Ce blog est consacré à la culture et aux arts, aux questions politiques et sociales. Et depuis deux ans au développement personnel, à l'éveil spirituel.
article du 20 octobre 2023, réactualisé le 4 février 2026
l'institutrice remerciée par les parents de Paul a pour nom Leslie Juillet
le remerciement pris en photo a été accompagné de ces mots de Tieri Briet, écrits le 12 juin 2020 :
On a besoin des ballades. Ces poèmes qu'on récite en marchant au hasard, loin des rues qu'on a appris à connaître par cœur. Des poèmes pour la marche, pour l'essoufflement et pour perdre le nord. Des poèmes qui déboussolent pour répondre à l'oiseau qui alerte. Des poèmes avec une part de silence avant le premier mot, une autre après le point final. Tranströmer ou Rouzeau, on a le choix. Le choix des voix qu'on emporte avec soi. Bukovski ou Brodsky, peu importe pourvu qu'on ait le souffle, qu'on accepte de le perdre en marchant à voix haute.
A chacun son choix mais rien de plus important que ce choix. Parce que les maisons peuvent être aussi des pièges pour tous ceux qui habitent sans déambuler au dehors, à partir du poème qu'on emporte dans les rues, jusqu'aux vallées loin devant. Dans les mots qu'on dira pour apprendre à s'éloigner du merdier, en martelant le poème à voix haute pour approcher de ce qu'il porte.
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ce 3 février 2026, une enseignante d'arts plastiques de 60 ans, poignardée au collège La Guicharde à Sanary
une enseignante de musique de 66 ans a été blessée à l'arme blanche au visage, mercredi 24 septembre 2025, en classe, par un adolescent de 14 ans, au collège Robert-Schuman de Benfeld, ville de quelque 6 000 habitants située au sud de Strasbourg (Bas-Rhin)
une professeure d'espagnol, Agnès Lassalle, enseignant au collège-lycée Saint-Thomas d'Aquin de Saint-Jean-de-Luz, a été mortellement poignardée par un élève mercredi 22 février 2023. Le jeune homme a reconnu les faits, expliquant avoir agi sous l'impulsion d'une voix dans sa tête l'enjoignant de tuer sa professeure d'espagnol.Lors de ses obsèques, son compagnon, Stéphane Voirin, lui avait rendu hommage en dansant devant son cercueil.
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« Nos élèves ont compris tes mots, ils étaient émus et résolus. »
"Face à la calomnie, nous reprenons le cours de Samuel Paty" :
des professeurs répondent à Francis Vuillemin
À l’ouverture du procès en appel des complices de l’assassin de Samuel Paty, les propos de Francis Vuillemin accusant le professeur de « discrimination » ont ravivé une rumeur mortifère. Dans une tribune, des professeurs du lycée Camille-Claudel de Palaiseau refusent l’inversion des responsabilités et l’atteinte à sa mémoire. Défendre Samuel Paty, écrivent-ils, c’est défendre l’école, la vérité et la République, un engagement salué et remercié par Mickaëlle Paty, la sœur du professeur.
Nous Professeurs du lycée Camille Claudel de Palaiseau souhaitons témoigner de notre choc et de notre indignation alors même que les voix peinent à se faire entendre.
Notre collègue Samuel Paty est mort décapité sous les mains d’un terroriste islamiste le 16 octobre 2020 à Conflans Sainte-Honorine.
Victime aussi de la rumeur et de l’abandon. Seul.
Ce lundi 26 janvier, jour de l’ouverture du procès en appel d'Abdelhakim Sefrioui, son avocat Me Francis Vuillemin a déclaré que Samuel Paty « procédait à la discrimination des élèves musulmans ». Voilà l’infâme rumeur, celle qui salit, meurtrit et laisse des traces sur les plus innocents, relancée par l’avocat de celui-là même qui est accusé de l’avoir propagée.
Face à la rumeur désormais, il n’y aura plus ni abandon ni silence.
Ces propos ont été tenus hors de la salle d’audience, ils ne relèvent donc même pas d’une stratégie de défense aussi nauséabonde que désespérée. Ils sont l’expression la plus brutale et terrifiante de la calomnie et, au-delà, d’un combat politique qui ne recule devant rien.
Ces mots visent à faire de notre collègue Samuel Paty le responsable de ce qui lui est arrivé, de l’ajouter à longue liste des « ils l’ont bien cherché », de le salir lui, ses élèves, ses proches, l’institution qu’il servait et la République qu’il honorait. Mais nous savons. Le poison du mensonge a assassiné Samuel Paty, il ne doit pas aujourd’hui assassiner sa mémoire.
Les faits, le réel, ne se modèlent pas au gré des désirs ou des fantasmes. Le cours de Monsieur Paty est une merveille d’équilibre et de justesse. En présentant honnêtement à ses élèves la tension entre liberté de conscience et liberté d’expression, Samuel Paty montre la force de notre République qui parvient à nous rassembler, à respecter chacun d’entre nous et à dépasser nos oppositions. Il éclaire notre pratique du quotidien.
Plus que jamais, nous défendons la laïcité et la liberté d’expression mais en veillant chaque jour aussi aux élèves que nous devons accompagner avec confiance et sérénité pour les amener à devenir des citoyens éclairés. C’est cette prudence, cette délicatesse, qu’on ose aujourd’hui nommer défiance, racisme ou haine des musulmans. À l’heure même où la France est violemment agitée par ces tourments, pointer les innocents nous trompe et nous désarme.
Mais cette attaque est aussi politique. Nous ne nous y trompons pas. Emportant Samuel Paty dans le flot de la calomnie c’est toute l’école républicaine qu’on voudrait emporter avec lui : son universalisme, sa volonté égalitaire et émancipatrice, son goût du débat, de la langue et de la subtilité. On veut nous faire craindre pour ne plus tout enseigner.
Nous professeurs réaffirmons que, passé le choc des mots qui déshonorent devant l’Histoire ceux qui les prononcent, nous reprenons le cours de Samuel Paty.
Samuel, cher collègue, tu es à nos côtés, dans nos salles de classe, ton portrait scotché ou punaisé sur des murs fatigués. Notre lycée a même choisi de baptiser son auditorium à ton nom. Il y a quelques jours on y jouait Le Professeur d’Émilie Frèche ; le professeur c’était toi. Puis quelques élèves ont lu des extraits du Cours de Monsieur Paty que nous devons à ta sœur Mickaëlle.
Nos élèves ont compris tes mots, ils étaient émus et résolus.
"Ça a commencé par une danse, donc il fallait finir par une danse. » Pour la première fois, Stéphane Voirin, le mari d'Agnès Lassalle, professeure poignardée par l'un de ses élèves, prend la parole. Ses pas de danse, devant le cercueil de sa femme, avaient ému des millions de personnes. Deux mois après le drame, il se confie à Audrey Crespo-Mara dans "Le Portrait de la Semaine".
Des pas de danse esquissés par un homme pour commémorer sa compagne, une enseignante poignardée par un élève dans le sud-ouest de la France. La vidéo a bouleversé au-delà des frontières. ...
Dominique Bernard assassiné le 13 octobre 2023 par Mohammed Mogouchkov, 20 ans, fiché S / Samuel Patry assassiné le 16 octobre 2020 par Abdoullakh Anzorov, citoyen russe d'origine tchétchène âgé de 18 ans et qui bénéficiait du statut de réfugié
La cour d'assises spéciale de Paris a livré son verdict vendredi soir, au terme de sept semaines d'audience. Elle a prononcé des peines globalement supérieures aux réquisitions du parquet pour...
Ce podcast se veut un hommage à Samuel Paty, à travers les témoignages de proches, de personnels, élèves et parents du collège du Bois d'Aulne. Sonia Princet et Sara Ghibaudo racontent l'engr...
Comment des élèves de 14 ou 15 ans peuvent-ils se retourner contre leur professeur ? Cette question hante les anciens collègues de Samuel Paty. Alors que six adolescents sont jugés par le tribu...
Le procès de l'attentat contre Samuel Paty se poursuit ce mardi 12 novembre avec l'audition d'anciens collègues du professeur d'histoire, notamment l'ancienne principale du collège. Dans les ...
" Je suis né dans le Nord-Pas-de-Calais, à Lens, au cœur d'un quartier populaire. Mon grand-père maternel, Kabyle et cordonnier de métier, arriva en France avec ma grand-mère en 1947. Comme d...
« Je suis né dans le Nord-Pas-de-Calais, à Lens, au cœur d’un quartier populaire. Mon grand-père maternel, Kabyle et cordonnier de métier, arriva en France avec ma grand-mère en 1947. Comme de nombreux immigrés, il devint mineur, une de ces gueules noires qui descendaient au « fond » et respiraient la silice. Ma mère Houria, volcanique et déterminée, dut se battre contre sa famille pour s’arracher au traditionalisme musulman et obtenir son indépendance. Elle rencontra mon père, Serge Duquesne, à l’usine, à la fin des années 60. Je suis le fruit de leur union : le fils d’une musulmane d’origine algérienne et d’un français. J’ai grandi avec ce double héritage dans une France qui se cherchait. J’ai vu mon quartier changer au fil des années, les positions identitaires se crisper, le désir d’intégration se désintégrer, le communautarisme s’emparer des familles, la défiance et la violence s’installer, l’islamisme gagner du terrain avec l’aveuglement complice des pouvoirs publics... Eduqué par la République, je partageais et défendais les valeurs de mon pays : laïcité, universalisme, liberté et égalité, mais aussi l’identification aux mœurs françaises. Mes prises de position sur le voile et l’immigration m’ont rendu infréquentable : aux yeux de la communauté d’origine de ma mère, j’étais un traître qui « faisait son Français » ; aux yeux de certains Français, soit un métèque incarcéré dans ses origines, soit un provocateur que ses propos sur les dangers de l’islamisme rendaient sulfureux ; et pour les bien-pensants, un mouton noir qui allait contre le discours victimaire. Il fallait sortir de cette impasse. Alors j’ai décidé de raconter mon histoire, celle d’une douloureuse assimilation. »David DuquesneUn témoignage poignant et courageux qui permet de mieux comprendre les grandes fractures qui traversent la société française d’aujourd’hui.
Les obsèques de Dominique Bernard, professeur tué dans une attaque au couteau dans son lycée à Arras, vendredi 13 octobre, se tiennent ce jeudi. Emmanuel et Brigitte Macron ainsi que Gabriel At...
les paroles d'Isabelle Bernard, le 19 octobre 2023
Lecture ce 19 octobre 2023 à la cathédrale d'Arras par la famille de Dominique Bernard, poignardé le 13 octobre 2023 dans le lycée où il enseignait.
Ses filles Héloïse, Clélia et Mélisande ont pris la parole pour lui rendre hommage. Filmées de dos par les caméras qui étaient présentes pour préserver leur anonymat et leur dignité, ces dernières ont notamment lu un texte très émouvant malgré leur douleur.
Après la prise de parole de leur mère, très émue au moment de conclure sur un magnifique "Nous nous aimions", les trois jeunes femmes ont enchaîné sur un texte, écrit par un anonyme mais qui représentait sûrement parfaitement les valeurs de leur papa.
texte d'un anonyme lu par les 3 filles de Dominique et Isabelle Bernard
"Je crois aux êtres sensibles et aimables. Je crois aux êtres qui se guérissent et qui aident les autres à guérir. Je crois aux êtres qui ont surmonté leurs épreuves et qui se connaissent eux-mêmes. Je crois aux êtres dont l’ambition la plus haute est de rendre l'autre heureux. Je crois aux êtres qui cherchent avec tempérance la paix à l’intérieur.
Je crois aux poètes, mages, écrivains, sages, enseignants, musiciens et artistes du quotidien. Je crois aux êtres qui aiment danser et chanter et qui voient la vie comme une fête. Je crois aux êtres qui refusent d’être esclaves de leurs propres blessures et qui malgré la douleur les nettoient et les guérissent patiemment, avec amour et courage sans jamais trahir leur coeur. Je crois aux êtres qui connaissent leurs intuitions et les utilisent comme une boussole. Je crois aux êtres libres qui partagent leur liberté parce qu’ils ne connaissent pas d’autre façon de vivre.
Je crois aux êtres protecteurs qui savent lire le regard de leur bien-aimée et qui ne veulent pas la changer mais simplement l’accompagner amoureusement sur son chemin. Je crois aux êtres qui, à travers d’autres yeux, se voient eux-mêmes et c’est pour ça qu’ils aiment et respectent toute créature qui existe sur terre.
Je crois aux êtres parfaitement imparfaits, parce que c’est dans cette imperfection que réside leur beauté. Je crois aux êtres sensibles qui savent recevoir et donner de l’amour en équilibre, qui écoutent et parlent aussi, ceux qui vivent et qui laissent vivre. Je crois aux êtres qui vivent la sexualité comme un acte sacré, parce qu’ils savent que c’est un don merveilleux d’où ils peuvent créer l’alchimie la plus pure et inimaginable. Je crois aux êtres qui ont des sentiments clairs, qui sont accessibles et qui sont présents en eux-mêmes et pour les autres.
Je crois aux êtres tendres et sauvages en même temps, qui n’ont pas encore été domestiqués. Je crois aux êtres qui embellissent tout sur leur passage, dont leur vie est un art et qu’ils charment avec leurs dons".
Avec émotion et sous haute surveillance, Arras a rendu ce jeudi 19 octobre un dernier hommage au professeur de français Dominique Bernard, poignardé à mort devant son collège-lycée par un anc...
Dominique Bernard : hommage au disciple de Julien Gracq
Bertrand Duguet
16/10/2023
CONTRIBUTION / OPINION (dans Front Populaire réservé aux abonnés).
À 57 ans, Dominique Bernard a été assassiné par un terroriste islamiste, vendredi dernier à Arras, dans le lycée Gambetta-Carnot où il enseignait. Bertrand Duguet, professeur de Lettres, rend hommage au disciple de Julien Gracq.
Dominique Bernard : hommage au disciple de Julien Gracq
Co-fondateur de l’Université Populaire d’Arras, désormais fermée, Dominique Bernard était considéré par tous comme un homme doux et érudit. Il était aussi un spécialiste de Julien Gracq, le romancier des époques troublées.
Éloge de nos vieux maîtres
Tout faisait de lui un citoyen français. De son métier d’enseignant, collègue des 850 000 autres professeurs, jusqu’à son nom de famille, le second le plus porté dans l’hexagone. Mais surtout cette passion pour la littérature, cet art dans lequel est enracinée notre culture. Décrit par tous comme un homme doux et érudit, cet agrégé de Lettres modernes avait pour auteur de prédilection Julien Gracq. Est-ce un hasard ? Julien Gracq, l’agrégé d’Histoire-Géographie, était un amoureux de l’école à laquelle il devait tant, cette école de la IIIème République qui a structuré la France moderne. Gracq ne pouvait que parler à ce professeur soucieux de transmission qui avait cofondé dans les années 2000 une « Université Populaire » à Arras, ouverte à tous. À cet homme qui a dédié sa vie à la transmission de la culture, dans des conditions difficiles. Mais plus encore, Gracq est le romancier des zones d’ombres, et des entre-deux. Des temps où paix et guerre s’entremêlent. Des temps où l’histoire redevient tragique.
Notre époque est gracquienne
L’œuvre de Gracq est en effet marquée par la guerre. L’écrivain a vécu la Seconde Guerre mondiale, et été mobilisé durant « la drôle de guerre », cette guerre qui n’en était pas une. Cette expérience a servi de fondement à l’un de ses plus beaux romans, Un Balcon en Forêt, qui décrit l’attente d’un régiment dans les Ardennes. Les soldats sont envoyés dans une « maison-forte » située juste sur la route qu’emprunteront les chars d’Hitler pour sa blitzkrieg contre la France. Le lecteur, qui connaît l’Histoire, sait que l’affrontement est inévitable. Les héros, eux, qui vivent l’Histoire, le pressentent confusément. Mais ils s’aveuglent : ils ne veulent pas voir que leur histoire est tragique.
Ce thème hante l’œuvre de Gracq. Son roman le plus célèbre, Le Rivage des Syrtes (prix Goncourt 1951) ne raconte pas autre chose. Dans un monde cette fois imaginaire, le héros, Aldo, muté aux périphéries d’une société fatiguée, voit venir l’imminence d’un conflit touchant en profondeur sa civilisation. La fracture est consommée et la tragédie inéluctable. Son intuition forme le sujet même de Gracq. La perception ou non du tragique de l’Histoire, passionnait l’écrivain, qui de l’œuvre de Shakespeare retenait deux passages : quand Duncan arrive à son château dans Macbeth, et ne pressent pas qu’on va l’assassiner. Quand Hamlet hésite avant le duel dont il sent qu’il va mal tourner. Pressentir ou ne pas pressentir, « rien d’autre ne m’a jamais intéressé au théâtre, ou presque » concluait-il.
Ce que la Littérature a aussi à nous dire
La Littérature n’est pas une science exacte. Cela ne l’empêche pas d’être un savoir : celui du particulier et de la complexité du réel. Notre époque gagnerait à lire Gracq pour se comprendre elle-même. Comme la société fatiguée du Rivage des Syrtes, elle gagnerait à retrouver dans la culture sa vitalité. Encore faut-il des passeurs. Monsieur Bernard était de ceux-là, et son témoignage nous oblige. Il nous rappelle que la Littérature n’est pas un simple « capital culturel » ; elle aussi est une guide pour appréhender la complexité du monde, un moyen de nous défier de notre propre sauvagerie. Connaissons-la, relisons-la, chérissons-la : voici sûrement la dernière leçon du professeur.
Dominique Bernard assassiné le 13 octobre 2023 par Mohammed Mogouchkov, 20 ans, fiché S / Samuel Patry assassiné le 16 octobre 2020 par Abdoullakh Anzorov, citoyen russe d'origine tchétchène âgé de 18 ans et qui bénéficiait du statut de réfugié / dessin de Coco lors de l'hommage de la soeur de Samuel Paty, le 15 octobre 2022 à la Sorbonne / Hubert Reeves, décédé le 13 octobre 2023
discours de la soeur de Samuel Paty le 15 octobre 2022 à La Sorbonne
ayant lu ou parcouru mes lettres de 1998 à un élève de 2°, une amie m'a dit : ce serait encore mieux si tu nous décrivais ce que tu aurais fait le 16 octobre pendant les 2 H de temps banalisé avec tes élèves
j'ai accepté cette mise à l'épreuve
j'attends d'avoir discuté avec ma petite-fille, 15 ans, pour savoir ce qui s'est passé dans sa classe de seconde du lycée Suger de Saint-Denis
et je propose qu'amis enseignants en activité ou en retraite fassent de même
et pourquoi pas des parents en semi-retraite et en semi-activité
des artistes intermittents en intermittence très intermittente
En 2022, Salman Rushdie survit de justesse à un attentat perpétré par un extrémiste islamiste. Récompensé cette année par le prix de la Paix des éditeurs allemands, l'écrivain nous a reçu...
En 2022, Salman Rushdie (excellent) survit de justesse à un attentat perpétré par un extrémiste islamiste. Récompensé cette année par le prix de la Paix des éditeurs allemands, l'écrivain nous a reçu à New York. Et aussi : des rencontres avec la journaliste russe Elena Kostyutchenko (particulièrement prenante), les autrices slovènes Pia Prezelj (passionnante) et Suzana Tratnik, et un focus sur l’édifiant roman graphique “Femme, vie, liberté“ (impressionnant)
Hubert Reeves est astrophysicien, et militant écologiste. Il est né à Montréal. Dans cette lettre adressée à un enfant qui s'apprête à voir le jour, il nous invite à être à la hauteur du...
je ne sais quels mots employer pour dire, s'il faut dire, la mise à vif des corps individuels (le mien, de professeur en retraite, le vôtre, celui des enseignants, lundi 16 au matin) et collectifs (le corps enseignant, le grand corps malade du pays, fracturé, où Enrico Macias en appelle à dégommer LFI) suite à l'assassinat le 13 octobre 2023 du professeur Dominique Bernard par Mohammed Mogouchkov, 20 ans, fiché S,
trois ans après l'assassinat du professeur Samuel Paty, le 16 octobre 2020, par Abdoullakh Anzorov, citoyen russe d'origine tchétchène âgé de 18 ans et qui bénéficiait du statut de réfugié
"Que faire lundi dans nos classes pour n’être pas silencieux et à la fois ne pas être vecteurs d’une narration trop induite , trop conduite , pour qu’elle ne relève pas d’un piège en soi ? De quoi informe-t-on l’enfant , que déposons nous en lui ? Comment produire une voix qui n’enchaîne pas les sensibilités , qui n’excite pas les instances affectives, qui ne force pas en eux des associations désastreuses ? Que faire aussi pour que notre collègue mort ne soit pas l’objet du politique mais salué, dans la retenue d’un sacré universel, c’est à dire la reconnaissance commune de l’impuissance de la condition humaine face à la haine, face au délire et aux maladies de l’âme où le monde régresse depuis ces dernières années. Quelle pensée ouvrir sans piéger les enfants sous le poids du néant , de l’impossible, de la folie , d’un théâtre politique aussi grotesque que monstrueux ?
Comment souffler la vie, regagner avec eux les concept fins d’une laïcité non pas neutre mais dont l’habitation souffre déjà trop les paradoxes d’une réalité politique mondiale, intellectuellement compromise, hors raison ? La radicalité n’a pas d’identité, elle œuvre en tout , en toute domination,
domestiques ou collectives, financières ou ethniques, dans un morcellement phénoménal où les sujets cherchent les miroirs d’une mêmeté, où les soi-disant militants de la paix se sont pour beaucoup rangés à des pensées partielles irrationnelles pour produire du pourvoir ? Comment être la charnière entre toutes ces contradictions, toutes les dégradations des conditions et l’hypocrisie des idéologies ?
Comment parler juste ? Comment retrouver la Rivière fondamentale d’une pensée transcendantale ? Est-ce encore possible à l’animal parlant d’ouvrir ce champ ? Quand on regarde vraiment le réel on sait que l’instinct libidinal activé semble absent au désir de paix, d’égalité et de fraternité et que l’usage du langage est devenu une sorte de maquillage à récupération, rattrapage de situations dont les causes logiques sont niée , et que le pire est désiré . Comment protéger les enfants de cette poussée, des duperies immatures d’un Ensemble où tout tremble, tout humilie les vies, tout instrumentalise, reprend, ment, déforme, sépare, excite , détruit, comment faire pris là dedans ?
Ils vivent ce qu’ils vivent ces enfants.
Amitiés
moi- comme toi, je me sens pris dans le filet du mensonge généralisé, Salman Rushdie dit ça très bien dans son interview de Twist sur Arte; comment retrouver le chemin de la vérité ?
En 2022, Salman Rushdie (excellent) survit de justesse à un attentat perpétré par un extrémiste islamiste. Récompensé cette année par le prix de la Paix des éditeurs allemands, l'écrivain nous a reçu à New York. Et aussi : des rencontres avec la journaliste russe Elena Kostyutchenko (particulièrement prenante), les autrices slovènes Pia Prezelj (passionnante) et Suzana Tratnik, et un focus sur l’édifiant roman graphique “Femme, vie, liberté“ (impressionnant).
"Une vie à retourner à l’école chaque jour, à enseigner, à tenter de se faire respecter.
Une vie à corriger des copies le soir, le week-end, à annoter à l’encre rouge ou bleue turquoise « Peut mieux faire …», à encourager « Des nets progrès, continuez ! », à déceler les potentiels timides « Prenez confiance ! » avec des points d’exclamation pour donner un peu de poids à ses mots.
Une vie passé à lire encore et toujours, à chercher des nouvelles façons de les intéresser . Allumer la lumière dans les yeux éteints.
Lutter contre les écrans qui les happent, contre les réseaux qui schématisent, leur apprendre à penser par eux-mêmes.
Les encourager à poser leurs questions maladroites, ne jamais se moquer.
Une vie à les regarder s’endormir en cours et à tenter de les réveiller.
Espérer arriver à les éveiller.
Une vie à répéter des consignes, à organiser des réunions parents profs, à convoquer les élèves qui perdent pied, à recevoir les parents jamais contents.
Une vie à subir les changements de ministres, de programmes, de consignes et de directeurs, à s’adapter en râlant juste un peu.
Une vie à être découragé souvent, agréablement surpris parfois. La sensation de répéter toujours la même chose. Se demander parfois pourquoi.
Une vie à tenter garder l’enthousiasme, à tout faire pour ne pas devenir un prof aigri et blasé. Continuer d’y croire. Prendre du plaisir à transmettre.
Une vie à écouter des exposés maladroits annônés par des voix qui muent, à supporter les « euh, donc, voilà", à répéter "pas de portable en cours".
Donner des petits cours pour arrondir les fins de mois, dire « avec mon petit salaire de prof, je ne peux pas me le permettre ». Caculer chaque dépense mais se donner sans compter.
Expliquer, répéter, écouter, parler, lire, écrire, être fatigué .
La fête de fin d’année. Tant de fêtes de fins d’années, tous ces élèves croisés, tous ces collègues enseignants.
Le café qu’on partage à la va-vite pour se donner du courage avant d’aller les affronter.
Des remerciements parfois des années plus tard quand on croise un ancien élève au marché, « Vous avez été important pour moi, Monsieur vous savez » , quelques mots murmurés comme dans un souffle et l’hommes s’éloigne un peu gêné avec sa femme et la poussette du petit. Les petits mots à la fin de l’année griffonnés sur un bout de papier qu’ils ont écrit à plusieurs, le cadeau collectif, un livre qu’on a déjà lu, souvent. Remercier, se dire que tout cela n’est pas vain. Que ça valait le coup de se fatiguer comme ça.
Juste envie de pleurer quand je regarde la photo de ce professeur.
Au revoir monsieur Dominique Bernard."
(Anne Roumanoff 14 octobre 2023)
les mots d'Anne Roumanoff, en défense du métier et son au revoir occultent l'assassinat, sans doute en lien avec le conflit à Gaza et ses répercussions chez nous
je ne sais si les mots d'Hubert Reeves, décédé le 13 octobre 2023, dans sa lettre d'intérieur du 14 mai 2020, lu sur France-Inter, peuvent nous aider :
« Cher enfant,
Bientôt va débuter pour toi une merveilleuse et tragique expérience.
Quelque part dans l’immensité de l’univers, à la périphérie d’une galaxie appelée la Voie Lactée, près de l’étoile Soleil, sur la troisième planète de son système, la Terre, tu vas naître. Des myriades de petits spermatozoïdes vont monter à l’assaut dans le ventre obscur de ta mère. Le gagnant pénétrera son ovule et tu vas entrer dans l’existence.
Tu es le fruit d’une longue gestation qui se poursuit depuis près de quatorze milliards d’années. Tout a commencé dans la lumière éblouissante d’un gigantesque et torride espace. Ne me demande pas ce qu’il y avait avant, je n’en sais rien.
Par la suite, dans l’ambiance de collisions de galaxies, d’explosions d’étoiles, de chocs d’astéroïdes, sur une planète tiède tu vas naitre. Suite à une longue séquence d’accouplements et de naissances tu auras acquis ton fabuleux cerveau qui te permettra de poser des questions.
Tu découvriras que tu n’es pas seul dans ce monde, tu seras accompagné dans ton séjour terrestre par une famille, une nation, plus de sept milliards d’êtres humains et d’innombrables animaux et plantes de toutes espèces. Tu devras partager ton existence avec eux. Tu dépendras d’eux et ils dépendront de toi.
La durée de ton existence sera, au mieux, de l’ordre d’un siècle, une durée infime par rapport à celle de l’univers.
Pendant ce temps il te sera possible d’explorer le monde et de prendre conscience de tes devoirs et de tes responsabilités. Tu auras à affronter le cycle de la vie humaine avec ses moments de grâces et ses crises. « De temps en temps la terre tremble », écrit le poète Louis Aragon.
Contrairement aux abeilles et aux oiseaux, ta destinée ne sera pas inscrite dans tes gênes, tu devras la décider toi-même.
Il te reviendra de t’instruire pour trouver les moyens de favoriser et d’enrichir la vie autour de toi, d’œuvrer à humaniser une humanité qui en a un grand besoin, d’inscrire ton activité pour amener la matière cosmique à accoucher des merveilles dont elle possède les recettes.
Tu auras l’immense chance d’entrer en contact avec le grand trésor de la culture humaine accumulé depuis des millénaires : les œuvres d’art, la musique, la peinture, la littérature, qui ont contribué à embellir nos vies, les réflexions des penseurs de toutes les cultures qui se sont penchés sur les mystères de notre existence.
Tu pourras t’approprier ce riche patrimoine, en faire ton profit, aider à le préserver contre l’oubli et peut-être y contribuer toi-même.
Tu laisseras en héritage les fruits de ton activité pour que ceux qui viendront après toi poursuivent la grande aventure de l’univers.
Sache que, dans ce monde, il y a de la compassion et de l’amitié. Mais il y a aussi de la méchanceté, de la cruauté, de l’horreur. Tu y seras peut-être confronté. Refuse obstinément d’y participer. II en va de ta dignité d’être humain.
Fais en sorte qu’on dise de toi ces mots d’Albert Camus « il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence ».
Tâche d’être à la hauteur de ta destinée. Ta vie y prendra son sens. Tu y trouveras ton bonheur. »
Hubert Reeves
Radio France "Lettres d'intérieur", 14 mai 2020.
Lecteur, prends encore une longue respiration ! Sens l'air frais qui monte dans ton nez. Les atomes qui entrent en toi ont été respirés d'innombrables fois dans les derniers milliards d'années. Leur carrière a commencé dans les eaux tièdes où la vie est née sous forme de microscopiques organismes marins. Ils sont passés par les branchies des trillobites ainsi que dans celles des grands poissons aux carapaces rigides. Ils ont été aspirés par les vaisseaux dressés à la verticale des fougères, des prêles géantes et des ginkgos aux feuilles dorées. Ils ont été accueillis dans les premières ébauches de poumons des Léviathans de l'époque jurassique. Ils se sont intégrés dans le parfum subtil des plantes à fleurs pour séduire les insectes transporteur de pollens. Et pense aussi aux innombrables êtres humains, tes ancêtres, qui ont profité de cette manne indispensable lentement apprêtée par la nature avec le concours de microscopiques organismes marins, toujours à l'œuvre dans les océans. Au-dessus de la surface, au-dessus de chaque vague, le lent flux des nouvelles molécules d'oxygène se poursuit continuellement.
Hubert REEVES ( 13/07/1932 - 13/10/2023)
Extrait "Là où croît le péril... croît aussi ce qui sauve."
c'est ce que peut écrire un matérialiste, un vulgarisateur scientifique de haut niveau et de grande humanité (son récit embrasse loin dans le temps et dans l'espace, c'est évidemment un récit simplificateur donnant l'impression de comprendre d'où on vient et où on va)
mais il y a d'autres mots possibles pour dire la naissance, miracle d'une âme qui s'incarne dans un corps;
le contraire d'un corps, d'un esprit qui apprend à penser
Kosmorgasmik, poème final d'un ensemble inédit et qui le restera, appelé Métamorphosis La Terre et ses milliers de bouches éruptives, ses milliers de vulves-geysers, la Terre ronde est ronde d...
"Il Sufi a volte danza, ma, mentre danza, al centro rimane assolutamente immobile -- il centro del ciclone. La danza è il ciclone, tutto il suo corpo è in movimento, è fluido, dinamico, ma al ce...
les danses soufis en lien avec Rûmi, ceux que leurs ennemis religieux, dogmatiques et fanatiques qui les interdisent et persécutent appellent les fous de Dieu, sont particulièrement tournoyantes parce que tout tourne dans le cosmos, cosmos, tu tournes sur toi-même, tu es une goutte d'eau dans l'océan, tu es l'océan dans une goutte d'eau ; il est bon de séparer dogmatiques et mystiques, religion et mystique, quelle que soit la religion, et quelque que soit l'époque; pensons pour nous aux guerres de religion, à la Saint-Barthélémy, à l'inquisition pendant 4 siècles.
Danser son âme... En 1974, "Les Samedis de France Culture" nous invitent à découvrir les derviches tourneurs et la poésie mystique de Rumi, fondateur de l'ordre soufi Mevlevi. À travers la mus...
Le soufisme est la quintessence de ce qu'est l'islam, une spiritualité. Il est depuis son origine un mouvement qui crée un lien intime entre l'âme immortelle et le divin. L'entreprise d'une vie est
Pour 2023, je peux donner l'exemple du groupe de 5 collégiens (4G, 1F = Rosalie) du collège de Geyter de Saint-Denis qui a fini champion d'Europe du concours Robocup Junior et a participé à la finale mondiale à Bordeaux; leur enseignant de techno a été bluffé par leur créativité et leur ingéniosité
les mots dont on a besoin pour demain 16 octobre sont d'abord des mots d'empathie, de solidarité pour les deux familles, les collègues, les élèves, plus des procédures publiques comme le procès de l'assassin,
ensuite des mots tentant de décrire une école de la Vie et du sens
ce sont de tels mots que j'écrivais en 1998, l'année de mon départ en retraite
ALLÈGREMENT
Première lettre à un élève de 2e
Tu viens d’entrer en 2e. Dans une classe de seconde d’un lycée français.
La énième réforme des lycées est en préparation : allégement ou alour- dissement des programmes, tronc commun limité aux disciplines de base ou élargi aux disciplines de spécialisation, indétermination ou orientation... La énième grève des lycéens est dans l’air... Mais t’a-t-on déjà incité à réfléchir sur ce qu’est une classe ?
Dans ta classe, vous êtes 25 élèves. C’est un bon effectif. 25 élèves, regroupés arbitrairement par l’administration. Vous ne vous êtes pas choisis. Vous n’avez pas choisi vos enseignants. Ce n’est donc pas un groupe d’affini- tés. Tu vas sans doute te faire des copains. Pour le moment, ce n’est pas le cas. Et ce n’est pas essentiel. Dans ta classe, il y a de tout : des grands, des petits, des gros, des maigres, une blonde, un bossu, un Antillais, un Marocain, un Juif, une Eurasienne... En début d’année, malgré la diversité, vous êtes à éga- lité, traités à égalité par vos enseignants. Ta classe se définit par son emploi du temps, les salles où sont dispensés les cours, les disciplines enseignées, les programmes et les coefficients des disciplines, leurs horaires, les modalités de contrôle et d’évaluation, les conseils de classe. Tout cela est défini hors de toi, à l’échelon du lycée ou à l’échelon du ministère.
Ta classe comme toutes les classes de ton lycée est régie par le règlement intérieur du lycée défini par le Conseil d’administration de ton lycée. À cela peut s’ajouter le règlement mis en place par chaque enseignant dans sa dis- cipline. Comme tu vois une classe, c’est un monde très réglé, un monde du droit où toi élève, tu as des devoirs : devoir d’écouter, de prendre des notes, de participer, devoirs à faire à la maison et en classe, préparatoires aux épreuves des examens. Devoir d’être présent, d’être à l’heure, de faire tes devoirs pour la date fixée.155
À la fin de l’année, en fonction de ton intérêt, de ton travail, de ton assi- duité, de ta participation, de tes résultats, tu seras classé avec une moyenne annuelle, moyenne de trois moyennes trimestrielles. À la fin de l’année, dans ta classe, il y a un premier et un dernier. Cette inégalité, tu le sais, n’est pas injuste. Le classement, but de la classe, est une juste répartition des élèves en fonction de tout ce qui leur est demandé. Si tu as des résultats convenables, tu auras le droit de passer en classe supérieure. Sinon, tu auras le droit de redoubler. Comme tu vois une classe, c’est un monde très rationnel, conforme à la raison, un monde étouffant où réussissent ceux qui savent s’adapter, où s’épanouissent les « bêtes à concours », où échouent les esprits libres et les artistes, les « cancres de génie », les décrocheurs et les rebelles.
Disons-le autrement. La classe est un lieu républicain, le lieu où se dis- pense la culture commune composante du bien commun. La classe parce que c’est un lieu républicain est fortement soumise à la volonté politique, définissant le bien commun, auquel contribue tout un chacun et partagé par tout un chacun. La classe est le lieu où la république veut former les citoyens responsables dont elle a besoin, citoyens partageant une même histoire sur un même sol, partageant des valeurs communes, une vision commune de l’Homme et du Monde. La république est donc très dirigiste, très volontariste en classe. Ailleurs, cela lui est plus difficile.
Heureusement pour elle, vous n’avez pas d’esprit critique ni l’esprit de révolte. Vous vous soumettez aisément et vos grèves sont les petites fièvres rendant supportable la soumission. Peu récusent ses abus de pouvoir.
Comme tu vois, je ne dis pas que la classe est le lieu de l’émancipation. Certains ont pu dire et diront encore : l’école républicaine (l’école publique, c’est-à-dire obligatoire, laïque et gratuite) m’a permis de m’élever sociale- ment, d’échapper au déterminisme de mon milieu socio-culturel, d’accéder à la culture universelle.
En réalité, aujourd’hui plus qu’il y a trente ans, l’école est sélective, reproduisant sans état d’âme les inégalités sociales. Les « élites » sortant des grandes écoles sont issues des classes sociales aisées de notre société. Et ces « élites » n’ont pas le souci du bien commun mais celui de leur conservation et de leur reproduction. Ajoute à cela qu’hier, la sélection se faisait par le français et les humanités, qu’aujourd’hui elle se fait par les mathématiques et les sciences. Hier par les disciplines de la qualité, aujourd’hui par les dis- ciplines de la quantité.
Par exemple, on élimine les étudiants en médecine avec les mathéma- tiques qui, tu apprécieras, permettent d’écouter, d’ausculter un malade et de formuler un diagnostic. Donc, l’école de la république est malade. De son absence de démocratie.
II est de ton devoir de te demander : de quelle école ai-je besoin pour bien me gouverner dans la vie et dans le monde ? Y répondre pour toi, pour cha- cun, pour tous, c’est proposer un traitement à la maladie.
Pourquoi répondre à des consultations sans lendemain ? Balladur, Allègre t’ont consulté, pour quels résultats ?
Pourquoi faire des grèves si elles ne vous permettent pas d’organiser des États Généraux des Lycéens avec des Cahiers de doléances ? Ça, c’est le combat général, frontal nécessairement, comme en mai 1968. On s’est donné plusieurs semaines pour prendre la parole, pour changer l’école, la vie et effec- tivement bien des choses ont changé, récupérées et donc dénaturées. Mais la mixité est bien rentrée dans les mœurs. Ainsi que la liberté vestimentaire (finies les blouses ! reste le voile !). Les délégués de classes. Les représentants des parents d’élèves. Les foyers socio-éducatifs. La Maison des lycéens... Cette évo- lution, c’est, me semble-t-il, l’introduction du versant démocratique dans l’école où est pris en compte, le plaisir de l’élève, son bonheur dans ce lieu de vie qu’est l’école, où est prise en compte son individualité, avec ses capacités, ses rythmes, ses projets, ses blocages. On est cependant encore loin du compte, loin de l’école comme lieu démocratique d’épanouissement des individus.
Dans les propositions que nous formulons, nous essayons de concilier la classe comme lieu républicain et comme lieu démocratique en les séparant.
Au collège, pendant la scolarité obligatoire, la classe sera un lieu républi- cain où s'apprend le savoir commun.
Au lycée, après la scolarité obligatoire, la classe sera un lieu démocratique où se partagent les gais savoirs.
Tu viens d'entrer en 2e dans une classe d'un lycée démocratique. L'entrée en 2e dans une telle classe est facultative. Donc, si tu y viens, c'est que tu en as envie. On peut imaginer un dispositif plus souple.
À la sortie du collège, avant d’entrer en 2e, les élèves font un stage d'une semaine au lycée. On leur explique comment ça va se passer. En trois ans, ils concevront et réaliseront trois projets individuels. En plus des trois projets, ils auront une large initiation à la philosophie. Et des enseignements, en lien avec leurs projets, sous forme de modules. Pas de baccalauréat.
Après une semaine de réflexion, les élèves décidés à devenir des jeunes choisissent librement d'entrer en 2e. Tu es un de ces jeunes.
Tu as envie de comprendre. De comprendre ton corps, ses désirs, ses manques, ses besoins, ses trop pleins. De te comprendre, tes rêves, tes envies, tes velléités, tes capacités, tes difficultés. De comprendre l’autre, l’étrange fille qui t’attire, l’étrange garçon qui te dérange. De comprendre les hommes, leur diversité, l’Homme et son humanité, son inhumanité, son « insociable socia- lité ». De comprendre le monde et ses histoires, son Histoire. De comprendre l’Univers, la Nature.
Tu as envie d’agir, de faire, de créer. Tu as envie d’être pris au sérieux, d’être considéré, reconnu.
Tu as envie de fête, d’ivresse, de vitesse, de vertige. Tu as le goût du jeu. Tu aimes les défis. Tu as envie aussi de sérieux, de responsabilités, de sens, de valeurs.
Tu as envie de clarté, de lumière, d’amers et de repères pour tes itiné- raires d’initiation. Tu as envie de secret, de clandestinité pour tes pratiques d’aventures d’holzwege en pistes de risque.
Et tu ne le sais pas. Tu n’as que trente-six semaines de 2e, seize semaines de vacances, pour faire tes premiers pas sur les vrais chemins de l’apprentis- sage pour devenir ce que tu es.
Tu ne le sais pas. Mais ils tuent le goût du travail. Ils ? Tes parents, sou- cieux de résultats, de passage en classe supérieure, de bonne orientation, de filières débouchant sur des débouchés. Ils ? Tes enseignants, soucieux de résultats, de programmes, d’examens, de leçons et de devoirs.
C’est paradoxal, je le sais. Tous les mots que j’ai employés supposent du travail et le goût du travail. Mais c’est un travail pour quelque chose qui t’est extérieur, un diplôme, un emploi, une carrière. Ce n’est pas un travail pour toi, sur toi. Or, c’est le travail sur soi qui donne le goût du travail, le goût des détours souvent difficiles pour revenir à soi.
Tu ne le sais pas. Mais ils tuent le travail. Ils ? Les financiers et leurs fonds de retraite spéculatifs. Tu auras de moins en moins de chances de vivre et travailler au pays, de trouver un emploi stable, même avec les meilleurs diplômes. Ils ont insécurisé le marché du travail et c’est la grande foire d’empoigne, la lutte des places, la course aux places, le jeu des masques.
Tu ne le sais pas. Mais ils tuent l’esprit d’entreprise. Ils ? Les politocards et leurs administrations, leurs technocrates et leurs bureaucrates. Ils te découragent d’entreprendre avant même que tu aies l’idée de concevoir un projet car tu sais que ce sera pire qu’un parcours du combattant.
Dans le lycée démocratique que nous proposons, fondé sur une pédago- gie du projet et sur une interrogation philosophique, nous pensons que tes deux principales envies : envie d'agir et envie de comprendre, trouveraient à se réaliser, à s'étayer pour devenir durables, s'installer dans le temps.
Mais comme le lycée démocratique que nous proposons n'est pas pour demain ni après demain, alors je te dis parce que je veux être concret :
Va voir dans les marges, les blancs, les interstices.
Ils ne contrôlent pas tout. Ils ont besoin de soupapes de sécurité, pour que l’initiative s’exprime un peu, pour que tu te sentes un peu considéré. Pour mieux supporter ta soumission volontaire.
Dans ton lycée, la marge s’appelle PAE (Projet d’action éducative), APA (Atelier de pratique artistique), ACS (Atelier de culture scientifique), PAC (Parcours artistique et culturel).
Donc, propose un ACS où vous referiez quelques grandes expériences : Ératosthène mesurant la circonférence de la terre il y a 3 000 ans, Archimède découvrant son principe... propose un APA lecture-écriture sur le gay sça- voir de Rabelais et expérimente concrètement le chapitre 23 de Gargantua... propose un PAE de participation au Goncourt des lycéens... Dans le lycée technique où j’ai enseigné le français et la philosophie, un élève a eu le pro- jet de construire un avion, un Flyer. Son projet est devenu réalité. Sa pas- sion, d’autres, une cinquantaine, chaque année maintenant, la partagent, et s’initient à l’aéronautique : construction et vol. Sur cet ACS, s’est greffé un APA : douze élèves ont écrit un livre sur le lycée, centré sur l’avion. Imprimé à 2 000 exemplaires pour attirer vers le technique les élèves de 3e des collèges. Et couronnement de ces initiatives de jeunes : une classe de 2e du lycée a participé au Goncourt des lycéens, donnant l’auteur gagnant, et ayant pris goût à la lecture.
Dans ta ville, la marge s’appelle bibliothèque municipale, atelier d’écriture financé par la mairie, cinéma d’art et d’essai, musée gratuit tel jour de la semaine, école municipale de musique, atelier-théâtre...
Et si rien de tout cela n’existe, si n’existe pas ce dont tu as envie, élabore un projet et propose-le aux élus. Dans le village où j’habite, la municipalité, dont j’ai fait partie pendant douze ans, a mis en place des ateliers-théâtre pour enfants et adolescents. Aujourd’hui, ils sont une cinquantaine de fai- seurs de théâtre (presqu’autant que l’école de tennis ou de karaté) et chaque année, ils jouent des textes spécialement écrits avec eux par la comédienne et auteur responsable de cette école de théâtre.
Dans ton département ou ta région, la marge s’appelle Bourse Défi Jeunes ou Envie d’agir ? J’ai connu un jeune qui a obtenu 40 000 F pour écrire un roman illustré par un peintre à partir d’un voyage en Grèce et aux USA, projet intitulé Ulysse à Hollywood. Si Hollywood a été la plus formi- dable fabrique de rêves du XXe siècle avec tous ses films à succès, ses stars adulées, ses metteurs en scène inspirés, n’est-ce pas parce qu’Ulysse dans son périple, son odyssée n’est pas revenu à Ithaque retrouver sa Pénélope, mais avec son équipage a franchi le détroit de Gibraltar comme déjà Dante l’imagine dans le chant XXVI de L’Enfer et a été ainsi le premier à découvrir l’Amérique à laquelle il a donné son sens de l’épopée.
Le voyage a eu lieu à deux pendant deux mois en 1992. Le roman a vu le jour, illustré, un an après, édité à 1 000 exemplaires : Beverly. Évidemment, le roman n’a rien à voir avec la découverte de l’Amérique par Ulysse, à moins que... Un jeune homme découvre à Athènes, les œuvres d’un peintre
Hermann Salley. Bouleversé, il veut connaître le peintre. C’est dans un bordel de Plaka qu’il fait sa rencontre et devient le compagnon de ses joyeuses beuveries et orgies. Hermann Salley est un peintre américain célèbre qui rentre à New York via Venise et Florence après son séjour athénien. Le jeune homme n’a jamais vu le peintre au travail. À New York, transgressant l’interdit du peintre, il pénètre une fois dans son atelier où, s’il découvre les œuvres d’H.S., il n’y a pas trace de pinceaux et autres outils de peintre. Qui est l’Américain H.S. ? Un faussaire ?... à moins qu’H.S. le faussaire ? soit une métaphore, une métonymie d’Hollywood et des USA : les faussaires ? de la deuxième moitié du XXe siècle... Le jeune, porteur du projet et auteur du roman s’appelait Cyril Grosse. L’artiste peintre s’appelait Michel Bories.
J’ai un peu développé ces trois exemples, très différents, pour montrer ce que tout le monde sait, à savoir les énormes possibilités que peut révéler une pédagogie du projet, Alors pourquoi ne la met-on pas en place ? La réponse est sans doute : parce que les jeunes, avec leur enthousiasme et leurs capacités, bousculeraient le monde pourtant instable des adultes. Ceux-ci préfèrent garder le contrôle en enfermant les jeunes dans des lieux où l’ennui règne. Quand je te dis qu’ils t’asphyxient dans le lit de l’ennui.
Alors bouge-toi. Seul. Prends-toi en main, seul.
JEAN-CLAUDE GROSSE, 1998.
Pour 2023, je peux donner l'exemple du groupe de 5 collégiens (4G, 1F = Rosalie) du collège de Geyter de Saint-Denis qui a fini champion d'Europe du concours Robocup Junior et a participé à la finale mondiale à Bordeaux; leur enseignant de techno a été bluffé par leur créativité et leur ingéniosité
toile de Pier Francesco Mola (1612-1666) / Socrate enseignant aux enfants,
allons-y pour la 2° lettre, toujours de 1998
Deuxième lettre à un élève de 2e
Qui t’écrit ? Difficile de se présenter.
C'est pourtant à cet exercice que je conviais mes élèves de 2e dès le pre- mier contact.
Voilà comment cela se passait. Je m'appelle... Je suis né le... à... Mon père est... Ma mère... J'ai... frères et sœurs. Rubriques de curriculum vitae.
Dès ces présentations, j'étais, nous étions, toute la classe, mis en présence de la souffrance muette du garçon, orphelin de père, de la fille, vivant chez sa mère, ne sachant rien de son père, du beur dont le père était chômeur, de la fille partageant sa chambre avec sa sœur cadette...
La classe n'étant pas un lieu permettant l'expression de la souffrance, j'intervenais pour faire remarquer la diversité des situations familiales, la singularité même de chaque situation, ce que l'on peut appeler le jeu initial de chacun et pour indiquer qu'il leur appartenait de me signaler, en particu- lier, telle ou telle difficulté ayant une incidence possible sur leur travail sco- laire, que, en classe, chacun était l'élève X et non l'individu X, que donc, chacun devait reprendre sa présentation.
De quel collège viens-tu ? Quels étaient tes résultats ? Pourquoi as-tu choisi ce lycée technique ? Qu'est-ce qui peut m'intéresser en tant que pro- fesseur ? Aimes-tu le travail scolaire ? Es-tu attentif ? Prends-tu la parole ? Et en tant que professeur de lettres ? Aimes-tu lire ? Quand tu écris, fais-tu attention ? Es-tu soigneux ? Soucieux de l'orthographe ? De la correction de l'expression ?
Qu’est-ce qui peut intéresser tes camarades ? Quels sont tes loisirs ?
Ce travail de défrichage accompli, j’intervenais encore. Celui qui s’est présenté, c’est l’élève X, le camarade X. Mais la personne X ? Comment l’approcher ? Pourrais-tu nous parler de ton caractère ? de ta personnalité ?
– En quoi est-ce différent ?
– Ton caractère, c’est peut-être ce que tu relèves comme permanences chez toi. Tu te mets facilement en colère. Tu es indifférent à ce que tu vois autour de toi... Ta personnalité, c’est peut-être ce que tu relèves comme pré- sence des autres en toi, et d’abord la présence en toi de père et mère. Comme eux, tu n’aimes pas les arabes, tu dis que les hommes politiques sont tous pourris...
Si tu veux t’approcher comme personne X, sache que les autres sont la majeure partie de toi, que des fois ils sont tout toi. Sache que toi, tu es la minorité de toi-même, la petite part à déceler, à préserver, à cultiver, à déve- lopper. Les autres en toi, c’est ton conformisme. Toi en toi, c’est ton origi- nalité, ta singularité.
Entre conformisme et originalité se joue un jeu complexe. Le confor- misme peut n’être que de façade. Je suis conforme pour ne pas me faire remarquer, me faire rejeter. Et mon originalité m’est personnelle, spirituelle. Elle est dans le travail que je fais sur mes sensations, dans les émotions que j’éprouve, dans les sentiments qui m’affectent, dans la pensée que je déploie.
Mon originalité, je peux aussi l’afficher. Elle sera voyante. Avec un prix à payer : la moquerie. Alors qu’à l’intérieur de ma tête, de mon cœur, de mon sexe, de mon corps je serai le véhicule des idées reçues.
Socrate, dans le portrait qu’en fait Rabelais, est peu soucieux du paraître comme de l’avoir. Et il cherche à mettre les rieurs de son côté. Ainsi, il peut consacrer toute son énergie à son être, à acquérir des vertus comme le cou- rage dont il saura faire usage quand il sera condamné à boire la ciguë.
Tel disoit estre Socrates, parce que, le voyans au dehors et l’estimans par l’extériore apparence, n’en eussiez donné un coupeau d’oignon, tant laid il estoit de corps et ridicule en son maintien, le nez pointu, le reguard d’un tau- reau, le visaige d’un fol, simple en meurs, rustiq en vestimens, pauvre de for- tune, infortuné en femmes, inepte à tous offices de la république, tousjours riant, tousjours beuvant d’autant à un chascun, tousjours se guabelant, tous- jours dissimulant son divin sçavoir ; mais, ouvrans ceste boyte, eussiez au dedans trouvé une céleste et impréciable drogue : entendement plus que humain, vertus merveilleuse, couraige invincible, sobresse non pareille, contentement certain, asseurance parfaicte, déprisement incroyable de tout ce pourquoy les humains tant veiglent, courent, travaillent, navigent et bataillent. Rabelais. Gargantua.
Montaigne lui aussi choisit le conformisme de façade pour préserver sa liberté intérieure et consacrer le meilleur de lui-même à lui-même.
Le sage doit au-dedans retirer son âme de la presse (foule), et la tenir en liberté et puissance de juger librement des choses ; mais quant au dehors, il doit suivre entièrement les façons et formes reçues. Montaigne, Essais I, 23.
Toi, tu viens d’entrer en seconde et tu ne sais rien ni de l’un ni de l’autre. Tu peux jouer un jeu différent. Avec tes camarades, tu adoptes le look qui te fait accepter par eux et que les adultes rejettent. Conforme et original à la fois. Conforme pour appartenir au groupe auquel tu aspires. Original pour te différencier du groupe dont tu veux sortir.
Comme tu le vois, dans le jeu entre conformisme et originalité, ce qui se joue c’est ton identité, c’est toi. À travers une série d’identifications, tu peux te trouver toi, trouver ton identité, devenir ce que tu es. Tu peux aussi te perdre. Là est le grand risque : perdre ce que tu es et dont tu ne sais rien.
– Qu’est-ce que tu me racontes là ? Ça ne tient pas la route. Comment puis-je perdre ce que je suis si je ne sais pas ce que je suis ? Ne puis-je pas dire : ce que je suis, ça ne veut rien dire ? Ce qui importe, c’est ce que je deviens, jusqu’au point final.
– Bien sûr que tu ne sais pas ce que tu es. Tu ne sais rien de ton patri- moine génétique mais tu es « grand » et tu deviendras grand, sauf accident. Ce que tu es relève pour l’essentiel ou la plus grande part de l’inconscient et c’est depuis ce « lieu » que tu feras advenir ton identité.
– Je m’en tiens à ce que je deviens, identification après identification, alié- nation après aliénation ou plutôt désaliénation-libération après aliénation.
– Oui on peut le voir aussi comme ça. Nos façons de parler sont des métaphores. Cela semble avoir peu à voir avec la vérité. Mais il est des vérités qui échappent à la formulation. Alors les métaphores sont notre seul recours, coups de projecteurs dans les profondeurs, saisissant parfois dans leur faisceau, une fugace présence.
Dans ma façon de parler, il y a un donné, ignoré mais à chercher. Te voilà chercheur d’égaré, égaré à la recherche de ce donné ignoré, égaré.
Dans ta façon de parler, rien n’est donné ni à chercher. Tu deviens, au hasard des identifications. Te voilà tisserand de ta toile d’araignée.
Ce qui compte dans ces façons de parler, c’est l’usage qu’elles nous poussent à faire de la vie.
J’en reviens au conformisme.
Ton conformisme n’est-il pas manifeste dans tes goûts et dégoûts ? Ali- mentaires : tu es Mac Do, tu n’aimes pas les légumes... Vestimentaires : tu es Chevignon, Nike, tu n’aimes pas les pantalons en velours, tu n’aimes que les jeans... Musicaux : tu aimes Madonna et pas Chantal Goya... Littéraires : tu aimes les BD, tu n’aimes pas Corneille, tu préfères Stephen King...
N’est-il pas manifeste dans les quelques clichés qui encombrent ta tête : je n’ai pas envie de me prendre la tête, j’ai envie de m’éclater, de prendre mon pied, je n’ai pas envie de penser à demain, je verrai bien, aujourd’hui ça me suffit... Carpe diem médiocre pour médiocre.
Alors toi en toi, où es-tu passé ? où te débusquer ? D’abord, peux-tu me dire, te dire si tu t’aimes ?
– Non, je n’aime pas mon physique !
– Avec quel œil te regardes-tu ? Ne te regardes-tu pas comme celui que tu aimerais être et qui donc déprécie celui que tu es ? Ne te regardes-tu pas comme tu aimerais être regardé ? N’est-ce donc pas le regard de l’autre, la peur que tu en as qui t’éloigne de ce que tu es, qui t’empêche de t’accepter comme tu es ?
– Oui, je m’aime bien et j’aime bien qu’on me regarde !
– Ce que tu aimes dans le regard de l’autre, dans ce qu’il te dit, en clair, en obscur, en clair-obscur, n’est-ce pas le désir que tu lis ? Il te désire et tu aimes ce pouvoir que tu as de te faire désirer. N’est-ce donc pas le regard de l’autre, le désir que tu as de son désir qui t’amène à t’accepter comme tu es ?
Comme tu vois, si tu te prends un peu la tête avec ce genre de questions et avec toutes les autres, tu as des chances d’être mal dans tes baskets mais mieux dans ta tête, c’est-à-dire de vivre plus pleinement parce que plus consciemment. D’autant qu’en te prenant un peu la tête avec ce genre de questions et avec toutes les autres, tu découvriras qu’on prend son pied. C’est ce que j’appelle le gai savoir de lucidité auquel on accède par une féconde activité de la pensée.
Par exemple, tu t’aimes vraiment bien. Tu t’appelles Narcisse. Tu es fas- ciné par ton image dans l’eau. Tu te penches à la rencontre de ta belle image. Plouf ! Noyé, t’es !
Il s’agit d’une vieille histoire. Curieux, tu vas la rechercher dans un livre sur la mythologie grecque.
Maintenant que tu la connais, essaie de la faire parler. Ne te dit-elle pas que Narcisse dans son amour pour lui est insensible à l’amour de la nymphe Écho ? Ne te dit-elle pas que ni l’un ni l’autre n’arrivent à sortir d’eux- mêmes ? à aimer l’autre ? et en s’aimant, à faire un enfant, à aimer cet enfant dont ni l’un ni l’autre ne savent quoi que ce soit, de sa conception à bien après sa naissance ?
N’est-ce pas de toi que cette histoire parle ?
– Ben non ! Je m’aime. J’aime ma copine. Mais on n’est pas cons ! Tu te vois en 2e à faire des gosses ? On fait l’amour mais on fait pas d’enfant. On prend des précautions. Y’ a le Sida et la contraception. Le préservatif contre le Sida, la contraception contre l’enfant.
– Prends-toi la tête sur ce que tu viens de dire et tu verras apparaître dans le miroir que te tend Socrate cette image de toi : Je n’aime pas les risques ou seulement les risques calculés. Je vis avec mon temps, programmant ma vie, confiant dans la science et la médecine. Ma lâcheté va avec mon égoïsme.
Gratuité et générosité ne sont pas mes valeurs. Responsablement, je choisis l’irresponsabilité : je ne prends pas d’engagement. Le miroir que je viens d’évoquer est représenté sur une toile de Pier Francesco Mola (1612-1666) : Socrate enseignant aux enfants, où Socrate présente aux enfants un miroir, belle métaphore de son Connais-toi toi-même.
– Prends-toi la tête sur ce que tu viens de dire. Tu sépares sexualité et procréation. Tu le peux aujourd’hui, depuis peu, depuis les moyens de contraception, depuis la loi Neuwirth autorisant la pilule (1967). Tu revendiques ta liberté d’aimer. Tu le peux aujourd’hui, depuis que les parents ne peuvent plus arranger les mariages de leurs enfants, souvent dès 7-10 ans, pour que les noces soient consommées à 14 ans. Tu reven- diques ta liberté d’aimer pour aussitôt te soumettre au réalisme : pas d’enfant avant d’avoir fini les études, avant d’être installé. Autrement dit, tu revendiques un pouvoir auquel tu renonces aussitôt. Te dirai-je que l’adolescent que tu es et qui laisse pressentir l’adulte que tu seras, est à l’image de l’homme moderne, cette figure dégagée par des Humanistes : Montaigne, Rousseau, Constant, Tocqueville... Et dont je t’offre ce bouquet de pensées.1
1) Le sage doit au-dedans retirer son âme de la presse (foule), et la tenir en liberté et puissance de juger librement des choses ; mais quant au dehors, il doit suivre entièrement les façons et formes reçues. Montaigne. Essais I, 23, 1580.
Liberté intérieure. Soumission extérieure. Pensée valable aujourd’hui comme hier pour la liberté intérieure. Par contre tu peux vouloir, aujourd’hui, mieux que la soumission extérieure parce que, après Montaigne, il y a eu Rous- seau et la Révolution française. Cela dit, tu dois à Montaigne d’avoir affirmé :
– l’autonomie du je en écrivant les Essais, ce livre consacré à la recherche de soi (où tu peux te reconnaître)
– la finalité du tu en vivant une amitié incomparable avec La Boétie (à laquelle tu peux emprunter sans réserve)
– l’universalité des ils en déclarant : « j’estime tous les hommes mes compatriotes, et embrasse un Polonais comme un Français, postposant cette liaison nationale à l’universelle et commune. » Essais III, 9, 1595.
Cette triple affirmation, [Rousseau l’enrichissant avec les notions de volonté générale, de contrat social : l’homme étant né libre et maître de lui- même, seul est légitime le régime auquel il adhère librement, seule est légi- time la république], sert de référence à la devise républicaine : liberté (désignant l’autonomie du sujet : individu et peuple souverain), égalité (désignant l’unité du genre humain et l’universalité de la loi pour tous les citoyens), fraternité (désignant les autres comme le but de nos affections et de nos actes, le bien-être de tous comme le but de l’action collective sous sa forme démocratique et républicaine).
2) L’homme du monde est tout entier dans son masque. N’étant presque jamais en lui même, il est toujours étranger et mal à son aise, quand il est forcé d’y rentrer. Ce qu’il est n’est rien, ce qu’il paraît est tout pour lui. Rousseau. Émile, IV, 1762.
Si tu t’en tiens au seul paraître, tu renonces à ton autonomie. Avertisse- ment dont tu tiendras compte :
a) pour définir ce que tu accorderas au paraître (tout pour la frime ! ou juste ce qu’il faut pour paraître comme les autres !..), ce que tu cultiveras de toi-même (tes sensations propres, tes émotions, tes sentiments, tes jugements...) (Jeu des camemberts, page 168).
b) pour évaluer autrui, ce si difficile travail : comment juger autrui ? car même si tu estimes tous les hommes comme tes compatriotes, même si tu respectes tout être humain, tu n’es pas obligé de les fréquenter tous, tu es libre de choisir ton ami, ton amour et même si tu es poussé dans tes choix, tu es libre de céder ou de résister à ces poussées et il n’est pas inutile que tu te demandes si tu places bien ta confiance, jusqu’où tu peux aller dans la sincérité avec cette blonde dont tu ne sais pas dire si elle est frivole ou pas, avec ce brun dont tu ne sais pas évaluer s’il est vraiment ou faussement attentionné à ton égard.
3) La liberté n’est autre chose que ce que les individus ont le droit de faire et ce que la société n’a pas le droit d’empêcher. Benjamin Constant. Principes de politique, I, 3, 1806.
Ton existence se partage entre deux sphères, l’une publique sur laquelle la société exerce son contrôle, l’autre privée que tu gères toi-même et où toute intervention de la société est illégitime, ce qui légitime la désobéis- sance civile, formulée par La Boétie, nommée par Thoreau, pratiquée par Gandhi et Martin Luther King.
À toi de définir la part que tu accorderas à la sphère publique (ton ou tes métiers, ton engagement syndical ou non, ton militantisme poli- tique ou non, ton investissement associatif ou non : parents d’élèves, club sportif, causes humanitaires...) et à la sphère privée (ta position préférée pour coïter, ta quête spirituelle, ta femme ou ton vélo, ta recherche du sens de la vie, tes enfants ou ta voiture, ton rôle de père, la télé pour avoir la paix ou l’histoire racontée au dernier avant qu’il s’endorme...) avec pour compliquer ton jeu : quelle part à l’avoir, au paraître, à l’être ?
4) Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Alexis de Tocqueville. De la démocratie en Amérique, II, 4, 1847.
Les démocraties, espaces où pensent et agissent librement les hommes modernes, ont deux versants : un versant républicain (celui du bien commun pour lequel on a besoin d’être conduits) et un versant démocratique (celui du bonheur de chacun pour lequel on a besoin de rester libres). L’équilibre entre les deux est toujours instable. Qui dit bien commun dit impôts. Trop trouvent qu’on en paie trop. « Y’ a trop de fonctionnaires... » Qui dit bon- heur de chacun dit travail pour tous. Qui est prêt à renoncer à ses heures supplémentaires, à passer à 30h par semaine avec perte de salaire ? Qui dit bonheur de chacun dit santé pour tous, logement pour tous. Qui est prêt à... Pose-toi quelques questions sur ces sujets : santé, logement,... pour évaluer ta connaissance du monde qui t’entoure. Vois le chemin parcouru en quatre pensées. De toi comme individu doué de raison, au jugement libre, à toi comme être social doué de volonté, comme citoyen responsable de tes actes.
Voici donc des thèmes auxquels je conviais mes élèves à réfléchir en vue d’une présentation prise de tête : moi et mon corps, mes peurs, mes envies, mes rêves, moi et l’autre, moi et l’argent, mes valeurs, mes vertus, mes vices, moi et le monde, moi et la vie, moi et la mort, moi et « Dieu », moi et l’avenir, moi et la politique, moi et l’amour-l’amitié...
Je leur donnais ainsi la possibilité d’élaborer leur propre gai savoir : un gai savoir de lucidité (mes peurs, mes vertus, mes vices...) et un gai savoir de singularité (moi et mon corps, moi et le monde, moi et l’amour...).
1. Le jardin imparfait, Tzvetan Todorov, Grasset, 1998.
JEAN-CLAUDE GROSSE, 1998.
la minute de silence
La minute de silence
Un premier élève lève la main. Il cherche ses mots, explique timidement qu’il comprend bien la situation mais que des assassinats, des actes terroristes, des fous, il y en a partout, alors un de plus ou de moins, ça ne le touche pas vraiment. Le monde est trop violent pour qu’une nouvelle mort ne l’affecte. Sa parole libère les autres élèves de la classe, plusieurs témoignent du même sentiment. C’est terrible, mais c’est un mort parmi les morts. En ce moment, Israël est en guerre à la suite des attentats du Hamas, la Russie est en guerre contre l’Ukraine, l’actualité charrie ses tombereaux d’atrocités.
Lundi matin, au lycée, il m’a fallu inscrire mon nom et la raison de ma visite sur le cahier de l’accueil alors que j’avais obtenu de ne plus le faire, je ne suis pas un simple visiteur ponctuel, je suis auteur associé du lycée, mais vendredi dernier, Dominique Bernard, enseignant de français au lycée Gambetta, à Arras, a été tué par Mohamed Mogouchkov, ancien élève d’origine tchétchène.
Le portail d’entrée embouteillait, les assistants d’éducation fouillaient chaque sac.
J’animais un atelier lundi de 13 à 15h, la minute de silence nationale décrétée par le gouvernement était prévue à 14h. Avec l’enseignant d’éco-gestion qui me reçoit dans son cours, nous nous étions écrit le week-end dernier et nous avions décidé de lancer ensuite un débat.
Les élèves disent un à un qu’ils sont vraiment désolés pour cet enseignant tué, mais qu’ils n’éprouvent pas vraiment de sensations particulières. Ce sont des terminales, ils savent que leurs paroles peuvent choquer, ils les enrobent de précautions.
Un élève lève le doigt, il veut savoir pourquoi lorsqu’un musulman tue un professeur l’acte est qualifié de terrorisme alors que lorsqu’un homme pousse une femme voilée sous les roues d’un RER la presse évoque l’acte d’un déséquilibré.
Le professeur me laisse répondre, je parle du droit, de radicalisation, des éléments qui permettent de qualifier le meurtre d’attentat. Le terrorisme a pour but de déstabiliser une nation. Le terrorisme implique souvent un réseau, des complicités. L’homme qui a poussé une femme voilée sur un RER était un fou, un fou raciste.
Un autre élève me demande quelle différence je fais entre un fou et un terroriste. Je réponds que tous les terroristes sont fous mais que tous les fous ne sont pas terroristes.
Qualifier un acte de terrorisme est du ressort du politique. L’Histoire est là pour nous apprendre combien il faut manier le mot avec précautions.
Plus tard, je chercherai la définition précise du mot dans le droit français. La loi du
« relative à la lutte contre le terrorisme et les atteintes à la sûreté de l’État » le définit comme « une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».
Plus tard, également, je relirai les articles publiés le 14 juillet 2023, le jour de la mort de cette femme voilée, poussée sous les rails du RER B, à 9h30, à l’arrêt Cité universitaire. Je serai frappé de constater que jamais les noms de l’agresseur comme de la victime ne sont cités.
Le débat se poursuit, dans le calme. La seconde heure de l’atelier d’écriture est foutue, mais ce n’est pas très important. Un élève me met au défi de trouver un crime commis contre des musulmans qui soit qualifié de terrorisme. Je raconte l’atelier d’écriture que j’animais en ligne, en 2019, avec la classe de français langue étrangère d’un lycée de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Le 15 mars, un homme suprématiste blanc d’extrême-droite nommé Brenton Tarrant a ouvert le feu dans deux mosquées, tuant 51 personnes dont un élève participant à mon atelier. L’acte a été qualifié de terrorisme. Je redis que les terroristes sont fous. Tuer autrui parce qu’il ne partage pas les mêmes idées, la même religion, la même orientation sexuelle, le même genre, c’est de la folie.
Durant le reste de la semaine, la vie reprend son cours, j’anime mes premiers ateliers, je vois partout dans Paris des gyrophares et des militaires en arme, Versailles, le Louvre et des aéroports sont évacués, une exposition que je souhaitais aller voir est annulée, les élèves se marrent dans la cour après avoir été fouillé en réfléchissant à toutes les manières dont ils pourraient faire entrer une arme au sein de l’établissement, l’alarme incendie interrompt un atelier (tout le monde suspecte une mauvaise plaisanterie d’un élève avant de comprendre qu’il s’agit d’une défaillance d’un ordinateur), et je surprends cette conversation entre deux filles qui quittent le lycée. L’une met son foulard, l’autre sa capuche.
Ah ? toi aussi tu mets le voile.
Moi, je ne crains qu’un dieu : celui du froid.
24 octobre 2023, Eric Pessan, Lycée Emile Dubois, Paris 14°
Lettre ouverte aux élèves qui n’écriront pas
Je vous remarque dès le début du cours, il faut dire que vous ne faites aucun effort pour vous cacher, vous avez au moins la franchise de votre refus : vous croisez les bras, vous évitez mon regard, vous n’ouvrez pas votre sac. Souvent, vous improvisez un oreiller de vos deux bras pour venir y loger votre tête, et vous vous endormez avant même que j’ai fini de me présenter. Vous êtes un, deux, trois, quatre, parfois six ou sept.
A chaque nouvelle intervention, je me présente, j’explique ce que je fabrique dans ce lycée, j’explique quel projet nous avons imaginé avec l’enseignant, je lis souvent un extrait d’un de mes ouvrages, je présente la consigne d’écriture, nous en discutons, puis je réclame le silence : c’est parti, chacun doit réfléchir, noter des idées, écrire. C’est à ce moment que je tente de venir vous voir. Vous n’avez pas fait semblant de sortir une feuille et un stylo, vous attendez que l’heure trente de cours restante s’écoule lentement.
Quand j’insiste, que je veux coûte que coûte amorcer une discussion, vos réactions diffèrent : soit vous vous taisez obstinément, soit vous avez mal à la tête, vous êtes fatigués ou malades. Parfois vous cherchez à vous débarrasser de moi en répondant que vous réfléchissez. Il arrive que votre regard soit acéré et votre ton agacé, mais vous demeurez polis ; vous maitrisez à la perfection le seuil au-delà duquel un rapport d’incident serait envisageable. Des profs tentent de vous secouer, d’autres m’expliquent avec fatalisme qu’ils ne peuvent pas renvoyer un cinquième de la classe à chaque séance.
Petit mot confisqué que des élèves de seconde se faisaient passer pendant que je lisais un extrait de texte
Je peux comprendre que l’on soit en difficulté, que l’on n’arrive pas à faire quelque chose, qu’écrire soit difficile, que l’on soit fatigué... ce qui me questionne ce sont les mécanismes qui sont à l’œuvre dans votre refus a priori.
Je me souviens d’élèves au collège qui venaient en cours sans sac, qui attendaient du matin au soir, le regard dans le vide, que la journée s’effondre autour d’eux. Dans leur cas, les choses étaient claires : ils avaient été renvoyés de plusieurs établissements, ils n’avaient pas encore 16 ans, ils n’avaient pas d’autre choix que d’êtres présents tout comme le collège n’avait pas d’autre choix que de les accueillir, et ils disparaissaient à tout jamais au matin de leur seizième anniversaire.
Mais ici, vous n’êtes pas obligés par la loi de venir en cours, certains d’entre vous sont même majeurs. Je peux comprendre le maillage de raisons familiales, sociales et personnelles qui vous poussent chaque matin à ne pas vous déscolariser, ce qui me questionne - encore une fois - c’est votre refus d’essayer. Vous n’écrirez pas une ligne, vous ne toucherez même pas un stylo, vous n’en foutrez pas une.
J’interviens depuis une petite vingtaine d’années en milieu scolaire, il arrivait il y a dix ans qu’un élève refuse, c’était rare. Je tirais fierté de ne jamais laisser quiconque sur le bord du chemin, je discutais longtemps avec les élèves en difficulté, je tentais de comprendre d’où provenaient les blocages, je proposais un travail personnalisé… j’arrivais à entrer en contact. Ce qui est nouveau, c’est le mur.
Je ricoche.
J’ai beau parler, questionner, tenter de comprendre, ma sollicitude comme ma bienveillance ne parviennent pas jusqu’à vous. Vous avez décidé avant même l’atelier de ne pas écrire. Je m’épuise et perds un temps précieux durant lequel je ne peux pas aider les autres élèves, ceux qui essaient.
Je me souviens aussi de vrais moment de révolte, d’élèves criant qu’écrire un poème ne leur servira à rien, que la littérature ils s’en balek, qu’écrire n’est pas pour eux… Face à ces révoltes-là, je peux réagir, je peux répondre, j’ai des arguments.
Dans
que j’avais consacré aux raisons qui me poussaient à intervenir dans les collèges et lycées, j’avais écrit que mon rôle consistait à autoriser les élèves qui – souvent – se jugent eux-mêmes incapables d’écrire.
Ce dialogue qui ne peut pas avoir lieu dans la classe, j’aimerais l’imaginer ici. J’aimerais savoir ce qui se passe, j’aimerais comprendre. Est-ce un manque de confiance ? Est-ce le fait que je suis du côté des enseignants ? Est-ce parce que j’incarne à mon corps défendant une image de l’autorité ou de la réussite ou de la norme sociale ? Est-ce mon apparence d’homme blanc quinqua intellectuel ? Est-ce mon appartenance au monde du livre ? Suis-je un ennemi ?
Ou bien : suis-je incapable de me décentrer pour poser les vraies questions ?
Quand j’étais enfant, mes parents m’expliquaient qu’il fallait bien travailler à l’école pour avoir un bon métier. J’ai peu à peu compris à quel point c’était à la fois vrai et faux, à quel point bien travailler me permettait d’acquérir des connaissances qui me permettaient de comprendre que notre société est inégalitaire, fondée sur l’héritage et la reproduction. Je voyais le mensonge, mais il était hors de question que je ne travaille pas.
Est-ce cela ? vous n’écrivez pas parce que vous êtes trop lucides ?
Suis-je en train d’imaginer des excuses à votre profond désintérêt pour tout ce qui peut être assimilé au scolaire ?
Ce qui me frappe, c’est votre mutisme, le mur évoqué plus haut, je ne sais pas parler à quelqu’un qui ne me répondra pas, qui ne croisera pour rien au monde mon regard. Je suis démuni et triste, confronté à un refus contre lequel je n’ai aucune prise. J’aimerais au moins que vous m’envoyiez chier, ce serait le début d’une possible discussion.
20 novembre 2023, Eric Pessan, Lycée Emile Dubois, Paris 14°
Des 100 plus beaux poèmes du monde (édition de 1979)
(merci à Alain Bosquet de proposer 1/3 de poètes inconnus car nous sommes trop occidentalocentrés)
je retiens le troisième Cosmogonie dans l’Atharva-Veda (14°- 10° siècle avant J.C.). Il correspond à là où j’en suis aujourd’hui de mon cheminement.
C’est ce qui s’est dit de plus précis et de plus déroutant sur la Création.
(Voir la question du 7° paragraphe : celui qui veille sur elle au plus haut du ciel le sait sans doute... ou s’il ne le savait pas ?)
Et surtout ne pas chercher à confirmer par la physique quantique.
J’en ai produit une version dans Et ton livre d’éternité ?, page 639, L’hymne à la création.
Version de l’anthologie d’Alain Bosquet
1-
Ni le non-Être n’existait alors, ni l’être.
Il n’existait l’espace aérien, ni le firmament au-delà.
Qu’est-ce qui se mouvait puissamment ? Où ? Sous la garde de qui ?
Etait-ce l’eau, insondablement profonde ?
2-
Il n’existait en ce temps ni mort, ni non-mort;
Il n’y avait de signe distinctif pour la nuit ou le jour.
L’Un respirait de son propre élan, sans qu’il y ait de souffle.
En dehors de Cela, il n’existait rien d’autre.
3- 4- 5- 6- 7-
(Pages 16-17, traduction Louis Renou)
Et page 639 de Et ton livre d’éternité ?
L’Hymnne à la création
(Nasadiya Sukta. Rig Veda, X, 129)
Il n’y avait pas l’être, il n’y avait pas le non-être en ce temps. Il n’y avait espace ni firmament au-delà. Qu’est-ce qui se mouvait ? Où, sous la garde de qui ? Y avait-il l’eau profonde, l’eau sans fond ?
Ni la mort n’était en ce temps, ni la non-mort, pas de signe distinguant la nuit du jour. L’Un respirait sans souffle, mû de soi-même : rien d’autre n’existait au-delà.
A l’origine les ténèbres couvraient les ténèbres, tout ce qu’on voit n’était qu’onde indistincte. Enfermé dans le vide, l’Un, accédant à l’être, prit alors naissance par le pouvoir de la chaleur.
Il se développa d’abord le désir, qui fut le premier germe de la pensée ; cherchant avec réflexion dans leurs âmes, les sages trouvèrent dans le non-être le lien de l’être.
Leur cordeau était tendu en diagonale : quel était le dessus, le dessous ? Il y eut des porteurs de semence, il y eut des vertus : en bas était l’Énergie spontanée, en haut le Don.
Qui sait en vérité, qui pourrait l’annoncer ici : d’où est issue, d’où vient cette création ? Les dieux sont en deçà de cet acte créateur. Qui sait d’où il émane ?
Cette création, d’où elle émane, si elle a été fabriquée ou ne l’a pas été, – celui qui veille sur elle au plus haut du ciel le sait sans doute... ou s’il ne le savait pas ?
Rig Veda, X, 129, 1. Trad. Louis Renou, La poésie religieuse de l’Inde antique. 1942
la couverture évoque la libellule et le piment rouge des deux haïkus, de Kikaku et de Bashô que je donnais en pâture à mes élèves Kikaku une libellule ôtez-lui les ailes un piment rouge Bashô un piment rouge mettez-lui des ailes une libellule
Des cent tankas 5/7/5/7/7 (la forme la plus ancienne) et haïkus 5/7/5 (la forme la plus aboutie et la plus connue) de Poèmes de tous les jours (1993 chez Picquier-Unesco),
Je note d’abord, l’excellente préface d’Ôoka Makoto qui depuis 1979 tient une rubrique de poésie en 1° page d’un journal tirant à 10 millions d’exemplaires
Et j’en retiens deux,
j’ai évité les plus connus Bashô, Issa, Buson, Tu Fu, Li Po, Po Chû I et les 4500 poèmes du recueil des dix mille feuilles, vieux de 1300 ans :
L’arc-en-ciel lui même
Pense que le temps existe
Abe Seiai né en 1914 page 77,
commentaire d’Ôoka Makoto, page 76
———————————————
Joignant les mains devant cet homme nu, brûlé, perdu
Je partis en courant
Yamamoto Yasuo (1902-1983) page 213
Tanka tiré d’un recueil de tankas sur Hiroshima,
Yamamoto y ayant perdu son fils :
Le cadavre du petit ficelé à la charrette
Ma femme et moi poussions à tour de rôle
Commentaire d’Ôoka Makoto, page 212
coquelicots by ab
on ignore l'impact profond d'un mot sur l'autre comme sur soi pris comme esprit-corps, on ignore l'impact profond d'une chose du monde sur soi et sur l'autre pris comme corps-esprit;
nos outils de perception sont les sens, mais il est évident que les illusions sensorielles sont nombreuses, qu'on croit réel ce qui souvent ne l'est pas; il en est de même des sentiments; dire je t'aime à quelqu'un, le plus vivant des poèmes, est peut-être un délire, né d'un désir, d'où ce titre ambigu Parole dé-s/l-irante, s/l = est-ce elle ? tout désir n'est-il pas délire, toute parole délirante n'est-elle pas parole désirante ? la confusion par projection ou tout autre processus est au rendez-vous; il faut donc une grande prudence là où l'exaltation nous saisit; ce je t'aime dont je me dois de douter, une fois dit, chemine en l'autre vers un coeur qui bat la chamade, un esprit qui s'emballe, dans un corps qui s'émeut, au plus profond, le message pensé et émis, une fois reçu par l'autre devient milliers de messages chimiques, hormonaux, moléculaires, quantiques dont j'ignore la réalité et les effets, seule la personne réceptrice perçoit quelques effets, coeur qui bat plus vite, rêves érotiques, organes sexuels en émoi, appétit moindre...; n'est-il pas clair que prendre conscience de cette complexité peut nous inciter à plus de responsabilité, à accepter d'être responsable d'effets imprévus, secondaires, tertiaires et pervers; je peux même en arriver à bouger le moins possible pour déranger le moins possible l'ordre des choses car en fin de compte, on est toujours dérangeant, semeur de désordre; vivre en poète c'est déranger le moins possible et prendre son temps, vivre en poète c'est vivre sobrement, c'est réduire sa surface, son empreinte, c'est ne pas vouloir embrasser l'infini, c'est ne pas vouloir être éternel, c'estvoir un monde dans un grain de sable, un ciel dans une fleur sauvage, tenir l'infini dans la paume de la main et l'éternité dans une secondecomme le dit William Blake dans Augures d'innocence, le plus fort programme que je connaisse
j'ai bien raison de prendre mon temps, j'ai tout le temps qui m'est compté (à condition de ne pas le décompter, c'est ainsi qu'il compte, qu'il est vivifiant) pour insuffler la vie à quelques mots pouvant toucher quelques belles personnes. Je laisserai 10 poèmes intitulés Caresses. Caresses 1 et Caresses 2 existent déjà. Les autres Caresses sont à venir, le moment venu, un moment inattendu. Il y aura aussi les 12 Paroles dé-s/l-irantes. Parues dans La Parole éprouvée, le 14 février 2000.
si j'inverse, soit non une pensée d'amour adressée à l'autre mais la vue d'un champ de coquelicots du côté de Lourmarin; ça fait longtemps que je n'ai vu autant de profusion de rouge, de rouge vivant, se balançant dans le vent léger, un vent solaire, autant de rouge habité par la lumière, je prends des photos, je filme pour prolonger mon émotion, mon plaisir; ces coquelicots sont impossibles à cueillir, se refusent au bouquet, trop fragiles; ces coquelicots qui m'éblouissent se resèment d'eux-mêmes, je ne peux les semer, ils refusent la domestication; ces coquelicots fragiles résistent aux grands vents du midi; je perçois, ils me touchent au profond par leur beauté éphémère, impermanence et présence, insignifiance et don gratuit sans conscience du don (quoique sait-on cela ?) et ils me font penser, leur vie me vivifie, m'embellit, je me mets à chanter une rengaine venue d'un vieux souvenir, un petit bal perdu, je m'allonge, me livre au soleil, caresses qui font du bien, pas trop longtemps, messages héliotropiques envoyés aux niveaux les plus infimes, les plus intimes en toute inconscience même les yeux fermés et en méditation visualisante
voilà deux brèves tentatives de mise en mots pour conscientiser (c'est notre privilège) ce que nous éprouvons, pour vivre à la fois plus pleinement (c'est autre chose que l'aptitude au bonheur, au carpe diem, non négligeable) de plus en plus en pleine conscience (et là je m'aventure, si tout ce qui vit est échange, circulation, énergie, information, tout ce qui vit est peut-être aussi conscience ou dit autrement, une conscience, la Conscience est à l'oeuvre dans tout ce qui se manifeste, elle serait l'unité de et dans la diversité, elle serait la permanence sous l'impermanence; ne pas se laisser duper par le côté automatique, bien régulé de notre corps-esprit ou des systèmes univers, multivers avec leurs constantes universelles jusqu'à dérèglements et entropie croissante remettant les pendules à l'heure
(j'ai découvert un livre au titre révélateur : La "Conscience-Énergie", structure de l'homme et de l'univers, du Docteur Thérèse Brosse, paru en 1978 à Sisteron, ça semble du solide !); évidemment, sur ce chemin, je me laisse accompagner par Deepak Chopra qui réussit à articuler approche scientifique et approche ayurvédique
Des 100 plus beaux poèmes du monde (édition de 1979) (merci à Alain Bosquet de proposer 1/3 de poètes inconnus car nous sommes trop occidentalocentrés) je retiens le troisième Cosmogonie dans...
des effets d'un champ de coquelicots au plus intime, au plus infime, la poésie y accède-t-elle ?(photo d'Annie Bergougnous) / Emily Dickinson, une vie en poésie un beau rêve où la poésie est ...
Au plus près : entretiens avec Philippe Djian par Catherine Moreau, La passe du vent, 1999
De ces entretiens déjà anciens, j’ignore donc si Djian s’y reconnaîtrait aujourd’hui, 25 ans après, et 40 ans après son entrée en écriture au plus près, je retiens quelques propos :
séduire, c’est mourir comme réalité et se produire comme leurre
Ce propos vaut tant pour la séduction de l’autre que pour l’auto-séduction; ajoutons qu’étymologiquement une des significations de seducere serait détruire.
partagez-vous la proposition de Rimbaud Je est un autre ? - Je dirai plutôt Je est tous les autres. Et ce à partir du moment où je me rends compte que ma personnalité est tellement multiple. Plus, il y a de rapports avec les autres, plus elle devient riche et vaste…
c’est un gros problème que de se demander si le monde qui nous entoure n’est pas une vision de notre esprit. Et par quelles expériences, pouvons-nous confirmer ou infirmer cette sensation ?
On m’a demandé pourquoi il y a toujours du sexe dans mes livres. Je trouve que c’est une manière de définir les personnages mis dans ce genre de situation avec plus de finesse et d’exactitude que si je les décris. Un salaud qui est en train de faire l’amour à une femme, ça se voit si c’est un vrai salaud. Ce sont donc des situations susceptibles d’éclairer les personnages. Ce n’est pas simplement le plaisir de raconter ce genre de scènes.
J’en arrive à La jouissance et l’extase de Françoise Rey, un roman pornographique sur les relations entre Henry Miller et Anaïs Nin, de 1931 à 1934.
Henry Miller m’a passionné il y a longtemps avec sa trilogie Sexus Nexus Plexus, Hamlet, Le temps des assassins. Je ne sais pourquoi, j’ai ignoré les deux Tropiques. Peu importe.
J’ignore tout d’Anaïs Nin. Je dois bien avoir son journal sur un rayon. Pas La maison de l’inceste.
Y a-t-il des raisons à ces choix de lecture où le sexe est mis en scène et en jeu (Gabriel Garcia Marquez, Jean-Paul Dubois, Juan Rios, Philippe Djian, Françoise Rey) ?
J’ai conscience d’être un obsédé sexuel, sans remords, sans culpabilité, avec plaisir à l’être car je sens bien que c’est la pulsion de vie, celle qui affronte la mort. Bataille « de l'érotisme, il est possible de dire qu'il est l'affirmation de la vie jusque dans la mort. » Et ce désir est universel, cosmique, tous règnes minéral, végétal, animal, humain, toutes espèces, tous genres, féminin, masculin, hermaphrodite, androgyne. Obsédé sexuel à plus de 82 ans, je me sens bien vivant, traversé, habité par la Vie. Je ne laisse plus entrer le vieux comme dit Clint Eastwood.
En me plongeant dans ce genre de lectures, cela m’amène aussi à voir comment je sépare, combine amour et désir, comment j’ai vécu mes histoires d’amour et de désir, comment j’ai privilégié le sentiment sur le désir, avec des épisodes très sexuels, comment dans le désir, j’ai vécu la limite de la jouissance masculine et féminine exception de quelques femmes accédant à l’extase, comment j’ai privilégié dans mes histoires la durée, la fidélité avec coups de canif dans le contrat et métamorphose de la relation, de l’amour ou de la pulsion à l’amitié amoureuse…
Je ne suis pas un spécialiste en sexologie, ça ne m’intéresse pas plus que cela mais je ne suis pas un ignorant. J’ai été et je me suis initié. Je ne tourne pas en ridicule le petit cornac qui nous fait primate et primaire selon Rezvani, cet organe qui nous domine et fait de nous des dominants, des prédateurs. Le petit cornac est l’outil de la perpétuation, de l’onto et de la phylogenèse, lignée, espèce.
Le plaisir vient après dans l’histoire de l’évolution et de la perpétuation des espèces et seulement pour l’humanité semble-t-il. C’est par la perpétuation de l’espèce, de la lignée que chaque espèce, chaque lignée combattent la mort, chaque individu meurt, chaque lignée meurt mais non l’espèce qui se rend ainsi ou croit se rendre éternelle.
Vue à cette altitude, l’obsession sexuelle est questionnement sans fin sur la création, sur la vie, sur la mort, sur l’éphémère, la fragilité, sur l’éternité. Je continuerai donc à être un obsédé sexuel.
Le roman de Françoise Rey m’a dans un premier temps, plutôt déplu. Les scènes pornographiques sont crues, détaillées, longues, avec un lexique obscène, varié dans l’obscénité et l’ordure.
Tantôt du point de vue d’Henry, tantôt du point de vue d’Anaïs. Là, ça commence à devenir intéressant car impossible de savoir ce que l’autre pense de ce qu’on lui fait, impossible de savoir, de connaître, de ressentir ses réactions. On est dans le malentendu absolu, dans l’opacité même quand on croit être dans la fusion, la communion, l’évidence, la transparence. D’où le côté dérisoire de celui qui se croit l’initiateur d’Anaïs. D’où le côté inconséquent de celle qui croit maîtriser la situation.
Si on ajoute à cette histoire d’un couple qui en est et n’en est pas un, qui va très vite se désunir, les histoires d’Anaïs avec son mari banquier, avec son cousin homosexuel Edouardo, avec son psychanalyste impuissant Allendy, avec Antonin Artaud, homosexuel et impuissant, avec son père Joachim, incestueux, avec le psychanalyste Otto Rank, avec la femme de Henry, June, on comprend que ce roman est foisonnant, déstabilisant, que ni l’un ni l’autre n’ont de boussole. Ils pataugent dans le foutre et le méli-mélo des pulsions.
Henry est faussement amoureux d’Anaïs, il veut l’épouser mais cela est un alibi, ne l’entretient-elle pas, ne favorise-t-elle pas toutes ses frasques chez les putes, ne paie-elle pas l’édition du Tropique dont la couverture est un cancer sortant d’un vagin ?
Anaïs veut tout essayer qu’il s’agisse de positions, de pratiques, de transgressions, de scandales, de provocations; c’est une femme de tête qui croit maîtriser mais ballottée, écartelée entre des désirs inconciliables, une femme du cul, nymphomane, alcoolique (a manqué la drogue mais elle y a pensé, elle serait aujourd’hui chemsex), qui note tout dans son journal, ses cahiers, cahier vert, cahier rouge, tissus de vrai et de faux selon le destinataire du cahier: mari, Henry), qu’Henry est un faible, idem pour son père très dominateur et autoritaire.
Je ne sais pas comment caractériser cette femme, ni s’il le faut, laissons-là à sa complexité, à son ambigüité insondables, femme sans doute traumatisée petite fille par ce père la prenant en photo, nue, dans son bain et la caressant.
Les deux psychanalystes qu’elle séduit l’ont-elle aidée, l’un en la fouettant ou la fessant jusqu’au sang, l’autre en se faisant sucer ?
La fin est surprenante avec la découverte du cancer d’Anaïs, cancer de l’utérus ?, ignoré d’Henry mais non du mari.
Je ne regrette pas ma lecture mais pour en conclure que je ne me sens pas du tout de ce monde, de ces amants qui croient accéder à l’infini, vivre pleinement la vie par la pornographie perverse et la multiplicité des partenaires.
Ils ont osé, sans aller jusqu’à la mort par épectasse comme un président et un cardinal, sans aller jusqu’à la mise à mort comme dans Matador de Pedro Almodovar.
Parlant pour moi, j’ai dit oui à l’obscénité, oui à la pornographie, oui à l’érotisme, oui aux variations, dans l’intimité, dans un couple s’aimant et consentant. Ce fut je crois ce que nous avons vécu pendant 46 ans, l’épousée et moi, évoqué avec force entre Vita Nova et Lola, fille de joie dans Et ton livre d’éternité ? J’ai dit oui, je dis toujours oui.
Je me sentais plus d’affinités avec Emmanuelle Arsan et son érotisme. Bonheur et Bonheur 2.
Je renvoie à l’essai de Camille Moreau, publié à la Musardine Écrire, lire, jouir, quand le verbe se fait chair.
En avril 2006, l'écrivain et poète Christian Bobin s'est confié à l'occasion de la parution de son livre "Prisonnier au berceau". Un documentaire réalisé par Francis Guthleben, lui même écr...
documentaire de 2006, rendu public en janvier 2023
N° d'avril 2023 de la Revue des deux mondes cadeau CHRISTIAN BOBIN (décédé le 23 novembre 2022) Dernière conversation en Saône-et-Loire propos recueillis par Sébastien Lapaque Le mercredi 23 juin 2021, j'ai retrouvé Christian Bobin au Creusot où Le Figaro m'avait envoyé l'interroger sur son pays d'enfance et d'écriture. À la gare Le Creusot-Montceau-les-Mines-Montchanin TGV, l'écrivain m'attendait en début d'après-midi à bord de sa vieille voiture au beau milieu d'une campagne baignée de lumière verte. Il m'a conduit dans son modeste appartement du boulevard Henri-Paul-Schneider où il résidait avec sa compagne, la poétesse Lydie Dattas, en face de la mairie, après avoir vécu quinze ans dans une ancienne bergerie de Saint-Firmin, une petite commune rurale des environs du Creusot. J'avais peu de questions à lui poser pour mon texte, mais notre conversation a duré trois longues heures. Révélé au grand public par Le Très-Bas, paru chez Gallimard en 1992 et couronné à la fois par le Prix des Deux-Magots, le Prix Joseph-Delteil et le Grand Prix catholique de littérature, Christian Bobin s'exprimait comme il écrivait, affectionnant les mots rares, les paradoxes, les silences, les fulgurances et les tournures précieuses. Pour ne pas perdre l'or de ses mots, j'ai enregistré la totalité de notre conversation, en songeant au plaisir que j'aurais de la réécouter. Cette heure est venue plus tot que prévu. Christian Bobin est mort dix-sept mois, jour pour jour, après m'avoir laissé à la gare TGV où m'attendait le train de 18 h 47. En apprenant sa disparition, je me suis souvenu de notre dernier au-revoir aux abords des voies de chemin de fer et des ultimes lignes du Christ aux coquelicots, comme une promesse: « Tu me reconnaîtras sur le quai de la gare: j'aurai mon cœur dans mes mains jointes - un gros hortensia bleu donnant sa lumière jour et nuit, en toutes saisons. » Christian Bobin Je vous propose de partir de Clermont-Ferrand... Revue des Deux Mondes - Parce que c'est la ville de Pascal ? Vous avez beaucoup écrit sur Pascal, notamment dans Les Ruines du ciel (1), votre livre consacré à Port-Royal. Lui avez-vous dédié un travail singulier au cours de vos études de philosophie à l'université de Bourgogne, à Dijon ? Christian Bobin Je l'aime infiniment, mais je ne lui ai pas consacré de travail specifique. Il ne se passe cependant guere de semaines sans que j'ouvre un de ses livres. C'est un compagnon dont la noirceur, par instants. m'illumine. Paradoxalement. Mais revenons à Clermont-Ferrand. Je vous propose de partir de la cathédrale, qui est en pierres de lave noires, où j'ai découvert qu'on avait retrouvé sur le fronton. et intelligemment mainte nue, la plaque reproduisant la formule de Robespierre: « Le peuple français reconnaît l'existence de l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme. » J'ai trouve cela d'une intelligence incroyable, de la part des gens de Clermont, des puissants de Clermont, de ne pas avoir détruit cette plaque et de l'avoir laissée, si je puis dire vivante, sur le flanc de la cathédrale Je sais tres peu de choses de cette ville, sinon la présence, évidemment, de Pascal. Pascal toujours... Mais il n'est d'aucun lieu, d'aucun temps, donc il est partaitement contemporain. Il est notre contemporain absolu. Et puis il y a les volcans, comme des nourrices portant un bonnet de forêt, des nourrices toujours capables de se révéler orageuses. Revue des Deux Mondes - De Clermont, filons vers Le Creusot... Christian Bobin Oui, prenons maintenant le train, quittons cette très belle ville de Clermont, avec sa mairie que j'ai pu voir aussi, dont les escaliers semblent mener à une salle d'opéra. C'est un train régional. C'est-à-dire que c'est un acheminement de la lenteur. Vous vous installez à l'interieur et a la sortie vous etes repu de lenteur, mais d'une lenteur merveilleuse. magique. Les paysages vous sont donnés par les grandes vitres. Ils ne sont pas chassés par les ballets de la vitesse, par le diable à sept queues de la vitesse. Vous avez le temps d'accueillir le paysage. De l'accueillir et de vous recueillir. Et même d'avoir une pensée pour lui et d'accueillir la pensée qu'il a pour nous. Tout le long du traiet. c'est une succession très lente d'images d'une France dont on ne sait plus parler, mais qui existe pour autant. Cette France a été rendue muette, comme évacuée du langage efficace et administratif. Mais dans un train dont la vitesse est à peine plus grande que celle d'une carriole à cheval (j'exagere, mais on ne dit rien si on n'exagère pas), dans ce train qui m'a souvent ramené de Clermont au Creusot, en passant par Nevers. vous recevez beaucoup d'informations sur ce pays, sur sa resistance. Car je crois que les arbres sont des résistants, je crois que les rivières sont des messagères qui passent la ligne de démarcation plusieurs fois dans la journee. On ne parle plus de cette France des gares minuscules, mais on peut la regarder, elle n'est pas tissée de ressentiment, c'est un très beau pays calme, quasi eternel. ... (encore 8 pages)
S'il y a un sale passage après la mort, ce doit être l'entrée du musée de Montpellier. Invité pour une lecture, cueilli à la gare, conduit dans une chambre d'hôtel dont les hautes boiseries ...
écoutez le rire de Christian Bobin vers 47-49' / voir c'est répondre
un envol d'âme-d'ange et l'ange en surplomb sans qu'on s'en aperçoive sauf à lever la tête via a.b., Annie Bergougnous / aujourd'hui 25 novembre - délibérément en voyant l'ombre portée de l'oiseau - un anonyme pigeon citadin s'amuse à faire des ombres chinoises avec le soleil ! - se transformer en "ange", - à la disparition de Christian Bobin, l'écrivain à la pure écriture / Laissez-moi rêver, libre d'interpréter. Et de voir un signe ! Annie Bergougnous / Christian Bobin le 11 septembre 2022 à Crans-Montana en Suisse disant un texte Les délivrantes; vidéo de la rencontre à venir
« J’ai la très grande tristesse de vous faire part du décès de Christian Bobin, survenu le 23 novembre, des suites d’une grave maladie.
Christian Bobin, à travers son œuvre, nous invite avec une belle générosité à comprendre la part manquante de notre vie, celle qui relève du merveilleux et de l’obscur.
Lisons Bobin, il nous soigne de la tristesse et du scepticisme, il nous invite à une quête de la joie avec ses mots empreints d’une grande sensibilité.
Comme ce grand peintre disparu, il fait jaillir la lumière de l’obscurité « Entre la vie et la mort s’installe un rideau de neige », nous dit-il.
Son sourire, sa joie, son humanité vont nous manquer. »
Antoine Gallimard
Natif du Creusot, Christian Bobin a publié ses premiers livres à la fin des années 70. Georges Lambrichs l’a accueilli dans la collection « Le Chemin » en 1989 avec La part manquante et J.-B. Pontalis dans la collection « L’Un et l’Autre » avec Le Très bas.
Vient de paraître Le muguet rouge en octobre dernier ; aujourd’hui une grande partie de son œuvre est disponible dans la collection Quarto.
Ma contribution : actualiser "mes" articles sur des oeuvres de Christian Bobin
"Mourir, c'est comme tomber amoureux : on disparaît, et on ne donne plus de nouvelles à personne."
"L'Amour comme la mort simplifie."
"Il y a un instant où la mort a toutes les cartes et où elle abat d’un seul coup les quatre as sur la table."
"La vie écrit au crayon. La mort passe la gomme."
JCG : les expériences de John Wheeler, appelées gomme quantique, témoignent que l'on peut changer des événement passés par l'observation du phénomène réalisé dans le présent.
" La mort se cache derrière nos fêtes comme un enfant se cache derrière un arbre. On voit toujours le bout de ses souliers."
"Dans la mort, le chemin devient d'un seul coup si étroit que, pour passer, on doit se laisser tout entier."
"Ma fin n'est pas plus bruyante que mon début. Après ma disparition mon chant demeure. Il est plus juste car il est délivré de moi."
Christian Bobin
Personne n'a une vie facile. Le seul fait d'être vivant nous porte immédiatement au plus difficile. Les liens que nous nouons dès la naissance, dès la première brûlure de l'âme au feu du souffle, ces liens sont immédiatement difficiles, inextricables, déchirants. La vie n'est pas chose raisonnable. On ne peut, sauf à se mentir, la disposer devant soi sur plusieurs années comme une chose calme, un dessin d'architecte. La vie n'est rien de prévisible ni d'arrangeant. Elle fond sur nous comme le fera plus tard la mort, elle est affaire de désir et le désir nous voue au déchirant et au contradictoire. Ton génie est de t'accommoder une fois pour toute de tes contradictions, de ne rien gaspiller de tes forces à réduire ce qui ne peut l'être, ton génie est d'avancer dans la déchirure, ton génie c'est de traiter avec l'amour sans intermédiaire, d'égal à égal, et tant pis pour le reste. D'ailleurs quel reste ?"
Les femmes viennent du plus lointain de la vie des hommes, elles sortent de l’enfance des hommes,
on dit qu’elles gouvernent cette enfance mais ce n’est pas vrai,
il suffit de regarder dans les jardins publics,
les mères avec leurs enfants : elles ne gouvernent pas.
Elles veillent.
Elles veillent sur l’incendie naissant d’enfance,
elles aident le feu de vie à prendre.
Plus tard, beaucoup plus tard, elles regardent ceux qu’elles ont fait rois et qui ne savent plus leur parler.
Les hommes, ce sont les devinettes qui les rassurent – devinettes du pouvoir, de la force.
Devant les femmes ils disent :
je ne devine rien,
c’est un mystère.
Ce qu’ils appellent mystère,
c’est la simplicité des femmes et c’est leur solitude,
cette force de solitude en elles, en chacune d’elles,
cette manière qu’elles ont de tenir leurs enfants, leurs maris, leurs amants, le bleu du ciel et l’ordinaire des jours à bout de bras.
Les femmes sont seules au début,
au milieu et à la fin de leur vie.
Elles reçoivent de cette solitude le sacre d’intelligence.
Christian Bobin.
Donne-moi quelque chose qui ne meurt pas.
au Beausset-Vieux
Le Quarto Les différentes régions du ciel de Christian Bobin est paru le 6 octobre 2022
"Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour. Je m'assieds devant la table d'écriture et je laisse venir à moi les différentes régions du ciel."
Né en 1951, Christian Bobin bâtit depuis près d'un demi-siècle une oeuvre poétique inclassable qui au cours du temps réinvente ses formes. En privilégiant une écriture concentrée, tantôt faite de notes brèves prises sur le vif comme dans un carnet de peintre, tantôt de visions poétiques très denses, creusant au plus profond de la psyché humaine, il aborde des thèmes universels comme l'amour, la mélancolie, l'absence. Touchant les âmes simples comme les érudits, son écriture lumineuse est un rempart contre le désenchantement, mais aussi contre l'irrésistible prolifération d'une "pensée" unique. Il nous parle des voix singulières, des pensées à contre-courant, de visages qui nous rendent vivants, des sourires "ces plus beaux exploits du monde".
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entretien paru dans La Vie du 20 otobre; merci à Jean Lavoué via Annie Bergou
En exergue du nouveau livre de Christian Bobin, Le muguet rouge, ces mots de Nadejda Mandelstam : « Mandelstam racontait qu’ayant entendu pour la première fois le mot « progrès » à l’âge de cinq ans, il avait fondu en larmes, pressentant quelque chose de fâcheux. »
Christian Bobin à son tour dans son livre sonne le tocsin : « Quand en aura-t-on fini avec cette foi stupide en un “Progrès” qui va résoudre les problèmes du “Progrès” ? Comment demander à ce qui nous tue de nous ressusciter ?… L’absence, le vide, le manque, qu’avez-vous fait d’eux ? Ce sont notre seul bien… Est-ce que, par la parole, nous allons enfin ouvrir une fenêtre dans ce monde qui nous étouffe ?… L’âme est une espèce à protéger. »
CHRISTIAN BOBIN
La Vie 20 octobre 2022
« L’âme est une espèce à protéger »
INTERVIEW MARIE CHAUDEY
PHOTO DENIS MEYER / HANS LUCAS
Le poète du Creusot revient avec le Muguet rouge, un recueil plus mordant que jamais sur notre modernité. Et un Quarto Gallimard regroupe 17 œuvres de ce rebelle contemplatif.
Le Muguet rouge, au titre énigmatique, est un petit livre aiguisé comme une lame, qui rentre dans le dur de notre modernité. Le poète en colère y moque les économistes – ces « bouilleurs de chiffres », fustige la folle vitesse qui régit nos vies. Dans le collimateur de Christian Bobin : les écrans qui absorbent notre temps de cerveau disponible, happent nos esprits mais aussi nos cœurs. Les métaphores s’enchaînent – « l’œil du cyclope », « le Gutenberg du diable », « le miroir des aveugles »… Haro sur « les chiens électroniques » qui nous tiennent en laisse au quotidien. L’heure est grave et le poète, plus vigilant que jamais.
LA VIE. Votre recueil porte une férocité nouvelle, pourquoi ?
CHRISTIAN BOBIN. Parce que le temps presse. Les cavaliers de l’Apocalypse sont arrivés à notre seuil, ils attendent que l’on ouvre. Et même à travers le bois de la porte, ils nous regardent… Je souligne que, dans son sens originel, l’apocalypse n’est pas une fin du monde, mais d’abord un dévoilement. Et précisément, c’est celui-ci que nous refusons : nous ne voulons pas voir ce que nous avons fait à cette terre et ce que nous sommes devenus. La situation a été tenable un moment, mais désormais elle se retourne contre nous. Dans la Bible, les quatre cavaliers de l’Apocalypse du texte de Jean (Apocalypse 6) amènent la guerre, les épidémies, le désordre financier et le feu de la nature… N’avons-nous pas chacun de ces maux devant les yeux tous les jours ? Nous en sommes arrivés à un abaissement spirituel, l’âme est devenue une espèce à protéger. Je me suis dit qu’il était peut-être temps, au moins une fois, au moins dans ce recueil, de voir au mieux, et d’aider le lecteur à voir lui aussi. Simplement voir. Loin de moi l’intention de faire un livre de morale – je n’aime pas ça de manière générale : le confort des sièges bien rembourrés pour le bien, et l’inconfort du petit tabouret boiteux pour le mal. Ce recueil n’est pas non plus un condensé d’opinions et de pensées. Je nourris juste l’ambition que le langage, en se densifiant jusqu’à son point de brûlure, ait une chance de réveiller quelque chose chez quelques-uns.
« La mort devenait de plus en plus miniaturisée, des paillettes électroniques dans ses cheveux de cendre » : vous y allez fort !
C.B. Je ne souhaite pas non plus que l’on sorte déprimé de cette lecture. Car la fin du monde, c’est à chaque seconde, depuis que nous sommes nés, depuis toujours pour toute l’humanité. Pour l’homme des cavernes, la fin du monde commence par un grognement qui sourd du noir de la grotte où il a cru trouver refuge. Aujourd’hui, pour nous, la fin du monde est en jeu dans le dialogue des êtres et dans le maintien de l’humain à l’intérieur de l’humain. Elle n’est pas tant dans les machines, même si celles-ci aident beaucoup à notre destruction, mais elle est d’abord dans le face-à-face – comme aurait pu le dire le poète Jean Grosjean : est-ce que toi qui me parles tu es là ? Est-ce que moi qui te réponds je suis là ? Est-ce que, par la parole, nous allons enfin ouvrir une fenêtre dans ce monde qui nous étouffe ? La chance de créer cette brèche est toujours possible, mais il y a urgence. J’ai écrit ce livre en croisant deux sortes de paille : la paille sombre d’aujourd’hui – on nous fait avaler par jour l’équivalent d’un siècle entier de poison et de désastre – et puis la paille toujours existante, parce qu’invincible, de l’invisible : celle de l’amour quand il est à son point d’envol entre deux êtres ou celle d’un poème qui est encore vivant alors qu’il a été écrit il y a quatre siècles – les absents aussi peuvent nous aider. Mais il faut d’abord voir en face le mal qui vient : pour se sauver, on doit reconnaître son étendue.
N’y a-t-il pas deux visages différents de la mort, que vous opposez dans le Muguet rouge ?
C.B. En effet, il y a une mort dont on se remet paradoxalement assez bien, c’est celle qui arrive à chacun de nous par la loi de la nature. Une fleur éclôt sur terre, donne sa lumière, séduit quelques abeilles et, le soir venu, se replie sur elle-même, fane et meurt. Il en va de même pour nous : nous sommes voués à une mort qui n’est pas un abandon de souveraineté mais une métamorphose. C’est une chose qu’il serait folie de vouloir empêcher, comme les apprentis sorciers de la Silicon Valley en ont le sinistre projet. Car la mort est un sacre pour chacun, fut-il le plus pauvre ou le plus mal famé, on est confié à ce moment-là aux bras innombrables de l’invisible. Mais il y a une deuxième sorte de mort, dont il est difficile de sortir une fois qu’on y est entré. Elle est à l’intérieur même de la vie courante et nous est donnée par les injonctions du monde et la nécessité non expliquée de penser et d’agir de plus en plus vite, d’aimer de moins en moins, de vouloir de plus en plus. Cette mort-là, absolument désolante, dont personne ne porte le deuil, j’ai souhaité la montrer au plus près dans le Muguet rouge. C’est une mort sournoise qui commence par vider les yeux, et ensuite le cœur.
Votre ville du Creusot est une cité marquée par l’épopée industrielle : avez-vous ressenti ses méfaits dès votre jeunesse ? Vous mettez un P majuscule ironique au mot progrès…
C.B. Le « Progrès » a pris la place de Dieu. Il y a cette croyance absurde et morbide qu’il suffit de continuer sur sa lancée pour s’en sortir : qu’en élargissant la tache, on va la faire disparaître ! Quand en aura-t-on fini avec cette foi stupide en un « Progrès » qui va résoudre les problèmes du « Progrès » ? Comment peut-on demander à ce qui nous tue de nous ressusciter ? Durant mon enfance, au long des années 1950-1960, l’épopée industrielle et technique commençait déjà à s’essouffler. J’ai senti le poids des choses en train de s’effondrer sur elles-mêmes. C’est en en prenant le contre-pied que j’ai voulu écrire. Ce n’est pas un hasard si j’essaie de faire de l’écriture un rameau aérien, quelque chose de plus léger que la légèreté même. Parce que j’ai baigné dans cette atmosphère d’une cité dite « ouvrière », presque pharaonique à l’époque : je voyais les esclaves égyptiens défiler sur leur vélo pour répondre à l’appel des usines. Ils avaient une fierté – que je comprends d’ailleurs, parce qu’on leur donnait encore à l’époque une reconnaissance pour ce travail. Et en échange, on leur offrait une protection – tout cela a disparu très vite. J’ai connu cet univers par sa surface très pesante et par son dogme du travail – un monde qui nous empêche d’être… C’est parce que j’aime les gens que je n’aime pas le monde. J’ai connu la puissance financière, orgueilleuse, matérielle et tellurique du monde. Elle a ses beautés, comme un volcan a ses éclats. Mais il m’a paru nécessaire de sortir très vite de là pour rencontrer quelqu’un, pour avoir la chance de donner leur vie pleine aux chansons d’amour du XVIe siècle. Et je peux témoigner qu’elles sont vraies, dans une amitié profonde entre deux personnes, dans un lien qui n’est plus d’avidité ni d’emprise, mais de respiration commune, enjouée et élargie.
« L’absence, le vide, le manque, qu’avez-vous fait d’eux ? Ce sont notre seul bien », affirmez-vous…
C.B. Ces choses-là sont la source de la beauté. C’est de nos nuits de désespoir que va fleurir une glycine qui se penche par-dessus un mur. C’est de nos déchirures, de nos doutes et de nos manques que naissent des palais dans les cieux et toutes sortes de printemps imaginables. Si nous nous coupons de ces racines profondes, alors nous nous coupons des fleurs et des fruits qui viennent après et naissent d’elles. Il y a un lien entre la plénitude et le manque, entre le visible et l’invisible. Je n’écris pas pour réparer, je n’ai pas cette prétention-là, mais pour faire se rejoindre ce qui a été disjoint par notre inattention, notre paresse, et par la violente modernité. J’écris pour qu’on puisse à nouveau ressentir le frôlement de l’invisible dans le visible, ici-bas. Je ne dis pas qu’il y a un autre monde, je n’en sais rien, bien que j’en aie souvent le soupçon. Mais je dis qu’à l’intérieur de notre monde terrestre, il y a des choses à la fois faibles et immortelles, très précieuses, qui nous mettent leur main sur l’épaule et nous demandent de faire attention à nous. J’écris en espérant faire entendre cette parole que nous massacrons avec nos bruits, notre avidité et notre insensibilité grandissante.
Votre recueil ouvre sur ces mots : « Mon père mort me montre deux brins de muguet rouge. » Pourquoi cette couleur ?
C.B. Je ne suis pas l’auteur de l’expression, c’est bien mon père disparu qui m’a nommé cette merveille dans un rêve que j’ai fait. Tout vient d’une parole, comme une étoile descendue dans le puits du sommeil et qui m’a donné ce cadeau incroyable du livre entier, en fait. Car mon père m’invite ensuite à chercher ceux qui cultivent le muguet rouge : ils sont de sa famille et il me pousse à les reconnaître. Une fois éveillé et me mettant à écrire, le muguet rouge m’est apparu comme un paradoxe vivant. Dans l’imaginaire, le muguet est nécessairement vert et blanc. Mais qu’est-ce qui existe et qui n’existe pas ? C’est Dieu, c’est l’amour et c’est le muguet rouge… C’est une grande vertu tantôt de ne pas être là, et tantôt d’être là, cela permet d’échapper à toute incarcération dans un dogme, dans une définition et un confort. J’ai reconnu que ceux qui étaient porteurs du muguet rouge, ce rouge battant du cœur, sont pour la plupart des inconnus qui aident à maintenir le monde à flot, à ne pas avoir le souffle complètement brisé, et peut-être même à commencer un début de réenchantement. La confrérie du muguet rouge est une sorte de compagnie secrète…
… qui seconde le poète ?
C.B. Si le poète a un rôle, c’est de rehausser le langage à son point d’incandescence. C’est par les yeux du langage que nous voyons. S’ils se sont fermés à force de publicité et d’abrutissement, qu’au moins quelqu’un ici ou là redonne à ce langage sa splendeur native, et nous remette au premier matin du monde, qui peut toujours venir. La fin du monde est juste à côté du premier matin du monde. Ce n’est pas si compliqué de tenter un pas de côté : il peut être fait à tout moment, même aujourd’hui alors que nous commençons à payer le prix fort. Comment ne pas voir le paradis à côté de l’enfer ? Mais désormais, l’enfer est tellement ronronnant que nous perdons même de vue son voisin. Au fond, sans lâcher une seconde un instinct contemplatif, c’est pour donner à la douceur réelle des choses sa vraie lumière qu’il m’a fallu éclairer aussi la face sombre du monde. Mais les choses d’esprit sont vivantes à jamais et pour toujours. Le sourire de mon père, qui a déjà eu lieu il y a plus de 20 ans, hante mes livres. Les vrais instants ne sont jamais pris par le temps, car ils étaient déjà saisis par l’éternel. Écrire, c’est travailler du côté de l’éternel, je suis un petit soldat au service de l’invisible, un simple maquisard.
À vos yeux, « cimetières et librairies sont les derniers endroits civilisés ». Pour quelles raisons ?
C.B. Pour une revue de bibliophiles, j’ai écrit un jour un petit texte que je n’ai d’ailleurs pas retrouvé. J’ai inventé un gardien de cimetière, qui, un peu lassé par la monotonie de son métier, inscrivait sur les tombes des gens des titres de livre s’accordant à leur personnalité et leur vie passée. J’ai ainsi rassemblé les deux sujets qui m’importent : les livres et les disparus. Les vies sont comme des livres, et les livres sont comme des vies, les deux sont vivants… Les deux sont inséparables. Il faut que dans la vie tout soit vivant, qu’entre nous tout soit vivant. Il faut que chaque phrase d’un livre soit bondissante comme un enfant qui va au réveil déranger le sommeil de ses parents. Et c’est ainsi que l’humanité peut s’en sortir…
une prière au Beausset-Vieux
interview pour Le Monde des religions, en 2007, republié par Le Monde, ce 25 novembre 2022
Vous êtes un écrivain célèbre mais rare, volontairement très discret dans les médias. D’où vient votre désir de retrait ?
Comme souvent dans cette vie, les choses sont mélangées : il y a, dans ce que vous appelez joliment mon retrait, une part de caractère, une sorte de pudeur, et la crainte que la parole, en s’exposant trop souvent en plein jour, perde de sa vitalité. Rien n’est plus éblouissant que des traces de pattes de moineau dans la neige : elles permettent de voir l’oiseau tout entier. Mais pour ça, il faut la neige. L’équivalent de la neige dans une vie humaine, c’est un silence, une discrétion, cette distance qui permet le vrai lien.
Mon retrait n’est pas une misanthropie, c’est ce qui me donne un lien plus sûr au monde. En écrivant, je me sens comme un enfant qui, laissé dans sa chambre, se met à parler seul, un peu plus fort qu’il n’est raisonnable, pour être entendu de la salle à côté où se trouvent peut-être les parents ou les gens.
Cette image vous ramène à votre propre enfance. La solitude du petit garçon que vous étiez vous a-t-elle jamais quitté ?
J’ai une sensation enfantine de la vie qui perdure : je suis attiré depuis toujours par ce qui est apparemment inutile, faible, laissé dans les ornières pendant que passe le grand carrosse du monde. Un enfant est rarement curieux de ce qui préoccupe les adultes. Il va exercer son attention sur ce qui leur échappe ou ce qui, de peu de poids, lui ressemble.
Par exemple, je peux faire une danse de derviche tourneur autour d’un pissenlit toute une après-midi pour arriver au texte qui me convient, qui exaucera ce pissenlit et en fera ce que je l’ai vu être, c’est-à-dire un soleil descendu près de nous.
Ces états vous sont-ils donnés par la contemplation de la beauté ou bien par une méditation ?
Je suis incapable de séparer la pensée de la beauté. Elles ont pour racine commune le réel. Les petits astres que forment les pissenlits au mois de juin sont beaucoup plus réels et éclairants que toutes les lampes de nos savoirs.
« La grâce, c’est regarder Dieu se tenir sur la pointe d’une aiguille, fugace, infime »
Ce que je recherche, et que j’ai du mal à nommer, ne se trouve pas dans les endormissements théoriques, pas plus que dans les agacements de l’économie ou le bruit machinal du monde. Cette chose me concerne personnellement et, je crois, concerne chacun de nous. J’essaie de faire des petites maisons de livres assez propres pour que l’invisible qui me semble donner le sens de toute vie y entre, et s’y trouve accueilli.
Cet invisible a-t-il rapport au divin ? Au moins, lui donnez-vous un nom ?
Paradoxalement, cet invisible n’est fait que des choses visibles. Mais délivrées de nos avidités, de nos volontés et de nos soucis. Ce sont ces choses familières qu’on laisse simplement être et venir à nous. Dans ce sens, je ne sais pas de livre plus réaliste que les Évangiles. Ce livre est comme du pain sur la table : le quotidien est le foncier de toute poésie.
Leur message a-t-il une résonance particulière dans vos livres ?
La lumière la plus profonde, je l’ai tirée d’un auteur que j’estime plus que tout, Jean Grosjean, et en particulier de son livre L’Ironie christique, qui est une lecture d’abeille de l’Évangile de Jean : c’est un livre majeur du XXe siècle. L’auteur fait son miel de chaque parole du Christ, il entre dans chacune d’elles comme une abeille s’engouffre dans chaque fleur d’un rosier, pour en surprendre toute la pensée.
À la fin de l’Évangile, il est dit qu’« il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; si on les écrivait une à une, le monde lui-même, je crois, ne saurait contenir les livres qu’on en écrirait ». J’ai pris cette parole à la lettre : j’essaie d’avoir le souci du présent, de qui me parle ou de ce qui se tait devant moi ; je cherche dans le plus tremblé du présent ce qui ne glissera pas comme tout le reste dans les ténèbres. Le ciel est ce qui s’éclaire dans le face-à-face. Le fond de la vie, et c’est le fond même des Évangiles, c’est que tout ce qui compte se passe toujours entre deux personnes.
Dans l’enfance ou à l’âge adulte, avez-vous connu des moments d’illumination, des expériences d’ordre mystique ?
Ce n’est pas vraiment une illumination mais un sentiment plus souterrain, diffus, que je pouvais parfois croire être perdu et qui revenait toujours : la sensation d’une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien. Cette sensation n’a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues, les lassitudes et même les désespérances. Je tourne autour d’un mot : la bonté. C’est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal.
Qu’avez-vous traversé qui vous a le plus profondément heurté dans votre vie ?
Incontestablement, la perte d’êtres chers. On s’aperçoit qu’on devient désert quand quelqu’un que l’on aime meurt. Qu’on n’a pas d’autre sens que d’être habité par des gens dont la présence nous réjouit ou dont le seul nom nous éclaire. Et quand ces présences s’éteignent, que les noms s’effacent, il y a un moment étrange et pénible où l’on devient à soi-même comme une maison vidée de ses habitants. On n’est propriétaire de rien au bout du compte.
L’épreuve du deuil se traverse. Elle est une épreuve de pensée vécue à son maximum. En refoulant ces choses qui arriveront forcément, on enlève le terreau de la pensée la plus profonde. On risque de se vouer à l’irréel qui me semble être le plus dangereux dans ce monde.
C’est-à-dire ?
L’irréel, c’est la perte du sens humain, c’est-à-dire la perte de ce qui est fragile, lent, incertain. L’irréel, c’est quand tout est très facile, qu’il n’y a plus de mort et que tout est lisse. Contrairement aux progrès techniques, les progrès spirituels sont équivalents à un accroissement des difficultés : plus il y a d’épreuves, plus vous vous rapprochez d’une porte paradisiaque. Alors que l’irréel vous décharge de tout, y compris de vous-même : tout circule merveilleusement, mais il n’y a plus personne.
N’est-on pas aussi dans l’irréel en étant trop religieux, en vivant par exemple dans l’évidence qu’il y a une vie après la mort ou que Dieu est bon ?
On peut faire avec Dieu ce que les enfants font avec un arbre, c’est-à-dire se cacher derrière. Par peur de la vie. Les pièges dans cette vie sont innombrables, comme penser qu’on est du bon côté, qu’on a vu et recensé tous les pièges, ou qu’on sait ce qu’il en est une bonne fois pour toutes du visible et de l’invisible. Ça ne marche pas comme ça.
« Les religions sont analphabètes de leurs propres écritures »
Les religions sont lourdes. Elles reposent sur des textes qui sont des merveilles. Mais elles sont d’abord les analphabètes de leurs propres écritures. Elles n’oublient jamais leur puissance. Elles veulent détourner à leur profit le cours ruisselant de la vie. Au fond, il faudrait débarrasser Dieu de Dieu. On pourrait parler d’un Dieu athée de ses propres religions.
Vous parliez tout à l’heure des « endormissements théoriques ». La connaissance est-elle une barrière à un chemin spirituel ?
C’est difficile de répondre. Kierkegaard parlait de communication directe et communication indirecte. Pour le dire simplement, la communication directe, c’est quand vous transmettez un savoir : vous le donnez comme vous donnez un objet. La communication indirecte, d’après lui, est la seule qui convienne aux choses de l’esprit : il ne faut rien donner directement. La vérité n’est pas un objet mais un lien entre deux personnes.
C’est pourquoi le Christ parle en parabole et rarement tout droit. Sa parole est chargée d’images, avec ce qu’il faut d’énigme pour que le chemin se fasse dans la tête de son interlocuteur, pour que cet interlocuteur accomplisse son propre travail mental. C’est l’origine de toute poésie vraie : il faut que quelque chose manque pour espérer goûter à un peu de plénitude. Le problème avec ce qu’on appelle le savoir, c’est que tout est fait, cuit et même mâché.
« Je suis né dans un monde qui commençait à ne plus vouloir entendre parler de la mort et qui est aujourd’hui parvenu à ses fins, sans comprendre qu’il s’est du coup condamné à ne plus entendre parler de la grâce. » C’est une phrase tirée du recueil La Présence pure, publié en 1999. Comment prolongeriez-vous aujourd’hui cette réflexion ?
Pardonnez-moi d’être banal, mais on n’a jamais plus conscience de la vie que lorsqu’on sait qu’à chaque seconde elle peut vaciller et tomber en poussière. La mort est une excellente compagne, très fertile pour la pensée de la vie. Si on expulse l’une, on condamne l’autre à s’épuiser dans le bagne d’une distraction perpétuelle.
La claire conscience de la vie, amenée par la calme pensée de sa fragilité, est la grâce même. La grâce, c’est regarder Dieu se tenir sur la pointe d’une aiguille : quelque chose de fugace, d’infime, qui ne demande surtout pas à être retenu, et qui coïncide avec l’incorruptible joie d’être vivant. Emily Dickinson écrit dans l’une de ses lettres : « Le simple fait de vivre est pour moi une extase. »
Sur la mort, avez-vous une espérance, une intime conviction ?
J’éprouve que le meilleur de nous, quand nous réussissons à le faire vivre, ne sera pas bruni, emporté par la mort. Je ne peux guère dire plus. Ou plutôt si : les nouveau-nés, je l’ai souvent écrit, sont mes maîtres à penser. Le bébé à plat dans son berceau, avec le ciel étonné de nos yeux qui lui tombe dessus, est la figure même de la résurrection. C’est beau, le front dénudé des nouveau-nés. C’est la confiance qui remplace le crâne. La confiance est le berceau de la vie.
Cet entretien a initialement été publié dans « Le Monde des Religions » n° 25,
septembre/octobre 2007.
Frédéric Lenoir et Karine Papillaud.
Christian Bobin et Pierre Soulages / Pierre Soulages est mort dans la nuit du 25 au 26 octobre, à 102 ans, à Nîmes il vivait en haut du mont Saint-Clair à Sète Pierre Soulages était né le 24 décembre 1919 à Rodez dans une famille d’artisans Christian Bobin lui avait rendu visite, une visite surprise le 24 décembre 2018 il en a fait le récit dans Pierre, avec virgule / Christian Bobin s'en est allé, moins d'un mois après Pierre, avec 31 ans de moins de vie / texte sur prier de Christian Bobin qu'on peut lire entre l'entrée de la chapelle et l'escalier menant aux ex-voto, sanctuaire Notre-Dame de Beausset Vieux Var
Pierre, de Christian Bobin, je l'ai lu entre le 23 et le 24 décembre 2019, un an après le « voyage » de Christian Bobin, du Creusot à Sète, le 24 décembre 2018, voyage de nuit, pour apporter deux exemplaires de La nuit du cœur (consacré à l'abbatiale de Conques) à Pierre Soulages et à Colette.
Ce 24 décembre 2019, Pierre Soulages a eu 100 ans. En 2018, Bobin « improvisa » ce voyage, apparemment sans prévenir Soulages, impulsion venue du cœur, pour offrir deux exemplaires de ce livre consacré à l'abbatiale et aux vitraux.
Voyage effectif ou songe d'une nuit d'hiver, voilà un voyage signé si je puis dire, chargé de signes. Un 24 décembre, pour un anniversaire, vers les outrenoirs de Soulages, l'homme de la lumière par le noir, dans le noir, sur le noir, sous le noir. Dans un train presque sans voyageurs, dans la nuit noire. Avec les bruits à l'intérieur du train et le bruit solidien des roues sur les joints des rails, ta dak, ta dak, métronome mesurant le temps et l'espace. Avec un taxi pris à la sortie de la gare vers 22 H 30 pour monter l'auteur de cette unique escapade, de cette escapade unique vers l'impasse du Mont Saint-Clair où s'est retiré le peintre ; « ah ! vous allez voir le peintre ». Avec l'attente patiente devant la porte fermée, le domestique Mohammed étant allé prévenir ses maîtres.
Ce voyage initié par un mouvement du cœur, par l'amour, chargé de signes a-t-il confirmé ces signes venus du noir lumineux du poète de l'obscur et de la merveille ou a-t-il été aussi fournisseur de la quête de l'auteur de la part manquante, le surgissement d'une présence, surgissement inattendu, imprévu, non voulu, non préalablement désiré, défini.
Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point. Christian Bobin est l'auteur prolixe de la mise en déroute des certitudes, des raisons, l'auteur prolixe de la dissolution du réel auquel on s'accroche ; il est l'auteur prolixe de la nécessité de l'attente, de la patience, du silence, du vide en quelque sorte d'où va surgir peut-être la présence pure engendrant l'enchantement simple. Pas de projet, pas de cheminement vers un éveil spirituel, une pleine conscience, une volonté de puissance du genre le monde est le produit de ma conscience. Ce n'est pas lui qui va vers la présence, c'est la présence qui vient à lui, s'offre à lui dans la mesure où il est disponible, ouvert sur l'Ouvert.
Comme il s'agit d'expériences intimes d'accès à des outre-mondes quasi-indicibles, il me semble qu'en aucun cas, Christian Bobin peut être un guide spirituel, un transmetteur, un passeur.
Le bon usage de Christian Bobin est d'après moi de deux sortes : savourer les bonheurs d'écriture, fulgurances, éclairs ramenés de l'au-delà et oser sa propre aventure du sur-place, de l'immobilité ; devenir l'araignée dont la toile est tissée par des fils venus d'ailleurs ou du bon usage des signes venus d'ailleurs.
en chemin une fontaine-source sur la route de Léca à Corsavy, comme un autel naturel, comme un temple naturel, lieu à contempler, source pour se désaltérer sachant que toute contemplation ne ...
J'avais été alerté de l'existence de Christian Bobin par André Comte-Sponville (sans doute dans le Traité du désespoir et de la béatitude).
(Je tiens Christian Bobin pour le plus grand écrivain de sa génération, qui est aussi la mienne. Le plus doué, le plus original, le plus libre – à l’écart des modes, à l’écart de tout –, mais aussi le plus émouvant, le plus juste (au double sens de la justesse et de la justice : comme on chante juste, comme on juge juste), l’un des rares qui nous aident à vivre, qui nous éclairent, qui nous élèvent, et parmi ceux-là sans doute le plus purement poète – c’est pourquoi il réussit moins dans les romans –, mais aussi le plus fraternel, le plus simple, le plus léger, au bon sens du terme (« sans rien qui pèse ou qui pose », dirait Verlaine), enfin le seul, je crois bien, qui m’importe absolument.
Je ne dis pas cela parce que je suis son ami. C’est l’inverse qui s’est passé : je suis devenu son ami, lentement, progressivement, et ce n’est pas fini, parce que je le tenais, en France, pour le plus grand écrivain de notre génération, et qu’il m’importait de le connaître aussi de l’autre côté, je veux dire là où les livres ne vont pas, et d’où ils viennent. Je l’ai découvert par hasard. Une amie libraire m’avait offert un de ses livres, il y a une dizaine d’années, quand il était inconnu, et je sus alors, le lisant (c’était Le Huitième Jour de la semaine), ce que c’est qu’un chef-d’œuvre : un livre qui suffit à justifier qu’on ait vécu jusque-là, pour l’attendre, pour le découvrir, et cela valait la peine, oui, ou plutôt cela valait le plaisir, le bouleversant plaisir d’admirer – enfin ! – un contemporain.
Il ne ressemble pas à ses livres. Il est plus gai qu’eux, plus physique, plus charnel. Il aime manger et boire, fumer et rire… On aimerait parfois que ses livres lui ressemblent davantage. Il m’arrive de les trouver trop beaux, trop lumineux, trop purs. Un peu d’angélisme le menace parfois. Mais quelle vérité, le plus souvent, quelle profondeur, quelle force ! Il écrit au plus près du silence, au plus près de la solitude, au plus près de la mort, et c’est ce qui le fait tellement vivant, tellement bouleversant de grâce et de fragilité.
Il m’a fait un cadeau, un jour, sans le vouloir, et dans cet entretien même que reprend Psychologies : il a prêté à Eluard le titre d’un de mes livres – L’Amour la solitude –, et cela, quand je le lui signalai, nous fit rire tous les deux. Il est vrai que j’avais moi-même emprunté la moitié de mon titre à un recueil d’Eluard – L’Amour la poésie –, et que sa confusion, qui me flatte, n’en est ainsi une qu’à demi… Cela m’éclaire en retour : j’aime Bobin comme j’aime Eluard, pour cette clarté fraternelle, comme un sourire qui ne ment pas.)
3 petits livres et puis s'en vont L'autre visage Le huitième jour de la semaine L'enchantement simple Christian Bobin chez Lettres vives 3 petits livres, petit format, qu'il m'a fallu découper ca...
AUDIO * 9/11 : Christian Bobin lit "La Parole sale" et "La Part manquante". La Nuit rêvée d'Ernest Pignon-Ernest est une série inédite proposée par France Culture. Écoutez gratuitement en lig...
« Je voudrais vous parler de celle dont tout le monde parle et qui échappe à tout le monde. Je voudrais vous parler de Marilyn. Sa folie a régné sur le monde et c’était un règne sans mauvaiseté. Mais de folie quand même. Elle est une preuve de Dieu. N’importe qui et n’importe quoi est une preuve de Dieu sur terre. La preuve — Marilyn a quelque chose de déchirant. Elle est perdue, mais ni plus ni moins que vous ou moi, n’est-ce pas, une fois que nous avons enlevé le maquillage de nos conforts, de nos savoirs et de nos croyances. (…) Marilyn suivait l’étoile désorientée de sa folie. Son visage constamment épousseté par les lumières des photographes est celui d’une poupée papillonnant des yeux et de l’âme, souriant à ses assassins. La folie est un mécanisme d’horlogerie très fin. On n’en voit les rouages que lorsqu’il se brise. Marilyn sait que l’humanité a faim, plus encore que de pain ou de sexe, d’une vraie gaité, d’une gaité profonde accordée au secret des fleurs, du ciel, des anges. Nous recherchons le paradis. Nous ne sommes jamais très loin de lui. La gaité — la pure, pas la marchande : comment vivre une seconde sans elle, sans son secours, sans au moins sa nostalgie ? Les saintes du cinéma brûlent dans le noir. Leurs chevelures luisent comme des méduses. Rien ne s’éteint plus vite que l’incendie de l’irréel. Marilyn tendait une gaité volatile sur la petite assiette de son visage. Mangez-moi. Ceci est ma folie, ceci est ma perte. Je suis des vôtres. Simplement j’ai dans les paillettes de mes yeux et sur la charité de mes lèvres les stigmates du paradis, l’ombre portée de la lumière éternelle. Elle affolait les hommes, mais aussi bien les femmes ou le soleil. Sa fragilité était invulnérable. Elle n’arrêtait pas de souffrir et de sourire. Ces deux passions n’en faisaient qu’une. (…)
Qu’elle dorme en paix, la martyre du sourire. Qu’elle soit remerciée de son dévouement de folle. Comme Einstein a donné son nom à la loi de relativité, que je suis heureux de ne pas comprendre, Marilyn a donné le sien à la loi inexorable de la chute des cœurs. »
Christian Bobin, La grande vie, Gallimard, 2014, pp. 95-98
Photo de Milton Greene, pendant la séance « Ballerina setting », 1954
via Thierry Di Manno sur la page FB Christian Bobin
tout est là, l'eau, les plantes (fraisiers, mousses, lichens, fougères à se rouler par terre), le chant, les abeilles, le présent, la présence, la seconde et l'éternité, l'absence même; un moment de contemplation au-dessus de La Preste, face à une ruine, face à des vies disparues, à une nature toujours là
Christian Bobin
La merveille et l'obscur
suivi de
La parole vive
entretiens 1990-1994
La passe du vent
imprimé par Horizon à Gémenos
85 pages d'entretiens, 4 entretiens, le 1°, le plus long avec Charles Juliet, le 4°, La parole vive, avec deux collaborateurs de la revue Esprit.
Ces entretiens éclairent d'une part les thèmes récurrents des livres de Christian Bobin, la solitude, l'enfance, l'amour et d'autre part la manière d'écrire du poète.
Il y a du paradoxe chez Christian Bobin. Il affirme que peu de paroles vraies s'échangent chaque jour, il dénonce les paroles mortes chez la plupart des gens, paroles empruntées, véhiculées, fabriquées, paroles des professeurs, des dogmatiques, des fonctionnaires de la langue. Il devrait être peu prolixe de paroles vraies, vives, opter pour le silence, la souveraineté du vide or il a écrit une soixantaine de livres, jamais épais il est vrai et si on parcourt internet, on trouve entre 600 et 800 citations de Bobin.
Voilà un poète riche de bonheurs d'écritures. À chacun, en lisant, de goûter « ses » bonheurs, ceux qu'il trouve, ceux sur lesquels il s'attarde, quittant la page pour aller vagabonder dans la réalité, celle qui l'entoure et qui soudain retrouve éclat, vivacité, simplicité. Lire Bobin, c'est avoir comme dit le poète Lorand Gaspar, le regard soudain lavé. Ce n'est plus seulement voir, voir vraiment, c'est recevoir, être traversé par la richesse infinie de la vie simple, de la vie faible comme il dit quelque part, la vie faible, la vie merveilleusement perdue à chaque seconde qui va. Tout le mal dans cette vie provient d'un défaut d'attention à ce qu'elle a de faible, d'éphémère. (L'inespérée, p.130)
On voit bien en quoi, une telle formule ne demande qu'à sortir de sa page d'encre pour que nous en fassions l'expérience concrète, perdre la seconde qui va, sans projet, sans regret, sans jugement, sans culpabilité, comme un chat qui a tant à nous apprendre, en toute fraîcheur, innocence, pureté, naïveté, comme un idiot, un ravi émerveillé par tout ce qu'il voit, entend, sent, goûte, touche.
Un moment : une amie me rend visite à Corsavy, je la promène en voiture et l'arrête à une fontaine, une source qui coule faiblement mais coule, s'écoule, doux bruit d'eau et une éclaboussure de verts, fraisiers, fougères petites, mousses, lichens. Photographe ou peintre en saisirait peut-être l'éternité, en tout cas, elle est manifeste, il n'y a qu'à se laisser traverser, prendre son temps, laisser le temps s'écouler comme l'eau, se laver de toute précipitation, de toute impatience, de toute attente, rien ne presse, être présent à ces présences et remercier, dire merci, à voix haute, en chantant puisqu'on est enchanté. Il me semble qu'il dit à un moment que les pouvoirs (dont le plus pesant, le pouvoir économique) ne peuvent rien contre le chant, contre la parole enchantée, enchanteresse. Aujourd'hui encore on retrouve une telle tension entre les deux inconciliables, l'or et le chant, l'utile et l'inutile. Entre ces deux langues, pas de compromis, une lutte à mort. Soit l'argent, soit le chant. Soit le monde, soit l'amour. On ne peut servir les deux à la fois. C'est ce que j'aime chez les troubadours, c'est ce que j'aime dans toute vraie écriture, une force d'insurrection, une source de vie immense, un goût indéracinable de l'éternel. (p.31)
Il y a quelque chose comme ça qui s'est inventé, qui s'invente et s'inventera chez certains groupes de Gilets Jaunes qui ont le sens de la vie, de sa beauté, sa fraternité et un beau goût pour l'humour.
Autre moment : rite d'une jeune femme, longtemps mariée, séparée depuis un an, avant de se coucher ; elle monte l'escalier menant à sa chambre ; à chaque marche, enlève un vêtement, le jette par dessus l'épaule, entre nue dans la chambre, se met nue au lit et éclate de rire. Se défaire de tous vêtements, de tous masques. Tout est là : l'ascension – vers un repos. Le rire – dans le dépouillement. L'abondance – dans la solitude.
On voit bien comment de tels rites, renouvelés, improvisés peuvent nous rendre bienheureux c'est-à-dire nous couler dans la « sainteté » de la vie.
Jadis, j'avais 24-25 ans, j'avais imaginé toutes sortes de jeux pour poétiser la vie, le cahier existe toujours, le programme s'appelait : pour une réduction des horaires de banalité, pour une augmentation raisonnée des horaires de folie douce. C'était juste et prétentieux : il n'y a pas à poétiser la vie quotidienne, elle est poésie permanente, elle est miracle en toute manifestation et n'a pas besoin de poète déclaré ni de programme ostentatoire.
Poète je suis l’homme qu’il vous faut
mon programme réclame pour chacun
la libre disposition des choses
la possibilité de jouir de leur séduction
de se méfier de leur érosion
la libre disposition de soi-même
la possibilité de développer son étrangeté légitime
d’aller jusqu’au bout de ses pentes quotidiennes
d’être aussi fou que son voisin
et plus fou que le divin dont la soif de création s’est arreêée à l’incréé
mon programme réclame pour chacun
une réduction des horaires de banalité
une augmentation raisonnée des horaires de folie douce
(La parole éprouvée,2° partie, 8° mouvement, Ouvrir, Mésallier les mots, p. 138)
Autre moment : le soir avant le coucher, rite des lectures à voix haute ; je lis des passages du Très-Bas à Rosalie qui me lit des chapitres de Dis au revoir à ton poisson rouge. Hier soir, elle perd une dent de lait, – la petite souris va-t-elle passer ? Qu'est-ce qu'elle fait la petite souris ? – Elle emporte la dent et laisse à la place, un peu d'argent et des douceurs. Je lui lis le passage sur la différence entre les enfants du 20° siècle et les enfants du 13° siècle, p. 33-34. Petits enfants du 20° siècle (on est déjà au 22° siècle, l'effondrement a eu lieu), vos parents sont fatigués. Ils ne croient plus en rien. Ils vous demandent de les porter sur vos épaules, de leur donner cœur et force. Petits enfants des temps modernes, vous êtes des rois dans un désert. Petits enfants du 13° siècle, on vous accorde peu d'importance.
Puis je lui demande de me parler de son doudou. – Il est important pour toi ? – Oui, pour la nuit. – Qu'est-ce qu'il fait la nuit ? – Il me protège. – Ah bon ! – Oui, la nuit, je n'y suis pas. Lui, il est là. Pendant que je dors, il est là, il me protège. – De quoi ? – Ça, je ne sais pas puisque je dors. (Il y aura sans doute une suite)
Bobin parle très bien de l'enfance et de Hélène, une fillette dont il s'est occupé par intermittences, de quelques mois à deux ans puis jusqu'à huit ans. Hélène qui ne ressemble ni à sa mère, ni à son père, ressemblances les plus pauvres qui soient, Hélène qui ressemble à la vie, qui ne ressemble à rien, qui ne ressemble à personne. Elle m'a appris à trouver le centre de l'écriture, le monde tel qu'il est, tel qu'il court, dans la voix d'une enfant. Un beau livre, un livre nourricier, c'est un livre d'où l'auteur a su s'enlever complètement. Vous l'ouvrez, vous lisez. Il n'y a que vous là-dedans. C'est vous qui avez écrit ces mots-là.
Autre moment. À Rosalie – pourquoi ne m'aides-tu pas ? – tu as deux pieds, deux mains, tu peux te lever – mais je fais beaucoup, les repas c'est moi, la vaisselle, c'est toi – oui mais mon autre moi – quoi, qu'as-tu dis ? – rien laisse tomber – t'as parlé de ton autre moi, c'est qui lui – laisse tomber, je te dis... elle finit par me parler de tous "ses" moi, une ribambelle, l'imaginaire investissant toujours la réalité.
J'ai une amie, une femme qui aime la vie simple, faible, qui chaque jour ramène un bouquet de photos du quotidien qu'elle partage sur sa page FB, coup d'oeil, moment juste, humour, c'est chaque jour, une leçon qui s'offre, voilà ce que je vous rapporte de mon amour de la vie, laquelle ne peut se vivre qu'en la sachant mortelle. Merci Annie Bergougnous pour le bien, le beau que vous savez saisir, que vous savez partager. Vous faites du bien à qui veut.
On comparera avec le chemin de méditation du père Séraphim, méditer comme une montagne, comme un coquelicot, comme un océan, comme une tourterlle...
une femme, une amie, Annie Bergougnous, aime la vie simple, faible, et chaque jour elle ramène un bouquet de photos du quotidien qu'elle partage sur sa page FB, coup d'oeil, moment juste, humour, c'est chaque jour, une leçon qui s'offre, voilà ce que je vous rapporte de mon amour de la vie, laquelle ne peut se vivre qu'en la sachant mortelle. Merci A. B. pour le bien, le beau que vous savez saisir, que vous savez partager. Vous faites du bien à qui veut.
Voici la publication du dimanche, jour dédié aux poètes contemporains : L'émission " For intérieur ", par Olivier Germain-Thomas, diffusée le 31 mars 2002 sur France Culture. Mise en ligne pa...
- Beaucoup d’écrivains parlent des enfants de manière mièvre, alors comment en parler de manière haute, comme vous le faîtes vous-même, comme des métaphysiciens, des gens qui vous guident, qui vous éveillent, qui vous montrent une part de la réalité que vous ne voyez pas, sans du tout tomber dans le « Qu’il est mignon ce petit » ?
- Ah, bien oui, si on m’accorde qu’un nouveau-né, ou qu’un bébé est un métaphysicien, c’est à dire un grand sage, un sage tout proche du Dieu, si on m’accorde qu’un bébé est sage, on va pas dire « Oh ! Qu’il est mignon ce sage, oh ! Qu’il fait la risette, peut-être que certaines mères ont reconnu la grandeur de leur enfant, peut-être pas toutes, je le déplore, et que cette grandeur les dépassait de toutes parts, et qu’elle était bien autrement large que ce que pouvait en contenir un couffin, et une petite joliesse de dentelle et une boite à musique, quand certaines mères ont découvert ça, en tout cas, quand j’ai découvert ça, que les bébés étaient très proches de la sagesse la plus pointue, de la plus rude aussi, car je ne connais pas de regards plus dangereux à croiser que celui d’un nouveau-né, parce qu’il ne s’ennuie pas lui, il ignore toute convention, il vous fixe dans les yeux, ça ne se fait pas de regarder les gens dans les yeux très longuement, c’est dommage que ça ne se fasse pas, mais lui ça ne le gêne pas, il vous envisage comme un mystère, il a raison, vous êtes un vrai mystère, il a raison, on a tendance à l’oublier, bien avant d’être ceci ou cela, bien avant même d’être écrivain, on est un mystère, et le nouveau-né le sait d’instinct, peut-être parce qu’il s’éprouve lui-même comme un mystère, et bien quand vous avez cette gravité, cette beauté, c’est toute la grâce des anges, mais alors des anges dont leurs ailes sont en acier, quand vous voyez cette grâce dans les yeux des nouveaux-nés, vous êtes confondus comme devant la plus grande et la plus rude pensée, vous avez-là un mystère qui vous interroge et qui ne se contentera d’aucune réponse.
- Il n’y a pas un risque de projection ? De projeter son désir de réponse à travers justement celui qui ne peut pas répondre ?
- Je ne crois pas, parce que les nouveaux-nés ont cette qualité-là, mais les agonisants l’ont aussi, et les vieillards parfois, peuvent l’avoir, et ceux qui aiment, quand ils aiment d’un amour pur, très réel et très pur, ils ont aussi dans leur présence ce coté diamantaire, ce coté aiguisé, aigu, comme ça, donc je ne pense pas céder à une empathie ou à une projection, toute simple, et toute pauvre.
la parole éprouvée (déjà 20 ans et plein de rides) / et ton livre d'éternité ? (encore tout frais sorti des très-fonds pour vivre ici-haut)
- Parce qu’il y a une époque, dans vos livres étaient présents des enfants, dont une petite fille d’une de vos amies, on l’a vu grandir, etc, qui avait quand même le langage, des réactions, des pirouettes, donc avec maintenant avec le nouveau-né, on se rapproche vers le centre, vers le plus incandescent, là on est sans parole, sans gestes, sans charme, alors je veux dire, sans séduction de sa part, lui il est là, brut, entier, mais proche de la source, parce qu’il en vient.
- Il en vient et il est encore trempé de…, au fond, le monde est à l’inverse de ce qu’il prétend être, il dit « regardez, je suis la lumière, regardez, je vais vous mettre plein de publicité, plein de bruits très attrayants, regardez, je vais vous mettre plein de couleurs, vous allez vous régaler, et puis, il y a un problème » nous dit le monde, "c’est qu’il y a la mort, on ne sait pas d’où l’on vient, de toute façon, il n’y a pas de réponse, c’est la nuit partout, c’est tout noir, c’est du néant, mais avec moi », dit le monde « qu’est ce que vous allez vous amuser ! Ça je vous promets, c’est lumière sur lumière ! ». On est bordé de nuit, mais à l’intérieur du monde, c’est la lumière, moi, je dis, c’est l’inverse, c’est l’inverse, c’est à dire que les nouveau-nés ils viennent de la lumière, et ils sont jetés dans notre nuit, c’est pour ça qu’ils sont éblouissants, c’est pour ça que leur regard est brûlant et que leurs visages sont dévorants comme ça, ils ont,… c’est une expérience très matérielle à quoi je vous renvoie, comparez, et vous verrez que la comparaison marche terme à terme, comparez l’attente ou l’attention portée à un visage d’un nouveau-né ou d’un tout petit enfant, à l’attention et au regard que vous allez porter sur un feu de cheminée, vous allez être comme hypnotisé, la chose va vous attirer à elle, parce qu’elle est violente, mais elle a une violence de vie, elle a une violence archaïque et éternelle, c’est la même chose, le feu et la petite pointe de brûlure bleue, dans les yeux des nouveaux-nés, ce bleu incroyable, qui tache les yeux des nouveaux-nés, après ils vont choisir leur couleur, ou quelque chose en eux va choisir leur couleur, parfois ils vont garder ce bleu, rarement, ils vont le garder, mais c’est la même chose, la même intensité, ils viennent de la lumière, ils sont jetés dans notre nuit, comment ne pas les vénérer, pas au sens bête de notre culture, qui adore les enfants stupidement, stupidement, stupidement, je dis bien, mais comment ne pas les respecter infiniment, comment ne pas respecter un vieillard aussi, pour ce qu’il commence à connaitre malgré lui de ce qui est de l’autre coté de la paroi ? Il commence à être touché un petit peu, par ce qui est intouchable, comment ne pas vénérer, respecter les plus faibles parce que dans l’ébranlement qu’il leur vient dans la chair et dans l’âme, il y a quelque chose de presque plus que la vie même, qui les touche et dont on peut voir sur eux les vibrations, comment ne pas être en silence devant ça ?
- Nouveau-né, vieillard, oiseaux, fleurs, on s’éloigne du langage ?
- Non, parce que le verbe des évangiles par exemple, et le verbe de certains poètes, peut avoir la force du silence d’un mourant ou de la vibration lumineuse d’une petite fleur. Le verbe de certains poètes, et parfois le verbe de certaines personnes dans cette vie pauvre, et qui ne se connaissent pas elles-mêmes comme écrivain ou comme poète, et qui n’écriront jamais, il suffit que la vérité les foudroie, et qu’elles acceptent ce foudroiement et vous avez devant vous une parole, comme on dit, on n'a la plus belle femme du monde, vous voyez, et donc le langage aussi peut nous amener à ce court-circuit, et à nous faire toucher cet au-delà de tout, le langage même, mais c’est rare, mais ça arrive, ça arrive.
- Je ne le vois pas dans vos derniers livres, Christian Bobin, comme vous conduisant vers, en tout cas aussi intensément, vers la vérité que vous conduise un enfant, un vieillard, des fleurs, des oiseaux, comme si dans ce mouvement qui est le votre aujourd’hui, vous n’aviez plus tellement besoin de la langue commune, cherchant peut-être autre chose que cette langue commune ?
- C’est vrai que le silence est…, là je vais rejoindre un savoir commun mais c’est un savoir vivant, un savoir vivace, que le silence est peut-être le plus haut point de la parole, quand la parole est menée par l’amour, il y a un moment où elle se tait, et c’est encore de la parole, mais c’est vrai que le silence, quand il est habité, quand il indique un travail intérieur, et non pas une mort, parce qu’il y toutes sortes de silences, mais un silence vivant, vibrant, et bien il disqualifie tous les livres et toutes les écritures et toutes les paroles.
Christian Bobin interviewé par Olivier Germain-Thomas, dans l’émission « For intérieur », diffusée le 31 mars 2002 sur France Culture, à partir de 44'55.
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un hommage à Marcel Conche, inédit, qui aurait pu être lu le 9 avril 2022
Ce naïf que fut Marcel Conche
Je me souviens très bien de ma première rencontre avec Marcel Conche. Ce qui l’a caractérisée, c’était non seulement la gentillesse avec laquelle il me reçût, mais aussi l’intérêt qu’il accordait à votre personne.
Ce jour, je venais lui demander la dédicace d’un de ses livres, il voulut savoir pour quelle raison je m’intéressais à la philosophie. Je lui expliquais que ce n’était pas pour moi, mais que je souhaitais offrir ce livre pour l’anniversaire d’un ami qui avait découvert sa philosophie avec beaucoup d’intérêt.
Mais vous, me demanda-t-il, que pensez-vous de la philosophie ?
Peu habitué à ce genre de questions, surtout posées par l’un de ses plus éminents spécialistes, je préférais botter en touche.
- Euh, moi je m’intéresse plutôt au bouddhisme.
- Ah ! me fit-il, je ne connais pas cette religion, et vous en pensez quoi ? Il se gardait bien de me dire qu’il avait écrit un ouvrage intitulé « Nietzche et le bouddhisme ».
Je ne pouvais à nouveau échapper à la question et je fis appel à mes dernières lectures qui étaient relativement fraîches, car l’apprenti bouddhiste, que j’étais, avait été accroché par le sourire irrésistible du Dalaï-Lama qui était en couverture d’un livre censé parler du bonheur.
Néanmoins méfiant, je ne me lançais pas dans de longues explications et je m’en tins à l’essentiel.
Je lui parlais de la douleur perpétuelle compagne de nos vies, et qu’aucune félicité n’est durable, ça j’étais sûr de mon coup, que cette douleur naît de la «soif» de vivre, des désirs et des passions qui font naître la convoitise, la jalousie, la haine et l'erreur. Jusque-là j’étais en phase totale avec le bouddhisme tout autant qu’avec le principe de causalité qui explique qu’en supprimant la cause, on annule son effet ; lorsque j’avançais cela à cette époque, j’en étais certain. Mais j’appris, grâce à Marcel Conche, qu’il faut s’apprêter parfois à changer nos convictions. Ceci ne manqua pas d’arriver avec le principe de causalité. Je découvrais qu’il n’était vrai qu’en apparence ; et qu’en supprimant la cause, on n’annule pas toujours les effets, mais, bien au contraire, que les effets eux- mêmes étaient générateur d’autres causes. Depuis je m’intéresse plus au principe du tao avec le Yin et le yang qui ont plus satisfait mon goût de la vérité, car, en éteignant les désirs, on n’annihile pas totalement la souffrance, il reste toujours un peu de Yin dans le Yang ; ainsi renaissent d’autres souffrances. C’est sans doute pour cette raison que je me suis arrêté en chemin et que je ne pourrais jamais parler de la quatrième vérité, qui est la «Voie des huit vertus» qui conduit au Nirvana des bouddhistes. Cependant, je n’arrêtais pas totalement mes recherches, Marcel Conche prit le relais de mon éducation spirituelle. Il m’enseigna les principes d’Épicure qui me convenaient mieux, il ne conseillait pas d’éteindre en nous toute cette soif de vivre, mais de s’en tenir aux désirs essentiels. J’interprétais ce conseil à ma manière en agrémentant parfois mes repas avec un petit verre de vin que je trouve essentiel pour border ma vie avec le bonheur avec qui j’ai décidé depuis longtemps d’entretenir de bonnes relations, car, à ce jour, je ne vois pas en quoi il y a quelque chose d’intelligent à ne pas vouloir être heureux.
C’est en me questionnant avec cette naïveté socratique, ce que faisait souvent Marcel Conche, qu’il ouvrit en moi une curiosité philosophique qui depuis ne m’a jamais quittée. C’est ainsi qu’il interrogeait le monde et les hommes avec cette fausse naïveté qui lui permettait de mieux vous analyser et ci-besoin était de vous placer en face de vos incohérences. Des amis qui souhaitaient le rencontrer s’en souviennent encore.
Durant des dizaines d’années, j’allais avoir l’honneur de recevoir les leçons particulières de ce grand professeur qu’il fut également. Il ne me posait que des questions auxquelles j’étais capable de répondre. Il ne chercha à aucun moment à me mettre en difficulté, mais sans m’en rendre compte il me fit progresser sur la voie de la réflexion. Je l’en remercie encore, il fut mon véritable père et mon guide dans la vie. Je gardais du bouddhisme ce qui me semblait bon au même titre que chez les philosophes Grecs comme Héraclite avec l’impermanence et la sobriété d’Épicure. En soulignant naïvement, les limites de mon discours il m’accompagna vers le scepticisme. C’est ainsi qu’il m’offrit mon premier burin avec un marteau pour que je puisse effacer, si le besoin s’en faisait sentir, certaines de mes convictions que je croyais gravées dans le marbre. Depuis je me sens plus léger donc libre. C’est ainsi qu’il m’aida à découvrir d’autres facettes d’une vie éternellement changeante. Il me prépara à aimer ce monde plongé au cœur d’une nature merveilleuse. Pour appréhender tout ceci sans doute comprit-il très tôt qu’il fallait mieux être ce Candide de Voltaire. Parfois, dans nos conversations, j’avais l’impression que nous n’étions que deux grands enfants naïfs, mais pas crédules pour autant.
Cette naïveté que j’ai partagée avec lui, celle que Georges Sand attribuait à son personnage qu’était Planet : « naïf comme un enfant , avec un esprit pénétrant et une finesse déliée », ne pouvait que nous tenir à l’écart de tous ceux qui n’avaient que des certitudes. Aujourd’hui il en est toujours ainsi avec ceux qui nous promettent le bonheur avec une croissance infinie de l’avoir, dussent-ils oublier l’être, l’humanisme et l’environnement. Ils sont si éloignés des conseils de Maître Eckart qui conseille d’être vide de notre propre connaissance, non pas d’oublier ce que nous savons, mais d’avoir une sorte d’innocence, pas loin de la naïveté qui nous prépare à une disponibilité de l’esprit pour mieux nous imprégner des choses ; ce qui est indispensable, car, celui qui ne comprend pas le problème ne trouvera jamais la solution. Alors comprenons-nous bien le sens et la possibilité d’un développement durable, ou sommes-nous simplement dans le développement durable de nos erreurs ?
Notre société est en face de deux points de vue radicalement différents. Ce sont des contraires et ces derniers sont indissociables comme nous l’a enseigné Héraclite. Mais œuvrer pour l’un ou pour l’autre, ceci aura des conséquences radicalement différentes.
Nous avons un premier groupe, qui sous l’impulsion des femmes
( majoritairement) se développe rapidement, car elles sont animées par la force de ceux qui savent, comme les Grecs et les bouddhistes, qu’aucune félicité n’est durable. Si ces naïves arrivent à faire des choses qui semblent impossibles pour beaucoup, c’est qu’elles sont propulsées par la culture de la vie qui fait si souvent défaut aux hommes ; ces derniers sont essentiellement manipulés par la culture du face à face, que j’appelle par ailleurs, la culture de la mort. Ces ignorants se croient autorisés à traiter ces dernières de naïves ou de rêveuses plus ou moins utopistes. Puis, pour bien enfoncer le clou, du haut d’un prétendu savoir, ils leur expliquent que le monde ce n’est pas ça, qu’elles ne comprennent rien aux affaires, à l’économie et à la politique ; que les choix qu’elles proposent ne sont que des choix fictifs, sans fondement sérieux en dehors d’un petit cercle de rêveurs plus ou moins naïfs comme elles.
C’est là qu’une femme plus hardie que les autres prit la parole :
- Cher Monsieur, vous et vos amis tous tellement persuadés d’avoir raison je vous signale que « Fictif » ne signifie pas forcément « impossible ». J’en veux pour preuve que le papier-monnaie, que vous vénérez tant, n’a qu’une valeur fictive, pourtant c’est le moteur du monde que vous prétendez nous imposer et qui aujourd’hui ressemble à un cauchemar.
Je vois bien qu’avec votre sourire narquois, vous souhaitez nous envoyer sur l’ile d’Utopia, ce vieux pays imaginaire où les habitants sont gouvernés d’une manière idéale et sont parfaitement heureux. Ne vous y trompez pas ce pays qu’est l’Utopia dont nous parle Thomas More ce philosophe humaniste anglais existe bel et bien, ce sont toutes mes sœurs et mes frères, ces entrepreneurs du sens, qui chaque jour lui donne vie en mettant en place non seulement une économie de précaution, mais aussi des moulins à bonheur.
Nous sommes les nouveaux résistants face à la dystopie que vous installez un peu partout et dont la dernière guerre en Ukraine n’est qu’un pâle reflet de ce qui malheureusement arrivera ailleurs. Votre économie mondialisée est devenue une économie hégémonique. Puis comme toutes les hégémonies, elle ne pouvait que devenir despotique en détruisant les hommes et leur environnement. Une dystopie ce n’est plus simplement une fiction terrifiante, mais c’est devenu une réalité avec cette économie mise en place par ceux qui sont persuadés d’être les maîtres du monde. Il sera de plus en plus difficile de leur échapper, car ils entendent tout dominer et exercer une autorité totale sur leurs consommateurs qui se prennent encore pour des citoyens qui peuvent exercer leur libre arbitre. Espérons qu’il n’est pas trop tard pour choisir son camp, Utopie contre Dystopie, croissance contre bonheur.
Marcel nous avait prévenus
Jean Delorme
(ce texte aurait été lu à la soirée Marcel Conche du 9 avril si Jean Delorme avait pu y venir mais de nuit et de loin c'est peu prudent)
aujourd'hui, en 2025, Les Cahiers de l'Égaré assurent l'édition de la collection Liberta, à l'initiative de Jean Delorme, LoÏc Molla, Luc Martin (village Made in France à Puget-sur-Argens); déjà 3 titres édités au profit de l'association OGENA qui intervient aussi au Burundi
collection Liberta
affiche de la soirée du 9 avril 2022 consacrée à Marcel Conche, maison des Comoni au Revest
By TV83.info -Mar 31, 2022 0 Maison des Comoni Le Revest Film, débat, témoignages, librairie, livres en délivrance Entrée libre le samedi 09 avril de 19 à 22 h À l'initiative de Jean-Claude G...
La maison d'édition "Les Cahiers de l'Egaré" organise ce samedi 9 avril à la maison des Comoni à Revest-les-Eaux une soirée hommage consacrée au philosophe Marcel Conche. Jean-Claude Grosse ...
Le siècle de Marcel Conche comporte une préface de Hollande (ex-président et corrézien)
il aurait dû comporter un texte de Macron (se réclamant des chemins buissonniers de Marcel Conche dans le 1 d'Eric Fottorino)
et un texte de feu Chirac (feu président et feu corrézien)
(texte que j'ai hésité à écrire)
c'eut été drôle d'avoir des "paroles" de présidents sur un philosophe métaphysicien,
porté par la Nature infinie, éternelle, créatrice au hasard selon lui,
partisan de la décroissance, adepte de la sobriété à tous les points de vue, sensible à la souffrance des enfants (sa notion de mal absolu en est déduite) et des animaux
---------------------------------
je n'ai pas obtenu non plus, les "paroles" de Jacques Weber, Gérard Depardieu, Michel Onfray, Jérôme Garcin, Laure Adler, Roland Jaccard (suicidé juste avant la parution, pour ses 80 ans, comme son père et son grand-père) et de Natale Luciani, son ami corse (disparu aussi avant parution)
article paru le 8 avril dans Var Matin retour sur la soirée Marcel Conche du 9 avril 2022, 19 H 15 - 21 H 30 mistral en folie dans le hall, livres en service dans un caddie et sur une table : la ...
Friedrich NietzscheHymnus an das Leben per coro e orchestraOrchestra 1813 - Orchestra del Conservatorio di ComoCoro del Conservatorio di ComoMaestro del Coro...
en ouvrant Métaphysique de Marcel Conche, je trouve l'hymne à la vie de Lou Andreas Salomé dite LAS, découpé par Marcel avec corrections de sa main / Nietzsche, pianiste émérite, compose l'hymne à la vie en 1887 sur un poème de son amour contrarié Lou Salomé. Fou seulement, poète seulement comme l'a écrit Nietzsche mais le surhomme est cette folie. "Par la musique, les passions jouissent d’elles-mêmes." Nietzsche in Par-delà le bien et le mal §106 "– Sans musique la vie serait une erreur." Nietzsche in Le Crépuscule des idoles – Maximes et pointes §33
Certes, comme on aime un ami Je t'aime, vie énigmatique - Que tu m'aies fait exulter ou pleurer, Que tu m'aies apporté bonheur ou souffrance. Je t'aime avec toute ta cruauté, Et si tu dois m'an...
la version offerte, jointe par Marcel dans Métaphysique, une de ses oeuvres majeures, diffère de celle présentée ici
L'ami Marcel Conche, métaphysicien de l'infini de la nature est décédé,
dcd, (j'ai repris décédé sur proposition d'Annie Bergougnous)
le dimanche 27 février 2022, à 8 H du matin, dans son sommeil.
J'ignore quel a été son état dans les jours qui ont précédé. Mais une quinzaine de jours avant, je lui avais téléphoné. Clair, lucide comme d'habitude même si, à ce que M.M me racontait, il perdait peu à peu une certaine mémoire, celle du quotidien, heure, jour-nuit, repas pris ou pas...
Marcel est mort de sa belle mort, d'une mort naturelle comme il la décrit dans un article de 6 pages Comment mourir ? paru dans la Revue L'enseignement philosophique, N°3, mars-mai 2013.
Une mort naturelle qui vient après le parcours des âges de la vie (enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse) à la différence des morts paranaturelles (par virus, amiante, rayonnement...), des morts infligées par assassinat (Marseille, Corse), par fanatisme religieux (un peu partout), par la guerre à laquelle on participe par patriotisme ou toute autre raison idéologique, qu'on subit parce qu'on ne peut pas fuir, guerre qu'on peut ne pas faire par pacifisme, objection de conscience, désertion avec risque personnel bien sûr (guerres en cours, ne focalisons pas seulement sur l'Ukraine), des morts encourues par de vains désirs non naturels, infinis, insatiables tels que décrits par Épicure : manger trop riche, trop gras, boire à l'excès, fumer comme un pompier, baiser à mort, être baisé à mort entre pluri partenaires, se droguer en dur, en doux, pratiquer des sports extrêmes pour l'état de flow, pour se dépasser, se surpasser => usure prématurée du corps, désirer les honneurs, la richesse, la gloire, le pouvoir, la domination, la conquête, (dans ces cas-là, la compétition est féroce et on finit toujours par tomber de haut), l'immortalité (le transhumanisme annonce la couleur pour les ultra-riches).
Marcel Conche en menant une vie d'Épicure en Corrèze a en quelque sorte choisi sa mort, une belle mort, comme on dit, chez lui, dans son lit, dans son sommeil, soigné, aidé, accompagné, pendant 4 ans par une femme admirable de dévouement, de sa famille, M.M.C. et par les services de l'hospitalisation à domicile (j'ignore pendant combien de temps; il perdait de son autonomie mais rien de sa vivacité intellectuelle, de son sens de la répartie, du rebond).
Mourir chez soi plutôt qu'en Epahd, c'est ce que je souhaite à chacun. Je l'ai permis, à mon père dont j'ai recueilli le dernier souffle, à ma mère, morte dans son sommeil, moi dormant dans la pièce à côté. Pendant 4 ans, j'ai été l'aidant de mon beau-père, accueilli chez nous avant son départ. Quand une famille le peut, qu'elle n'abandonne pas celui qui vieillit "mal" (par perte d'autonomie...) et va passer (à plus ou moins longue échéance et déchéance) aux marchands de l'or gris.
Disons pour être plus précis, qu'en vivant comme Épicure, en Corrèze, Marcel se donnait plus de chances de mourir de mort naturelle, sans garantie cependant de ne pas mourir de mort accidentelle, brutale ou des suites d'une longue maladie comme on dit aujourd'hui pour désigner les fins de vie par cancer avec traitements lourds, voire soins palliatifs.
Que philosopher c'est apprendre à mourir dit Montaigne et de l'imaginer par une tuile tombant d'un toit ou suite d'une mauvaise chute. Combien de fois, avons-nous eu la sensation d'avoir frôlé la mort, de lui avoir échappé, sans même avoir besoin de l'imaginer. Une vie prudente ne nous en protège pas certes mais une vie prudente est une vie sage pouvant rendre le pas-sage plus lointain.
Marcel a pu ainsi quasiment jusqu'au bout écrire, jusqu'au 13 novembre 2021, où écrivant sa dernière lettre pour M.C., il se pose la question "les morts ont-ils une réalité autre que dans nos souvenirs et nos coeurs ?"
Son dernier livre publié, le 27 septembre 2021 au milan de sa centième année, L'âme et le corps est d'une belle vigueur.
les deux derniers livres de Marcel Conche, La nature et l'homme, L'âme et le corps, son dernier livre paru au milan de sa centième année, le 27 septembre 2021 / Lettres en vie, lettres écrites pour des personnes en soins palliatifs à La Seyne-sur-mer, un livre d'accompagnement, lettres dAlain Cadéo, peintures de Michel Cadéo
Contexte de la nouvelle du pas-sage de Marcel Conche
Un mail adressé à 12 H 30 m'informe du passage de Marcel. Je suis en balade sur la route des crêtes avec les enfants. Au bord des falaises de Cassis et dans Cassis. Je découvre le mail vers les 20 H. Je ne m'y attendais pas et posais comme réalisé le souhait de nous retrouver le 27 mars pour ses 100 ans lorsque je parlais aux deux oliviers de 50 ans, dédiés à Marcel, sur la restanque front de mer de 20 m où je fais mes allers-retours tous les jours pendant 30 à 40' deux fois par jour.
Mais depuis le 24 février, début de la crise ukrainienne, je suis nerveux, cherchant à comprendre sans réussir à me positionner.
La nouvelle me percute. Quand auront lieu les obsèques ? Comment effectuer le voyage ?
On continue nos balades en famille dans des lieux chargés énergétiquement, spirituellement, la Sainte-Baume, le 4 mars, Lourmarin, le 5 mars.
Rosalie venue deux fois chez Marcel appréciée de lui qui lui avait offert 3 robes, ne veut pas assister aux cérémonies (nous n'insistons pas); elle remonte en train le dimanche 6 mars. Elle sera seule pendant 4 jours mais reliée téléphoniquement et humainement avec Toto.
Son anniversaire des 14 ans sera le lendemain de celui de Marcel (27, Marcel, 100, 28, Rosalie, 14).
Dans ce deuxième volet de cette série d'entretiens, Marcel Conche dialogue avec le poète et homme de théâtre Jean-Claude Grosse, et confie à Laure Adler la façon dont une rencontre amoureuse...
une des 5 émissions Hors-Champs réalisées par Laure Adler à Altillac, chez Marcel, le 23 mars 2010
en date du 1° mars
france culture remet en ligne les 5 entretiens Hors-Champs de 2010 avec Laure Adler suite au décès de Marcel Conche, le 27 février 2022, à un mois de son 100° anniversaire, le 27 mars
la soirée Marcel Conche du 9 avril à 19 H à la maison des Comoni au Revest est maintenue avec la projection du film de Christian Girier La nature d'un philosophe suivie d'un débat
elle sera l’occasion d’évoquer la figure et l’oeuvre de Marcel Conche
je souhaite garder un côté intime à ce départ d’un ami dont la sagesse tragique m’a guidé de 1967 à 2020
fin 2020, une métamorphose « inattendue » m’a amené à une approche plus spirituelle de la vie
(Et ton livre d'éternité ? paru le 14 février 2022)
il me semble que Marcel Conche, un grand frère de 18 ans mon aîné que je tutoyais (comme il le voulait) n’était plus très loin d’une telle approche
(dernier échange téléphonique vers la mi-février en lien avec mon livre d'éternité)
évidemment, ce qui s’exprime dans les nécrologies (Roger-Pol Droit et autres), c’est le nihilisme ontologique de Marcel Conche, son naturalisme, son scepticisme pour autrui
le voilà déjà figé dans un statut, une statue
alors qu'il était en mouvement permanent comme tout ce qui vit
et il écrivait le mouvement, le passage comme son ami Montaigne
je ne sais qu'écrire nous avait-il dit en 2019
toujours questionnant
l’approche des 100 ans, approche aussi de la mort l’a conduit à se poser une ultime question dans une lettre presque illisible du 13 novembre 2021 qui ne permet pas de se débarrasser de la mort comme il l'a fait à 84 ans
"les morts ont-ils une réalité autre que dans nos souvenirs et nos coeurs ?"
(entretien dans philo-magazine, avec Juliette Cerf, le 3 octobre 2006)
(La mort ne peut plus m'enlever ma vie. Ma vie, je l'ai eue. Je n'appréhende pas le fait d'être mort. Epicure le dit très bien, la mort n'est rien. Il n'y a rien après la mort : je disparais, je m'évanouis, la vie s’arrête.)
je relève au passage l'absence de toute référence aux Cahiers de l'Égaré dans les nécrologies qui circulent
pourtant 10 livres ont été édités
Les Cahiers de l'Égaré n'ont pas cherché et ne cherchent pas la visibilité médiatique.
Faire oeuvre, humblement, selon une exigence de vérité intime, de conviction vécue.
Être cause de soi et non conséquence des influences d'autrui.
4 des 10 livres de Marcel Conche édités par Les cahiers de l'Égaré
γνῶθι σεαυτόν Marcel Conche, à l'occasion de la parution de son Journal étrange, nous a reçus chez lui, dans l'Ain. Il revient sur ses origines paysannes, son athéisme, sa concep...
retour de la Sainte-Baume, le 4 mars à 22 H, car en famille, les balades durent, durent, tellement on s'immerge dans ce qui s'offre, balade conclue par un documentaire de 25' sur ce lieu où les rencontres les plus inattendues se font pour peu qu'on dise bonjour et qu'on s'adresse vraiment à la personne
ce fut trois fois le cas,
- avec un photographe ami revenant de la grotte avec des élèves de lycée qu'il initiait à la prise de vues
- avec une chercheuse en science de l'ingénieur, une vosgienne (nous avons voulu aller à la grotte aux oeufs mais trop dur pour mes genoux; accord à 100%, mots compris, sur la Conscience, la Présence d'amour inconditionnel à l'oeuvre dans ce qui vit, meurt...;
plus tard, je découvre que j'ai discuté avec la 1° adjointe au maire de Nancy, également conseillère régionale, directrice d'un institut supérieur de recherche, (École nationale supérieure en génie des systèmes industriels et Institut national polytechnique de Lorraine); elle m'a donné ses cordonnées
- avec une femme au bonnet bleu devant un vitrail Noli me tangere, échange sur un sens possible de ce Ne me touche pas, des yeux extraordinaires comme je n'en ai jamais vus, comme si j'étais absorbé; ce fut court, chaleureux, sans échange d'adresse ni de noms, prénoms; juste la rencontre livrée à l'éternité du moment présent
évidemment, j'ai présumé de mon endurance sans repos ni restauration, suis tombé deux fois dont la dernière juste au niveau de la voiture avec 4 pompiers buvant un coup à La Terrasse et venant me relever, m'offrant un café sucré et plein de conseils avec un humour savoureux; merci
à la boutique du pèlerin, je note l'absence de L'évangile de Marie, traduit et commenté par Jean-Yves Leloup, je demande s'il y a du Jean-Yves Leloup, ancien dominicain de la Sainte-Baume, devenu prêtre orthodoxe; non parce que les écrits actuels de Jean-Yves Leloup ne correspondent pas à nos critères mais si vous en voulez, je peux vous les commander
arrivée chez moi, je trouve par mail un tract Gallimard offert
Bonjour Jean-Claude Grosse,
Veuillez trouver, en lecture gratuite, ce texte inédit de Régis Debray :
Des musées aux missiles.
À propos de ce livre
Pas de panique. C’est toujours ainsi que les choses se passent. La guerre, c’est quand l’histoire se remet en marche. La paix, c’est quand dominent les arts de la mémoire. Guerre et paix. Cela alterne. Diastole, laisser-faire laisser-dire, systole, on serre les poings et les rangs. Les sociétés aussi ont un cœur qui bat. Tout se passe comme si les grandes vacances allaient devoir se terminer en Europe, que nous sortions du régime mémoire, pour aborder, once again, le régime histoire. Il y a un temps pour tout. Pour le patrimonial et pour les arsenaux. Pour le musée et pour le missile. Le passage de l’un à l’autre est toujours déconcertant, mais l’Européen a assez d’expérience pour ne pas s’étonner du changement de phase, et de pied.
" Rencontres " est une collection web-documentaire de 12 modules, interconnectés, inter-modulables qui racontent la Sainte-Baume comme s'il était donné de vivre l'expérience en situation de ré...
une remarquable causerie sur Marie-Madeleine avec bonhommie, humour, profondeur de l'ex dominicain directeur du centre international de la Sainte-Baume dans les années 80; Rappelé en France par l’ordre dominicain, il dirige à la suite du père Maillard et avec Bernard Rérolle, le centre international de la Sainte Baume. C’est là qu’il fonde l’Institut pour la rencontre et l’étude des civilisations et organise de nombreux colloques dont la mémoire est gardée dans les annales des éditions de l’Ouvert. E. Lévinas, A. Abécassis, Professeur Keller, A. Desjardins, M. M. Davy, A. Chouraqui seront parmi ses hôtes. Il y organise aussi le premier colloque de psychologie transpersonnelle en France avec Pierre Weil, Anne Ancelin Schützenberger et un congrès autour de l’oeuvre de Karl Graf Durchkeim. C’est également à la Sainte Baume qu’il développe son intérêt pour Marie Madeleine et la présence du féminin dans l’histoire du christianisme.
5 mars, Lourmarin
d'abord le cimetière, tombe d'Albert Camus,
je lis un extrait de La voie certaine vers "Dieu" après avoir indiqué pour le silence qui nous enveloppe (personne pendant notre balade de 1 H 30) que Marcel Conche par sa métaphysique de l'infini de la nature nous sauve de la philosophie de l'absurde.
"La religion repose sur la notion d’amour inconditionnel. C’est la religion fondamentale et universelle, la religion de l’avenir. L’amour du prochain au sens évangélique, qui définit la voie droite « vers Dieu », est inconditionnel : quel que soit l’être humain – sain ou malade, vieux ou jeune, beau ou laid, noir ou blanc, honnête ou malhonnête, intelligent ou sot, croyant ou incroyant, ami ou ennemi, etc. , on doit l’aimer d’un tel amour. Selon ce qui est naturel, on aime plutôt celui qui est beau que celui qui est laid, celui qui est honnête que celui qui est malhonnête, celui qui a bon caractère que celui qui a mauvais caractère, le généreux que l’égoïste, et bien entendu on aime l’ami et non l’ennemi.
Mais Jésus dit: « Aimez vos ennemis. » (Matthieu, 5.44). C’est là le renversement complet de ce qui est naturel. « Aime ton ennemi »: ce n’est pas là une exigence morale, car, du point de vue strictement naturel et humain, l’amour ne se commande pas et ne résulte pas d’un acte volontaire. Un tel impératif d’amour inconditionnel nous arrache au plan des sentiments naturels, nous transporte au plan proprement religieux, non naturel, celui de la religion de l’amour. Ainsi, je vis dans la religion de l’amour si j’aime autrui simplement en tant qu’être humain, même s’il ne le mérite pas."
À méditer en temps de guerre.
Puis la tombe d'Henri Bosco, auquel on doit entre autres L'enfant et la rivière, Malicroix, l'auteur le plus cité par Gaston Bachelard.
Aujourd'hui, beau soleil, peu de monde. Tours et détours.
Pas trace de Bernadette Lassalette, l'hôtesse reine de Lourmarin, rencontrée l'an dernier avec A.B.
Vers 15 H 30, je m'installe sur la terrasse au soleil du Bistrot, face au château, deux tables et quatre chaises en attendant les enfants.
Je remarque que les tables sont numérotées.
Celle où je me suis installée, c'est la 27, à côté la 26.
Le pas-sage : le 26 en vie, le 27 passé,
peut-être en vie d'une autre vie.
Je remercie cette coïncidence me mettant en face à face avec le décès de Marcel Conche le 27 février à 8 H du matin, dans son sommeil, à un mois de son 100° anniversaire, le 27 mars 2022.
La voie certaine vers "Dieu" est un petit livre majeur, 28 pages d'une réflexion s'achevant par cette phrase : la voie de l'amour est la voie du moulin, qui mène au moulin même s'il n'y a pas de moulin.
Hasard ? ce 5 mars, c'est le début du printemps des poètes dont le thème est l'éphémère. Les amandiers explosent.
En sortant du cimetière est arrivé un jeune père de famille avec ses deux filles Swann et Romance pour aller sur la tombe de Camus. Bel échange.
Le soir, film proposé par Rosalie : Écrire pour exister, film dramatique américain écrit et réalisé par Richard LaGravenese, sorti en 2007.
Il s’agit de l’adaptation du livre The Freedom Writers Diary d'Erin Gruwell et de ses élèves, des élèves inféodés à leurs gangs, s'affrontant en classe (la salle 203) où ils sont intégrés dans le cadre d'un programme de discrimination positive du gouvernement américain après les émeutes de Los Angeles de 1992.
lecture devant la tombe d'Albert Camus au cimetière de Lourmarin d'un passage de La voie certaine vers "Dieu" de Marcel Conche, décédé le dimanche 27 février...
2'16 d'un extrait de La voie certaine vers "Dieu", titre devenu La voie certaine vers l'incertain dans le Bouquins L'infini de la nature
les cérémonies
quand Marcel Conche, métaphysicien de l’infini de la nature, décédé-dcd le dimanche 27 février 2022 à 8 H du matin, à 1 mois de ses cent ans, dans son sommeil, nous fait faire un voyage en zig et en zag de 1500 kilomètres par autoroutes et routes plutôt sinueuses
mardi 8 mars 2022, à 14 H 30, obsèques au centre omni-cultes de Bourg-en-Bresse dans l'Ain
partis à 8 H 40 du Revest, nous arrivons à 14 H 15 au funérarium : requiem de Mozart, messages et textes, temps de silence
quand le cerceuil est mis dans le corbillard, le factotum ferme la porte nous séparant du dehors; le corbillard démarre, disparaît, fait le tour du rond-point, réapparaît; la porte se réouvre lentement et complètement;
un coup de vent me dit l'athée de service;
même avec le coup de vent judicieux, cette réouverture, je la reçois comme peut-être une réponse à la question que s'est posé Marcel dans sa dernière lettre du 13 novembre 2021 à M.C.
« Les morts ont-ils une réalité autre que dans nos souvenirs et nos cœurs? »
retrouvailles entre autres avec la traductrice de Actualité d’une sagesse tragique, alors étudiante au lycée Dumont d’Urville, à Toulon, aujourd’hui journaliste à RFI amérique latine
de 17 à 19 H 30, famille et amis proches se retrouvent à Treffort dans l'Ain (et pas en Isère comme prétendent Télérama et d’autres), à 15 kms de Bourg-en-Bresse dans la maison où Marcel a passé ses 4 dernières années; moment très chaleureux avec beaucoup de tendresse, foin des précautions sanitaires;
je remets à la famille 2 N° de la revue corse I Vagabondi dont le 2° consacré à la nature à partir d’une phrase de Marcel dans La nature et l'homme publié le 27 mars 2021 pour ses 99 ans et le livre pluriel 22 femmes qui font la Corse (offerts par les éditions Scudo, avant le départ de Marcel)
de 20 H à 22 H, balade autour du monastère royal de Brou; l'auberge bressane est fermée le mardi; c'est là en 2019 pour les 97 ans que nous avions dîné avec F.C.; sur les verres somptueux, AB
nuit dans un appart loué
mercredi 9 mars 2022, à 16 H, inhumation au cimetière d'Altillac en Corrèze
partis à 9 H 40 de Bourg, nous arrivons à Altillac à 15 H 30 par l'autoroute des Puy, Auvergne, Vulcania; de la neige sur les sommets côté Cantal
messages, textes, devant la tombe de son père Romain, maire apprécié d’Altillac, la voisine de Marcel à la Maisonneuve et son fils, sa femme de ménage, des corréziens et corréziennes, en écriture inclusive des corrézien.e.s (rire hénaurme)
levant la tête, je vois un nuage à forme d'homme, entouré d'un halo ensoleillé; une sensation de légèreté, de présence bienveillante
de 17 H 30 à 20 H 30, balade dans Beaulieu-sur-Dordogne, tous les endroits faits avec Marcel et photos-mots à l’identique
remontée sur Paris à partir de 20 H 40 par les autoroutes Brive, Limoges, Orléans, Chartres avec une lune de premier quartier présente presque toute la route
arrivée à 4 H du matin à Saint-Denis après une sortie d'autoroute obligatoire suite à un accident entre deux poids lourds, renversés et ayant pris feu ; j'ai pris le volant pendant 1 H 30
ce retour m'a fait ressentir avec l'intense circulation des poids lourds dans les deux sens que nous y allons...
TGV de retour à 15 H 05 jeudi;
par Tulle, 11 H de trains au pluriel
merci à Marcel pour ce périple; merci à toutes les personnes qui se sont déplacées pour l'accompagner; merci à Katia pour son énergie et sa générosité; merci à Guillaume, son co-pilote vigilant et efficace; merci à Titine, le multispace à toit transparent qui permet de profiter du ciel; on n'a jamais dépassé 110
désolé, pas de photo, pas de vidéo, rien à montrer, c'est voulu
je ne me suis pas exprimé, ni à Bourg ni à Altillac; notre amitié a quelque chose de très intime, de non partageable
depuis déjà plus d'une semaine, je ne m'adresse plus aux deux oliviers dédiés à Marcel sur la restanque front de mer de 20 mètres de la villa Joie de la même façon; plus de souhaits, plus de projets; une présence par les souvenirs et dans le coeur et peut-être autre; il connaît ou pas désormais la réponse mais nous, vivants, ne la connaîtrons pas
la soirée Marcel Conche du 9 avril, à 19 H à la Maison des Comoni, au Revest, 1 mois après son inhumation, sera l'occasion d'évoquer ce que Marcel a été pour ceux qui l'ont connu ou étudié ou lu…à partir du film de Christian Girier, la nature d’un philosophe
en couverture du Bouquins consacré à L'infini de la nature, une oeuvre de Nicolas de Staël, Paysage
dominante : des rouges
dominante du voyage dans les paysages de la France rurale : des verts
rappel : le livre d’éternité en lien avec la question de vie et de mort d’Annie Bories, l’épousée je sais que je vais passer, où vais-je passer ? et qui m’a interpellé pendant 11 ans est sous le signe presque jusqu’à la fin de la sagesse tragique de Marcel;
la métamorphose de J.-C. en Vita Nova ne lui doit rien,
il s’agit d’une expérience spirituelle intime et la pensée n’y a pas accès
disponible en librairie, sur plateforme ou chez moi
affiche de la soirée du 9 avril 2022 en hommage à Marcel Conche aux Comoni au Revest; Marcel et la nature (le clos de Treffort); au revoir pour certains, adieu pour d'autres voilà, tu es mort de...
affiche du film de Christian Girier qui sera présenté le 9 avril 2022 à 19 H , salle Pétrarque, maison des Comoni, théâtre du Revest et de la métropole TPM; Marcel près de la chapelle des Pénitents à Beaulieu sur Dordogne, Marcel sortant de la partie médiévale de Beaulieu, Marcel me disant Heureusement qu'on meurt (photos F.C.); portrait de Pétrarque réalisé par Ernest-Pignon Ernest
bonjour Folie, une analyse sans pissikanalyse d'une des folies de Marcel, son attrait pour les romans policiers américains qui le distrait de son travail de réflexion, de sa vocation de philosophe
Le souffle des raisons ou la joyeuse rencontre entre le philosophe et la musicienne ou comment une femme se saisit du naturalisme de Marcel Conche pour l'amener sur des chemins d'imprévus
Marcel Conche et JCG, Marcel et Cyrille Elslander (des 4 saisons du Revest à l'époque, devenu directeur-adjoint du Pôle) en juin 2002 à Treffort dans l’Ain; 20 ans d’amitié, 10 livres de et sur Marcel Conche édités par Les Cahiers de l’Égaré dont le dernier, L’âme et le corps, le 27 septembre 2021 au mitan de sa centième année
échange post-mortem
Merci, Jean-Claude, de votre restitution fidèle et émouvante du ou des jours de départ de Marcel. C'est souligner que la famille de pensée (dont Yvon Quiniou) était là pour épauler et honorer la famille de sang (famille qui s'est exprimée avec justesse et profondeur !)
C'est vrai, vous n'y avez rien dit, mais vous expliquez ici très bien que l'amitié n'a pas nécessairement de compte-rendu public à faire.
Merci aussi d'avoir remarqué aussi bien le nuage à forme d'homme (que vous avez vu pour nous, je n'étais pas à Altillac) que la réouverture "pneumatique" (comme dirait Jankélevitch) de la porte du funerarium (je la confirme).
J'étais heureux qu'un de ses éditeurs (Jacques Neyme) soit présent : leur travail commun fut ardent, exigeant, et juste !
Et bonne chance aussi dans le déploiement de la "métamorphose" que vous accueillez (ou qui vous accueille...). Conche n'excluait rien - pas même (je plaisante à peine) que Bergson ou Jung aient finalement vu juste.
merci,
m.
merci M. pour ce retour
je n’ai rien exprimé, par amitié inconditionnelle pour l’homme Marcel, d’une complexité rare, impossible à démêler, complexité à accueillir sans jugement dans son entièreté et son mystère qui se confondent
(cela vaut pour chacun, chacun est mystère et en cela sacré)
mais aussi pour une autre raison
Marcel en partant est devenu un être-un corps pour autrui sartrien, objectivé-aliéné
(impossible maintenant de nous surprendre par un acte, une action "inattendus")
qu’il a su faire exister comme figure du philosophe par vocation
(il a fabriqué sa légende, son monument; rien de péjoratif là-dedans; on est tous des fictions, des légendes qu’on fabrique; ce n’est pas mensonge, ce n’est pas vérité, c’est croyance, conviction vécue comme dit Marcel)
et Comte-Sponville sera sans doute le garant de cette doxa, reprise partout
or les discussions que j’ai eu à la fin avec Marcel dont une évoquée dans le livre d’éternité m’ont révélé qu’il était bien en chemin, prêt à concevoir que la Nature (ou tout autre nom, ne nécessitant pas qu’on se fasse la guerre des noms et des dieux) n’est pas seulement créatrice au hasard, aveugle mais créatrice avec-par amour inconditionnel, sans jugements, sans oppositions, de tout ce qui existe; l’amour comme force créatrice, pas seulement sentiment accompagnateur, compassion…
oui Bergson (citation en début du livre d'éternité), oui Jung
mais je leur préfère aujourd'hui Christiane Singer, Jean-Yves Leloup
entretien datant de 2000, dans le cadre de l'émission noms de dieux de la RTBF, animée par Edmond Blattchen ; une séquence particulièrement forte vers 49', l'histoire du rabbin revenant en fin ...
une méditation en 7 étapes, comme une montagne, comme un coquelicot, comme l'océan, comme une tourterelle, comme Abraham, comme Jésus et maintenant Va!
9 mars 2022, entre 18 H et 20 H, sur la trace des souvenirs; dernière photo : l'idiot regarde le doigt, ne voit pas la lune montrée par le doigt (photos K.P et G.B.)
dialogue à venir entre J.-C. di Vita Nova et Jean-Claude Carrière, auteur de La vallée du néant, paru chez Odile Jacob en décembre 2018, en cours de lecture depuis le 14/02/2022, 74° anniversaire de l'épousée
présentation du livre
"Nous en venons et nous y retournons. Pourtant, nous ne pouvons rien en dire. Le néant – qui n’est ni le rien, ni le vide – reste l’inconnu fondamental, le non-être, sans sensation, sans conscience et sans mémoire.
Pour m’en approcher, prudemment, je me suis lancé dans une promenade, un peu au hasard des chemins, en reprenant un vieux thème persan. J’ai voulu voir comment d’autres ont réagi, ici ou là, dans l’histoire du monde, au plus secret, au plus insistant des mystères. J’ai découvert, au passage, plusieurs attitudes, qui peuvent paraître contradictoires. Chacun peut choisir.
C’est banal à dire, nous sommes tous emportés par un mouvement irrésistible. Il est notre maître, et nous savons où il nous conduit. Rien ne reste, rien ne revient. Pour peupler ce passage où il n’y a « rien » (« N’y a-t-il rien dans ce rien ? » se demandait Chateaubriand), nous avons, au long des siècles, imaginé toute une farandole de monstres, de vapeurs, de fantômes, des hurlements, dont un grand nombre sont évoqués ici.
Avec quelques questions inévitables : comment nous protéger du désespoir et de la vanité de toutes nos vies, si nous n’en devons rien garder ?
Comment, peut-être, en tirer une force, et même une joie ? Pourquoi rire ? Pourquoi pleurer ? Et pourquoi rêver d’immortalité ?"
Scénariste, dramaturge, écrivain, Jean-Claude Carrière est l’auteur de grands succès comme Einstein, s’il vous plaît, Fragilité, Tous en scène et, plus récemment, Croyance et La Paix.
La vallée du néant, offert à Noël, livre d'occasion dédicacé à X; lecture à venir d'un livre offert parce que j'avais choisi , jeune professeur au lycée de Le Quesnoy (nord), un nom de poète Jean Rogues
commentaires sur l'article
Annie Bergougnous
Question, pourquoi notez-vous chaque fois "dcd", plutôt que "décédé"?
Je comprends bien sûr le raccourci, mais personnellement, ne l'apprécie pas. J'aime l'idée d'un mot, nom adjectif et autre, écrit en son entier. Dire et non pas raccourcir.
Dire "mort", "décédé", plutôt que "parti","dcd". J'aime l'idée de nommer dans son entièreté la mort que nous passons notre vie à évacuer de nos vies !!!
Nommer, c'est dire ce qui est et non éviter
Je sais que vous n'évitez rien, Jean-Claude; mais ce "dcd" je le trouve inélégant, si tant est que l'on puisse dire qu'il y ait une quelconque élégance...à ce sujet.(Bien que).
Rien de personnel, simplement mon ressenti quant à ce...."dcd" !
Annie Bergougnous je prends en compte en ce qui concerne dcd, pas en ce qui concerne mort car je crois aujourd'hui que la mort est un pas-sage (écrit avec la polyysémie de la langue des oiseaux); merci même si je sais pourquoi je l'ai fait; VIE = Vibration Information Energie; I information = tout est déjà écrit-informé dans les nombres-univers comme Pi (décédé/dcd => 4-3-4, réductibles à des 0-1 en langue binaire) Le terme bit est une contraction des mots binary digit (que l'on peut traduire par chiffre binaire en français). Il désigne l'unité la plus simple utilisée dans un système de numération. Cette unité, directement associée au système binaire, ne peut prendre que deux valeurs : 0 et 1 et reste pourtant à écrire par chacun de nous; chacun écrit son livre d'éternité déjà écrit, non destiné à un jugement dernier, cadeau-contre-don en retour de la vie qui nous a été donnée
dernier point: je crois aujourd'hui que ce sont les mots qu'on emploie qui crée la réalité; donc je ne crois pas qu'employer le mot mort dise la réalité vraie de ce qui est appelé mort; employer le mot crée une réalité séparant, opposant vie et mort;
de plus, le mot n'est pas la chose; mis pour la chose, il tue la chose en l'abstractisant, en la conceptualisant alors que la chose est unique, charnelle, vivante (lire La mort et la pensée de Marcel Conche ou ma note de lecture)
si on s'appuie sur la physique quantique, on expérimente de façon incompréhensible d'ailleurs (Richard Feymann) la superposition d'états, l'indétermination des états, les fluctuations d'états... d'où le mot pas-sage, inventé sans génie, sans doute inspiré à l'occasion de cet article
pas de preuve, que des convictions vécues ou des opinions d'emprunt ou du bla-bla...la gamme est infinie du conformisme à l'authenticité, de l'imbécilité-bêtise à "sa" vérité; quant à moment unique pour un dernier recueillement, je dirai moment unique pour LA RESTITUTION FINALE, la résurrection, enfin debout, sortie du sommeil, éveil et pas repos éternel...
Bonjour Monsieur Grosse, Je lis toujours avec intérêt les parutions sur ce blog et les vôtres. Je tiens à vous dire ma tristesse alors que j'apprenais le décès de Marcel Conche. J'avais prévu de lui écrire pour son anniversaire mais il ne m';en a pas laissé le temps . Il a rejoint cet infini qui lui avait taraudé l'esprit dés son plus jeune âge, cet étonnement qui pour moi est la marque de la philosophie. J'ai beaucoup de sympathie et d'admiration pour cet homme de la terre. Comme lui je suis né dans une famille pauvre et marquée par cet esprit de la campagne , celui qui fait de la simplicité la source de la joie. Et ses ouvrages! et son escapade auprès d'Emilie ! et son allure si singulière ! et sa façon de parler, de plaisanter toujours avec considération pour ce qu'il avait à dire! Et le mal absolu qui en ce moment frappe des enfants ukrainiens! Voilà entre autres choses ce que Marcel Conche laisse comme témoignage pour moi. Ses livres comme il l'a écrit sont et seront pour moi le message d'un homme et d'un philosophe qui inspire ma vie dans cette recherche de la vérité , seul message sensé pour une époque tourmentée. Merci Monsieur Conche pour tout ce que vous avez donné à vos lecteurs et plus généralement à la philosophie ! Non votre corps n'ira pas rejoindre "le fumier des cochons" , pour moi il sera toujours quelque part dans cet infini et plus concrètement là où la terre de Corrèze vous a vu tendre le regard au loin comme pour mieux y revenir. Merci Monsieur Grosse de poursuivre votre travail pour perpétuer la mémoire de Marcel Conche. Respectueusement. Claude Cognat Annecy
Dans sa dernière lettre du 13 novembre 2021 à M. C., celle qui au téléphone recevait les textes de Marcel pour ensuite les mettre en page et cela durant 8 ans, quotidiennement, sauf week-end, M...
un livre majeur par tous temps puisque on meurt par tous temps et qu'on croit penser tout le temps (4 vraies pensées journalières sur 60000 pensées perroquetées)
clos et maison vus d'en bas à Treffort Marcel Conche s'est éteint, dimanche 27 février 2022 à 8 H du matin dans la maison familiale de Treffort dans l'Ain. À un mois de son 100° anniversaire....
LOU ANDREAS SALOME : UNE PHILOSOPHIE DE LA JOIE De qui Lou Andreas Salomé dite Las est-elle le nom ? D'une aventurière scandaleuse ? De la muse de Nietzsche ? Du Pygmalion de Rilke ? De la ...
premier papier du philosophe Yvon Quiniou sur Et ton livre d'éternité ? L'auteur de ce livre d'éternité fut le jouet pendant 80 ans de la commerie. Je-Moi-Lui faisait comme tout le monde. Porte...
Et ton livre d'éternité ? Jean-Claude Grosse + Vita Nova
format 16 X 24, paru le 14 février 2022
Vous pourrez commander le livre directement auprès de:
- Les Cahiers de l’Egaré
669 route du Colombier
83200 LE-REVEST-LES-EAUX
Par envoi d'un chèque de 28 € à l’ordre des Cahiers de l’Egaré (+ 5 € de participation aux frais de port) soit 33 € ou en venant l'acheter chez l'éditeur
- ou auprès de votre libraire, ou sur les plateformes de vente en ligne via
Soleils diffusion, 3 rue Jean Dollfus, 75018 Paris 0145488462.
666 pages dont 6 en quadrichromie
ISBN 978-2-35502-130-5 / PVP 28 € /
Licence Creative Commons
L’écrivain / Jean-Claude Grosse
hiérosolymitain d'Avers sur les eaux / d’Avers sous les eaux depuis le Déluge /
et de Corps Ça Vit /
et / Vita Nova
Les Cahiers de l’Égaré 669 route du Colombier 83200 Le Revest-les-Eaux
Voilà un livre d’éternité de 666 pages, placé sous le signe du diable, le tentateur qui propose à chacun de démesurer son nombril.
L’auteur de ce livre d’éternité, Celui qu’on appelait communément J.C., hyérosolymitain d’Avers sur les eaux, d’Avers sous les eaux depuis le Déluge et de Corps Ça Vit, appellation non brevetée, non protégée l’identifiant par nom-prénom, date et lieu de naissance, taille 1,69, sexe de taille XXL, fut le jouet pendant 80 ans de la commerie.
Je-Moi-Lui faisait comme tout le monde. Porteur de masques, joueur de rôles, il fut un faussaire, un imposteur.
À 80 ans passés, Lui-Je-Moi fut pris de fou-rire, il s’allégea puisqu’il n’était rien ni personne.
Moi-Lui-Je, Celui qu’on appelait communément J.C., donna naissance le 25 décembre 2020 à 00H00 à Vita Nova, un esprit totalement woke, inidentifiable, sans sexe, sans âge, sans genre, sans espèce, sans Histoire, sans mémoires, localisé comme corps, non localisable comme esprit, intemporel et acausal, un trou noir obscur à soi, absorbant toute tentative de mise en lumière.
photo de couverture argentique de Hélène Théret
Sommaire
Les derniers jours de l’humanité
Dehors devant la porte
Livre I – au temps de l’apocalypse joyeuse /
autant en emporte le vent de chernobylhome /
autant en brasse l’océan de foukirira /
au temps du CAC 40 – COP 21 = COVID 19
1 – les migrerrants
2 – les marrantschiants
3 – 15 août 1971
4 – poison du 1° avril 2020 / le monologue du virus
5 – le temps du confinement
6 – admis aux soins intensifs
7 – le jour d’après
8 – sortie progressive du confinement
9 – contribution au jour d’après / nature et culture
10 – 9 juin 2021
Livre II – Romans polyphoniques de sa vie /
Ça vit choisit ses romans et romances
1 – La question (Question de vie et de mort)
2 – La déclaration inaugurale
3 – (Dés)apprentissage de la bêtise de la maîtrise
4 – La jeune fille de 16 ans
5 – Le jeune homme de 27 ans
6 – Grande Vie Cosmique / petite mort orgamisque / Intime / Extime
7 – La fabuleuse rencontre de Lola à La Béate, nid d’amour fusion de Serge et Lula
8 – Oui, je veux bien OUI
9 – Lola fille de joie
10 – Es-tu disponible ?
11 – 46 ans d’effet lune de miel
12 – 46 ans d’effet lune de miel (suite)
13 – Portrait de la femme aimée 40 ans après
14 – L’Éternité d’une seconde Bleu Giotto
15 – L’Éternité d’une seconde Bleu Giotto (à suivre)
16 – Les déambulations d’un confiné
17 – Brouillon à toutes les personnes singulières-plurielles que nous sommes
18 – où JE-LUI en est à 80 ans passés
19 – un manuscrit inédit
20 – rêve d’une école de la vie
21 – s’ensauvager l’été
22 – L’adolescente devenue Femme-Fâme
23 – Vivre les saisons au féminin que tu sois femme ou homme
24 – Voir / Recevoir le regard soudain lavé
Livre III – Sa vie antérieure /
Ça vit adesso et sempre hic et nunc
1 – Enfance /Adolescence (1940 - 1953)
2 – Enfant de troupe / Saint-Cyrien (1953 - 1962)
3 – Lieutenant dans l’Algérie indépendante (septembre 1962 - février 1964)
7 – Les 4 Saisons d’Avers sous les eaux (1983 – 2004)
8 – Retraite (Jubilación) fin juin 1998 - ...
9 – Je suis Charlie / 11 janvier 2015
10 – Attentat du Bataclan / vendredi 13 novembre 2015
11 – Le temps des Gilets Jaunes (17 novembre 2018 – décembre 2019)
12 – Écrire le viol / Réflexions sur l’affaire Weinstein / Le Consentement /
13 – Bicentenaire de la mort de Napoléon / Décapitation de Louis XVI / Décapitation de Samuel Paty
14 – 150° anniversaire de la Commune
15 – Ses nouvelles convictions politiques
16 – 35 ans après Chernobylhome
17 – Cahier des Futurs Désirés pour Corps Ça Vit
18 – en attendant, je pleure /
en attendant le ruissellement
19 – et puis après, j’ai souri /
et puis après, ce fut l’exil généralisé
Livre IV – Baklany / Baïkal - Sillages /
la Vie / l’Amour-Agapé
Le théâtre dans la vie / le théâtre et la vie / le théâtre dans le théâtre /
Dans le sillage de Baïkalal
Dans le sillage de Dasha K
Dans le sillage de Marilyn
Livre V – Pharmacon : Tu es Aimé Tu es mon Bien-Aimé
Livre VI – La naissance de Je Suis Vita Nova
« Je crois bien que notre vie intérieure tout entière est quelque chose comme
une phrase unique entamée dès le premier éveil de la conscience,
phrase semée de virgules, mais nulle part coupée par des points. »
Henri Bergson, L'énergie spirituelle, (in Oeuvres, édition du centenaire, Paris, P.U.F., 1963, p.858)
« Les vies que nous n’avons pas vécues, les êtres que nous n’avons pas aimés, les livres que nous n’avons pas lus ou écrits, ne sont pas absents de nos existences. Ils ne cessent au contraire de les hanter, avec d’autant plus de force que, loin d’être de simples songes comme le croient les esprits rationalistes, ils disposent d’une forme de réalité, dont la douceur ou la violence nous submerge dans les heures douloureuses où nous traverse la pensée de tout ce que nous aurions pu devenir. »
Pierre Bayard, Il existe d’autres mondes, (Les Éditions de Minuit, 2014)
en exergue de D’autres mondes de Frédéric Sonntag, Éditions théâtrales, avril 2021
en lien avec L’hypothèse du Tout et La Révolte des ressentants de Leafar Izen
c'était avant-hier et hier, pas encore demain
Jean-Claude Grosse
Né le 25 octobre 1940, période de l’esprit munichois et de la drôle de guerre
professeur de lettres et de philosophie de 1964 à 1998
créateur et directeur bénévole du Festival de théâtre du Revest (Var) de juillet 1983 à juillet 1991
directeur artistique bénévole des 4 Saisons du Revest et de la Maison des Comoni, de juillet 1990 à décembre 2004, théâtre subventionné par le CG Var, le CR PACA, la DRAC PACA
directeur des éditions Les Cahiers de l’Égaré depuis juillet 1988 (théâtre, philosophie, poésie) : 230 titres publiés
JCG se veut poète tentant de rendre léger le quotidien mortifiant du commun des vivants. Poète de l’instant fugace laissant trace légère sur paroi rupestre ou peau délicieuse. Poète des rencontres floues et de l’amour fou. Poète de la part nomade qui survit en chacun, prête aux départs, sous la croûte sédentaire. Poète de l’intervention d’urgence contre les oppressions mangeuses d’hommes. À l’émotion de ceux que la vie interpelle – heurs et malheurs de chacun et de tous – il veut allier la lucidité de celui qui l’accepte comme elle vient – jusqu’à épuisement de ses jours et de ses nuits –. La volonté de celui qui veut la changer, en renonçant à ses aveuglements. L’humour de celui qui sait dérisoires son savoir et son pouvoir à l’échelle des grands espaces, des temps infinis, comme à l’échelle de l’infime, de l’intime. Il veut son écriture transparente pour essayer de faire entendre une voix juste.
Bibliographie :
Gros Sel, poèmes (Saint Germain des Près, 1980, épuisé)
Le flou des rencontres rend fou, poèmes (La Table rase, 1983, épuisé)
Parole d’aimant(e), poèmes (Les Cahiers de l’Égaré, 1988, épuisé)
La lutte des places, théâtre (Les Cahiers de l’Égaré, 1997)
La Vie en jeu, théâtre (Les Cahiers de l’Égaré, 1997), aide à l'écriture DMDTS 1992
La Parole éprouvée, poèmes (Les Cahiers de l’Égaré, 2000)
Trois femmes, Le Corps qui parle, théâtre (Les Cahiers de l’Égaré, 2001, épuisé)
De l’impasse à la traverse, essais (Les Cahiers de l’Égaré, 2003)
Pour une école du gai savoir, essais (Les Cahiers de l’Égaré, 2004)
Corsavy d'hier à aujourd'hui, récit poétique (Les Cahiers de l'Égaré, 2006, épuisé)
Corsavy, paysages et visages, récit poétique (Les Cahiers de l'Égaré, 2006, épuisé)
Les Enfants du Baïkal, poème-récit (Les Cahiers de l'Égaré, 2010, épuisé)
Le Fils du Baïkal, poème-récit (Les Cahiers de l'Égaré, 2010, épuisé)
L'Île aux mouettes, œuvre ouverte (Les Cahiers de l'Égaré, 2012)
Tourmente à Cuba, théâtre, inédit 2013, répertoire des EAT
L'Éternité d'une seconde Bleu Giotto, théâtre (Les Cahiers de l'Égaré, 2014)
Là où ça prend fin, théâtre (Les Cahiers de l'Égaré, 2014)
Histoire de places, théâtre (Les Cahiers de l'Égaré, 2016), création au festival d'Avignon
Dis pépé, le feu rouge, il est vert, théâtre JP, inédit 2016
Journal d'un égaré, (Les Promeneurs solitaires, 2018)
A publié dans les revues : Aporie (Le Revest), Sud (Marseille), Nu(e)(Nice), Pris de peur (Cherves), Revue des Archers (Théâtre Toursky, Marseille), La licorne d’Hannibal (Perpignan),
IA (revue du syndicat des inspecteurs d’académie, Paris),
revue de la Fondation Antonio Machado…
A participé aux Controverses d’Avignon, Manifeste pour un temps présent III, Controverses avec les auteurs, 2000
vignette Marie Morel pour le livre I; vignette Lucy Pereyra pour le livre VI
note de l'écrivain Alain Cadéo
"Que tu connaisses ou non quelqu’un, s'il a quelque chose à raconter, écoute-le, lis-le, laisse-toi porter sans juger, suis-le page après page dans le labyrinthe de sa vie qu’il consent à partager. Il fait l’effort de se livrer.
Il est immense et minuscule avec ses notes et ses scolies. Suis-le sur ce sentier étroit rempli de sanctuaires et parsemé de noms que tu ne connais pas. C’est sa vie… C’est sa vie...
C’est long mais tu y vas, armé du bon bâton des chemineaux et d’une gourde en peau pour avaler les mots du « hiérosolymitain d’Avers sur les eaux » qu’on appelle communément J.C. Lui-je-moi, J.C pour les intimes. Ayant avis sur mille choses, doté d’un rire grasseyant, il accomplit ses mignardises en bousculant le Temps. C’est « Grosse » cavalcade sur tous terrains minés.
Sérieux comme un Trotskyste, jaune comme un gilet, rigolard et paillard comme un moine ventru, illuminé de la dernière extase, il ne t’épargne aucune cause et t’en ressers le lendemain.
Tu peux le lire à reculons, en boucle, en sautillant, ou pas à pas l’accompagner sur son chemin de croix et vers ses paradis. C’est ramassis d’affaires, d’histoires et de dates, tu comprends rien parfois ou tu veux pas y aller.
Pourtant en canoë kayak tu dégringoles sa rivière…et les berges défilent…tu te laisses emporter.
-Mais où tu vas J.C?
-Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 666 pages, là où un soleil sans fin versera sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré."
retour de lecteur :
Comme la 1ère épreuve, le livre est déroutant et on ne saurait le classer … ce qui est probablement un compliment. Je l’ai lu jusqu’au bout.
Sachant que c’était une 2nde lecture, ça signifie qu’il a réussi à susciter ma curiosité et mon intérêt jusqu’à la fin!
Bien entendu, on y retrouve de tout : pièces de théâtre, poèmes, questionnements profonds sur la société et autres sujets, notes de lecture, éléments de biographie et, enrobant le tout, une ode magnifique à l’amour (d’Annie).
Je l’ai trouvé beaucoup plus structuré que le 1er jet, même si effectivement on peut le lire n’importe comment.
Une chose m’a dérangé : on sent bien qu’on a affaire à une grosse tête extrêmement cultivée et même s’il est clair que l’intention n’est pas d’étaler son savoir, ça agace parfois (moi du moins … je ne supporte pas les téléphones qui prétendent être plus intelligents que moi !).
En conclusion : une belle œuvre … même si elle donne des démangeaisons (à l’auteur !)
retours quantiques sur Et ton livre d'éternité ?
énigme : qui est l'auteur de ces retours ?
1 - Une écriture vitale multidimensionnelle. Une logique de ces multiples dimensions est assise sur un bonhomme, en tant qu'axiome vivant, qui se traite plus d'une fois comme un postulat. Tout se passe alors comme s'il demandait, et se demandait, qu'un tel bonhomme puisse exister, en de multiples existences tout de même coordonnées par une logique assise sur l'irrationalité continue d'un coeur qui bat et de neurones qui déchargent leur électricité. Ce bonhomme est unique et à la fois comme tous. Il (se) demande aussi comment il peut exister, pourquoi, en quoi et même par quel miracle, voire damnation.
Aucune vie d'écriture ne rend compte d'une vie, moins encore de la Vie. Pour ce bonhomme, problématisant le bon, il s'agit donc plutôt, en toute franchise parfois biscornue, de se fictionner le dos et le reste. Il a multiplié les efforts et versions herméneutiques, en ayant tendance à y croire à chaque fois mordicus. La dernière version à ce jour commande à la narration des autres, mais je crois que le lecteur gagnera à les faire jouer toutes ensemble. Je ne crois pas que, chez un tel bonhomme, il y ait trop sérieusement une version définitive de l'interprétation de sa vie, la Vie, la Matière, le Vide, le divin, etc. C'est que ce bonhomme se traite aussi comme tel : un sacré pote, un rigolo fort sérieux et même un Popol partisan d'un fieffé recul de l'âge de la retraite. C'en est donc un qui se frotte aussi le dos, en plus de se le fictionner.
Un fragmenté continu flottant, ce livre est surtout à sa non-image subsumable. C'est qu'il touche ou croit toucher à un divin, il ne fait pas seulement figure d'ours sur le seuil de la Caverne de (l'amour à la) Platon. Même s'il croit y toucher, il y touche, en cela aussi légère danseuse sur beaucoup de fils, jolie araignée ayant pour prénom J.C. comme l'Autre.
2 - Un Livre de vrai jeune homme attire les mouches. On est ici en présence d'un Livre qui attire jusqu'aux mouches quantiques, soit certaines des plus belles demoiselles du Vide, en tant que fluctuations de la notion de jambe dégainée. En effet, le bas de soie n'est plus de saison dans une architecture cosmique en marche où il est question de Soi, peut-être de non-Soi, mais en tout cas pas d'abord de toi.
Une intrication des modulations de poules permet au bon garçon, même de cent un ans, de dépasser la notion de poule et de perchoir, et aussi d'oeuf à la coque et de petite cuillère.
La vie est belle comme avant-dernier mouvement dans une Nature totale, où même un Zemmour fait figure de fougère bien heureusement merdée par un épervier sans père légitime. Une pénultième gymnastique douce dans la vibration du grand Tout.
En même temps, la vie singulière d'un poète et d'abord d'un homme (tel Macron sur le mont Hollande ?) apparaît comme la condition sine qua non d'une vision singulière, irréductible, incommentable en son noyau, malgré les apparences, car inégale à toute autre.
Le problème, c'est moins d'avoir raison que de proposer une raie horizon franche, complexe comme une rhapsodie, éclairante comme un fanal dans la brume. La fonction de raie horizon est commune à mon coiffeur, au physicien et aussi à la mère Michel comme brave femme, mathématicienne de choc et déesse de l'auto-fécondité. C'est ainsi que l'auteur qui fut aimé par beaucoup plus jeune que lui, le fut aussi, encore enfant, par une vieille peau, colonelle de réserve qui en avait encore, notamment au beurre ontologique.
Bref, la question de l'amour parcourt ce Livre,comme l'éclair la salade de fruits du Médor qui garde l'entrée des landes bien concrètes de la Jérusalem céleste.
un livre puissant, personnel et universel, un amour vibrant pour l'olivier
« L'histoire de l'olivier est secrète et intense. Fragile, il aime la paix et ne s'épanouit que lorsque la folie des hommes s'atténue et laisse place à la douceur de la vie. Mais l'olivier puise sa bienveillance de plus loin : il a en lui le don de la mémoire. Devant l'ignorance, la bêtise et le découragement, il suffit de regarder les feuilles argentées de l'olivier danser au rythme de la brise et épouser la course du soleil dans le ciel pour puiser courage et volonté. L'olivier est un géant au coeur lumineux. »
Les Secrets de l'olivier est l'histoire d'une jeune femme qui après avoir parcouru le monde s'installe en Corse et plante de ses mains une oliveraie pour y produire une huile fruitée et ardente. Elle devra affronter le maquis, l'adversité, les forces de l'ombre, pour faire triompher la beauté et surtout l'amour. Antigone de la Méditerranée et de l'olivier, Émilie Borel nous offre le récit dévorant de sa vie, mais aussi une philosophie de l'huile d'olive.
Les secrets de l'olivier
Émilie Borel
Équateurs, septembre 2019
Préparant un atelier d'écriture sur oliviers et vignes au domaine de Tourris au Revest, pour le dimanche 16 mai
préparant un livre pour accompagner Marcel Conche dans ce qui fait sa vie : écrire chaque matin
je ne pouvais manquer de lire Les secrets de l'olivier d'Émilie Borel, paru en septembre 2019 en même temps que La nature et nous de Marcel Conche chez HD, dans lequel sont reproduites les lettres d'Émilie à Marcel (année 2001).
Lecture faite ce 8 mai.
Voilà un livre allant de l'enfance-adolescence dans de nombreux pays du monde parce que le père, Philippe, est chargé de programmes alimentaires pour le compte de l'ONU, pays pas faciles souvent, où la violence fait rage (Guatemala par exemple) ; « nous (elle associe à son histoire, celle de sa sœur cadette, Sophie) traversâmes l'enfance et l'adolescence de pays en pays, à la fois déracinées et métissées » p.20
aux études poussées à la London School of Economics
puis aux missions humanitaires souvent risquées (Angola par exemple) où Émilie déploie des compétences d'organisation, un sens profond de l'empathie, de la compassion, de la bienveillance (à l'orphelinat pour enfants handicapés mentaux aux abords de Douchanbé au Tadjikistan, elle mit en place un programme réussi de réhabilitation des locaux)
ces expériences décrites par Émilie sont toujours nourries de considérations métaphysiques (sur le Tout ; « à quoi penses-tu » lui demandait sa mère, Vân, nuage, d'origine vietnamienne ; « au Tout bien sûr » répondait-elle), de récits légendaires (l'histoire de Majnun et Leïla ou l'amour absolu), de citations remarquablement placées : « connaître ce n'est pas démontrer ni expliquer, c'est accéder à la vision » (Saint-Exupéry)
En 1999, surgit l'appel, préparé au secret depuis longtemps, l'enfance déjà, appel exigeant, inexplicable, nécessaire. Elle avait compris que « le monde ne change pas, seuls les êtres changent et uniquement de leur propre gré ». C'est sur cette voie qu'elle s'engagea et méditerranéenne, choisit la Corse mais aussi la mythologie (Iliade, Odyssée), la métaphysique des Grecs antiques (le logos d'Héraclite) avec apprentissage pendant un an à Aix du grec et du latin : « je désirais me réconcilier avec le monde, retrouver le sens du juste, de la dignité et de l'honneur. » p.51
Amoureuse de marches solitaires sur des chjassi, sentiers dans le maquis, Émilie découvre, mangés par des ronciers et autres espèces agressives, de très vieux oliviers. Elle les dégage, brûle les ronciers. Une vocation est née. Ce sera bientôt une passion. Mais avant, c'est la vie avec l'homme aux chevaux, un castanéiculteur, la découverte du châtaignier, de la châtaigne, de la farine de châtaigne. Puis la découverte d'une parcelle qu'elle trouva propice à la culture de l'olivier, 13 ha mais l'administration usa de son droit de préemption et la parcelle fondit à 5 ha. On est en 2008.
Le chapitre 8 est consacré au philosophe, pages 69 à 76. Merveilleuses lectures et profonds commentaires des pré-socratiques ou de Leibniz dans le jardin des oliviers, une agora pas dans une enceinte universitaire mais en pleine terre, au contact du ciel, du cosmos. Un point de divergence se creusa entre l'athée entêté et Émilie, l'amoureuse du Tout, de la Vie créatrice : « c'est dans l'effort de Vie que de la rose émanent ses parfums, de cet élan de Vie que l'arbre fait renaîtres ses fruits. » Et de citer le vieux philosophe : « et l'olivier planté est la beauté devenue évidente. J'imagine la joie d'Émilie devant son poème de terre et d'eau, de douceur et de lumière, de feuilles et de fruits mûrs. Car un poème ne se fait pas seulement avec des mots. Ainsi ai-je rêvé devant le terrain d'Émilie. »
Elle nomme Marcel Conche vers la fin du livre, p.130 quand elle cite une prière qu'il a traduit :
Vaines sont les mille croyances
Qui meuvent le cœur des hommes, indiciblement vaines ,
Sans valeur comme herbes fanées
Ou l'écume oiseuse de l'océan sans bornes.
Pour faire douter une âme
Tenant si fermement à ton infinité
Si sûrement ancrée
Au roc inébralable de l'Immortalité...
À partir du chapitre 9 : L'amour, Émilie fait le récit de sa rencontre avec Ivo Berta, technicien oléiculteur et moulinier de réputation internationale. Leur rencontre d'abord technicienne (elle a besoin de ses services et conseils) se mue en amour, Émilie le demandant en mariage et lui, disant, en la regardant dans les yeux Oui tout simplement, p.83. Naissance de Théa, un 24 août.
Le récit est aussi celui d'un combat pour l'oliveraie, la spécificité des oliviers trouvés en une région de l'île, contre l'impéritie, l'inertie de l'administration et de l'état, l'animosité y compris agressive à l'encontre de leur réussite de la part de la filière oléicole corse et sans doute de la mafia, épisode de l'homme immobile à contre-jour dans l'entrée de la maison
(en 10 ans, 2008-2018, l'huile d'Ivo et Émilie devient la 1° huile française à être classée dans les 10 meilleures huiles d'olive du monde par 7 concours internationaux).
La leçon qu'elle en tire, c'est au travers d'un conte, celui de la luciole et du crapaud. À la luciole qu'il va avaler, le crapaud dit Pas briller, pas briller, p.138.
Dans ces chapitres, on suit aussi l'olivier dans sa croissance, sa fructification par olivier pollinisateur, l'évolution du fruit au gré des saisons, les menaces qu'il faut déjouer si on peut, pluies diluviennes, trop grande sècheresse, feux parfois volontaires, mouche de l'olive, voire bactérie décimant une partie des oliviers d'une région italienne. C'est mieux qu'un manuel technique car il y a toujours le lien avec les anciens, un mixte entre grec par l'esprit et perse par la grâce et la beauté.
J'ai aujourd'hui la conviction qu'il n'y a pas plus beau et grand voyage que celui du chemin caché au fond de nos cœurs. phrase finale p.151
Pour terminer cette note de lecture, je signalerai ce qui me semble être sa caractéristique d'écriture, une retenue, une distanciation, elle ne nomme pas, elle dit l'homme aux chevaux, le philosophe, l'homme immobile. En écrivant ainsi, elle évite tout jugement, se montrant très respectueuse même des adversaires.
Ce livre me semble essentiel pour enfin avoir la version d'Émilie sur la relation entre Marcel et Emilie, en contraste avec Le silence d'Émilie dont j'ai été l'éditeur. (voir ma note Sur le silence d'Émilie) Et le dit d'Émilie est un dit me semble-t-il de profonde sincérité, honnêteté, humilité. Voilà me semble-t-il, une femme de caractère, de conviction, de passion, une femme qui par le faire, par le travail de l'arbre de lumière et de paix, peu considéré à la différence de la vigne, une femme donc qui par le faire réalise, incarne son être, cet irreprésentable, ce mystère qui fait qu'on est une partie du Tout et ce Tout en même temps.
« Vous n'êtes pas une goutte dans l'océan. Vous êtes l'océan tout entier dans une goutte d'eau. »
Djalâl Al-Dîn Rûmi.
Le 8 mai 2021
mon ressenti sur ce qui me semble être la vision d'Émilie
l’olivier a comme toute chose, tout être, sa place dans le Tout, il est une partie du Tout et le Tout en même temps; cela me renvoie au phamarcon qui m’a décillé les yeux, vers le 1° janvier 2021 Tu es aimé, tu es mon bien-aimé; Tu c’est la Source, l’Origine infinie, informée = sans forme, de tout ce qui apparaît, disparaît et qui a forme, qui est incarné; tu es aimé = à égalité avec chaque chose, chaque être qui existe, de l’infime virus aux étoiles et inconditionnellement; tu es mon bien-aimé = dans ta singularité, pour ta mission de vie que tu définiras librement;
on a parlé de philosophie de l’olivier à propos de ce livre, je crois qu’il faut revendiquer mystique de l'olivier
quant à l'huile d’olive du moulin d'Oltremonti, son goût, je souhaiterais qu'Émilie réussisse à mettre les mots justes, poétiques peut-être parce que les termes techniques des professionnels constituent souvent une barrière d’après moi
se lancer dans la mystique de l’olivier et dans une approche très sensible, sensitive du goût de l'huile d'Oltremonti c'est mettre en avant l’amour porté à ce lent travail d’élaboration et cet amour, ça ne s’évalue pas mais sans cet amour pas de place dans les concours internationaux
(l’amour inconditionnel est une force, il peut soulever des montagnes, c’est aussi un sentiment bien sûr qui demande le nettoyage de l’ego, de l’envie de posséder)
le château de Tourris, le cadran solaire, la chapelle; aucune photo permettant une reconnaissance faciale n'a été utilisée remerciements aux propriétaires du domaine qui nous ont permis de ...
Installation d'Aïdée Bernard. La plasticienne réalise des œuvres poétiques en papier de plantes, un univers aérien où textes, lumières et papier se mêlent.
C e temps des olives. Je ne connais rien de plus épique. De la branche d'acier gris jusqu'à la jarre d'argile, l'olive coule entre cent mains, dévale avec des bonds de torrents, entasse sa lourd...
le poème de l'olive est paru en 1931 dans la revue Bifur
dans Noé de Jean Giono
Je m'accroupis dans les buissons, au droit-fil d'un rayon de soleil, et je ramasse les olives des branches que j'ai coupées. Les fruits sont magnifiques. Couverts d'une fine poudre de riz perlée, dès qu'on les touche ils laissent aux doigts un gras suave et découvrent leur chair violette, dans la couleur de laquelle il y a déjà en suspension la couleur de l'huile.
La bibliothèque aux olives. Poétique de la cueillette dans Noé / Jean-Yves Laurichesse Université de Perpignan
le Mont d'Or, la maison de Giono se trouve au pied du Mont d'Or
Pour une littérature de l'olivier par Costanza Ferrini
Ce texte est dédié à mon maître à écouter les oliviers : Francesco Biamonti.
texte paru dans La Pensée de midi N° 10 / 2003de Thierry Fabre
Dans une société qui ne connaît plus la patience, je voudrais aborder la littérature de la Méditerranée avec un regard particulier, en choisissant comme guide, pour traverser cette mer d’une rive à l’autre, l’olivier.
2L’olivier et la littérature méditerranéenne ont des caractères identiques. Les espèces d’oliviers qui poussent en Méditerranée se comptent par milliers : c’est un arbre qui est présent sur toutes les côtes, et dans tous les premiers arrière-pays. Mais il a en même temps un besoin essentiel : la spécificité d’un lieu. Il y a autant d’espèces d’oliviers que de points de vue sur la Méditerranée. De la même façon, la littérature de cette mer est toujours extrêmement localisée, et ce sont ces racines qui lui permettent son développement, son caractère transversal. Et puis, les oliviers, apparus en Arménie il y a une dizaine de milliers d’années, se sont répandus depuis dans toutes les terres du bassin, jusqu’au Portugal et au Maroc. La littérature méditerranéenne n’a pas fait autrement : à partir d’une origine géographique quasi identique, elle a pu accueillir tous les imaginaires, aussi nombreux que les espèces d’oliviers.
3Cette image de transversalité est très forte, et pour l’illustrer, je voudrais commencer par un extrait de la sourate XXIV du Coran, dite De la Lumière. Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Semblance de Sa lumière : une niche où brûle une lampe, la lampe dans un cristal ; le cristal, on dirait une étoile de perle : elle tire son aliment d’un arbre de bénédiction, un olivier qui ne soit ni de l’Est ni de l’Ouest, dont l’huile éclaire presque sans que la touche le feu. Lumière sur lumière !
4Tout olivier donne sa lumière, qu’il soit d’Orient ou d’Occident. C’est de la variété de sa diffusion géographique, toujours conjuguée à un “ici” précis, que jaillissent sa puissance et celle de sa littérature.
Le sens du lieu
5L’olivier crée, par sa présence, un lieu. Il devient abri. Dans un passage de l’Odyssée, Ulysse décrit à sa femme leur lit de noces, construit sur un rejeton d’olivier puissant comme une colonne. Pour cette description technique d’une chambre et d’un lit bâtis autour d’un arbre, Homère utilise certains adjectifs qui signifient “riche en feuilles”, “avec un grand pied”… Cette idée d’un lieu créé par l’olivier, ici directement lisible, donne également une clé pour comprendre d’autres passages de l’Odyssée. Ainsi, quand Ulysse fait naufrage dans l’île des Phéaciens, à bout de forces, perdu, il cherche un abri où reprendre ses sens : Il s’en alla vers la forêt [et] se glissa sous une double cépée issue d’un même tronc, un olivier sauvage et un olivier cultivé. Ni la force humide des vents qui soufflent n’y pénétrait, ni jamais le soleil brillant ne les transperçait de ses rayons, ni la pluie ne les traversait. […] C’est sous leur abri qu’Ulysse se cacha […] et il se fit une couverture de feuilles. L’union des deux oliviers lui construit un “chez lui” dans cet ailleurs inconnu. Quand, à son réveil, les suivantes de Nausicaa veulent le laver et l’habiller, elles posent à côté de lui un manteau, une tunique et une fiole d’or emplie d’huile fluide. Alors l’illustre Ulysse leur dit : “Suivantes, tenez-vous à distance, que je sois seul pour me baigner, ôter de mes épaules l’eau de mer et me frotter d’huile d’olive, car il y a longtemps que mon corps n’en a pas reçu.”
6Ces oliviers de l’île phéacienne sont d’une espèce sûrement différente de ceux d’Ithaque, mais c’est à travers le soin de son propre corps qu’Ulysse retrouve son identité, son paysage. Et ce n’est pas un hasard si c’est ici aussi qu’il retrouve sa propre histoire. L’olivier est en même temps paysage de l’âme et de la peau, deux entités pour les Méditerranéens qui sont souvent superposables.
7Nous retrouvons trace de l’île des Phéaciens dans l’ouverture de Manosque-des-Plateaux de Jean Giono : Quand j’étais tout petit, je jouais, puis j’avais faim. Ma mère taillait alors une plate tartine de pain, elle la saupoudrait de sel, elle l’arrosait d’huile, par un large 8 de la burette penchée, elle me disait “Mange.” Ce sel, il me suffisait de humer le vent odysséen : il était là avec l’odeur de la mer ; ce pain, cette huile, les voilà tout autour dans ces champs de blé vert dessous les oliviers.
8C’est avec le nez que Giono établit une connexion avec le vent, c’est avec la bouche qu’il goûte sa terre, la fait devenir sa propre peau, jusqu’à la transformer en nourriture. Tu m’as nourri de ces collines, écrit-il en s’adressant à sa mère.
9L’olivier acquiert pour ainsi dire une parentèle intime, comme l’exprime également le poème de Mehmet Yashin, L’Olivier amer.
On ne m’avait pas dit / que l’olivier était mon grand-père / ses bras ridés couverts de rugueuse peau, / un visage lumineux un fixer obscur. Il me reconnaît même de loin / Il secoue ses branches et frémissent ses feuilles / On dit que grand-père l’avait planté avant sa mort. Autant vigoureux dans le tronc, autant délicieux le parfum / ses petites feuilles jamais sans un grand sourire… On ne m’avait pas dit que c’était mon grand-père / ses feuilles argentées brûlaient pour moi comme de l’encens[1][1]L’une des traditions de Chypre est de brûler des feuilles…/ le plus cher grand-père l’olivier amer.
11L’olivier, espace et abri, s’ouvre ici sur une présence. Celle-ci nous arrive d’un temps passé, des siècles parfois, mais ce temps est celui d’un “ancien-présent”. Il pensait aux oliviers d’autrefois, à leur air sacré, toujours neuf, écrit aussi Francesco Biamonti dans son roman Vent largue.
12Dans le film de Liana Badr, Zeytouna (L’Olivier), qui se déroule en Palestine, les femmes défendent leurs arbres contre les déracinements effectués par les Israéliens, parce que l’olivier est l’une des ressources économiques et des conditions de survie du peuple palestinien, mais aussi parce que là où il y a un olivier, il y a un lieu. Déraciner un arbre signifie annuler un lieu, qui redevient ainsi espace sans mémoire, sans histoire, sans repère.
Le dialogue tacite des oliviers
13L’olivier respire en un mouvement diastolique du temps. Autour de la Méditerranée, le poids du passé peut être plus lourd qu’ailleurs, s’il y a absence de dialogue avec le temps. Giuseppe Bonaviri, écrivain sicilien, dans l’un de ses plus célèbres romans, Le Murmure des oliviers, montre la capacité qu’ont ces arbres à dialoguer. Un dialogue avec l’homme qui n’est tacite qu’en apparence. Car l’olivier nie, par sa présence, la solitude. Dans la campagne, aussi loin que pouvait porter le regard, on ne voyait personne, à part les oliviers avec leurs frondaisons dont les branches ployaient sous la pluie qui tombait. Pour Bonaviri, les oliviers sont en harmonie avec le paysage. Ils sont sources de lumière (Et ce soir-là, la lune semblait avoir du mal à se lever. […] Seule une légère clarté émanait des oliviers) ou de chaleur, mais aussi parfois sources d’émotions ou d’attitudes humaines (Lorsque la campagne est déserte, même les oliviers paraissent abattus sous le vent chaud), et ils peuvent même aller jusqu’à reproduire la parole (Personne n’ayant répondu, sauf l’écho renvoyé par les oliviers).
14Francesco Biamonti, lui aussi, réussit à saisir un tel écho au sein d’un matin lumineux. Il pensait aux oliviers, à leurs branches presque minérales, à leurs troncs presque humains. Ils avaient un feu intérieur et semblaient parler dans la lumière du matin.
15René Fregni, lors d’un entretien que nous avons eu ensemble il y a quelques années, avait conclu par ces mots : Il y a autant de choses à voir dans un olivier que dans tout le reste du monde. Il faut simplement prendre le temps de regarder comme il s’est donné le temps de nous aider à vivre. Après une longue fréquentation avec de tels arbres, la leçon à retenir est bien celle de la patience, celle du temps de la croissance.
16Le célèbre commissaire Montalbano d’Andrea Camilleri cherche la solution des crimes auxquels il est confronté sous un olivier. Sa méthode est très simple : il abandonne sa pensée, qui, sous l’arbre, semble retrouver son issue.
Observé d’en dessous, l’olivier paraissait plus grand et plus emmêlé. Il vit la complexité de la frondaison qu’il n’avait pu distinguer quand il était installé à l’intérieur. Quelques mots lui vinrent à l’esprit. “Il y a un olivier sarrasin, grand… avec lequel j’ai tout résolu.” Qui les avait prononcés ? […] Ces mots, c’était Pirandello qui les avait dits à son fils, quelques heures avant de mourir. Et ils se référaient aux Géants de la montagne, l’œuvre inachevée.
18Le personnage de Vent largue de Francesco Biamonti exprime le désir de reposer au pied de cet arbre. Au bord de la route […] Céleste bruissait. Elle était toujours la première à bruire. Cela peut-être lui avait valu son nom. “C’est sur sa souche que je voudrais qu’on disperse mes cendres, face au village perdu… Quel orgueil !”
L’entretien avec la mer
19Des pointes de mer argentées pénétraient dans le ciel comme répondant à l’appel des oliviers : c’est ainsi que s’exprime, encore, Biamonti, grand écouteur de ces secrètes correspondances de lumière entre rochers, oliviers et mer, dans sa terre ligure du Ponant.
20L’écrivain calabrais Giuseppe Gironda, de son côté, entend un autre type d’entretien entre l’olivier et la mer : Si seulement il y avait un tout petit peu de vent ! Quand il court entre les branches des oliviers, il fait un bruit semblable à celui de la mer, des vagues !
21Pavese, lui, s’adressait à sa Terra rossa terra nera (Terre rouge terre noire) par ces mots : Les olives de ton regard / adoucissent la mer. Et c’est exactement pour cela que le protagoniste du roman Attente sur la mer va visiter ses oliviers avant de repartir sur la mer. Il aurait voulu avoir avec eux un entretien, se faire face à eux homme de prière. Il les avait si souvent emportés sur la mer, comme un opium, un rêve.
22Et pour revenir au commissaire Montalbano, notons que, s’il va résoudre ces énigmes sous l’olivier sarrasin, la mer lui est un lieu équivalent : Montalbano, quand il n’avait pas envie d’air de la mer, remplaçait la promenade le long du môle de l’est par une visite à l’arbre des olives.
Les femmes, l’olivier et la mer
23Il y avait une fois, dans une ville grecque, le soudain jaillir d’une source et le soudain pousser d’un olivier. Ainsi commence la légende racontée par saint Augustin dans La Cité de Dieu. L’oracle delphique fut interrogé et les habitants apprirent que l’olivier symbolisait la déesse Athéna et l’eau Poséidon. Ils eurent à décider si la ville devait prendre le nom de l’une ou de l’autre. Le roi consulta le peuple. Les hommes indiquèrent le dieu de la mer, les femmes la déesse de l’olivier. Par une seule voix, les femmes gagnèrent. Poséidon, furieux, inonda la ville et, pour le calmer, les nouveaux Athéniens infligèrent aux femmes trois punitions : elles n’eurent désormais plus le droit de vote, ni celui de donner leur nom à leurs fils, ni celui de s’appeler Athéniennes. L’histoire est racontée par les hommes, et si le roi avait été une reine, il est probable qu’aujourd’hui Athènes s’appellerait Athènes Poséidonia, incarnant ainsi la double et inséparable âme grecque et méditerranéenne. Ce mythe fondateur est resté dans les gestes ou les rites des gens de mer et d’oliviers. Pour la femme, ces rites deviennent mémoire viscérale, une mémoire qui unit deux parties de son être au monde, deux temps indissolubles du grand cycle.
24Francesco Biamonti, dans Vent largue, raconte la vie d’un homme qui partageait sur une île la nostalgie d’une femme aimée avec les oliviers. La lumière épurait les oliviers et les rochers presque bleus. Il se rappela que, faute de mer, Sabèl les regardait.
25Sabèl, à son tour, interpose un silence entre elle et la mer. Elle est sur une île, donc en présence de son élément vital, mais de cette fréquentation exclusive et paisible jaillit la nostalgie des falaises, alors que les oliviers comblent chez elle, d’habitude, le vide de la mer… La nostalgie atteint également les arbres : les deux éléments sont strictement joints l’un l’autre.
26J’ai également le souvenir vécu d’une tradition païenne. Il y a un rocher en Tunisie, dans un village du bord de mer appelé Lella al-Bahrîya (La Dame des marins), où les femmes se rendent au crépuscule pour allumer des bougies. L’invocation qui accompagne ce geste signifie à peu près : Toi qui habites la maison de (ici, le nom de la famille du pêcheur), ouvre les portes de la mer, que le poisson rentre dans le filet. Et, l’une après l’autre, toutes les maisons des familles de pêcheurs du village sont nommées. Mais jadis, car ce rite est très ancien, on lançait : Toi qui habites l’olivier de… suivi de l’énumération du nom des arbres. Par l’olivier, on évoquait l’abondance de la mer.
27Amina Saïd convoque cette mémoire entrelacée entre la mer et l’olivier dans son chant La Douleur des seuils.
Je suis née d’un silence / entre la mer et l’olivier
Le mystère d’une étoile errante / me protège de moi-même
Je suis née d’un silence / entre la mer et l’olivier
Du rythme des vagues / et de l’enfance de la lumière
29Tandis que c’est sur son propre corps que la poétesse dalmatienne Vesna Parun découvre la mémoire viscérale de cette double appartenance. Puis je regarde mes mains luisantes / et mes cuisses dorées de l’écume marine / d’où jaillit l’huile des oliveraies.
Le temps des olives
30Levées avant l’aube, vêtues de leurs plus beaux atours et fardées, les pieds chaussés de cette sorte de babouches hautes et souples de couleur écarlate ornementées de dessins noirs, parées de tous leurs bijoux, les femmes se rendaient aux champs. Toutes les femmes aiment le temps des olives, car c’est celui où elles peuvent sortir. Elles rentraient aux étoiles éreintées mais heureuses.
31La femme berbère Fadhma Amrouche raconte la version féminine de la cueillette dans sa région. Nous sommes en Algérie dans les années trente. Les femmes sont obligées de faire la cueillette, mais elles sont habillées comme à la fête. Elles sont entre elles. En Palestine aussi, dans le film de Liana Badr, Zeytouna, la cueillette est menée par les femmes. Elles se taquinent, rient entre elles et jouissent de la récolte en se racontant des histoires…
Ce temps des olives, je ne connais rien de plus épique.
33De la branche d’acier gris jusqu’à la jarre d’argile, l’olive coule entre cent mains, dévale avec des bonds de torrents, entasse sa lourde eau noire dans les greniers, et les vieilles poutres gémissent sous son poids dans la nuit. Sur le bord de ce grand fleuve de fruits qui ruissellent dans le village tout notre monde assemblé chante. C’est Jean Giono, dans son Poème de l’olive, qui raconte ainsi la fête de l’abondance en Provence, dans ces mêmes années trente. Une fête qui, malgré de menues différences, se répète à l’identique dans toute la Méditerranée. On y jouit collectivement du résultat d’un an de travail. Et comme pour chaque tradition liée à l’abondance de la terre ou de la mer, on trouve aussi des rites propitiatoires, venus de la nuit des temps. Dans le centre de l’Italie, par exemple, on sacrifie une grande branche d’olivier avec des olives pour la fête de la fin de la cueillette. Autour de cette branche, placée au milieu de la place du village, tout le monde danse, et on “sacrifie” aussi de l’huile nouvelle pour frire des beignets de riz.
34Il y a un rapport singulier de l’homme ou de la femme à l’olivier, mais il y a aussi le moment du partage : celui de la joie liée à l’abondance, ou si parfois l’année est averse, celui de l’amertume du temps qui “enlève”. Comme l’écrit le poète originaire de Lucanie Leonardo Sinisgalli, L’olive a le goût de l’oubli / la saveur des larmes.
La résistance des oliviers
35En conclusion de ce bref tour d’horizon, dédions quelques mots aux oliviers comme lieu de résistance. Cet arbre qui pousse en Méditerranée suit de près son histoire, ses fractures et ses blessures. Pour les femmes palestiniennes, les oliviers sont le lieu de la résistance, parce que c’est à partir d’eux que leur histoire, leur genius loci, leur mémoire, se dégagent. L’olivier n’est pas simplement le symbole de la paix : il représente également pour le monde de la terre l’équivalent de ce qu’est Phénix pour les airs. C’est une plante presque immortelle, qui peut resurgir de ses cendres et faire repousser sans cesse de sa souche millénaire de nouveaux rejetons…
36Cette résistance permet à Moncef Ghachem de renverser l’image reçue de l’olivier comme lieu de paix, lorsqu’il dénonce le climat de censure dans son pays : La prison n’est plus dans la forteresse / Mais en plein air parmi les oliviers.
37J’aimerais, pour terminer, citer intégralement un récit de tradition orale, situé en Toscane pendant le ventenniofasciste (1925-1945), et que j’ai recueilli du poète Giacomo Trinci, qui l’a lui-même entendu maintes fois, par la bouche de son père Ari [2][2]Récit oral du 28 novembre 2002, par Giacomo Trinci et Francesco….
Mon père racontait que durant la période du fascisme son père Sem était considéré comme antifasciste, dans un petit village de Toscane où les antifascites frappaient les fascistes. Au village, chacun savait de quel côté étaient les uns et les autres. Grand-père Sem avait toujours refusé de prendre la carte du parti, et comme il connaissait tous ceux qui étaient passés dans le camp fasciste, il les attendait de pied ferme. Un matin, Gigi D.F. arriva, avec trois ou quatre hommes de main, pour lui demander de prendre la carte. – Allez, Sem, si tu veux que tes fils aient une vie plus facile… Fais un effort. Mon pauvre père ne leur laissa pas le temps de terminer ; il posa sa pioche, et sans même se tourner, il allongea une main, prit le fusil qu’il gardait toujours suspendu à l’olivier, et dit : – Tu as toujours été une ordure ; attention, si tu ne fais pas demi-tour, je vous tire dessus, toi, ceux qui t’accompagnent, toute ta famille et même ton chien (et ton chat aussi, si tu en as un). On ne les a jamais revus.
39Dans ces mille versions, ce récit conserve toujours des caractères fixes ; c’est ainsi que se révèle la naissance d’un mythe. Dans chaque variante, dès qu’apparaissent les fascistes, il y a un olivier, avec un fusil caché derrière, ou à côté. Le noyau stable représente le message qu’il faut faire passer dans tous les cas : on peut s’opposer au fascio, à l’arrogance d’un pouvoir imposé ou à une vision unique du monde, et chacun peut le faire à sa manière. C’est cette façon personnelle de marquer son opposition qui est soulignée dans le mythe. Certes, l’olivier représente l’élément de la campagne toscane le plus répandu, mais c’est aussi le sens du lieu. Le sien. A la carte du fascio, il opposera toujours l’olivier.
40Merci à Giulio Scatolini et Fabio Petrillo pour leurs suggestions. Sauf précisions, les traductions des extraits sont de Marguerite Pozzoli.
L’une des traditions de Chypre est de brûler des feuilles d’oliviers, soit dans une nouvelle maison, soit à la naissance d’un nouveau-né, pour, dit-on, “chasser les yeux du diable”.
Récit oral du 28 novembre 2002, par Giacomo Trinci et Francesco Fagnani, dans l’oliveraie centenaire de Perugia.
Propos recueillis par Dominique PIETRI* pour
ICN, Informateur Corse Nouvelle #6786 vendredi 13 septembre 2019
Vous avez eu une enfance nomade, une fresque d’enfance que vous dépeignez comme sobre. Pourquoi ?
En fait, je fais référence à ma mère. Mon père en véritable méditerra-néen avait ces accents d’exagérations, de colères. Ma mère, vietna-mienne, a toujours fait en sorte que notre intimité familiale ne soit pas perturbée. En fait, nous avons eu une vie très simple. Vivre en nomade, c’est apprendre à ne pas cumuler l’inutile, s’axer sur le beau et l’essen-tiel.
Votre relation intime avec la littérature explique-t-elle votre combat actuel d’oléicultrice ?
Oui, tout à fait. La parole est une arme. En Amérique latine la parole du chant et de la poésie est importante. Elle met en avant ce qu’on n’ose dire autrement. Elle atteint le cœur plus facilement et bien autrement que les slogans politiques et autres discours. Dans cette parole, il est question de terre, de culture et de peuple. C’est très important de pouvoir décrire ce que l’on ressent à travers des paroles justes. La parole juste est un chant.
Vous avez rencontré l’olivier à Rome et vous en parlez dans votre livre un peu à la manière proustienne. C’est votre « madeleine » ?
Oui tout à fait. Goûter l’huile d’olive, c’est chaque fois me replonger dans ma culture méditerranéenne. Plus j’en découvre les subtilités plus j’ai envie de m’intéresser à l’arbre et de le protéger. L’olivier par sa no-blesse, par sa symbolique, représente à mes yeux ce fameux retour à l’essentiel. Il m’a permis de retrouver espoir et foi dans un monde qui me paraissait de plus en plus absurde lorsque je travaillais dans l’huma-nitaire. L’olivier me tient debout.
Facile de rester debout lorsque l’actualité nous montre les restes calcinés d’autres forêts ?
Non bien sûr mais en même temps je me dis que j’ai bien fait de tourner quelques pages de ma vie pour aller vers cette quête du sens. Ce qui se passe actuellement m’est insupportable. Retourner vers l’olivier fut une décision importante, source d’autres difficultés mais je pense avoir fait le bon choix en protégeant à ma manière la nature.
Vous comparez souvent votre parcours professionnel d’oléicultrice à l’ Odyssée. Où en êtes-vous de votre traversée ?
J’ai déjà traversé pas mal de choses pour comprendre enfin le sens de ma vie, celui de ce retour peut-être en commun avec Ulysse. Retour à plus de simplicité, de vérité. Mais je ne pense pas avoir fini ce voyage, il reste tant à faire. Je le poursuis pour moi, pour ma fille, pour les générations futures. Tenter de laisser une trace même si pour l’instant elle est fragile. En tout cas le geste est là. J’espère que ma fille pourra hériter de ce que ce voyage m’aura permis de réaliser.
Votre oliveraie est votre royaume. À l’intérieur se trouve bien évidem-ment votre roi moulinier, Ivo, votre princesse Théa et tous les soldats que sont vos oliviers. Comment protège-t-on ce royaume sans devenir un Don Quichotte ?
Un combat de chaque jour. Comment ne pas devenir un Don Quichotte est toute la question. C’est pour cela que j’écris, pour tenter de faire comprendre même modestement la réalité de ce combat. Ce livre, c’est mon chant pour protéger mon royaume. Ça peut paraître un peu romantique mais je me suis vouée à la paix, à l’olivier, à la beauté des choses.
Pourtant à certains moments, votre chant se veut plus guerrier. Par exemple quand vous demandez à la préfète si l’État veut encourager l’agriculture en Corse ou si les agriculteurs doivent se résigner à cultiver uniquement du gazon.
La réponse fut le silence...Je ne m’explique pas encore ce silence, qu’il soit celui de nos élus ou de l’État. Pour l’instant, il perdure mais je ferai tout ce que je peux pour le rompre. Ce livre est en fait une question. J’espère une réponse. Et tant qu’il y aura silence, il y aura un chant de ma part.
Ne pensez-vous pas que la gestion de la bactérie Xylella fastidiosa pourrait être la raison de ce silence ?
C’est fort possible. La gestion de la Xylella en Corse a été mauvaise et a eu pour conséquence de mettre les oléiculteurs dans une position diffi-cile. La crise provoquée par le Xylella a éludé la vraie question, à savoir que faire pour la reproduction de plants endémiques. Et je ne suis pas la seule à avoir souffert de cette mauvaise gestion puisqu’il y a d’autres agrumiculteurs qui ont carrément perdu leur entreprise. Aujourd’hui il n’y a pas assez de plants à replanter même s’il y a eu une pépinière* officielle créée avec l’aide de l’État et de l’Odarc. Nous sommes dans une situation complètement folle. En Amazonie les forêts brûlent et en méditerranée en général et en Corse en particulier où nous avons de l’eau et du soleil, on ne peut pas planter. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
Quelles pourraient être les solutions ?
Encore une fois, je pense que nous sommes dans une mauvaise gestion qui a pris peut-être une tournure politique. Au lieu de regarder l’essen-tiel, on regarde les intérêts personnels. D’où ma question à l’époque à la préfète que je pose aussi à nos élus. Et plus le temps passe... En agriculture, le temps est très précieux. Si vous ne plantez pas, la nature reprend ses droits, la terre cultivée redevient maquis voire part en fu-mée. Tant qu’on ne laissera pas l’agriculteur faire ce qu’il doit faire, on encourra des dangers et on reproduira à petite échelle ce qui se passe ailleurs à plus grande.
Est-ce que c’est parce que vous pensez que l’époque n’est plus à la transmission, à un manque de culture du goût, que vous tentez de faire changer les choses par l’écriture ?
Oui. Malheureusement beaucoup de métiers disparaissent comme celui de mouliniers, l’agriculture sur notre île est de plus en plus faible même si on essaie de la mettre en avant. On évoque toujours les produits du terroir mais si on y regarde de plus près, cela reste faible par rapport à tout ce qu’on pourrait faire. La transmission est importante, elle nous donne la fierté, le courage. Si on ne s’y attache pas, c’est la perte de valeurs, de racines.
Pourtant cette transmission, vous avez su l’exporter puisque votre huile est classée dixième meilleure huile du monde d’après le classement du comité World’best olive oils ?
Oui, en effet. Cela m’a permis de ne plus être intimidée mais en même temps de pouvoir comparer le fruit de mon travail à celui des autres. Partir pour mieux revenir, comme un certain Ulysse.
Après l’écriture de ce livre, franchement, vous sentez-vous plus proche d’Ulysse ou de Sisyphe?
Bonne question ! Je ne sais pas. Je pense qu’il me faut encore attendre un peu pour vous donner une réponse. L’écriture a affiné mon esprit et m’a permis d’exprimer plus justement ma révolte. Désormais, tout dépend de ce temps de silence dont nous avons parlé mais je suis assez méditerranéenne donc je n’ai pas tellement de patience et j’ai encore de la voix.
Propos recueillis par Dominique PIETRI* pour ICN, Informateur Corse Nouvelle #6786 vendredi 13 septembre 2019
Lancée en 2014,la pépinière n’a jamais cessé son activité, elle produit 10 000 plants de variétés corses par an et va en produire 30 000 dès 2020.
Aporie Salah Stétié et la Méditerranée noire, 1990, 336 pages, épuisé
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où j'en suis à 80 ans passés, prenant conscience ou et m'éveillant spirituellement avec grande lenteur :
nous libérer du matérialisme et du déterminisme, de l'illusion que nous sommes séparés, localisés dans l'espace et le temps, que l'univers est le fruit du hasard, que l'évolution est le fruit de hasards, que le corps et l'esprit sont séparés, que l'homme n'est qu'une machine…
découvrir que si nous sommes des observateurs participatifs, nous sommes conséquemment des créateurs, co-créateurs en interaction ici et maintenant, là et ailleurs, avec tout ce qui existe, a existé, existera, que nous pouvons être consciemment des êtres d'influence, petite ou grande, chacun selon ses désirs et capacités, individuellement, collectivement (petits groupes d'amis, grands collectifs ou ensembles), que nous pouvons développer des pouvoirs déjà connus par les anciennes traditions de médiumnité, de guérison, de modification des états de conscience, de vision à distance…
La découverte des effets placebo et nocebo montre le pouvoir des croyances, le pouvoir des intentions, on peut même aller jusqu'à dire que tout est croyance, qu'une intention dirigée crée de la réalité.
Voir l'univers et se voir, soi-les autres, avec des lunettes roses, chausser des bottes de sept lieues, c'est se donner des outils d'action sur soi, ses émotions dont les peurs irrationnelles, et des outils d'actions sans jugement sur le monde
(tout étant relié, interconnecté, même n'agissant pas, on agit, on est agi, agité).
D'où sous forme concrète, les 7 lois énoncées par Deepak Chopra inspirées par la physique quantique, la théorie du champ et par la tradition ayurvédique.
Le venredi, SOUTENEZ L'ESPOIR AVEC LA LOI DE L'INTENTION ET DU DÉSIR.
À l'intérieur de chaque intention et du désir, se trouve le mécanisme pour leur réalisation.
Décrivez votre souhait et l’action que vous pouvez entreprendre pour le soutenir. Ensuite, laissez-le travailler pour vous et permettez à l'Univers de s’occuper des détails.
Le samedi, SOUTENEZ L'ESPOIR AVEC LA LOI DU DÉTACHEMENT.
Pour obtenir ce que vous voulez dans le monde physique, vous devez abandonner l'attachement au résultat.
Lorsque vous essayez de forcer des solutions ou des problèmes, vous risquez de créer de nouvelles difficultés.
Aujourd'hui, choisissez de vivre votre journée avec une attitude d'implication détachée.
Le dimanche, SOUTENEZ L'ESPOIR AVEC LA LOI DE DHARMA.
Ayez conscience que chacun de nous a une mission particulière dans la vie, ou le Dharma.
Vous êtes ici pour découvrir comment vous pouvez utiliser vos talents individuels pour servir au mieux l'humanité. Le changement se produit lorsque l'espoir devient une action et non un sentiment. Posez-vous cette question aujourd'hui : Comment puis-je aider ? Comment puis-je être utile ?
Le lundi, SOUTENEZ L'ESPOIR AVEC LA LOI DE LA POTENTIALITÉ PURE.
Il n'y a pas de séparation entre vous et l'Univers dans ce champ d'énergie.
Ne pas juger permet de voir les temps incertains comme des opportunités et non comme des menaces. Aujourd'hui, asseyez-vous tranquillement et regardez le coucher du soleil, écoutez une mélodie qui vous détend (la musique douce, les vagues de la mer) ou entourez-vous avec le parfum qui vous enivre.
Le mardi, SOUTENEZ L'ESPOIR AVEC LA LOI DU DON.
L'Univers fonctionne à travers un échange dynamique. Plus vous donnez, plus vous recevez.
L'espoir se répand lorsque vous donnez librement aux autres. Aujourd'hui, offrez un petit cadeau à tous ceux que vous rencontrez ; ça peut être une fleur ou un compliment.
Le mercredi, SOUTENEZ L’ESPOIR AVEC LA LOI DE KARMA.
Chaque action génère une force d'énergie qui nous revient de la même manière. Prenez la décision consciente de répandre l'espoir, pas la peur. Lorsque vous êtes devant un choix, demandez-vous : quelles seront les conséquences de mon choix ?
Le jeudi, SOUTENEZ L'ESPOIR AVEC LA LOI DU MOINDRE EFFORT.
L'intelligence de la nature fonctionne sur le principe du moindre effort, avec l’insouciance, l’harmonie et l’amour. Aujourd'hui, vous choisissez d'accepter les personnes, les situations, les circonstances et les événements au fur et à mesure qu'ils se présentent et d'abandonner le besoin de défendre votre point de vue à tout prix.
Jour après jour, vivre en harmonie avec ces lois vous apportera la prospérité et l’abondance, la stabilité émotionnelle et psychologique, l’énergie, l’enthousiasme, le bien-être et un profond sentiment d'épanouissement.
Vous n'êtes pas une goutte dans l'océan, vous êtes l'océan tout entier dans une goutte disait Rûmi qui disait aussi
J’ai dans l’âme une infime goutte de connaissance.
Qu’elle se dissolve dans ton océan.
J'ai vu Dieu avec l'oeil de mon coeur. Je lui ai demandé : Qui es-tu ?
Il m'a répondu : Toi.
RENÉ ESCUDIÉ
CÉPAGES
Je te boirai, la mer, au grand goulot de Gibraltar. Méditerranée, tu es sexe ouvert et je boirai là à ta source entre les cuisses délicates de tes plages de Leucate et de la Chenoua et je titillerai ton clitoris de Sicile au milieu de tes vignes qui ourlent ta délicatesse.
Je te boirai des outres en peau de chèvre et des vases à fond rouge, des verres de Murano et des rhytons d’or fin, des hanaps de Batroun, du château de la mer de Sidon et des pithoïs de terre cuite, je te boirai dans le cratère éteint de Santorin.
Je te boirai jusque dans tes plus profonds, dans tes fosses abyssales. Il doit y rester du falerne et du cécube, du calène et du formie à faire rêver Horace. Et des vins de Thasos, de Lesbos, Chios ou de Rhodes et du vin d’Héraia d’Arcadie qui rend les hommes fous et les femmes fertiles.
Mais tous tes vins, la mer, rendent folles les femmes et les hommes dociles.
Je suis comme Socrate au banquet d’Agathon, je bois sans être ivre. O mer, remplis mon verre ! Remplis encore mon verre ! Change-moi chèvre-pied, satyre au milieu des ménades, je veux vaticiner à mon envie, je veux danser mes mots pour toi !
Écartez, mes amis, les fleuves imbéciles qui la polluent de leur eau incongrue ! Commandez au soleil de sucer les nuages et de cracher ailleurs! Détournez Nil et Po, Rhône et Ebre, Litani et Oronte, Medjerda, Chelifou, Orb, Lèz, Llobregat, Tet, Tech et l’Agly, toutes ces eaux malsaines.
Je suis d’un ventre ouvert de Silène à déguster la mer.
J’ai soif ! J’ai soif de tes cépages ! Ils te font un collier à nul autre pareil.
Dites ? Avez-vous déjà vu paysage de bière ? C’est vert ou marron, embrumé et humide. Plat comme la devanture d’une femme bréhaigne, ça vous met l’hiver au cœur et la lourdeur dans la vessie. Mon corps, mon digne corps, refuse ce liquide, il ne fait que le traverser pour se dépêcher de retourner à la terre dont il n’aurait jamais dû sortir.
Bien sûr, je pourrais boire en verres odorants dorés de tes thés à la menthe, de la bière d’Égypte corsée de dattes et boukha et raki, ouzo ou jus de palme, arak ou thé et du café masbout.
Mais le vin, mes amis, le vin qui nous transforme et fait de nous des dieux, le vin c’est autre affaire. Avant de le pisser à grands jets forts et clairs, il nous a amenés sur les rives des rêves, là où l’air est plus fort et les femmes plus tendres, où les idées s’envolent et dansent entremêlées, se rejoignent en ballets au sortir des cavernes, s’aiguisent et se dispersent et nous laissent plus grands.
O mer! Je veux dire de tes vignes ton collier enchanté d’Amalfi à Banyuls, de Sartène à Samos et d’Izmir à Patrimonio. Des hauteurs bas-alpines aux plaines de l’Hérault, de la garrigue à térébinthe aux barkhanes algériennes, du canal de Corinthe à l’antique Byblos.
Que l’Italie me donne Barolo et Barbaresco, Chianti et Albana. Je veux boire du jus d’aleatico, de barbarossa, du lambrusco, du malvasia, du minnella, du nebbiolo et du Negroamaro.
Vers lequel de tes pays se diriger maintenant, mer ?
Allons-nous suivre un sens, comme un Ulysse qui connaîtrait son chemin ?
Quel vin a donc offert Ulysse à Polyphème pour l’enivrer et lui faire voir double de son œil unique ?
Il venait de chez les Cicones, là-bas, au sud de l’ancienne Thrace, dans la Turquie d’aujourd’hui... Du blanc ? Un guzel marmara à base de yapinçak ? Trop rafraîchissant avec sa légère amertume et ses reflets verts sur sa robe jaune, un vin de soif de femme, non, il a dû le soûler au buzgab fait de cépage ökus gözü, l’œil du taureau. Et l’autre gros lourdaud ne savait pas qu’il allait y laisser son œil en s’arsouillant de cet œil de taureau d’un rouge profond comme celui qui allait couler bientôt sur sa joue.
N’ayons pas de sens ! Allons où la feuille de vigne au vent nous porte ! Suivons-la ! Nous mènera-t-elle vers la Crète où Minos buvait du malvasia? Ou du iatiquo ou du madilari? Mais moi, à sa place, si je m’étais vanté d’obtenir des dieux tout ce que je voulais, ce n’est pas un taureau sortant de la mer que j’aurais demandé mais une outre perpétuelle donnant sans faiblir du kotsifali rouge et plein de feu !
Celui qui faisait peut-être danser Ariane sur la piste de danse construite pour elle seule par Dédale dans le labyrinthe. Cet abruti de Thésée n’avait même pas dû lui en laisser une jarre quand il l’a abandonnée à Naxos. Heureusement, mon vieil ami Dyonisos est venu la consoler et à dû l’abreuver, je le connais le bougre !
Mais... je me perds, ma parole devient une Ulysse inconsciente. O mer, je voudrais tant décrire les vignes qui t’entourent d’une parure rare, tous ces cépages divins dont je n’ai goûté qu’une infime partie mais dont les noms me font rêver !
O mer, apporte-moi du mavrodaphne de Samos et du papazkaras de Turquie, du kasara rosé de Syrie, du musar et du kefraya libanais, du jardin du Nil et du château des rêves de l’Égypte, du château Mornag, des côteaux de Carthage et du sidi saâd de Tunisie.
Et puis, qu’importe les pays, donne-moi du kélibia et du sidi salem, du boulaouane et de la carthagène, du guerrouane et du monastrell, du fondillon et du vermentino, du maury et du listan negro, du rivesaltes et du krstac, et du sesh et du vlosh et du korinthiaki, de l’assyrtiko de Santorin, tant de plaisirs à boire !
Mer tu le vois, je te fais libations, emplis-toi de ta couronne de vignes, fais couler le sang de tous les ceps chargés de grappes !
Evohé ! J’ai soif ! Evohé ! J’ai grand soif !
(texte paru dans Envies de Méditerranée, Les Cahiers de l'Égaré, 19 novembre 2010, épuisé)
Le silence d'Émilie de Marcel Conche est paru le 19 octobre 2010 aux Cahiers de l'Égaré, épuisé
texte écrit lors du 2° été du Léthé à La Coquette à Toulon, le 1° juillet 2017, consacré à Marie-Madeleine de la Sainte-Baume et à nos 50 ans de mariage
Le texte, OUI je veux bien OUI, écrit le 1° juillet 2017 semble faire écho à ce que se dirent le père et la mère à l'hôpital, le 29 octobre 2010
La mère – l’instant-camion, la perte de mon fils, tu peux comprendre ça
Le père – tu te fais mal avec cet instant, il y en a d’autres à arrêter, de bons moments
La mère – tu en as toi Le père – ne me dis pas que tu ne t’en souviens pas, cet instant de félicité, au Baïkal, le 14 juillet 1970, quand on l’a conçu en le sachant, ce qu’il a confirmé en arrivant neuf mois après, un jour en avance
La mère – je m’en souviens, tu te souviens de quoi
Le père – c’était le soir, on avait allumé un feu pour faire griller les omouls qu’on avait péchés, on avait porté deux toasts de kedrovaïa au lac, à l’amour, ça nous avait émoustillés, nous avons fait l’amour sur le plancher de l’isba de rondins blonds
La mère – j’aurais voulu que tu me baises
Le père – je t’ai fait l’amour
La mère – tu ne m’as pas baisée, tu m’as fait l’amour, pas comme j’attendais
Le père – tu m’as surpris, tu n’avais jamais été aussi ouverte
La mère – tu t’es retiré
Le père – tu m’as ramené en toi, tu l’as eu, ça ne te suffit pas La mère – je n’ai plus jamais été Ouverte comme ce soir-là
Le père – je suis désolé, j’avais envie de m’abandonner, de me livrer à ton étreinte, ça s’est bloqué
La mère – chez moi aussi
Le père – te plains-tu de nos étreintes
La mère – on fait l’amour comme tu dis, on ne baise pas, j’étais Ouverte par l’Appel de la Vie,
ça pouvait ressembler à de l’indécence,je me suis sentie jugée, quelle violence, cette impression, pour la vie. Tu vois, mon sexe n’a pas oublié l’obscénité de ton retrait
Le père – je regrette vraiment de m’être refusé, peut-être par trop de respect pour ton corps que je ne voulais pas outrager
La mère – c’est ça, mon p’tit chat ; depuis, tu es le maître de cérémonies minutées avec paliers et plateaux, plus de place pour les effondrements dionysiaques, pour les envols mystiques. Tu ne ressentiras jamais où t’aurait mené une plongée sauvage, sans calculs, dans ma béance
Le père – tu as quand même du plaisir
La mère – plaisir, plaisir, petit mot qui convient bien à une pâle jouissance, sans retentissement au profond du corps et de l’âme. Fusionner avec le Tout, des Femmes rares connaissent.
Aurais-je pu connaître la Grande Vie Cosmique, pas la petite mort orgasmique
Le père – pourquoi avoir mis si longtemps à en parler
La mère – je n’aime pas les mots sur ça, ma sexualité s’est mutilée avec sa conception, ma vie s’est arrêtée avec sa disparition, je veux regarder sans terreur cette horreur
Le père – moi, je ne peux pas
dans L'éternité d'une seconde Bleu Giotto p.26-28
(Les Cahiers de l'Égaré, 2014, épuisé)
textes fondateurs de Jean-Claude Grosse
L’Amour de Madeleine Traduit par Rainer Maria Rilke
(extraits)
(...) Elle court donc, elle cherche, elle se consume, elle s’épuise, elle se déchire le coeur par des désirs violents. C’est là que l’amour, frustré de ce qu’il désire, entre en fureur et ne peut plus supporter la vie. Madeleine, pressée et tirée, ne peut embrasser Jésus qu’au travers des obscurités de la foi, c’est-à-dire qu’elle peut embrasser plutôt son ombre que son corps.
Que fera-t-elle ? Où se tournera-t-elle ? Elle ne peut faire autre chose que de crier sans cesse avec l’Épouse : Revertere, revertere. Retournez, ô mon bien-aimé, retournez. Hélas ! je ne vous ai vu qu’un moment. Retournez, retournez encore. Ah ! que je baise vos pieds encore une fois ! Et Jésus cependant ne retourne pas ; il est sourd aux plaintes et aux désespoirs d’une amante si passionnée.
Le Revertere de l’Épouse, c’est le vrai cantique de l’Église, comme ces autres mots : Venez, approchez, montrez-vous, percez les nues sont le cantique de la Synagogue. Celle-ci ne l’a pas encore vu ; mais l’Église l’a vu, l’a ouï, l’a touché, et il s’en est allé tout à coup. Elle avait tout quitté pour lui. Voilà, dit l’apôtre saint Pierre, que nous avons tout quitté pour vous suivre. Jésus ensuite l’avait épousée, prenant sa pauvreté et son dépouillement pour sa dot. Aussitôt après l’avoir épousée il meurt ; et s’il ressuscite, c’est pour retourner d’où il est venu. Il laisse sa chaste Épouse sur la terre, jeune veuve désolée, qui demeure sans soutien. Que peut-elle faire autre chose, sinon de crier sans cesse : Revertere, revertere, Retournez, retournez, ô divin Époux ; hâtez ce retour que vous nous avez promis. C’est pour cela que toutes les entrailles de l'Épouse ne cessent de soupirer après le second avènement de Jésus-Christ. Mais en attendant qu’elle le revoie, elle s’abandonne aux regrets.
C’est donc en cet état de l’Église que s’accomplit cette parole du sacré Cantique : La voix de la tourterelle a été ouïe dans notre terre. Car, avant la venue de Jésus-Christ, on avait ouï la voix du désir et les plaintes au sujet du retardement. Mais après son Ascension, une autre voix, un autre soupir, un autre gémissement a commencé de se faire entendre. C’est le gémissement de l’Église privée de son Époux, qu’elle n’a possédé qu’un moment ; et c’est la voix de la tourterelle qui a perdu son pair, qui ne trouve plus rien sur la terre, qui cherche les déserts et les lieux affreux pour gémir et se plaindre en liberté. (...)
à rapprocher pour opposition avec L'homme qui était mort, nouvelle de D.H Lawrence
épitaphe, à la Jodelle,
les 4 derniers vers 749-752 de l'oeuvre de César de Nostredame
(Les perles ou les larmes de la Saincte Magdeleine)
Flore eut ses pleurs et l'Aurore ses larmes
Echo sa voix, l'Amour chaste ses armes
L'air ses soupirs, le rocher ses desbors
Le Ciel a l'âme et Provence son corps
Pétrarque (qui est passé à la Sainte Baume et à la Chartreuse de Montrieux)
et Laure de Sade, aïeule du divin marquis
apparentement entre l'amour de Pétrarque pour Laure dans Le Canzoniere
et l'amour de Marie Madeleine pour Jésus Le Christ
(Le Carmen de Beata de Maria Magdelena de Pétrarque, antérieur au Canzoniere)
de René Char : Madeleine à la veilleuse (Fureur et mystère), Madeleine qui veillait (Recherche de la base et du sommet)
Oui je veux bien OUI
Le narrateur – Bienheureux je suis. Pour vie nouvelle. Droit à un vieux souvenir. De l'ancienne vie. Vie de héros, de sage, d'ouvreur de voies ? En tout cas, j'ai eu droit aux Champs-Élysées. Je me souviens, je veux me souvenir de toi, Marie Madeleine. Il m'avait convaincu que j'étais son fils, le Fils de l'Homme. J'avais cru à ma mission de Sauveur des Hommes. Je me suis sacrifié. Ils m'ont crucifié. Père, pourquoi m'abandonnes-tu ? Phrase terrible. Désespéré, j'étais. Ces clous ! Cette éponge de vinaigre ! Saloperie de bourreaux ! Froids fonctionnaires de la mort en série. Mis au tombeau, j'en ressors comme Lazare, à qui j'ai dit : Lève-toi et marche ! M'a toujours fasciné ce retour de l'homme qui était mort. Tu sais qu'ils y travaillent les prophètes du futur de la Silicon Valley ? Ray Kurzweil, directeur de projet chez Google, annonce le retour de la mort pour 2037. Je ressors du tombeau. Et toi, Marie Madeleine, Marie de Béthanie, ils savent plus très bien les chrétiens, première à me voir, à y croire. Pourquoi l'homme mort que j'étais a accepté cette ascension ? Pourquoi te répondre Noli me tangere, à mon surgissement nouveau. Pourquoi te faire cette Promesse de retour à la fin des Temps pour le grand rassemblement des ressuscités ? Sais-je qui je suis ? Un Sauveur ? Un Salaud ? Marie Madeleine, entends-tu mes tourments ?
Marie Madeleine dans la barque – Le fuir, fuir ce salaud. Toujours s'est refusé à rendre ce que je lui donnais, ce que je lui offrais. Mes palpitations du tréfonds, là où sont tapies les stupeurs pétrifiées de trop d'audaces. Pas assez gratuit mon don ? Donc prends ça dans les dents ! donc pas rendre ? Veut vrai don, don sans retour, don donc sans attente de retour ? C'est ça que je devais comprendre ? Oh Marie, ce mal de ventre, cette diarrhée diarrhée diarrhée é é é ! (3 jours plus tard, de plus en plus faible) vidée é é é ! (petite voix ). Oh Jésus ! Que se passe-t-il ? … Où suis-je ? … Toulon, Saint Jean du Var, La Coquette, Le Barbecue, La Plancha, 3 en 1, la Sainte-Trinité. Hahaha ! Je suis donc une Bienheureuse, autorisée à une vie nouvelle avec un vieux souvenir. L'Amour de Madeleine, traduit par Rainer Maria Rilke, sera mon texte fondateur, le fondement de ma vie nouvelle pour amour à l'ancienne. Marie-toi et sois soumise, dit le livre de la pratique extrême pour femmes ardentes. Oui je veux bien oui. Oh, ce coin de tonnelle pour tête à tête, à la Roméo et Juliette, au bord de l'étang, oui je veux bien oui ! Où ai-je entendu ça ? Ah oui, Cécile Morel disant dans le noir, de sa voix sensuelle, le monologue de Molly Bloom. Incroyable l'effet d'un texte chuchoté dans le noir ! Oui je veux bien oui. Place réservée au Revenant, au Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. Oui je veux bien oui. Place réservée à l'Épousée, jour après jour jusqu'à ce que ça fasse toujours, à Annie, la Revenante, la Bienheureuse, pour leurs 50 ans de mariage, ce 1° juillet 2017. Quelle réception ! comme il m'a embrassée sous la tonnelle je me suis dit après tout aussi bien lui qu'un autre et alors je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne ma rose rouge oui ma rose blanche oui et d'abord j'ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son cœur battait comme fou et oui j'ai dit oui je veux bien Oui
Sous la tonnelle du tête à tête, le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – Quelle connerie ma première vie ! Croire que j'avais à les Sauver tous ! Quel orgueil d'Insoumis !
Sous la tonnelle du tête à tête, la Bienheureuse Annie – Oui, quelle connerie de t'envoyer en l'air ! Ton ascension ! Alors que t'as pas été capable de rester en moi, le 14 juillet 1970, quand tu m'as éjecté par ton retrait du grand Orgasme Cosmique pour me ramener à la petite mort orgasmique. C'est pour me rappeler cette blessure de ma sexualité que tu fais ce miracle, d'une barque à la dérive à une table gastronomique ? Je vais te dire, fils de Pute. Tu as eu raison de revenir à la maison qui n'est pas celle du Père. Tu le sais que t'es né de Père Inconnu ? Que t'es né sous X ? Né du Saint-Esprit, 3 en 1 !
Le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – D'où tiens-tu ce savoir qui me démolit ?
La Bienheureuse Annie – 30 ans de vie grotesque dans la grotte, à te nourrir de tes larmes, ça te ramollit le bulbe et la vulve tu sais. Je n'avais pour me distraire que mes envols, sept heures durant, entre terre et paradis, au septième ciel, vol stationnaire, lévitation quantique. Ça y est, ils commencent à admettre que c'est possible, les cartésiens ! J'ai vécu dans ma chair décharnée que la Vraie Vie est ici-bas, que le Très-Haut n'est pas là-bas, là-haut mais ici, sous cette tonnelle, oui, je veux bien oui que tu ne me fasses pas l'Amour, ni le sublime ni le sublimé, oui je veux bien oui que tu me baises comme je le criais avec mes yeux, le 14 juillet 1970; oh mon Bien-Aimé, BAISE-MOI !
Le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – Oh ce n'est ni miracle, ni magie. Sous cette tonnelle pour nos 50 ans de mariage, tu n'es pas un mirage, une image. Te voilà de retour, en chair et en os, ma disparue depuis sept ans. Tu as dormi du sommeil des sept dormants d'Éphèse. Tu t'es endormie, tu avais mal entendu Hamlet : dormir, rêver ... mourir peut-être. Lui, dit : mourir, dormir rien de plus, rêver peut-être. Tu t'es endormie après 14 apnées comme le jour de ta naissance, ma Bien-Aimée Valentine. Quel retour ! Vois comme le monde n'a pas changé. La modernité qu'ils disent ! Allez, on s'en tape de leur monde. Levons la coupe de champagne, de notre préféré, la Veuve Clicquot ! À notre amour au jour le jour ! Le livre ne le dit-il pas : Épouse-là et meurs pour elle, des hommes vrais pour femmes sans peur ? Oui je veux bien OUI. Cette nuit, Je Te Baise ! Épectase !
La Bienheureuse Annie – Pas de Promesse ! La Preuve ! L'extase ! Oui je veux bien OUI.
Jean-Claude Grosse, communément appelé J.-C.
à La Coquette, Toulon, 1° - 4 juillet 2017
un livre d'exceptions, un livre pour oser, un livre d'édification; quand la poésie et la peinture sont forces vives, donnant à vivre
Lettres en vie
six années de rencontres au sein de l'unité de soins palliatifs de l'Hôpital de La Seyne-sur-Mer
éditions La Trace
septembre 2020
Lettres en vie
4° de couverture
Dostoïevsky parle du « saint des saints » lorsqu'il évoque « l'Homme dans l'homme »...
Et de quoi parle-t-il ? Il parle de la part la plus authentique, inentamable, la plus sacrée, la plus mystérieuse, dissimulée au plus profond de chacun d'entre nous et qui ne se révèle que lors des grands chambardements du coeur, du corps et de l'esprit.
Faut-il être en bout de vie pour enfin s'affranchir de tous les cintres et de toutes les panoplies ?
Six ans de rencontres d'Alain et Michel Cadéo auprès des patients et soignants de l'unité de Soins Palliatifs de l'Hôpital de la Seyne sur Mer.
Chaque semaine, le service fut un lieu de partages de mots et des maux.
Les lettres ainsi échangées sont un témoignage simple, sincère et lucide de ces instants uniques.
Note de lecture
Alain Cadéo dont j'ai lu beaucoup d'oeuvres, que je connais personnellement, qui est un ami, un frère de cœur, m'a transmis ces Lettres en vie, le dimanche 11 octobre, à l'occasion de nos retrouvailles à la pizzeria du Colombier au Revest, en compagnie de Martine. Annoncées depuis le printemps, j'attendais la parution de ces Lettres d'autant plus qu'il m'avait proposé de vivre éventuellement cette expérience d'accompagnement. Cela ne s'est pas fait.
Cet ensemble de lettres et de peintures (car Michel Cadéo, le frère cadet d'Alain est peintre et il a rendu compte de ses rencontres avec les patients au travers de portraits et de paysages-voyages oniriques) est une œuvre d'humanité dans le sens où les deux frères (solides et mystérieux comme leurs confrères rochers au large des Sablettes à La Seyne) et les soignants font preuve d'humanité envers les patients. Faire preuve d'humanité, c'est voir l'humanité de l'autre même très diminué, parce que très diminué, parce que se dévalorisant, s'isolant. Faire preuve d'humanité c'est le reconnaître comme corps-esprit-âme, c'est l'accompagner avec bienveillance, bien-traitance, le soutenir dans ses essais de rester humain, digne, propre, coquet. C'est l'énergiser, lui redonner accès à ses désirs et rêves, à son enfant intérieur retrouvé. C'est l'esprit « soins palliatifs » tel que pratiqué à La Maison à Gardanne, pionnière dans ce domaine : le soin est un art, l'art est un soin selon la formule du docteur Jean-Marc La Piana.
En quoi est-ce un art ? Chaque patient est unique, une personne unique, un être unique et chaque rencontre, chaque moment est unique. Aucun protocole, aucune expérience ne peut préparer au caractère inédit, imprévu de la rencontre. Cela relève du ressenti et de l'intuition, facultés éminemment sensibles, d'un autre niveau que le mental qui juge, supposant un travail sur soi de nature spirituelle. Sans ce travail préalable de nettoyage, de dissolution des carapaces, cintres et panoplies dont nous nous affublons pour paraître, pour jouer le jeu, le jeu social, sans ce travail pour retrouver l'enfant qui est en nous, l'enfant porteur de notre être, il ne semble pas possible de pouvoir se mettre sur la même longueur d'onde que ce patient que je visite.
(aujourd'hui, je suis sensible aux deux enfants que nous portons en nous, l'enfant intérieur, lui-même double, l'enfant blessé car tout enfant connaît, vit un jour ou l'autre des blessures à vie, à vif, enfouies ensuite, l'humiliation par exemple, et l'enfant rêveur avec son jardin secret où il peut se réfugier quand ça tangue ; et l'enfant des étoiles, l'enfant de lumière, venu du ciel, d'en haut, qui nous visite parfois, faisant sentir le mystère de l'Éternité et de l'Infini ; pour donner un exemple, mon enfant intérieur pourrait être Coco, celui qui va au royaume des morts parce que les morts ont peur d'être oubliés et mon enfant de lumière est le petit prince qui apprend à voir avec le seul regard vrai, le regard du coeur),
Ce patient que je visite, le voilà en fin de vie, ne bougeant qu'un pouce, n'ayant qu'un filet de voix, de grosses difficultés respiratoires, des difficultés motrices s'il s'assoit, tente de se lever, de bouger. Par quels canaux va passer la mise en phase : le sourire, le toucher, la tendresse, le regard, l'écoute, la compassion, un récit, une sollicitation, une invite, une première lettre... ? Le livre ne témoigne pas de cela.
Les lettres d'Alain sont des portraits personnels des patients rencontrés dans leur intimité et dans leur être (dans la mesure où il s'est révélé). Portraits personnels en ce sens qu'Alain s'y met en jeu avec ses mots, ses images, ses exhortations, ses rejets et sa quête de sens, de beauté, de bonté, de perfection, d'Éternité, de grands espaces terrestres, célestes, de grandes profondeurs et houles océaniques. Portraits d'intimité car quand les patients se racontent, se livrent, se révèlent, on en retrouve trace dans les lettres (pas de détails, juste le parcours, le tracé d'une vie) et portraits faisant émerger l'être, l'enfant retrouvé donnant sens à un dernier acte de vie, par exemple le tableau réalisé par un patient pour le restaurant de sa fille et qui s'en va, le tableau exécuté ou tel autre écrivant un conte pour sa femme. Ces lettres sont des poèmes, elles ont le pouvoir que Novalis donne à la poésie : La poésie est le réel absolu.
Aux lettres d'Alain qui poussent à vivre la vie jusqu'au bout parce que l'abord est pour certains d'abord réservé, en retrait, mettant en avant le rien qu'on est, la fatigue, l'épuisement, pour d'autres l'abord est d'entrée curieux, ouvert, lettres qui sont de véritables porteuses de lumière et d'énergie (au sens quantique, agissante aux niveaux les plus profonds, infimes), les patients répondent par leur enchantement, leur étonnement d'être reçus, compris, soutenus.
L'équipe s'est aussi mise à l'écriture, médecin, psychomotricienne, psychologues, infirmières, accomplissant non seulement le travail quotidien d'accompagnement, (y compris des patients remarquables, c'est-à-dire à ne pas réanimer), mais s'investissant dans les rencontres du lundi en fonction de leurs disponibilités.
Les 27 œuvres de Michel Cadéo, portraits et paysages-voyages oniriques, accompagnant les lettres des uns et des autres (femmes, hommes, pas d'âge donné, sauf exception, pas de milieu d'origine ou de profession exercée) ont sans doute été réalisées après les rencontres sur la base de ce que Michel avait vécu, ressenti, prenant peut-être des croquis.
Le regard dans ces portraits a quelque chose du regard des portraits du Fayoum, d'il y a 2000 ans, l'intensité. Quand le corps est au bord des falaises, des gouffres, seul le regard intérieur, celui porté par le sourire intérieur, sourire de béatitude, peut l'amener ailleurs. Comme l'a si bien dit G.K. Chesterton : Si les anges volent, c'est parce qu'ils se prennent eux-mêmes, à la légère.
(Dans le clip Happens to the Heart, chanson posthume de Leonard Cohen sortie le 25 octobre 2019, à la fin de son cheminement de vie après dépouillement de ses vêtements, apaisement de ses souffrances puis rencontre d'un moine bouddhiste et adoption du vêtement monastique, le jeune personnage entre en lévitation et voit sereinement par son regard intérieur les gouffres.
Ce clip et les paroles accompagnent bien les rencontres du lundi dans l'unité de soins palliatifs de l'hôpital de La Seyne sur Mer.
https://youtu.be/2AMMb9CiScI)
Va jusqu'où tu ne peux pas, ces mots de Kazantzakis sont pour Alain Cadéo comme un ex-voto, invitant au voyage, de nature spirituelle, c'est-à-dire de dépouillement, de purification, d'élévation.
Ce fut la règle de vie de Van Gogh : Mourir à soi-même, réaliser de grandes choses, arriver à la Noblesse, dépasser la vulgarité où se traîne l’existence de presque tous les individus… » Il disait aussi que peindre pour lui c’était le moyen de se tirer de la vie.
Ces Lettres en vie sont un OUI à la Vie.
Je ne peux m'empêcher de citer Jean-Yves Leloup, en complément éclairant de ces lettres et peintures dont les droits d'auteurs seront reversés à l'Association Pour les Soins Palliatifs.
Voilà une action sans utilité sociale, simplement humaine, discrète, persévérante (6 ans), gratuite (un don, une volonté), bénévole, sans médiatisation, sans recherche de reconnaissance, une action où les deux frères donnant, solides et généreux comme leurs confrères rochers ont reçu sans compter, sans attente de retour (les départs se font sans crier gare et sans fanfare).
1- La gratitude, clef de la philocalie
Qu’est-ce qui peut nous rendre « sensible ›› à la beauté, à la grâce, à la Présence qui se donne à travers toute vérité, toute vie, toute bonté ?
la gratitude… la louange…la gratitude rend la grâce possible elle est notre ouverture à l’Ouvert
on pourrait dire ainsi qu’elle précède la grâce
dire merci avant de recevoir
est l’un des secrets du Bienheureux
dès qu’on a dit merci, tout ce qui nous arrive
est merci, miséricorde, grâce et don.
Celui qui ne dit jamais merci, ne reçoit jamais rien, car ce merci est l’acte même de la réception,
la possibilité d’une réceptivité, d’un accueil,
l’ouverture par laquelle le ciel enveloppe la terre,
l’ouverture par laquelle les dieux peuvent entrer.
Celui qui ne dit jamais merci, garde fermées les portes de la perception, comme celles de l’affectivité et de la connaissance.
L’enfer dans lequel nous nous enfermons consciemment est celui de notre ingratitude. Etre incapable de gratitude ou de louange c’est perdre toute joie d’être et de vivre. Nous mourons de ne pas savoir dire merci, dire merci à notre épreuve, c’est en faire une occasion de croissance, de dépassement ; dire merci à notre mort, c’est en faire une délivrance ou un passage vers une vie plus vaste.
Seuls ceux qui savent dire « merci ›› seront sauvés.
La gratitude met le cœur et le souffle « au large ›› (sens du mot salut Iescha en hébreu), elle est la clef qui nous ouvre à la beauté de toutes réalités visibles et invisibles, c’est elle qui nous permet « d’entrer ›› en philocalie.
2- "Le mot « résurrection » vient du mot grec anastasis qui signifie « se lever après le sommeil, se poser dans l’espace, dans la hauteur ». Ainsi, celui qui est ressuscité est celui qui est passé de l’état de conscience limitée à un état de conscience sans limite. C’est pour cette raison que dans la tradition on dira que le Christ était ressuscité avant de mourir. Et lorsque saint Jean parle de « vie éternelle » cela signifie que la vie éternelle n’est pas opposée à la mort, qu’elle est avant, pendant et après la vie ; c’est la dimension d’éternité qui est au cœur de la vie. Et c’est à cette dimension qu’il s’agit de s’éveiller, à ce non-né, non-fait, non-créé, à cette dimension de l’incréé. C’est cela la résurrection. Aussi lorsqu’on dit que le Christ est ressuscité et que nous sommes appelés à la résurrection, cela signifie que nous ne sommes pas appelés à nous réanimer, mais à nous éveiller au cœur de notre finitude, à la dimension d’éternité, dimension que dans un autre langage on appellera l’Eveil…
…Nous avons donc la liberté de nous ouvrir ou la liberté de nous fermer ; nous avons le choix entre l’ouvert et l’enfer. En nous ouvrant au cœur même des conditions dans lesquelles nous sommes, en nous ouvrant à cet infini qui nous habite, nous entrons dans le monde de la résurrection. Dans toutes les traditions, le but n’est jamais la réincarnation mais l’Eveil, la résurrection, la délivrance du Karma.
Dans l’Evangile de Philippe il nous est rappelé (logion 21) que la Résurrection (Anastasis) n’est pas une réanimation…L’Evangile de Philippe, à la suite du Christ, nous invite à nous éveiller dès cette vie à ce qui en nous ne meurt pas et que Saint Jean appelle la Vie éternelle. La vie Eternelle n’est pas la vie « après la mort », mais la dimension d’éternité qui habite notre vie mortelle, et à laquelle il s’agit de s’éveiller comme le Christ avant de mourir.
Par ailleurs l’apôtre Paul précise bien que ce n’est pas notre corps biopsychique qui ressuscite, mais notre corps spirituel « pneumatique ».
Qu’est-il ce corps dit « spirituel » ? Ne se tisse-t-il pas déjà dès cette vie, à travers nos actes de générosité et de don ? Car la seule chose que la mort ne peut pas nous enlever, c’est ce qu’on aura donné. L’Evangile de Philippe insiste sur cette puissance du don, cette capacité d’offrande que le Soter (Sauveur) vient libérer en nous…
À Le Revest, le 18 octobre 2020,
Jean-Claude Grosse,
éditeur des Cahiers de l'Égaré
Maryse par Michel Cadéo / Alain et Michel Cadéo / Macadam Épitaphe, une écriture en fusion qui dissipe les frontières, les barrières, dissout les conforts, les étroitesses et petitesses et nous relie à la Vie, à l'enfance, au Rêve comme routes
Marie-Christine, conductrice de poids lourd, allant souvent dans les pays du Moyen-Orient (imaginons les difficultés mais rêvons aussi quand le diesel du Scania qui ronronne vous lance sur ce que les routes et autoroutes induisent dans les âmes des conducteurs poètes) a demandé qu'on lise un extrait de Macadam Épitaphe, texte de 1986 d'Alain Cadéo qu'il lui avait offert, à son enterrement. Comme cet extrait n'est pas cité dans le livre Lettres en Vie, j'ai cherché dans Macadam Épitaphe.
Voici mon choix : J'ai aimé chaque fois avec l'ardeur et la vivacité d'un nouveau-né hurlant son aptitude à vivre. J'étais un bloc surgi d'immenses paysages tendres. Je n'ai jamais su que vous aimer. Tu es ma dernière course. Macadam Épitaphe. Je te dédie ces kilomètres inutiles. Je t'offre ces tonnes insignifiantes d'émotions et d'images. Je te marie ainsi avec mon temps. Partout j'ai creusé la terre, dans tous les sens cherchant les portes parallèles, celles que l'on franchit entre l'espace réel et celui de ses pensées. Je t'offre ma vie brouillonne et mélangée, pour que toi seule sache en extraire le succulent plaisir et qu'à ton tour tu le transmettes à qui te paraîtra assez grand. Ni suicide ni rien, non, je roulerai jusqu'à ce que je rencontre peut-être le moment qui devra m'échapper.
Leonard Cohen - Happens to the Heart (Official Video) Stream it here: https://smarturl.it/LeonardCohenHTTH Stream/Buy Thanks for the Dance: https://smarturl...
puisque la légèreté, la grâce semblent souvent advenir lors des rencontres du lundi dans l'unité de soins palliatifs de l'hôpital de La Seyne sur Mer, ce magnifique conte de Claude Nougaro
Mayacumbra Alain Cadéo Editions La Trace, 2019 La lecture de ce roman d'Alain Cadéo, 417 pages, m'a pris environ quinze jours mais j'ai lu en un jour les 150 dernières pages. Parce que ça s'emb...
Comme un enfant qui joue tout seul Alain Cadéo Éditions La Trace, 2019 D'abord, noter la qualité du livre. L'éditeur aime le beau livre, belle couverture à rabats, belle photo aux beaux bleus,...
Pierre, de Christian Bobin, je l'ai lu entre le 23 et le 24 décembre 2019, un an après le « voyage » de Christian Bobin, du Creusot à Sète, le 24 décembre 2018, voyage de nuit, pour apporter deux exemplaires de La nuit du cœur (consacré à l'abbatiale de Conques) à Pierre Soulages et à Colette.
Ce 24 décembre 2019, Pierre Soulages a eu 100 ans. En 2018, Bobin « improvisa » ce voyage, apparemment sans prévenir Soulages, impulsion venue du cœur, pour offrir deux exemplaires de ce livre consacré à l'abbatiale et aux vitraux.
Voyage effectif ou songe d'une nuit d'hiver, voilà un voyage signé si je puis dire, chargé de signes. Un 24 décembre, pour un anniversaire, vers les outrenoirs de Soulages, l'homme de la lumière par le noir, dans le noir, sur le noir, sous le noir. Dans un train presque sans voyageurs, dans la nuit noire. Avec les bruits à l'intérieur du train et le bruit solidien des roues sur les joints des rails, ta dak, ta dak, métronome mesurant le temps et l'espace. Avec un taxi pris à la sortie de la gare vers 22 H 30 pour monter l'auteur de cette unique escapade, de cette escapade unique vers l'impasse du Mont Saint-Clair où s'est retiré le peintre ; « ah ! vous allez voir le peintre ». Avec l'attente patiente devant la porte fermée, le domestique Mohammed étant allé prévenir ses maîtres.
Ce voyage initié par un mouvement du cœur, par l'amour, chargé de signes a-t-il confirmé ces signes venus du noir lumineux du poète de l'obscur et de la merveille ou a-t-il été aussi fournisseur de la quête de l'auteur de la part manquante, le surgissement d'une présence, surgissement inattendu, imprévu, non voulu, non préalablement désiré, défini.
Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point. Christian Bobin est l'auteur prolixe de la mise en déroute des certitudes, des raisons, l'auteur prolixe de la dissolution du réel auquel on s'accroche ; il est l'auteur prolixe de la nécessité de l'attente, de la patience, du silence, du vide en quelque sorte d'où va surgir peut-être la présence pure engendrant l'enchantement simple. Pas de projet, pas de cheminement vers un éveil spirituel, une pleine conscience, une volonté de puissance du genre le monde est le produit de ma conscience. Ce n'est pas lui qui va vers la présence, c'est la présence qui vient à lui, s'offre à lui dans la mesure où il est disponible, ouvert sur l'Ouvert.
Comme il s'agit d'expériences intimes d'accès à des outre-mondes quasi-indicibles, il me semble qu'en aucun cas, Christian Bobin peut être un guide spirituel, un transmetteur, un passeur.
Le bon usage de Christian Bobin est d'après moi de deux sortes : savourer les bonheurs d'écriture, fulgurances, éclairs ramenés de l'au-delà et oser sa propre aventure du sur-place, de l'immobilité ; devenir l'araignée dont la toile est tissée par des fils venus d'ailleurs ou du bon usage des signes venus d'ailleurs.
La panthère des neiges de Sylvain Tesson, je l'ai lu entre le 26 et le 28 décembre, dans la foulée de Pierre, de Christian Bobin.
Passer d'un bureau, d'une maison d'ermite au cœur d'une forêt, habité par l'absolu se livrant par surprise au plateau du Chang Tang au Tibet, à des altitudes entre 4800 et 5200 m, avec des températures de - 20 à - 35°, c'est faire un sacré grand écart même si tu es installé dans un fauteuil au soleil à travers la vitre de ta chambre.
La géographie de cette région inhospitalière, pas encore colonisée par les Chinois, est propice à un voyage dans le temps. C'est une région où se sont réfugiées des espèces sauvages, pas totalement exterminées par braconniers et chasseurs. En particulier l'once, la panthère des neiges, le yak sauvage, le loup. C'est se retrouver au paléolithique et voir les effets de la révolution néolithique puisque à quelques centaines de mètres des lieux d'affût paissent des troupeaux de yaks domestiqués, gardés par des chiens domestiques et des enfants sans crainte. La révolution néolithique c'est la domestication, la hiérarchisation des dominations avec au sommet de la pyramide des prédations, le prédateur qu'est l'homme, exterminateur en 50 ans de plus de 60% des espèces. La vision qu'a Sylvain Tesson de ce monde où cohabitent paléolithique et néolithique est de source scientifique ; ce qui s'observe mais qui d'abord nous observe est le résultat de l'évolution des espèces, une évolution par sélection naturelle, loi du plus fort où tout être doit manger et finit mangé. Avec les espèces encore sauvages, on a un patrimoine génétique très stable, pur ; avec les espèces domestiques, on a des transformations génétiques acquises, devenant héréditaires et pouvant continuer à se modifier. Sylvain Tesson n'évoque pas une seule fois une autre vision de l'évolution, en train peu à peu d'émerger, l'évolution par la coopération et non par la compétition. C'est regrettable mais il sait rendre sensible ce que nous avons perdu avec la révolution néolithique. En domestiquant, nous sommes nous-mêmes devenus domestiques, soumis à des prédateurs s'attribuant des pouvoirs politiques, religieux, militaires, technologiques. La démographie galopante avec tous les effets concomitants, urbanisation, agriculture intensive, industrialisation et épuisement des ressources, pollution de l'air, des sols, de l'eau, plastification des océans, réchauffement climatique n'augure rien de bon quant aux horizons.
La géographie de cette région, faussement désertique, est propice à d'autres considérations de nature métaphysiques. Le Chang Tang, c'est l'esprit, l'écriture du Tao mais toutes les métaphysiques se sont posées la question de l'origine. À l'origine, l'unité, l'Un, une vibration première, une singularité première, un vide à potentiel infini. Une explosion libéra ce potentiel, l'inétendu s'étendit, l'ineffable se décompta, l'immuable s'articula, l'indifférencié prit des visages multiples, l'obscur s'illumina. Rupture, fin de l'Unicité. On reconnaît là le modèle du big bang, celui du vide quantique.
1° chant du Tao :
Sans nom, il représente l'origine de l'univers
Avec un nom, il représente la mère de tous les êtres
L'origine et les êtres, l'absolu et les choses.
Novalis : Nous cherchons l'absolu, nous ne trouvons que des choses (Grains de pollen)
L'affût est le mode opératoire nécessaire dans ces régions. On y va pour voir des animaux rares. Ils ne se donnent pas à voir, ils sont surgissements inattendus et voient qui veut les voir et ne sait pas qu'il est vu.
Vincent Munier prenant une photo d'un corbeau sur une arête ne se rendit compte que deux mois plus tard de la présence de la panthère des neiges derrière la crête et l'observant.
Sylvain Tesson en conclut que l'affût pourrait être un style de vie, praticable en tous lieux, à tout moment.
C'est là peut-être que Sylvain Tesson pourrait rejoindre Christian Bobin. Être à l'affût, attentif, patient sans savoir a priori ce qui va s'offrir et qu'on va peut-être voir. Mais à la pulsion scopique que je trouve prédatrice, voir absolument l'absolu, voir absolument l'unicité de ce qui se voit, absolument voir pour ensuite montrer, je préfère une autre pulsion, intime, ressentir, éprouver. Personnellement, je photographiais. Je ne photographie plus ; je filmais, je ne filme plus. Ce que j'éprouve, ressens n'est pas partageable. De même que je ne peux comprendre le monde de l'autre (plante, animal, personne), je suis mystère à moi-même et mystère pour autrui. Sauf l'exception d'une communion fortuite, subite, de coeur à coeur, une communion au travers d'un regard, d'un sourire. Sauf pour l'enfant qui a parfois accès immédiatement à l'autre. Adulte, toute contemplation, tout émerveillement est de surface, partiel sauf exception. L'accès à l'absolu nous est barré me semble-t-il, sauf exception. La Nature aime à se cacher dit Héraclite. La puissance créatrice, la source vive agissent et ne se montre que ce qui est créé.
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Dans un film documentaire aux images splendides, le photographe animalier Vincent Munier et l'écrivain voyageur Sylvain Tesson invitent à contempler la nature et ses merveilles.
Sylvain Tesson - La Panthère des Neiges Rencontre animée par Marie-Madeleine Rigopoulos Sylvain Tesson, l'immense voyageur - écrivain toujours en partance ou en chemin - sera à la Maison de la ...
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lecture de Your last video (porn theater) salon de La Coquette, samedi 22 septembre 2018 à 19 H, photos Carine Chambelland et Florian Nicolas
les qualia et l'écriture, l'écriture des qualia
Cette pièce, toujours en cours d'écriture parce que la vie parfois te fait bifurquer, reprendre là où tu pensais avoir mis un point final alors que ce n'était qu'une virgule, a donné un texte intitulé Alors, ton livre d'éternité, tu le rends quand ?
paru dans Le Passage du temps (Les Cahiers de l'Égaré, octobre 2018)
lu le 27 septembre 2019 à la librairie Le port de tête à Montréal, Québec.
Une version raccourcie à 50' a été lue à La Coquette à Toulon, le 22 septembre 2018, avec Philip Segura, Thomas Astegiano, Pascal Rozand, Florian Onno, Marilyne Brunet, Sophie Johnson et JCG.
Your last video
(porn theater)
Jean-Claude Grosse
premières pages
Face à la caméra de son ordinateur, un vieil homme, assis ; le dispositif est tel qu'on voit le vieil homme, de dos sur scène, son image de face sur l'ordinateur et sur grand écran
Le vieil homme – pourquoi je m'installe là
aujourd'hui, mercredi 25 octobre 2017 à 7 H du matin
il se tourne vers le public
c'est mon anniversaire, 77 ans
arrivé au monde depuis déjà 6 H
il se retourne vers l'ordinateur
putain, tu te rends compte de ce que tu dis
hénaurme
77 ans !
(silence)
donc le temps existe ?
(rire)
faut-il en douter ?
arrivé au monde !
(silence)
donc le monde existe ?
(rire)
faut-il en douter ?
(silence)
c'est aussi le centenaire de la révolution d'octobre
certains disent le coup d'état bolchevik
un mythe s'effondre-t-il ?
L'Histoire ? Blabla ??
(rire)
je me plante devant l'ordi
compagnon de mes jours et nuits de solitude
connecté au savoir disponible sur la toile
savoir toujours sûr de savoir
Le Savoir ? Blabla ??
(rire)
depuis deux jours, je suis sous traitement
contre cette putain de toux spasmodique que j'attrape trop souvent, l'automne venu
c'est ma fragilité
avec l'autre, la cardiaque
je suis attentif aux signes qui peuvent m'être envoyés
dès la fin de l'été – poil au nez – je mets une écharpe autour du cou
le moindre picotement – poil au piment – je serre l'écharpe
mets deux doigts sur l'endroit irritant
(silence)
j'ai accompli mes petits rituels du matin
ça me prend 2 heures, réveil 5 H, laudes jaculatoires matutinalement joyeuses
bonjour le jour, nouveau jour, merci la vie
bonjour mes chéris, vivants et autrement vivants, vous les trans-parents
que cette journée de plus, quel que soit le temps, soit une journée de paix, de silence
(silence)
évite de te faire la guerre, de faire la guerre à d'autres
sois courtois, l'art d'être toi, adresse la parole et des sourires aux rares que tu croiseras
(silence)
étirements dans le lit, abdominaux sans excès
il fait encore un tout petit peu nuit, j'ouvre les volets, côté cuisine
sors les croquettes de la chatte fidèle au lieu
– n'entre jamais mais se laisse caresser avant de croquer –
petit déjeuner d'une durée de 40'
dont 20' yeux fermés – méditation sans soumission aux traditions de là-bas
esprit concentré sur inspir, expir – parfois sur le corps (silence) ou tel ou tel organe (silence)
– mon préféré, l'érectile – très sensible
(il fait entendre sa respiration)
toilettes au pluriel
le moment de la lecture des (il se lève, va chercher un livre, le montre)Essais
les Essais, je dis – comment dire ? je lis les Essais
à sauts et à gambades
aux toilettes
depuis 52 ans
quand devenu professeur
les Essais livre du passage, du changement
régalades et rigolades
pas livre de l'état
fadaise l'état du moi
que le je de ce moment mouvant, quand je danse, je danse
(silence)
ça pas clair moi, je, état, moment mouvant, à reprendre
(silence)
toilette au singulier, toilette de chat
pas de rasage durant 7 jours, jamais de parfum
petite gymnastique dans la chambre
huiles essentielles pour les voies respiratoires
enfin prêt, content d'être ici et maintenant, dans le silence
(silence)
comment dire ?
ici et maintenant
création de mon mental ?
état instable de conscience mouvante de ce moment ?
avec les petits bruits du dehors amortis par le double-vitrage
putain, ce gros chien blanc qui aboie, il m'emmerde
(silence)
bon le soliloque, ça suffit
je convoque doubles sonores et visuels
merci les techniques modernes de communication que j'utilise comme techniques d'expression
(rire)
c'est bon la compagnie
(silence)
le monologue ou soliloque, grâce aux techniques modernes, se transforme en dialogue
une voix, on dirait la sienne, prend la parole ; c'est une voix de machine l'imitant parfaitement ; c'est une voix qui répond, questionne, ou l'inverse ; c'est peut-être une voix d'intelligence artificielle ; c'est peut-être la voix d'un de ses clones
La voix – des laudes jaculatoires matutinalement joyeuses ?
(rire)
d'où te vient cette soudaine envie de dire bonjour au jour ?
dis-tu bonsoir au soir ?
tu n'as pas toujours laudativé
et j'ignore si tu complies
pourquoi ces rituels ?
t'es-tu inventé une sagesse ?
ça fait des mois que tu portes ce projet
Écrire ta dernière bande
(silence)
tu veux te mettre l'éditeur héritier de Samuel Beckett sur le dos ?
Écrire ton dernier branle
(silence)
l'homme de la branloire pérenne est depuis longtemps le compagnon préféré des bronzées de l'été
Pourquoi tu hésites entre deux titres ?
(silence)
Le vieil homme – suite à une conversation avec une vieille dame dans un train, un sous-titre m'est venu – poil au cul – rendre l'âme (rire) ;sur le titre je n'ai rien à dire, il faudrait que je sache où je vais
La voix – tu écris sans plan, sans intrigue, sans péripétie, sans acmé, sans personnages ? t'as pas fait de formation à l'écriture dramatique ?
Le vieil homme – j'écris à l'aveugle, archer aveugle qui tire dans le noir et ne rate pas sa cible – parce qu'il ne la vise pas
La voix – je n'en crois pas mes yeux ; ta métaphore, l'ar-cher-a-veu-gle-qui-ti-re-dans-le-noir, je la visualise 5 sur 5 alors que tout est noir, noir de l'aveugle, noire la nuit, noir de mon cerveau et je vois le tir
si c'est pas un quale, qu'est-ce ? la puissance du mental ?
(silence)
ton sous-titre rendre l'âme c'est pas plutôt rendre le corps ?
la mort, ça concerne d'abord le corps non ?
(silence)
Le vieil homme – j'ai parlé à la vieille dame de (il se lève, va chercher un livre, le montre)
L'éternité d'une seconde Bleu Giotto
j'y dis, enfin comment dire – l'auteur dit que tout passe, never more
mais qu'il sera toujours vrai que ça a passé, for ever
(silence)
je pose, enfin (à la Dali) commennt diiirrrre– l'auteur pose une question
où passe le passé qui ne s'efface pas ?
(silence)
que devient le livre d'éternité que nous écrivons de notre premier cri à notre dernier souffle ?
réalise – sans interruption / un jet continu / une seule phrase hachée menue / des milliards de phraselettes décousues / avec un espace entre deux / cet espace, ce blanc, ce silence entre deux jets discrets = un gap / le vide créateur
(silence)
et dire y en a qui disent : cerveau = ordinateur fait de viande
moi, dis : pas demain la veille qu'ordinateur découdra décousu / ment – poil au piment –
Les sont l'œuvre majeure de Michel de Montaigne ( 1533- 1592), à laquelle il consacre un labeur d'écriture et de réécriture à partir de 1572 continué pratiquement jusqu'à sa mort. Ils trait...
Montaigne et La Boétie château de Montaigne La Boétie était de trois ans l'aîné de Montaigne. Leur amitié dura six ans, de 1557 à 1563. " Nous nous cherchions avant que de nous être vus......
La Dernière Bande est un texte de théâtre de Samuel Beckett. La pièce a été représentée pour la première fois en France, devant le grand public, le au Théâtre Récamier, dans une mise en...
la dernière bande, un premier amour, your last video (porn theater), un dernier amour; Beckett en ligne de mire, Beckett comme personnage
face à la montagne ferrifère à Corsavy
Your last video
(porn theater)
Jean-Claude Grosse
dernières pages
É Say Salé – en disant Point, vous avez eu le dernier mot, ELLE ; la réciprocité en amour (et c'est pareil pour le Q) est une condition de sa réalité et de sa durée ; vous n'avez pas voulu être sa réciproque. Point. Mon rôle d'hétéronyme est terminé. Point.
Samuel Beckett – cette histoire d'amour à sens unique / fiasco / foirade / histoire de rien / texte pour rien /
Le vieil homme – pas texte pour rien / comment faire l'amour de manière divine / ça que lui voulait LUI / ça qu'elle pas voulu ELLE /
La voix – pourquoi le vieil homme, l'éditeur, É Say Salé, LUI, et moi ?
Le vieil homme – c'est le même mais à des places et moments différents ; c'est la superposition des identités à la sauce quantique ou botanique ; là je suis moi sauf erreur, ici,maintenant, aujourd'hui 25 juillet 2018, 3 mois avant mon 78° anniversaire, 16 : 28 ; toi ?
La voix – pour te stimuler le bulbe ; ton livre d'éternité s'imprime à tout instant, indépendamment de ta volonté,
dans tes neurones hippocampiques mais long temps ne fait pas éternité
mort de ton corps = mort de ton cerveau / plat l'électro /
mort de tes neurones même si ADN vit encore 1 million d'années après toi /
donc clonable le vieil homme = éternité enfin trouvée ?
clone c'est toi mais pas à l'identique donc pas toi, sauf erreur
est-ce la fin des questions ?
s'il est vrai que le passé ne s'efface pas, sauf erreur
il y a bien alors des traces éternelles de ce qui s'est passé, sauf erreur –
tu as accepté d'appeler ce livre d'éternité âme, ton âme
âme que tu acceptes de rendre, que la faucheuse te prend serait plus juste
l'âme tu pourrais l'appeler aussi la conscience –
il y a tant à dire sur la conscience – savoir polémique en cours d'élaboration –
je choisis le silence –
que la lumière te vienne, archer aveugle
de l'intérieur, du noir du crâne
il n'y a pas d'extérieur, tout y est noir sans ton cerveau qui voit
(blanc de 14 jours)
le témoin silencieux d'une scène, résolument quantique (sans doute une Fâme, connue, aimée du vieil homme, jadis, aujourd'hui disparue) :
s'installant sur un banc d'une allée de platanes face à une montagne ferrifère le mercredi 8 août 2018 à partir de 17 : 05, le vieil homme pense au très long voyage du fer / l'explosion d'une supernova il y a des milliards d'années / le nuage d'atomes de métaux lourds fabriqués par cette explosion à température autrement supérieure à celle du soleil / la formation par gravitation des planètes dans le système solaire / le fer en fusion au coeur du magma terrestre / la circulation de ce fer par des rivières souterraines jusqu'à la croûte terrestre / il passe plein d'autres étapes / et enfin la couleur rouge de son sang, grâce à ce fer venu de si loin et qui est un de ses éléments constituants / tant de coïncidences / se superpose la vision des coïncidences entre ELLE et LUI / il regarde la petite goutte de sang qui perle à son doigt majeur, griffé par une ronce qu'il n'a pas vue / superposition / il voit le doigt de Rilke piqué par la rose qui va le tuer d'une septicémie / il ferme les yeux, respire lentement, profondément ; parfois, sa respiration se fait plus forte, plus rapide, sans doute son arythmie ; il finit par retrouver une respiration ample et lente ; il est concentré sur elle, fait le vide, chasse même la pensée : ne pense pas ; on voit peu à peu sa tête s'incliner comme s'il s'assoupissait ; il se reprend, se redresse, lutte contre la somnolence, se concentre sur le souffle et le silence extérieur et intérieur, les deux silences en harmonie, de même qualité ; soudain, il voit surgir dans le noir de son cerveau, une pensée lumineuse ; un sourire éclaire son visage : le livre d'éternité que chacun écrit n'est pas à rendre à la fin de sa vie ; il n'y a pas de bibliothèque pour conserver nos livres d'éternité ni à l'intérieur du cerveau ni à l'extérieur, quelque part dans un monde des Vérités ; s'il n'y a que le présent, l'éternité c'est le présent et notre livre d'éternité s'écrit au présent ; il n'y a ni début ni fin, ni passé ni futur, ni naissance ni mort, ni ici-bas ni très-haut ; c'est par notre présence au présent que nous participons ; présence plus ou moins consciente ; la présence la plus consciente possible est la plus souhaitable, la plus désirable ; à trancher, un jour : Hasard ? Destin ? Dessein ?
Samuel Beckett – vieil écrivain oublié donne conseil à Fâme, témoin silencieux : supprime ce que j'ai souligné ; ça pue le gourouille, poil aux couilles
à peine formulée, la suppression s'effectue, il ne reste pas trace de ce qui a été écrit, comment dire, de ce qui a été silencieusement évoqué par le témoin féminin de la scène de révélation
Le vieil homme – Les répliques qui suivent
Samuel Beckett – vieil écrivain oublié donne conseil à vieil auteur ; supprime ce dialogue ridicule entre tes deux de sexes opposés pas foutus de se frotter sur l'émeri du sexe cru
à peine formulée, la suppression s'effectue, il ne reste pas trace du dialogue ridicule entre Lui et Elle
Le vieil homme, 14 février 2028 – j'ai déjà écrit ça, peut-être : arriver / là où ça prend fin / avec des bras remplis de rien ...
La petite fille – pépé, mamie a écrit riens avec s ; pourquoi t'enlèves l's ?
Le vieil homme, 14 février 2028 – il me semble que c'est la fin (il se lève, va chercher un livre, le montre) de L'éternité d'une seconde Bleu Giotto (silence)
je corrige légèrement
J'arriverai là où ça ne prend pas fin avec les bras remplis de riens avec s
comme l'avait écrit l'épousée au commencement de nos étonnements
Laisser l's, c'est ce que la vie m'a appris
l'épousée le savait d'intuition dès ses 16 ans
on ne laisse pas rien sans s
on sème des riens de conscience et de participation agissante à tout instant
parfois gravés en lettres d'or sur du marbre noir
Samuel Beckett – vieil écrivain oublié donne avis d'auteur autrefois honoré Nobel : tout ce fatras avec un S et pour un S
(s'adressant au public) écoutez bien ou dites à voix haute : laisse l'S, enlève l'S ;
est-ce Ta laisse ? est-ce Une laisse ? (rire)
t'as entendu ? (rire)
Le vieil homme, 14 février 2028 – je t'ai entendu (rire)
STU précédé de PQR (rire)
Samuel Beckett – trouver un peu d'ordre alphabétique dans le chaos absurdo-cosmique et dans le désordre amoureux des coups de foudre à sens unique débouchant sur un sens interdit, est-ce cela que nous cherchions, toi et moi, deux vieux au bout du rouleau (suspens) de papier Q ? (rire)
apparaît sur un écran une épitaphe, recueillie par l'épitaphier dans la mémoire d'un ordinateur orphelin de son utilisateur
L'épitaphe du 19 septembre 2001 (impossible de géolocaliser le cimetière où on peut la lire) –
Il existe encore des possibilités de départs, d’infimes moments d’absence où se retirer.
Il existe encore dans le reflux des vagues, des lieux pour rêver, des rues qui sont des ports, des instants-navires, de longues mers pour changer d’enveloppe terrestre, de carte d’identité.
Il suffit parfois de prendre à droite, ce chemin que je ne connais pas.
À nouveau. Voilà, peut-être, le plus beau des titres.
Il suffirait de s’accorder une trêve, un répit.
Suis-je responsable des mouvements de la lune ? Et des courants de la mer ?
Suis-je responsable du temps ?
L’eau et les vagues, le sel, l’écume, l’horizon inachevé,
à nouveau.
1° septembre 2016 – inachevé
en PDF au lien ci-dessous, Your last video (porn theater), non paginé dans la version papier, non indiqué dans le sommaire