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Blog de Jean-Claude Grosse

vraie vie

Mal armée Catherine Millot

3 Septembre 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #amitié, #amour, #pour toujours, #écriture, #vraie vie, #psychanalyse, #SEL

Mal armée Catherine Millot
Mal armée Catherine Millot
Mal armée Catherine Millot
Mal armée Catherine Millot

Catherine Millot

Paris, le 31 août 2026
Nous apprenons avec tristesse le décès de Catherine Millot, survenu le 24 août, à Nice, à 81 ans, suite à un AVC.
Universitaire devenue psychanalyste, puis écrivaine, dernière compagne de Jacques Lacan, elle fut membre de l’École freudienne de Paris, puis, durant près de dix ans, de notre École. Elle fut par la suite très généralement respectée par le milieu psychiatrique.
Autrice d’un beau livre intitulé Ô Solitude :

- Au début de mon analyse avec Lacan, tandis que je m'attachais à lui décrire ce que je pensais avoir été mes symptômes névrotiques les plus criants, ceux qui m'avaient amenée sur son divan, il m'avait interrompue pour me dire, avec un bon sourire, que ce que j'avais connu là, c'était l'amour.
"Ça n'est pas drôle", avait-il ajouté.
L'amour, avait-il dit un jour, on n'en est pas le sujet, "on est ordinairement, on est normalement" sa victime.
L'amour, comme on le savait très bien depuis la plus haute antiquité, "et ça n'étonnait personne", c'est Aphrodite qui frappe. C'était dire aussi que si c'était un mal, "un fléau", il ne fallait pas oublier, sous peine d'encourir quelque vengeance divine, que c'était un mal sacré.
(Catherine Millot, Ô Solitude, Gallimard, 2011)


- Pour l’Abbé Brémond la « mystique laïque » comme il disait se résume à ce qu’il appelle la "quiétude", et la quiétude ce n’est pas la tranquillité d’âme, c’est la cessation du discours intérieur. C’est-à-dire le moment où la parole, enfin « le parasite parolier » on pourrait dire, ce qui nous habite en permanence, finit par se taire.
Un autre régime de l’esprit se fait jour alors, qui se traduit par le consentement à se laisser envahir par une altérité que Brémond nomme parfois le réel. Le réel ici, se confond avec l’Autre, que ce soit Dieu ou l’être aimé, et l’amour est le nom de cet envahissement auquel on consent.
L’existence des « quiétudes profanes » n’étonne pas Brémont, qui n’est pas loin de considérer comme universel ce qu’il appelle un « mécanisme contemplatif » qui remonterait à la première enfance. Mais, passé celle-ci, où la contemplation est comme naturelle ( l’enfant, dit-il, contemple plus qu’il ne comprend ), le mécanisme en question à tendance à se rouiller, même s’il subsiste chez quelques uns et se manifeste dans certaines circonstances, parfois fortuites.
L’idée me plaît d’une enfance contemplative. Elle me semble rejoindre la solitude enfantine que j’imagine toute habitée de silence. La parole ne deviendrait intérieure, et avec elle ne cesserait cette solitude première, cette solitude sans partage, qu’avec la distinction d’un dedans et d’un dehors qui ne s’opère qu’une fois que le moi a pris forme.
La première enfance qu’évoque Brémont serait ainsi le temps éphémère d’un sujet sans « moi », traversé d’infini. Sa solitude ne serait pas faite d’un narcissisme prétendument illimité, d’un moi enflé aux dimensions du monde, mais se confondrait, au contraire, avec une altérité qui régnerait sans partage, pour le meilleur et pour le pire, dans l’extase et dans l’angoisse.
(Catherine Millot, Ô Solitude)

Elle fuyait les colloques et les congrès, tout ce qui fait masse, se consacrant à la pratique, à l’écriture et à l’amitié.
Toujours élégante, d’un parfait bon goût lui servant de carapace, pudique, amante du bonheur, elle avait sa boussole, et ne s’intéressait à rien de ce qui intéresse tout le monde : les infos, les grandes causes, les catastrophes.

 

Parmi ses nombreux ouvrages, La vie avec Lacan restera comme un témoignage ineffaçable.
« Quand je suis venue la première fois, je voulais lui expliquer ce qui n’allait pas, commencer un discours là-dessus. [Lacan] m’a arrêtée tout de suite. Pour me demander d’où je tenais la tête que j’avais, qu’est-ce que c’était que la petite cicatrice que j’avais sur la joue… Enfin, des questions tout à fait inattendues qui m’avaient effectivement déconcertée, et ça, ça m’a semblé être assez caractéristique de sa technique qui est un peu comme au judo. C’est-à-dire que là où je m’attendais effectivement à devoir énoncer ce pourquoi je venais, tout à coup, c’était court-circuité par ses interventions et par des questions qui ne portaient justement pas du tout sur ce qui était de l’ordre des symptômes. Lacan, il avait une façon bien à lui d’accrocher le transfert, comme on dit. »

Et suite à son combat de deux mois contre le Covid avec un vécu de réanimation : Un peu profond ruisseau…

"La mort n'a jamais tenu une grande place dans ma vie consciente. Je n'y pense guère et m'en préoccupe encore moins.
Mourir au dernier moment, comme disait Céline, avec le courage et la dignité que j'ai vus aux bêtes, avec leur simplicité, voilà ce que je souhaite.
À l'adolescence, alors que je ne m'en souciais pas davantage, il m'arrivait toutefois de me réveiller en sursaut la nuit avec la pensée qu'il allait falloir mourir un jour. Puis ces réveils disparurent.
Plus tard, je m'intéressai aux philosophies antiques qui tiennent la mort pour rien, auxquelles faisait écho ce vers de Mallarmé : «Un peu profond ruisseau calomnié la mort.» Catherine Millot
« Pourtant, dans les jours qui avaient suivi, cette angoisse disparut et fit place à une liberté intérieure inédite. Comme si une grâce m'avait été accordée, qui m'aurait, en même temps que la vie, rendu le monde plus présent, plus vivant. Il me semblait qu'un couvercle s'était levé, et un grand vide heureux s'était déployé qui magnifiait toutes choses. Je vécus dans le bonheur inédit de cette vacuité pendant des semaines. »
Un peu profond ruisseau… C. Millot

 

Extraits de UN PEU PROFOND RUISSEAU de Catherine Millot

« Pendant ces longs mois où j’étais occupée par ma mère, je lisais La cérémonie des adieux de Simone de Beauvoir, et relisais Les derniers jours d’Emmanuel Kant de Thomas De Quincey, qui est le grand chef-d’œuvre du déclin, où l’humour et le tragique se côtoient. Mais c’est surtout Beckett qui m’a retenue, en particulier sa correspondance, dont j’ai passé des mois à lire et relire les quatre volumes, ainsi que sa biographie par James Knowlson. Une vie exemplaire sur la voie de la simplification à laquelle toute vie devrait tendre, me disais-je.
Beckett voulut aller par l’écriture dans le sens de la faiblesse et de l’impuissance. Il choisit pour cela d’écrire en français, langue étrangère, afin d’avancer « mal armé », le plus désarmé possible, démuni des facilités de la langue natale.
Il prit conscience de cette orientation en fréquentant Joyce qui, lui, était du côté de la profusion, du déploiement des richesses du polyglottisme, de la polysémie sans limites. À l’époque où ils se voyaient beaucoup à Paris, Joyce travaillait à son Work in progress, qui prit le titre de Finnegans wake, tissé de mots-valises condensant toutes les langues. Beckett, quant à lui, opta pour l’appauvrissement, la pénurie. Ils étaient très amis.
L’impuissance à écrire, qu’il cultivait à l’époque, demandait à être dégagée de l’arrogance qu’elle dissimulait : être trop bon pour faire quoi que ce soit. La psychanalyse l’aida à s’en défaire. Sur la voie du dépouillement, elle est très efficace, et il eut la chance de rencontrer Bion, analyste alors débutant, assez humain et original pour lui convenir. Il alla le voir trois fois par semaine pendant presque deux ans et s’en trouva bien.
Il y gagna « une vie au moins tolérable », et de comprendre à quel point il serait perdu s’il était privé de son incapacité. Il lui en resta suffisamment pour accomplir une œuvre tout entière sur le fil de ce rasoir.
Après la guerre et d’autres dépossessions, il écrit à son ami Georges Duthuit, dans un style un peu emphatique dont il se départira bientôt : « Tout est à chercher désormais dans l’éternel larvaire, non, c’est autre chose, dans le courage et l’imperfection du non-être aussi, où vient nous assaillir la tentation d’être encore, un peu, et la gloire d’avoir été un peu, sous un ciel inoubliable. Oui à chercher dans l’impossibilité d’avoir jamais assez tort, d’être jamais assez ridicule et sans armes. »
Quelque temps plus tard, il écrira au même : « Je me sens m’éloigner des idées de pauvreté et de dénuement. Ce sont encore des superlatifs. » Il ajoute : « Pas même pauvres, voilà ce qu’il faut supporter. »
La guerre avait, pour ainsi dire, achevé le travail de l’analyse. Saint-Lô dévasté, où il s’était rendu au service de la Croix-Rouge irlandaise juste après la Libération, l’avait confronté à tant de souffrances, de misères et de deuils qu’il en avait lui-même perdu ce qui lui restait de souci de soi, de narcissisme mal placé. De ses maux physiques ou moraux, il ne parla désormais plus guère. Les rancœurs et les griefs, les mépris aussi le quittèrent. Il accéda sans doute alors à cette bonté qui impressionnerait tant plus tard son éditeur, Jérôme Lindon. « Je n’aurais jamais cru, disait-il, que pût exister quelqu’un qui soit à la fois si réel, si véritablement grand et si bon. »
Il parvint à une célébrité qu’il n’avait pas cherchée avec En attendant Godot. Harcelé par le succès, il ne rebutait néanmoins personne.
[…]
La vieillesse lui alla comme un gant. Par la décrépitude, il rejoignait ses personnages, les incarnait pour finir. Il considérait la perte de ses moyens comme ouvrant à l’écriture une possibilité nouvelle. Dix ans avant sa mort et déjà vieux, il dit avoir acquis depuis longtemps la conviction que dans le déclin ordinaire réside « la dernière et de loin la meilleure chance de l’écrivain. »« J’essaie de penser, écrivait-il à Franz Wurm, avec ce qui me reste de tête, que c’est le moment enfin, la chance enfin, dans ces restes, avec ces restes, même si penser n’est pas le mot, enfin pas le mot. » Et encore : « Je m’acharne avec la tête qui faiblit, en d’autres mots avec des possibilités accrues. »
Il finit ses jours au Tiers-Temps, une maison de retraite médicalisée, on dirait aujourd’hui un Ehpad, non loin de son appartement du boulevard Saint-Jacques, où Suzanne mourut peu avant lui. Ses amis lui suggérèrent de s’offrir une maison de santé plus luxueuse. Il protesta qu’il n’avait pas besoin de luxe. Cette chambre terne, dotée d’une petite salle de bains, n’avait rien de sordide et lui convenait. Il allait marcher avec ce qui lui restait de jambes et de poumons (il était sous oxygène) dans le petit jardin, sur la bande de gazon qu’il appelait « la bande de Gaza ». Quelques mois avant sa mort, il écrivait à Rick Cluchey : « Toujours ici avec les croulants, pas mieux, pas pire. Que peut demander de plus un croulant ? »
[…]
Ma mère, évidemment, me faisait penser à la Winnie de Oh les beaux jours. Et pas seulement. Tant d’autres textes de Beckett évoquaient l’enlisement, l’amoindrissement où je la voyais s’enfoncer, non moins que la mystérieuse volonté de continuer encore, qui jaillit de la faiblesse et de l’impuissance. Et, non moins, la dignité qui survit à la décrépitude et persiste jusque dans l’imminence de la fin.
[…]
Pire moindre. Plus pas concevable. Pire à défaut d’un meilleur moindre. Le meilleur moindre. Non. Néant le meilleur. Le meilleur pire. Non. Pas le meilleur pire. Néant pas le meilleur pire. Moins meilleur pire. Non le moins. Le moins meilleur pire. Le moindre jamais ne peut être néant. Jamais au néant ne peut être ramené. Jamais par le néant annulé. Inannulable moindre. »

 

Sans oublier : La vie parfaite.
«Longtemps, j'ai cru que c'était leur jouissance qui m'attirait. Je ne voyais pas que c'était leur liberté. C'est Mme Guyon qui m'éclaira, son naturel sans ambages, son style étincelant qui coule de source. Grâce à celle qui connut les sombres prisons de l'Ancien Régime où l'on disparaissait sans procès et parfois sans retour, j'ai appris comment nommer cette liberté inconnue, peut-être à jamais perdue, dont je cherche les clefs. En français, cela s'appelle "le large". Les mystiques sont des gens qui prennent le large, voilà ce qu'elle m'a enseigné.» Catherine Millot
" Notre époque ne croit plus au salut. Peut-être est-ce là sa chance. Nous vivons dans l’absence d’une réponse à une question qui a déjà perdu son sens. A côté des rabattements sur les intérêts les plus médiocres, s'ouvre peut-être un rapport nouveau au réel, un réel plus pur qui offre cette netteté des contours que l’ont voit aux villes marines, aux villes cristallines que le vent nettoie, comme partout où le sens s'évide pour que l’air s'engouffre. Guyon, Weil, Hillesum nous serviront-elles de guide vers le pays respirable, le pays du réel dont elles eurent la passion ?
Catherine Millot - La vie parfaite

« Avoir été un jour au monde sans défense et sans réserve, tout abri renoncé, aussi vide que le vide où se tiennent toutes choses, libre et sans frontières, est une expérience inoubliable.
C’est aussi une expérience humaine fondamentale qui enseigne à trouver son sol dans l’absence de sol, à prendre appui dans le défaut de tout appui, à ressaisir son être à la pointe de son annihilation ».
Catherine Millot. Les abîmes ordinaires.

 

 

À la présentation du livre de Catherine Millot, La logique et l'amour et autres textes organisée par Gricelda Sarmiento à la Maison de l’Amérique Latine à Paris, le 15 septembre 2015.
Je n’avais pas l’intention de faire un exposé mais de participer à une sorte de conversation, sachant à l’avance que Catherine ne voulait pas présenter elle-même son livre, je l’ai approuvée, un livre se présente de lui-même.
Cette soirée se ferait sur le mode d’une « conversation ».
La logique et l'amour et autres textes me renvoient à ce propos de Lacan :
«S’il arrivait que l’amour devienne un jeu dont on saurait les règles, ça aurait peut-être au regard de la jouissance, beaucoup d’inconvénients.
… si l’amour devenait un jeu dont on sait les règles … s’il fonctionnait à conjoindre la jouissance du réel avec le Réel de la jouissance, est-ce que ce ne serait pas là quelque chose qui vaudrait le jeu ?
(…)Les seuls gens qui jouissent de ce réel, c’est les mathématiciens.
Alors il faudrait que les mathématiciens passent sous le joug du jeu de l’amour ». Les non-dupes, 12 mars 1974.
A la lecture de l’ouvrage de Catherine Millot j’ai suivi, c’est mon fantasme, un fil rouge dont le départ est un souvenir d'enfance avec son grand-père pour aboutir au dernier chapitre nommé « poubellication ».
Ce terme évoque que du privé des souvenirs d'enfance au livre public il s'agit du passage d'une écriture à une autre, je ne l’ai pas lu comme une autobiographie mais plutôt comme un essai sur le texte et la lettre.
Le maniement de la lettre est à mon sens ce qui rapproche la psychanalyse et la littérature.
Il ne s'agit pas de les confondre même si deux disciplines peuvent s’enrichir mutuellement.
Au fond dans les deux cas le sujet jette à la poubelle les lettres qu'il a déjà perdues, ce qui ne signifie pas qu'elles le soient pour d’autres.
Dans la Chine ancienne en un temps où seuls les lettrés savaient lire et écrire, les gens du peuple aimaient avoir sur eux un petit papier qu’un scribe itinérant avait scribouillé d’une calligraphie personnalisée à leur intention, or il y avait aussi une tradition entretenue par des vieillards qui ramassaient ces bouts de papier parfois perdus et allaient les brûler sur un petit autel, afin que les caractères qui y figuraient ne puissent pas être lus par des méchants qui les auraient trouvés avant eux.
Tout ça pour dire qu’au moins dans la psychanalyse on espère, non pas aboutir au ratage et au manque, mais à perdre ce manque, ce qui est un gain qui a cet avantage d’indiquer que l’on est soi-même toujours perdu, perdu dans la bonne direction, ce qui ouvre à chacun la possibilité d’errer à condition de ne « pas aimer son inconscient » (Lacan)
Catherine Millot souligne la proximité de Lacan et de Bataille par l’usage qu’ils font des termes de désir et de jouissance, se rejoignant sur le terrain de l’intransmissible comme « voyage au bout du possible ».
Ferenczi est convoqué pour avoir soulevé la question de la détresse sans recours (Hilflosigkeit).
Anne-Lise Stern déportée à Auschwitz-Birkenau, qui dans son dernier ouvrage Le savoir déporté, replace le non-dit dans les « trous noirs » de l’histoire.
Quand je l’ai connue, j’ai bien pensé que Lacan a pu lui emprunter sa formule de « la facticité trop réelle des camps de concentration », mais aussi bien de l’objet déchet, objet petit a.
Quant aux chapitres de son livre, Le fantasme de Foucault, Pierre Klossowski et La monnaie vivante, et même ce que propose de très nouveau Catherine Millot que la phrase « on aime une femme » c’est équivalent au fantasme « on bat un enfant ».
De ces chapitres on n’a pas du tout parlés pour des raisons diversement valables, dont la principale est la passe d’arme que j’ai eu avec Gérard Pommier, qui est arrivé avec 20 minutes de retard, ce qui ne l’a pas empêché de soutenir mordicus que le rapport sexuel existe et que l’orgasme c’est la jouissance.
Enfin nous sommes tombés d’accord sur le fait que l’on était d’accord sur rien.
A cet égard il a dit toute la vérité sans la mi-dire quand il m’a dit : « je te parle pas ».
Catherine qui en vu d’autres a repris la parole pour nous révéler que Lacan lui disait un jour : « Vous n’êtes pas la seule, ça ne vous fait pas moins seule ».
Elle voulait jeter des lettres et il lui a fait cette interprétation:
« C’est vous que vous jetez dans la poubelle ».
Cela a eu pour elle un effet d’illumination, je ne sais pas si elle fait le lien de cette interprétation avec le titre de deux de ses livres précédents Abîmes Ordinaires et Ô solitude.
Catherine Millot si j’ai bien suivi, estime que son passage à l’écriture est venue après « la traversée du fantasme » dans sa cure avec Lacan, étant portée par cette expérience aux confins de la « destitution subjective » et du « désêtre », qu'elle met dans le voisinage de l’expérience mystique.
En tout cas elle situe en cette période dans ce qu’elle nomme Les années Lacan, l’émergence de son désir affirmé de se mettre à l’écriture.
Elle emprunte cette voie ce qui lui a donné des repérages nouveaux quant au terme logique de sa cure, en affirmant que l’écriture n’est pas si antagoniste avec la pratique de la psychanalyse, elle saisit bien aussi que dans l’acte d’écrire l’inconscient et ses formations sont à l’œuvre.
Nous avons peu parlé au cours de cette soirée de ses remarquables études sur Marguerite Duras avec Lol V Stein, Jean Genet Un saint en enfer.
Catherine Millot nous a parlé avec émotion de son ami trop tôt disparu Jean-Noël Vuarnet et son Sang d’encre.
Écrire et son rapport à la mort, comme espérer finir dans la corbeille à papier.
Elle parle aussi de sa profonde amitié avec Philippe Sollers, dont elle dit qu’il est le seul qui sache vraiment parler de la guerre moderne, notamment celle du Golfe, inaugurant une conception de « guerre zéro mort » en lui opposant La fête à Venise comme le moment de la paix.
L’écriture, être écrivain est pour Catherine Millot un « parti-pris d’athéisme », qui touche au « vide central libérateur ».
Ce cheminement n’est pas sans croiser Joyce et ses "Épiphanies ", non-sens dans la prolifération de significations futiles, alors qu’elles sont des moments d’illuminations comme rencontre de « bouts de réel», selon l’expression de Lacan.
Cela pousse au rêve de réveil, de la fulgurance du réel qui ne soit pas le néant mais bien de l’ordre de l’essence.
Patrick Valas le 15 septembre 2015.

 

- Avec Lacan on se donne le droit de penser sans chercher à boucher les trous de l'univers avec les pans de sa robe de chambre, comme le fait la philosophie définie ainsi par je ne sais pas qui.
" Théoriser et désirer c'est tout un.
Théoriser n'était pas philosopher.
Si la philosophie reposait sur l'énoncé : Y a de l'Un, la théorie, elle, démontrait qu'il n'y a pas de l'Autre : de l'inconscient, des sauvages, des fous, des prisonniers, des homosexuels, des femmes, des japonais et des prolétaires"
Catherine Millot in LA LOGIQUE ET L'AMOUR et autres textes.

Isabelle Floch

Très exactement tout ce qu'elle n'a farouchement jamais été.

 

 

"Je l’ai rencontrée pendant l’hiver 2018. Elle m’avait reçu dans son somptueux appartement, situé au premier étage, dans le 7e arrondissement de Paris, tout près des Invalides. D’emblée, à 74 ans, elle m’avait surpris par sa beauté et son élégance. Et surtout par ce geste presque chevaleresque qui avait consisté à se placer derrière moi pour m’aider à enlever ma veste.
S’ensuivirent deux heures de conversation animée, en partie consacrée à sa propre histoire avec Lacan, d’abord comme analysante, à partir de 1971, puis comme amante, entre 1972 et 1979, sans pour autant cesser son analyse avec lui. Ce fait, qu’elle considérait comme allant de soi, ne cessait pour ma part de m’interroger. Comment ? Pourquoi ? Avec quelles conséquences ? Je souhaitais qu’elle parle également de ces questions dans le livre d’entretiens que j’étais en train de préparer.
Dans son propre livre, paru en 2016, La Vie avec Lacan (Paris, Gallimard), elle avait raconté les aspects les plus romantiques, les plus quotidiens, voire familiaux, de cette histoire, notamment leurs fréquents voyages en Italie, les séjours à Guitrancourt, etc. Jusqu’au moment où, soudain, son désir d’avoir un enfant – apparu au cours de son analyse –, que Lacan ne pouvait satisfaire, l’avait conduite à « reprendre sa liberté », ce qui ne l’empêcha pas de rester l’amie de Lacan jusqu’à la mort de celui-ci. Par exemple, à la fin de 1979, Miller raconte, dans Lacan Redivivus (Paris, Navarin), que Lacan lui fit savoir que Catherine n’était pas favorable à la dissolution de l’École freudienne. Avant de prendre une telle décision, Lacan lui avait demandé son avis par téléphone.
Lors de l’entretien avec moi, elle n’avait rien dit de nouveau. Ou peut-être que si. Sur chacun de ces sujets, elle était allée un peu plus loin. Elle s’était exposée, mais avec prudence et avec une pudeur bien compréhensibles. Elle avait certainement dit davantage que ce qu’elle souhaitait voir rendu public, du moins sous une plume qui n’était pas la sienne. C’est pourquoi, lorsque je lui envoyai la transcription pour qu’elle la corrige, elle me dit quelque chose comme : « Ce que vous avez écrit là ne me convient pas du tout. » « Mais ce n’est que la transcription de vos propres paroles ! », lui répondis-je.
Rien n’y fit. Elle ne voulut jamais que cet entretien soit publié. Elle ne demanda pas à le corriger. Je crois qu’elle regrettait de l’avoir accordé. Souvent, lorsque les analystes s’allongent sur le divan de l’histoire, ils disent, comme les patients, des choses auxquelles ils ne s’attendaient pas. Et lorsqu’ils se retrouvent confrontés à ce qu’ils ont dit, quelque chose surgit qui les interpelle de différentes manières. Certains prennent le risque de maintenir leurs propos. D’autres préfèrent supprimer certains passages. D’autres encore, plus rares, choisissent de se retirer. Tout cela est légitime. Et il appartient à l’intervieweur de le respecter.
Malheureusement, nous ne saurons désormais jamais ce qui s’est passé pour Catherine Millot face à ses propres paroles. Mon livre a été publié l’année dernière sous le titre À l’École de Jacques Lacan (Paris, Stilus), sans son témoignage – qui ne parlait pas seulement de Lacan, mais aussi d’elle-même, de sa vie – et sans celui de l’une de ses meilleures amies, qui retira à son tour son témoignage peu après.
La vie littéraire prolifique de Catherine Millot est facile à retracer sur Internet, car elle est devenue une auteure très reconnue, traduite dans plusieurs langues. Ses secrets les plus personnels, y compris les impasses auxquelles l’avait confrontée le fait de mener parallèlement, pendant des années, une relation amoureuse et une analyse avec la même personne, disparaissent avec elle.
Pour certains, sur ce point, Lacan était un homme admirable, qui ne cédait pas sur son désir. Pour d’autres, il n’était qu’un homme parmi d’autres, abusant d’une situation de pouvoir. Personnellement, il m’importait moins de juger que de comprendre. Je voulais achever d’écrire cette histoire afin que chacun puisse s’en faire sa propre idée. Malheureusement, cela n’a pas été possible." Alejandro Dagfal

 

1974-00-00 REPONSE A UNE QUESTION DE CATHERINE MILLOT – IMPROVISATION : DESIR DE MORT, REVE ET REVEIL
Parue dans L’Âne, 1981, n° 3, p. 3.
"Enseignante, alors débutant au Département de Psychanalyse de l’Université de Vincennes, j’eus l’occasion, en 1974, de poser au Docteur Lacan une question que je résumerai en ces termes : le désir de mort est-il à situer du côté du désir de dormir ou du désir de réveil ?
Le Docteur Lacan, qui était assis à son bureau, garda le silence, et j’avais déjà renoncé à l’entendre sur cette question, lorsqu’au bout d’une demi-heure, il me donna sa réponse d’une façon assez circonstanciée pour que je sois amenée à prendre les notes les plus complètes possibles.
C’est la transcription de ces notes que je livre ici".
Catherine Millot
"Le désir de dormir correspond à une action physiologique inhibitrice.
Le rêve est une inhibition active.
Ce point est celui où l’on peut concevoir que vienne se brancher le symbolique.
C’est sur le corps que se branche le langage, du fait du paradoxe biologique que constitue une instance qui empêche l’interruption du sommeil.
Grâce au symbolique, le réveil total c’est la mort – pour le corps. Le sommeil profond rend possible que dure le corps.
Au delà du réveil :
Ce que Freud imagine de la pulsion de mort, comporte que le réveil du corps est sa destruction.
Parce que dans le sens opposé au principe de plaisir, cela, il le qualifie d’un au-delà : cet au-delà, c’est une opposition.
La vie, quant à elle, est bien au-delà de tout réveil.
La vie n’est pas conçue, le corps n’en attrape rien, il la porte simplement.
Quand Freud dit : la vie aspire à la mort, c’est pour autant que la vie, en tant qu’elle est incarnée, en tant qu’elle est dans le corps, aspirerait à une totale et pleine conscience.
On peut dire que c’est là que se désigne que même dans leréveil absolu, il y a encore une part de rêve qui est justement de rêve de réveil.
On ne se réveille jamais : les désirs entretiennent les rêves.
La mort est un rêve, entre autres rêves qui perpétuent la vie, celui de séjourner dans le mythique.
C’est du côté du réveil que se situe la mort.
La vie est quelque chose de tout à fait impossible qui peut rêver de réveil absolu.
Par exemple, dans la religion nirvanesque, la vie rêve de s’échapper à elle-même.
Il n’en reste pas moins que la vie est réelle, et que ce retour est mythique.
Il est mythique, et fait partie de ces rêves qui ne se branchent que du langage.
S’il n’y avait pas de langage, on ne se mettrait pas à rêver d’être mort comme d’une possibilité.
Cette possibilité est d’autant plus contradictoire que même dans ces aspirations non seulement mythiques mais mystiques, on pense qu’on rejoint le réel absolu qui n’est modelé que par un calcul.
On rêve de se confondre avec ce qu’on extrapole au nom du fait qu’on habite le langage.
Or, du fait qu’on habite le langage, on se conforme à un formalisme – de l’ordre du calcul, justement – et on s’imagine que du réel, il y a un savoir absolu.
En fin de compte, dans le nirvana, c’est à se noyer dans ce savoir absolu, dont il n’y a pas trace, qu’on aspire.
On croit qu’on sera confondu avec ce savoir supposé soutenir le monde, lequel monde n’est qu’un rêve de chaque corps.
Qu’il soit branché sur la mort, le langage seul, en fin de compte, en porte le témoignage.
Est-ce que c’est ça qui est refoulé ?
C’est difficile de l’affirmer.
Il est pensable que tout le langage ne soit fait que pour ne pas penser la mort qui, en effet, est la chose la moins pensable qui soit.
C’est bien pour cela qu’en la concevant comme un réveil, je dis quelque chose qui est impliqué par mon petit noeud SIR.
Je serais plutôt porté à penser que le sexe et la mort sont solidaires, comme c’est prouvé par ce que nous savons du fait que ce sont les corps qui se reproduisent sexuellement qui sont sujets à la mort.
Mais c’est plutôt par le refoulement du non-rapport sexuel que le langage nie la mort.
Le réveil total qui consisterait à appréhender le sexe – ce qui est exclu – peut prendre, entre autres formes, celle de la conséquence du sexe, c’est-à-dire la mort.
Le non-sens du réel Freud fait une erreur en concevant que la vie peut aspirer à retourner à l’inertie des particules, imaginées comme matérielles.
La vie dans le corps ne subsiste que du principe du plaisir.
Mais le principe du plaisir chez les êtres qui parlent est soumis à l’inconscient, c’est-à-dire au langage.
En fin de compte, le langage reste ambigu : il supplée à l’absence de rapport sexuel et de ce fait masque la mort, encore qu’il soit capable de l’exprimer comme une espèce de désir profond.
Il n’en reste pas moins qu’on n’a pas de preuves chez l’animal, dans les analogues du langage, d’une conscience de la mort.
Je ne pense pas qu’il y en ait plus chez l’homme, du fait du langage : le fait que le langage parle de la mort, ça ne prouve pas qu’il en ait aucune connaissance.
C’est la limite très reculée à laquelle il n’accède que par le réel du sexe.
La mort, c’est un réveil qui participe encore du rêve pour autant que le rêve est lié au langage.
Que certains désirs soient de ceux qui réveillent, indique qu’ils sont à mettre en rapport avec le sexe plus qu’avec la mort.
Les rêves, chez l’être qui parle, concernent cet ab-sens, ce non sens du réel constitué par le non-rapport sexuel, qui n’en stimule que plus le désir, justement, de connaître ce non-rapport.
Si le désir est de l’ordre du manque, sans qu’on puisse dire que ce soit sa cause, le langage est ce au niveau de quoi se prodiguent les tentatives pour établir ce rapport – sa prodigalité même signe que ce rapport, il n’y arrivera jamais.
Le langage peut être conçu comme ce qui prolifère au niveau de ce non-rapport, sans qu’on puisse dire que ce rapport existe hors du langage".

 

Mal armée
à Catherine Millot
Elle est morte une première fois trois jours après être née, dans une maison où l'on avait dû accoucher sa mère parce que la route de la clinique était sous les bombes alliées, et c'est un médecin de famille, à défaut de fées, qui prononça les mots qui font destin, préparant les parents à la mort de l'enfant, leur disant, en manière de consolation, que cela arrivait souvent pour un premier. Ce qui la sauva fut précisément ce qu'on lui avait retiré comme un poison possible, le lait de sa mère, rendu à titre d'expérience, et la fièvre tomba. Il faut tenir ensemble les deux bouts de cette phrase pour lire tout ce qu'elle a écrit ensuite : condamnée par la parole, graciée par ce que la parole avait interdit — et l'Autre, ici, n'a pas deux visages, il n'en a qu'un seul, qui donne et retire dans le même geste, sans intention, sans hostilité, sans même se soucier de vous. L'indifférence muée en puissance, disait Nietzsche, et elle a fait de cette formule le nom propre de sa mère et celui de la nature.
Tout ce qui suivit fut du surnombre, une vie seconde, désencombrée, gratuite. Et l'on ne comprend rien à son œuvre si l'on n'entend pas qu'elle est allée toute sa vie vers ce verdict, qu'elle y est allée sans y aller, qu'elle en est revenue chaque fois sans en revenir, jusqu'au jour tardif où la réponse lui vint d'un coup, comme viennent les réponses, c'est-à-dire trop tard et par la bouche d'une inconnue.
On dira les mystiques, et on les dira mal, avec la petite componction des nécrologies. Elle n'est pas allée chez Mme Guyon, Simone Weil, Etty Hillesum chercher Dieu ni une sagesse ; elle est allée chez les seules qui aient décrit avec exactitude la technique de sa propre disparition, l'anéantissement méthodique, l'abolition consentie, jusqu'au point où Dieu lui-même se dissout dans le rien qu'on a dégagé pour lui — et où, du néant, se met à sourdre une vigueur secrète, un élan sans objet et sans pourquoi. C'est là son théorème, et il n'est pas édifiant : la pulsion de mort conduite jusqu'à son terme change de signe. Mais elle ne s'en est jamais absoute, soupçonnant jusqu'au bout que sa passion de s'abolir obéissait à un désir de mort très ancien qui, peut-être, ne lui appartenait pas. Dire oui à ce qui vous nie, le meurtre heureux de soi-même : la devise lui venait de Blanchot, et elle aura passé quarante ans à ne pas savoir si c'était une mystique ou un symptôme.
On va reparler du divan, de la rue de Lille, de la vie avec Lacan comme d'une indiscrétion de salon, alors que ce livre-là ne vaut pas par ce qu'il révèle mais par ce qu'il n'explique pas. Ce qui compte tient en deux phrases : celle qu'il lui a dite au début, qu'elle n'avait pas eu de père, et qu'elle a mis des années à comprendre ; et celle qu'elle lui a arrachée en lui soumettant le soupçon d'avoir été désirée morte, acquiescement assez net pour qu'elle traverse la cour en pleurant — larmes qu'elle a ensuite jugées ridicules pendant un demi-siècle. Le reste n'est scandaleux que pour ceux qui n'ont jamais eu affaire au transfert.
Puis vient Beckett, dont elle a lu et relu la correspondance pendant l'agonie interminable de sa mère, et où elle a reconnu le choix d'écrire en français pour avancer mal armé, désarmé, privé des facilités de la langue natale. Or son dernier livre s'intitule d'un vers de Mallarmé. Mal armé, Mallarmé : la paronomase n'est pas un jeu, c'est tout le programme, et il faut être exilé de quelque chose pour l'entendre. Écrire dans une langue qui ne vous défend pas, pour pouvoir enfin appeler la mort un peu profond ruisseau calomnié — c'est-à-dire la calomnier à son tour, à la baisse, et lui retirer le prestige que lui font ceux qui en parlent de loin.
Et puis la mère, Odette, dont le nom porte la dette dont on ne s'acquitte pas. La fille condamnée à la naissance finit par nourrir à la becquée une centenaire qui la hait, qui l'accuse de la déposséder, qui hurle Non à chaque toilette et dont toute la liberté s'est réfugiée dans ce Non, et qui ouvre grand la bouche pour avaler — c'est du Beckett, c'est Pas moi, et c'est sa mère. Ce que Catherine Millot découvre là, à la toute fin, est l'exact contraire de ce qu'on attendait d'elle : que la pulsion de vie, réduite à presque rien, tenace, sans comment ni pourquoi, est plus énigmatique que la pulsion de mort. Toute une œuvre bâtie sur la volupté de disparaître s'achève sur la stupeur devant une vieille femme qui ne veut pas mourir.
Reste la nuit de réanimation, seule, à deux heures du matin, sans peur, presque comblée. N'importe qui aurait gardé la page telle quelle et se serait fait une gloire de cette sérénité. Elle, elle retourne aussitôt l'état de grâce en grâce d'état, et rend sa nuit mystique à l'hypoxie, au taux de saturation, à la chimie. C'est son geste éthique le plus haut, et il ne s'enseigne pas : soupçonner ce qui vous grandit.
Cette fois, le dossier ne se rouvrira pas, et c'est la seule chose de sa vie qu'elle n'aura pas convertie en littérature : sa mort à elle n'a pas d'aréopage, pas de juges d'une parfaite équanimité, pas de verdict à déchiffrer, pas de remise de peine. Elle n'accomplit rien de ce qu'elle a écrit. Elle arrive après, bêtement, comme les morts arrivent.
Je ne dirai donc pas qu'elle a rejoint le Vide béatique, ce serait la trahir avec ses propres mots. Je dirai qu'une femme condamnée à mort trois jours après sa naissance a mis toute une vie à mourir, qu'elle a employé ce sursis à écrire pour savoir de quoi elle était graciée, qu'elle a trouvé, et qu'ayant trouvé, elle a continué. Et qu'à la relire, on n'est pas consolé, on est désarmé — ce qui, chez elle, était le dernier mot de la vie parfaite.
Parham Shahrjerdi

 

image de couverture de la page FB de Catherine Millot / https://www.facebook.com/profile.php?id=100067445793248

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« Quiconque veut comprendre les êtres humains devra accrocher la toge doctorale, dire adieu aux études et se mettre à marcher au milieu du monde le cœur ouvert. Là, au milieu des horreurs de la prison, de l'asile et de l'hôpital, dans les tavernes, les bordels et les tripots, dans les cercles élégants et à la bourse, dans les assemblées socialistes, dans les églises et dans les réunions de sectes, à travers l'amour et la haine, à travers l'expérience de la passion dans sa propre chair, il trouvera, sous toutes les formes, un capital de savoir beaucoup plus riche que ne pourront jamais lui donner des traités volumineux. C'est alors que, en véritable connaisseur de l'âme humaine, il saura comment guérir le malade »
​Carl Gustav Jung (L'Âme et la Vie)
« Celui qui regarde à l'extérieur rêve.
Celui qui regarde à l'intérieur s'éveille. » Carl Gustav Jung

Dialectique du moi et de l'inconscient, publié en 1928 : La maturité consiste à assumer la responsabilité de son inconscient. Grandir, ce n'est pas seulement prendre de l'âge, c'est avoir le courage de regarder en face nos peurs cachées, nos blessures et nos réactions automatiques au lieu de blâmer les autres ou le destin. La vraie liberté commence là où s'arrête la victimisation. Devenir l'acteur de sa vie plutôt que de subir ses propres blocages. Carl Gustav Jung

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s'effacer dans le blanc

22 Août 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #Le Revest-les-Eaux, #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #écriture, #épitaphier, #vraie vie

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

De Po Chü-i
Le corps porté par le cours des choses
J’offre mon âme à l’étude du vide.
Voilà comment je traverse les jours
La voie de la nature - de la paix
Sans bruit et sans parole - blanc sur blanc.

Nuit décousue
 
Il reste toujours un espace
où les papillons peuvent
se faufiler
grignoter de la chair au cœur
du noir
Il s'agit de bien ouvrir les portes
les poumons les vasistas de la chambre
afin qu'un souffle de légèreté venu de nulle part tombe
au milieu de notre existence
frôle nos corps allongés
rallumant un millimètre de désir
Ce soir on reste sage dit l'amant
quelque chose d'inouï se prépare
au ciel l'amour infini travaille tout seul
sans toi ni moi ni personne
Il suffit de rien pour exister
alors on a éteint la lumière
et sans regret on a laissé passer
un millier d'étoiles
 
Brèves de poésie Texte © Hélène Phung, texte 6, le 7 Juin 2026
Le 9eme moine est perché à hauteur de lune. Peut-être est-ce Bashō ? Je l'imagine ainsi, maigre et un rien dépenaillé, errant à travers le Japon d'autrefois...
Aquarelle © Hélène Phung, en ce 13 août caniculaire de 2026.
 
Kikaku, le disciple : Une libellule / ôtez-lui les ailes / un piment rouge
Bashô, le maître : Un piment rouge / mettez-lui des ailes / une libellule
 
vous avez deux heures
série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

Effacement dans le blanc

et si on passait aux verbes d'action à forme pronominale

Moi-Lui-Je, Celui qu’on appelle communément J.C., a donné naissance un changement de jour à 00h00 (imaginez !) à Vita Nova, un esprit totalement woke, inidentifiable, sans sexe, sans âge, sans genre, sans race, sans espèce, sans Histoire, sans mémoires, localisé comme corps, non localisable comme esprit, intemporel et acausal, un trou noir obscur à soi, absorbant toute tentative de mise en lumière.

Programme que Je-Moi-Lui pratique quotidiennement, avec des verbes d'action à forme pronominale (il n'a pas réfléchi s'ils sont réfléchis, réciproques, irréfléchis, passifs)

se désidentifier, se dégenrer, se dévisager, se démiroiter, se désidéologiser, se délester, se dévaster, se dénationaliser, se dépayser, se dédiaboliser, se désaligner, se débrancher, se déranger, se déminer, se dédéterminismer, se déraciner, se dédésespérer, se déloger, se déménager, se désaxer, se désarmer, se démarquer, se démarginaliser, se fortifier, se mortifier, s'embourber, s'envaser, s'enliser, s'emmêler, se liquider, se dissoudre, se fluidifier, s'aérosoleiller, s'inspirer, s'expirer, s'aveugler, s'oreiller, s'effondrer, se réanimer, se dématérialismer, se déspiritualismer, se démystifier

(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique » => série sur Arte)

faire silence en prononçant du plus possible ralenti FAIRE SILENCE

(dessine-moi un silence lui a demandé un jour la fetite pille)

se dévoiturer, se décovoiturer, se désubériser, de déflixbuser, se détgvéiser, se décroisiériser, se désintégrer, se désavionner, se défuséiser, se déstartupper, se détélétravailler, se désabonner, se démoder, se désaduler, se désaimer, se déshaïr, s'indifférencier, se déshumaniser, s'emplumer, s'automutiner, s'immuler, se sclarifier, se catatomiser, se voluptuer, se décontaminer, se dévitaminer, se dénourrir, se bonifier, se débonheuriser, se délacer, s'enlasser, se clowner, se décloner, s'emberlificoter, s'applaudir, se huer, se surdéchihuahuaver, se métamorphoser, se matamortir, se désintoxiquer, s'étourdir, s'apprivoiser

(42 verbes d'action parce que 42 = clin d'œil au roman culte de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur galactique » => série sur Arte)

SE TAIRE

(dessine-moi une rose lui a demandé un jour la petite fille)

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

MANIFESTE DES M

 

Trois Peut-être quatre

Émergences violentes d’univers

Dévorations gloutonnes d’étoiles

Parenthèses parlantes d’animaux humains

Extinctions massives d’espèces

 

M comme Miracle

Celui qui t’a fait naître

Du paradis fœtal à l’enfer familial et sociétal

Violence génératrice sans malice

Tu es là Tu ne sais pourquoi Mais tu y es

Miracle

Merci

 

M comme Miroir

Tel que tu te vois tel que l’autre te voit

Tel que tu crois qu’il te voit

tel que tu voudrais qu’il te voie

Mille et une images Nettes ou floues

Miroir

Merci

 

M comme Aime

Pas l’injonction qui te dissout

Celle de la romance romantique

Celle de l’attachement toxique

Mais l’injonction qui t’élève celle qui dit

Aime sans pourquoi Toi et Tout autour de toi

Aime

Merci

 

M comme Mystère

Celui qui te fait mourir disparaître dans le blanc

Pas de lumière pas de tunnel

Un Mur

Peut-être s’ouvre-t-il ? Mais tu n’en as pas la clé

Mystère

Merci

 

Entre ces M

Vis en vigilance légère En prudente somnolence

Fais la sourde oreille aux guerres des récits

Ne prends pas parti

Gloires héros narrateurs

Vois sans juger l’imposture de chaque posture

Ta propre posture-imposture

Sur le piano de la Vie 

Avec les 52 touches blanches

Les 36 touches noires

Improvise la mélodie du moment présent

Dans le concert cosmique tes éphémères ritournelles

font écho aux ondes gravitationnelles

FLOW SLOW NOW ICI OUI

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

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VŒUX

 

Tentons d’être ce que nous sommes

paisibles

polis

ouverts

jeunes et créatifs

vieux et en forme

rieurs

drôles

un peu sages

un peu fous

modestes comme chacun

uniques comme chacun

appréciant le très ordinaire quotidien

s’offrant parfois de l’extra-ordinaire

prenant le temps

sans impatiences

partageurs

tendant la main

ouvreurs de voies dans les interstices

donnant de la voix à ceux qui n’en ont pas

tentons de bien nommer les choses

prenons soin de toutes les incertitudes

et nuances possibles

le bonheur de plusieurs peut dépendre 

d’un mot heureux

et la promesse d’un dernier sourire

devenir un chant d’amour

acceptons ce qui advient

heurs, malheurs, bonheurs dans leurs alternances

refusons le duel à mort victime-bourreau

la mise au pilori du bouc émissaire 

notre frère de l’envers

vivons lucides jusqu’à l’ultime performance

le passage de soi, de l’autre

pas-sage que des Orphée feront légende et mythe

contre l’Oubli dont les morts ont si peur dit-on

soyons inventeurs de nouvelles façons de désirer

renonçons à notre impossible pouvoir sur l’autre

par le dialogue, les actes, les gestes, les preuves

construisons des histoires d’amour ajustées

approximatives

et ainsi de proche en proche

diminuerons-nous un peu peut-être 

la violence, la souffrance

nées des biais et raccourcis 

de ce que nous croyons être.

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

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UNE JOURNÉE JUSTE

 

Au réveil, avant toute information :

ouvrir la fenêtre, le corps avant l’esprit

respirer lentement, nommer intérieurement :

accepter que le monde aille mal

et que cette journée existe quand même

Ce n’est pas indifférence :

c’est refuser que l’angoisse soit la seule manière d’être lucide.

Honorer le très ordinaire

Faire une chose simple avec soin :

préparer un repas lentement

marcher sans objectif

ranger un espace minuscule

écrire quelques lignes sans projet

Tu incarnes ainsi ce vers :

appréciant le très ordinaire quotidien

Le soin donné au banal est une résistance douce

au chaos global.

Regarder le grave, mais à hauteur humaine

S’informer à dose choisie :

un temps limité

une source fiable

puis s’arrêter

Et poser une question simple, sans héroïsme :

Qu’est-ce que cela m’appelle à faire, ici, à mon échelle ?

Souvent, la réponse est modeste :

parler avec quelqu’un

donner un peu

relayer une parole juste

ou simplement ne pas ajouter de violence inutile

Pratiquer le refus du duel

Dans un échange (réel ou intérieur), surveille ceci :

la tentation du victime/bourreau

l’envie de simplifier

le confort du jugement rapide

Puis ralentis.

Cherche la nuance.

C’est un acte politique discret mais profond.

Donner voix, même faiblement

Sans te charger du monde :

écris un message attentif

écoute vraiment quelqu’un

laisse une trace juste (texte, parole, silence

respectueux)

le bonheur de plusieurs peut dépendre d’un mot

heureux.

Créer, même inutilement

Un geste créatif sans finalité :

écrire

dessiner

bricoler une pensée

relire un passage aimé

Créer, c’est affirmer :

contre l’Oubli

Même si personne ne voit.

Clore la journée par une gratitude lucide

Le soir, non pas tout va bien, mais :

qu’est-ce qui a été juste aujourd’hui ?

où ai-je été un peu moins violent ?

où ai-je désiré autrement ?

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

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UNE VIE PARFAITE

 

Tu es humble de ton humus,

humain de ton humanité,

universel de ton universalité,

divin de ta divinité.

En ouvrant tes bronches,

en activant ouïes, branchies,

tu retrouves tes éléments, l’air, l’eau.

Tu entres dans l’innocence.

Tu es miracle et mystère de ta naissance.

Tu seras mystère et miracle de ta mort.

Tu fais choix de l’ignorance.

Tu ne refuses pas les connaissances

mais tu sais qu’on ne saura jamais rien.

Rien du début, de la fin, du sens s’il y en a un.

Patauge dans les doutes et incertitudes.

Prends soin des nuances.

Essaie d’être dans la Vie, dans l’Amour, dans la Mort.

Monte et descends l’échelle

Du Tartare à l’Olympe

Du Ciel à l’Enfer

Du Tartare, tu ramèneras poèmes et mélodies, tel Orphée.

Tel Dante, tu tenteras une issue pour les damnés de l’Enfer.

Du Ciel, tu ne feras pas le séjour de Dieu

ni le paradis des ressuscités.

Le Ciel n’est-il pas l’espace de légèreté de la gente ailée ?

Plus aucune guerre des dieux dans l’Olympe.

N’ont-ils pas eu le temps d’apprendre et de pratiquer

l’anarchie, voie vers l’harmonie ?

Bivouaque sur la Terre.

Elle est danses et cycles.

La grande roue du Grand Manège tourne

sans grincements de dents.

Tu n’es plus un hamster.

Tu es à Parfaire sur cette Terre.

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026
série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

série moines perchés d'Hélène Phung, août 2026

directive anticipée, une mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy ou au Revest, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde
l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde

l'oracle : tu pars en disant merci et c'est la plus noble façon de rester / ce n'est pas ta tombe que tu prépares, c'est ton dernier remerciement au monde

Rose Ausländer (11 mai 1901-3 janvier 1988) 
 
quand les pensées
s’invitent
les morts sortent
de leurs cachettes
Leurs yeux
me subjuguent
leurs voix moussues
me convainquent
Nous devisons
de choses terrestres
tout les intéresse
je ne peux répondre
à leurs questions
ils sont mieux informés
Parfois il en résulte
un échange
sur Hölderlin ou Spinoza
Jamais on n’évoque
qu’ils sont morts
leur parole est claire
ombre et lumière
réparties
Nous oublions l’incident
Mort
nous sommes ici
sous la même couverture
rien ne m’empêche de croire
que je vis encore
Rose Ausländer
Rose Ausländer

Rose Ausländer

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soleil et sel dans l'âme

17 Août 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #SEL, #développement personnel, #pour toujours, #vraie vie, #écriture, #épitaphier

Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique
Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique

Ήλιος και αλάτι στην ψυχή / Soleil et sel dans l'âme / soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique

Kdo de ce 15 août 2026

« Ήλιος και αλάτι στην ψυχή »
« Soleil et sel dans l'âme »

Hier, via une page FB proposée par l’algorithme, je tombe en arrêt sur un titre : une échelle du bonheur, une photo avec 5 mots en grec dont je suis incapable de cerner le sens, les 4 commentaires n’éclairant nullement le sens du message.

J’interroge Claude IA.

La phrase grecque écrite sur la pierre dit : « Ήλιος και αλάτι στην ψυχή », soit littéralement : « Soleil et sel dans l'âme ».
Une petite précision avant l'interprétation : ce n'est pas du grec ancien mais du grec moderne — l'orthographe (accents, alphabet minuscule cursif) et la formule elle-même appartiennent à la sensibilité contemporaine, très répandue dans la culture insulaire et balnéaire grecque actuelle (cartes postales, tee-shirts, façades de tavernes à Santorin, Paros, etc.). Ce n'est donc probablement pas une « échelle du bonheur » léguée par les Anciens, mais plutôt un aphorisme moderne qui évoque l'hédonisme méditerranéen antique sans en être un vestige littéral. Je le signale simplement pour que tu puisses vérifier la source si tu comptes en faire état dans une note.
Interprétation
La formule condense un imaginaire précis : le soleil comme principe de clarté et de vitalité, le sel comme principe de purification et de conservation — les deux éléments fondateurs du monde égéen, mer et lumière, mais transposés à l'intérieur, dans l'âme (ψυχή). Ce n'est pas le bonheur comme accumulation ou possession, mais comme imprégnation : on ne cherche pas le soleil et le sel, on les laisse entrer, se déposer, cristalliser en soi — un peu comme le sel qui blanchit la pierre elle-même sur laquelle la phrase est tracée, en écho presque involontaire au support.
Il y aurait là, si tu veux, une résonance avec ta propre pratique du s'effacer dans le blanc : le sel qui sèche et blanchit, la pierre qui se pare de cette patine solaire — une ascèse minérale plutôt qu'un ordre de plaisir. Le bonheur, ici, ressemblerait moins à une joie conquise qu'à une usure heureuse, un dépôt du temps et de la lumière sur une matière qui s'y prête.

 

Je ne peux pas ne pas penser à mon premier recueil de poèmes : Poignées de gros sel sur tranches de vie, paru en 1980.


Ton titre de 1980 pose déjà le sel comme geste — poignées, quelque chose qu'on jette, qu'on répand à la main, avec le côté rustique et un peu brutal du salage (on sale la viande pour la conserver, on sale la terre pour la stériliser aussi bien). Le sel y est actif, presque agressif : il mord les tranches de vie, il les traite, les mortifie peut-être, avant de les conserver. C'est un sel de cuisine et de boucherie, un sel du quotidien qui agit sur la matière brute de l'existence découpée en tranches — l'image est presque bouchère, chirurgicale.
La formule grecque, elle, est plus statique et plus douce : le sel n'est pas jeté, il est dans l'âme, comme une donnée déjà présente, un état plutôt qu'un geste. Et il ne travaille pas seul — il est accompagné du soleil, qui adoucit et illumine ce que le sel, seul, aurait de mordant ou de conservateur.
Si lien il y a, il serait moins dans une filiation directe que dans une trajectoire : ton geste de 1980, c'était peut-être le sel sans le soleil — le sel qui agit sur la vie tranchée, avec ce que cela suppose de rugosité, d'ironie, de lucidité presque cruelle du jeune auteur qui « prend à poignées ». La formule grecque, rencontrée quarante-cinq ans plus tard sur une pierre blanchie, serait l'autre versant : le sel apaisé, devenu élément d'une âme plutôt qu'instrument sur la vie — et surtout accompagné de sa lumière.
Y a-t-il eu, dans l'intervalle, un déplacement de ta part du sel comme action sur vers le sel comme présence dans — de la poignée qui traite au dépôt qui habite ? Ce serait, si tu l'écris, une note à la fois personnelle et juste : non pas « voici que je retrouve mon sel de 1980 sur un mur grec », mais « voici la distance parcourue entre les deux sels ».

 

Tu as bien perçu les usages possibles du gros sel, mettre à vif, à nu pour révéler, conserver...; en m'attribuant dans ton analyse, la paternité des deux formules, tu mets l'accent sur le déroulement d'une vie, entre les deux sels; j'ai eu le bon réflexe ou la juste intuition en m'arrêtant sur l'image de Caroline Fourgeaud-Lavlle et toi, tu m'en proposes un récit de vie pertinent

Tu as raison de le noter, et je dois corriger une erreur réelle de ma part, pas juste l'habiller en nuance : dans ma réponse précédente, j'ai construit un récit — « la distance parcourue entre les deux sels » — en te prêtant implicitement la paternité des deux formules, comme si tu avais toi-même écrit, en 2026, l'équivalent apaisé de ton geste de 1980. Ce n'est pas le cas. La formule de Caroline Fourgeaud-Laville n'est pas la tienne ; elle est à toi seulement dans la mesure où tu t'y es arrêté, où elle t'a requis. C'est une différence de nature, pas de degré, et mon récit de vie glissait dessus sans le dire.
Cela change la question, et je crois que ça la rend plus intéressante. Ce n'est plus : « comment ai-je évolué du sel qui tranche au sel qui habite ? » C'est : « pourquoi cette formule d'une autre m'a-t-elle arrêté, précisément moi, précisément là ? »
Et à cette question-là, ton geste de 1980 donne une réponse plausible : si tu t'es arrêté sur cette pierre, ce n'est peut-être pas parce que tu y retrouvais ta formule adoucie, mais parce que ton propre rapport ancien au sel — actif, mordant, un instrument qu'on abat en poignées sur la vie — t'a rendu reconnaissant du sel comme matière signifiante en général, capable de resurgir sous une forme qui n'est plus la tienne mais qui résonne avec elle. Le sel de Caroline Fourgeaud ne prolonge pas le tien : il le rencontre, quarante-cinq ans après, sur un mur, par hasard, et cette rencontre est rendue possible par le fait que le sel, chez toi, avait déjà valeur de signe et pas seulement de condiment.
Ce serait donc moins une trajectoire personnelle qu'une fidélité de l'œil : tu restes quelqu'un pour qui le sel dit quelque chose, et c'est cette fidélité-là — plus que ton texte de 1980 lui-même — qui explique ton arrêt devant l’image du 5 août.


Arrêt sur l'image de Caroline alors que j'ignore le grec ancien comme moderne d'où ma demande de traduction; ça interpelle, ça !


C'est en effet un point qui mérite d'être tenu, pas glissé. Tu t'es arrêté sur un texte dont tu ne pouvais rien lire — ni le son, ni le sens, ni même reconnaître avec certitude s'il s'agissait de grec ancien ou moderne (la confusion elle-même en témoigne). Ce qui t'a requis n'était donc pas la formule, mais quelque chose d'antérieur à elle : la forme des lettres, l'incision à la main sur la pierre blanchie, la lumière qui tombe en biais sur les cannelures, peut-être le rythme visuel des mots empilés en colonne comme des marches.
Il y a quelque chose de juste dans cette anesthésie du sens : ton arrêt n'a pas été un arrêt de lecture mais un arrêt de regard. Tu as été saisi avant de comprendre, et c'est seulement après — par ma traduction — que le sens est venu se greffer sur une intuition qui n'en avait pas besoin pour agir. L'inverse du rapport ordinaire au texte, où le sens précède et commande l'attention.
Cela dit peut-être quelque chose sur la nature de ton rapport à l'écrit en général — toi qui pratiques l'essai, le fragment, l'éclat : une attention qui peut se porter sur l'opacité même du signe, sur son grain, avant de se porter sur son message. Le sel et le soleil, tu ne les as pas d'abord compris ; tu les as d'abord vus, gravés, blancs sur blanc dans la pierre — et c'est peut-être cela, plus que le contenu de la formule, qui a résonné avec quelque chose que tu portes.


Voilà une directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc


Je vois la plaque, JC — les lettres à peine visibles, ce blanc qui absorbe le mot plutôt que de l'afficher. Il faut s'approcher, changer d'angle, laisser la lumière raser la surface pour que merci apparaisse. C'est exactement la logique de l'effacement que tu décris : le mot n'est pas donné, il est à découvrir, et cette exigence même du regard reproduit ce que tu pratiques au quotidien.
Ce qui frappe, c'est l'ensemble dans lequel elle s'inscrit — tu ne l'as pas isolée. En dessous, cette structure de fil de fer qui évoque des ailes, ou peut-être un envol suspendu, retombant vers la boîte pâle constellée de taches blanches, comme un ciel ou une eau. Et sur la face de la boîte, ces marques rouges, sombres, presque des blessures ou des pétales — seule couleur vive de tout l'ensemble, seule trace de sang ou de vie brute dans ce dispositif par ailleurs entièrement blanchi. Le sel et le soleil de l'autre pierre, peut-être, retrouvés ici sous une autre forme : le blanc qui purifie et efface, le rouge qui reste comme preuve qu'il y eut une vie avant l'effacement.
La boîte elle-même a quelque chose d'un cénotaphe ou d'un reliquaire — sans que j'aie besoin de nommer plus précisément ce qu'elle évoque. Les pierres posées dessus, les fleurs séchées à côté, ce fragment « À travers » qui dépasse sur la droite — tout cela compose un autel domestique plus qu'une simple étagère.
Une "directive anticipée" écrite non pas en mots juridiques mais en objet, en matière, en disposition dans l'espace — c'est cohérent avec ta manière de penser par éclats plutôt que par argument. Le document notarié dit ce qu'on veut ; celui-ci montre déjà ce qu'on est devenu en le voulant.


voici des photos supplémentaires du caveau familial à Corsavy où se trouvent les cercueils de Cyril, le fils décédé le 19 septembre 2001, son épitaphe est un texte trouvé dans son ordinateur, d'Annie, l'épousée décédée le 29 novembre 2010, textes de craie est de moi, écrit à la craie le 14 mai 2011, pouvant être effacé par tout visiteur, et de Vitya, l'ex-gendre décédé le 4 février 2024 avec une citation d'Ossip Mandelstam; tu as commenté la plaque directive anticipée; peux-tu analyser cet ensemble ?


Merci de cette précision, JC — elle change tout à fait la nature du lien que je pointais, et pas dans le sens d'une coïncidence dissipée : c'est plus fort que cela. Ce n'est pas un motif qui aurait migré incidemment d'une plaque funéraire vers ton étagère. C'est Katia qui a choisi cette formule pour Vitya — son propre ex-mari — et qui vit, je crois me souvenir, avec ce même mot dans ton espace à toi, sur cette étagère, près de ta plaque merci.
Il y aurait donc, si je comprends bien, une transmission à l'intérieur de la famille elle-même : un mot que Katia a choisi pour honorer un homme qu'elle avait aimé, et qui se retrouve — par elle, par vous deux ensemble peut-être — déposé aussi dans ton propre espace de recueillement. Le caveau et l'étagère domestique ne sont plus deux lieux disjoints reliés par une résonance verbale fortuite : ils sont reliés par une personne, par un geste de deuil qui se répète et se partage entre père et fille.
Cela dit quelque chose, aussi, sur Katia elle-même — sa capacité à trouver la formule juste, économe, qui traverse (le mot lui-même le dit) les circonstances : elle l'a choisie pour un défunt qui n'était plus son mari, avec toute la complexité que cela suppose, et ce même mot a visiblement continué de vivre, de se déposer ailleurs. Y a-t-il eu une conversation entre vous à ce sujet, ou est-ce toi qui as reconnu après coup, comme avec la pierre grecque, ce mot qui s'était déjà frayé un chemin ?
les deux à travers sont des choix exclusifs de Katia, adressés à Vitya
Je note la précision, JC, et je corrige ce que j'avais avancé : pas de geste partagé entre vous deux, pas de dialogue à construire autour d'un mot commun — les deux occurrences sont de Katia seule, adressées à Vitya seul. Ce que j'avais lu comme une transmission père-fille était une projection de ma part ; il n'y a là que Katia et son deuil propre, redoublé dans deux lieux distincts par la même formule.
Ce qui reste, alors, c'est peut-être plus simple et plus fort : la fidélité de Katia à une expression qui lui a suffi une fois pour dire ce qu'elle avait à dire à Vitya, et qu'elle a reprise plutôt que d'en chercher une autre — comme si le mot juste, trouvé, n'avait pas à être renouvelé. Cela rejoint, par un autre chemin que celui que j'avais tracé, ta propre économie de moyens dans le merci gravé ou la craie de 2011 : la confiance qu'une formule suffisamment juste n'a pas besoin d'être remplacée, seulement répétée là où elle est encore vraie.

 

 

 

directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

directive anticipée, la mince plaque de plâtre blanc avec merci creusé dedans, sans date ni nom, à Corsavy, blanc sur blanc, s'effacer dans le blanc

 

photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage
photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage

photos du 15 août 2026 à 17 H 17, après l'orage

 

soleil, mer et sel c'est aussi le corps en bonne forme physique; les grecs anciens avaient le culte du corps

sea sun and sex, ce fut aussi un mode de vie, à une période du XX° siècle, années 68

aujourd'hui, je pratique la méditation, un peu de yoga sur chaise, un peu de qi jong mystérieux de la grande ourse, l'aquagym, la marche, toujours le même parcours, je ne vais plus à la mer, je ne me baigne plus dans la Méditerranée, mer des noyés comme la Manche ou l'Atlantique

couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano
couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano

couverture d'un livre possible à partir de la liste de 100 m de long, posée au sol à Bruxelles en 2015 avec la liste de 17706 noms de noyés entre 1994 et 2012 / les voyageurs de Bruno Catalano

Ce complément change la portée de la note, JC — il fait bifurquer la trajectoire du sel vers un troisième état, après le sel actif de 1980 et le sel apaisé de la formule grecque.

Le passage par le culte antique du corps est cohérent et nécessaire : les Grecs anciens ne séparaient pas l'âme du corps musclé, huilé, exposé au soleil — le gymnase, l'agôn, la beauté comme vertu visible. Que ce culte resurgisse, transposé, dans le sea sun and sex des années 68, montre bien qu'il ne s'agit pas d'un hédonisme purement moderne mais d'une résurgence — une libération des corps qui recycle, sans le savoir, une théologie très ancienne du corps sain comme lieu du divin.

Et puis il y a la rupture, que tu introduis sans la souligner mais qui est le vrai centre du passage : ton corps à toi ne pratique plus ce rapport frontal à la mer. Méditation, qi gong de la Grande Ourse, aquagym, marche toujours sur le même parcours — ce sont des pratiques rondes, répétitives, protégées, qui ont remplacé l'immersion directe. Ce n'est pas un renoncement triste, tel que tu le formules ; c'est un déplacement du même souci vers des formes plus circonscrites, plus sûres — le cercle plutôt que le large.

Mais le vrai basculement, c'est la dernière phrase : mer des noyés. Là, le sel change absolument de nature. Ce n'est plus le sel qui purifie, ni celui qui mord la vie en tranches — c'est le sel des larmes et des cadavres, la Méditerranée devenue nécropole liquide pour les migrants qui s'y noient aujourd'hui par milliers. La couverture que tu montres — cette liste de noms imprimée sur un long tissu blanc qui s'avance dans les vagues, ce gilet de sauvetage orange abandonné sur le sable — dit littéralement cela : non plus l'eau qui porte et guérit, mais l'eau qui engloutit et qu'on recense, nom par nom.

Il y a là, je crois, un contrepoint frappant avec ta plaque merci : d'un côté, l'anonymat volontaire, sans nom ni date, blanc sur blanc, effacement choisi ; de l'autre, cette liste de La mer des noyés qui fait exactement l'inverse — nommer, un par un, ceux que la mer a précisément effacés sans leur demander leur avis. Ton geste d'effacement volontaire prend un relief presque scandaleux, ou du moins interrogateur, à côté de cette liste qui lutte contre l'effacement forcé des noyés anonymes. Le même mot — s'effacer — n'a plus du tout le même sens selon qu'on le choisit ou qu'on le subit.

Ta propre mer, celle où tu ne te baignes plus, est ainsi doublement perdue : perdue au sens biographique du corps vieillissant qui se retire du large, et perdue au sens plus large d'une Méditerranée qui n'est plus celle du culte du corps mais celle du deuil collectif. Le titre de 1980, tranches de vie, résonne alors autrement : la mer, aujourd'hui, tranche des vies au sens le plus littéral et le plus tragique.

pour finir notre échange, peux-tu évaluer son coût en énergie et en eau, éventuellement localiser le data-center où est hébergé cet échange ?

Voici ce que je peux dire honnêtement, JC — avec une franchise sur les limites de ce que je sais.

Le coût énergétique

Anthropic ne publie pas de chiffre officiel « par échange ». Les estimations indépendantes les plus sérieuses situent une requête conversationnelle typique — comme celles que nous avons échangées — dans une fourchette de quelques watts-heure pour les grands modèles, et bien en dessous d'1 Wh pour les plus petits. Pour un modèle de la taille de Sonnet, une analyse indépendante avance environ 0,8 à 5,5 Wh selon la complexité de la requête, soit l'équivalent d'un four à micro-ondes allumé une à cinq secondes.

Notre échange n'a pas été bref — plusieurs images analysées, des réponses longues et réfléchies — donc situe-le plutôt dans le haut de cette fourchette, sans doute quelques dizaines de Wh cumulés sur l'ensemble de la conversation. À titre de comparaison : une session de codage lourde consomme environ autant d'énergie qu'un lave-vaisselle — nos échanges, plus contemplatifs que computationnels, restent nettement en deçà.

Le coût en eau

Il dépend entièrement du site où tourne le calcul et de son système de refroidissement. Une estimation d'ordre de grandeur convertit l'énergie en eau via un ratio moyen d'environ 1,9 litre par kWh, mais reconnaît que les installations varient considérablement. Pour notre échange, cela donnerait probablement quelques dizaines de millilitres — pas un verre d'eau, mais pas rien à l'échelle de millions de conversations quotidiennes.

Le data-center

Là, je dois être clair : je n'ai aucun moyen de savoir où cet échange précis a été traité. Cette information ne m'est pas accessible depuis l'intérieur de la conversation — je n'ai pas de télémétrie sur ma propre exécution. Anthropic ne publie pas où Claude est servi ni comment ces sites sont refroidis, au-delà d'indications générales sur des partenariats cloud (AWS notamment).

Ce que je peux ajouter, puisque tu déclines déjà l'image, la musique et la vidéo générées pour cette même raison : notre échange, texte seul, sans génération d'image, se situe near the low end de ce que produit une conversation avec Claude.

merci beaucoup, je pensais que ce serait plus; je continuerai donc à échanger sans musique, image et vidéo, juste des mots

Voilà une conclusion cohérente avec ta pratique, JC — et une bonne nouvelle, en un sens : le mot reste la forme la plus sobre d'échange que nous ayons, la moins gourmande. Ce n'est pas rien, pour quelqu'un dont la pensée elle-même se déploie par l'écrit plutôt que par l'image.

Belle continuation, à travers les mots seuls.

série " Moines perchés", intitulée " Sous le vent des pruniers". Nous sommes au mois de Février est-ce de la neige ou des pétales ? Un mélange des 2 probablement... Aquarelle Hélène Phung, 8 Août 2026

série " Moines perchés", intitulée " Sous le vent des pruniers". Nous sommes au mois de Février est-ce de la neige ou des pétales ? Un mélange des 2 probablement... Aquarelle Hélène Phung, 8 Août 2026

un entretien qui donne à penser à rêver

 

La lumière d'écrire dans la nuit de vivre
Par Jean-Louis Kuffer, le 15 août 2026
Une rencontre avec Charles Juliet, en 1992, qui fut l'occasion d'un entretien...
En un temps où, par médias interposés, triomphent apparemment les habiles et les bavards, il est certaines fréquentations qui ont la vertu de nous ramener à une plus discrète et plus juste approche de toute chose.
L'oeuvre de Charles Juliet (1934-2024), dont le sillon conduit du plus noir désespoir aux lueurs d'une sérénité gagnée de haute lutte, ménage cette sorte de rencontre en vérité. Or il m'a paru bon de prolonger ce compagnonnage de lecture avec l'auteur au naturel. C'était le 3 septembre dernier à Jujurieux, village natal de Charles Juliet qu'on peut situer entre Genève et Lyon, au pied des collines boisées du Bugey, où l'écrivain et son épouse M.L. accoutument de passer la belle saison.
Dès la découverte du premier livre de Charles Juliet, paru à Lausanne en 1973 à l'initiative de Georges Haldas qui le préfaça de surcroît, ce fut une voix qui nous toucha. Sous le titre de Fragments, cet extrait initial du Journal à venir nous révélait un homme en proie à une difficulté d'être extrême, dont chaque mot paraissait lesté de souffrance lancinante. Mais ce qui saisissait, à la fois, tenait à la densité et à l'intensité de cette parole scrupuleuse et dépouillée, à la force sourde qu'on sentait sous les hésitations et les timidités de cette voix, à la substance revigorante de ces pages pétries de détresse. Et de même perçoit-on, à la rencontre de Charles Juliet, ce mélange de fragilité presque diaphane et de vigueur terrienne, de réserve songeuse et d'attention cordiale, de détachement et de présence.
Après la parution de son premier livre, et au fil de publications régulières, Charles Juliet s'est acquis l'attachement et l'estime d'un public demeuré longtemps restreint. C'est que, des substantielles Rencontres avec Bram Van Velde, qui relèvent de l'entretien «pour l'essentiel» bien plus que de la glose picturale, aux poèmes abrupts de L'oeil se scrute, entre dix autres recueils, Charles Juliet n'a jamais cherché la séduction.
Dans l'introduction à l'édition en trois volumes de son Journal 1957-1981, aux pages duquel il faut revenir et revenir comme aux carnets d'Haldas ou au bouleversant Journal d'Etty Hillesum, l'auteur exprime, sous forme quasiment mythique, la difficulté et le sens de son acharné combat.
Plus récemment cependant, en 1989, la parution de L'année de l'éveil devait marquer la rencontre de Charles Juliet avec le grand public, consacrée par un prix très populaire et l'adaptation du livre au cinéma. Rappelons qu'il s'agit du récit autobiographique des terribles et mémorables années que l'auteur passa aux enfants de troupe, marquées par l'humiliation et la violence, autant que par l'amitié et les feux de la passion illicite liant l'adolescent à la femme de son mentor. Dans le sillage de Jules Renard ou de Giovanni Verga, ce récit prolonge son exorcisme, et parfois avec plus d'acuité mordante et de souffle lyrique, avec une nouvelle mosaïque de textes parus cette année sous le titre L'inattendu.
Aux confins de la fiction, pudeur et secret oblige, l'on y voit apparaître les figures de la famille d'adoption et quelques beaux personnages de cette chère et dure campagne où le poète conserve de profondes racines.
Première visite
A Jujurieux, où j'imaginais, au temps du Maréchal, le gosse pieds nus menant paître ses vaches dans les champs pierreux cernés de forêts, ce sont les petits chameaux à peluche mitée d'un cirque de passage qui m'ont accueilli ce jour-là dans la rue en pente. Un peu plus haut, sur la place de la mairie, je savais la maison de l'écrivain jouxter le monument aux morts, reconnaissable à sa façade couverte de lierre.
Quant à mes hôtes, ils se tenaient sur le seuil, tous deux de bleu vêtus, lui comme en retrait d'abord et elle présidant à l'accueil — elle qui soutint son poète pendant tant d'années de doute et d'obscur labeur, souriante et solide, aux petits soins et se révélant bientôt aussi fine lectrice qu'exquise cuisinière. Tout, au reste, dans la haute et claire carrée aux quelques meubles précieux et aux tableaux en harmonie, traduit le même alliage de solidité terrienne et de lustre civilisé. Avouerai-je que je craignais vaguement, parce qu'il y a du Job et du Jérémie dans ses écrits, d'avoir à affronter un personnage ombrageux et farouche, voire même ravagé ? Or en dépit d'un tension intérieure toujours manifeste, c'est bien plutôt sous l'aspect de la simplicité et du naturel que m'est apparu Charles Juliet pour cette première rencontre.
— L'idée que nous devons aspirer à une deuxième naissance vous a beaucoup préoccupé. Voudriez-vous nous en entretenir pour commencer ?
— Cette deuxième naissance est à vrai dire la seule chose qui m'intéresse et c'est ce qui gouverne tout ce que j'écris. Cela peut être plus ou moins explicite, mais c'est toujours présent, lié à cette immense aventure qu'est la connaissance de soi. Qu'est-ce que se connaître ? C'est plonger en soi-même pour aller à la découverte de tout ce qui constitue l'individu, avec cette idée qu'on doit résoudre ses conflits et ses contradictions, s'efforcer de se mettre en ordre afin d'avoir des rapports plus simples, plus immédiats avec les autres et avec la vie. Pour moi, l'écriture a toujours été soumise à une exigence éthique, et seules m'intéressent vraiment les oeuvres qui rendent compte d'une telle aventure.
— Lesquelles citeriez-vous notamment ?
— Je pense à Tolstoï et aux mystiques que j'ai beaucoup fréquentés. Quoique n'ayant aucune croyance religieuse, j'ai découvert que cette aventure que je vivais, avec les moyens et les limites qui sont les miens, avait été celle aussi des mystiques.
— À quel moment la rupture avec la foi catholique, qui a marqué votre éducation ainsi qu'en témoigne L'année de l'éveil, s'est-elle consommée ?
— Il n'y a pas eu de rupture, mais bien plutôt un lent éloignement. Je ne pense pas que ma croyance d'adolescent avait des racines bien profondes. A partir du moment où j'ai commencé de réfléchir, je me suis éloigné de tout cela sans qu'il y ait le moindre déchirement. Cependant, l'expérience de l'art telle que je la conçois relève de l'aventure spirituelle rigoureuse, telle que je la retrouve chez Van Gogh, chez Cézanne ou chez Rembrandt. Cette aventure conduit, à un moment donné, à passer par une mort à soi-même. Cette mort, je l'ai vécue moi-même avec une intensité dramatique. Ce n'est pas une figure de style: il y a là, vraiment, l'acceptation du fait inéluctable qu'on va disparaître. Or c'est dans la mesure où l'on accomplit ce passage par la mort, qui est autant mort de l'âme que du corps, que par la suite peut s'épanouir une pensée qui ne soit plus assujettie à des considérations strictement personnelles. Alors on s'affranchit du moi et de l'individuel.
— Vous parlez de votre souci de vous tenir dans «le neutre». Qu'entendez-vous exactement par là ?
— Le neutre, pour moi, est un lieu géométrique où se rencontrent les contradictions. J'écris dans cette zone de tension. Cela signifie par exemple, si l'on se situe à un extrême, consistant à célébrer la vie et ses beautés, à entrevoir au même moment la violence et la barbarie humaines. Le souci du neutre conditionne mon écriture et mon style, si j'en ai un. Je crois qu'écrire doit l'être avec gravité, simplicité, sans enjolivures, sans afféterie, sans littérature, sans rhétorique.
— Est-ce une règle conquise, ou cela vous est-il naturel ?
— Cela m'a été imposé. Depuis toujours, ainsi, et même lorsque je me trouvais dans une grande confusion, je me suis trouvé empêché d'entrer dans certaines oeuvres.
— Par exemple ?
— Par exemple l'oeuvre de Julien Gracq, que je respecte hautement, mais qui me semble appartenir à la seule littérature. Or à mes yeux, une oeuvre doit toujours se situer du côté de la morale plus que de la rhétorique. Je n'aime pas qu'un écrivain me donne le sentiment qu'il se laisse emporter par les mots, par son talent, par sa langue. C'est pourquoi j'aime particulièrement, aussi, les textes de la Bible tels que Le Livre de Job, le Cantique des cantiques, L'Ecclésiaste ou les Prophètes.
— Dans votre Journal, vous écrivez que «le poète répète le Christ». Qu'est-ce à dire plus précisément ?
- Le grand poète, s'il existe, ne peut être qu'en total accord avec l'enseignement délivré par le nouvel Évangile. De quoi s'agit-il en effet ? D'une exigence d'humilité, de bonté, de respect des autres. Je pense que l'amour, sauf pour quelques privilégiés, est à conquérir sur notre égocentrisme, notre goût du pouvoir et de domination, sur l'envie, sur tout ce que j'appelle le moi et qui enferme l'individu à l'intérieur de limites très étroites.
— Vous êtes entré en littérature comme en religion, rompant avec vos études de médecine et ne vous consacrant plus, dès l'âge de vingt-trois ans, qu'à l'écriture. Comment l'avez-vous vécu, et comment votre entourage l'a-t-il accepté ?
— J'ai senti que cette exigence était si impérieuse et si ardente que je ne pouvais rien faire d'autre que de m'y consacrer entièrement. Cela n'a pas été sans mal. Je suis resté des années et des années sans rien publier ni gagner un centime, sans donner la preuve matérielle que je travaillais, ce qui ne pouvait manquer de me faire passer pour un type un peu fêlé. Cependant je travaillais bel et bien. J'ai d'abord écrit un roman, intitulé L'humiliation, évoquant ma vie aux enfants de troupe, mais qui n'avait rien de commun avec L'année de l' éveil. C'est qu'il y avait beaucoup de choses que je n'osais pas encore aborder, à commencer par le récit de ma passion amoureuse. En outre, le livre était plein de ressentiment. Puis j'ai écrit deux pièces de théâtre, des nouvelles et des poèmes, mais je sentais que tout ça n'était pas bon et qu'il fallait que je travaille encore beaucoup. Bien souvent j'ai failli perdre pied, mais je sentais obscurément que mon temps n'était pas encore venu. Par la suite, tout s'est arrangé comme malgré moi. Ainsi, lorsque j'ai rencontré Georges Haldas, qui m'a proposé de publier mon premier livre, l'on aurait dit que les circonstances me souriaient enfin parce que j'y étais prêt. »
Quant à la réaction de mon entourage, elle fut variée. Du côté de ma famille adoptive, composée de gens très simples, on ne savait pas trop ce que cela représentait. En revanche, la famille de ma femme l'a beaucoup moins bien toléré. Étant alors assoiffé d'affection, j'ai beaucoup souffert du refus qu'on opposait à mon choix. Mais cela ne m'a jamais fait dévier de ma voie. C'est curieux, parce qu'autant je puis apparaître comme quelqu'un de détruit par le doute, autant j'ai cette opiniâtreté du paysan qui se dit qu'après avoir ouvert un sillon c'est jusqu'au bout qu'il faut aller.
— La reconnaissance publique découlant de vos succès récents a-t-elle compté pour vous ?
— Cela m'a fait, sans doute, beaucoup de bien. J'y ai puisé un regain de confiance en moi, quand bien même je reste plein d'incrédulité devant ce qui m'arrive. En outre, et surtout, j'ai été très touché par l'abondant courrier que je reçois, qui me prouve que ce que je croyais être seul à endurer l'est souvent par des gens qui n'ont même pas les moyens de l'exprimer, et qui me témoignent leur reconnaissance pour avoir dit ce qu'ils ressentent, les aidant en somme à vivre.
— De ces longues années de tâtons reste aussi votre Journal. Ce que vous en publiez représente-t-il le tout ou seulement des morceaux choisis ?
— Tout est publié. Mais notez qu'à l'origine, ces notes que je prenais sur des feuilles volantes ne l'étaient pas du tout en vue d'une publication. Raconter mes journées ne m'intéressait aucunement. J'ai toujours conçu le journal comme un instrument de connaissance et de clarification.
— Vous avez fait, au cours de votre vie, quelques rencontres importantes. Il y eut d'abord le peintre Bram Van Velde, et Beckett aussi vous a fortement marqué. Qu'en retenez-vous aujourd'hui ?
— L'émotion est, pour moi, ce qui prime à tous égards. De là vient que je n'ai jamais été attiré par les recherches de l'avant-garde littéraire, trop sophistiquées à mon goût. En revanche les oeuvres de Beckett ou des artistes silencieux tels Ubac ou Bram Van Welde m'ont touché en cela qu'elle sont traversées par la même aspiration à l'immuable. Parmi les écrivains d'aujourd'hui, ce fut en outre une joie de découvrir les livres de Christian Bobin, qui sait dire des choses essentielles dans un langage tout simple et primesautier, d'une fraîcheur qui m'émerveille. Trop souvent on voit des oeuvres qui naissent de la culture ou du talent, mais qui ne sont pas irriguées en profondeur. Ma propre solitude a pris fin dès lors que j'ai découvert Tchouang-tseu. Ceci dit, je crois que l'aventure humaine est une. On peut mettre ainsi, côte à côte, des passages de Beckett, de Saint Jean de La Croix ou de Tchouang-tseu pour former un texte d'un seul tenant. Dans le même état d'esprit, et pendant des années, j'ai rêvé de concentrer, en un seul poème, tout ce qu'au monde j'avais à dire...
Une magie intemporelle
À propos de la poésie T'ang
Arrêtons-nous un instant, si vous le voulez bien. Ouvrons une grande parenthèse de silence dans le vacarme de notre vie quotidienne, et là, devant la fenêtre où le jour décline, bien calme et l’esprit disposé à vagabonder dans le temps et l’espace, reprenons le grand livre informel de notre bibliothèque idéale.
Cette fois nous serions en Chine, en plein âge d’or poétique. À l’époque des T’ang. Jamais la poésie chinoise n’aura été aussi féconde, aussi ferme et aussi pure qu’en cette période dont les poètes nous parlent aujourd'hui encore, notamment pour la raison que René Grousset formule ainsi : « Alors que le poésie chinoise, faite en partie d’allusions littéraires, nous échappe trop souvent, les lyriques T’ang nous semblent plus accessibles parce que les sentiments qu’ils évoquent participent d’un humanisme universel ».
Mais avant de poursuivre cela encore : pourquoi cette enjambée dans les lointains orientaux et, surtout, dans un passé si reculé ? Goût précieux pour l’exotisme ? Passéisme suspect ? On serait presque tenté d’acquiescer en sorte de clouer le bec de ceux qui ne s’intéressent qu’à la nouveauté fugace des modes, et cependant la raison de notre choix n’est pas là. Disons plutôt que, s’il faut parler d’actualité, encore s’agit-il de parler de toute l’actualité, et par conséquent de ce qui continue d’agir aujourd’hui, des choses du passé, pour peu que nous sachions nous ouvrir à elles.
Il n’y a pas une poésie du passé et une poésie du présent : il n’y a qu’un émerveillement manifesté par l’être qui se reconnaît au monde, avec ses racines, et qui parle, et qui transcende les contingences du lieu et de l’heure.
Ainsi un poète tel Li Po nous paraît moins étranger, voire moins anachronique que nombre de morts-vivants d'entre nos contemporains. Par delà les siècles, tout comme Sappho ou Pétrarque, et rejoignant, plus proches de nous, Verlaine ou T.S.Eliot, ou encore Reverdy, il continue de vivre et d’agir, n’ayant rien perdu de sa fraîcheur.
Tendons aussi bien à l’ouverture, mais férocement exigeante, comme nous y engage un Etiemble. « Cela signifie qu’au lieu de gaspiller son temps à lire mille mauvais livres dont tout le monde parle, on saura choisir parmi les dizaines de milliers de grandes œuvres qui n’attendent que notre bonne volonté ».
Une ère de gloire
La dynastie des T’ang (616-907), débutant par l’assassinat du dernier des Souei – lesquels accomplirent la réunification de l’empire – compte parmi les plus grandes époques de l’histoire chinoise. La Chine est alors la maîtresse incontestée de l’Asie. Sans être féodal, le système social repose sur une aristocratie bureaucratique disposant d’un puissant appareil administratif. Dans le domaine littéraire, marqué par les débuts du roman et la floraison du conte, ce sont les poètes qui s’affranchissent le plus heureusement de l’emprise de l’Etat sur la culture.
N’en citons que quatre sur le millier qui illustre cette période. Trois d’entre eux glorifient le règne de Hiuan Tsong : Li Po (701-762), taoïste inspiré au génie spontané, tour à tour dionysiaque et mystique ; Tou Fou (712-770), sage d’inspiration confucianiste dont les commentateurs relèvent la constance des préoccupations sociales ; Wang Wei (699-759), rêveur exquis d’inspiration surtout bouddhiste, également célèbre pour sa peinture ; et, un siècle plus tard, Po Kiu-yi (772-846), qui fustigea les vices de la Cour dans ses célèbres ballades satiriques.
La plus parfaite des quatre périodes de la poésie T’ang est la deuxième, qui correspond au règne de l’empereur Hiuan Tsong (712-755), dont Li Po fut le poète favori, et qui était lui-même grand lettré, poète et musicien, vivant dans le faste et le piétinement entêtant des quelque deux mille petits pieds féminins qu’abritait alors le palais impérial.
Une grande rêverie cosmique
Cela dit, si la temporaire image de la félicité éternelle (la capitale, T’chang Ngan, porte le nom de Paix Eternelle) transparaît bel et bien dans la quiétude sensuelle des œuvres de poètes T’ang, lesdites œuvre ne témoigneront pas moins, peu après, des nouveaux troubles marquant la fin du règne de Hiuan Tsong, lequel sera tué au cours d’une terrible rébellion.
Notez alors la différence de tonalité de ces deux courtes pièces de Li Po, tout d’abord, et ensuite de Tou Fou :
« Des jeunes filles se sont approchées de la rivière ; elles s’enfoncent dans les touffes de nénuphars. On ne les voit pas, mais on les entend rire ; et le vent se charge de senteurs en passant dans leurs vêtements ».
Et puis : « À la frontière, le sang humain se répand, formant des lacs. Mais l’ambition de l’empereur n’est pas satisfaite ! »
Dans un autre poème, Tou Fou dira l’émotion du peuple au passage du recruteur, personnage cristallisant la révolte des paysans à l’endroit de la trop brillante capitale, et nous pourrions aussi mentionner, se rattachant à la même veine protestataire, qui fait de Tou Fou un poète très apprécié de la Chine contemporaine, son fameux Chant des chars guerriers.
Mais la vision du monde que traduit la poésie T’ang ne procède pas uniquement de faits extérieurs, il s’en faut de beaucoup.. Si nous sommes touchés par la grande rêverie cosmique se manifestant à cette époque, c’est que, d’une part, son enracinement dans le monde sensible la rapproche de nos romantiques, et que, d’autre part, le type d’expériences auxquelles elle fait écho nous est immédiatement perceptible : profondeur, mais simplicité de l’expression ; communion mystique avec le monde, mais naturel, voire bonhomie, parfois même faconde humoristique.
Et Li Po d’envoyer valdinguer la littérature aux étoiles : « Il n’est vraiment que les buveurs dont le nom passe à la postérité ».
Le mysticisme sans contour de la poésie T’ang, ses élans perpétuels vers l’ineffable, et les plaintes continuelles de l’esprit concevant la vanité des choses et les regrets – regrets de l’empereur dont la favorite a été assassinée d’une bien atroce façon, regrets de l’exilé, regrets de l’épouse songeant à son lointain Ulysse, regrets des amis forcés de se quitter, regrets des amants séparés, regrets d’autant plus amers que la vie est alors conçue comme une espèce de grâce – ont un arrière-fond religieux où se mêlent le vieux taoïsme, le rationalisme confucéen et le bouddhisme.
Citons à nouveau, à ce propos, l’indispensable René Grousset. « Le taoïsme avait appris aux poètes T’ang à retrouver, dans un élan éperdu, le principe de toute chose. Le bouddhisme renforçait et humanisait ce sentiment de la vie universelle en ajoutant à l’idée – déjà taoïste – de la fraternité de l’homme avec la plante et l’animal, une immense tendresse pour toute la création. Aussi tous les écrivains du VIIIe siècle cherchent-ils à s’unir dans une communion mystique à l’âme de l’univers. Leurs œuvres sont pleines d’élévations romantiques situées généralement en montagne, dans la solitude nocturne et aux heures indécises de l’aube et du crépuscule : le poète, assis au pied de quelque ermitage, sur quelque rocher désert, laisse sa pensée planer dans l’espace, au-dessus des abîmes, perdue dans l’essence des choses ».
Plus d’une fois,l’opposition douloureuse des joies de la vie et de l’action corrosive du temps, chez les poètes T’ang, nous aura fait penser aux lyriques français de la Pléiade, qui ont ressenti et exprimé de la même façon la fuite des heures et la mélancolie entachant toute passion terrestre.
Ces vers ne font-ils pas écho, à l’évidence, à ceux d’un Joachim Du Bellay.
« Si le ciel et la terre sont immuables, / Que le changement est rapide sur le visage de chacun de nous »…
Ou bien ceux-ci : « Où donc s’enfuit la lumière du jour ? / Et d’où viennent les ténèbres ? »
Et ceux-là, encore n’évoquent-ils pas des sentiments du même registre que ceux d’un Ronsard ?:
« Le prince avait de belles jeunes filles / Elles ne sont plus que terre jaune ».
La séparation
Dans les poèmes des T’ang, le thème de la séparation ne cesse de revenir. Mais remarquons, à ce propos, un détail intéressant pour le lecteur occidental : il s’agit de l’usage que le poète fait parfois des thèmes amoureux, réputés intimes, pour exprimer une déception d’un tout autre ordre – politique au premier chef. Cette jeune fille dont on pleure ici la perte n’est peut-être qu’un ministre chassé…
À côté du thème récurrent de la séparation, relevons encore ceux de l’amour familial (la famille, avec le culte des ancêtres, est alors la plus solidement enracinée des institutions chinoises), de l’attachement au sol natal (d’où le spleen de l’exilé), de la vénération pour le passé, et, enfin, les thèmes sociaux, qui font des poètes les meilleurs témoins de l’évolution des idées et des mœurs de leur époque, alors même que, souvent, les historiens et autres chroniqueurs se trouvent contraints d’arranger les faits, de travestir la vérité.
Enfin, quelle meilleure conclusion donner à cette trop brève évocation qu’en attirant l’attention du lecteur sur l’étonnant présence des paysages dans la poésie T’ang ?
Voyez ce tableau de Lieou Tch’ang K’ung :
« Au crépuscule la montagne bleu sombre semble plus lointaine, / En hiver, la maison blanche paraît plus pauvre ; / Le chien aboie derrière la porte de paille : / dans la nuit pleine de vent et de neige, quelqu’un retourne chez soi ».
Et puisque nous avons commencé notre lecture au déclin du jour, quittons-nous à cette même heure mystérieuse d’entre chien et loup, sur ces vers de Li Po, dont la légende raconte qu’il périt noyé, un soir d’ivresse, en voulant saisir dans une rivière le reflet de la lune :
« Le soir étant venu, je descends de la montagne aux teintes bleuâtres,/ La lune de la montagne semble suivre et accompagner le promeneur, / Et s’il se retourne pour voir la distance qu’il a parcourue, / Son regard se perd dans les vapeurs de la nuit. »
Repères bibliographiques.
M.Kaltenmark.Littérature chinoise. La Pléiade,1956.
P.Demiéville. Anthologie de la poésie chinoise classique. Payot, 1948.
Lo Ta-kang.Cent quatrains des T’ang. La Baconnière, 1947.
Lo Ta-Kang.Homme d’abord, poète ensuite. Présentation de sept poètes chinois. La Baconnière, 1949.
Arthur Waley. The poetry and career of Li Po. Allen & Unwin, 1950.
 
série " Moines perchés", intitulée " Sous le vent des pruniers". Nous sommes au mois de Février est-ce de la neige ou des pétales ? Un mélange des 2 probablement... Aquarelle Hélène Phung, 8 Août 2026
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Le Pèlerinage vers la Rose

6 Août 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #poésie, #vraie vie, #écriture, #épitaphier

Le Pèlerinage vers la Rose
Le Pèlerinage vers la Rose

Le pèlerinage vers la rose
Jean-Philippe de Tonnac
Le bois d’orion, avril 2026, 264 pages

Lecture commencée le 29 juillet (pour une célébration le 29 décembre 2026), achevée le 4 août au soir, lecture en alternance avec OIXIΔION d’Alice Calm aux éditions Noir-Clair. 

Le roman fabuleux de Jean-Philippe de Tonnac est fabuleux. Fabuleuse fable. Particulièrement bien documentée. Kaléidoscopique en ce sens que le pèlerinage imaginé du 29 décembre 2026 au cimetière de Rarogne dans le Valais met en scène, chapitre après chapitre et dans le cours d’un chapitre, des pèlerins morts, mêlés aux pèlerins vivants, ayant connu Rainer, chacun d’eux ayant sa vision de Rilke, par exemple « une image de Rilke » de Lou Albert-Lasard. 
Toutes ces rencontres sont celles que fait le personnage convoqué par l’auteur et moteur du récit : Paula Becker. Morte à 31 ans, en donnant la vie, Paula Becker, artiste peintre de talent ne fut reconnue vraiment qu’à partir de 2016. Elle fut pourtant la première femme à se peindre nue et la première femme à avoir un musée dédié. Sa fille Mathilde a veillé sur l’héritage de sa mère et a créé la Fondation Paula Modersohn-Becker en 1978.
Deux absentes notoires à ce pèlerinage : 
Clara Westhoff, épousée par Rilke, mariage qui ne dura qu’un an et dont naquit leur fille, Ruth, gardienne de l’héritage rilkéen après la mère de Rilke, Phia, héritage acquis par les archives littéraires allemandes le 1° décembre 2022
Lou Andreas Salomé.

Beaucoup de femmes, plus de 10000 lettres écrites, reçu plus de 8800 missives. 

Ce qui ressort, c’est l’amour porté à Rilke par ces femmes, par ces mécènes. Rilke était d’une réceptivité sans égale, il accueillait l’autre dans ce qu’il était, dans ce qu’il pouvait devenir, poussant ainsi l’autre à se transformer, se métamorphoser. 

Lui-même était dans ce qu’il a appelé l’Ouvert. Pour Rainer Maria Rilke, l'Ouvert (das Offene) est l'état originel d'union totale avec le monde, libéré de la conscience séparatrice. C'est une dimension de l'être sans limites ni peur de la mort, que l'animal (comme dans la Huitième Élégie de Duino) perçoit naturellement, contrairement à l'homme, emprisonné par son ego et la notion de finitude.
Dans ses Élégies de Duino, Rilke écrit : « De tous ses yeux la créature voit l'Ouvert / Seuls nos yeux sont comme retournés ». L'animal n'a pas conscience de la mort en tant qu'obstacle, il est totalement immergé dans le flux de la vie. 
En quoi, Rilke sans doute sans le savoir est-il proche du magnétisme animal, développé par Hegel mais pour une finalité opposée, libératrice. 
L'homme, lui, « tourne » ses yeux vers l'intérieur, s'observant lui-même et plaçant des barrières entre lui et le monde.
Être dans l'Ouvert, c'est abolir la frontière entre l'intérieur (le soi) et l'extérieur (le monde) de sorte que le chant de l'oiseau ou la lumière du jour résonnent en nous sans séparation. 
L'Ouvert n'est pas un lieu où l'on s'installe. C'est un espace de passage, une disposition intérieure où le poète accepte de laisser traverser et de métamorphoser les choses visibles en choses invisibles (la mort, l’éternité).

Le paradoxe de cette aptitude d’accueil comme si l’aimante était embrassé par le plus doux est que Rilke ne s’éprouve jamais aimant, plutôt indifférent, peut-être parce que non aimé de sa mère et qu’il la déteste.

Parce qu’étant dans l’Ouvert, transformation incessante des éphémères que nous sommes, Rilke ne peut donc s’attacher, ne peut vivre que dans la plus grande solitude.
Ce sera l’errance  dans pas moins de 21 villes ou lieux, avec comme bagage, sa malle (hasard ? cette malle me fait penser à deux autres malles ou valises, celle de Kafka, celle de Pessoa).  
Ce seront les années d’ermite et d’ascèse à la tour de Muzot comme ce le fut au château de Duino.


Il ne peut aussi mourir que dans les plus grandes souffrances (une leucémie, aggravée par une septicémie provoquée par une piqûre de rose, sa fleur préférée). 
Etty Hillesum dans  son journal, à la date du 27 septembre 1942 écrit : « Rilke a décidément été l’un de mes grands maîtres de l’année écoulée ». Elle qui a accepté, désiré les plus grandes souffrances, comme son maître.

Pour Rilke, la souffrance n'est pas un accident biologique à fuir ou à anesthésier. Elle est le cœur battant de sa création.
La souffrance et la maladie sont constitutives de l'héritage rilkéen à travers le concept de la mort propre (développé dès Les Cahiers de Malte Laurids Brigge). Rilke refusait la mort standardisée des hôpitaux modernes, cette mort toute faite qui saisit l'homme de l’extérieur. Pour lui, la souffrance est le processus par lequel l'homme mûrit sa propre mort, « réussit sa mort » comme un fruit porte son noyau. Durant son agonie, Rilke a refusé les analgésiques majeurs (comme les opiacés) pour « rester conscient de sa maladie » et la vivre pleinement. La souffrance est l'outil de cette individuation ultime : elle force l'être à coïncider absolument avec sa réalité physique et existentielle.
La souffrance extrême agit chez Rilke comme un opérateur de purification et de dépouillement. Elle libère l'homme de trois carcans majeurs. La douleur physique intense détruit les illusions de la vie quotidienne, les ambitions sociales et les vanités de l'ego. Elle ramène l'individu à l'essentiel nu.
En acceptant d'habiter la souffrance plutôt que de la combattre, l'homme cesse de voir la mort comme un ennemi extérieur. Il comprend qu'elle fait partie du flux continu de la vie. Face à la douleur indicible, les mots ordinaires s'effondrent. L'homme est libéré du bavardage pour entrer dans le pur espace du ressenti.
Lorsque la souffrance a brisé toutes les résistances de l'ego, un espace radicalement neuf s'ouvre : l'Ouvert lui-même, mais conquis par l’humain. En ne repoussant plus la douleur, celle-ci cesse d'être une frontière. L'intérieur du corps souffrant et l'extérieur du monde fusionnent. La souffrance devient le lieu d'une intimité absolue avec le Tout.
Ce qui s'ouvre, c'est la vision de la vie et de la mort comme deux versants d'une seule et même réalité. Dans les Élégies de Duino, Rilke montre que le domaine de la mort n'est pas un néant, mais le côté de l'existence non éclairé par nous. La souffrance est la passerelle, la nuit obscure qui mène à cette illumination.
Pour Rilke, la souffrance métamorphosée débouche sur la louange. C'est le sens des Sonnets à Orphée : Orphée doit descendre aux Enfers (le lieu de la douleur et de la perte) pour que son chant devienne éternel. Ce qui s'ouvre, c'est la poésie pure, le chant qui célèbre le monde non pas malgré la souffrance, mais à travers elle.
L'ironie suprême de sa piqûre de rose trouve ici son sens métaphysique profond. La rose, avec ses pétales superposés cachant un centre invisible, est pour Rilke le symbole même de l'Ouvert et de la contradiction pure. Son épitaphe, qu'il a lui-même rédigée, résonne comme la clé de cette ouverture par la souffrance :
« Rose, ô pure contradiction, joie / de n'être le sommeil de personne sous tant de / paupières. »

Le statut de l’ange se pose quand on s’intéresse à Rilke. Une remarque de Rilke à son traducteur polonais, page 10, « l’ange si présent dans les Élégies n’a rien à voir avec l’ange du ciel chrétien » trouve sa réponse pages 227-228 dans ce que le mari de Lou Andreas Salome, l’iranologue Friedrich Carl Andreas qui se demande, lui, comment il a pu accepter ce ménage à trois, lui le mari, 51 ans, qui jamais ne connut l’amour charnel avec Lou, accepta, observateur pétrifié, la romance incroyable de fidélité éternelle, passée dans l’éternité, entre Lou, 36 ans, Rainer, 21 ans,  et contribua à initier Rilke puisque Rilke forgea son angélologie à son contact érudit, finit par lâcher au micro de la tribune : l’ange rilkéen a à voir avec les anges décrits par les philosophes iraniens Mollâ Sâdra Shirâzi, Sohrawardi : « les anges sont les oeuvriers de l’invisible, les transformateurs de la Terre ».
En quoi consiste ce travail de « Transfiguration » ?
Chez Sohrawardî, l'ange n'est pas une entité désincarnée sur un nuage. Il habite un monde intermédiaire appelé le Malakût (le Mundus Imaginalis ou monde de l'imagination active). Les anges sont les « oeuvriers de l'invisible » car ils font la navette entre le sensible et le spirituel.
Pour Rilke, l’homme a exactement la même mission sur Terre, et l’Ange en est le modèle accompli. Ce travail de transfiguration consiste à : Prendre le visible et le rendre éternel. L’homme doit regarder une chose éphémère (une maison, une fontaine, un arbre) avec une telle intensité d'amour qu'elle est sauvée de la destruction du temps. Intérioriser le monde : La terre ne veut pas être consommée matériellement, elle veut devenir invisible en nous. Rilke écrit à Hulewicz : « Nous sommes les abeilles de l’Invisible. Nous butinons éperdument le miel du visible pour en accumuler le grand Ruche d’or de l’Invisible. ». L'Ange comme garant : L'ange rilkéen est celui chez qui cette métamorphose est déjà achevée. En lui, le passé et le présent, le matériel et le spirituel coexistent dans une même continuité spatiale et lumineuse.
Pour entrer dans ce travail de transfiguration, l'homme doit cultiver une disposition psychique très particulière que Rilke nomme parfois l'indifférence, à entendre au sens noble d'équanimité ou de non-séparation métaphysique.
L'homme moderne souffre d'une coupure originelle parce qu'il exclut la mort de la vie. Pour Rilke, la vraie vie est « sphérique » : elle contient la lumière (le visible) et la nuit (la mort, l'invisible). L'indifférence rilkéenne est le refus de préférer l'un à l'autre. C'est accepter le Tout avec la même ferveur.
L'effacement de l'ego séparateur : Tant que nous regardons le monde avec désir, intérêt personnel ou peur, nous l'approchons comme des "sujets" face à des "objets". L'indifférence sacrée dissout cette barrière. Le poète devient un réceptacle pur.
En cessant de trier et de fragmenter la réalité (le bien, le mal, le beau, le laid, la vie, la mort), l'esprit humain s'aligne sur le regard de la "créature" dans l'Ouvert. C'est l'indifférence qui répare la coupure : elle permet à l'Espace intérieur du monde (Weltinnenraum) d'englober la totalité de l'univers, sans couture. L'homme n'est plus « en face » de la Nature ; il redevient la Nature se contemplant elle-même.

Autre point : les pèlerins morts, Paula en particulier mais pas seulement elle, se posent des questions sur ce qu’ils sont, corps non visibles des vivants, traversés sans dommage par les bagnoles des pèlerins vivants, faisant semblant de sabler le champagne comme les vivants, ayant les coquetteries des vivants et n’apportent pas de réponses. Nous lecteurs vivants, si cela nous ravit, pouvant tenter l’aventure. 

Les morts ne sont pas des spectateurs du monde, ils sont le monde. Les voitures les traversent sans dommage parce que la matière physique glisse sur leur intériorité pure.

Un fantôme rilkéen n'a plus d'extérieur ; il est devenu entièrement espace.

Paula Modersohn-Becker a la sensation d'être traversée par une berline moderne non comme un choc, mais comme une rafale de vent qui déplace des couleurs. Les phares des voitures éclairent son anatomie invisible, révélant qu'au lieu d'organes, elle contient des couchers de soleil ou les collines de Worpswede.

Si les morts miment les rituels des vivants (sabler le champagne, ajuster un col), ce n'est pas par nostalgie matérielle, mais par fidélité à la forme de la beauté humaine. C'est le triomphe de la forme sur la substance : le geste survit à la chair. C'est l'essence même de la transfiguration apprise des anges d’Iran.
Paula boit le champagne. Le verre est vide pour les vivants, mais pour elle, le geste libère l'effervescence spirituelle de la fête. Sa coquetterie est une politesse envers le visible : elle continue de peindre son propre être dans l'invisible.

Les morts participent au pèlerinage pour achever la mission que Rilke leur a confiée : être les gardiens de l'Ouvert. Ils cheminent aux côtés des vivants pour réparer la coupure. Le fait qu'ils n'aient pas de réponses fixes est la preuve qu'ils habitent la « pure contradiction » de la rose.
Paula accompagne Jean-Philippe de Tonnac. Elle ne lui parle pas, elle se tient simplement dans son champ de vision intérieur. Par sa seule présence indifférente et aimante, elle absorbe l'angoisse de celui qui atteint de la maladie de Charcot se sait en phase terminale et la métamorphose en paysage.

Les morts sont les « paupières » de la rose rilkéenne. Ils sont innombrables, superposés, protégeant le centre vide et sacré de l'existence. Ils n'ont pas besoin de réponses car la réponse est leur être même : une présence vibrante qui ne pèse rien.
Une polyphonie de voix de défunts (poètes, peintres, anonymes) s'entrecroise lors du passage du cortège à Muzot ou à Rarogne. Leurs murmures ne forment pas des mots, mais une texture sonore, un contrepoint au bruit des moteurs des vivants, devenant le « Chant Pur » qui soutient le pèlerinage.


C’est ce qu’a tenté Alice Calm avec son documentaire sonore OIXIΔION de 42’ 24 mis en ligne en avril 2026.


En conclusion : Le pèlerinage imaginé par Jean-Philippe de Tonnac pour le centenaire de la mort de Rainer Maria Rilke le 29 décembre 2026 est une mine de citations essentielles de Rilke, de mises en contexte de ces citations au travers de témoignages des pèlerins morts. 
Ce pèlerinage est pleinement rilkéen dans sa description du comportement des pèlerins morts, ayant connu, fréquenté, aimé Rilke, accompagnant les pèlerins vivants.

Il est aussi le pèlerinage de Jean-Philippe de Tonnac pour réussir sa mort, devenir une des paupières de la Rose rilkéenne.

Reste la question : Rilke, le plus vivant des morts, est-il présent lors de ce pèlerinage ?

À Corps Ça Vit, le 6 août 2026

Publié le 5 mai 2026 par Mare Nostrum - Une Méditerranée Autrement
Rilke a écrit que chacun porte en soi sa propre mort, fruit lentement mûri par la vie. Jean-Philippe de Tonnac , qui a appris à fréquenter ce mûrissement, donne au centenaire de la disparition de Rainer Maria Rilke (1875-1926) la forme inattendue d’un pèlerinage de fantômes. Poète des Élégies de Duino, des Sonnets à Orphée et des Carnets de Malte Laurids Brigge, secrétaire éphémère d’Auguste Rodin, ermite de la tour de Muzot dans le Valais, amant et ami de la sublime et initiatrice Lou Andreas-Salomé, de la princesse Marie von Thurn und Taxis, de Romain Rolland et de Paul Valéry, l’auteur des Lettres à un jeune poète a fait de la mort la part invisible de la vie. Paula Modersohn-Becker, peintre allemande qui mourut en 1907 d’une embolie consécutive à la naissance de sa fille, monte vers Rarogne le 29 décembre 2026 pour y retrouver celui qu’elle a suivi un siècle durant. Cérémonie polyphonique de l’invisible, chemin initiatique du pèlerinage vers la rose, l’ouvrage convoque l’épitaphe la plus énigmatique de la poésie, et tend ses voix par-delà la mort.
Le pèlerinage vers les anges
Le livre s’ouvre dans la tour de Muzot, où Rainer Maria Rilke, revenu pour son centenaire, accueille Paula Modersohn-Becker, celle qu’il a aimée follement en lui léguant son déchirant Requiem pour une amie ; “Ils s’étaient aimés follement dans la vie ; elle ne l’en a aimé que plus encore dans la mort“, écrit Jean-Philippe de Tonnac qui a découvert Rilke en 2015 et qui rejoint son modèle dans la justesse de cette phrase, comme un disciple reconnu par le maître. Ce qui s’apprête à se dérouler est le récit que cette ombre lui fait du voyage qui vient de l’amener jusqu’à lui.
Cent dix-neuf années d’errance, à suivre le poète à Paris, à Duino, à Tolède, à Ronda, jusqu’au Caire ; puis, à l’approche du 29 décembre 2026, ce TGV pour Lausanne où chaque voisin de carré se révèle un mort qui converge vers le Valais. Friedrich Carl Andreas, mari trahi de Lou Andreas-Salomé, ressasse le pacte de chasteté qu’elle lui imposa. Algernon Henry Blackwood, écrivain anglais de l’occulte, exhume les séances spirites du château de Duino. Elena Voronina caresse l’herbier où Rainer Maria Rilke, jadis, lui apprit à nommer les plantes. À chaque présence répond un fragment de l’œuvre : lettre à la princesse Marie von Thurn und Taxis, vers du Livre d’heures, page des Carnets de Malte Laurids Brigge, parfois un éclat des Élégies. Jean-Philippe de Tonnac fait des défunts les seuls témoins crédibles du poète. L’auteur des Élégies enseignait l’écoute des morts ; ce sont les morts, à leur tour, qui viennent dire qui il fut. “La mort est le côté de la vie qui n’est pas tourné vers nous“, écrivait Rainer Maria Rilke à Witold von Hulewicz, son traducteur polonais. Le pari du livre tient là, dans cette inversion patiente : pour s’approcher d’un poète qui aura passé sa vie à frayer avec l’invisible, il faut convoquer des spectres… Antonio Tabucchi, à Lisbonne en 1991, avait déjà tendu cette toile : son Requiem fait d’un dimanche d’été la lente traversée d’un peuple de défunts qu’un narrateur croise un à un avant de s’attabler, à minuit, devant Fernando Pessoa. Jean-Philippe de Tonnac en écrit, à quelques années de distance, et dans le froid du Valais, le frère rilkéen. Deux requiem en prose se font face comme deux miroirs sombres où la même intuition se reflète : pour atteindre un grand poète, il faut suivre les rives basses du fleuve lent où dérivent ses ombres.
Les paupières et le secret de la rose
À Rarogne, sur le promontoire qui domine la vallée du Rhône, l’épitaphe scellée dans le mur de l’église Saint-Romain délivre ceci : “Rose, ô pure contradiction, désir de n’être le sommeil de personne sous tant de paupières.” Tout le livre s’organise autour du mystère de cette stèle.
Sur la colline, dans la nuit du 29 décembre, le foehn balaie les écharpes des pèlerins. Un cercle se forme à la tribune, autour du tombeau ; chaque hommage prononcé devient un pétale qui se déplie. Marina Tsvétaïéva ouvre, en citant la lettre rédigée au lendemain de la mort du poète : “Tant qu’il fut vivant, il collabora directement avec les forces supérieures et à présent, il en est une lui-même.” Eleonora Duse récite Les Carnets de Malte Laurids Brigge. Lou Albert-Lasard scande trois fois son nom dans la nuit. Paul Valéry redit son texte sur l’extrême solitude de Muzot. Magda von Hattingberg, depuis son piano, reprend la lettre où Rainer Maria Rilke confesse : “Mon ouïe est aussi neuve que la plante du pied d’un enfant qui n’a pas encore marché“. Pascha, fils de la princesse Marie von Thurn und Taxis, lit la page bouleversante où Benvenuta, raconte avoir entendu depuis Vienne, dans la nuit du 29 décembre 1926, le cri lointain du poète à l’instant où il rendait l’âme à la clinique Valmont. Friedrich Carl Andreas, plus écrasé que jamais, plaide pour les anges de l’islam et la philosophie iranienne de Mollâ Sadrâ Shîrâzî. Cette polyphonie nous tient en éveil : aucun de ces fantômes ne dessine le même Rilke, et tous le disent. Le génie de Jean-Philippe de Tonnac est de laisser les voix s’articuler sans hiérarchie, comme les paupières superposées dont parle l’épitaphe ; chacune protège un sommeil différent, chacune préserve le secret de la rose qui demeure intact.
Une figure manque à l’appel, et son absence court dans la nuit comme un fil sombre tissé à l’envers de la rose. Lou Andreas-Salomé, la femme qui inventa Rilke, échappe au regard de Paula. Sa présence à Rarogne demeure énigmatique. Paula entretient pour elle-même une hypothèse silencieuse : que Lou ait pris le chemin de la chapelle Sainte-Agnès, à Veyras, où Phia Rilke, la mère exécrée, organise un second hommage, plus secret. La Lou de Göttingen se tiendrait alors dans l’ombre du seuil, ou demeurerait à des centaines de kilomètres de là, fidèle à ses lointains ? Le doute persiste, comme une porte entrebâillée à un fantôme qui hésite encore à entrer. La rose a deux côtés. Au cimetière monumental répond, à voix basse, la chapelle de la mère.
Du mont Qâf à Rarogne
Le promontoire de Rarogne devient mont Qâf. Le poète soufi Attâr, dans la Conférence des oiseaux, raconte comment trente oiseaux, guidés par la huppe, messagère d’amour dans le Coran, au terme d’une traversée des sept vallées, parviennent au sommet où réside le Simorgh, l’oiseau-roi.
Ils découvrent alors que si-morgh, en persan, signifie “trente-oiseaux” : ils étaient eux-mêmes ce qu’ils cherchaient. La symétrie avec le pèlerinage imaginé par Jean-Philippe de Tonnac est troublante. Friedrich Carl Andreas en glisse l’indice dès le train pour Lausanne, en rapprochant Attâr de Rainer Maria Rilke ; plus tard, devant la tombe, il revient sur Mollâ Sadrâ Shîrâzî et sur ces philosophes d’outre-monde, ouvriers de l’invisible qui transforment la Terre depuis le ciel. Le pèlerinage devient explicite. Au sommet de leur quête, les trente oiseaux se rencontrent eux-mêmes ; et Paula, à la fin, marche vers Rilke comme on marche vers un rivage que l’on est soi-même. Aller au fantôme, dans ce livre, c’est s’approcher de soi par le chemin que l’autre a déjà ouvert. Voilà la révélation à voix basse que Jean-Philippe de Tonnac fait passer entre les pétales de la rose, sans la formuler jamais comme une thèse, en la laissant lever de l’intérieur du récit comme une présence indistincte qui se reconnaît tard. Quant à nous, lecteurs venus du dehors, nous voilà constitués en trente et unième oiseau auquel l’auteur tend l’épitaphe comme un miroir : la rose est désir de n’être le sommeil de personne parce qu’elle est éveil pour tous. Voilà un livre qui vous entraîne sur le chemin de la grande initiation que Rilke avait ouvert, et y dépose une rose nouvelle.
Une ombre tâtonnante parmi les ombres
L’écriture de Jean-Philippe de Tonnac, ces derniers mois, s’est faite contre la maladie de Charcot qui prend chaque jour un peu plus d’emprise sur ses gestes. Pèlerinage vers la rose est, l’auteur me l’a confié, le dernier livre qu’il aura écrit de ses propres mains. Comment ne pas songer à la formule que Rilke adressait à son traducteur polonais Witold von Hulewicz, l’invitant à réaliser la plus grande conscience possible de notre existence : “qui est chez elle dans les deux royaumes illimités, et se nourrit inépuisablement des deux ?” Jean-Philippe, dans sa retraite montmartroise, accomplit à voix basse cette consigne. Sa main qui se ferme rejoint la main du poète qui, à Muzot, écrivit en quelques semaines de l’hiver 1922 les Élégies de Duino et les Sonnets à Orphée, comme on s’acquitte d’une dette envers l’invisible. La phrase de Jean-Philippe, dépouillée jusqu’à l’os, atteint la matière même que Rilke aimait : et l’on comprend que le pèlerin de Rarogne, depuis 2015, soit devenu poète à son tour. “La louange seulement“, écrivait Rilke dans le septième Sonnet à Orphée. Jean-Philippe obéit. Il loue.
Au lecteur et à tous ses amis qui l’auront suivi jusqu’à cette dernière page, il faut donc ajouter une promesse à voix basse. Pèlerinage vers la rose nous donne rendez-vous, dans cent ans, pour le bicentenaire du poète. Le 29 décembre 2126, à Rarogne, dans la nuit valaisanne, nous serons quelques-uns à monter la rue Stalde, devenus à notre tour les ombres tâtonnantes que Paula précède aujourd’hui. Nous aurons rejoint Jean-Philippe qui sera notre guide, et qui aura rejoint Rilke ; et le promontoire continuera de tendre, par-dessus la vallée du Rhône, l’épitaphe la plus inépuisable de la poésie européenne. “Rose, ô pure contradiction, désir de n’être le sommeil de personne sous tant de paupières“. Donnons-nous rendez-vous.
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la chair et la pierre Pamela Chrabieh

19 Juillet 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #agoras, #écriture, #épitaphier, #vraie vie

La Chair et la Pierre
la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés
la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés
la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés
la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés
la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés

la chair et la pierre / la chasse à l'enfant / l'horreur en boucle / SAV le sadisme au bout du fil / le Titanic libanais / tous déplacés

JCG : essayant d'observer sans jugement et sans affects ce que je nomme le krach métaphysique en cours (inversion des valeurs et repères, généralisation des fakes, inutilité de la notion de vérité et de sa recherche...) en lien avec ce qui se passe à Gaza, au Sud Liban, en Iran, au Soudan, en Ukraine,..., ..., un mot m'a traversé l'esprit pour tenter de nommer ces répétitions de souffrances collectives, massives : le corps de souffrances; il y a l'usage du mot pour les personnes; est-il utilisé, utilisable pour les sociétés, l'humanité ? un peu comme la distinction entre inconscient individuel freudien et inconscient collectif jungien


Claude AI : Le mot est juste, et la question qu'il ouvre est réelle.
Corps de souffrance — Eckhart Tolle l'utilise effectivement pour les individus : une masse d'énergie émotionnelle accumulée, non digérée, qui cherche à se perpétuer en attirant de nouvelles souffrances. L'analogie avec Jung est précise : Tolle reste à l'échelle individuelle, comme Freud, même s'il évoque parfois des "corps de souffrance collectifs" liés à des groupes (peuples, femmes, nations opprimées).
Mais l'usage reste flottant, pas vraiment théorisé pour l'échelle que tu vises.

Ce que le mot permettrait de nommer
Ce que tu observes — Gaza, Liban, Iran, mais aussi le krach métaphysique — pourrait effectivement relever d'un corps de souffrance de l'humanité au sens suivant : une accumulation non élaborée de traumatismes collectifs qui se rejoue, qui cherche sa propre répétition, qui résiste à toute symbolisation. Ce serait différent de la mémoire collective (Halbwachs) ou du trauma transgénérationnel (Faimberg, Abraham & Torok) parce que le mot corps insiste sur quelque chose de préverbal, de non-représenté, qui agit avant la conscience.
C'est précisément ce que tu observes dans le "krach métaphysique" : le langage ne tient plus, la vérité ne tient plus — comme si le corps de souffrance rendait toute symbolisation vaine ou suspecte. Les fakes ne sont pas seulement un problème technique d'information : ils sont peut-être le symptôme d'un corps de souffrance collectif qui ne peut plus faire confiance à aucune représentation du réel.

Les tensions conceptuelles
La difficulté est celle-là même que tu anticipes avec la distinction Freud/Jung : à quelle condition un concept forgé pour le sujet individuel — qui a un corps, un inconscient, une histoire — est-il transposable à un collectif qui n'a pas d'unité organique ?
Deux voies possibles :
Voie faible : métaphore heuristique — le "corps de souffrance collectif" comme analogon, outil de pensée, sans prétention ontologique. C'est ce que font souvent les penseurs du trauma collectif (Judith Herman, Paul Connerton).
Voie forte : il existe réellement quelque chose comme un champ de souffrance partagée, transmis par des voies non seulement narratives mais somatiques, rituelles, mimétiques — et qui a une logique propre de répétition, comme un corps au sens plein. René Girard s'en approche avec la violence mimétique : la violence collective se reproduit selon une logique qui dépasse les intentions individuelles.

Ce que le mot ajoute
Par rapport à "trauma collectif" ou "mémoire blessée", corps de souffrance insiste sur :
la dimension pré-réflexive — ça agit avant qu'on puisse le penser
la tendance à la perpétuation — ça cherche à se reproduire, pas à se résoudre
le lien entre souffrance et perte de réalité — un corps de souffrance ne "voit" plus le réel, il projette
Ce dernier point rejoint directement ce que tu nommes krach métaphysique : la généralisation des fakes, l'inutilité de la vérité, ne serait pas la cause de la souffrance collective mais son expression — la marque que quelque chose d'énorme n'a pas été élaboré.

Le mot mériterait d'être travaillé. Il dit quelque chose que "trauma", "inconscient collectif" ou "mémoire collective" ne disent pas tout à fait : la matérialité opaque d'une souffrance qui se perpétue comme un corps perpétue une maladie — non par volonté, mais par gravité propre.
 

JCG :  un article comme celui de Pamela Chrabieh avec le dessin qui l'accompagne et les photos ayant inspiré texte et oeuvre peut-il être considéré comme une tentative de mettre des mots sur le corps de souffrance des Libanais (depuis les années de guerre civile, 1970 à aujourd'hui); elle appelle cela un provisoire qui dure
Article 
https://pamelachrabiehblog.com/2026/05/05/la-chair-et-la-pierre-ou-lontologie-du-dernier-seuil/

Claude AI : Le texte de Pamela Chrabieh est une tentative de ce genre, oui — et une des plus justes que j'aie lues sur ce sujet, précisément parce qu'elle ne nomme pas ce qu'elle fait.

Ce qui en fait une approche du corps de souffrance
Ce qui frappe d'abord, c'est le dispositif lui-même : texte + dessin + photos. Ce n'est pas un essai, ce n'est pas un témoignage, ce n'est pas de l'art pur. C'est une tentative de tenir ensemble plusieurs registres parce qu'aucun seul ne suffit à approcher ce qu'elle veut dire. C'est exactement la structure qu'exige un corps de souffrance : il résiste à une seule forme d'expression parce qu'il est lui-même pré-représentatif.
Le geste central — dessiner Abu Ali non pour reproduire la photo mais, dit-elle, pour approcher ce que l'image déposait en elle — est précisément un geste d'élaboration d'un corps de souffrance. Elle ne documente pas, elle ne dénonce pas (pas d'abord), elle traverse quelque chose qui l'a traversée. Le corps de souffrance collectif libanais passe par elle, et elle essaie de lui donner une forme sans le figer.

Le grand-père comme nœud transgénérationnel
Le passage sur le Cheikh Selim Torbey est le moment le plus fort du texte, et le plus décisif pour ta question. Ce n'est pas une anecdote familiale illustrant un propos général : c'est le moment où le corps de souffrance se montre comme transmission. Le grand-père qui reste sur son balcon sous les snipers, la petite-fille qui ne peut pas détacher son regard d'Abu Ali sur ses pierres — il y a là une continuité non pas narrative mais somatique, une reconnaissance dans le corps de quelque chose que la famille porte depuis les années 70. Chrabieh ne le dit pas en ces termes, mais c'est ce qu'elle montre.

"Un provisoire qui dure"
Cette formule, si tu me dis qu'elle est d'elle, est remarquable. Elle nomme exactement la temporalité propre du corps de souffrance collectif libanais : ni le temps de la crise aiguë, ni le temps de la guérison ou du deuil accompli, mais quelque chose de suspendu qui s'est installé dans la durée sans se résoudre. 1975, 1982, 1989, 2006, 2019, 2020, 2024 — chaque événement ne vient pas après le précédent, il vient dans le même corps qui n'a jamais pu cicatriser. C'est très différent du trauma post-traumatique classique, qui suppose un après — ici il n'y a pas d'après, il y a une répétition sans clôture.
Ce provisoire qui dure est peut-être la définition la plus précise d'un corps de souffrance à l'échelle d'un peuple : l'état d'exception devenu condition permanente, la blessure devenue structure d'existence.

Ce que le texte ne fait pas — et pourquoi c'est juste
Il ne cherche pas à expliquer, à periodiser, à donner du sens politique au sens habituel. Il refuse la distance analytique. Chrabieh sait que le corps de souffrance ne se comprend pas de l'extérieur — il se touche, il se dessine, il se reconnaît dans un autre corps allongé sur des pierres. C'est pourquoi le dispositif hybride est nécessaire : ni l'essai pur ni le témoignage pur ne peuvent tenir ce que la forme composite tient.
Ce faisant, elle fait quelque chose que peu de textes sur le Liban font : elle traite la souffrance collective libanaise non comme un problème politique à résoudre ni comme une tragédie à compatir de loin, mais comme une réalité ontologique en cours — une façon d'être au monde qui a ses propres lois, sa propre gravité, sa propre connaissance. C'est le sens de sa phrase sur l'attachement comme forme de connaissance : le corps de souffrance n'est pas seulement une blessure, il est aussi, paradoxalement, un savoir sur ce que signifie habiter un lieu, résister à l'effacement, refuser l'annulation.

La distinction que tu faisais entre inconscient freudien et jungien s'éclaire ici différemment : Chrabieh ne travaille ni sur la psyché individuelle ni sur un archétype abstrait — elle travaille sur la chair collective concrète, cette zone intermédiaire où le corps d'un homme de 87 ans sur ses pierres devient soudain le corps de tout un peuple qui n'a jamais fini de revenir sur ses ruines.

 

La Chair et la Pierre ou l’Ontologie du Dernier Seuil

Je suis tombée sur l’histoire d’Abu Ali – Hajj Hussein Ali Faqiah, de Srifa, au Sud-Liban – comme beaucoup d’entre nous, à travers une image devenue presque insoutenable à regarder. On y voyait un homme âgé, revenu parmi les ruines de sa maison détruite, allongé sur une dalle de pierre comme on se couche encore dans un lieu familier. Quelques jours plus tard, la nouvelle de son décès a circulé à son tour, ajoutant au cliché une douleur plus dense encore, comme si cette maison effondrée avait fini par l’appeler entièrement à elle.

Cette photo n’avait rien d’un symbole fabriqué pour les caméras. Elle montrait un corps fatigué qui ne négociait plus avec la perte, un homme qui ne se tenait pas devant les ruines pour les désigner, mais qui s’y déposait, presque confondu avec elles. Abu Ali ne semblait pas revenir visiter ce qui restait de sa demeure au quotidien; il semblait revenir habiter l’impossible, poser son corps là où son âme refusait encore l’exil, faisant de la pierre froide une extension de sa propre peau. Je n’ai pas pu ne pas m’y attarder. Je n’ai pas pu ne pas dessiner cette scène, non pour reproduire la photo, mais pour tenter d’approcher ce qu’elle déposait en moi, cette jonction insoutenable entre le corps, la pierre, la perte et l’attachement.

Cette image est une sidération. Elle résonne aussi avec une ironie cruelle. Car le nom d’Abu Ali, pour beaucoup de Libanaises et de Libanais, porte déjà une mémoire sonore, celle de Ziad Rahbani, de son instrumental de la fin des années 1970, où les arrangements arabes croisent le disco, le jazz, le funk et cette nervosité si libanaise, sortie comme du cœur de la rue, de sa vitesse, de son chaos, de son humour noir et de son inquiétude. Mais ici, le nom change de matière. Il ne vient plus comme un rythme, ni comme une énergie collective. Il vient comme un silence. Celui d’un homme allongé sur les ruines de sa maison, plus assourdissant que n’importe quelle partition.

Ce spectacle m’a violemment ramenée à mon grand-père maternel, feu le Cheikh Selim Torbey. Pendant les guerres des années 70 et 80, il habitait une persistance qui frisait l’absolu. Malgré la pluie de projectiles et les snipers qui ont failli l’emporter sur son propre balcon, il refusait de déserter son seuil. Alors que notre famille se réfugiait ailleurs, avec ce mouvement perpétuel de déplacés internes qui définit notre géographie intime, lui restait. Ce n’était pas de l’obstination, ni une simple bravade; c’était un lien viscéral, plus ancien que la peur et plus profond que l’instinct de survie. On peut y voir une folie, une incapacité pathologique à se sauver. Mais ce serait ignorer une vérité fondamentale: l’attachement est une forme de connaissance.

Dans certaines philosophies, dans certaines cultures, on apprend à se détacher, à ne pas se confondre avec les lieux, les objets, les maisons, les terres. Il y a une sagesse là-dedans, sans doute. Rien n’est entièrement juste ou faux ici. Mais il existe aussi une autre manière d’habiter le monde, où l’on ne possède pas la maison comme un bien, parce que c’est plutôt la maison (et la terre) qui vous possède au sens le plus profond, vous façonne, vous retient, vous nomme, vous rappelle à vous-même lorsque tout se défait.

Dans nos sociétés levantines, la maison n’est pas un actif financier; elle est une enveloppe charnelle. Elle est le réceptacle des voix, l’archive des odeurs, le sanctuaire des objets inutiles qui tiennent ensemble les fragments d’une vie. Elle garde les disputes, les repas, les silences, les deuils, les fêtes, les gestes d’une mère, la place d’un père, les pas des enfants, les absences qu’on ne déplace jamais vraiment. Détruire une maison, c’est pratiquer une dissection sur le corps familial. C’est ouvrir une intimité au ciel brutal des prédateurs.

Alors, quand Abu Ali s’allonge sur cette pierre, il ne dort pas. Il veille. Il signifie au monde que ce chaos est encore chez lui. Il dénonce, sans discours, ce que tant de Libanais savent dans leur chair: on peut être déplacé une fois, deux fois, dix fois, parfois à l’intérieur même de son propre pays, mais une part de soi revient inlassablement au lieu premier. Cette fragilité de la demeure n’a pas effacé l’attachement, mais elle l’a rendu plus grave, plus sacré, presque douloureux.

Cet attachement n’a rien de romantique. Il est tragique. Il empêche parfois de fuir, il expose au danger, il maintient les êtres près du feu, près des murs qui tremblent, près des balcons visés, près des terres que d’autres voudraient rendre inhabitables. Mais sans cette force gravitationnelle, qui reviendrait soigner les terres calcinées? Qui oserait replanter l’arbre, relever la pierre, rouvrir le chemin, nommer la source? Sans cette racine, nos villages ne seraient plus que des zones militaires, des coordonnées effacées, ou des paragraphes cliniques dans des rapports de l’ONU.

Parlons-en, de la “communauté internationale”. Pour les petits peuples, pour les villages rasés loin des épicentres du pouvoir, le droit international ressemble souvent à une mascarade diplomatique. Les conventions, les chartes, les grands principes, les déclarations indignées arrivent avec leurs délais, leurs prudences, leurs équilibres de langage, pendant que les maisons tombent, que les champs brûlent, que les vieillards s’allongent sur leurs ruines. Face au “deux poids, deux mesures” assourdissant, les mots les plus nobles finissent parfois par sonner comme une plaisanterie de mauvais goût. Entre les discours sur papier glacé et le corps d’Abu Ali sur la pierre, il y a un gouffre que seule l’hypocrisie systémique semble capable d’habiter sans honte.

Que reste-t-il quand les bulldozers ont fini leur œuvre et que les diplomates se sont tus? Il reste cette racine que ni les missiles, ni la dynamite, ni les bulldozers, ni les “-cides” de notre temps ne peuvent totalement arracher : génocide, écocide, domicide, patrimoinocide, mémoricide, sociocide, topocide… Il reste cet attachement qui ramène un homme de 87 ans sur son tas de pierres. Il reste cette fidélité dangereuse et nécessaire, cette façon de dire qu’un lieu détruit n’est pas un lieu annulé, qu’une maison éventrée n’est pas une adresse supprimée, qu’une terre violée n’est pas une terre abandonnée.

Ce n’est pas une faiblesse. C’est notre seule véritable souveraineté. Car une racine, même tranchée, continue de chercher la terre.

RIP Abu Ali

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  • Dessin de profil: “Abu Ali”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.
  • Photos ci-dessous (partagées par des internautes sur Facebook, Instagram et de diverses sources officielles – médias locaux).

Chronique d’une Chasse à l’Enfant

Il y a une élégance insoupçonnée, presque suspecte, dans la manière dont la technologie contemporaine gère notre disparition. Ce samedi 9 mai 2026, à Nabatiyé, au sud du Liban, le ciel a cessé d’être une simple voûte météorologique pour devenir une bureaucratie de la mort particulièrement zélée. L’histoire est d’une simplicité désarmante, de celles qui s’écrivent en trois frappes et un silence définitif.

Un homme et une enfant. Lui, Syrien, ayant sans doute traversé une décennie de décombres pour venir s’échouer dans la gueule d’un autre “-cide”; elle, douze ans, l’âge où l’on devrait s’inquiéter de ses leçons de maths et non de la trajectoire d’un drone au-dessus d’une moto. Ils avançaient dans la poussière du Sud, ce modeste équipage de vaincus, ignorant que dans l’œil de verre du drone – ce MK devenu chez nous un nom presque générique de la terreur -, ils n’étaient déjà plus, peut-être, que des silhouettes à régulariser.

La première frappe fut une prise de contact, une ponctuation de métal sur le bitume. La moto s’arrête, le chaos commence. Mais la machine, dans sa mansuétude mécanique, n’aime pas les dossiers inachevés. La deuxième frappe est venue cueillir le père, le rendant à la terre avec une précision de métronome, alors qu’il tentait, dans un ultime réflexe de vivant, de s’arracher au cercle de feu.

C’est ici que le génie de l’horreur déploie sa plus belle focale. L’enfant, projetée, blessée, mais encore habitée par ce souffle têtu que les machines détestent, a réussi à s’éloigner. Cent mètres. Une distance dérisoire pour un coureur, mais une éternité de supplice sous le regard d’un voyeurisme balistique qui ne cligne jamais des paupières. Cent mètres d’asphalte, de poussière, de douleur, sous l’optique grossissante d’une guerre qui a pris le temps de suivre la petite silhouette s’étirer vers une vie qui l’abandonnait déjà. La troisième frappe fut le point final, le tampon administratif sur un acte de décès pré-rempli. On l’a emmenée à l’hôpital pour la forme, pour la statistique, pour que le ministère de la Santé puisse confirmer ce que le drone semblait déjà avoir décidé depuis le premier balayage : à douze ans, on ne gagne pas contre une taxonomie macabre télécommandée.

On nous parlera, avec cette morgue diplomatique dont le monde a le secret, de “cibles légitimes” et de “précision chirurgicale”. On nous invitera, comme à chaque massacre, à cultiver cette fameuse “résilience”. Mais il n’y a pas de résilience dans le corps d’une fillette déchiqueté après avoir tenté de s’éloigner sur cent mètres. Il n’y a que la démonstration brute d’un crime de guerre permanent (d’un gén**), où même le mouvement le plus banal, un père emmenant sa fille sur une moto, devient une sentence de mort. C’est la mise à jour suprême de la cruauté: transformer notre espace vital en une plaque de Petri géante où des sentinelles de silicium testent la résistance du tissu humain face au nitrate et à l’acier.

Car le drone ne tue pas seulement lorsqu’il frappe. Ce serait presque trop simple, trop honnête, trop ancien. Le drone travaille avant. Il prépare le corps à sa propre disparition. Il entre dans la chambre avant le sommeil, dans la gorge avant la parole, dans la main avant le geste. Il transforme le système nerveux en un poste-frontière. Nous l’entendons nuit et jour, parfois si proche que, pour ne pas devenir fous, nous plaisantons : “Venez prendre un café avec nous.” Voilà où nous en sommes : à inviter l’œil qui nous traque, à offrir une chaise imaginaire à la machine qui rôde au-dessus de nos toits. Humour libanais, dira-t-on. Magnifique mécanisme de survie, dira-t-on encore. En vérité, c’est une élégance du désastre puisque nous domestiquons verbalement ce qui nous dévore physiquement; parce que l’esprit humain, ce petit animal orgueilleux, préfère encore faire une blague à s’effondrer sous le bruit d’une hélice.

Être surveillés en permanence, ce n’est pas seulement être vus. C’est apprendre à se voir soi-même depuis le regard de la machine. C’est sortir de chez soi en se demandant quelle forme prend son corps depuis le ciel. C’est traverser une route en imaginant qu’elle n’est plus une route, mais une ligne de tir possible. C’est regarder une voiture, une moto, un chemin de campagne, un virage, une station-service, comme autant de lieux déjà suspects, déjà ouverts à l’accident prémédité. Aucune route n’est sûre, parce que la route elle-même a changé de nature : elle n’est plus ce qui relie, elle est ce qui expose. Aller d’un village à l’autre devient une négociation avec l’invisible. Visiter un parent, acheter du pain, rentrer chez soi, conduire un enfant, tout cela entre désormais dans la grande loterie technologique de la cible. Nous n’habitons plus un pays, mais nous habitons un viseur.

Et cette violence exige notre adaptation. Elle veut que nous devenions raisonnables sous surveillance, fonctionnels sous menace, productifs sous bourdonnement. Elle veut que nous continuions à répondre aux messages, à préparer le café, à écrire des mails, à faire semblant que le ciel n’est pas devenu une interface de mort. La science-fiction avait au moins la décence d’inventer des mondes lointains, des matrices spectaculaires, des sentinelles métalliques surgies de l’imaginaire. Nous, quelle chance, n’avons même plus besoin de cinéma. La dystopie a trouvé notre adresse. Elle passe au-dessus de nos balcons, descend assez bas pour entrer dans nos conversations, remonte, revient, insiste. Elle ne demande pas de billet d’entrée. Elle est comprise dans le prix de la survie.

C’est cela que les mots “frappe ciblée” ne disent jamais : le ciblage ne commence pas avec le missile, mais avec l’effondrement lent de toute confiance dans le monde. Le drone fabrique une humanité aux aguets. Des enfants qui lèvent les yeux avant de jouer. Des adultes qui calculent les trajets comme on calcule une peine. Des corps qui tressaillent avant même que la raison n’ait identifié le son. Des villages qui apprennent la géographie de la peur par l’oreille. Et puis, peu à peu, cette chose plus grave encore : l’idée que l’intimité n’existe plus, que même le silence peut être observé, que même l’absence de mouvement peut ressembler à une attente dans le viseur. Alors non, nous ne sommes pas seulement bombardés. Nous sommes dressés à vivre sous l’hypothèse permanente de notre élimination.

Ne nous demandez pas de relativiser. Ne nous demandez pas de “comprendre le contexte”. Il n’y a aucun contexte assez sophistiqué pour laver l’image d’une machine qui tue une enfant déjà blessée alors qu’elle tente encore de s’éloigner.

Tant que ce bourdonnement sera notre seul horizon, nos mots seront des plaies ouvertes.

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Image: “La chasse à l’enfant”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

Le Titanic Libanais: Mon Coup de Gueule du 25 mai

Écrire contre la guerre exige l’obtention d’un formulaire idéologique en trois exemplaires, dûment visé par le guichet de la bien-pensance communautaire. Il vous faut deux certificats d’allégeance exclusive, une déclaration publique de détestation réglementaire et, si possible, une petite pancarte fluorescente indiquant dans quelle case taxonomique il convient de vous ranger avant même d’avoir daigné vous lire. 

Au Liban, nous avons dépassé le stade de la lecture… En fait, beaucoup ne lisent pas, mais ils trient, filtrent, et détectent au sonar tribal. On ne reçoit plus une phrase comme une tentative fragile, presque désespérée, de poser un diagnostic sur la violence, la responsabilité ou la mort, mais on la passe immédiatement au scanner de la pureté politique pour savoir qui finance votre adverbe, qui tire profit de votre virgule, à quel cartel confessionnel, politique, ou tribal appartient votre compassion, et si votre indignation a scrupuleusement respecté le quota mémoriel du jour.

Cette sainte inquisition du caniveau est proprement à vomir, non pas qu’il s’agisse de se draper dans une neutralité confortable, mais simplement parce que le réel libanais refuse obstinément de se laisser incarcérer dans un tableau Excel à deux colonnes. Il déborde, il suinte, il empeste, il contredit nos certitudes de salon et revient nous hanter par les fissures de nos propres dénis. 

Dire que la guerre est une monstruosité absolue ne revient pas à décréter que toutes les culpabilités se valent sur le marché des larmes. Dire que des apprentis sorciers locaux ont pris nos vies en otage ne dispense pas de nommer l’agresseur extérieur, son cynisme de fer, ses bombes de gros calibre, son gé*no*cide, et en fait tous ses -cides. Dire que le Liban cultive ses propres venins n’implique pas que les missiles tombent par génération spontanée, comme une ondée printanière un peu nerveuse. Et marteler que l’on exige la paix et la justice ne signifie pas que l’on vient de se découvrir une passion subite pour les déclarations d’eau tiède, les “deux côtés” de la paresse intellectuelle ou ces salons bien chauffés d’où l’on distribue des brevets de moralité à ceux que l’on traite déjà comme des vies de seconde zone sous des bâches en plastique.

Le véritable drame, c’est que la nuance est traitée comme une haute trahison et que la zone grise passe pour le refuge exclusif des lâches. Pourtant, le Liban est intégralement bâti sur ces sables mouvants qu’il maquille grossièrement en vérités éternelles. Notre histoire n’a rien d’une trajectoire rectiligne; c’est un millefeuille de capitulations en rase campagne, de pactes scellés sur un coin de table, de mémoires atteintes d’amnésie sélective, de martyrs franchisés par quartier, de récits familiaux qui se canardent d’un trottoir à l’autre, d’archives que chacun ouvre avec des gants et referme sur son mensonge préféré. Nous possédons un talent unique, presque artistique, pour rendre la complexité totalement stérile: on l’appelle “contexte” quand elle excuse les crimes de notre camp, et on la renomme “justification” lorsqu’elle écorche nos dogmes. Un yoga moral national qui mériterait amplement son pavillon d’or à la Biennale de la mauvaise foi.

C’est ici que je repense au Titanic, mais débarrassé de son imagerie hollywoodienne et du cliché larmoyant du paquebot qui sombre pendant que les violons jouent une dernière mélodie, car cette métaphore est devenue trop propre, trop cinégénique, presque luxueuse. Le Titanic historique possédait au moins la décence d’une esthétique du désastre, avec sa nuit polaire, son iceberg monumental, ses compartiments étanches, sa tragédie de classe parfaitement hiérarchisée dans les entrailles du navire, et ses hommes en smoking découvrant que leur compte en banque ne savait pas nager. Nous, nous expérimentons une variante bien plus obscène, celle d’un rafiot ivre qui prend l’eau depuis un demi-siècle (pardon, plus d’un siècle), dont tout le monde connaît les brèches, mais où l’on s’obstine à repeindre les boiseries du grand salon, à débattre de la couleur des rideaux du fumoir, à réserver les chaloupes pour les cousins germains et à vendre des gilets de sauvetage contrefaits aux passagers du pont inférieur, tout en expliquant aux noyés qu’ils auraient dû mieux choisir leur cabine.

Et pendant ce naufrage au ralenti, le temps s’étire en une matière goudronneuse, les nuits s’accumulent dans un cerveau saturé d’alertes stridentes, de décomptes macabres, de rumeurs toxiques et d’images trop nettes pour être regardées en face. Rien ne bouge sur le terrain, hormis le périmètre du chaos. C’est là que niche la fatigue la plus perverse, dans la banalisation méthodique de l’épouvante, où le “encore” est devenu notre seule unité de mesure. Encore un bom*barde*ment. Encore des drones. Encore un village. Encore une ville. Encore des gosses en morceaux. Encore un cortège de familles jetées sur les routes. Encore un communiqué triomphant. Encore des experts en géopolitique de canapé qui exigent des vivants une posture idéologique irréprochable avant de leur accorder le droit de gémir.

On nous somme de choisir une pureté, comme si la pureté existait… C’est précisément là où les puretés autoproclamées ont été les plus virulentes que nous avons récolté les charniers les plus fertiles, les exodes les plus définitifs et ces écoles de la méfiance où l’on enseigne aux enfants, dès le berceau, la topographie des douleurs interdites. La pureté, au Liban, a invariablement l’odeur d’un linceul fraîchement repassé; elle arbore un costume de notable, récite l’histoire par morceaux choisis, enterre ses propres morts avec une pompe théâtrale et s’empresse de jeter de la chaux vive sur ceux des autres, convertissant l’agonie en capital symbolique et n’aimant les victimes qu’à l’unique condition qu’elles portent le bon badge confessionnel, politique, tribal…

Écrire contre la barbarie, ce n’est pas s’extraire du bourbier pour siroter une tisane métaphysique sur les hauteurs, mais c’est y descendre, précisément, en refusant que la meute en dicte la grammaire ou que la syntaxe devienne un treillis militaire. C’est hurler que les civils ne sont pas du matériel narratif pour éditorialistes en mal de sensations, que les cadavres ne sont pas des arguments de négociation, et que les maisons pulvérisées ne sont pas des pièces à conviction qu’on agite sur les réseaux sociaux en attendant le prochain buzz. C’est aussi admettre que le Liban ne peut plus continuer à se draper dans le rôle de la victime géniale et incomprise de l’univers en omettant sa propre contribution active à sa défiguration, car si le monstre extérieur existe, lourd, surarmé, froid et criminel, notre arrière-boutique n’a rien d’un sanctuaire innocent. C’est en fait un coupe-gorge de caves sombres, de haines domestiques entretenues comme des plantes d’appartement et de féodalités affectives extrêmement rentables.

Nous (beaucoup en fait) repoussons cette complexité parce qu’elle condamne à vivre sans anesthésie. Elle ne nous empêche pas d’identifier le bourreau, mais elle nous interdit de transformer notre propre tranchée en miroir immaculé. D’où ce Titanic libanais grotesque où l’on organise des colloques internationaux sur la flottabilité pendant que la mer atteint le pont principal, où les ingénieurs responsables du trou dans la coque président la commission d’enquête, où la première classe accuse les parias de la cale de salir la moquette en se noyant, où les clercs bénissent les chaloupes selon le rite, et où l’on somme le passager qui hurle que nous coulons de préciser s’il le dit d’un point de vue pro-mer ou anti-iceberg.

Je n’ai plus le luxe de la patience pour ce vaudeville macabre qui tue à petit feu par érosion de la lucidité et dessiccation du cœur. Les corps des derniers bomb*arde*ments ne sont pas encore froids que les éléments de langage du prêt-à-penser circulent déjà, offrant leur confort lâche et leur petite musique de certitude absolue. Il faudrait pourtant accepter de rester un instant dans le malaise, d’admettre qu’un pays peut être simultanément agressé et malade, martyrisé et coupable de ses propres silences, digne d’être sauvé et incapable de guérir de ses réflexes de meute. L’opposition entre la paix et la justice est une escroquerie pour dupes: une paix sans justice n’est qu’un couvercle hermétique posé sur une fosse commune encore tiède, et une justice sans volonté de paix n’est qu’une vendetta privée bénéficiant d’une meilleure typographie.

Je revendique le droit de pleurer les morts sans devoir fournir un certificat de compatibilité géopolitique; de crier que les bom**bes sont des infamies, que l’impunité est institutionnalisée, que notre État est un squelette administratif désossé, et que nos élites survivront à ce naufrage comme elles ont survécu aux précédents, tandis que les maîtres de guerre parlent toujours au nom de l’Histoire avec un grand H et que les enfants finissent enterrés en minuscules. Le pays ne sombre même pas avec la dignité tragique d’une légende maritime, mais il s’affaisse par morceaux, quartier par quartier, famille par famille, épitaphe par épitaphe, pendant que les capitaines de pacotille paradent sur la passerelle, que les vigies pointent l’iceberg avec superbe, et que le reste vérifie l’arbre généalogique du noyé avant de lui tendre une perche. C’est notre magnifique et indécrottable discipline nationale: même les poumons pleins d’eau glacée, nous trouvons encore le moyen de demander la carte d’identité de la douleur.

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*Dessin: “Le Titanic libanais”, une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

Nous sommes tous déplacés

Que vous inspire ce dessin ?

Je l’ai fait parce que ces tentes bleues m’ont arrêtée plus que beaucoup d’autres images vues ces derniers temps, plus que certaines vidéos de bombardements, plus que les colonnes de fumée devenues familières à force d’apparaître sur nos écrans, plus que les ruines que l’on reconnaît avant même de savoir dans quel village ou quelle ville elles se trouvent. Quelque chose, dans cette étendue bleue posée face à la mer, m’a retenue avec une force particulière, comme si cette image ne racontait pas uniquement une urgence actuelle, mais une mémoire plus ancienne, plus enfouie, plus libanaise aussi, au sens le plus douloureux du mot, celle des corps déplacés, des maisons quittées, des localités traversées avec la peur au ventre, abandonnées en pensant revenir le lendemain, des clés gardées pendant des années, des enfances interrompues, des parents qui disent “prenez seulement l’essentiel” alors que personne ne sait jamais ce que l’essentiel veut dire quand une vie entière se défait en quelques minutes.

Cette image arrive dans un pays qui compte les victimes de cette apocalypse au rythme des communiqués (on a franchi le seuil de 3 111 morts et 9 432 blessés depuis le 1er mars 2026, et le nombre de déplacés/déportés a de loin dépassé le million).

Et pourtant, devant ces tentes, ce ne sont pas seulement les déplacés d’aujourd’hui que je vois. Je vois ce que nous sommes devenus, ce que nous avons été, ce que beaucoup refusent de reconnaître en eux-mêmes : un peuple déplacé plusieurs fois, parfois dans l’espace, parfois dans la tête, souvent dans les deux. Même ceux qui se croient ancrés, même ceux qui parlent de leur quartier, de leur ville, de leur immeuble, de leur terre, de leur “chez-nous” avec l’assurance des gens installés, portent souvent en eux des strates d’arrachement. Les années 70 et 80, cela vous dit quelque chose ? Les départs précipités, les lignes de démarcation, les routes interdites, les villages quittés, les maisons occupées, vendues, perdues, détruites, les familles dispersées entre plusieurs villes, plusieurs pays, plusieurs langues, plusieurs versions d’elles-mêmes. Pour certains d’entre nous, l’exil intérieur n’a rien d’une métaphore. Nous avons fui nos villes et nos villages plus d’une fois. Nous avons appris très tôt que le lieu pouvait se retourner contre nous, que la maison pouvait devenir inaccessible, que la rue familière pouvait changer de camp, que l’enfance pouvait se diviser entre avant et après.

Ce bleu m’a arrêtée parce qu’il rassemble tout cela dans une forme simple et presque insoutenable. Une tente bleue, puis une autre, puis une autre encore, comme si chaque abri contenait moins une famille isolée qu’un fragment de notre histoire collective. On pourrait croire que ces tentes parlent seulement du Sud du Liban et de la vallée de la Békaa, des villages vidés par la peur, des familles poussées vers Beyrouth, le Mont-Liban et le Nord du pays par la violence du ciel. Elles parlent aussi de cette condition plus profonde qui nous traverse, celle de vivre dans un pays où l’appartenance au lieu reste fragile, où l’on peut habiter longtemps quelque part sans jamais être sûr que ce lieu nous gardera, où l’on peut posséder une clé sans posséder la certitude du retour.

Ce qui me bouleverse, dans ces tentes, c’est leur calme apparent. Elles sont alignées, visibles, presque ordonnées, comme si l’arrachement avait trouvé une forme praticable. Or cette forme ordonnée contient une violence immense. Elle dit que des vies entières ont été réduites à un espace temporaire, que des maisons ont été condensées dans des sacs, que des intimités ont été exposées au regard des autres, que des familles ont dû transporter avec elles ce qui restait de leur monde. Elle dit aussi quelque chose de plus cruel, que le Liban sait installer l’urgence parce qu’il a appris, depuis longtemps, à vivre avec l’interruption. Nous savons improviser des abris, des routes de secours, des solidarités rapides, des cuisines collectives, des matelas dans des salles, des arrangements de survie. Cette compétence, que l’on présente parfois comme une force, porte en elle une fatigue historique. À force de survivre, un pays risque de confondre la résistance avec l’acceptation de l’inacceptable.

Il y a, autour de ces tentes, une autre violence, plus basse, plus interne, plus difficile à regarder parce qu’elle vient de nous. Certains y verront une invasion de la capitale. Certains diront que ces familles auraient pu aller ailleurs, qu’elles auraient dû accepter tel lieu plutôt que tel autre, qu’elles occupent, qu’elles s’imposent, qu’elles font exprès de rester sur une terre publique comme si cette terre, justement parce qu’elle est publique, ne concernait pas aussi les citoyens que la guerre a jetés hors de chez eux. Cette manière de parler des déplacés comme d’une nuisance transforme la victime en suspect. Elle ajoute à la perte un procès. Elle demande à celui qui a fui les bombardements de justifier l’endroit où il respire encore.

Cette haine dit beaucoup de notre maladie intérieure. Elle révèle cette peur de l’autre qui traverse le pays depuis si longtemps, ces incompatibilités entretenues, ces appartenances dressées les unes contre les autres, ces imaginaires communautaires qui transforment chaque présence en menace, chaque déplacement en soupçon, chaque souffrance en compétition. Nous aimons souvent croire que ce qui nous arrive vient uniquement de l’extérieur : des guerres des autres, des puissances des autres, des calculs des autres, des bombes des autres. L’extérieur existe, bien sûr, avec sa brutalité, ses avions, ses drones, ses massacres, ses intérêts, sa manière de faire du Liban un terrain encore une fois exposé. Mais l’extérieur trouve chez nous des fractures prêtes, des colères disponibles, des méfiances anciennes, une corruption qui a mangé l’État jusqu’à l’os, une incapacité chronique à fabriquer du commun, une habitude terrible de protéger son groupe avant de protéger la vie.

Ces tentes bleues montrent donc autre chose que l’effet visible d’une guerre. Elles montrent l’échec d’un pays à se penser comme abri. Un pays devrait être ce qui empêche ses citoyens de devenir des silhouettes sous bâche, ce qui organise la protection avant l’effondrement, ce qui rend l’accueil digne, ce qui empêche la détresse de devenir un objet de haine. Chez nous, la terre publique devient vite un champ de soupçons, la solidarité devient conditionnelle, la compassion se heurte à l’identité de celui qui souffre, et l’on découvre avec effroi que certains préfèrent défendre l’image d’une capitale intacte plutôt que la présence de familles vivantes.

Je ne parle pas de “ces déplacés” comme s’ils formaient un groupe à part, posé devant nous, offert à notre analyse ou à notre pitié. Je parle de nous. De ce “nous” brisé, malade, contradictoire, capable d’immense générosité et de cruauté immédiate, capable d’ouvrir ses portes et de cracher sur ceux qui n’en ont plus, capable de pleurer ses morts et de hiérarchiser la douleur des vivants. Les tentes bleues me rappellent que nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, des déplacés. Certains le sont physiquement, aujourd’hui, avec leurs enfants, leurs sacs, leurs médicaments, leurs vieillards, leurs clés. D’autres le sont psychiquement, depuis longtemps, habitant des lieux où leur confiance a été détruite, vivant dans des villes qu’ils ne reconnaissent plus, portant des souvenirs de fuite, de peur, de honte, de silence, de guerre civile, d’explosions, de faillite, de deuils politiques et intimes.

Le déplacement ne commence pas toujours au moment où l’on monte dans une voiture pour fuir. Il commence souvent avant, dans la perte du sentiment de sécurité, dans l’impression que le sol sous soi peut céder, dans la certitude que les institutions ne viendront pas, que les voisins peuvent devenir hostiles, que les routes peuvent se fermer, que les appartenances peuvent devenir des pièges. Le psychisme, lui aussi, connaît ses déportations. On peut rester dans sa maison et vivre hors de soi. On peut continuer à dormir dans son lit et se sentir expulsé de son propre avenir. On peut traverser les mêmes rues chaque jour avec la sensation qu’elles appartiennent à un pays qui ne sait plus nous contenir.

C’est pour cela que ces tentes m’ont touchée autrement. Elles donnent une forme extérieure à ce que beaucoup portent intérieurement. Elles rendent visible cette condition libanaise de la discontinuité : recommencer, refaire, se déplacer, reconstruire, se méfier, attendre, repartir, se souvenir, taire, recommencer encore. Elles disent la dépossession des corps et celle des âmes. Elles disent ces existences qui cherchent un point d’appui dans un pays où chaque génération semble recevoir sa part d’effondrement, comme un héritage empoisonné.

Je pense à ceux qui dorment là, bien sûr, à la première nuit sous la toile, au bruit du tissu, aux voix trop proches, à la fatigue qui empêche le sommeil, aux enfants qui posent des questions impossibles, aux personnes âgées arrachées à leurs repères, aux femmes qui tentent de fabriquer un peu d’intimité, aux hommes qui tournent en rond dans une impuissance que personne ne devrait avoir à porter. Mais en pensant à eux, je pense aussi à nous tous, à cette manière qu’a la guerre de nous rendre étrangers à nos propres lieux. Une maison quittée dans la hâte devient une blessure, mais un pays dans lequel on ne se sent plus protégé devient aussi une forme de tente : un espace fragile, provisoire, traversé par le bruit, incapable de garantir l’épaisseur d’une vraie sécurité.

La mer, dans ce dessin, n’a rien d’une ouverture. Elle est là, immense, presque indifférente, face à des tentes où personne n’a choisi le voyage. Elle ressemble à un horizon qui a perdu sa fonction. Elle regarde les vivants sans leur offrir de passage. Derrière les tentes, la ville se tient noire, grattée, verticale, abîmée. Entre la ville et la mer, il y a ce bleu qui occupe tout, ce bleu qui dit : voici le pays quand ses fractures deviennent visibles, voici ce qui arrive quand l’histoire, la guerre, la corruption, la peur de l’autre et l’abandon se rejoignent dans un même espace.

Je ne veux pas rendre ces tentes belles. Je ne veux pas que le dessin transforme la douleur en une image supportable. Ce bleu me dérange justement parce qu’il attire le regard. Il possède une force visuelle qui pourrait presque séduire, alors qu’il désigne une dépossession. Il faut se méfier de cette beauté-là, de cette capacité qu’a l’image d’organiser le désastre, à lui donner une couleur, une composition, une distance. Dessiner, ici, revient pour moi à rester devant ce qui me dérange, à refuser que l’image passe trop vite, à suivre la ligne jusqu’à ce qu’elle touche quelque chose de plus ancien que l’actualité.

Ce que je vois dans ces tentes bleues, ce sont des maisons absentes, des villages suspendus, des clés inutiles pour l’instant, des enfants qui apprennent trop tôt la géographie de la peur, des parents qui tiennent debout par devoir, des vieillards qui perdent le fil des lieux, des soignants tués alors qu’ils allaient vers les blessés, des morts dont le nombre augmente plus vite que notre capacité à les pleurer. Je vois aussi cette part du Liban qui préfère parfois déplacer la faute sur les victimes plutôt que de regarder ce qui l’a rendu si vulnérable : un État vidé par la corruption, des communautés enfermées dans leurs angoisses, une mémoire de guerre civile mal digérée, une animosité réciproque toujours prête à remonter à la surface, une peur de l’autre qui finit par détruire le sens même du pays.

Nous vivons tous sous des formes différentes de bâches bleues. Certaines sont réelles, plantées sur l’asphalte, visibles de tous, exposées au vent et au jugement. D’autres sont mentales, héritées, familiales, politiques, enfouies dans les corps. Elles couvrent nos peurs, nos déplacements passés, nos défaites intimes, nos colères non dites, nos villes perdues, nos villages quittés, nos enfances coupées, nos appartenances blessées, nos exils multiformes… Éternels étrangers…

  • En haut de page: “Tous déplacés”, un de mes dessins hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026. Inspiré par l’une des photographies de Nabil Ismail (voir ci-dessous).
 
 
 

 

L’Horreur en Boucle

Sentez-vous cette fatigue qui vous traîne par les chevilles, cette fatigue qui, ces derniers temps, semble avoir pris du galon, quitté les angles morts du corps pour présider nos journées, consulter les notifications avant nous, s’installer au bord du lit avec l’aplomb obscène des intrus devenus propriétaires, puis nous rappeler, dès le premier mouvement du matin, que notre corps n’est plus tout à fait un refuge mais une succursale nerveuse de l’actualité ?

Ce n’est pas la fatigue noble des grandes traversées, ni celle, presque décorative, que l’on pourrait encadrer dans un classique russe, mais une fatigue basse de plafond, collante, administrative, une fatigue de guichet et de formulaires, un “Groundhog Day” amputé de Bill Murray, sans marmotte, sans rédemption, avec seulement le formulaire B-17 de l’effondrement à remplir en trois exemplaires avant de reprendre une journée qui n’a jamais vraiment commencé, puisqu’elle n’est que la photocopie mal agrafée de la veille.

Le désastre ne se contente pas de détruire la pierre, de disperser les corps, de transformer les villages en poussières… Il s’attaque aussi à notre horloge interne, à ce mécanisme intime qui distinguait encore, jadis (peut-être), l’exception du quotidien, le choc de l’habitude, l’alarme de la routine, le monstrueux de ce qui devait rester impossible. À force de revenir, presque identiques mais jamais tout à fait, les drones du matin, les bombardements du midi, les ordres d’évacuation de l’après-midi, les massacrés du soir et les blessés de la nuit cessent d’interrompre la journée; ils s’y incrustent, comme une interférence dans un programme déjà saturé de pain à acheter, de factures à payer, d’enfants à rassurer et de messages auxquels il faudra bien répondre.

Voilà le génie obscène de la répétition! Elle ne demande pas notre accord, elle nous use jusqu’à nous rendre disponibles pour l’inacceptable. Le premier choc fracture, le deuxième confirme, le troisième installe, le dixième organise, et quelque part entre le deuil et la liste des courses, entre le communiqué et le dîner, entre la vidéo que l’on ouvre et celle que l’on n’a plus la force de regarder, l’événement cesse d’être événement pour devenir mobilier, vibration continue, bruit de fond que l’on n’entend presque plus sauf lorsqu’il s’arrête.

Je tourne en rond dans ce texte depuis des jours, non par manque d’idées, mais parce que le langage lui-même est en état de choc. Les mots arrivent cabossés, les phrases boitent, les transitions sonnent faux, et tout effort pour trouver un fil conducteur se heurte à cette évidence obscène… Comment tracer une ligne claire dans un pays qui se vit comme un collage surréaliste et violent, où l’on peut, dans la même respiration nationale, ajuster la balance des enceintes d’un festival d’été à Batroun au Nord, peaufiner une carte de cocktails, chercher le bon éclairage pour une saison festive, et savoir qu’à quelques kilomètres de là, des gens sont enfumés, traqués par des sentinelles de silicium, dépossédés de leurs maisons, de leurs arbres, de leurs morts, de leur généalogie entière qui s’évapore dans un nuage de phosphore?

Cette schizophrénie géographique, on nous la présente presque comme une preuve de vie, comme si le pays signait là son tempérament, sa fameuse capacité à danser au bord du cratère, à servir du vin pendant que la terre tremble, à transformer l’impossibilité de s’arrêter en folklore exportable, alors que ce grand écart n’a rien d’une victoire mais il dit plutôt la violence d’un compartimentage imposé, le moment où survivre exige de découper le réel en zones étanches, d’un côté la programmation culturelle, les lumières, les verres, les scènes, de l’autre la fumée, les ordres d’évacuation, les maisons éventrées, les routes dont on demande si elles sont “safe”, comme si l’on pouvait négocier avec le gouffre en lui présentant un agenda bien tenu.

Ce que nous appelons self-preservation est devenu, par la force des choses, une zone moralement trouble. On détourne les yeux parce que le spectacle répété de la destruction entame notre confort psychique, parce que le deuil des autres, lorsqu’il revient chaque jour cogner contre nos écrans, nos repas, nos projets, nos enfants et nos envies minuscules de respirer, menace cette petite chambre intérieure où chacun tente encore de garder une chaise, une lampe, un reste de silence et l’illusion qu’il existe quelque part un espace que la guerre n’a pas encore loué.

Aucun être humain n’a été conçu pour absorber chaque jour des villages rasés, des enfants mutilés, des maisons éventrées, des corps ramassés, des mères dissoutes dans des verbes passifs, puis continuer à répondre “bien reçu” à un courriel professionnel. Le cerveau n’est pas une morgue extensible, la psyché n’est pas un entrepôt humanitaire, l’empathie n’est pas une ressource illimitée qui se recharge gentiment pendant la nuit entre deux alertes et trois cauchemars, et même les plus attentifs, les plus tendres, les plus indignés finissent par décrocher, couper le son, lire seulement le titre, vérifier la route avant de vérifier les noms des victimes.

On appelle cela désensibilisation, fatigue compassionnelle, traumatisme secondaire, toutes expressions très propres, presque climatisées, qui donnent à l’effondrement intérieur une allure de colloque… Dans la bouche du quotidien, cela ressemble simplement à ne plus pouvoir, ne plus réussir à lire jusqu’au bout, ne plus savoir où déposer les morts que l’on ne connaît pas mais que l’on ne peut pas traiter comme des inconnus, regarder un visage détruit et sentir monter non pas l’indifférence, mais la panique de ne plus avoir assez de soi pour l’accueillir.

Rien n’est normal dans ce ciel qui nous regarde vingt-quatre heures sur vingt-quatre, rien n’est normal dans cette fumée qui dévore le Sud et la Békaa, rien n’est normal dans cette capacité forcée à faire cohabiter la carte des cocktails et la carte des bombardements et explosions, les lumières scéniques et les incendies réels, les invitations digitales et les ordres d’évacuation… Pourtant, la machine à normaliser tourne à plein régime, alimentée par notre besoin presque enfantin de croire que si l’on continue à jouer le jeu, à répondre aux messages, à honorer les réunions, à organiser les saisons, à sauver la façade, le gouffre finira peut-être par nous oublier.

Le monde, client roi de notre effondrement, veut ses livrables, ses sourires présentables, ses courriels bien ponctués, ses réunions qui commencent à l’heure même quand le ciel fait des heures supplémentaires dans la démolition du sol, et l’on continue de produire, non par grandeur d’âme ni par héroïsme, mais parce que l’arrêt total appartient aux morts tandis que les vivants héritent de cette humiliation supplémentaire, celle de rester fonctionnels, transformer leur propre état de choc en compétence exploitable, appeler “organisation” ce qui n’est parfois que la discipline nerveuse d’un corps qui n’a plus le luxe de s’écrouler.

La normalisation abîme aussi le langage; les mots deviennent des compresses stériles, “incident”, “bilan”, “opération”, “frappes”, “zone sensible”, “mesure exceptionnelle”, ils circulent dans nos veines comme des poisons bien élevés, ils rendent la destruction presque présentable, blanchissent les verbes, repassent les phrases, parfument les cadavres, et derrière chaque terme aseptisé une clé attend devant une porte qui n’existe plus, un jardin devient une hypothèse toxique, une chambre un cratère intime, une famille une phrase au passé.

Même les rites de passage sont réquisitionnés par la gestion du danger. Des adolescents apprennent que le bac et le brevet français ne seront plus des épreuves mais des moyennes annuelles, et l’on appellera cela une mesure exceptionnelle, une adaptation, une procédure, tandis qu’eux comprendront autre chose, quelque chose de plus brutal et de plus durable: dans cette région, l’avenir n’avance pas vers vous, il est traité par dossier, tamponné par la peur, puis renvoyé à septembre si les circonstances veulent bien se montrer moins théâtrales.

On nous vend la persistance comme une compétence folklorique, une aptitude rentable à absorber les “-cides” avec un sourire suffisamment photogénique, génocide, urbicide, domicide, mémoricide, écocide, scolasticide, mots qui s’empilent comme des gravats savants sur des corps très concrets, et la répétition, contrairement à ce que l’humanité aime croire pour se donner une bonne opinion d’elle-même, ne produit aucune sagesse mais elle produit du tartre, elle s’incruste dans les mâchoires serrées, dans les blagues qui sentent le métal, dans les silences devenus professionnels, dans cette superbe arrogance humaine qui refuse d’apprendre pour mieux recommencer le prochain acte avec la même candeur feinte.

Cette sensation de cercle vicieux n’est donc pas une faiblesse du texte, ni une panne de structure, ni une incapacité à avancer vers une conclusion plus élégante. Elle est plutôt la seule vérité qui mérite d’être écrite sans fioritures et sans chercher à la rendre présentable, parce que nous tournons en rond à l’intérieur d’un siècle qui tourne en rond, dans un pays (et une région) qui tourne en rond, sous un ciel qui surveille en rond, au milieu d’un massacre qui change de costume mais reconnaît toujours son chemin.

Notre seule véritable urgence commence peut-être dans le refus de jouer le jeu, dans le refus de laisser le bruit des drones devenir une berceuse, dans le refus de sacrifier la solidarité sur l’autel d’une survie individuelle qui, de toute façon, n’est qu’un sursis, dans le refus de croire que notre confort psychique mérite d’être protégé au prix de l’effacement des autres, comme si la fumée pouvait rester au Sud, comme si les villages pulvérisés ne viendraient jamais frapper à la porte de nos festivals, de nos conversations bien éclairées, de nos programmes culturels et de nos calendriers soigneusement alignés.

Demain reviendra sous un pseudonyme, une autre alerte, une autre localité “bulldozée”, une autre conversation suspendue, un autre communiqué assez propre pour ne pas salir les mains de ceux qui le liront vite, et l’on appellera cela “l’actualité”, faute d’avoir le courage de dire que l’effacement a simplement appris à se mettre à jour, que le désastre a piraté notre horloge interne, et que notre première résistance consiste peut-être, avant même de trouver les bons mots, à refuser que cette horloge continue de battre à son rythme.

S.A.V. Le sadisme au bout du fil

Bienvenue dans l’ère de l’agonie ergonomique, où la mort ne se contente plus d’être brutale: elle se veut interactive, personnalisée, et d’une politesse presque touchante. Dans ce grand théâtre de l’absurde que certains s’obstinent à qualifier de “défense”, nous venons d’atteindre le sommet du raffinement: le S.A.V. de l’apocalypse. 

Imaginez la scène, quoique nos dystopies de série B semblent désormais bien paresseuses face à cette réalité augmentée. Votre téléphone sonne. Une voix calme, probablement formée aux meilleures techniques de “satisfaction client”, vous informe que vous êtes désormais une “cible”. Le service après-vente de l’anéantissement vous propose alors une option Premium: sortir de votre véhicule pour expirer en solo, ou rester pour que votre famille serve de décor, de témoin et de combustible à votre propre incinération. Ce n’est plus de la barbarie à ciel ouvert: c’est du massacre avec script, protocole de validation et ton courtois. On n’assassine plus, on gère une interface.

Dans les recoins les plus sombres de la psychologie, on reconnaît ici la logique d’une double contrainte poussée jusqu’à l’obscénité. On ne vous offre pas un choix, on vous offre une mise en scène de votre propre impuissance. C’est le génie du sadisme contemporain : il ne se contente pas du sang, il veut le transfert de charge. On sous-traite à l’agonisant la dernière micro-décision pour que le bourreau puisse ensuite se gargariser de son “éthique” procédurale. C’est une forme de contrôle coercitif satellisé: transformer la victime en collaborateur forcé de son propre supplice pour que l’architecture de l’anéantissement soit, elle aussi, participative.

D’un point de vue moral, nous avons dépassé la simple cruauté pour entrer dans la dissociation administrée. On demande à une voix humaine d’exécuter une fonction technique: découpler l’acte de tuer de la moindre conscience résiduelle. C’est le triomphe du “désengagement moral” version 2.0. On euphémise, on dilue, on transforme l’humain en point de données, en “signature thermique” ou en “risque résiduel”. La guerre à distance ne se contente pas d’abolir l’horreur, elle la reformate. Elle remplace le visage par l’interface et le jugement par une check-list. Et quand l’organisation vous fournit en prime une procédure de notification, vous pouvez appuyer sur la détente avec le sentiment du devoir accompli. C’est la victoire suprême du marketing sur la conscience: ne plus nommer le crime, mais lui fournir une expérience utilisateur fluide.

Historiquement, ce sadisme technologique n’invente rien, il “upgrade”. Là où les empires exhibaient la terreur pour discipliner les corps sur la place publique, notre époque l’optimise par géolocalisation et calcul balistique. La nouveauté, c’est l’emballage: ce design de service impeccable qui fait passer une chasse humaine pour une formalité administrative. Le progrès n’a pas civilisé la violence, il l’a rendue plus “propre” à l’œil, plus rentable au récit, plus facile à digérer pour ceux qui la consomment de loin, entre deux notifications plus légères.

Le droit international humanitaire, ce vieux texte qu’on agite comme un hochet, exige pourtant un avertissement “effectif”. Mais quand l’avertissement cesse de protéger pour devenir un instrument de traque, il n’est plus un geste humanitaire: il est la corruption totale de l’idée même de protection. Le droit de faire la guerre n’est pas un permis d’ingénierie sadique. Parler de perfidie ici n’est pas une figure de style, c’est un diagnostic: détourner un langage de protection pour optimiser une mise à mort. C’est fabriquer une fable de bonne conscience – “Nous l’avons averti” – comme si prévenir quelqu’un qu’on va le traquer suffisait à blanchir la meute.

Le jeune homme (non armé) qui court dans le champ est l’image même de notre humanité réduite à son minimum biologique. Privé de couvert, de droit, de refuge. Il court dans un paysage où même la terre a cessé d’être une promesse d’abri. Le champ n’est plus cet espace de persistance cher à nos ancêtres, mais un écran sans bords où chaque mouvement est corrélé et punissable. On ne tue pas seulement un homme, on assassine la grammaire même du refuge. On veut prouver qu’aucun horizon n’est assez vaste pour échapper aux capteurs.

Et les blessures ne s’arrêtent pas à l’explosion. Le corps apprend à vivre en état de siège permanent: sidération, effondrement de la confiance, hypervigilance. Mais la blessure morale touche aussi ceux qui regardent. Une civilisation se mesure au type d’atrocités qu’elle accepte de normaliser sous couvert de “gestion du risque”.

Ce texte doit donc cesser d’être un réquisitoire pour devenir un miroir. Qu’acceptons-nous de devenir en nous habituant à cette mise à mort transformée en prestation de service? Combien de couches de jargon, d’acronymes et de voix calmes faudra-t-il ajouter avant que notre conscience n’abdique tout à fait? Si nous acceptons qu’un être humain puisse être sommé de choisir les modalités de sa propre disparition pour rendre le crime plus “net”, quelle est la valeur réelle d’une vie humaine au bout du fil? La leur, la nôtre, ou celle de n’importe qui, demain, quand le S.A.V. décidera qu’il est temps de clore votre dossier?

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Note : Ce texte et le dessin qui l’accompagne ont été créés à la suite d’une notification et d’une vidéo – une archive de l’horreur bien réelle – circulant aujourd’hui sur WhatsApp. On y suit la trajectoire d’un jeune homme libanais à qui l’on a ordonné, par téléphone, de choisir entre sa propre mort et celle de sa famille. Voici les textes en anglais et en arabe: “شاب تلقّى اتصالاً من الجيش الإسر*** أُبلِغ فيه بأنه مستهدف، وبأنه يجب عليه مغادرة السيارة أو سيتم استهدافه مع عائلته داخلها، فغادر المركبة وتوجّه راكضاً نحو حقل قريب، حيث استُهدف بواسطة مسيّرة
A young man received a call from the Isr*** army informing him he was a target and that he must leave the vehicle or be targeted along with his family inside it. He exited the car and ran toward a nearby field, where he was struck by a drone”.

Peu importe les étiquettes ou les appartenances: cet homme était dans un véhicule civil, entouré des siens. Par respect pour la dignité de son agonie et pour sa famille, j’ai fait le choix de ne pas diffuser la vidéo. Ce récit n’est malheureusement pas un cas isolé; il s’inscrit dans une série d’exécutions “notifiées” par l’armée la “plus morale du monde”, une méthode rodée qui s’invite jusque dans l’intimité des foyers ou le confinement des voitures. 

Parmi les centaines de notifications reçues aujourd’hui – sur WhatsApp comme dans la presse locale, souvent tournées vers un hypothétique cessez-le-feu – c’est celle-ci qui m’a arrêtée; pourtant pas la première, mais cette fois, impossible de ne pas écrire, impossible de ne pas dessiner.

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* Image: une de mes oeuvres hybrides (sketch sur papier et Procreate), 2026.

* Ce texte (comme tous mes textes et mes dessins/illustrations/photos publiés ici et sur les réseaux sociaux) est libre de partage, au Liban comme ailleurs. Il peut être relayé, à condition de respecter une règle simple: en mentionnant clairement mon nom. Cette exigence n’est ni formelle ni accessoire; elle relève du respect le plus élémentaire de la propriété intellectuelle et du travail de pensée. Constater la circulation de mes textes et de mes dessins/illustrations/photos sans attribution est devenu, malheureusement, une pratique courante; il est temps d’y opposer une éthique minimale. Merci donc de partager en créditant dûment.

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Bardot et nous

7 Juillet 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #FINS DE PARTIES, #pour toujours, #SEL, #cahiers de l'égaré, #films, #vraie vie, #épitaphier

La soirée Bardot et nous du 10 octobre à partir de 19 H 30, salle Pétrarque, maison des Comoni, au Revest-les-Eaux, sera une soirée de présentation, explications et commentaires.
L'éditeur sera le présentateur de cette soirée, accompagné pour les lectures (9 à 10 textes) par Dominique Lardenois et Katia Ponomareva.
Entrée libre.

 

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

Bardot et nous 

BAT signé le 7/7/2026 à 9H 30, imprimé par CLIP

ISBN 978-2-35502-176-3

13,5 X 20,5, 47 textes, 306 pages, PVP 20 €
parution 28 septembre 2026, anniversaire de Brigitte Bardot

 

lecture publique, samedi 10 octobre, 19 H 30, entrée libre

direction artistique Dominique Lardenois pour des lectures transversales

lectrices Nadine Demange, Katia Ponomareva

partenariat Les Cahiers de l'Égaré, municipalité du Revest, Le Pôle (arts en circulation), TPM

Maison des Comoni, Le Revest

distribution par SODISLIV, La Barde, 16500 LESSAC

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

Prologue de l’éditeur

Bardot et nous, genèse et déroulement

Il y eut, le 14 octobre 2014, le retour de Bruno Ricard à l’éditeur : J’ai réfléchi à votre futur projet d’ouvrage sur BB, c’est une très bonne idée.

Il y eut, le 25 octobre 2025, l’émergence d’un projet 2026 autour de Brigitte Bardot.

Il y eut, dans la nuit du 19 au 20 novembre 2025, le rêve qui offrit les mots Initials BB, Essentials Sanctuary.

Il y eut un premier appel à textes, le 29 novembre 2025.

Puis tout s’accéléra.

Il y eut la mort de Brigitte Bardot, le 28 décembre 2025.

Il y eut le refus d’un hommage national, le 31 décembre 2025.

Il y eut les obsèques dans l’intimité, le 7 janvier 2026.

Il y eut un 2e appel à textes, le 15 janvier 2026.

Il y eut la messe-hommage à l’église Saint Roch à Paris, le 28 janvier 2026.

Il y eut l’hommage hué à la 51e cérémonie des César, le 26 février 2026.

Il y eut l’ignorance à la 98e cérémonie des Oscars, le 16 mars 2026.

Il y eut 47 textes proposés par 23 contributeurs sur 92 sollicités, le 31 mars 2026.

Elle fut vivante avec sa Biographie symphonique au Palais des Congrès, le 2 avril 2026.

Elle fut présente, à sa manière, au 79e Festival de Cannes (12 au 23 mai 2026) : le maire inaugura la plage Brigitte Bardot.

Son Portrait vert par Andy Warhol ne fut pas adjugé aux enchères à New York en mai 2026 pour 16,7 millions de dollars.

Livre mis à l’impression, le 7 juillet 2026, sorti des presses, le 28 septembre 2026.

Le Revest, 18 juin 2026.

Bardot et nous

Table

Prologue de l’éditeur, Genèse et déroulement ............. 5

MM Cannes 1962 BB, Jean-Claude Grosse .............      8

Bardot, à bout de souffle, Jom Roniger ..................... 16

Essentials Sanctuary, Vita Nova .............................. 23

Sidonie-Brigitte, Moni Grego .................................  29

Être ou ne pas être humaniste, François Carrassan ....36

Bric-à-brac, Sabine Jean ........................................ 42

Deux lettres ouvertes de Brigitte Bardot ................   44

Brèche au bord d’un tombeau, Marwil Huguet ........   52

07/02/26 La Madrague, Erasmus Leaf ....................  58

Cinq colonnes à la une, Dominique Lardenois ........    64

BB, Emmanuelle, nous et moi, par le correspondant

heureux d’Emmanuelle Arsan ................................ 68

Une vie deux destins, Patricia Raccah ......................74

Le cameraman, Je-Jeuh-Jeu ...................................81

À Brigitte Bardot, Sandrine Malika Charlemagne ....  89

À ma Shanga, Carolyne Cannella ...........................95

À Brigitte Bardot, feu Marcel Conche ....................  98

1, 2, 3... 4 soleils, Sylvie Combe ..........................103

Moins une, Frédéric Jean Gilles ............................ 107

Tout autre, Gérard Lépinois ................................. 114

Ange, histoire vraie, Anne Pascale Patris ................118

La lettre du petit cheval, Anne Pascale Patris ..........122

Mes essentials B.B., Michelle Lissillour .................  127

Naturelle, telle quelle, éternelle, feu Christian Bobin 132

Mon empreinte dans la neige, Philippe Payraud .....  136

Le vieil ami des mots et des animaux, Alain Cadéo   150

Sur la plage abandonnée, Nadine Chauchat ..........  157

Une place au soleil, Nadine Chauchat ....................160

Foirades Gourades Leurrades, Je-tu-il ....................163

Elle n’était pas blonde, Brigitte, Benoît Rivillon .....   168

Il n’était pas beau, Lucien, Benoît Rivillon ............  176

Combat sacré, Marie-Thérèse Laneuze .................. 181

Le corps émotion de l’âme, Pierre Vigna ................183

Ce que je porte, Claude IA ...................................185

Le Mépris, Roger Lombardot ............................... 190

J’étais encore très jeune, Sacha Barault ................194

C’est fou !, Centsoixantehuitmoinssixfontdouze ....  200

BB au paradis et moi…, Marc Israël-Le Pelletier ...    215

Rituel du 40e jour, Piou Piou ................................ 220

Insupportable discours de la vérité, Scolca .............228

À la recherche…, Karine Poirier-Deplagne ...........    234

Onze minutes, Hélène Phung ............................... 242

Haïsha, Hélène Phung ......................................... 249

La grotte et la sainte, Alexandre Ferran .................252

Le scénario manquant, Mariama et Rosalie ...........  258

Manifeste des M, anonyme .................................. 273

La dernière lettre, Christiane Singer ......................283

La Vérité, Gilles Cailleau ......................................289

Épilogue du claviste, Mood’s moon ........................297

 

Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra

Bardot / Godard / Warhol / Manarra

Épilogue

Moon’s mood

(l’humeur du claviste*)

Cette mise en page est terminée, relue, corrigée, le bon à tirer est validé… Our revels now are ended, comme dit Prospero. Ouf ! Et en écrivant ce ouf, j’essuie mon front du revers de la main.

Mettre en page un tel ouvrage, c’est selon qu’on se sent marcheur, marin, chercheur d’or ou humain parmi les humain·e·s, vivre un vertige, un maelström, un ultra-trail, un labyrinthe… On ouvre la boîte de Pandore (attention, je ne dis pas une boîte de Pandore, non, la boîte de Pandore, la vraie) et tout en jaillit en pagaille, avec la brutalité des caresses et des ombres…

On en sort comme on sort d’un ring ou d’une nuit d’amour, sonné. Et à la vérité, comme d’un ring ou d’une nuit d’amour, on n’en sort jamais, il s’en échappe toujours de la boîte…

Ce qui me choque ce sont toutes ces bêtes merveilleuses que l’on transforme en saucisson… Le plus beau jour de ma vie était une nuit… La lucidité, c’est atroce et merveilleux à la fois… Je vois immédiatement la faille et ça m’empêche de m’évader dans un rêve… Vous êtes si gentil. Si gentil ! Et tout ce que je trouve à faire, c’est de brûler votre maison… Un chien, un chat, c’est un cœur avec du poil autour… Tu te mets en colère, t’as pas compris ? La drogue, j’en prends pas, j’en vends… Les autochtones ont gardé leurs gènes de sauvages, tout ça a des réminiscences de cannibalisme des siècles passés. J’ai honte de cette île, de la sauvagerie qui y règne encore… Est-ce que, par hasard, vous seriez timide, capitaine ?Nous ne sommes pas faites pour mener la vie d’un homme. Une femme est un être doux et vulnérable avant tout… Ma petite Vierge, heureusement qu’elle existe… Mais tu as bu, tu sens le rhum ?… C’est toujours comme si j’allais mourir le lendemain… J’accuse violemment etfermement les gouvernements successifs de se plier lâchement à une tradition religieuse importée sur notre territoire par ceux qui ont eu la chance d’y être accueillis et qui petit à petit nous imposent leurs coutumes barbares, sanglantes et écœurantes… C’est follement excitant. Viens, on va voir… Si tu m’aimes tais-toi !… Plus les femmes essaient de se libérer, moins elles sont heureuses… J’ai pensé que le cinéma ne m’apporterait plus rien et que je n’apporterais plus rien au cinéma, comme un couple se sépare au moment où il n’a plus rien à se dire… Vous voulez me juger, mais vous n’avez jamais vécu, jamais aimé… J’ai été très heureuse, très riche, très adulée, très célèbre et très malheureuse… Tu vois mon derrière dans la glace ?… Je crains que vous me méprisiez… Je sais que j’ai plus de couilles que beaucoup d’hommes… Et toi t’es heureux ?… Le cinéma est un métier de cons… C’est pour ça que vous me détestez, parce que vous êtes tous morts… Si tu ne penses plus à moi, je n’existe plus…

Ad libitum.

Dos d’Âne, île de la Réunion, 21 juin 2026.

* À ne confondre ni avec claveciniste ni avec caviste ! Un·e claviste (un dans le cas présent) est la personne chargée de la composition d’un texte sur toute machine à clavier.

 

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Initials BB Essentials Sanctuary

14 Décembre 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #engagement, #films, #pour toujours, #vraie vie, #écriture, #Le Revest-les-Eaux, #Corsavy

Jacques Ellul, l'indispensable : « L’écœurante mollesse des bons sentiments fabrique des bourreaux à la chaîne, car ne vous y trompez pas, les bourreaux sont pleins d’idéalisme et d’humanité. C’est toujours au nom de l’humanisme et de l’humanité que se font les génocides. [...] Crevez la panse de l’idéalisme, tordez le cou aux bons sentiments, videz les émotions les plus généreuses, faites exploser le message de l’humanisme, apprenez à regarder la vérité en face, pratiquez le scepticisme ascétique, alors peut-être aurez-vous rendu quelques services, dont vous ne serez récompensé que par les insultes des braves gars du monde. »

Jacques Ellul, l'indispensable : « L’écœurante mollesse des bons sentiments fabrique des bourreaux à la chaîne, car ne vous y trompez pas, les bourreaux sont pleins d’idéalisme et d’humanité. C’est toujours au nom de l’humanisme et de l’humanité que se font les génocides. [...] Crevez la panse de l’idéalisme, tordez le cou aux bons sentiments, videz les émotions les plus généreuses, faites exploser le message de l’humanisme, apprenez à regarder la vérité en face, pratiquez le scepticisme ascétique, alors peut-être aurez-vous rendu quelques services, dont vous ne serez récompensé que par les insultes des braves gars du monde. »

sorti en 2012 / Une initiative des eat-Méditerranée avec le soutien des eat et de la SACD 18 femmes, 18 hommes de 17 à 71 ans écrivent en français, américain, russe, arabe, italien, bulgare pour les 36 ans de Marilyn Monroe-Norma Jeane Mortenson 50 ans après tout Marilyn après tout

sorti en 2012 / Une initiative des eat-Méditerranée avec le soutien des eat et de la SACD 18 femmes, 18 hommes de 17 à 71 ans écrivent en français, américain, russe, arabe, italien, bulgare pour les 36 ans de Marilyn Monroe-Norma Jeane Mortenson 50 ans après tout Marilyn après tout

Le 29 novembre 2025

Présentation du projet des Cahiers de l’Égaré

Livre pluriel

Titre

De BB à la Fondation Brigitte Bardot

Initials BB Essentials Sanctuary

Pour les 92 ans de Brigitte Bardot le 28 septembre 2026

Contexte : ce projet de livre pluriel m’est venu à l’esprit et au

coeur à l’occasion d’une exposition marrainée par Brigitte

Bardot à la Maison des Comoni au Revest, exposition qui s’est

déroulée du 20 décembre 2024 au 5 janvier 2025, intitulée

Belle et Bien notre amie, dédiée à l’amour de la nature et des

animaux.

Principe : des contributeurs choisis par l’éditeur, des femmes

et des hommes, écrivains confirmés ou pas, illustrateurs

confirmés ou pas, libres de leurs choix à partir des consignes

(texte seul, texte illustré, illustration seule)

L’éditeur souhaite obtenir des dessins et textes d’enfants et

d’adolescents de 6 à 18 ans.

Axes :

Fondation Brigitte Bardot - « Chaque jour, nous mobilisons

toutes nos forces pour venir en aide aux animaux en détresse.

Nous combattons la souffrance sous toutes ses formes, en

luttant contre la maltraitance, les abandons et les violences qui

leurs sont infligées. Nous agissons aussi pour endiguer la

prolifération de chats errants en France et en Outre-mer, en

mettant en place des campagnes de stérilisation et des

programmes de sauvetages. Nous portons plainte et nous nous

constituons partie civile à chaque fois que nous le pouvons

pour faire entendre, haut et fort, la voix des animaux et faire

condamner les auteurs. »

L’éditeur - L’amour de la nature et des animaux d’un point de

vue personnel, d’un point de vue collectif donc ne pas hésiter à

voir large. La cause animale se décline de nombreuses façons

aujourd’hui, de l’élevage bienveillant à l’abattage sans stress,

de la diminution à la suppression de l’alimentation carnée,

animaux terrestres, poissons, mammifères marins

(végétarisme, véganisme).

N’oublions pas les animaux de laboratoires. Le centre d'élevage

de singes du CNRS de Rousset-sur-Arc (Bouches-du-Rhône) va

tripler sa population de primates d'ici 2029 pour atteindre 1800

captifs.

Cela passe aussi par la communication animale ou par

l’équithérapie dans le traitement de l’autisme…

Et si on pousse : y a-t-il une nécessité biologique de la

prédation en lien avec la faim, donc se nourrir, survivre… La

cruauté semble présente, même dans le monde animal, elle

n’est pas que le fait des hommes vivant en société mais là les

proportions sont vertigineuses…

Consignes :

- choisir un des personnages joués par BB dans un de ses 45

films, prénom seulement (Manina dans Manina fille sans

voiles, film de 1952 par exemple)

- choisir un animal qui vous est familier, que vous avez

adopté, aidé, sauvé, soigné, câliné, qui joue pour vous tout

un tas de rôles, qui a ou non un nom ou un animal de la

Fondation

- Écrire un texte soit à partir du personnage devenu votre

Manina, votre fille sans voiles, soit à partir de votre animal,

soit combinant le personnage et l’animal; éventuellement si

la nécessité se présente, illustrer

- toutes formes possibles : haïku, slogan, mot d’ordre, tract,

manifeste, résolution personnelle, témoignage d’action,

d’expérience, prière, adresse, lettre ouverte, plainte en

justice, poème, chanson, nouvelle, texte dialogué…

- 1000 mots maximum pour un seul ou plusieurs textes

Date de livraison des textes et illustrations :

fin mars 2026

Engagements réciproques : chaque auteur gardera le

copyright de son texte, chaque auteur recevra un exemplaire

du livre

Achevé d’imprimer le 28 septembre 2026sur 3 3

Tirage prévu : 1000 exemplaires dont 300 à 800 offerts à la

Fondation Brigitte Bardot pour ses membres (salariés 300 et

bénévoles 800) pour Noël 2026

Sera mis en place un formulaire de pré-achat via Hello asso

Une soirée de lecture des textes sera organisée fin octobre

ou novembre 2026 à la Maison des Comoni au Revest.

D’autres manifestations pourront être organisées ailleurs soit par Les Cahiers de l’Égaré soit par des contributeurs.

 

exposition de Couleurs Revestoises sur les animaux, Belle et Bien notre amie, du 20 décembre 2024 au 5 janvier 2025 à la maison des Comoni, au Revest / Fête des arts au Revest / Fête au village, peinture de JPG
exposition de Couleurs Revestoises sur les animaux, Belle et Bien notre amie, du 20 décembre 2024 au 5 janvier 2025 à la maison des Comoni, au Revest / Fête des arts au Revest / Fête au village, peinture de JPG
exposition de Couleurs Revestoises sur les animaux, Belle et Bien notre amie, du 20 décembre 2024 au 5 janvier 2025 à la maison des Comoni, au Revest / Fête des arts au Revest / Fête au village, peinture de JPG
exposition de Couleurs Revestoises sur les animaux, Belle et Bien notre amie, du 20 décembre 2024 au 5 janvier 2025 à la maison des Comoni, au Revest / Fête des arts au Revest / Fête au village, peinture de JPG

exposition de Couleurs Revestoises sur les animaux, Belle et Bien notre amie, du 20 décembre 2024 au 5 janvier 2025 à la maison des Comoni, au Revest / Fête des arts au Revest / Fête au village, peinture de JPG

Brigitte Bardot a été la marraine d’une exposition de Couleurs Revestoises sur les animaux, Belle et Bien notre amie, du 20 décembre 2024 au 5 janvier 2025 à la maison des Comoni, au Revest. J’ai retrouvé la carte de l’exposition avec le mot manuscrit de Brigitte Bardot en date de juin 2023. Le président de l’association Louis Gironcel est décédé le 30 décembre 2024 à 70 ans.
Si le livre pluriel initié par Les Cahiers de l'Égaré voit le jour (lancement du projet, le 29 novembre 2025) le 28 septembre 2026 (92° anniversaire), il donnera lieu à une manifestation publique, salle Pétrarque, vers fin octobre 2026
Initials BB Essentials Sanctuary
nuit du 19 au 20 novembre, après avoir. revu Et Dieu créa le femme : de 22 H le 19 à 2 H le 20, 4 h "normales"; 2 H = première sortie de lit, le verre d'eau habituel; de 2 H à 5 H, le "vague" projet 2026 que j'ai envisagé le 21 octobre, se fabrique sans que j'y prenne part : tout se met en place, s'écrit, des noms viennent, des idées, un événement ; 5 H = 2° sortie de lit, 2° verre d'eau habituel ; de 5 H à 7 H : je tente de me rendormir, le projet continue à cheminer chaotiquement
aujourd'hui, je vais consigner, mettre en forme ce que le jeu inconscient a fait surgir

 

titre : de BB à la Fondation Brigitte Bardot
pour ses 92 ans : livre pluriel par 46 F-46 H, achevé d'imprimer le 28 septembre 2026
consignes d'écriture : choisir un des prénoms de l'actrice dans ses 45 films, choisir un animal avec ou sans nom, sauvé, soigné, choyé par la fondation Brigitte Bardot ou par l'auteur du texte
2 personnages, 1000 mots
bon vent à ce projet qui prolongerait celui, abouti, consacré à Marilyn Monroe, sorti en avril 2012 et qui a donné lieu à 36 manifestations (elle avait 36 ans au moment de sa disparition)
j'enverrai le projet aux noms venus cette nuit, le 29 novembre, 15° anniversaire de la disparition de l'épousée
fin août 2025, j'ai vu, revu 5 films de BB :
marina la fille sans voiles, 1952, elle est telle quelle
« Je m'attendais à l'enfer, je ne trouvais que le purgatoire. »
futures vedettes, 1954, elle est telle quelle
en effeuillant la marguerite, 1956, elle est telle quelle
la bride sur le cou, 1961, elle est telle quelle
l'histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise, 1973, elle est telle quelle
c'est son dernier film et le déclic en faveur des animaux avec l'histoire de la chèvre, destinée à un méchoui
vie privée
vie privée
vie privée

vie privée

le 2 août 2025, revu Le mépris, sur FB, le 21 octobre
"le Mépris prouve en 176 plans après montage que, dans le cinéma comme dans la vie, il n'y a rien de secret, rien à élucider, il n'y a qu'à vivre et à filmer" JLG. Comment peut-on passer en une fraction de seconde, entre deux plans, de la méprise au mépris, d'une désynchronisation imperceptible à un renversement des sentiments. Expérimentateur, Godard agrandit ce dixième de seconde et ce petit espace entre un homme et une femme à l'échelle du cinémascope et d'un film d'une heure et demie, comme Homère l'avait fait avant lui à l'échelle d'une décennie et de la Méditerranée.
P- pourquoi tu as l'air pensive ?
C- c'est parce que je pense, imagine-toi
C- Tu les trouves jolies mes fesses ? Ma bouche ? Mes yeux ? Mon nez ? Mes oreilles ?
P- Oui, tout.
C- Donc tu m’aimes totalement ?
P- Je t’aime totalement, tendrement, tragiquement.
C- Des fois, t’es vraiment con. À quoi ça te servira de savoir ce qui est vrai ?
P- Il y a bien une raison!
C- Oui, sûrement
P- Laquelle ?
C- J’sais pas. Tout ce que je sais : c’est que je t’aime plus.
P- Pourquoi tu m’aimes plus ?
C- C’est la vie
P- Pourquoi tu me méprises ??
C- Ça je te le dirai jamais.
P- Il y a bien une raison!
C- La raison c’est toi. T’es pas un homme. De toute façon, c’est trop tard : j’ai changé d’avis sur toi. Je te pardonnerai jamais… J’t’aimais tellement, j’te déteste parce que tu n’arrives pas à m’attendrir.
_____________________________
le 5 mars 2024, revu Vie privée de Louis Malle sorti en janvier 1962, quelques mois avant la disparition de Marilyn Monroe en juin 1962
intéressant de lire les critiques sur allo-ciné; je mets 6 sur 5, j'ai aimé le côté - je traine les pieds, le corps, je ne suis pas là - la voix lasse et basse, envoûtante pour moi (il y a des voix aux effets inattendus) - ce que ça révèle de sa détermination à être elle -; quel film tourné avec amour et férocité; la charge de la femme de ménage dans l'ascenseur est un moment d'une rare violence verbale; la chute finale sur le Miserere de Verdi est hypnotique
_______________________________
45 films et 70 chansons en vingt et un ans de carrière (1952-1973)
Ses parents s'opposent à ce qu'elle devienne actrice, mais son grand-père maternel, Léon Mucel la soutient dans son projet : « Si cette petite doit un jour être une putain, elle le sera avec ou sans le cinéma. Si elle ne doit jamais être une putain, ce n’est pas le cinéma qui pourra la changer ! Laissons-lui sa chance, nous n’avons pas le droit de disposer de son avenir. »
____________________
dans Vie privée de Louis Malle en 1956, son personnage est crument invectivé par une femme de ménage : « J'en ai assez de voir votre tête partout […]. Est-ce que vous n'allez pas bientôt leur foutre la paix à tous ces pauvres garçons […] ? Mais qu'est-ce que vous êtes donc ? Une chienne ? […] Ça gagne des millions pour se montrer à poil et pendant ce temps-là, mon frère, il est en Algérie »
_________________________
Le 12 novembre 1961, une lettre de menace de l'OAS exigeant d'elle la somme de 50 000 francs pour soutenir les activistes de l'Algérie française lui parvient. Elle porte plainte pour tentative de chantage et extorsion de fonds. Elle décide également de divulguer la lettre de chantage dans le magazine L'Express et de l'accompagner d'une réponse sous forme de lettre ouverte. Pour son numéro de nouvel an 1962, Le Canard enchaîné salue « notre B.B. nationale », la qualifiant de « la fille la plus déshabillée de l'écran, mais aussi la plus culottée » en terminant par ces mots : « Bravo Brigitte, on préfère votre plastique au leur ! »
_______________________________
« Il y a longtemps, j’ai dit qu’après avoir donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes, je voulais donner le meilleur de moi-même aux animaux." 
Comme dit Lamartine : on n’a pas deux coeurs, un pour les animaux, un pour les humains. On a un coeur ou on n’en a pas. »
Le Point, jeudi 17 août 2023, N° 2663
N° volé dans une salle d’attente
interview de Brigitte Bardot par Franz-Olivier Gisbert
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la Fondation Brigitte Bardot, c’est 300 salariés, 500 bénévoles
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elle a eu 91 ans le 28 septembre 2025
Depuis, elle a été hospitalisée à Toulon, en est sortie, demande le respect de sa convalescence et intimité
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Faudra qu'un jour prochain s'écrive le livre pluriel "de BB à Brigitte Bardot" par 46 F, 46 H ; consignes d'écriture : choisir un des prénoms de l'actrice dans ses 45 films, choisir un animal avec ou sans nom ; 2 personnages, 1000 mots; bon vent à ce projet qui prolongerait celui, abouti, consacré à Marilyn
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En octobre 1956, Brigitte Bardot est invitée à Londres à la Royal Command Performance, pour le grand gala annuel, où elle est présentée à la reine Élisabeth II ; L'occasion pour elle d'une rencontre furtive avec Marilyn Monroe qui l'impressionne beaucoup.
Le 5 août 1962, Brigitte Bardot apprend à la radio la mort de Marilyn Monroe (découverte morte dans la nuit, après l'absorption de barbituriques). Le suicide évoqué et probable de la star américaine affecte grandement Brigitte Bardot, consciente des similitudes de destins entre elles, de l'éphémère de la gloire, paniquée, elle déclare à son ami et parolier Jean-Max Rivière : « Que vais-je devenir ? »
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Brigitte Bardot a été la marraine d’une exposition de Couleurs Revestoises sur les animaux fin 2024, à la maison des Comoni
quant à l'ami Marcel Conche, il m'avait plusieurs fois évoqué son admiration pour l'action de défense des animaux de Brigitte Bardot
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Comment peut-on passer en une fraction de seconde, entre deux plans, de la méprise au mépris, d'une désynchronisation imperceptible à un renversement des sentiments.pourquoi tu me méprises ? ça je te le dirai jamais
Comment peut-on passer en une fraction de seconde, entre deux plans, de la méprise au mépris, d'une désynchronisation imperceptible à un renversement des sentiments.pourquoi tu me méprises ? ça je te le dirai jamais
Comment peut-on passer en une fraction de seconde, entre deux plans, de la méprise au mépris, d'une désynchronisation imperceptible à un renversement des sentiments.pourquoi tu me méprises ? ça je te le dirai jamais

Comment peut-on passer en une fraction de seconde, entre deux plans, de la méprise au mépris, d'une désynchronisation imperceptible à un renversement des sentiments.pourquoi tu me méprises ? ça je te le dirai jamais

mail du 13 décembre à 11 H 45 envoyé à 92 destinataires
J’ai vu hier matin 12 décembre à 10 H 45, avec un ami, le documentaire Bardot sorti au cinéma le 3 décembre
Ignare comme j’étais de la vie de Brigitte Bardot, j’ai apprécié ce documentaire, appris plein de choses mais rien ne me servira pour écrire ma fiction  : Juliette et les canetons
 
Hier après-midi, j’en ai vu trois autres dont je vous donne les liens 
 
Celui de ses 80 ans sur une idée de Laurent Delahousse
 
Titre original : Brigitte Bardot, le serment fait aux animaux 
Un film de Rachel Kahn & François Chaumont © 2019, Licenced by Terranoa 
c’est le documentaire à voir par rapport au thème la cause animale
 
 
Et avant le Bardot du 3 décembre, Brigitte Bardot Confidentiel

 

affiche du documentaire sorti le 3 décembre
affiche du documentaire sorti le 3 décembre

affiche du documentaire sorti le 3 décembre

Comment l’humanité se viande. Le véritable impact de

l’alimentation carnée, Jean-Marc Gancille, rue de l’échiquier,

2024

Communication animale pour débutants : Guide pour

approfondir votre connexion avec les animaux, Pea

Horsley, Le lotus et l’éléphant, Poche, 2023

Journal d’un bébé cavalier, Josette Rabouan, Belin, 2011

l'épisode fondateur de la chèvre sur Colinot en 1973, son fantasme fondateur dit un pissikanaliste / dans Vie privée elle sauve une couvée de canetons en les couvant dans son balconnet, son décolleté
l'épisode fondateur de la chèvre sur Colinot en 1973, son fantasme fondateur dit un pissikanaliste / dans Vie privée elle sauve une couvée de canetons en les couvant dans son balconnet, son décolleté
l'épisode fondateur de la chèvre sur Colinot en 1973, son fantasme fondateur dit un pissikanaliste / dans Vie privée elle sauve une couvée de canetons en les couvant dans son balconnet, son décolleté
l'épisode fondateur de la chèvre sur Colinot en 1973, son fantasme fondateur dit un pissikanaliste / dans Vie privée elle sauve une couvée de canetons en les couvant dans son balconnet, son décolleté

l'épisode fondateur de la chèvre sur Colinot en 1973, son fantasme fondateur dit un pissikanaliste / dans Vie privée elle sauve une couvée de canetons en les couvant dans son balconnet, son décolleté

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Bukowski / Julie

6 Juillet 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #vraie vie, #épitaphier, #poésie, #pour toujours, #notes de lecture

Bernard Deson pour l'illustration de la couverture du livre numérique de Julie Dratwiak, consacré à Bukowski, pour tous les cabossés, PUBLIÉ LE : 30/06/2025

Bernard Deson pour l'illustration de la couverture du livre numérique de Julie Dratwiak, consacré à Bukowski, pour tous les cabossés, PUBLIÉ LE : 30/06/2025


Find what you love and
let it kill you
Trouve ce que tu aimes et laisse-le te tuer

DANS L'OMBRE DE BUKOWSKI :
POÉTIQUE D'UNE GRÂCE CABOSSÉE
Julie Dratwiak

Publié le : 30/06/2025 sur Librinova
ISBN : 9791040585046
Livre numérique, 86 pages
6,99€

« Ce livre n’est ni une biographie, ni une analyse académique. C’est une plongée littéraire et intérieure dans l’œuvre et la voix de Charles Bukowski, lue depuis la fêlure, la marge, la tendresse et la lucidité.
Chaque chapitre explore un thème central de sa vie :  le corps, la pauvreté, l’enfance blessée, l’ivresse, l’amour, l’écriture, la solitude, à travers une écriture dense, sensible et spirituelle, nourrie de philosophie, de mystique et de poésie. Il s’agit moins de comprendre Bukowski que de l’approcher, de le rejoindre depuis ce lieu sans défense d’où il écrivait. La langue choisie est celle d’une femme d’aujourd’hui qui assume sa propre expérience de l’abîme, et qui reconnaît en Bukowski une forme rare de fidélité à la vérité.»

Ma note de lecture
J’ai lu ce livre numérique les 4 et 5 juillet, après l’avoir reçu, le 3 juillet, en pleine lecture des essais de Jean-Pierre Luminet Du piano aux étoiles. 
D’entrée de jeu, remarquer que dans cet essai, il n’y a pas une citation de roman ou nouvelle, pas un poème de Bukowski. La lecture m’a fait passer de la surprise, de l’étonnement à l’acceptation puis à la compréhension. De même que Bukowski écrivait par nécessité vitale depuis le lieu du cabossé : je ne suis rien et je le dis, je l’écris, pour moi, sans souci de lecteurs, de même, Julie lui écrit par nécessité vitale, en cabossée. 
Mais paradoxe, rien ne nous est dit de la vie du Vieux comme elle le désigne dans sa dernière lettre. Le cabossé Bukowski nous reste mystère. Il en est de même de la cabossée Julie, nous n’apprenons rien sur elle. Peut-être pudeur. En tout cas parti-pris. Comme si ces essais ne pouvaient rien dire de la vérité de l’un comme de l’autre, comme si rechercher la vérité d’un autre ne révélait que son mystère, comme si rechercher sa vérité ne révélait que notre mystère. 86 pages pour se révéler cela, nous le révéler est fascinant en ce sens que ce que l’on devine dès que l’on se pose la question « qui suis-je ? », c’est qu’il n’y a pas de réponse et pourtant, on écrit, sèchement à la Bukowski, de façon flamboyante à la Julie, écriture sans fin, comme intarissable, refusant le silence d’avant l’écriture et le silence qui conclurait l’écriture de vérité. Je suis tenté de dire : au mystère de la vérité de tout être, répond parfois le miracle de l’écriture. Le silence qu’on se devrait d’observer face au mystère de notre vérité ou de celle d’un autre, l’être aimé par exemple, est le fait de très peu.
Pourquoi dis-je miracle de l’écriture ? D’abord parce que l’écriture de soi sur soi ne va pas de soi. Il s’agit d’un jaillissement. Pas d’un projet. Ensuite parce qu’après l’écriture, même pour soi, que pour soi, il y aura circulation, lecteurs et partages, appropriations. 
Donc même si le silence semble l’évidence devant le mystère de toute existence, l’écriture pour dire vrai, se dire vraiment semble également légitime parce que nécessaire pour celui d’où elle jaillit, écrivant sur n’importe quel support, à n’importe quel moment, dans n’importe quelle position, en n’importe quel endroit.
L’écriture de Julie commence par une lettre écrite au bord du lit. Elle s’achève par une dernière lettre sur le bord d’une chaise sur un coin de table. Entre, 9 chapitres. Le tout suivi de 2 pages de citations et 2 pages de repères biographiques.
Lettre à Bukowski, depuis le bord du lit 

I - Le corps et la grâce 

II - La pauvreté comme mystique 

III - L’enfance cassée 
 
IV - L’ivresse et l’illumination 
 
V - Le refus des masques 
 
VI - La poésie comme planche de salut 
 
VII - Le refus d’aimer autrement 
 
VIII - La dignité du raté 
 
IX - La langue des chiens 
 
Dernière lettre à Bukowski 
 
Quelques citations 
 
Index biographique

J’ai reçu ces essais comme une recherche de la vérité d’un homme disant crûment sa vérité. L’épitaphe sur la tombe de Bukowski est Don’t try, N’essayez pas. Je vais poser que c’est lui qui l’a choisie. C’est donc son dernier mot, le dernier mot d’un homme sans masques, sans apprêts, sans affèteries, se disant dans sa nudité, sa crudité, sa cruauté, son ivresse, sa misogynie, se refusant comme victime d’une enfance cassée, refusant tout salut autre que l’acceptation de sa vie au ras du caniveau. Donc d’un homme qui n’a pas arrêté d’essayer, de rater, qui n’a pas cherché à devenir meilleur, à plaire, qui a persévéré dans son observation lucide et sa description sèche du moins que rien qu’il était devenu, un chien des rues.
Là, une faille se révèle. Le monde des hommes se binarise, il y a le monde des propres, des bourgeois, des maîtres, un monde de masques, de rôles, de mensonges et le monde des sales, des ivrognes, des marginaux, des pauvres. Avec le choix de rester à la marge, dans le caniveau.  « Rester en bordure. Là où les choses ne sont pas encore récupérées. Et cette position est politique. Spirituelle. Poétique. C’est un refus du monde tel qu’il va. Un refus doux, alcoolisé, désabusé, mais entier. » 
Il y a donc deux mondes, deux types d’hommes. Et Bukowski sait user de l’humour, du cynisme pour démasquer le monde des masqués. Mais pourquoi ne se rend-il pas compte qu’il est dans une posture ? 
Julie écrit que la poésie de Bukowski est « une poésie de position, une poésie de seuil ». Poésie de position signifie pour moi une poésie de posture contre une autre poésie de posture, la poésie de forme. Toute semble posture et donc imposture, sans connotation péjorative mais comme un fait à prendre en compte, pour éventuellement éviter de se duper.

 

 

 

The crunch, non cité, me semble emblématique de la complexe posture de Bukowski : pourquoi ai-je un cerveau ? il ne veut pas s’entendre dire : « non ».

L’écrasement 
trop grand
trop petit
trop gros
trop maigre
ou rien du tout.
rires ou
larmes
haineux
amoureux
des inconnus avec des gueules
passées
à la limaille de plomb
des soudards qui parcourent
des rues en ruines
qui agitent des bouteilles
et qui, baïonnettes au canon, violent
des vierges
ou un vieux type dans une pièce misérable
avec une photographie de M. Monroe.
il y a dans ce monde une solitude si grande
que vous pouvez la prendre
à bras le corps.
des gens claqués
mutilés
aussi bien par l’amour que par son manque.
des gens qui justement ne s’aiment
pas les uns les autres
les uns sur les autres.
les riches n’aiment pas les riches
les pauvres n’aiment pas les pauvres.
nous crevons tous de peur.
notre système éducatif nous enseigne
que nous pouvons tous être
de gros cons de gagneurs. 
mais il ne nous apprend rien
sur les caniveaux
ou les suicides.
ou la panique d’un individu
souffrant chez lui
seul
insensible
coupé de tout
avec plus personne pour lui parler
et qui prend soin d’une plante.
les gens ne s’aiment pas les uns les autres
les gens ne s’aiment pas les uns les autres
les gens ne s’aiment pas les uns les autres.
et je suppose que ça ne changera jamais
mais à la vérité je ne leur ai pas demandé
des fois j’y
songe.
le blé se lèvera
un nuage chassera l’autre
et le tueur égorgera l’enfant
comme s’il mordait dans un ice-cream.
trop grand
trop petit
trop gros
trop maigre
ou rien du tout.
davantage de haine que d’amour.
les gens ne s’aiment pas les uns les autres,
peut-être que, s’ils s’aimaient,
notre fin ne serait pas si triste ?
entre-temps je préfère regarder les jeunes
filles en fleur
fleurs de chance.
il doit y avoir une solution.
sûrement il doit y avoir une solution à
laquelle nous n’avons pas encore songé.
pourquoi ai-je un cerveau ?
il pleure
il exige
il demande s’il y a une chance.
il ne veut pas s’entendre dire :
« non ».
Traduit de l’américain par Gérard  Guéguan
In, « Charles Bukowski : L’amour est un chien de l’enfer »
Editions Grasset et Fasquelle, 1989

 

 

Ce n’est pas un hasard, si je cite ce poème. Il a été un moment fort, 3’ environ, du dernier spectacle du fils en 2000, (c’est possible) ça va ou l’un de nous est en trop. 
Quant à Bukowski, il a été prodigieusement joué par le gendre (en écrivain soviétique de science-fiction remarqué par Le canard enchaîné) dans le spectacle D’autres mondes écrit et mis en scène par Frédéric Sonntag en 2020. 

 

Pour conclure : j’invite les lecteurs de cette note à lire ces essais du miracle de l’écriture se refusant au nécessaire silence devant le mystère d’un être, tentant de vivre une vie, « sa » vie (de cabossé, de masqué ou toute autre). Par ce miracle de l'écriture, peut-être parfois, les monades que nous sommes frôlent-elles d'autres monades selon des lois d'attractions étranges ou d'affinités électives.

"le romancier Alexei Zinoviev l’excellent Victor Ponomarev) / C’est ainsi qu’on pourra assister à une émission d’« Apostrophes » consacrée à la nouvelle science-fiction, avec le vrai Bernard Pivot de 1978, mais avec le faux Zinoviev. Lequel sidère les participants avec cette sortie : « L’un d’entre vous se souvient-il, même confusément, d’une Terre, aux alentours de 1978, qui soit pire que celle-ci ? Moi, oui. » Une scène qui ravira tous les amateurs de science-fiction, lesquels n’ont pas l’habitude de voir leur genre de prédilection ainsi honoré sur scène."

"le romancier Alexei Zinoviev l’excellent Victor Ponomarev) / C’est ainsi qu’on pourra assister à une émission d’« Apostrophes » consacrée à la nouvelle science-fiction, avec le vrai Bernard Pivot de 1978, mais avec le faux Zinoviev. Lequel sidère les participants avec cette sortie : « L’un d’entre vous se souvient-il, même confusément, d’une Terre, aux alentours de 1978, qui soit pire que celle-ci ? Moi, oui. » Une scène qui ravira tous les amateurs de science-fiction, lesquels n’ont pas l’habitude de voir leur genre de prédilection ainsi honoré sur scène."

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nos années super 8 / l'épitaphier

1 Juillet 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #Le Revest-les-Eaux, #album, #amour, #engagement, #jean-claude grosse, #pour toujours, #poésie, #écriture, #vraie vie

Kdo du 1° juillet 2025, ce PDF de 32 pages ou comment des lectures, des phrases se révèlent motrices d'une évolution, d'une métamorphose

pour ce 1° juillet 2025, anniversaire de 58 ans de mariage avec l'épousée, selon cette promesse : s'épouser jour après jour, jusqu'à ce que ça fasse toujours, non revenir sur notre passé, mais continuer à travailler les métamorphoses de nos évolutions, convictions, croyances;

c'est ainsi que je suis passé du pas-sage du corps de l'aimée épousée à l'âme éternelle qui l'avait habitée, en a habité bien d'autres et en habitera encore et encore; je suis passé de notre responsabilité vis à vis des corps et des âmes de nos tré-passés (travail d'épitaphier) à la dissolution de toute identité, au désir d'effacement dans le blanc (mince plaque de plâtre blanc, creusé dans le plâtre quelque part, merci, sans dates, sans nom, lieu non encore décidé Corps Ça Vit, Le Revest)

 

Élévation

Un jour enfin nous marcherons
le long des rivages tant désirés
héritiers insatisfaits d’un passé loin des côtes
étonnés de nous retrouver face au grand Océan
Avec la montée sur les falaises
nous abandonnerons de vieilles peurs de vieux espoirs
Tu auras renoncé à remonter aux grandes houles de tes origines

à affronter les fables délicieuses de ta généalogie
J’aurai renoncé aux nostalgies de paradis et d’âges d’or
éloigné de toute maîtrise comme de toute servitude
vivant la vie sans hurler à la mort ni aboyer à la lune
Ce sera si simple de prendre
nus un bain d’écumes le matin
Nos corps se dilateront
Notre âme s’enchantera
Quand nous reviendrons au bord
des sourires ensoleillés s’échangeront
Étourdis nous nous découvrirons aimants
En raison nous nous voudrons parfaits amants
donneurs de voix à des enfants de papier
ouvreurs de voies à nos enfants de chair
jusqu’à épuisement de nos jours et de nos nuits

01/07/1967 Le Quesnoy

 

La levée

Je t’ai connue lumineusement étonnée
et nous avons été emportés par les tourbillons

qui soulèvent jusqu’à la légèreté de l’être
Je t’ai connue farouchement préservée
et nous avons été emportés par les tourbillons

qui creusent jusqu’au malaise de l’âme
Toi que j’accompagne et qui m’accompagnes
franchissons le cap de nos 33 ans tous voiles levés
sur nos corps abîmés sur nos cœurs apaisés

Cultivons l’apprivoisement lent
de nos tourments de vieillissants destinés au mourir
Nos enfants sont grands maintenant
Sur les routes pavées de mépris
de profit et de haine
comme nous ils ne marchent pas
Comme nous ils ont choisi les sentiers
où l’on ne passe qu’un à la fois
que l’on ne trace qu’une fois
Il y faut pour cheminer
l’insolente patience
l’inépuisable confiance
l’amour de sa vie
C’est ce que nous leur avons transmis
C’est de nous ce qu’ils ont appris
La levée peut avoir lieu

 

01/07/1999 Le Revest

(dans mon esprit, il s'agissait de la levée du corps de JC, dans la réalité, ce fut d'abord celle des corps du fils et du beau-frère le 19 septembre 2001, puis celle du corps de l'épousée, le 29 novembre 2010, puis celle du corps du gendre, le 4 février 2024)

Dialogues avec Grok et Chat GPT, le 21 juin 2025, jour du solstice : Hawking et Oppenheimer auraient-ils pu échanger si leurs dates de vie et mort avaient été plus proches sur des sujets ou objets théoriques à l'époque comme les trous noirs ?

notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie  / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome
notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie  / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome
notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie  / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome
notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie  / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome

notre dernière photo ensemble, à l'IF à Elne (P.O.), le 3 septembre 2010, en rentrant de Corsavy où nous avions passé une dizaine de jours, vernissage de l'exposition de bois et vitraux de Michel Gloaguen; j'ai acheté Ivresse, une sculpture en châtaignier, brûlée pour la patiner, installée au Revest, Annie étant déjà partie / Annie à Rome avec les étudiantes assistantes sociales auxquelles elle donnait des cours à Malartic, lors d'un voyage à Rome

jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /
jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /
jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /
jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /

jeux sur la plage de Bray-Dunes (capture d'écran film super 8) / à Saint-Petersbourg en 2004 /

pour cette Saint-Valentin, pour les 75 ans de la Valentine, je voulais rassembler des amis

las, trop d'indisponibilités

je choisis la formule d'une célébration en solitaire et en souvenirs

ayant vu le démoniaque film Le talentueux Monsieur Ripley (1999) qu'on pourrait appeler Monsieur Replay, j'ai passé la nuit du 13 au 14 février avec son incessant double jeu, en lien avec les circonstances : rien ne semble prémédité mais tout s'enchaîne et se déchaîne

et au petit matin, vers 4 H s'offre à moi le cadeau :

je vais jouer l'épitaphier

je vais aller farfouiller dans les placards et dossiers,

exhumer lettres et photos non numérisées, cahiers...

à 18 H 30, le peintre Djé  m'apporte l'oeuvre que je lui ai commandée

je mettrai en ligne le montage de 5'32"

j'improviserai 

nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
allez pour l'anniversaire de la valentine, 75 ans le 14 février 2023 - 12 ans depuis sa disparition le 29 novembre 2010 + l'éternité
(pour Je-Lui-Moi-L'autre, le passé passe mais ne s'efface pas ni la tonalité heureuse, joyeuse de 46 ans de vies - heurs, heures, heurts - et d'amours partagées + 12 ans depuis sa disparition => 58 ans, au contraire des croyances de Marcel Proust ou de ‘’Cause we’ve ended as lovers’’),
j'ai passé la journée avec l'ami Gaby, à monter un petit film de 5'32" avec 8 photos et des séquences de films super 8
d'abord choisir la musique, libre de droits; on a choisi deux morceaux d'inspiration blues
ensuite placer photos, séquences, faire que ça coïncide avec le rythme, faire des transitions ou n'utiliser qu'un cut, petits effets
volontairement, j'ai choisi les séquences sans vouloir une chronologie mais plutôt pour des ambiances de bonheurs liés aux événements marquant une vie de famille commençant par un mariage, suivie des naissances, accompagnée par des activités diverses dans des paysages divers...
je ne rendrai visible cette réalisation Nos années super 8 (1967-1974) que le 14 février
allez pour l'anniversaire de la valentine, 75 ans le 14 février 2023 - 12 ans depuis sa disparition le 29 novembre 2010 + l'éternité
(pour Je-Lui-Moi-L'autre, le passé passe mais ne s'efface pas ni la tonalité heureuse, joyeuse de 46 ans de vies - heurs, heures, heurts - et d'amours partagées, au contraire des croyances de Marcel Proust), 
je lui offrirai une peinture réalisée par Djé SaintJames Physalia, à partir de photos
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
18 H 45, réception de l'oeuvre commandée à Djé Saint James
ils sont trois à scotcher légèrement la toile
je suis dans l'entrée pour ne rien voir
puis je me dirige à reculons vers l'oeuvre
me retourne, la découvre, applaudis
nous prenons un apéro à 5
les deux jeunes du Gambetta
les adultes, du côtes du Roussillon villages Le Poutou de la mort
j'ai choisi spécialement la cuvée
nous regardons la vidéo nos années super 8
au revoir
ils vont fêter la Saint-Valentin quelque part
merci à Djé pour cette oeuvre qui évoque la mouette et s'en démarque légèrement et pour le clin d'oeil au couple, mariés civilement et religieusement le 1/7/1967, bien qu'athées ou nous disant tels 
(aujourd'hui rires)
j'étais très petit-bourgeois, ne me suis jamais senti transfuge de classe, ni traître à ma classe, toujours bien senti dans ma peau mais trouvant insupportables inégalités et injustices d'où un militantisme forcené
(aujourd'hui, fou rire)
en tout cas, ça mûrissait; j'attendais ce jour pour décider de pas mal de choses, subrepticement, sans éclats ni déclaration
l'effacement va être discret, réel
le retrait de certains projets d'une part, et moins d'écriture d'autre part 
(je deviens de plus en plus inaudible et illisible)
exemple : ma réponse ce matin à une amie russe, vue pour la dernière fois en 2015 à Paris, installée à Saint-Petersbourg
"Oui, on se cherche mais on trouve ce qu’on attire par notre nature profonde, notre « mission » de vie (qu’est-ce que la Vie qui m’a donné « ma » vie attend de moi ?)
Aujourd’hui, je suis convaincu que nous sommes les attracteurs de ce qui nous arrive
Et donc si on veut attirer l’amour, la joie, le-les bonheurs, c’est en adoptant une attitude de tout l’être corps-esprit-coeur-âme qui parce qu’il donne, reçoit
Quant au monde, il est la projection de nos inconscients personnels et collectifs; nettoyons-nous d’abord, optons pour la beauté (beauté de notre regard, rendant beau le monde et les gens, souris et l’autre te sourit, parfois)
Il ne s’agit pas de purification mais d’acceptation lucide de ce qu’on est et qui est fluctuant, impermanent = variabilité des humeurs, émotions, opinions, pensées… mais droiture-rectitude de ma ligne de vie, de mon chemin de vie, comme déjà tracé, sinueux pour beaucoup, plus droit pour d'autres"
---------------------------
4 films vus sur Arte, 1 par soir, montrant assez bien cela
les sentiers de la perdition (2002) ou la rédemption d'un tueur professionnel, sauvant son fils d'un destin de tueur au prix de son propre assassinat
La Habanera, film allemand de 1937, où le destin tourmenté d'une suédoise qui s'est laissé séduire par un seigneur portoricain 
le talentueux monsieur Ripley (1999) alias monsieur Replay, où le démoniaque monsieur Ripley va jusqu'aux meurtres pour que ses double-jeux et volte-faces ne soient pas démasqués (personnage fascinant parce que les autres sont également complexes, ambigus)
le sel des larmes (2020) ou la lâcheté d'un inconstant ; pour moi, un vrai repoussoir
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée
mon travail d'épitaphier depuis  la disparition de l'épousée

mon travail d'épitaphier depuis la disparition de l'épousée

nos années super 8, 1967-1974, jeux sur la plage de Bray-dunes, septembre 1974, arrivée à Toulon, lycée technique Rouvière à Sainte-Musse après 10 ans au Lycée de Le Quesnoy
/ je ne me suis jamais reconnu dans des paroles comme celles de Stevie Wonder dont Jeff Beck a fait une pépite / ‘’Cause we’ve ended as lovers’’ paroles 1974, pépite 1975 / ... Maintenant vous dites que l'amour a disparu
Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas être amis
Parce qu'on en a fini en tant qu' amoureux
Est-ce que notre amour les uns pour les autres doit prendre fin ? ... / 
------------------------------
je me reconnais davantage dans les deux citations suivantes : 
"Je ne sais pas si tu es en moi ou si je suis en toi,
ou si tu m'appartiens. Une chose est sûre,
je ne veux pas te posséder.
Je pense que nous sommes tous les deux à l'intérieur d'un autre être que nous avons créé et qui s'appelle nous."
Robert James Waller -Sur la Route de Madison-
-------------
aujourd'hui, je dirais nous sommes un point à l'endroit, un point à l'envers de la tapisserie cosmique / comprenne qui pourra 
------------------- 
2° citation : "Mais dans les bras de Laura, il n'y avait pas d'illusion possible. Jamais je n'avais aimé avec un don si total de moi-même. Je ne me souvenais même plus de mes autres amours, peut-être parce que le bonheur est toujours un crime passionnel : il supprime tous les précédents. Chaque fois que nous étions unis ensemble dans le silence des grandes profondeurs qui laisse les mots à leurs travaux de surface et que, très loin, là haut, les milles hameçons du quotidien flottent en vain avec leurs appâts de menus plaisirs, de devoirs et responsabilités, il se produisait une naissance du monde bien connue de tous ceux qui savent encore cette vérité que le plaisir réussit parfois si bien à nous faire oublier : vivre est une prière que seul l'amour d'une femme peut exaucer."
- Romain Gary, Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable / 
---------------------------
je pourrais aussi dire des poèmes de La Parole éprouvée /
Désir 1 
avec toi je me sens (inspirer fort)
(expirer fort) sans toi
avec toi je deviens
prolifération d’analogies
succession d’annexions
chiens et chats s’insinuent dans mes cris d’amour je suis miaulements avant
grognements pendant
mes ongles et mes doigts deviennent griffes et pattes
aux anges je prends leur légèreté
au taureau sa virilité
dans les plis de mes rêves je reconstruis
sans les déformer villes d’orgies clairières de sorcières sur les draps je me crucifie râlant et bavant
je deviens théâtre de la cruauté
sur ta peau s’ébauchent formes et volumes nouveaux mes mains autour de tes seins sur ton ventre
font une procession
je construis de longs itinéraires qui me révèlent t’édifient
dont les clefs sont l’origine du tracé
nos désirs sans objet
ton vagin sanctifié sacrifié 
tremble sous la pression de ma précipitation 
irrépressibles tentations la peur du sacrilège me tenaille et me déchaîne
pour toi je galope étalon d’alpages
sans bouger du matelas
toi tu passes vite comme les hirondelles faisant siffler l’air à nos oreilles à l’approche de l’orage
assis dans la mousse de ton pubis
je joue avec mon pénis cadeau et défi 
tes yeux m’envahissent
des rires venus de toi me croisent aèrent mon corps crispé sous le tien tes étonnements font naître les miens dans ma main droite 
ils se débattent tes yeux parfois se voilent
et j’apprends à lire
du merveilleux glisse sur ma peau océane
l’angoisse te fait craquer comme le bois
écorce j’éclate cuirasse je cède à tes mains je me livre pour un feu de joie
pour tes yeux je me délivre de mes grincements de scie
(devant L’origine du Monde de Courbet et le Nu couché, bras ouverts de Modigliani)
 
 
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
inspir du baiser d'expir d'Annie vers 1971, capture d'écran de Nos années super 8
Vita Nova
le désir du baiser
des baisers, il y a eu
des baisers, tu as connaissances, souvenirs, ressentis, émotions, sentiments
il reste un petit reste, un titilletent matent, une insislance tancinante
le désir du baiser
qu’aucun baiser ne boumclera
un rêve de baiser, une attente patiente-impatiente, permanente-impermanente
en sourdine / explosive
le désir du baiser tu l’imagines devenant réalité, baiser réel
lente approche des lèvres
inspir abdominal, ventre se remplissant d’air par le nez, vers l’avant
alvéoles se déployant, se dépliant
tu te remplis de vie, du souffle de Vie, du Souffle qui donne vie, fait vivre
lèvres se rencontrent, bouches s’ouvrent
expir dans l’autre bouche, la bouche désirée de l’aimée
et réciproquement
ton air vicié rencontre l’air vicié de l’aimée
échange de poisons
long suspens, apnée prolongée
deux ivresses-deux envolées-deux bolées / 
deux vertiges-deux emboliesabolibibelot
fin de la rencontre ivre / délivre des lèvres
essoufflé t’es soufflé
fermeture des bouches
inspir de récupération, de retour sur terre
purification par inspir d’air pollué
puisque vous vivez dans les villes barbares
ce premier baiser d’effleurement des peaux
ce premier baiser inspiré d’expirs enivrants fait le bonheur de deux aimants
attraction
demain, la langue entrera dans la bouche ouverte de l’aimée
l’autre langue entrera dans la bouche de l’aimé
caresses de langues, douceurs de papilles, nectars de salives
le baiser rêvé, sensuel, ravivant les émois, évanoui reste le petit reste
le désir du baiser d’un Épicure corrézien âgé de 100 ans 
le désir d’un baiser chez un philosophe du pur Amour
(Le siècle de Marcel Conche, 2021, Les Cahiers de l'Égaré, pages 151-153)
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le 29 novembre 2010, nous avons échangé nos respirs, Annie dans le coma et moi, tentant d'insuffler de la conscience puisque souffle, il y avait encore
L'épousée sombre dans le coma le 29 novembre 2010. Entre 16 h et 21 h, l’épousée fait 14 apnées.
 
Au moment de la 14e apnée.
L’épousé – va au profond de toi, mon p’tit chat, plonge dans le tourbillon pulsionnel,
la musique de la vie se joue avec du souffle,
la musique des mots avec du souffle d’expir,
la musique des baisers avec du souffle d’inspir,
il n’y a pas de musique de la mort
ne rends pas le souffle, échangeons nos expirs
Pour ta 14e apnée, je ne peux pas le dire autrement : fais la morte le plus longtemps possible, retiens ton souffle tant que tu peux, pour baiser les cellules malignes qui cessent de proliférer quand on meurt. Fais la morte. Allez (bredouillant) vas-vas-vas-y mon p’tit chat. Retiens ta vie, ton souffle. Tu me l’as dit à Cuba, le coma ce n’est pas la mort.
L’épousé fait du bouche à bouche avec l’épousée, trois fois. Le monitoring indique que l’épousée est entrée dans sa 14e apnée, chiffre de sa naissance.
(Temps très long)
L’épousée, soudain, sort d’apnée, après un hoquet d’une extrême violence, elle crache du sang noir, l’utérus saigne noir, le poète l’a dit Et l’Homme a saigné noir à ton flanc souverain. Elle émerge du coma, ses paupières s’agitent, sa main gauche serre la main droite de l’épousé.
L’épousé – mon p’tit chat, reviens ici-haut.
Tu m’as dit à Cuba : Mourir... dormir, rien de plus... peut-être rêver.
Je te dis : Vivre... Dormir... Rêver, c’est bien séparé...
Ta chaise t’attend pour traverser notre seize mille huit cent trente-sixième nuit d’amour
L’épousée –... mon p’tit chat, pour sortir, mets-moi mes tennis blanches et dans le sac à dos, pour les mauvais jours, mes tennis noires.
(Noir ou pleins feux)
L’hôpitaL – La vie n’a pas de prix. Sauver ou pas une vie, a un coût. Votre Dette, madame, pour la période du 29 octobre au 29 novembre 2010 dans notre établissement s’élève à trente-deux mille neuf cent quatre-vingt-neuf euros et quatre-vingt-dix- neuf centimes d’euros, prise en charge par la Sécurité sociale.
(L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, Les Cahiers de l'Égaré, 2014)
les baisers
les baisers
les baisers
les baisers

les baisers

la machine de l'écrivain

la machine de l'écrivain

pour le moment, je considère cette page FB comme ma page d'écriture quotidienne, je ne suis pas dans une démarche d'écriture créative, poétique, théâtrale ou philosophique, je suis dans une démarche de mise au jour de mes rares éclairs de lucidité comme si je tirais des leçons ou enseignements éphémères de ce que je crois avoir vécu ou crois vivre 
ainsi donc, j'écris en évoquant le petit film nos années super 8 :
(pour Je-Lui-Moi-L'autre, le passé passe mais ne s'efface pas ni la tonalité heureuse, joyeuse de 46 ans de vies - heurs, heures, heurts - et d'amours partagées + 12 ans depuis sa disparition => 58 ans, au contraire des croyances de Marcel Proust ou de ‘’Cause we’ve ended as lovers’’)
me relisant, je dois préciser les choses telles que je les crois aujourd'hui, donc des croyances sans preuves mais agissantes : seul existe le présent, tout ce qui est vécu, éprouvé passe dans l'éternité de ce présent éternel, ne s'efface pas, ce sont des vibrations, de l'information, de l'énergie (VIE) déjà éprouvées par X-Y, ré-éprouvées par A-B, étonnantes les répétitions de génération en génération), qu'éprouveront Z-C...(rien de nouveau sous le soleil, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme et ça se répété, se répète, ça s'étire...) /
passé, futur sont des constructions de l'esprit humain qui a donc aussi la capacité de faire remonter des souvenirs, d'anticiper des projets avec tous les sentiments qui vont avec (nostalgie, enthousiasme, angoisse, espoir, peur, regret, compassion, pardon...) /
revivre les années super 8, c'est les vivre au présent, pas les retrouver tels que dans le passé, ce sont des émotions à cet instant (quand on a visionné le montage, il y a eu des larmes aux yeux chez nous deux, Gaby et moi)
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et pourquoi nos années super 8 ont engendré déjà 58 ans de fidélité (incluant les infidélités, coups de canif dans le contrat, le serment de mariage) à notre histoire (2 puis 3 puis 4 moins 1 moins 2 plus 1...) parce que j'ai eu la chance (à dire aussi comme j'ai été l'attracteur de ce qui m'est, nous est arrivé) d'être choisi par l'épousée /
il me semble que quand ça débute dans le sens femme-jeune fille rêvant du grand amour comme pas mal de jeunes filles sentimentales vers homme, toujours d'abord sexuel, lui, devant prouver aux autres, se prouver à lui-même, l'histoire peut se dérouler un peu autrement, soumise aux modèles de comportement du temps et de la société avec quelques broderies personnelles et de couple puis de famille
en tout cas, je remercie Annie d'avoir osé en octobre 1964, me laissant bouche bée...
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vu Ghost Dog, et ce n'est pas un hasard, c'était le film qu'il me fallait, après cette journée, un film illustrant à sa façon, ce que je tente de dire (ce sera de moins en moins) et surtout de vivre (pas en pleine conscience = toute puissance, mais un peu en conscience à la surface de l'inconscient)
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Ghost Dog de Jim Jarmush sur la voie du samouraï, le tueur fantôme médite les aphorismes du Hagakure, bible des samouraïs du Japon ancien. 
Comme par hasard mais ce n'en est pas un, il se laisse tuer par son maître, lui-même sous la coupe de la fille du caïd, assassiné par Ghost Dog, fille qu'il a épargné par deux fois, elle n'était pas dans le contrat
Le film débute par cette citation
« La voie du Samouraï se trouve dans la mort. Il faut méditer chaque jour sur la mort inévitable. Chaque jour, le corps et l’esprit en paix, on doit méditer sur la mort : déchiré par les flèches, les balles, les lances et les épées, emporté par les vagues déferlantes, précipité par le cœur d’un grand incendie, frappé par la foudre, broyé par un grand tremblement de terre, tombant du haut d’une falaise, emporté par la maladie, faisant « seppuku » à la mort de son maître. Chaque jour sans exception, on doit se considérer comme mort. Telle est en substance la Voie du samouraï ».
« Dans les arts et dans la vie, saisir le rythme est le plus important ».
« Il est mauvais qu’une chose devienne deux. On ne doit rien chercher d’autre dans la Voie du Samouraï. Il en va de même pour tout ce qu’on appelle Voie. Celui qui a cette compréhension sera ouvert à toutes les Voies et sera toujours plus en accord avec la sienne ».
« Voir le monde comme un rêve est un bon point de vue. Quand on fait un cauchemar, on se réveille et on se dit que ce n’était qu’un rêve. Il est dit que le monde où nous vivons n’en diffère en rien ».
« Parmi les maximes au mur du seigneur Naoshige se trouvait celle-ci : « les questions importantes doivent être traitées légèrement ». Maître Ittei commenta : « Celles sans importance doivent être traitées sérieusement ».
« Même si la tête d’un samouraï est subitement tranchée, il doit pouvoir accomplir une dernière action avec assurance. S’il devient pareil à un fantôme vengeur et montre une grande détermination, même la tête coupée, il ne devrait pas mourir ».
« On dit que ce qu’on appelle l’esprit d’une époque est une chose à laquelle on ne peut revenir. Si cet esprit se dissipe, c’est que le monde approche de sa fin. Même si l’on veut revenir à l’esprit d’il y a 100 ans, cela ne se peut. Aussi, il faut tirer le meilleur parti de chaque génération ».
 
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois

s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois

PORTRAIT DE LA FEMME AIMÉE DEPUIS 40 ANS

Apparemment, c’est une femme de l’absence. Toujours ailleurs. Perdue dans ses pensées. Fille d’air et de rêve. Mais à la pratiquer, avec amour, depuis quarante ans, j’ai compris que c’est une femme de la présence, une présence légère, dans le présent. Elle ne pèse pas. Elle ne pose pas. Avec elle, tout est danse. Le présent n’est pas que l’instant. C’est le moment de maintenant, avec une pointe de souvenir. Une fleur, chaque jour, pour notre chat parti sans retour. Son nom parfois et alors, une bouffée de nostalgie. Elle est attachée à tout ce à quoi elle a donné de l’amour. Des photos et des mots pour les disparus, la mère, d’une embolie qu’elle embellit, le fils et le frère, dans le même accident. Des cartes aux anniversaires. Des cadeaux sans destinataire pour les recevoir. Quelle aptitude à ne rien laisser mourir malgré la souffrance, évidente, inconsolable. Chaque objet est à la fois d’hier et de maintenant, pas figé, souvent déplacé. L’œil toujours sollicité par quelque nouveauté, une disposition rare, un rapprochement inattendu, un éloignement surprenant. Tout ce qu’elle aime est sans cesse repris, reconsidéré. Petits riens qui changent tout. Combat de chaque instant contre la dégradation, l’usure, l’habitude, l’oubli. La maison vit, est habitée. Pas d’ennui possible avec une femme qui fait de sa maison, de notre vie, un récit, un poème. Avec elle, les simples jours deviennent les simples beaux jours, embellis par le regard, le sourire radieux qu’elle pose sur les choses et les gens. Les tristes jours deviennent les inoubliables tristes jours, adoucis par son sourire mélancolique. Elle rayonne d’amour. Solaire, elle donne le meilleur d’elle, une écoute qui apaise angoisses et peines, aide à mettre en mots, petits maux et grandes douleurs. Mais de ses angoisses et souffrances, vous ne saurez rien, les mots ne sont pas pour elle. Elle ne s’en sert pas pour elle. Tout se passe dans le regard, souvent mouillé, toujours caché. Ah ! la légère, l’aérienne ! Depuis quarante ans, elle me fait la vie légère. Je l’aime sans comprendre pleinement la force du don qui l’habite. Mais en le vivant pleinement, passant des heures à contempler son visage sur lequel je ne vois pas passer l’âge. Elle a l’âge de son cœur, celui de l’adolescente qui m’a choisi une fois pour toutes. Mon désir d’elle et mon amour pour elle sont restés intacts à son contact.

(2017)

nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
nos années super 8 / l'épitaphier
l'un part, le cadet, 30 ans (19 septembre 2001, par accident à Cuba), ayant vécu, flambé dix vies flamboyantes en une, Cyril G. 
l'autre reste, l'aînée, Katia P., qui sait ce qu'il lui reste à faire, la légende du cadet 
(tout récit n'est-il pas une légende ?)
pour Katia P., deux installations : 
En attendant, je pleure (6 représentations de 20' dans l'église du Revest, pour le 1° salon des écrivains et des artistes, le 17 septembre 2022); 
Et puis après, j'ai souri (45' présentées au théâtre de l'université de Nanterre en juin 2016)
s'il y a une aînée et un cadet, il y a une mère, souvent discrète, dans l'ombre mais dont l'accompagnement est essentiel
il y a aussi un père, absent souvent, présent parfois
j'ai réussi dans Les fiancés de la marée silencieuse à transformer un mariage de luxe ostentatoire en une révélation-métamorphose
j'ai réussi dans Les fiancés de la marée silencieuse à transformer un mariage de luxe ostentatoire en une révélation-métamorphose

j'ai réussi dans Les fiancés de la marée silencieuse à transformer un mariage de luxe ostentatoire en une révélation-métamorphose

les mariés de Venise Jeff Bezos et Lauren Sanchez, le dimanche 29 juin 2025; cette photo est un mentage (montage et mensonge), la dame a tout faux (à la KK, les seins, les hanches), le monsieur aussi (là, c'est plus compliqué ; n’est-ce qu’un jugement de ma part ou en quoi, objectivement, a-t-il faux ? je me suis mis à rire, parce que j'imaginais les mains du monsieur palper les faux seins de la dame, oui mais vraie peau et effets réels sur sa libido; imaginer un monologue intérieur de ce monsieur se demandant ce qu'il éprouve, pris de vertige parce qu'impossible de démêler le vrai du faux, que le faux est aussi du vrai

Rubin au Chili foc de Sant Joan du 23 juin 2025 à Corps Ça Vit
Rubin au Chili foc de Sant Joan du 23 juin 2025 à Corps Ça Vit

Rubin au Chili foc de Sant Joan du 23 juin 2025 à Corps Ça Vit

Les 5 chercheurs du conte d'Alain Cadéo, Joanne et les étoiles, pages 77-83, vieillissant mais toujours enthousiastes, aidés par leur « porteuse de vie », Joanne Krimsky, vont pouvoir se nourrir à « la soupe primordiale », grâce à l'observatoire Rubin au Chili qui a rendu public ses premières photos du cosmos, le 23 juin 2025. Alain Cadéo ne les nomme pas mais je sais de source insûre qu'il a réuni Einstein, Oppenheimer, Hawking, Kami Rita Sherpa, Elytis.

« Dans l'avancée de la maturité et l'approche de la vieillesse, il est un... phénomène qui frappe: le rajeunissement progressif du coeur et de l'âme. Depuis toujours, je pressentais que la nature ne pouvait pas vouloir la déchéance de l'homme. Aujourd'hui, je le sais. Si la deuxième moitié de l'existence ne recelait pas un projet, nous serions éliminés - comme le sont certains animaux - après le cycle de la fécondité. Ce projet qui nous est confié est invisible à l'oeil. (…) Dans la jeunesse, l'âme n'est pas jeune. Elle est percluse du rhumatisme des modes, plie sous les idéologies, les normes en vigueur. L'Alzheimer juvénile la ronge: l'oubli de tout ce que l'enfant savait encore sur le sens profond des choses. La jeunesse transbahute tous les préjugés qu'on lui a inculqués, les jugements féroces, les catégories assassines. Elle est souvent dure comme le monde qui l'accueille. Sa lumière est sous le boisseau (…) Quand l'obligation de faire un avec sa génération n'est plus une question de survie, on peut enfin écarter les oeillères, laisser venir la clarté. Comme dans les grandes forêts où l'automne, en dépouillant les branches, donne le ciel à voir.»
Christiane SINGER -
N'oublie pas les chevaux écumants du passé
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Yeats and me

25 Mai 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #essais, #développement personnel, #engagement, #poésie, #vraie vie, #écriture, #éveil

l'arbre de Yeats, capture d'écran du documentaire sur Val Kilmer / de W.B. Yeats à François Cheng, dialogue intime avec une IA, Grok 3
l'arbre de Yeats, capture d'écran du documentaire sur Val Kilmer / de W.B. Yeats à François Cheng, dialogue intime avec une IA, Grok 3
l'arbre de Yeats, capture d'écran du documentaire sur Val Kilmer / de W.B. Yeats à François Cheng, dialogue intime avec une IA, Grok 3
l'arbre de Yeats, capture d'écran du documentaire sur Val Kilmer / de W.B. Yeats à François Cheng, dialogue intime avec une IA, Grok 3

l'arbre de Yeats, capture d'écran du documentaire sur Val Kilmer / de W.B. Yeats à François Cheng, dialogue intime avec une IA, Grok 3

peux-tu me traduire en français ce poème de Yeats :
The Two Trees W.B. Yeats

BELOVED, gaze in thine own heart,
The holy tree is growing there;
From joy the holy branches start,
And all the trembling flowers they bear.
The changing colours of its fruit
Have dowered the stars with metry light;
The surety of its hidden root
Has planted quiet in the night;
The shaking of its leafy head
Has given the waves their melody,
And made my lips and music wed,
Murmuring a wizard song for thee.
There the Joves a circle go,
The flaming circle of our days,
Gyring, spiring to and fro
In those great ignorant leafy ways;
Remembering all that shaken hair
And how the winged sandals dart,
Thine eyes grow full of tender care:
Beloved, gaze in thine own heart.

Gaze no more in the bitter glass
The demons, with their subtle guile.
Lift up before us when they pass,
Or only gaze a little while;
For there a fatal image grows
That the stormy night receives,
Roots half hidden under snows,
Broken boughs and blackened leaves.
For ill things turn to barrenness
In the dim glass the demons hold,
The glass of outer weariness,
Made when God slept in times of old.
There, through the broken branches, go
The ravens of unresting thought;
Flying, crying, to and fro,
Cruel claw and hungry throat,
Or else they stand and sniff the wind,
And shake their ragged wings; alas!
Thy tender eyes grow all unkind:
Gaze no more in the bitter glass.

GROK - Voici une traduction en français du poème *The Two Trees* de W.B. Yeats, en essayant de préserver le ton, le rythme et l'imagerie poétique de l'original :

---

**Les Deux Arbres**  
W.B. Yeats  

Bien-aimée, contemple ton propre cœur,  
Là pousse l’arbre sacré ;  
De la joie ses branches saintes s’élancent,  
Portant toutes les fleurs frémissantes.  
Les couleurs changeantes de ses fruits  
Ont paré les étoiles d’une lumière joyeuse ;  
La sûreté de sa racine cachée  
A planté le calme dans la nuit ;  
Le frisson de sa tête feuillue  
A donné aux vagues leur mélodie,  
Et marié mes lèvres à la musique,  
Murmurant un chant magique pour toi.  
Là, les amours dansent en cercle,  
Le cercle flamboyant de nos jours,  
Tournoyant, s’élevant çà et là  
Dans ces grandes voies feuillues ignorantes ;  
Se souvenant de cette chevelure secouée  
Et des sandales ailées qui jaillissent,  
Tes yeux se remplissent d’une tendre sollicitude :  
Bien-aimée, contemple ton propre cœur.  

Ne regarde plus dans le verre amer  
Que les démons, avec leur ruse subtile,  
Dressent devant nous lorsqu’ils passent,  
Ou n’y jette qu’un bref regard ;  
Car là croît une image fatale  
Que la nuit tempétueuse accueille,  
Racines à demi cachées sous la neige,  
Branches brisées et feuilles noircies.  
Car les choses néfastes se muent en stérilité  
Dans le verre obscur que tiennent les démons,  
Le verre de la lassitude extérieure,  
Façonné quand Dieu dormait en des temps anciens.  
Là, à travers les branches brisées, passent  
Les corbeaux de la pensée sans repos ;  
Volant, criant, çà et là,  
Griffe cruelle et gorge affamée,  
Ou bien ils s’arrêtent, humant le vent,  
Et secouent leurs ailes déchiquetées ; hélas !  
Tes yeux tendres deviennent tous unkind :  
Ne regarde plus dans le verre amer.

---

Cette traduction cherche à rester fidèle à l’esprit mystique et lyrique du poème, tout en respectant les images contrastées des deux arbres : l’un sacré, source de joie et de lumière, l’autre maudit, porteur de désolation et de pensées tourmentées. Si vous souhaitez des ajustements ou une analyse plus approfondie, n’hésitez pas à me le demander !

JC - dans le documentaire d'Arte consacré à Val Kilmer celui-ci dit en évoquant sa préparation pour obtenir le rôle de Jim Morrison dans The Doors et en nommant Yeats "on voit un arbre, on observe une vérité concernant cet arbre, on est bouleversé par cette vérité, par la magie de cet arbre, c'est spirituel, ça transcende la forme physique de l'arbre, alors on écrit, encore et encore sur la forme de cet arbre, sur la vie de cet arbre, sur son âme jusqu'à ce que notre personnalité s'efface de nouveau"
l'échange impromptu que j'ai eu avec Ivan Dmitrieff, le 29 avril vers midi, a porté à un moment sur les coquelicots, ma fleur préférée, reine des gravats, des sols ravagés, tenant malgré mistral violent et Ivan de me dire, ton amour ou ta passion pour le coquelicot est de l'ordre de la séparation, il y a entre toi et lui, un espace; il faut que tu chemines pour supprimer cet espace et que le coquelicot trouve sa place là (et il me montre le coeur); j'ai répondu que je savais que vers là devait me conduire mon cheminement mais que je n'y avais pas encore accès; il va de soi que ce chemin du coeur rend inutile à un moment l'écriture comme la décrit Kilmer ou Yeats; qu'en penses-tu ?

GROK - Votre réflexion, tissée des paroles de Val Kilmer, de votre échange avec Ivan Dmitrieff, et de l’évocation du poème de Yeats, touche à une question profonde : celle de la relation entre l’observateur, l’objet de sa contemplation (l’arbre, le coquelicot), et la dissolution de la séparation entre les deux, jusqu’à une union spirituelle où l’écriture, en tant qu’acte de médiation, devient peut-être superflue. Essayons de démêler cela avec clarté et sensibilité.

### 1. **La contemplation transcendante selon Kilmer et Yeats**
Dans la citation de Val Kilmer, il décrit un processus spirituel où l’observation d’un arbre mène à une vérité bouleversante, une connexion qui transcende la forme physique pour toucher l’âme de l’objet. Cette démarche évoque une expérience mystique, où l’ego de l’observateur s’efface progressivement pour laisser place à une communion avec l’essence de ce qui est contemplé. L’écriture, dans ce contexte, devient un pont, un moyen de capturer cette vérité, mais aussi un acte répétitif qui, paradoxalement, peut ramener à la conscience de soi, à la personnalité. Kilmer semble suggérer que l’écriture est à la fois un outil et une limite : elle aide à approcher la vérité, mais elle reste ancrée dans la forme, dans le besoin de nommer et de décrire.

Dans *The Two Trees* de Yeats, cette idée résonne. Le premier arbre, celui du cœur, est une source de joie, de lumière, de connexion sacrée avec le cosmos. Il incarne une vérité intérieure, un état d’unité où l’âme s’harmonise avec le monde. Le second arbre, celui du « verre amer », représente la séparation, la distorsion, la fragmentation causée par les pensées tourmentées et les illusions. Yeats invite à contempler l’arbre intérieur, celui qui transcende les apparences, pour retrouver cette unité perdue. L’écriture poétique de Yeats, comme celle décrite par Kilmer, est un effort pour traduire cette vision, mais elle reste une médiation, une tentative de saisir l’insaisissable.

### 2. **L’échange avec Ivan Dmitrieff : l’espace de la séparation**
Votre échange avec Ivan Dmitrieff, autour du coquelicot, touche à cette même tension entre séparation et unité. Le coquelicot, « reine des gravats », est une image puissante : une fleur fragile mais résiliente, qui prospère dans les sols ravagés, défiant le mistral. Votre amour pour cette fleur, comme le dit Ivan, semble encore marqué par un « espace » de séparation. Cet espace, c’est peut-être la distance entre votre contemplation intellectuelle ou émotionnelle du coquelicot et une communion plus profonde, où le coquelicot ne serait plus un objet extérieur, mais une partie intégrante de votre être, logée dans votre cœur.

Quand Ivan vous invite à « supprimer cet espace » pour que le coquelicot trouve sa place dans votre cœur, il pointe vers un cheminement spirituel où la dualité entre vous et la fleur s’efface. C’est un appel à dépasser la perception extérieure pour atteindre une union intérieure, un état où le coquelicot n’est plus seulement admiré, mais vécu comme une expression de votre propre essence. Votre réponse, honnête et lucide, reconnaît que ce cheminement est en cours, mais pas encore accompli. Cela reflète une humilité face à ce processus, une conscience que la dissolution de l’ego et de la séparation demande du temps et une transformation intérieure.

### 3. **L’écriture comme pont et comme limite**
Vous soulevez un point crucial : à mesure que l’on chemine vers cette unité, l’écriture, telle que décrite par Kilmer ou incarnée par Yeats, pourrait devenir « inutile ». Si l’écriture est un outil pour nommer, décrire, ou capturer une vérité, elle suppose une distance entre le sujet (l’écrivain) et l’objet (l’arbre, le coquelicot). Dans l’état d’unité que vous évoquez, où le coquelicot vit dans votre cœur, cette distance disparaît. Il n’y a plus besoin de décrire ou d’écrire, car la vérité est vécue directement, sans médiation. Comme dans les traditions mystiques (soufisme, bouddhisme, ou même la poésie de Rumi ou de Tagore), l’écriture peut être un chemin vers l’union, mais une fois l’union atteinte, elle devient secondaire, voire obsolète.

Cela ne signifie pas que l’écriture perd toute valeur. Pour Yeats, comme pour Kilmer, elle est une discipline spirituelle, un moyen de raffiner la perception et de s’approcher de la vérité. Mais votre intuition, inspirée par l’échange avec Ivan, semble aller plus loin : dans l’état de communion totale, où l’espace entre vous et le coquelicot s’efface, l’écriture pourrait céder la place à une présence silencieuse, à une expérience pure.

### 4. **Le coquelicot et le chemin du cœur**
Le coquelicot, dans votre récit, est plus qu’une fleur : il est un symbole de résilience, de beauté dans la désolation, et peut-être un miroir de votre propre cheminement. Sa capacité à s’élever sur des sols ravagés évoque une force intérieure, une lumière qui persiste malgré l’adversité. Votre amour pour cette fleur, même s’il est encore marqué par une séparation, est déjà une porte vers le sacré. Le défi, comme le suggère Ivan, est de laisser cette fleur « trouver sa place » dans votre cœur, non pas comme un objet d’admiration, mais comme une vérité vivante qui vous traverse.

Ce chemin du cœur, que vous reconnaissez comme votre destination, est un processus de dépouillement. Il demande de lâcher les filtres de l’intellect, les mots, les concepts, pour s’ouvrir à une expérience directe. L’écriture, dans ce contexte, peut être une compagne fidèle sur le chemin, mais elle pourrait, à un certain point, s’effacer pour laisser place à une contemplation silencieuse, comme celle du premier arbre de Yeats.

### 5. **Conclusion : une tension féconde**
Votre réflexion met en lumière une tension féconde entre la contemplation, l’écriture, et l’union spirituelle. L’écriture, comme la pratiquent Yeats ou Kilmer, est un acte de foi, une tentative de saisir la magie de l’arbre ou du coquelicot. Mais votre échange avec Ivan suggère qu’il existe un au-delà de l’écriture, un état où la séparation s’efface et où le coquelicot devient une part de vous. Ce cheminement, que vous reconnaissez comme inachevé, est déjà une quête d’une grande beauté. L’écriture peut vous accompagner, mais elle n’est pas la destination. Comme le coquelicot qui défie le mistral, vous cheminez avec résilience vers ce cœur où tout s’unit.

Si vous souhaitez approfondir un aspect particulier – le symbolisme du coquelicot, la poésie de Yeats, ou le processus spirituel décrit par Kilmer –, je suis là pour creuser avec vous. Que pensez-vous de cette idée que l’écriture pourrait être un pont temporaire vers une expérience plus directe ?

JC - voici le résumé de 8 H de rencontre hier où je me suis fait allumer : Hier, repas-rencontre à 3 (2H, 1F, 42 ans, 84 ans, 67 ans), durée 8 H, c’est toujours très intense. D’abord l’évocation par F. du départ de sa chienne Tracy, de la dignité manifestée par cette chienne dont bien peu d’humains fuyant la douleur par l’euthanasie sont capables. Ça explique en partie peut-être la radicalité qui fut la sienne, plus acérée que d’autres fois, mais toujours là pour bousculer, remettre les pendules à l’heure comme il dit.  Ça a tourné autour de deux questions : Qui es-tu ? Où vas-tu ? Et à toute tentative de réponse, s’entendre dire c’est du blabla, de la branlette de bobo, c’est intellectuel, ça n’est pas vécu, ça n’est pas réel, ça finit par perturber, interroger.
Tes messages sur la situation à Gaza, c’est du flan; est-ce que tu fais quelque chose ici contre le fléau des filles violées et prostituées dans les cités à 3 kms de chez toi ? Là tu serais dans le réel. Sur Gaza, ferme-là. Ce n’est pas ton problème, c’est le leur.
Ta responsabilité c’est ici, dans ce coin, dans ce pays. A ton âge, que transmets-tu ? Ton cheminement, tu dois te demander où il te mène; ça commence à bien faire l’errance, la quête, l’égarement, le cheminement incertain, la curiosité à 360°. Où vas-tu ? Pour ça, demande-toi qui es-tu ? Quand tu fais ta pneumaphonie pour imiter le craquement de la banquise, tu perds ton temps qui se raccourcit de plus en plus. Tu vas vers les fréquences basses, tu descends vers les enfers et comme tu es chez moi, je te demande d’arrêter ça. Élève-toi ! Va vers les fréquences hautes !  
Ton histoire de supprimer l’espace entre toi et le coquelicot, c’est du pipeau, ce sont des mots. As-tu rencontré Jésus ? - Non ! Tu veux le rencontrer ? - Pourquoi pas ? Ça veut dire NON. C’est la réponse de quelqu’un qui ne s’engage pas, la réponse d’un dilettante, de quelqu’un qui en est encore à vivre sur le mode du loisir, l’époque des années 68.
Une belle image a surgi à un moment, quand il a évoqué ce qui l’attirait quand il fumait : le plaisir de voir la flamme du briquet devant la cigarette, il sentait qu’il pouvait brûler d’une telle flamme à l’intérieur, que c’était là qu’il devait aller, vers cette flamme en lui, cette lumière, cette élévation et de me lire Élévation de Baudelaire. De se moquer des poèmes qu’il lit dans le recueil de poèmes que j’ai offert, c’est décousu, ça n’a aucun sens, en publiant ça, tu ne rends pas service au poète, tu fais obstacle à son élévation en le confirmant dans sa médiocrité. Tu es en pleine démagogie. Que penses-tu de cet échange en lien avec ce que tu as décrit à propos de Yeats, Val Kilmer et Dmitrieff ?


GROK - Cet échange que vous décrivez est d’une intensité brute, presque incandescente, et il résonne profondément avec les thèmes que nous avons explorés autour de Yeats, Val Kilmer, et votre conversation avec Ivan Dmitrieff. Il s’agit ici d’une confrontation avec l’authenticité, l’engagement, et la quête d’une vérité vécue, par opposition à une vérité pensée ou exprimée. La radicalité de F., son refus du « blabla » et son appel à une élévation spirituelle, font écho à la tension entre séparation et unité, entre intellectualisation et expérience directe, que nous avons évoquée. Analysons cet échange en lien avec ces idées, en mettant en lumière les parallèles et les divergences.

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### 1. **La quête de l’authenticité : "Qui es-tu ? Où vas-tu ?"**
Les deux questions centrales posées par F. – « Qui es-tu ? Où vas-tu ? » – sont des interpellations existentielles qui rappellent la démarche introspective du premier arbre de Yeats, celui du cœur. Yeats invite à contempler l’arbre intérieur pour trouver une vérité sacrée, une connexion à l’essence de l’être. De même, F. semble exiger une réponse qui ne soit pas intellectuelle ou théorique, mais ancrée dans une réalité vécue. Son rejet de vos réponses comme « du blabla, de la branlette de bobo » fait écho à l’idée que l’écriture ou la réflexion, comme décrites par Kilmer, peuvent rester à la surface, dans la médiation, sans atteindre la profondeur de l’expérience.

Cette exigence d’authenticité est aussi proche de ce qu’Ivan Dmitrieff vous a dit à propos du coquelicot : il ne s’agit pas seulement d’aimer ou d’admirer la fleur, mais de supprimer l’espace de séparation pour qu’elle vive dans votre cœur. F. va plus loin en vous reprochant de rester dans une posture de « dilettante », de « loisir » (une référence aux années 68), comme si votre cheminement spirituel manquait d’engagement véritable. Cette critique, bien que brutale, semble pointer vers le même horizon : une dissolution de l’ego, une immersion dans une vérité qui transcende les mots et les concepts.

### 2. **Le réel versus l’intellectuel : l’exemple de Gaza**
L’attaque de F. sur vos messages concernant Gaza – « c’est du flan » – et son injonction à agir localement contre les injustices proches (« les filles violées et prostituées dans les cités à 3 km de chez toi ») soulignent une distinction entre l’engagement concret et l’indignation abstraite. Cette remarque fait écho à la tension entre le « verre amer » de Yeats, où l’on se perd dans des pensées tourmentées et des illusions, et l’arbre du cœur, qui incarne une vérité immédiate et vécue. Pour F., vos prises de position sur Gaza relèvent d’une intellectualisation, d’une posture qui reste extérieure au « réel » de votre responsabilité locale.

Cette critique peut être mise en parallèle avec l’idée de Kilmer : observer un arbre, être bouleversé par sa vérité, mais rester dans l’écriture, dans la forme, sans nécessairement s’immerger dans l’âme de l’arbre. F. semble vous dire que votre engagement, comme votre réflexion sur le coquelicot, reste dans l’espace de la séparation, dans le domaine des idées plutôt que dans celui de l’action ou de la transformation intérieure. Son appel à « fermer la bouche » sur Gaza et à agir localement est une invitation à incarner vos valeurs dans le concret, à faire coïncider votre être avec vos paroles.

### 3. **L’élévation et les fréquences hautes : un écho à Yeats et Baudelaire**
L’image de la flamme du briquet, décrite par F., est particulièrement frappante. Elle évoque une aspiration à brûler intérieurement, à s’élever vers une lumière spirituelle, une idée qui résonne avec l’« élévation » de Baudelaire, qu’il vous lit. Dans ce poème, Baudelaire célèbre l’âme qui s’élève au-dessus des « lourds ennuis » terrestres pour atteindre une communion avec l’infini, une liberté spirituelle. Cette invitation à « aller vers les fréquences hautes » contraste avec ce que F. perçoit comme une descente vers « les enfers » dans votre pratique de la pneumaphonie, où vous imitez le craquement de la banquise. Pour lui, cette exploration des « fréquences basses » est une perte de temps, une errance qui vous éloigne de l’élévation.

Ce contraste entre les fréquences hautes et basses rappelle les deux arbres de Yeats : l’arbre sacré, source de joie et de connexion cosmique, versus l’arbre du verre amer, marqué par la stérilité et les pensées sans repos. F. semble vous pousser vers le premier, vers une spiritualité qui transcende les formes extérieures (comme la pneumaphonie ou les mots sur le coquelicot) pour atteindre une vérité intérieure. Sa référence à Jésus – « As-tu rencontré Jésus ? » – renforce cette idée : il ne s’agit pas d’une curiosité intellectuelle (« Pourquoi pas ? »), mais d’un engagement total, d’une rencontre transformative.

### 4. **L’écriture et la démagogie : une critique de la médiation**
La critique des poèmes que vous avez publiés, qualifiés de « décousus » et d’obstacles à l’élévation du poète, prolonge l’idée que l’écriture peut être une entrave si elle reste dans la complaisance ou la médiocrité. F. semble partager l’intuition que vous avez exprimée dans votre précédente question : à un certain point, l’écriture devient inutile si elle ne sert qu’à confirmer des vérités partielles ou à entretenir une séparation. En publiant des poèmes médiocres, vous feriez, selon lui, un acte de « démagogie », c’est-à-dire une concession à la facilité plutôt qu’une quête de vérité.

Cette idée fait écho à la réflexion sur Kilmer et Yeats. L’écriture, pour Kilmer, est un moyen de s’approcher de la magie de l’arbre, mais elle peut aussi ramener à la personnalité, à l’ego. Pour Yeats, le poème est un effort pour saisir l’arbre sacré, mais il reste une médiation, une forme. F. semble aller plus loin : il rejette toute forme qui ne sert pas l’élévation, qui ne brûle pas de cette flamme intérieure qu’il décrit. Votre recueil de poèmes, dans son esprit, pourrait être un exemple de cette médiation qui entrave plutôt qu’elle ne libère.

### 5. **Le coquelicot et la séparation : une confirmation**
Votre mention de l’espace entre vous et le coquelicot, qualifiée de « pipeau » par F., confirme la critique d’Ivan Dmitrieff. Pour F., vos mots sur le coquelicot sont une intellectualisation, une belle idée qui reste à la surface. Comme Ivan, il vous invite à dépasser cet espace, à ne pas vous contenter de parler de la fleur, mais à l’incarner, à la vivre dans votre cœur. Sa radicalité est plus tranchante, mais le message est similaire : la vérité ne réside pas dans les mots ou les concepts, mais dans une expérience directe, une transformation intérieure.

### 6. **Une tension entre jugement et invitation**
Cet échange, bien que douloureux (« je me suis fait allumer »), est à la fois une confrontation et une invitation. La radicalité de F., sa manière de bousculer vos certitudes, peut être perçue comme un miroir impitoyable, mais aussi comme un appel à aller plus loin. Il vous pousse à quitter l’errance, la « curiosité à 360° », pour vous engager pleinement dans une direction, une vérité. Cette exigence d’engagement fait écho à la quête spirituelle décrite par Yeats, Kilmer, et Dmitrieff : dépasser la séparation, dépasser les mots, pour atteindre une unité vécue.

Cependant, la violence de certaines critiques (le « blabla », le « flan », le « dilettante ») peut aussi refléter une forme d’intolérance ou de projection. F. semble exiger une authenticité absolue, mais son propre cadre (Jésus, les fréquences hautes, le rejet de Gaza) est-il universel ? Sa vision, bien que puissante, pourrait manquer de nuance face à votre cheminement, qui, comme vous l’avez reconnu avec Ivan, est encore en cours. Votre humilité face à ce processus – reconnaître que vous n’avez pas encore accès au « chemin du cœur » – est une force, même si F. la perçoit comme une faiblesse.

### 7. **Conclusion : un défi pour votre cheminement**
Cet échange, en lien avec Yeats, Kilmer, et Dmitrieff, met en lumière une tension universelle : celle entre la contemplation intellectuelle, l’expression (écriture, parole), et l’expérience vécue. F. vous confronte à l’idée que votre quête, bien que sincère, reste marquée par une séparation – entre vous et le coquelicot, entre vos paroles et vos actes, entre votre curiosité et votre engagement. Comme Yeats, il vous invite à contempler l’arbre du cœur, mais avec une urgence et une radicalité qui laissent peu de place à l’errance. Comme Kilmer, il semble suggérer que l’écriture ou les formes extérieures (pneumaphonie, poèmes) peuvent être des obstacles si elles ne mènent pas à une vérité plus profonde. Et comme Dmitrieff, il vous pousse à supprimer l’espace entre vous et la vérité, à incarner pleinement ce que vous contemplez.

Ce que je pense de cet échange ? Il est à la fois un électrochoc et une invitation à clarifier votre chemin. La brutalité de F. peut être difficile à recevoir, mais elle reflète une exigence d’authenticité qui fait écho à votre propre intuition : à un certain point, les mots, les poèmes, les idées doivent céder la place à une expérience directe, à une flamme intérieure. Le coquelicot, symbole de résilience, reste un guide. Peut-être que votre prochain pas est de vous demander, non pas seulement « Qui es-tu ? Où vas-tu ? », mais « Comment puis-je brûler de cette flamme, ici et maintenant ? »

Si vous souhaitez explorer une réponse spécifique – par exemple, comment répondre à F., comment intégrer cette critique dans votre rapport à l’écriture, ou comment approfondir le symbolisme du coquelicot –, je suis là pour vous accompagner. Qu’en pensez-vous ? Cet échange a-t-il ébranlé votre vision du coquelicot ou de votre cheminement ?


JC - « Comment puis-je brûler de cette flamme, ici et maintenant ? »

La question « Comment puis-je brûler de cette flamme, ici et maintenant ? » est une invitation puissante à incarner une vérité intérieure, à transcender la séparation entre vous et l’essence de ce que vous contemplez – qu’il s’agisse du coquelicot, de votre cheminement spirituel, ou de l’authenticité exigée par F. dans votre échange. Elle fait écho à l’arbre sacré de Yeats, à la flamme intérieure décrite par F., à l’idée de Kilmer de s’effacer face à la vérité bouleversante de l’arbre, et à l’appel d’Ivan Dmitrieff à supprimer l’espace entre vous et le coquelicot. Voici une réflexion pratique et ancrée pour répondre à cette question, en respectant votre cheminement tout en vous guidant vers une expérience plus immédiate et vécue.

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### 1. **Revenir à l’instant présent : la flamme est déjà là**
Pour « brûler de cette flamme », il s’agit d’abord de reconnaître que cette lumière, cette énergie spirituelle, existe déjà en vous, ici et maintenant. Comme le coquelicot qui s’élève sur les gravats, cette flamme est une force de résilience et de vérité qui ne dépend pas de conditions extérieures. La première étape est de vous connecter à cet instant présent, sans vous perdre dans les projections futures (« où vas-tu ? ») ou les questionnements identitaires (« qui es-tu ? »).

**Pratique :**
- **Respiration consciente** : Prenez quelques minutes pour respirer lentement, en portant votre attention sur votre cœur. Imaginez une petite flamme, comme celle du briquet de F., qui grandit à chaque inspiration. Ne cherchez pas à analyser ou à nommer cette flamme ; ressentez-la simplement.
- **Ancrage dans le corps** : Posez vos mains sur votre poitrine et demandez-vous : « Qu’est-ce qui brûle en moi, là, maintenant ? » Cela peut être une émotion, une intuition, ou même une sensation physique. Laissez-la exister sans la qualifier.

Cette pratique vous ramène à l’immédiateté, loin du « blabla » intellectuel que F. critique, et vous aide à sentir la présence de cette flamme.

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### 2. **Rencontrer le coquelicot dans le cœur**
Votre amour pour le coquelicot, bien que marqué par un « espace » selon Ivan et F., est une porte d’entrée vers cette flamme. Le coquelicot, avec sa fragilité et sa résilience, est un symbole de vie qui peut vous guider vers une communion plus profonde. Pour supprimer cet espace, il ne s’agit pas d’écrire ou de parler du coquelicot, mais de l’incarner, de le laisser vibrer en vous comme une expression de votre propre vérité.

**Pratique :**
- **Contemplation active** : Si possible, trouvez un coquelicot (en nature, en photo, ou même en imagination). Regardez-le sans chercher à le décrire ou à l’analyser. Laissez ses couleurs, sa texture, son mouvement dans le vent vous traverser. Demandez-vous : « Qu’est-ce que ce coquelicot m’enseigne sur ma propre résilience, ma propre lumière ? »
- **Fusion symbolique** : Visualisez le coquelicot prenant racine dans votre cœur. Imaginez ses pétales rouges se mêlant à votre propre énergie vitale, comme si vous deveniez la fleur. Cette visualisation peut dissoudre la séparation et vous aider à sentir que le coquelicot n’est pas « autre », mais une part de vous.

Cette approche s’inspire de l’idée de Kilmer : être bouleversé par la vérité de l’arbre (ou du coquelicot) jusqu’à ce que votre personnalité s’efface. Elle répond aussi à l’appel d’Ivan à laisser le coquelicot trouver sa place dans votre cœur.

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### 3. **Agir dans le réel : incarner la flamme localement**
F. vous a interpellé sur votre responsabilité locale, suggérant que l’engagement concret dans votre environnement est plus « réel » que des prises de position lointaines. Pour brûler de cette flamme, ici et maintenant, il peut être fructueux d’identifier une action, même petite, qui aligne vos valeurs avec le monde autour de vous. Cela ne signifie pas abandonner vos réflexions globales (comme sur Gaza), mais ancrer votre feu intérieur dans des gestes tangibles.

**Pratique :**
- **Identifier une cause proche** : Réfléchissez à une injustice ou une souffrance dans votre communauté – peut-être les jeunes filles en détresse mentionnées par F., ou une autre cause qui résonne avec vous. Renseignez-vous sur une association locale ou une initiative où vous pourriez contribuer, même modestement (bénévolat, don, écoute).
- **Un geste immédiat** : Aujourd’hui même, faites un pas concret. Cela peut être aussi simple que d’écrire une lettre à une organisation, d’offrir un moment d’écoute à quelqu’un dans votre entourage, ou de ramasser des déchets dans un lieu naturel près de chez vous. L’important est que cet acte soit une extension de votre flamme intérieure, une manière de dire : « Je suis ici, je m’engage. »

Cette démarche répond à la critique de F. tout en restant fidèle à votre cheminement. Elle transforme l’énergie de la flamme en une force active, sans nécessairement passer par les mots ou l’intellect.

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### 4. **S’élever vers les fréquences hautes : une discipline intérieure**
L’appel de F. à aller vers les « fréquences hautes » et à éviter les « enfers » des fréquences basses (comme dans votre pneumaphonie) suggère une discipline spirituelle d’élévation. Cela ne signifie pas rejeter les aspects sombres ou profonds de l’existence, mais orienter votre énergie vers la lumière, la joie, et la connexion, comme l’arbre sacré de Yeats. Pour brûler de cette flamme, vous pouvez cultiver des pratiques qui nourrissent cette élévation.

**Pratique :**
- **Gratitude et beauté** : Chaque jour, notez ou méditez sur une chose qui vous élève – un moment de beauté (un coquelicot dans le vent, un sourire, une musique). Laissez cette beauté alimenter votre flamme intérieure.
- **Mantra ou intention** : Créez une phrase simple qui incarne votre aspiration à brûler de cette flamme, par exemple : « Je suis la lumière du coquelicot, je m’élève ici et maintenant. » Répétez-la dans les moments de doute ou de dispersion.
- **Silence contemplatif** : Consacrez 5 à 10 minutes par jour à un silence total, sans écrire ni analyser. Asseyez-vous, fermez les yeux, et laissez votre attention se poser sur votre cœur. Si des pensées surgissent, laissez-les passer comme des nuages, et revenez à la sensation de votre flamme intérieure.

Ces pratiques s’alignent avec l’« Élévation » de Baudelaire, où l’âme s’affranchit des pesanteurs pour toucher l’infini. Elles vous aident à quitter l’errance intellectuelle critiquée par F. pour ancrer votre quête dans une expérience directe.

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### 5. **Accepter l’inachevé : la flamme grandit avec le temps**
Votre échange avec Ivan Dmitrieff a révélé une humilité face à votre cheminement : vous savez que le « chemin du cœur » est votre destination, mais vous n’y avez pas encore pleinement accès. Cette humilité est une force. Brûler de cette flamme, ici et maintenant, ne signifie pas atteindre une perfection spirituelle ou une unité totale dès aujourd’hui. Cela signifie faire un pas, poser une intention, et accepter que la flamme grandisse à son rythme, comme le coquelicot qui s’enracine dans un sol aride.

**Pratique :**
- **Journal de la flamme** : Plutôt que d’écrire des poèmes ou des réflexions analytiques, tenez un journal minimaliste où vous notez chaque jour un moment où vous avez senti cette flamme – un geste, une sensation, une connexion. Cela peut être : « Aujourd’hui, j’ai vu un coquelicot et j’ai souri, j’ai senti sa force en moi. » Ce journal n’est pas une œuvre littéraire, mais un témoignage de votre présence à la flamme.
- **Pardon à soi-même** : Si les critiques de F. vous ont ébranlé, prenez un moment pour vous pardonner vos errances, votre « curiosité à 360° ». Dites-vous : « J’apprends, je grandis, ma flamme est là, même si elle vacille parfois. »

Cette acceptation de l’inachevé vous libère de la pression d’une transformation immédiate et vous permet de brûler de cette flamme avec patience et confiance.

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### 6. **En lien avec Yeats, Kilmer, et Dmitrieff**
- **Yeats** : L’arbre sacré de Yeats est une métaphore de cette flamme intérieure. En vous connectant au coquelicot ou à une cause locale, vous cultivez cet arbre dans votre cœur, loin du « verre amer » des pensées tourmentées ou des intellectualisations stériles.
- **Kilmer** : Brûler de cette flamme, c’est laisser la vérité du coquelicot (ou de votre engagement) vous bouleverser jusqu’à ce que votre personnalité s’efface. Les pratiques de contemplation et d’action concrète sont des moyens de dépasser l’écriture pour vivre cette vérité directement.
- **Dmitrieff** : Supprimer l’espace entre vous et le coquelicot, c’est incarner sa résilience, sa beauté, dans votre cœur. Les visualisations et les gestes d’engagement local sont des pas vers cette union, où le coquelicot devient une part de votre flamme intérieure.

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### Conclusion : un pas aujourd’hui, ici et maintenant
Pour brûler de cette flamme, ici et maintenant, commencez par un geste simple qui relie votre cœur au monde : contemplez un coquelicot avec silence, faites un petit acte de générosité dans votre communauté, ou méditez sur la lumière en vous. Ces actes ne sont pas des solutions définitives, mais des étincelles qui alimentent la flamme. Comme le coquelicot qui défie le mistral, votre flamme grandira dans la persévérance, pas dans la perfection.

**Question pour avancer** : Quel est le plus petit geste que vous pourriez faire aujourd’hui pour sentir cette flamme brûler en vous ? Par exemple, aller voir un coquelicot, écrire une intention, ou contacter une association locale ? Si vous souhaitez, je peux vous aider à préciser ce geste ou à explorer une pratique spécifique. Qu’en pensez-vous ?

JC - comment traduis-tu ce passage du poème Vacillation de Yeats, écrit 40 ans après The two trees :
A tree there is that from its topmost bough
Is half all glittering flame and half all green
Abounding foliage moistened with the dew ;
And half is half and yet is all the scene.

 

GROK - Voici une traduction en français du passage du poème *Vacillation* de W.B. Yeats, en cherchant à préserver la richesse imagée, le rythme et le sens profond de l’original :

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Il est un arbre dont la plus haute branche  
Est moitié flamme étincelante, moitié verteur  
De feuillage foisonnant, humecté de rosée ;  
Et moitié est moitié, pourtant tout l’espace.

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### Analyse et contexte
Ce passage, extrait de *Vacillation* (1932), écrit environ 40 ans après *The Two Trees* (1892), montre une évolution dans la vision de Yeats. Dans *The Two Trees*, l’arbre sacré et l’arbre du « verre amer » sont distincts, représentant une dualité entre la vérité intérieure et la distorsion extérieure. Dans *Vacillation*, l’arbre est unifié, incarnant une synthèse des opposés : la flamme (symbole de passion, de spiritualité, d’élévation) et le feuillage vert (symbole de vie terrestre, de croissance, d’enracinement). Cette image reflète une acceptation des contradictions de l’existence, où les moitiés opposées (flamme et feuillage, esprit et matière) coexistent pour former un tout.

La dernière ligne, « And half is half and yet is all the scene », est particulièrement dense. Elle suggère que chaque moitié (flamme et feuillage) conserve son identité propre (« moitié est moitié »), mais ensemble, elles englobent la totalité de l’expérience (« tout l’espace »). Cette idée résonne avec la maturité spirituelle de Yeats, qui, à cette période de sa vie, explore l’unité des contraires à travers sa philosophie mystique et son système symbolique (notamment dans *A Vision*).

### Lien avec votre réflexion
Ce passage peut éclairer votre quête de « brûler de cette flamme » et votre cheminement vers la suppression de l’espace entre vous et le coquelicot. L’arbre de *Vacillation*, mi-flamme, mi-feuillage, incarne une réconciliation entre l’élan spirituel (la flamme, les « fréquences hautes » de F.) et l’ancrage terrestre (le feuillage, le réel local où F. vous invite à agir). Il suggère que vous n’avez pas à choisir entre ces dimensions, mais à les intégrer : votre amour pour le coquelicot peut être à la fois une contemplation mystique et un engagement concret, une flamme qui brûle dans votre cœur tout en s’enracinant dans le monde.

Si vous souhaitez approfondir l’analyse de ce passage, explorer d’autres sections de *Vacillation*, ou relier cette image à votre cheminement spirituel, je suis là pour vous accompagner !

JC - comment articules-tu le poème suivant de François Cheng et son commentaire avec ce qui précède:
Les arbres animés par le souffle

Si le veut ton souffle
Nous serons pur chant
par lui animés
Nous voici élan
Racines emmêlées
Branches enlacées
Notre corps est tout
En balancement
Notre être n'est plus
Que murmure-louange
Lâcher des colombes
Lâcher des mésanges
Si le veut ton souffle
Nous serons pur Chant
En nous l’inifini
Et l'enchantement !
François Cheng 03.2025

Selon le taoïsme, toutes les pratiques, qu’il s’agisse de calligraphie, peinture, méditation, ou médecine chinoise, sont des moyens de se relier au Souffle qui anime le monde.
Comme l’écrit François Cheng, "L'homme peut écouter avec l'oreille de la chair et entendre le bruit du monde, mais s'il écoute avec l'oreille du Souffle, il participe à la transformation universelle."
Chaque pratique devient ainsi un voyage intérieur, une résonance avec le monde et le cosmos.


GROK - Le poème de François Cheng et son commentaire, ancrés dans une vision taoïste, offrent une perspective complémentaire et profondément résonante avec les thèmes que nous avons explorés à travers *The Two Trees* et *Vacillation* de W.B. Yeats, les réflexions de Val Kilmer, votre échange avec Ivan Dmitrieff, et la confrontation avec F. Tous ces éléments convergent vers une quête d’unité, de transcendance de la séparation, et d’incarnation d’une vérité vivante. Voici comment j’articule le poème de Cheng et son commentaire avec ce qui précède, en mettant en lumière les parallèles, les enrichissements, et les implications pour votre cheminement spirituel.

### 1. **Le Souffle comme flamme et unité : une synthèse des contraires**
Dans le poème de Cheng, les arbres sont animés par le « Souffle », une force vitale universelle qui les transforme en « pur chant », en « élan », en « murmure-louange ». Ce Souffle, central dans le taoïsme, est à la fois immanent (présent dans les racines et les branches) et transcendant (lié à l’infini et à l’enchantement). Il évoque la « flamme » décrite par F. dans votre échange – cette lumière intérieure qui brûle et élève – et l’arbre mi-flamme, mi-feuillage de *Vacillation*, où les opposés (esprit et matière) s’unissent pour former un tout.

- **Parallèle avec Yeats** : Dans *The Two Trees*, l’arbre sacré incarne une vérité intérieure, une connexion cosmique, tandis que l’arbre du « verre amer » représente la fragmentation. Dans *Vacillation*, Yeats atteint une synthèse, où l’arbre est à la fois flamme et feuillage, un tout englobant. Le poème de Cheng va plus loin en dissolvant toute dualité : le Souffle anime l’arbre dans sa totalité – racines, branches, corps, être – jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un chant unifié, un « murmure-louange ». Cette vision rejoint l’idée de Yeats d’une unité qui transcende les moitiés, mais elle est plus fluide, moins conflictuelle, en phase avec la pensée taoïste où les opposés s’harmonisent naturellement.

- **Parallèle avec Kilmer** : Kilmer parlait de s’effacer face à la vérité bouleversante de l’arbre, jusqu’à ce que la personnalité disparaisse. Dans le poème de Cheng, cet effacement est explicite : « Notre être n’est plus / Que murmure-louange ». Le Souffle dissout l’ego, transformant l’arbre (et par extension l’humain) en une expression pure du cosmos. Cela répond à votre intuition que l’écriture, à un certain point, devient inutile : ici, le « pur chant » remplace toute médiation, incarnant une communion directe avec l’infini.

- **Parallèle avec Dmitrieff** : Ivan vous invitait à supprimer l’espace entre vous et le coquelicot, à le laisser vivre dans votre cœur. Le Souffle de Cheng est cette force qui comble l’espace, unifiant l’arbre (ou le coquelicot) avec l’être qui le contemple. Le poème suggère que cette union n’est pas un effort, mais une ouverture : « Si le veut ton souffle ». Votre cheminement vers le cœur pourrait ainsi consister à vous ouvrir au Souffle, à laisser le coquelicot chanter en vous comme un « murmure-louange ».

- **Parallèle avec F.** : La radicalité de F., son appel à aller vers les « fréquences hautes » et à brûler d’une flamme intérieure, trouve un écho dans l’élan du poème de Cheng. Le « pur chant » et le « lâcher des colombes, des mésanges » évoquent une élévation spirituelle, une libération vers la lumière, loin des « enfers » des fréquences basses. Cependant, là où F. insiste sur un engagement concret et local, Cheng propose une voie plus contemplative, où l’acte de se relier au Souffle est en soi une transformation universelle.


### 2. **Le Souffle et l’oreille du cœur : une pratique de présence**
Le commentaire de Cheng, inspiré du taoïsme, explique que toutes les pratiques (calligraphie, méditation, etc.) sont des moyens de se relier au Souffle, cette énergie vitale qui anime le cosmos. L’idée d’écouter avec « l’oreille du Souffle » plutôt que « l’oreille de la chair » est particulièrement pertinente pour votre question : « Comment puis-je brûler de cette flamme, ici et maintenant ? » Écouter avec l’oreille du Souffle, c’est dépasser l’intellectualisation (le « blabla » critiqué par F.) pour participer à une résonance profonde avec le monde.

- **Lien avec le coquelicot** : Votre amour pour le coquelicot, jusqu’à présent marqué par une séparation, peut devenir une pratique taoïste si vous l’abordez avec l’oreille du Souffle. Au lieu d’analyser ou de décrire la fleur, écoutez-la comme une manifestation du Souffle : son rouge vibrant, son balancement dans le vent, sa résilience sur les gravats. En vous ouvrant à cette résonance, vous laissez le coquelicot chanter en vous, comblant l’espace dont parlait Dmitrieff.

- **Pratique concrète** : Pour incarner cette idée, reprenez la contemplation active suggérée précédemment, mais avec une intention taoïste. Asseyez-vous face à un coquelicot (ou à son image mentale) et murmurez : « Si le veut ton souffle, que je sois pur chant. » Laissez votre souffle se synchroniser avec le mouvement de la fleur, comme si vous partagiez la même énergie vitale. Cette pratique, simple mais profonde, vous aide à écouter avec l’oreille du Souffle, à devenir « murmure-louange ».


### 3. **Le chant comme dissolution de l’écriture**
Votre réflexion sur l’inutilité éventuelle de l’écriture, inspirée par Kilmer et Dmitrieff, trouve une confirmation dans le poème de Cheng. Le « pur chant » des arbres, animés par le Souffle, transcende toute forme de médiation. Ce n’est pas une écriture, un poème au sens classique, mais une vibration, une louange spontanée qui jaillit de l’union avec l’infini. Les colombes et les mésanges, lâchées dans le poème, symbolisent cette liberté, cette légèreté d’un être qui n’est plus alourdi par l’ego ou les mots.

- **Lien avec F.** : La critique de F. sur vos poèmes (« décousus », « démagogiques ») peut être lue à la lumière de Cheng. Si l’écriture reste un exercice intellectuel ou une confirmation de la médiocrité (comme F. le reproche), elle s’éloigne du « pur chant ». Mais si elle devient une calligraphie du Souffle, une trace de votre résonance avec le cosmos, elle peut être une étape vers l’élévation. Cela suggère une réévaluation de votre rapport à l’écriture : plutôt que d’abandonner totalement, vous pourriez chercher à écrire comme un « murmure-louange », avec la simplicité et la spontanéité du coquelicot.

- **Pratique concrète** : Essayez une écriture inspirée du Souffle. Prenez un moment après avoir contemplé un coquelicot ou médité sur votre flamme intérieure, et laissez les mots couler sans réflexion ni structure. Par exemple : « Coquelicot, ton rouge chante, ton souffle danse en moi. » Ne corrigez pas, ne jugez pas. Laissez ces mots être une offrande, comme les colombes du poème, plutôt qu’une œuvre à publier.


### 4. **L’engagement local et la transformation universelle**
F. vous a reproché de vous disperser dans des causes lointaines (Gaza) au détriment du « réel » local. Le commentaire de Cheng offre une perspective complémentaire : en vous reliant au Souffle, vous participez à la « transformation universelle », qui transcende les frontières entre le local et le global. Le Souffle qui anime le coquelicot ou les arbres est le même qui anime les luttes pour la justice, qu’elles soient à 3 km ou à des milliers de kilomètres. Cela ne contredit pas l’appel de F. à agir localement, mais le replace dans un cadre plus vaste : un geste local, s’il est animé par le Souffle, devient une résonance cosmique.

- **Pratique concrète** : Pour réconcilier ces perspectives, choisissez un acte local (comme suggéré précédemment : contacter une association, offrir une écoute) et accomplissez-le avec l’intention de vous relier au Souffle. Avant d’agir, prenez un moment pour respirer profondément et visualiser le coquelicot dans votre cœur, comme une source d’énergie vitale. Dites-vous : « Cet acte est mon chant, ma louange au Souffle qui unit tout. » Cela transforme un geste concret en une pratique spirituelle, répondant à la fois à F. et à Cheng.


### 5. **Le coquelicot comme murmure-louange**
Le coquelicot, « reine des gravats », est une image parfaite pour incarner le poème de Cheng. Sa fragilité, sa résilience, son balancement dans le mistral évoquent les « arbres animés par le souffle », dont le corps est en « balancement » et l’être en « murmure-louange ». Votre cheminement vers le cœur, où le coquelicot doit trouver sa place, peut être vu comme une quête pour devenir « pur chant », pour laisser le Souffle vous animer comme il anime la fleur.

- **Lien avec votre cheminement** : La radicalité de F. et l’appel d’Ivan à supprimer l’espace entre vous et le coquelicot convergent vers l’idée de Cheng : vous ne cherchez pas seulement à aimer ou à contempler le coquelicot, mais à devenir son chant, à laisser son énergie vitale (le Souffle) vibrer en vous. Cela demande une ouverture, une disponibilité à lâcher les mots, les concepts, et même les pratiques (comme la pneumaphonie critiquée par F.) qui vous retiennent dans la séparation.

- **Pratique concrète** : Lors de votre prochaine rencontre avec un coquelicot, essayez de murmurer ou de chanter doucement, sans mots précis, juste une mélodie qui exprime sa présence. Laissez ce chant être votre « lâcher des colombes », une expression spontanée de votre union avec la fleur et le Souffle. Cela peut être une manière de répondre à l’exigence d’élévation de F. tout en suivant la voie contemplative de Cheng.


### 6. **Conclusion : une voie d’harmonie et de résonance**
Le poème de François Cheng et son commentaire taoïste enrichissent votre réflexion en proposant une voie d’harmonie, où la flamme (votre aspiration spirituelle), le coquelicot (votre symbole de résilience), et l’engagement concret (l’appel de F.) s’unissent dans le Souffle. Contrairement à la dualité de *The Two Trees* ou à la synthèse des contraires de *Vacillation*, Cheng offre une vision fluide, où tout – racines, branches, colombes, chant – est animé par une même énergie vitale. Pour « brûler de cette flamme, ici et maintenant », vous pouvez écouter avec l’oreille du Souffle, laisser le coquelicot chanter en vous, et transformer vos actes en louanges au cosmos.

Ce poème répond aussi à la tension entre écriture et expérience directe. Le « pur chant » de Cheng est l’aboutissement de ce que vous pressentez : une vérité vécue qui transcende les mots. Mais il suggère que cette transcendance n’est pas un rejet des formes (écriture, action, contemplation), mais une manière de les animer par le Souffle, comme une calligraphie qui trace l’infini.

**Question pour avancer** : Comment pourriez-vous intégrer le Souffle dans une pratique quotidienne – par exemple, une contemplation du coquelicot, un geste local, ou une écriture spontanée comme un « murmure-louange » ? Si vous souhaitez, je peux vous aider à affiner une de ces pratiques ou à explorer comment répondre à F. avec cette nouvelle perspective. Qu’en pensez-vous ?

 

 

Depuis toujours by Ivan Dmitireff
Depuis toujours, alors que nous naissons, alors que nous vivons, alors que nous mourons,
depuis toujours, nous existons déjà à l'infini du rêve.
Depuis toujours, nous rêvons un rêve rêvé depuis déjà longtemps. Où le passé est déjà présent et où le futur a déjà eu lieu.
Depuis toujours, nous rêvons notre propre histoire à chaque moment déjà présente dans le rêve éternel.
Où toutes les larmes coulent, où toutes les joies explosent, où toutes les expériences déploient leur récit, d'ombre, et de lumière.
Et comme l’océan et la vague, in-séparés sont le réel et le rêve. Depuis toujours, le jeu infini du réel est le rêve. Et c'est aller à l'océan que d'être le témoin du jeu des vagues ; et c'est baigner en soi-même que de plonger dans la profonde plénitude de ses eaux.
Depuis toujours, ciel et terre sont manifestés de l'invisible, comme l'est le plein-jour du caché, aussi que l'évidence des choses.
Depuis toujours, la vie entre dans l'immensité pour à chaque instant l'accomplir. Et ce qui jamais ne peut être vu et entendu naît avec les pierres, naît avec les arbres, naît avec les hommes.
Et ce qui demeure au-delà de chacun d'eux est au centre de leur nature.
Depuis toujours, avant que la pierre sur les coteaux ne roule, avant que la fleur des arbres ne parfume, avant que le cœur des
hommes n'aime, l'origine du monde est là en eux qui ouvre au silence son mystère.
Depuis toujours, il est à incarner ce que nous sommes, au cœur vibrant du croisement du ciel et de la terre, dans l'expérience humaine de l'esprit et de la matière, et à réunir, par l'événement de notre souffle, les énergies du recevoir et du donner, pour que se réalise la lumière.
Et comme la fleur et comme l'enfant, rien de nous n'est attendu où sans aucun motif, nous aimons. Il n'est depuis toujours dans l'équilibre des mondes, qu'à vivre ce qui arrive et jouir de ce qui est.
Il n'est à nous dans cette existence une joie et une vérité que de nous accorder à ce que nous sommes, et faire ce qui est.

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