avis au lecteur :
cet article ne pourrait d'aucune manière devenir un livre, plein d'hyper-liens à ouvrir, revenir à l'article, télécharger deux PDF de livres dont un de 332 pages; c'est une réalisation rendu possible par internet; la lecture en mosaïque sur la page de l'ordi est-elle possible ? je n'ai pas essayé; ChatGPT pourrait-il être sollicité en cours de lecture, sans doute
amusez-vous donc : il y en a pour des heures et des heures donc prendre tout son temps, faire défiler, prendre l'atmosphère, lire ensuite en 6 moments le récit, la légende en 6 chapitres que je fabrique, revenir et ouvrir en fonction des attractions étranges...
carte envoyée depuis St Petersbourg par Vitya, le 10 mai 2023, les deux vieux amoureux ressemblent de dos à JC et A. / photo d'A prise par Edouard Gordeev, un photographe renommé de Saint-Pétersbourg, à la demande de V, depuis un café dont je ne me souviens plus le nom, sur l'esplanade donnant sur la cathédrale Saint-Isaac; c'est Edouard qui avait prêté le parapluie; il en avait toujours 2 ou 3 selon les filles ou femmes qu'il souhaitait photographier; c'était en juillet 2004
note au lecteur
jouer et être joué, être un perdant magnifique face à αἰὼν l'enfant roi d'Héraclite fragment 130
Aiôn est un terme issu de la philosophie antique, désignant le temps cyclique, par opposition à Chronos (le temps physique) et Kairos (le temps métaphysique).
être un perdant magnifique avec la mort
(pas face à la mort ou contre la mort, avec)
c'est ce que fut me semble-t-il Vitya, Victor Ponomarev, débarqué dans notre famille en 1994, il avait 20 ans
faisant un travail d'épitaphier le concernant, sans vouloir être exhaustif (chacun-personne reste un mystère avec ses secrets, ses peurs, ses espoirs, ses blessures), je fouille mes mémoires (souvenirs, photos, vidéos, articles, spectacles) et écris cet article fort long comme tous ceux que j'écris, donc survolé par les gens pressés, article constellé d'hyper-liens, faits pour être ouverts, que beaucoup de lecteurs sur les 110 abonnés hésiteront à ouvrir, ne sachant lequel ouvrir
auteur de l'article, je me laisse porter par les propositions nocturnes et celles du matin au moment de la méditation; propositions, suggestions, associations me viennent, je ne les trouve pas
Vitya est au coeur du récit, d'une légende car je me garderai bien de prétendre à la vérité de ce récit => tout récit est légende même les autobiographies
mais aussi le couple que nous formions et formons encore car faisant ce travail, je me rends compte des empreintes laissées par un être aimé, complexe, secret au possible, un Verrseau, généreux dans le jeu, toujours jouant, autodidacte tant en théâtre que dans tout ce qu'il avait appris par lui-même en cherchant sur la toile (très informé des actualités, très orienté politiquement, une métaphysique de l'animalité humaine en lien avec l'instinct de survie ne laissant pas de place semble-t-il au 3° ordre, celui du coeur, croyant tout de même à l'âme)
une discussion avec lui était toujours redoutable : il ne laissait rien passer et ne lâchait jamais sur une conviction; sa puissance argumentative usant de tous les procédés rhétoriques (élever le ton, s'énerver (un jeu), injurier, prendre un ton câlin (je te charrie), jouant le cynisme sans remords) était perturbante plutôt que convaincante
Vitya me bousculait, c'est ainsi qu'il est devenu l'antagoniste, Boris Siderev, du futur Vita Nova que jeuh J.-C. suis devenu
cher lecteur, je n'ai donc aucun conseil à te donner, fais ton chemin de lecture dans un article qui remonte à la mythologie grecque, passe par Héraclite, Dante et sa Divine comédie, Pétrarque et son Triomphe de la mort, Goya, Leonard Cohen, voyage dans les espaces interstellaires et les univers parallèles
1994, 20 ans, 2024, 50 ans / dans un TGV / 1 juillet 2022 Paris Saint-Lazare /
d'entrée de jeu, ne pas se méprendre sur ce titre, pouvant être reçu comme provocateur, malveillant
avec la mort - je dis avec et non contre la mort, face à la mort - nous sommes tous des perdants
Vitya fut un perdant magnifique
les derniers moments
Depuis le 24 janvier 2024, la Terre a tourné.
Chose commune que commencement et fin sur le circuit du cercle. Héraclite fragment 119.
Le chemin montant descendant est un et le même. Héraclite fragment 118.
Le 24 janvier 2024, je souhaitais par téléphone, ses 50 ans à Victor Ponomarev, Vitya
un fils pour nous depuis 1994,
également un gendre depuis 1997
acteur formidable dans de nombreux spectacles
Il avait assuré malgré la douleur et sa faiblesse physique les représentations des 20 et 21 décembre 2023 à la scène nationale de Flers dans
D’autres mondes
et L’horizon des événements de Frédéric Sonntag..
Il n’avait pu passer Noël 2023 avec nous.
Son dernier Noël avec nous fut celui de 2022, qu’il passa surtout dans son cabanon.
Il avait été hospitalisé le 15 janvier 2024 après deux chimiothérapies, destinées comme les précédentes à le prolonger.
Le 31 janvier, je suis monté à l’hôpital Saint-Louis pour le voir. Je l’ai vu le 31, le 1° février, les 3 et 4.
Vitya est décédé le 4 février 2024 à 50 ans et onze jours.
La magnifique et terrible discussion entre une voix fatiguée (lui) et une oreille un peu sourde (moi) que nous avons eue le 1° février vers 15 H m’a profondément marqué.
Il fut question du Temps éternel αἰὼν et du temps qui passe chronos avec h.
Aiôn est un terme issu de la philosophie antique, désignant le temps cyclique, par opposition à Chronos (le temps physique) et Kairos (le temps métaphysique).
Surgit une oeuvre noire de Goya Cronos sans h dévorant un de ses enfants, oeuvre qui le hante depuis quelques jours
et d'agiter ses bras maigres comme s'il voulait chasser des fantômes
de crier « maman » parce que des mains cherchent à l’attraper.
Il voit tantôt l’enfer, tantôt le paradis.
Il me parle de façon hachée de l'inachèvement de l'homme, du mystère qui enveloppe toutes nos questions existentielles, de la nécessité de se taire.
L’homme se rassure par des certitudes scientifiques éphémères et des croyances. Il faut accepter que le début et la fin de la vie sont des mystères.
J'ai l'impression d'entendre Héraclite l'obscur parfaitement clair.
Il me dit aussi savoir quand il a attrapé son cancer, quand une metteur en scène l'a humilié, ne l'a pas considéré comme un être humain sensible et vivant pouvant proposer pour en faire un acteur robot manipulé harcelé par elle pour obtenir ce qu’elle voulait.
On parle Théâtre avec un T majuscule. J’évoque l'âme éternelle de la Tragédie et de la Comédie, les deux tentatives de l’homme de se représenter les destins humains, tragiques, comiques et leurs mille et une nuances.
Il me rappelle ce qu'il a gravé dans le caveau familial à Corsavy sur l'emplacement de Cyril : tu as été la porte vers mon THÉÂTRE, merci.
Le Temps avec majuscule (Aiôn) est un enfant qui joue en déplaçant les pions : la royauté d’un enfant. Héraclite fragment 130, un des plus célèbres et difficiles.
Nous avons le pion blanc vie mais à Aiôn appartient le pion noir mort.
Nous avons le pion blanc santé, Aiôn, le pion noir maladie. Nous avons le pion blanc jeunesse, Aiôn, le pion noir vieillesse.
Peu à peu, le temps chronos passant, nous sommes cernés par la maladie, la vieillesse jusqu’à l’issue fatale.
Aiôn, l’enfant joueur gagne, il est le roi.
J’ai reçu l’oeuvre noire de Goya, de façon personnelle.
C’est quoi un père perdant ses fils. D’abord Cyril, maintenant Vitya. Cela me renvoie à la question de Cyril, un jour à Châteauvallon : c’est quoi être père ? J’ai bafouillé sur la transmission.
Puis, j’ai vu le circuit du cercle du fragment 119 :
Vitya s’est trouvé lui aussi confronté à cette question : quel père suis-je avec et pour Kristian ?
Il a eu le désir fort de partir avec Rosalie, voir pendant 18 jours, Kristian et Olga à Saint-Petersbourg, du 19 avril au 11 mai 2023.
Voyage rocambolesque puisque frontières russes interdites. Il leur a fallu passer par le chemin des réfugiés afghans ou pakistanais, en bus à Tallin, en Estonie.
J’ai reçu aussi cette perte des fils d’un point de vue sociologique quand la génération au pouvoir, adulte, ne se soucie pas de ce qu’on appelle les générations futures, quand la jeunesse est sacrifiée (celles de 14-18). C’est ce qu’on appelle le syndrome de Cronos.
Nous sommes à nouveau dans ce cercle.
Cronos mangeant son fils c'est aussi le père qui parce qu'il vieillit enterre de plus jeunes que lui donc ses fils ou des amis plus jeunes.
Après Vitya, ce fut Georges, ce fut Alain, ce fut Christian entre autres.
Ce qui me frappe en vivant la préparation des obsèques de Vitya, le 14 février 2024, c’est le pouvoir rassembleur d'une disparition, pouvoir rassembleur à l'image de la vie de Vitya :
il y aura cette cérémonie laïque à Corsavy, le 14 février, jour anniversaire de l’épousée que Vitya considérait comme sa mère
il y aura deux cérémonies orthodoxes à Saint-Petersbourg et à Oulan-Oudé,
deux familles,
trois générations,
deux cultures,
quatre pratiques : laïque, orthodoxe, bouddhiste, chamanique.
Tout s'est fait en concertation et dans le souci d'honorer Vitya.
Distances abolies par la fraternité, l’amour, l’amitié
et temps aboli grâce à internet, cette cérémonie se déroulant en temps réel par zoom.
Suite à la grève des agriculteurs espagnols dans cette période, la réalité pour mes acolytes et moi, fut que nous sommes arrivés après l’enterrement à 16 H 30.
Je n’ai pas cherché de signe là-dedans.
À la date du 24 janvier 2025, je n’ai toujours pas vu l’enregistrement du zoom.
Dans une vidéo qu'est-ce que la mort, Etienne Klein dit : le temps n'existe pas, la mort en est le visage.
Stéphane Allix et bien d’autres avancent : la mort n’existe pas, le temps non plus.
Tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas.
Un geste affectueux de Vitya, il nous reniflait comme un hérisson derrière l’oreille. C’était particulièrement agréable, chatouilleux, jubilatoire. Kdo de Vitya à ceux qui aimeront jouer aux hérissons en train de disparaître.
Au 28 octobre 2024, le hérisson européen a été classé comme « quasi menacé
rap de Kristian, 14 ans, fils de Vitya et Olga avec en fin de rap la voix fatiguée de Vitya; traduit en français ci-dessous
"Je me tiens devant le miroir à quatre heures du matin, je me regarde et je ne comprends pas qui je suis devenu.
Je me tue la nuit Je veux être avec ceux que j'ai perdus Mon feu s'éteint
Il n'a pas brillé depuis le décès de Pono.
Je fais de mon mieux pour garder ta mémoire vivante, le grand Pono vit dans le cœur du petit
J'ai abandonné deux albums parce que ça fait mal de les écouter.
Les larmes me viennent aux yeux à chaque ligne du putain de sixième sens
Et c'est un cercle vicieux, j'écris à nouveau des textes amers
J’ai même pensé à arrêter de lire, mais cela m’est étranger.
J'ai promis de continuer à faire de la musique, ce qui signifie que je dois continuer.
Et je mentionne la France dans chaque morceau, non pas parce que je pense que c'est cool
Montmartre garde notre bonheur, Montmartre garde ce que je n'oublierai jamais
Nous nous battrons, nous avons des armes
Je suis vraiment désolé que tu nous aies quitté si soudainement, je ne peux pas le comprendre.
Je suis en colère contre le monde, je ne peux pas l'accepter
Tu m'as promis que tu m'aimerais même du paradis
Je continuerai à t'aimer d'ici
Vitya, je n'aurais pas dû vivre ça
[Voix de Viti]
Tout va bien, tout va bien, j'espère... que... cette année il y aura quelque chose de mieux... J'espère bien sûr... Que tu enregistres enfin ton album cette année, que tu l'enregistres bien, avec un micro, avec des paroles, avec toutes les choses, je t’aime… »
enregistré le 26 janvier 2025 à 15 h 15 dans le cadre des nuits (sic) de la lecture (voir la fin de mon article : qu'es-tu devenu ?)
Cher Jean-Claude !
L’occasion qui me fait écrire est triste, sublime, complètement détachée de tout ce qu’on peut étreindre. Je ne savais rien de la maladie de Vitya, donc, quand j’ai lu votre lettre précédente où vous dites qu’il sera inhumé, j’avais un long moment de doute et d’engourdissement, espérant que j’ai oublié ce mot en français et que cela doit signifier quelque chose de positive. Mais hélas, des mots ne changent pas leurs signifiés tellement vite.
Frappante n'était pas seulement la nouvelle elle-même mais aussi le fait que Vitya est une des personnes les plus vitales que j’ai jamais rencontrée. Une personnalité énorme, de l’énergie même peut-être excessive pour ce monde, l’énergie qui rayonnait beaucoup, trop beaucoup mais n’était pas facile à vivre avec (pour lui en premier lieu).
Je ne suis pas capable de dire beaucoup et ne veux pas répéter des lieux communs, mais ce fait insondable qu`il est parti s'intègre pour moi dans la chaîne des morts que vous avez survécu. (Si on peut dire "survivre la mort'). C'est pourquoi vous êtes ici pour moi la figure principale d'échelle énorme qui témoigne la présence de la lignée entière a сhaque instant éphémère aussi que dans l'éternité. Cela me reste inconcevable, comment vous laissez partir les plus proches, les plus talentueux, les plus lumineux et continuez votre vie, aussi tellement profonde et riche. Pour "tenir" tout ça il faut avoir de la sagesse très spécifique.
En pensant de Vitya, de vous, de nos voyages,de votre cimetière familiale à Corsavy et tous autres détails, j'arrive à comprendre que la rencontre avec vous et par conséquent toute votre famille (comme ils sont tous visibles dans vous et se manifestent à travers de vous, vous faisant plus fort), donc, j`ai compris que cette rencontre avec vous tous étaient un des moments les plus magiques dans ma vie. La richesse indescriptible des gens des talents extraordinaires (aussi artistiques que spirituels) dans votre famille m'étonnait toujours. Finalement, ce que j`admire en particulier c`est la présence absolue de la beauté dans toutes ses histoires dures: la beauté physique, la beauté de leurs actions, de l`art qu`ils créent, et la beauté de ce, comment vous les voyez partir, en moudrant la douleur dans la poésie. La poésie pure - voilà le lien réel entre vous, votre famille et autres secrets de la vie et de la mort les plus beaux. Je suis infiniment reconnaissante d'avoir la possibilité de faire connaissance avec vous et votre famille, de toucher juste un peu ce monde magique, dont vous êtes à juste titre gardien. Que c'est beau que Vitya sera commémoré au quatre vents de religions différentes! Que ce soit le véritable mystère et initiation, libre et puissante comme Vitya était et que vous, son père, êtes.
Dasha, depuis Saint-Petersbourg
avec gratitude et admiration la plus sincère à vous tous. 10 février 2024, 18 H 25
message lu lors de l'inhumation, le 14 février 2024
me
Saturne dévorant ses enfants / L'enfer de Dante vu par Miquel Barceló
lien valide jusqu'au 29/3/2025
lein valide jusqu'au 4/4/2025
à voir, revoir L'OMBRE DE GOYA PAR JEAN-CLAUDE CARRIÈRE (2022)
extrait impressionnant du film Les fantômes de Goya de Milos Forman 2006
balade-ballade en mythologie : Gaïa et Uranus (émasculé par Cronos)
Cronos dévorant les enfants qu'il fait à Rhéa (tué par Zeus habilement soustrait à Cronos)
la maman de Vitya, assassinée en 1993 rap d'accompagnement Je vous aime d'Axiom / plaque de Vitya, posée le 13 août 2024, à 11 H 30 avec un texte d'Ossip Mandelstam, 6 mois après son inhumation
Vidéo sur nos 2 visites au cimetière d'Oulan-Oudé à la mémoire de la mère de V.P., assassinée en 1993. À notre retour du Baïkal, en août 2004, nous réussissons à faire faire en deux jours une nouvelle tombe pour mieux honorer, à la russe, la mémoire de cette femme disparue à 38 ans dans des conditions horribles. Chanson d'accompagnement: Je vous aime d'Axiom.
Je vous aime (2006)
Axiom
verse
La haine irrigue nos veines
Et alimente nos peines
On ne sait qui consoler et partager les chagrins
La veuve ou l′orphelin
verse
Entre nous des différences
Nous partageons les souffrances
Et même si adversité rime avec diversité
Ensemble pouvoir dire en liberté
chorus
Je vous aime
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
chorus
Je vous aime
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
verse
La haine irrigue nos veines trop souvent
Xénophobie nous enchaîne
On se sert de la culture comme le front d'une clôture
Pour couver l′intolérance
verse
Les âmes sans humanité
Les larmes et le sang liés
Entachent les ailes du symbole, l'unité
chorus
Je vous aime
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
verse
Je vous aime (ô liberté)
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
verse
On peut se réconcilier
Panser les blessures
Et gommer les ratures qui salissent
La page que l'on doit écrire
Nos projets à venir
Accepter
Respecter
Et changer pour vous dire
chorus
Je vous aime (ô liberté)
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
chorus
Je vous aime (je vous aime, je vous aime)
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
verse
Les âmes sans humanité
Les larmes et le sang liés
Entachent les ailes du symbole, l′unité
Et même si adversité rime avec diversité
Ensemble pouvoir dire en liberté
chorus
Je vous aime
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
chorus
Je vous aime
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
chorus
Je vous aime
Je vous aime
Qui que vous soyez
Qui que je sois
Nous ensemble
Je vous aime quand même
Aujourd'hui, 4 février 2024, je vous quitte. Je quitte la rive et les gens. Je vous le dis encore vivant.
Aujourd'hui, 4 février 2024, je vous quitte.
Je quitte la rive et les gens. Je vous le dis encore vivant.
Victor Ponomarev
24 01 1974 - 04 02 2024
Et quand je vais mourir, ayant servi mon temps,
Moi de tout temps l'ami de tout vivant sur terre,
Retentira plus haut et plus immensément
L'écho du ciel dans ma poitrine tout entière
Ossip Mandelstam
Corbeau blanc (2013)
Julien Doré
Ce soir je vous quitte
Je quitte la rive et les gens
Depuis mon île politique
Je prends l'exil des corbeaux blancs
Alors ce soir je vous quitte
Pour la force des puants
Je suis sale et plein de tiques
Je prends l'exil des corbeaux blancs
Je suis la courbe bleue tangible
Je suis l'herbe puis le vent
Tant mieux si ce soir je vous quitte
Je prends l'exil des corbeaux blancs
Tais-toi ce soir je vous quitte
De cette fièvre romantique
Je rends la couronne à vos dents
A vos mâchoires robotiques
A vos ventres de géants
Je sais que ce soir je vous quitte
Je vous le dis encore vivant
Je ne reviens pas des cimes
De là où la neige se pend
Je ne sortirai pas des lignes
Tracées par les corbeaux blancs
Si d'en bas vous me faites un signe
J'oublierai les liens du sang
Pour qu'une pluie d'atropine
Perce vos yeux de déments
Pour une de vos maigres épines
Je prends le nuage de corbeaux blancs
Pour qu'une pluie d'atropine
Perce vos yeux de déments
Moi je suis nu pour qu'on soit quittes
Je suis devenu corbeau blanc
Ça y est ce soir je vous quitte
mardi 11 février 2025, 19 H, Le petit chicago /
mardi 11 février, 19 H, Le Petit Chicago, place de l'équerre, Toulon
scène ouverte de poésie, animée par Cédric Lerible et Olivier Sadoul /
inscription poesiechicago@gmail.com
je me propose de dire deux textes (2 fois 3-4') si c'est possible
en lien avec l'inhumation de Vitya, le 14 février 2024, jour aussi de l'anniversaire d'A.B., le 14 février 1948
Annie, Vitya, Katia, Olga, 2007 sortie de résidence de création de Rien ne sera plus jamais comme avant
Vitya inhumé le 14 février 2024
La discussion que nous avons eue, Vitya et moi, le 1° février 2024 vers 15 H dans l’unité des soins palliatifs de l’hôpital Saint-Louis à Paris m’a profondément marqué. Il fut question du Temps éternel Aiôn et du temps qui passe Chronos avec h.
Il me parle de façon hachée de l'inachèvement de l'homme, du mystère qui enveloppe toutes nos questions existentielles, de la nécessité de se taire. « Tu ne sais pas à quel point, tu ne sais pas ce que tu ne sais pas. » J'ai l'impression d'entendre Héraclite l'obscur parfaitement clair.
Aiôn est un enfant qui joue en déplaçant les pions : la royauté d’un enfant. Héraclite fragment 130. Nous avons le pion blanc vie, Aiôn, le pion noir mort. Nous avons le pion blanc santé, Aiôn, le pion noir maladie. Nous avons le pion blanc jeunesse, Aiôn, le pion noir vieillesse. Peu à peu, chronos passant, nous sommes cernés par la maladie, la vieillesse jusqu’à l’issue fatale. Aiôn, l’enfant joueur gagne, il est le roi.
On parle Théâtre avec un T majuscule. J’évoque l'âme éternelle de la Tragédie et de la Comédie, les deux tentatives de l’homme de se représenter les destins humains, tragiques, comiques et leurs mille et une nuances. Il me rappelle ce qu'il a gravé dans le caveau familial à Corsavy sur l'emplacement de Cyril : tu as été la porte vers mon THÉÂTRE, merci.
Surgit une oeuvre noire de Goya Cronos sans h dévorant un de ses enfants, oeuvre qui le hante depuis quelques jours et d'agiter ses bras maigres comme s'il voulait chasser des fantômes de crier « maman » parce que des mains cherchent à l’attraper. Il voit tantôt l’enfer, tantôt le paradis. J’ai reçu l’oeuvre noire de Goya, de façon personnelle. C’est quoi un père perdant ses fils. D’abord Cyril, maintenant Vitya. Cela me renvoie à la question de Cyril, une nuit à Châteauvallon, au passage à l’an 2000 : c’est quoi être père ? J’ai bafouillé sur la transmission. Puis, j’ai vu le circuit du cercle. Vitya s’est trouvé lui aussi confronté à cette question : quel père suis-je pour Kristian ?
Cronos mangeant son fils c'est aussi le père qui parce qu'il vieillit enterre de plus jeunes que lui, donc des fils.
Quand la génération adulte au pouvoir ne se soucie pas de ce qu’on appelle les générations futures, quand la jeunesse est sacrifiée comme en 14-18, on appelle cela le syndrome de Cronos. Nous sommes à nouveau dans ce cercle.
Un geste affectueux de Vitya : il nous reniflait comme un hérisson derrière l’oreille. C’était particulièrement chatouilleux. Le 28 octobre 2024, le hérisson européen a été classé comme « quasi menacé ».
Annie née le 14 février 1948
Apparemment, c’est une femme de l’absence. Toujours ailleurs. Perdue dans ses pensées. Fille d’air et de rêve. Mais à la pratiquer, avec amour, depuis quarante six ans, j’ai compris que c’est une femme de la présence, une présence légère, dans le présent. Elle ne pèse pas. Elle ne pose pas. Avec elle, tout est danse. Le présent n’est pas que l’instant. C’est le moment de maintenant, avec une pointe de souvenir. Une fleur, chaque jour, pour notre chat parti sans retour. Son nom parfois et alors, une bouffée de nostalgie. Elle est attachée à tout ce à quoi elle a donné de l’amour. Des photos et des mots pour les disparus, la mère, d’une embolie qu’elle embellit, le fils et le frère, dans le même accident. Des cartes aux anniversaires. Des cadeaux sans destinataire pour les recevoir. Quelle aptitude à ne rien laisser mourir malgré la souffrance, évidente, inconsolable. Chaque objet est à la fois d’hier et de maintenant, pas figé, souvent déplacé. L’œil toujours sollicité par quelque nouveauté, une disposition rare, un rapprochement inattendu, un éloignement surprenant. Tout ce qu’elle aime est sans cesse repris, reconsidéré. Petits riens qui changent tout. Combat de chaque instant contre la dégradation, l’usure, l’habitude, l’oubli. La maison vit, est habitée. Pas d’ennui possible avec une femme qui fait de sa maison, de notre vie, un récit, un poème. Avec elle, les simples jours deviennent les simples beaux jours, embellis par le regard, le sourire radieux qu’elle pose sur les choses et les gens. Les tristes jours deviennent les inoubliables tristes jours, adoucis par son sourire mélancolique. Elle rayonne d’amour. Solaire, elle donne le meilleur d’elle, une écoute qui apaise angoisses et peines, aide à mettre en mots, petits maux et grandes douleurs. Mais de ses angoisses et souffrances, vous ne saurez rien, les mots ne sont pas pour elle. Elle ne s’en sert pas pour elle. Tout se passe dans le regard, souvent mouillé, toujours caché. Ah ! la légère, l’aérienne ! Depuis quarante six ans, elle me fait la vie légère. Je l’aime sans comprendre pleinement la force du don qui l’habite. Mais en le vivant pleinement, passant des heures à contempler son visage sur lequel je ne vois pas passer l’âge. Elle a l’âge de son cœur, celui de l’adolescente qui m’a choisi une fois pour toutes. Mon désir d’elle et mon amour pour elle sont restés intacts à son contact.
Les perdants magnifiques de Leonard Cohen, 1966 / sainte Catherine Tekakwitha
le pion noir mort de l'enfant-roi du fragment 130 d'Héraclite est le pion ultime de la partie que nous jouons avec le pion blanc vie
αἰὼν παῖς ἐστι παίζων πεσσεύων· παιδὸς ἡ βασιληίη
« Le temps est un enfant qui joue : la royauté de l’enfant. »
nous sommes donc tous des perdants avec la mort
certains sont des perdants magnifiques
Leonard Cohen en fut un; il a écrit un roman : Les perdants magnifiques, 1966
Le narrateur est obsédé par le souvenir de sa femme Edith, suicidée dans une cage d'ascenseur, et tyrannisé par l'amant de cette dernière, le mystérieux et méphistophélique F. Le narrateur tente de conjurer ses obsessions par l'invocation, de plus en plus scabreuse au fil des pages, de la première sainte indienne du Canada, l'Iroquoise Catherine Tekakwitha, convertie par les Jésuites au XVII e siècle, si bien que le livre se déploie dans plusieurs directions - récit bourgeois d'un ménage à trois, biographie romancée d'une sainte historique, considérations hallucinées sur la drogue, Dieu, la culture pop, la guerre d'Espagne, les orgies et les Juifs, bref, l'univers de Cohen -, le cadre romanesque explosant à mesure, en poèmes, sketches, dialogues, prières.
Aujourd'hui Les Perdants magnifiques reste comme un pur joyau de pop-culture, parfaitement déjanté.
Comment puis-je commencer quelque chose de nouveau avec tout cet hier en moi ?
Catherine Tekakwitha, qui es-tu ? Es-tu (1656-1680) ? Est-ce assez ? Es-tu la Vierge Iroquoise ? Es-tu le lis des rives de la rivière Mohawk ? Puis-je t’aimer à ma façon ? Je suis un vieil érudit, plutôt mieux de ma personne maintenant que lorsque j’étais jeune. C’est ainsi que l’on améliore ses traits à rester assis sur son cul. Je t’ai suivie, Catherine Tekakwitha. Je veux savoir ce qui se passe sous cette couverture rose. En ai-je le droit ? Je suis tombé amoureux d’une image pieuse de toi. Tu te tenais parmi des bouleaux, mes arbres favoris. Dieu sait jusqu’à quelle hauteur tes mocassins étaient lacés. Derrière toi il y avait une rivière, sans doute la rivière Mohawk. Deux oiseaux au premier plan à gauche seraient ravis que tu leur chatouilles la gorge, ou si seulement tu te servais d’eux dans une parabole. Ai-je le droit de te suivre avec mon esprit poussiéreux plein du fatras de peut-être cinq mille livres ? Je vais même si rarement à la campagne. Peut-être pourrais-tu m’apprendre quelque chose sur les feuilles ? Que sais-tu des champignons narcotiques ? Lady Marilyn est morte il y a quelques années. Puis-je dire qu’un vieil érudit, dans quatre cent ans, peut-être de mon propre sang, s’intéressera à elle comme je m’intéresse à toi ? Mais pour le moment tu dois en savoir plus sur le ciel. Est-ce que ça ressemble à ces petits autels en plastique qui brillent dans le noir ? Je jure que ça ne me choquerait pas. Est-ce qu’après tout les étoiles sont minuscules ?
J'aurais voulu vivre dans le "folk song" comme Joe Hill, pleurer pour les innocents que ma bombe aurait mutilés, remercier le vieux paysan qui nous aurait nourris pendant notre fuite. J'aurais voulu avoir une manche vide retenue par une épingle double, et voir les gens sourire tandis que je saluais de la mauvaise main. [...] J'aurais voulu avoir ma tête portée à Pékin, avec un poème écrit sur mon épaule, sourire au dogme qui écrasait ma personnalité, faire face aux machines de Broadway. J'aurais voulu que la Cinquième Avenue se souvienne des pistes indiennes [...] J'aurais voulu écrire un pamphlet contre le contrôle des naissances, dans une langue très simple, un pamphlet qui serait venu au foyer, illustré de dessins [...] J'aurais voulu trafiquer dans l'immobilier, représentant d'un milliardaire anonyme et sans âge. J'aurais voulu bien écrire sur les Juifs. J'aurais voulu être fusillé dans les rangs des Basques pour avoir apporté l'Eucharistie contre Franco sur le champ de bataille....
Une soupe délicieuse me brûle la main. Un geyser visqueux m’inonde le poignet. Une pluie magnétique met ma montre Bulova à l’épreuve. Elle vacille à la recherche de son équilibre, puis elle s’abat sur mon poing comme un filet à gorille. Je m’étais faufilé dans sa fourrure humide, que je pressais entre mes doigts comme de la barbe-à-papa. Je suis au centre maintenant d’une exubérante artésienne de collerettes, d’innombrables bulbes, d’une constellation de cœurs muqueux en train de pomper. Des messages en morse moite me remontent le long du bras, paralysant mon cerveau, par des zones obscures, ils choisissent de nouveaux rois pour les prétendants épuisés de l’esprit. Je suis un phoque inventant des ondulations dans une vaste piscine électrique, je suis un fil de tungstène dans un océan d’ampoules, je suis créature des cavernes de Mary, je suis écume sur vague, les fesses de nurse Mary applaudissent avidement comme elle manœuvre pour frotter le trou de son cul sur mon bras, le rose de son rectum glissant comme le rêve d’une rampe démoniaque.
Le 30 août 2023, le pape François a évoqué Catherine Tekakwitha
François a souligné qu'"en Catherine Tekakwitha, nous trouvons donc une femme qui a témoigné de l'Évangile, non pas tant par de grandes œuvres, car elle n'a jamais fondé de communauté religieuse ni d'institution éducative ou caritative, mais par la joie silencieuse et la liberté d'une vie ouverte au Seigneur et aux autres". Même avant sa mort, survenue le 17 avril 1680 à l'âge de 24 ans, Catherine a accompli sa vocation avec simplicité, en aimant et en louant Dieu et en apprenant à ceux avec qui elle vivait à faire de même. Ses dernières paroles furent d'ailleurs : "Jésus, je t'aime".
"En bref, a conclu le pape, elle a su témoigner de l'Évangile en vivant l'ordinaire avec fidélité et simplicité. Puissions-nous, nous aussi, savoir vivre l'ordinaire de manière extraordinaire, en demandant la grâce d'être, comme cette jeune sainte, d'authentiques disciples de Jésus".
un message d'anniversaire, envoyé le 28 janvier 2025 à 8 H 40
Que ce jour ordinaire te soit extra-ordinaire
Et que ce jour extraordinaire te soit ordinaire
Tu pourras ainsi balader-ballader le curseur d’un extrême, ordinaire, à l’autre, extraordinaire, et apprécier les mille et une nuances entre ces deux extrêmes
Geminia Agathè. Dum uixi lusi. 2° s après J.-C. La célèbre épitaphe versifiée de la jeune Geminia Agathè Mater, morte à Rome à l’âge de cinq ans, sept mois et vingt-deux jours, décrit la défunte avec une dimension personnelle particulièrement forte. L’expression dum uixi lusi, « tant que j’ai vécu, j’ai joué » fait référence à une activité qui doit être replacée dans le contexte plus large des épitaphes d’enfants ainsi que des tombes avec du matériel ludique.
αἰὼν παῖς ἐστι παίζων πεσσεύων· παιδὸς ἡ βασιληίη
« Le temps est un enfant qui joue : la royauté de l’enfant. »
dans le texte consacré aux derniers jours de Vitya, m'appuyant sur le fragment 130, j'ai mis l'accent sur les pions noirs de l'enfant-roi qu'il joue contre les pions blancs que nous avons entre les mains
j'ai donc mis l'accent sur les pions du jeu
mais pourquoi αἰὼν est-il dit enfant ?
les jeux d'enfants et pour enfants avaient une grande importance dans la Grèce antique. Dans le cadre du projet ERC Locus Ludi. The Cultural Fabric of Play and Games in Classical Antiquity, une réflexion collective s’imposait sur l’énigmatique fragment d’Héraclite : « Le temps est un enfant qui joue : la royauté de l’enfant. »
Véronique Dasen est professeure d’archéologie classique à l’Université de Fribourg, rattachée au laboratoire ANHIMA, Paris (UMR 8210). Elle explore de manière pluridisciplinaire et anthropologique des facettes moins connues de l’Antiquité : l’histoire du corps et de ses pratiques, médicales et magiques, l’histoire de l'enfant et du genre, la culture ludique en tant que métaphore et fabrique d’une société. Elle dirige plusieurs projets de recherches, en dernier lieu le projet financé par le Conseil Européen de la Recherche (ERC) Locus ludi. The Cultural Fabric of Play and Games in Classical Antiquity (2017-2022, no 741520).
Un livre collectif a été publié par Les presses universittaires de Liège en 2020
Héraclite :
le temps est un enfant qui joue
David BOUVIER, Véronique DASEN (éds)
Presses Universitaires de Liège
couverture de l'essai collectif sur les jeux éducatifs en Grèce antique
le PDF du livre collectif, 14 contributions, 338 pages
on ira voir la mer / nous serons vieux aussi / d'autres mondes / l'horizon des événements
Vitya fut un perdant magnifique
le comédien, le récitant
au Revest en 1999, à Corsavy en 2009
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slam écrit et réalisé par SHEIN B pour le départ, le passage, le pas-sage de Vitya Ponomarev, acteur russe accueilli dans notre famille à partir de 1994, décédé à 50 ans et 11 jours, le 4 ...
https://www.youtube.com/watch?v=o-g8HJJDDR0
slam écrit et réalisé par SHEIN B pour le départ, le passage, le pas-sage de Vitya Ponomarev,
l'énergie vityale (expression due à K.P.) lors d'une fête des voisins à Saint-Denis en 2022
28 mai 2016 / Sous forme de scénario, des séquences rythmées transposent l’actualité politique à l’égard des migrants. Safia, une journaliste brillante, décide d’agir en faveur des « sans papiers » en désobéissant aux règles d’État pour suivre une loi plus impérieuse à son sens, celle de son propre humanisme, de sa responsabilité individuelle. Avec Dieudonné Niangouna, Françoise Cousin, Pénélope Perdereau,Xavier Béja, Elios Noel, Marie Coustaury, Jean-Baptiste Verquin, Clothilde Moynot, Nicolas Lambert, Maëlle Bertrand, Philippe Lemoine et Fred Fashena.
22 mai 2011 / Testimony, recitative du poète objectiviste Charles Reznikoff, est un vaste cycle de poèmes, très littéralement extraits des témoignages de procès d’assises aux Etats-Unis. Dans ces poèmes, les mots sont des paroles dites devant un juge Avec le piano de Sophie Agnel, et les voix de Victor Ponomarev et Hubertus Biermann
11 mars 2005 / A George Daw qui veut le représenter sur la voie de Pétersbourg à Kronstadt (mai 1828), Pouchkine lance : "Pourquoi ton crayon magique/Peint-il mon profil nègre ?" Sur son poncho, David Murray arbore une broche au portrait de celui qui murmurait : "J'ai survécu à mes désirs,/J'ai cessé d'aimer tous mes rêves ;/Je n'ai plus rien que les souffrances,/Nées de ce cœur à jamais vide." avec Elena Frolova et Victor Ponomarev pour les textes et, chanteur-récitant, Avery Brooks. Impossible de trouver traces musicales et parlées de cette création, même sur la chaine youtube de David Murray. Existe un DVD David Murray, saxophoneman 3 films. David Murray, I'm a jazzman. David Murray and the Gwo Ka masters live in Sainte Lucie. David Murray black saint quartet live at Banlieues Bleues festival
de 1999 à 2024, quelques spectacles
Grand Prix Essai/ Art Video à Côté Court 2024, Sélection Officielle Court Métrage Documentaire César 2025. Un homme revient dans sa ville natale. Adolescent, il avait tourné des films d'horreur dans la maison familiale avec quelques camarades. Des images demeurent, de ces films, de ses parents, de lui. La ville n'a pas changé. Les spectres de Mamanville y flottent ou s'en évadent peut-être enfin. Dernières apparitions de Victor Ponomarev
quelques images dont une de Vitya
6 juillet 2003, Vitya au sommet de la tour du Revest s'en aller vers le large, vers l'ailleurs
un extrait du court spectacle Dead General sur un texte de Sacha Volkov, écrit lors du Baïkal's Bocal d'août 2010 avec 3 comédiens du Molodiojny Théâtre d'Oulan-Oudé: Vitya Ponomarev, Vladimir Kostin, Alla Natanson, l'auteur Sacha et le metteur en scène, Anatoli Baskakov, spectacle donné avec 6 autres le soir du 15 août 2010 devant une salle comble en présence du ministre de la culture de Bouriatie
Scène des deux amoureux dont le destin est contrarié (Valérie et Vitya). La Forêt d'Ostrovski mise en scène par Cyril Grosse (1971-2001) et créée en 1999 à la Maison des Comoni au Revest avec L'Insolite Traversée: 10 comédiens sur le plateau. Ce spectacle a tourné 2 ans et a valu à Cyril Grosse d'être conventionné par l'État. Avec Laurent Chouteau, Valérie Marinèse, Magali Bonat, Pierre Palmi, Bernard Meulien, Jeanne Mathis, Victor Ponomarev, Katia Ponomareva-Grosse, Laurent Vercelletto et Cyril Grosse.
monologue de Vitya de 2'30 à 8'30 / (C'est possible) ça va ou l'un de nous est en trop est le dernier spectacle de Cyril Grosse (1971-2001) créé en octobre 2000 à Oulan-Oudé en Sibérie après répétitions au lac Baïkal, à Baklany (vidéos sur le Baïkal à voir ici) puis présenté à Gap, au Revest, à Gare au Théâtre à Vitry. Réalisation franco-russe avec 11 comédiens, ce spectacle a été filmé par un vidéaste russe, Vlad, et ce n'est que 6 ans après que Les 4 Saisons du Revest, co-producteurs du spectacle, ont pu retrouver le film.
une fête à la russe dont Vitya est le centre, c'est lui qui part vers l'ailleurs / à partir de 10'40, la danse de K.P. avec Sergguei / l'enfant au milieu des adultes / le monologue puissant de Frédéric Poinceau
Vitya dans le théâtre du goulag, parmi d'autres zeks en 2004 (spectacle accueilli au Revest)
Qui ne travaille pas ne mange pas
expose, sur le mode de la revue, le destin d’artistes détenus qui ont pratiqués le théâtre dans les camps staliniens.
Cie Mabel Octobre, 2004
disponible en DVD
« Au cours de plusieurs voyages en Russie, j’ai pu me rendre sur d’ex-lieux de détention (Magadan, Vorkouta, Pétchora, Inta) et recueillir de nombreux documents sur le théâtre au Goulag (archives papier, audio et vidéo, dont près de 40 interviews d’anciens détenus ayant pratiqué ou fréquenté le théâtre dans les camps staliniens). Comment aborder la représentation d’un monde révolu dans un monde actuel où le devoir de mémoire heurte nos consciences ? Sans me plier à l’exercice de la reconstitution historique, il m’importe de donner à voir et à entendre des visions du théâtre au Goulag en ne partant que de faits véridiques mais en les inscrivant dans un temps présent.
S’interroger sur un thème grave tel que le Théâtre au Goulag, pose la question essentielle de « comment se fait-il que l’art suive l’évolution de l’humanité, comment se fait-il que même dans les situations les plus extrêmes, sous des régimes totalitaires, dans les terribles conditions d’enfermement du Goulag, l’art puisse exister et, à sa façon, prospérer ? »
Judith Depaule
Vitya dans Vous en rêvez Youri l'a fait de la Cie Mabel Octobre 2007 (spectacle accueilli au Revest)
Vous en rêvez (Youri l’a fait)
chronique épique du premier homme cosmique
Cie Mabel Octobre (2007)
En quoi peut-on dire que Gagarine est le dernier grand héros positif d’une époque désormais révolue ? Quelles sont les images qui nous en restent ? Qu’est-ce qu’un héros du 20e siècle, a fortiori communiste ? Comment ça se fabrique ? Quels mécanismes de propagande cela induit ? Qu’en est-il du regard que nous portons sur lui et dans quelle mesure sommes-nous responsables de son héroïsation ? Où en est notre fascination pour le cosmos 50 ans après l’envoi du premier spoutnik le 4 octobre 1957 qui émut le monde entier ? Que reste-t-il du 1er homme de l’univers et de son sourire légendaire ?
À partir de documents d’archives (papier, photo, vidéo et audio), de témoignages recueillis pour l’occasion, d’un univers onirique musical et visuel, le spectacle explore ces questions et réinterroge notre envie ancestrale de nous élever dans les airs en quête d’une inaccessible liberté.
durée 1h30
disponible en DVD
Pour ce qui est la dernière aventure qu’il nous reste à vivre … sur le chemin de cette fin de vie, nous avançons tout doucement, certains sans voix, d’autres hurlant comme des bêtes, certains sur leurs deux jambes, d’autres avec une canne ou en fauteuil, certains sans mémoire, d’autres des souvenirs plein la tête, certains accompagnés, d’autres esseulés, abandonnés. Il y a ceux qui en dedans d’eux se disent : j’ai vécu plein de choses, ça commence à bien faire, j’ai mon compte, ceux qui se disent : je me sens mais toujours la(le) même et ceux enfin qui se disent les deux à la fois. Nous serons vieux aussi, une tentative théâtrale d’appréhender le sens de l’âge et celui de l’existence, avec pour support le son, la vidéo et le mouvement. Regarder les visages, observer les mains, écouter les silences, ne forcer ni les regards, ni les confidences, donner le temps et tenter l’approche d’une vie, permettre d’en faire le bilan comme on raconterait une histoire, simplement, intimement, pudiquement, tranquillement. Katia Ponomareva
c'est toi qui vis dans le monde des morts, Alexei / Au début des années 60, un jeune physicien français au génie précoce et un auteur de science-fiction soviétique travaillent sans le savoir sur le même concept : l’existence d’univers parallèles au nôtre, qui expliquerait la nature même de notre réalité.
dernier spectacle auquel participa Vitya, dernière représentation le 21 décembre 2023, scène nationale de Flers, Orne / il est un astrophysicien et n'ignore rien des univers-espaces-temps passés, présents, futurs ...
monté à Paris le 31 janvier 2024 voir Vitya à l'hôpital Saint-Louis
faisant depuis le 24 janvier 2025, anniversaire de ses 51 ans, un travail d'épitaphier le concernant, travail passionnant, je me suis rendu compte que Vitya avait joué dans le spectacle sur Youri Gagarine de Judith Depaule en 2007 (accueilli au Revest), que dans D'autres mondes (2020) de Frédéric Sonntag - Asanisimasa il était Alexei Zinoviev, écrivain soviétique de science-fiction imaginant des mondes parallèles, que dans L'horizon des événements (2022) de Frédéric Sonntag - Asanisimasa il est un astrophysicien
je me suis donc dit qu'il nous fallait voyager dans l'univers, quitter un peu bruits et fureurs, folies meurtrières collectives et individuelles, folies des grandeurs, retrouver l'humilité évoquée par Carl Sagan
je connaissais ce documentaire de 1 H 01, mis en ligne le 27 avril 2020 et dédié à Carl Sagan
les voyages extraordinaires des deux sondes Voyager, toutes deux sorties du système solaire et continuant à envoyer des données depuis l'espace interstellaire, sans doute jusqu'en 2030
« On dit que l’astronomie incite à l’humilité et forge le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la vanité humaine que cette lointaine image. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. »
Carl Sagan, Pale Blue Dot, 1994.
Carl Sagan Pale Blue Dot 1994 / photo prise le 14 février 1990, le jour de ses 42 ans Le 14 février 1990, 13 ans après son lancement, la sonde Voyager 1, alors qu’elle se trouve à plus de 6 milliards de kilomètres de la Terre et avant de dire définitivement adieu au système solaire, prend un cliché mémorable et émouvant. On y voit un point bleu pâle, minuscule, qui passe presque inaperçu : c'est notre Terre.
« Regardez ce point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Dessus se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez jamais entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. La somme de nos joies et de nos souffrances. Des milliers de religions, d’idéologies et de doctrines économiques remplies de certitudes. Tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations. Tous les rois et paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères, mères, enfants remplis d’espoir, inventeurs et explorateurs. Tous les moralisateurs, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici… Sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.
La Terre est une scène minuscule dans l’immense arène cosmique. Songez aux rivières de sang déversées par tous ces généraux et empereurs afin que, nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction… d’un point. Songez aux cruautés sans fin infligées par les habitants d’un recoin de ce pixel aux habitants à peine différents d’un autre recoin. Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre soi-disant importance, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mises en perspective par ce point de lumière pâle.
Notre planète est une poussière isolée, enveloppée dans la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité, dans toute cette immensité, rien ne laisse présager qu’une aide viendra d’ailleurs, pour nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment, c’est sur Terre que nous nous trouvons.
On dit que l’astronomie incite à l’humilité et forge le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la vanité humaine que cette lointaine image. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. »
Carl Sagan, Pale Blue Dot, 1994.
remarquable documentaire de 1 H 01 dédié à Carl Sagan / posté le 27 avr. 2020 / Gagarine a fait le premier vol dans l'espace 12 avril 1961 / Le 12 avril 1961, à 09h07, Youri Gagarine décolle à bord du Vostok-1 et va devenir le premier homme en orbite autour de la Terre.
Vitya fut un perdant magnifique
l'antagoniste
Dialogue à venir, le 21 mars 2028, entre celui qu'on appelait communément J.-C. et Boris Siderev
" J.-C. − Depuis le 21 décembre 2020, on est entré dans l’ère du Verseau.
Après 2160 ans d’ère des Poissons dirigée par la planète Neptune, période de dualité, de compétition, d’individualisme où la spiritualité (Christianisme) et l’égo (le Père, le Fils...) ont régné. Ce fut l’ère du Fils du Père communément appelé J.-C. dont le message ne pouvait être qu’inaudible
Matthieu 5…43 Vous avez appris qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 44 Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes
il est né le divin enfant a été pendant plus de 2000 ans, extériorisé, objectivé, objet de cultes et rituels formalistes sauf chez les mystiques et les hystériques.
Entrés dans l’ère du Verseau, nous avons 2160 ans devant nous pour développer notre intelligence du cœur, le 3° ordre de Blaise Pascal (le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point).
2160 ans si nous le voulons de travail sur nous, de nettoyage, pacification, apaisement ; de développement de notre puissance d’amour inconditionnel qui suppose non-jugement et non-agir
/ dans le même temps, hommes politiques, financiers, technocrates, bureaucrates, médiocrates, peurs collectives persisteront à user, abuser de leurs pulsions de pouvoir sur l’autre, contre l’autre, pulsions dont l’extinction se réalisera par exténuation lente et mortifère et parce qu’elles glisseront sur certains d’entre nous comme pluie acide sur nos plumes de canard.
2160 ans devant nous : nous avons donc le temps de mijoter les nouvelles recettes relationnelles, de tricoter l’éternité du moment présent.
Je t’invite à suivre ce chemin, pour toi, ton chemin qui est aussi le chemin d’un nombre grandissant. Se constituent des égrégores positifs, des groupes d’amis préférant les échanges cœur à cœur aux échanges sur les réseaux sociaux. Comme les chenilles qui engendrent des papillons par prolifération de cellules imaginatives d’abord combattues par les cellules normales de la chenille, 1% d’égrégores positifs ignorés par les accros, les addicts au pouvoir sur l’autre suffira à changer de civilisation.
Boris Siderev − D’où tiens-tu ce chiffre « rassurant » ?
− C’est un chiffre qui court. Il suffit d’y croire pour que ça devienne la réalité, c’est l’effet placebo, applicable à tout.
− Sur la voie de l’illumination. À défaut d’être un illuminé.
− Ton changement de civilisation bute sur une donnée évacuée par la plupart des gens. Lévi-Strauss avait nettement soulevé ce problème : on est trop nombreux pour cette planète, 7 milliards et demi pour une planète à 2,5 milliards ; 5 milliards de trop. Tu la prends en compte ou pas cette donnée ?
− D’où tiens-tu ce chiffre « effrayant » ?
− C’est un chiffre qui court. Il suffit d’y croire pour que ça devienne la réalité, c’est l’effet nocebo, applicable à tout. À ce niveau de surpopulation, le changement personnel n’est pas suffisant. Des choix et décisions politiques, économiques sont à faire, par quel gouvernement mondial, universel ? Or on en est encore aux nations et grands ensembles de nations sans aucune visée et vision universalistes. Comme on entre dans l’ère robotique, que donc les robots assumeront la plupart des tâches, que ce seront eux les producteurs et les serviteurs, le travail comme moyen de gagner sa vie sera de plus en plus rare. Le chômage sera de plus en plus massif. La lutte des places sera pratiquée avec encore plus d’agressivité par celles et ceux qui croient que c’est par l’effort et le travail personnel qu’on réussit sa vie. Il faudra de plus en plus assister les assistés pour éviter les explosions populaires, les émeutes de la faim, les grèves insurrectionnelles, les révolutions. La violence se développera. Gangs, mafias et milices se développeront. L’insécurité gagnera. Les gouvernements seront de plus en plus autoritaires. Les libertés individuelles et collectives seront bridées, voire supprimées. Cela ne diminuera pas la population. On vivra à crédit sur le dos de la planète de plus en plus tôt dans l’année. L’effet domino se fera sentir par la conjonction de tous les dérèglements. La planète deviendra de plus en plus invivable. Tes 2160 ans seront nécessaires pour faire émerger du chaos, une civilisation de l’harmonie et de l’amour. Entre temps, pandémies, faim, guerres feront un peu le nettoyage nécessaire. Romans et films de science-fiction annoncent depuis longtemps ces temps de catastrophes, d’apocalypses. Nous sommes prévenus donc potentiellement prémunis. Tu connais l’apoptose. C’est ce suicide collectif décidé par les cellules pour préserver la survie de l’organisme. Le suicide collectif est pratiqué dans des communautés sectaires pour préserver l’esprit de la secte et la survie du gourou. L’humanité saura choisir le suicide collectif de 5 milliards de gens, des pauvres de préférence, pour assurer la vie heureuse des 2,5 milliards d’heureux élus, tirés au sort comme le veut toute vraie démocratie, inspirée de la démocratie athénienne à 5000 citoyens sur le dos de 500.000 esclaves. Mon chemin comme tu vois ne ressemble pas à celui que tu me proposes. Mon chemin est celui de la servitude volontaire, garante de la paix civile et donc de la conservation de la société et de l’humanité.
Je suis volontaire pour le suicide collectif d’intérêt général.
− Je vois. Je reconnais là une forme supérieure d’altruisme, se sacrifier pour autrui. Les 5 milliards qui se suicideront volontairement seront tous et chacun des J.-C. se sacrifiant seul sur la croix pour nous sauver tous. Ça va au-delà du suicide métaphysique à la Camus, du suicide assisté pour mourir dans la dignité, du suicide à deux quand un couple veut finir en beauté. Poursuivons une autre fois cette discussion. Excuse-moi, j’ai envie de vomir, faut que j’aille aux toilettes.
− Va aux toilettes, imposteur. C’est bien que tu aies développé ce réflexe de vomissement chaque fois que tu mens.
− Et toi, quel réflexe as-tu développé ?
− Mon visage se masque, chaque fois que je dis la vérité.
− Pour un comédien comme toi, Boris, ça te va bien le masque.
− Un comédien, même s’il va chercher dans ses mémoires émotionnelles pour nourrir son jeu, est avant tout centré sur le personnage qu’il tente d’incarner. Il se met véritablement, corps et âme, au service du personnage. Il est en empathie profonde avec lui et c’est seulement ainsi que toi, spectateur, tu peux t’identifier au personnage, le recevoir comme si tu te voyais dans un miroir. Ma démarche est à l’opposé de la tienne. Comme tu sais que tout jugement, toute réaction est projection de toi sur l’autre, tu te décentres de l’autre, jamais responsable de ce que tu lui attribues, reproches, jamais bouc émissaire, tu te décentres de toi aussi, tu ne colles pas à tes émotions, réactions, tu te mets en témoin, en observateur curieux et aimant de celui que tu veux transformer consciemment. Est- ce bien ta démarche?
− Tu ne peux savoir comme je suis content de t’avoir comme interlocuteur et antagoniste et je l’espère comme ami, mon ours sibérien. Prends bien soin de toi. "
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mais qui est Boris Siderev ?
impressionnant de voir tourner le compteur de la population mondiale / Entre 1950 et 2015 la population mondiale est passée de 2,54mds d'habitants en 1950 à 7,38mds d'habitants en 2015. En 65 ans, la population mondiale a progressé de 291,10% avec une moyenne de +74 565 140 d'habitants par an
en date du 25 janvier 2025
*** note d’un chercheur : Qui est Boris Siderev ?
Personnage antagoniste, il faut bien se demander d’où il sort ?
Comme tout chercheur, j’ai commencé par l’encyclopédie en ligne et à partir de là par d’autres entrées.
Boris Siderev est un comédien russe, né d’un père polonais qu’il n’a jamais connu et d’une mère russe qui après avoir été abandonnée a refait sa vie avec celui qui fut le beau-père de Boris, un alcoolique qui déserta très vite le milieu familial.
Boris enfant, adolescent se retrouva souvent seul pendant que sa mère travaillait, faisait des ménages. Elle buvait, avait des rapports naturels avec ses amants de passage, elle ne se cachait pas. L’enfant haletait.Il découvrit la rue, ses embûches, ses drames, ses rencontres, ses satisfactions épidermiques, ses violences, ses codes et la loi du plus fort ou du plus malin.
Enfant des rues, Boris eut l’idée un jour (c’était après le viol et l’assassinat de sa mère par un policier, un soir d’ivresse à la russe, un soir d’hiver, sa mère mourant de froid dans la rue, par moins 40°) de pénétrer dans le sous-sol, la chaufferie d’un immeuble collectif, hébergeant un théâtre indépendant, le Molodiojni Theatr’.
Il proposa ses services, accomplit toutes les tâches d’un technicien, apprit l’art russe de l’acteur, vivant et dormant au théâtre, comme gardien.
Il se vit confier le rôle de Zilov dans La chasse au canard d’Alexandre Vampilov.
Puis il fut Le moujik, la tête posée sur les rails, dans la pièce de Nina Sadour Allez, Roulez !
Une apprentie-comédienne-metteur en scène venue de France pour un stage de 6 mois, fut éblouie par l’acteur et le jeune homme de 20 ans.
ls se plurent. Elle le ramena dans ses bagages. Ils se marièrent, n’eurent pas d’enfant. Il entra dans le cercle familial de l’épousée et de l’épousé. Il devint un comédien français reconnu.
Il fut de plusieurs spectacles de L'Insolite Traversée, compagnie créée par Cyril Grossse (1971-2001) avec Jeanne Mathis et Frédéric Andrau.
Il fut Le prince de Hombourg de von Kleist, Pierrot dans Dom Juan, le récitant dans Testimony de Charles Reznikov.
Il fut remarqué par Le Canard enchaîné pour son interprétation d’un écrivain de science-fiction soviétique, Alexei Zinoviev, aussi alcoolisé que Charles Bukowski chez Bernard Pivot, dans le spectacle D’autres mondes de Frédéric Sonntag au Théâtre de Montreuil.
Il joua dans les spectacles de L’Ensemble À Nouveau, un ensemble reconnu comme continuateur de Pina Bausch.
Cette recherche permet-elle d’éclairer son rôle dans la métamorphose du vieux connard ? Le bonnard-Bonnard est né de leurs confrontations pendant les fêtes de fin d’année 2020.
manuscrit du Triomphe de la Mort / Enluminure du Triomphe de la Mort de Pétrarque - Ms Français 12423, fol.37v (détail) - XVIe s. - Bibliothèque nationale de France
Le Triomphe de la Mort de Pétrarque / 7 milliards et demi pour une planète à 2,5 milliards ; 5 milliards de trop / qui est volontaire pour le suicide collectif d’intérêt général ?
le triomphe de la mort traduction Jean-Yves Masson
2 – La déclaration inaugurale
Pourquoi es-tu descendu regarder dans le placard les chemises où tuconserves tes écrits de jeunesse et d’autres plus récents jugés indécents, où tu as rangé la petite valise en osier des lettres de la jeune fille amoureuse de son professeur ?
Ces souvenirs, tu ne les as jamais cultivés. Tu n’avais nul besoin de ces écritures. Tu vivais au jour le jour, un amour dont tu ne fus pas l’initiateur.
Un professeur ne s’intéresse qu’à des élèves. Tu as été choisi par une élève, s’exprimant un jour, le 25 octobre 1964, dans un couloir de lycée.
– Je pense à vous autrement qu’à un professeur.
C’était une déclaration sans détour, sans ambiguïté, l’expression du désir d’une jeune fille, d’une jeune femme.
4 ans avant ce qui est devenue l’affaire Gabrielle Russier.
Il n’a offert aucune résistance. Il s’est laissé happer par cette demande. Il a dit oui avec le cœur. Dans sa tête, ce fut brouillard pendant 46 ans.
Il n’a reconnu cette déclaration pour ce qu’elle était, une déclaration de désir d’une jeune femme et non une déclaration d’admiration d’une élève, que le 28 août 2010. Au retour d’une aventure artistique de trois semaines au Baïkal. Il y était tombé amoureux d’une des traductrices, l’avait transformée en sirène du Baïkal entraînant dans les profondeurs du lac les pécheurs charmés dont lui.
C’était sa façon de sublimer une pulsion, une émotion, un sentiment, derendre l’autre inaccessible pour l’aimer à l’ancienne, à la troubadour.
C’était sa façon de rester fidèle à l’épousée pour toujours et fidèle à l’élue d’un jour.
Il avait raconté cet épisode d’exaltation fiévreuse à l’épousée.
- Mais ta Baïkalal, telle que tu me la décris, c’est ton fils, notre fils tel que nous
le connaissons. T’as fait un coup de jeune. Tu t’es pris pour lui, dix ans avant,
tombant amoureux de sa Baïkala. T’as télescopé les temps.
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Boris Siderev – je t’ai trouvé abject au Baïkal, baver après Baïkalal, trahir l’épousée pour une fille ayant 50 ans de moins que toi, ta petite fill en somme, un pédophile en puissance, aucune décence, aucune retenue, la toute puissance d’un gamin qui ne s’interdit rien et qui bien sûr est impuissant à réaliser son rêve parce que pour ça, il faut être un homme, un mâle. T’as sublimé parce qu’elle t’a préféré Tolia. Lui, il est beau, magnétique, charismatique, il sait plaire aux filles. Toi, t’es pas beau, t’as pas de charisme. Tu faisais pas le poids. Alors tu t’es inventé un amour sublimé, un amour courtois, une Baïkalal inaccessible puisque tu ne pouvais la baiser. Quand t’as fait ton odieuse crise de jalousie, le 17 août 2010, tu m’as dégoûté. Et révélé ton vrai visage, prêt à détruire ce que tu ne peux obtenir. T’es un bel enfoiré, un imposteur. Tu te fais passer pour un artiste de l’amour à l’ancienne, à la troubadour alors que t’es jaloux de celui qui obtient ce que toi, tu cherches vainement. En plus tu as raconté ta trahison à l’épousée. Tu te rends compte ? Lui dire la vérité, une vérité truquée, masquée. Lui faire mal gratuitement. Moi, je te trouve ignoble, à vomir. Quelle magnanimité, équanimité dans sa réponse qui l’arrangeait d’imaginer le télescopage des temps, toi pour ton fils, la sirène pour l’aimée de ton fils.
Lui – merci Boris de me faire part de tes ressentis. Il y a quelques mois, je serais sorti de mes gonds, usant de la dénégation, étant dans le déni. Je t’aurais dit, Tomber en amour, ce n’est pas vouloir baiser. Aujourd’hui, je me regarde dans le miroir de tes ressentis. Tes ressentis, dégoût, vomissements, c’est aussi moi.
Oui, j’avais du désir sexuel pour Baïkalal, un filet de désir. Si elle avait fait retour, l’aurais-je baisé selon ton expression ? Baiser pour moi veut dire baiser comme un mâle, comme un animal, comme une bête et cela m’est arrivé parfois avec l’épousée.
Je crois que nous pouvons aussi nous comporter autrement, en partenaires
consentants et inventifs, créatifs dans nos corps à corps. Le corps ne triche pas. L’autre sait, sent si tu le considères ou s’il n’est qu’un objet.
Cela nous est arrivé avec l’épousée, la lubridicité.
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J’avais de la fascination pour la grâce, l’élégance, la classe de Baïkalal. J’avais
l’intuition de sa riche vie intérieure, de ses contradictions dynamisantes
et paralysantes.
Ma crise de jalousie ne m’a pas empêché d’écrire Dans le sillage de Baïkalal,
un testament amoureux. Peu importe qu’il soit un masque, une imposture comme tu dis. Toute écriture est posture donc imposture.
Ce qui compte, ce sont les effets sur les lecteurs, ce qui peut s’appeler l’effet de vie, théorisé par Marc-Mathieu Münch.
Y croient-ils ? Vibrent-ils ?
S’ils y croient, s’ils vibrent, il y a transmission, passage de relais, partage.
Mots et caresses de papier deviennent mots réels et caresses réelles.
Quant à l’épousée et moi, il me semble que cet amour subit, d’un jour, surgi au détour, nous a rapprochés. L’épousée et moi, nous avons renouvelé notre pacte d’amour le 28 août 2010.
C’était à leur trou d’eau, un trou d’eau au Riu Ferrer où ils aimaient se baigner nus, dans une eau à 12°, comme au Baïkal, l’été. Où ils aimaient jouir sur leur rocher, moussu vert épais pour l’accueil de deux corps allongés, offerts, prêts à recevoir et à donner, femme et homme-fontaines.
Ayant dit oui avec le cœur, il s’était éveillé à cette beauté, s’était émerveillé de cette beauté. Alors qu’elle allait sur 63 ans, il voyait la beauté de ce qu’on appelle vulgairement les outrages du temps. Elle ne s’acceptait pas en train de vieillir mais refusait tout maquillage. Il lisait telle ride comme la trace de ses rires et fous rires, telle autre comme la trace des larmes qui avaient accompagné la mort de leur fils et celle de son frère, 9 ans plus tôt, le 19 septembre 2001 quand l’instant-camion avait heurté l’instant-navire.
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Il l’a lue comme un livre illustré jusqu’à ce qu’elle passe en un mois, 90 jours après le renouvellement de leur serment d’amour et de leur noce mystique.
Ce fut enfin la Baise, comme elle l’avait souhaitée le 14 juillet 1970 à Baklany au Baïkal.
La Baise désirée eut lieu le 28 août 2010, au trou d’eau du Riu Ferrer où ils aimaient se baigner nus, dans une eau à 12°, comme au Baïkal, l’été. Où ils aimaient aussi jouir de tout ce qui les entourait, si vivant, si changeant, si chargé en vibrations, si chargé érotiquement, ombres et lumières, chants du torrent, reflets, odeurs des mousses, arbres bandants, branches ployées, feuilles mortes...
Boris Siderev – La Baise ! La Baise ! Phonétiquement, pour un comédien, c’est fabuleux à gueuler ! La Baise ! La Baise ! t’ouvres grande la bouche et t’exploses la consonne ! La Baise, c’est ça ? C’est quoi qu’est ouvert ? C’est quoi qu'explose ?
Lui – Je n’en sais foutrement rien. C’est pas pour nous, les mâles, exclusivement phalliques. C’est pas pour elles, la plupart des femmes, phalliques aussi, clitoridiennes. C’est pour quelques mystiques et hystériques. Ça s’appelle la voluptas dolendi, l’extase, l’Autre Jouissance.
Boris Siderev – la voluptas dolendi, au ra len ti la vo lup tas do len di di len do tas lup vo (rire)
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pour les 75 ans de l'épousée, le 14 février 2023
Le narrateur – la guérison de l’épousée fut étudiée très attentivement par l’équipe des soins intensifs de l’hôpital. L’équipe conclut que le nombre des apnées (14), leur durée (jusqu’à 1H entre deux apnées, de 16 à 21 H) avaient sûrement déboussolés les cellules malignes, qu’elles s’étaient réorientées, qu’elles avaient fait le choix de l’apoptose, de se suicider, phénomène bien connu dans le monde vivant, des cellules se suicident pour permettre à l’organisme de vivre. Ils ne conclurent pas sur l’efficacité de l’empathie manifeste et manifestée à l’égard de l’épousée. Il n’était pas dans leurs compétences d’évaluer le pouvoir de la prière, le pouvoir d’un rituel sonore à 10.000 kms de distance, le pouvoir d’un puissant sentiment d’amour enveloppant de manière palpable la patiente.
L’épousée et la fille déclarèrent à l’équipe que leurs conclusions étaient sans doute trop restrictives, qu’une approche plus holistique, intégrative de ce qui s’était peut-être passé pourrait aider les milliers de patients atteints de cancer. L’équipe répondit que leur priorité était les milliers de cas livrés à l’hôpital, sans soutien, sans environnement affectueux et pas l’exemplarité d’un cas de guérison miraculeuse.
L’épousé et la fille écrivirent un livre sur la guérison de l’épousée Là où ça
ne prend pas fin. Ils ajoutèrent au constat, l’extraordinaire volonté de vivre
manifestée par l’épousée pendant les 30 jours de son hospitalisation, contredisant sa question initiale
– Je sais que je vais passer. Où vais-je passer ?
ÉPILOGUE -
À Baklany, au soleil levant, Koulbertichova apprivoise une mouette posée sur le mémorial. La mouette a, à la tête, une tache couleur rouge, du même rouge que les cheveux de l’épousée. Elle enlève délicatement une plume de la mouette, la lance en l’air. La plume vole au gré des vents du Baïkal qui jouent avec le nuage de Chernobylhome et va se poser sur l’océan de Foukirira.
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Boris Siderev – C’est quoi ces récits de résurrection chamanique ? Ces exhortations à l’apnée prolongée, victorieuse des cellules malignes ?
Moi, sibérien, traversé par trois traditions pratiquées, la chamanique, l’orthodoxe, la bouddhiste, j’y crois.
Mais pourquoi pas un mot de ta décision d’homme, d’épousé, pas d’écrivain, de faire débrancher l’épousée, piègée par deux oedèmes, l’un au-dessus de la tente pouvant être partiellement drainé, l’autre sous la tente, comprimant le tronc cérébral d’où le coma, ne pouvant être drainé ?
Tu nous (ta fille, celle qui t’adore et moi, le comédien, ton gendre) as associés à la décison (merci), décision prise à trois, après que tu nous aies décrit la situation à notre arrivée en train le 27 décembre vers midi, durant 3 heures, le temps de « calmer » nos angoisses.
Décision prise à trois, le 27 décembre vers 16 H 30 en concertation avec le chef de service des soins intensifs et après avoir vu l’épousée, sans réactions (apparemment) à nos caresses et paroles.
Tu as écrit des mails très touchants et vrais sur ces moments, jamais publiés mais adressés à plein d’amis de l’épousée.
Pourquoi as-tu fait passer l’écrivain avant l’homme ? La fiction avant la réalité ?
Je suis tenté de te dire : Va au diable ! Il te faut les feux de l’Enfer !
/http%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2F8z6OYs6RNUk%2Fhqdefault.jpg)
toute l'ingénuité de la mouette à tête rouge en 35 secondes, filmée et interrogée par Bernd Lafrenz, comédien allemand; c'était à Corsavy, au-dessus de Batère fin août 2008; un document ...
https://www.youtube.com/watch?v=8z6OYs6RNUk
fin août 2008 / il n'y a pas eu de miracle, Annie est décédée le 29 novembre 2010
quand je jette Le roi famine de Leonid Andreiev (ça m'arrive parfois d'être rendu fou par un livre) dans le feu de la sant-Joan à Corps Ça Vit le dimanche 23 juin 2024, à 22 H 15 / Le roi famine de Léonid Andréiev, 1908 Une pièce d’une noirceur absolue dont la trame est la révolte désespérée, impitoyable, des « crève-la-faim » poussés et trahis par un personnage étrange, à la fois provocateur, cynique et empathique, Le Roi Famine. Une pièce interdite à la mise en scène du vivant de son auteur mais qui scella la rupture d’Andréïev avec le camp révolutionnaire, indigné par son pessimisme.
Vitya fut un perdant magnifique
hypocondriaque et addict aux jeux virtuels
Inquiétude permanente concernant la santé, l'état et le fonctionnement de ses organes, provoquée par un trouble psychique bénin (anxiété, par exemple) ou grave (psychose, par exemple)
dans son cabanon au Revest ou dans son appartement du 18°, Vitya passait ses nuits à jouer à des jeux de rôles, parties avec amis, ennemis, discussion en jeu et hors jeu
Pour mener à bien son existence, maintenant, je le sais, il faut éliminer un par un tous les rats de la conscience parce que l'homme est un rat pour l'homme...éliminer l'irrespectueux, l'envieux, l'orgueilleux, l'ambitieux, l'avaricieux, le malicieux, le soupçonneux, le vaniteux, le visqueux, le belliqueux / mis en ligne le 31 décembre 2017 par lejournaldepersonne
Qu'es-tu devenu ?
Nuits de la lecture du 23 au 26 janvier sur le thème des patrimoines.
"Ce thème renvoie d’abord à la littérature de l’intime : au patrimoine que nous ont légué nos aïeux, à ce qui nous a été transmis, ou non, à travers les générations et que l’auteur choisit d’évoquer dans son œuvre ; un corps, des biens (y compris des livres), une culture, parfois des traumatismes, le patrimoine alors entendu comme l’histoire propre de notre famille, réelle ou construite, sans cesse actualisée." CNL - Centre national du livre
Désolé, dès que tu réfléchis mais il t'a fallu plus de 83 ans de vie réfléchie pour y réfléchir (parce que tu ne sais pas combien tu ne sais pas ce que tu ne sais pas !), il n'y a pas de patrimoine se transmettant, d'hérédité, d'héritage puisque remontant le temps des soi-disant généalogies, tu tombes sur une femme sans nom et sur un homme sans nom.
Comme dit géantement Marina Tsvétaïéva dans Du vivant sur du vivant (1932) à propos des poèmes écrits par des femmes, dont elle : « Tous les poèmes qui furent, qui sont et qui seront écrits le sont par une seule femme, une femme - sans nom. »
Soit Toutes les vies qui furent, qui sont, qui seront sont vécues par une seule femme, une femme - sans nom, par un seul homme, un homme - sans nom.
Tu trouves cette proposition réjouissante c’est-à-dire ouvrant des champs de possibles et surtout rendant la vie légère puisque inscrite dans un flux infini et éternel.
Ta contradiction : si tout est écrit d’une part, si tout doit tout de même être écrit par "chacun " (qui n'est personne généalogiquement situable en remontant) d’autre part, pourquoi te rajoutes-tu un travail d’épitaphier ?
L’écriture même sans mots, faite seulement d'attentions aux ressentis, aux émotions, aux intuitions de chacun (personne) s’inscrivant dans le récit infini, éternel, éternellement présent et sans nom d’auteur ne se suffit-elle pas ?
Tu n’as pas de réponse logique à cela.
Tu as l’intuition que c’est nécessaire.
Et tu as tenté de faire cela avec les matériaux laissés par les disparus.
24 janvier 2025, Vitya aurait eu 51 ans. Tu lui avais souhaité par téléphone son anniversaire, il était hospitalisé depuis le 15 janvier à l'hôpital Saint-Louis en soins palliatifs. Il avait remercié "mon pa-poudlard" (rire).
Le 24 au soir, pour toi et l'âme de Vitya, à voix haute, au micro de l'ordi, tu liras le récit de l'échange très haletant que vous avez eu le 1° février 2024 vers 15 H 30, dans sa chambre à l'hôpital Saint-Louis.
Il est décédé le 4 février. Il est inhumé à Corps Ça Vit depuis le 14 février 2024, jour anniversaire de l'épousée.
La grève des agriculteurs espagnols a eu pour effet que tu es arrivé après l'enterrement. Tu n'as pas pu assister à la cérémonie laïque imaginée par K. P.