nous lecteurs vivants, si cela nous ravit, pouvant tenter l’aventure.
Les morts ne sont pas des spectateurs du monde, ils sont le monde. Les voitures les traversent sans dommage parce que la matière physique glisse sur leur intériorité pure.
Un fantôme rilkéen n'a plus d'extérieur ; il est devenu entièrement espace.
Paula Modersohn-Becker a la sensation d'être traversée par une berline moderne non comme un choc, mais comme une rafale de vent qui déplace des couleurs. Les phares des voitures éclairent son anatomie invisible, révélant qu'au lieu d'organes, elle contient des couchers de soleil ou les collines de Worpswede.
Si les morts miment les rituels des vivants (sabler le champagne, ajuster un col), ce n'est pas par nostalgie matérielle, mais par fidélité à la forme de la beauté humaine. C'est le triomphe de la forme sur la substance : le geste survit à la chair. C'est l'essence même de la transfiguration apprise des anges d’Iran.
Paula boit le champagne. Le verre est vide pour les vivants, mais pour elle, le geste libère l'effervescence spirituelle de la fête. Sa coquetterie est une politesse envers le visible : elle continue de peindre son propre être dans l'invisible.
Les morts participent au pèlerinage pour achever la mission que Rilke leur a confiée : être les gardiens de l'Ouvert. Ils cheminent aux côtés des vivants pour réparer la coupure. Le fait qu'ils n'aient pas de réponses fixes est la preuve qu'ils habitent la « pure contradiction » de la rose.
Paula accompagne Jean-Philippe de Tonnac. Elle ne lui parle pas, elle se tient simplement dans son champ de vision intérieur. Par sa seule présence indifférente et aimante, elle absorbe l'angoisse de celui qui atteint de la maladie de Charcot se sait en phase terminale et la métamorphose en paysage.
Les morts sont les « paupières » de la rose rilkéenne. Ils sont innombrables, superposés, protégeant le centre vide et sacré de l'existence. Ils n'ont pas besoin de réponses car la réponse est leur être même : une présence vibrante qui ne pèse rien.
Une polyphonie de voix de défunts (poètes, peintres, anonymes) s'entrecroise lors du passage du cortège à Muzot ou à Rarogne. Leurs murmures ne forment pas des mots, mais une texture sonore, un contrepoint au bruit des moteurs des vivants, devenant le « Chant Pur » qui soutient le pèlerinage.
C’est ce qu’a tenté Alice Calm avec son documentaire sonore OIXIΔION de 42’ 24 mis en ligne en avril 2026.
En conclusion : Le pèlerinage imaginé par Jean-Philippe de Tonnac pour le centenaire de la mort de Rainer Maria Rilke le 29 décembre 2026 est une mine de citations essentielles de Rilke, de mises en contexte de ces citations au travers de témoignages des pèlerins morts.
Ce pèlerinage est pleinement rilkéen dans sa description du comportement des pèlerins morts, ayant connu, fréquenté, aimé Rilke, accompagnant les pèlerins vivants.
Il est aussi le pèlerinage de Jean-Philippe de Tonnac pour réussir sa mort, devenir une des paupières de la Rose rilkéenne.
Reste la question : Rilke, le plus vivant des morts, est-il présent lors de ce pèlerinage ?
À Corps Ça Vit, le 6 août 2026
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Apprendre à mourir avec Rainer Maria Rilke
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En lisant un texte de Jean-Pierre Lalloz sur l’« hypnose, le rêve et la séduction », puis un texte d’Alexandre Grothendieck (La clé des songes), une intuition s’est imposée à moi : le jour ne sert peut-être qu’à se sustenter et à se reproduire ; la vraie vie, elle, commence quand on dort. Ce n’est pas une provocation. C’est une hypothèse sérieuse, étayée par deux grands penseurs, l’un philosophe, l’autre mathématicien, que tout semble opposer – et qui pourtant convergent sur un point essentiel.
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Rainer Maria RILKE - L'exil helvète ou le passage d'un poète (DOCUMENTAIRE, 1975)
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RILKE - Un Siècle d'écrivains : 1875-1926 (DOCUMENTAIRE, 1996)
Voici la publication du vendredi, jour dédié aux inspirations de la Poésie française : L'émission " Un siècle d'écrivains ", numéro 102, diffusée sur France 3, le 11 décembre 1996, et ré...
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Lou Andreas Salomé et Rainer Maria Rilke
Correspondance entre Lou Andreas Salomé et Rainer Maria Rilke, extrait d'une émission de radio (France inter)
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OIXIΔION Alice Calm - Blog de Jean-Claude Grosse
À Alice Calm Réalisatrice du livre Noir Clair OIXIΔION, 101 pages, tiré à 100 exemplaires, Avril 2026 Madame, Votre célébration, à plusieurs, plus de 10 ans après, du journal de votre pèr...
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OIXIΔION Alice Calm
À Alice Calm
Réalisatrice du livre Noir Clair
OIXIΔION, 101 pages, tiré à 100 exemplaires, Avril 2026
Madame,
Votre célébration, à plusieurs, plus de 10 ans après, du journal de votre père, Philippe, « metteur en scène » (volontaire ou somnambule ?, indécidable i) du suicide de son couple avec Antonia, son épouse (A., présente et absente), tenu entre le 23 juillet 2014 et le 7 novembre 2015, est ce que j’appelle un travail d’épitaphier, la fabrication d’un récit, d’une légende, de plusieurs récits et légendes puisque s’y expriment aussi Julie, Bastien, Matthieu et Caroline. Légendes faisant entendre le vivant que fut Philippe, au travers de ses propres mots et de leur réception au travers de vos mots à tous.
Son journal occupe deux parties dans votre livre pluriel : 21 pages, de la page 20 à la page 40, puis de la page 61 à 79, 19 pages, soit 40 pages. Les 21 dernières pages comprennent la lettre aux pompes funèbres signée du couple, leur testament, des extraits de votre texte lu lors des obsèques le 13 novembre 2015, les réactions de Julie, Bastien, Matthieu, Caroline.
Votre père avait une formation de biologiste. Son journal révèle un grand lecteur, de philosophes (les « déconstructeurs » du XX°, les incontournables du XVIII°), d’écrivains anciens et modernes majeurs, un amateur de musiques classiques, un dessinateur, poète à ses heures, amateur de haïkus et de poètes chinois, un jardinier (les travaux agricoles occupent beaucoup de place dans ses activités au rythme des saisons). Parfois de longs développements montrent une pensée, analytique et critique, en exercice, avec des notes 10/20, 14/20, des saillies sur l’époque, les gens (des « tarés »), lui permettant d’affirmer son côté réactionnaire, au très bon sens du terme parce que sans illusions sur les soi-disant progrès, assumé avec force et justesse, à mon humble avis.
Il est de 1934, je suis de 1940. Les lectures de Philippe Calm et les miennes sont vraiment très voisines avec, en ce qui me concerne, un cursus ethnologique et philosophique. Je me suis reconnu dans ce cheminement intellectuel, valable jusqu’en 2010. Mais une question de l’épousée (je préfère à épouse), lors de son entrée aux urgences, le 29 octobre 2010, un mois avant sa disparition liée à un cancer foudroyant, le 29 novembre 2010 : « je sais que je vais passer, où vais-je passer ? » m’a éloigné progressivement et définitivement de la démarche réflexive et critique. Le métaphysicien Marcel Conche a été un moment de cette rupture.
Pour quel récit en ce 1° août 2026 ?
Une vie en 5 phrases
octobre 1964, l’élève de 16 ans 1/2 dit à son professeur de lettres de 24 ans dans un couloir d'un lycée du Nord : "monsieur, je pense à vous, autrement qu’à un professeur ».
mariage du 1° juillet 1967 au 29 novembre 2010, décès de l’épousée
19 septembre 2001 : décès du frère de l’épousée et du fils, dans un accident à Cuba. Ils étaient partis le 11 septembre 2001. À l’annonce de leur décès le 28 septembre 2001, 9 jours après : "quelque chose s’est cassé dans ma tête ».
juin 2009, au sortir de l’unique séance de thérapie de couple qu'ils ont eue, l’épousée dit sur le trottoir : "j’ai retrouvé mon désir de jeune fille pour toi ».
29 octobre 2010, 20 H, avant opération au cervelet : "je sais que je vais passer; où vais-je passer ? » Puis : "tu te souviens, on attendait Sylvain, ce fut Katia, un morceau de Sylvain se balade dans mon corps ».
mon cheminement m'amène à désirer m’effacer dans le blanc, par des verbes d’action, à tenter la dissolution dans l'anonymat puisque si nous remontons les généalogies, on tombe sur un 1° homme sans nom, une 1° femme sans nom
si on va dans l'infiniment grand, on tombe sur le mystère des origines des univers,
si on va dans l'infiniment petit, on tombe sur les paradoxes de la physique quantique,
donc une vie, la "mienne", " " ou ( ), vient de très loin dans le temps et dans l'espace, temps compté mais inconnu de moi,
entre les 2 M, miracle et mystère de la naissance (toute naissance est d'abord miracle), mystère et miracle de la mort (la mort est d'abord mystère mais dire qu'elle est miracle interpelle : « heureusement qu'on meurt ! » disait Marcel Conche);
je pourrais dire aussi : vivre au présent, une parenthèse qui s’ouvre à la naissance, se ferme à la mort, sans passé, sans projet, sans traces.
Dit autrement, Ma solitude, ta solitude, la solitude de chacun, notre solitude comme espèce sont ontologiques. Ma solitude est ontologique parce que personne ne naît à ma place, parce que peut-être, je n’ai pas demandé à naître, parce que donc, je suis mis au monde sans mon consentement et à mon insu.
L’accouchement au forceps me semble métaphore parlante de la violence que constitue la naissance aussi bien de tout être vivant (je pense au passage chenille-papillon) que d’un bébé univers.
J’emploie le mot « violence », il est sans doute contestable et n’a pas à être reçu avec connotation péjorative. Cette violence est fruit d’énergie, de matière, de lumière e = mc2.
Ma solitude est ontologique parce que personne ne meurt à ma place, parce que, sauf suicide volontaire, je ne décide pas du moment de ma mort ni de la manière de mon mourir.
Entre ma naissance et ma mort, « ma vie » , une parenthèse et cette question qu’y a-t-il avant ? Et cette question, qu’y a-t-il après ? Et ces autres questions : d’où viens-je ? Où vais-je ? Qui suis-je ? Questions qui travaillent mais qu'on peut décider de laisser sans réponse.
Le "Connais-toi toi même socratique et tu connaîtras l'univers et les dieux" du Temple de Delphes est hors de portée de quiconque, à mon humble avis.
Pour l’espèce, d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Solitude ontologique, solitude cosmique. Avec inouïe, la naissance de la Vie sur cette planète bleue, la Terre et peut-être sur d’autres. Avec inouïe, la mort de l’espèce sur cette planète, et la mort de cette planète à l’horizon des événements, avalée par la mort du soleil, mort annoncée, lointaine et entre,
l’évolution des espèces, la sexualité comme force irrésistible de perpétuation des espèces.
Et depuis l’apparition, très récente ou très tardive de Homo erectus, les histoires toutes mensongères, les légendes fabriquées par les hommes et leurs communautés.
Vient la prise de conscience que JE-JEUH-JEU suis vieux de toute l’évolution des espèces, avec des bactéries vieilles de 4 milliards d’année dans mon ventre, que je suis vieux de toutes les explosions de supernovae ayant engendré les ingrédients nécessaires à la vie : l'eau, le carbone, l'hydrogène, l'azote, l'oxygène, le phosphore et le soufre.
La parenthèse de « ma vie » s’inscrit dans une parenthèse ayant 13,7 milliards d’années, dans l’état actuel des connaissances et des légendes.
La prise de conscience de ces deux parenthèses inclusives varie selon les JE-JEUH-JEU.
2 M au commencement violent, nécessairement violent. Miracle et mystère du commencement, du big bang, de toute naissance. L’accumulation d’explications religieuses, métaphysiques, scientifiques, idéologiques ne lèvera jamais le voile. Donc, curieux, j’observe avec détachement la ronde des discours, leurs contradictions, ruptures épistémologiques, manipulations…
2 M à la fin violente, nécessairement violente. Mystère et miracle de la fin des étoiles, galaxies, trous noirs, de toute mort, individuelle, collective, d’espèces, de planètes, d’univers. L’accumulation d’hypothèses spéculatives, séduisantes, délirantes, sur la Mort ne lèvera jamais le voile. Curieux, j’observe cette créativité pour se rassurer, donner sens à la vie, collective comme individuelle.
Et pour moi, la dissolution lente de toute identité, le désir de m’effacer dans le blanc. Par des verbes d’action.
Vivre le présent, au présent, aussi comme présent-cadeau, en quasi-somnolence, sans grande vigilance. Surtout pas de pleine conscience, surtout pas d’attention extrême. Du flou, du flow.
La violence du monde n’est pas encore à la hauteur de la violence des naissances d'univers, des morts d’univers, des naissances d’êtres vivants, des morts d’êtres vivants.
Comme l’on considère que la violence des univers ne relève pas du Mal, alors on doit éviter de considérer la violence du monde comme étant expression du Mal.
Donc, ne pas m’indigner, ne pas prendre position, ne pas juger. Ce qui se passe dans le monde m’est totalement opaque, manipulé, incompréhensible.
Cela libère beaucoup de temps pour somnoler, vivre en somnolence, semblable aux feuilles mortes balayées par les vents, évoquées par Homère, voulant pour les hommes un autre comportement, un autre destin, un destin de héros dont les actes glorieux laissent traces immortelles.
Les écrivains sont les héritiers de cette vieille conception, si agréable au nombril.
Je vois trop le ridicule d’une telle posture. Comme de toutes les postures qui sont toutes des impostures, y compris la mienne. Posture égale imposture. Donc faire la sourde oreille aux guerres des récits. Ne pas prendre parti. Gloires héros narrateurs. Voir sans juger l’imposture de chaque posture.
Avons-nous des responsabilités vis-à-vis des trépassés ?
Les trépassés ont-ils des responsabilités vis-à-vis de nous ?
quelle est notre responsabilité vis-à-vis des disparus ?
Demander pardon pour le mal fait aux disparus (trop de violences sexuelles, trop de lourds secrets de famille). Remercier pour avoir su aussi leur faire du bien, les avoir aimés, même mal. Remercier les disparus pour l’amour dispensé. Pardonner pour le mal qu’ils ont pu nous faire (trop de violences sexuelles avec amnésie traumatique souvent).
quelle est la responsabilité des disparus vis-à-vis de ceux qui sont encore incarnés ?
Faire entendre la « voix qui ne parle pas », l’âme éternelle de l’humanité mortelle – mais l’humanité ne veut pas croire qu’elle est mortelle – et ce qui s’en suivra, the Great Reset, le vrai, pas l’autre, celui fantasmé par les sécuritaires-identitaires devenus majorité. L’âme éternelle et pas des milliards d’âmes individuelles immortelles.
Pour entendre la « voix qui ne parle pas », travailler l’intuition, l’outil préconisé par Descartes (avec le doute) et par Bergson.
Au niveau de la pensée, deux phrases m’ont aspiré-inspiré : une exclamation stupéfiante de feu Marcel Conche – « Heureusement qu’on meurt ! »
Comment je comprends cette formule ? Deux mots pour saisir un peu, début et fin de vie. Naître c’est un miracle et un mystère. Mourir c’est un mystère et un miracle.
Toute recherche de sens, de but, d’explication est vouée à l’échec. Cesser de chercher. Accepter miracle et mystère.
Et une phrase de feu Marina Tsvétaïéva dans De vie à vie, consacré à Maximilian Volochine, l’initié : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme – sans nom. »
Exprimée à ma façon : « Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront, sont vécues par une seule femme, une femme – sans nom, par un seul homme, un homme – sans nom. »
Il suffit de remonter toute généalogie, à trous, pour tomber sur un premier homme sans nom, une première femme sans nom, donc toute identité finit par se dissoudre.
Si on remonte l’évolution, à trous, des espèces, on débouche sur l’indistinction.
Et si on remonte vers la genèse, à trous, des origines des univers, on tombe dans le vide quantique.
Nous voici sans identité, dans la fluidité, le flux, le flow de la VIE.
Mourir, s’effacer dans le blanc. Blanc sur blanc.
MERCI.
D’où mes voeux : pas de soins du corps, pas d’embaumement, pas d’annonce de décès, pas de cérémonie religieuse ou laïque, une inhumation (le temps long de la décomposition, pas d'incinération) avec seule, la famille restante, 3 personnes, (lieu non décidé encore, Corsavy, Le Revest), pas de nom, pas de dates, une plaque de plâtre blanc, friable, avec creusé, quelque part, merci. Quant au mourir, s’il est très, trop douloureux, je n’ai pas encore décidé de supporter ou de rédiger mes directives anticipées.
Merci Alice Calm et vos proches, pour le travail réalisé. Ce livre est magnifique. Il m’a touché à plusieurs moments, en particulier, le dessin du couple, nus, sur le lit du suicide. Je n’en dis pas plus, par respect de la forme que vous avez choisie. Pour que d'autres lecteurs fassent leur expérience immersive dans OIXIΔION.
Vous vous interrogez sur son statut dans votre parcours. L’essentiel est qu’il existe et que nous, lecteurs, puissions aussi « réussir notre mort », « essayer de réaliser la plus grande conscience possible de notre existence qui est chez elle dans les deux royaumes illimités et se nourrit inépuisablement des deux, la mort étant le côté de la vie qui n’est pas tourné vers nous. » Rilke, cité par Philippe de Tonnac dans Le Pèlerinage vers la Rose, p.10. Livre dont je sens qu’il fera peut-être bouger mes lignes de ce 1° août 2026 puisqu'il prépare le centenaire de la mort de Rilke, le 29 décembre 2026.
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Le Pèlerinage vers la Rose - Blog de Jean-Claude Grosse
Le pèlerinage vers la rose Jean-Philippe de Tonnac Le bois d'orion, avril 2026, 264 pages Lecture commencée le 29 juillet (pour une célébration le 29 décembre 2026), achevée le 4 août au soi...
https://les4saisons.over-blog.com/2026/08/le-pelerinage-vers-la-rose.html
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