Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Blog de Jean-Claude Grosse

epitaphier

journal d'été à corps ça vit

15 Juillet 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #JCG, #histoire, #jean-claude grosse, #pour toujours, #psychanalyse, #écriture, #épitaphier

le groupe Ho Sud au parc communal de corps ça vit
le groupe Ho Sud au parc communal de corps ça vit

le groupe Ho Sud au parc communal de corps ça vit

13 juillet

Balade du matin, aquagym, je me prépare à recevoir K., G., et R.

Fin d’après-midi et soirée, au parc communal,

- dès 18 H 30, scène ouverte

- avec Ho Sud, 4 musiciens, multi-instrumentistes dont le maire,  dont le chanteur (répertoire de qualité, par exemple un poème de Baudelaire, un autre de Charles Gros mais aussi sur les mineurs de Batère),

- une chanteuse polonaise interprétant des romances polonaises, russes, tziganes,

- un orgue de barbarie qui nous joue I can't get no, en nous racontant l'histoire du riff de Keith Richards (surgi dans son sommeil et enregistré tout de suite)

- 20 H 30, repas préparé par le comité des fêtes, très rajeuni, très actif, assiette de tapas ou sardinade ou maïs grillé,

- 22 H 30, feu d’artifice allumé par le maire au-dessus de la piscine  

- 23 H-2H du matin, bal, sur la placette du village, avec chaque année Christian Fontaine.

J’ai dansé avec K. la groupie du pianiste, en apprenant que c’était la chanson préférée de Cyril

—————————————————-

 

—————————————————-

14 juillet, marche vers 9 H 

10H-11H, mise en ligne laborieuse de la 2° note des lectures d’été

 

11 H 30, cérémonie au monument aux morts, discours du maire, toujours de qualité, avec tour d’horizon mondial, discours donc de citoyen du monde et même plus exactement discours tout simplement humain, lucide, avec du coeur, des valeurs,

il m’a donné l’exemplaire lu

puis apéritif offert par la municipalité au parc communal,

une quarantaine de personnes; c’est agréable de se retrouver; je suis revenu à la maison à 13 H

j'apprends par un ami, la présence de Rezvani en Avignon et fais le lien avec sa marseillaise amie, chantée par Cali et Léopoldine H

--------------------------------------

 

Allons enfants de toutes les patries L’intelligence doit triompher Contre nous de la tyrannie Nous nous sommes jadis délivrés Nous nous sommes jadis délivrés Entendez-vous par la planète Gémir tant de peuples opprimés Gronder tant de peuples entravés De leur Liberté faire la conquête Soyons les citoyens D’un idéal humain Chantons chantons Qu’un chant commun Dessine notre destin Mais que veulent les peuples de la terre Si ce n’est une juste équité Des lendemains où la misère Ne sera pas leur sort obligé Ne sera pas leur sort obligé Ces multitudes qui aujourd’hui errent Sans fin sous nos yeux détournés Ces multitudes mises de côté Qui elles aussi ont droit à cette Terre Soyons les citoyens D’un idéal humain Chantons chantons Qu’un chant commun Dessine notre destin Amour de toi planète amie Planète bleue planète de vie Contre nous de notre folie Arrêtons de nous entre-détruire Arrêtons de nous entre-détruire Que ne tombe une nuit éternelle Sur cette Terre que nous devons chérir A nos enfants ne léguons pas le pire D’un monde en train de se détruire Soyons les citoyens  D’un idéal humain Chantons chantons Et qu’un air impur N’abreuve plus nos poumons

 

————————————————————-

 

discours du 14 juillet 2023 du maire de corps ça vit
discours du 14 juillet 2023 du maire de corps ça vit

discours du 14 juillet 2023 du maire de corps ça vit

Rezvani en Avignon 2023
Rezvani en Avignon 2023

Rezvani en Avignon 2023

journal d'été à corps ça vit

Fin d’après-midi, je reviens sur le livre rouge, sur ce que j’ai lu

Je retiens cette parole de Méphistophélès à Faust page 132

Grise est, cher ami, toute théorie.

Et vert, l’arbre doré de la vie.

Page 144 : l’esprit des profondeurs s’adressa à moi et dit : comprendre une chose est un pont et une possibilité de revenir sur le chemin. Par contre, expliquer une chose est un acte arbitraire et parfois même un assassinat. As-tu compté les assassins parmi les érudits ?

Note 78, page 561: Jung a déclaré à Aniela Jaffé que ces débats avec les morts avaient été le prélude à toute son oeuvre ultérieure. « les morts me sont apparus comme porteurs des voix de ce qui est encore sans réponse, de ce qui est en qu^te de solution, de ce qui est en mal de délivrance. Les morts ne semblent pas avoir plus d’informations que celles qu’ils détenaient au jour de leur mort. On aurait pu supposer qu’ils aient acquis après la mort des connaissances supérieures. Mais non, les morts sont dans l’attente de réponses données par les vivants. »

En 1959, lors d’une interview par la BBC, à la question : et maintenant croyez-vous en Dieu, Jung répond : maintenant (silence), difficile de répondre. Je sais. Je n’ai pas besoin de croire, je sais.

L’expérience immédiate, en phase avec la tradition gnostique, étudiée par Jung, se suffit à elle-même.

Page 147 : mon chemin n’est pas votre chemin. Je ne peux donc pas vous instruire. Le chemin est en nous mais pas dans les dieux ni dans les doctrines ni dans les lois. C’est en nous qu’est le chemin, la vérité et la vie. (En contraste complet avec Jean 14.6 Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi).

le soir vers 20 H, petite virée côté lavoir de Montferrer; je tombe sur deux femmes, conversation; on n'arrête pas à corps ça vit de se parler;

je parle du rocher des sorcières au kilomètre 2 et des deux chiens sculptés naturellement dans le rocher, l'un de face, un chien de berger particulièrement bienveillant, l'autre de profil, plus archaïque

une des deux femmes me dit : ils ne sont pas là par hasard, ce sont des chiens protecteurs

et l'autre de rajouter, sans doute des simiots, la légende du Moyen-Âge qui a donné la fête de la Rodeille d'Arles-sur-Tech

pas de photo de ce rocher et des chiens; je vais tenter d'en prendre une ou deux

Lire la suite

Lectures d'été

11 Juillet 2023 , Rédigé par grossel Publié dans #Corsavy, #FINS DE PARTIES, #JCG, #SEL, #agoras, #amitié, #amour, #développement personnel, #engagement, #essais, #histoire, #notes de lecture, #pour toujours, #poésie, #voyages, #vraie vie, #écriture, #épitaphier

livre fabuleux sur un mythe fabuleux

livre fabuleux sur un mythe fabuleux

La part du héros

Le mythe des argonautes

et le courage d’aimer

Andrea Marcolongo

Ls Belles Lettres, 2019

 

Le choix des livres qu’on se propose de lire à quoi tient-il ?

De J.-C. et moi de Martine Roffinella, je suis passé à Une question de vie et de mort de Irvin et Marilyn Yalom. Et à La part du héros.  Dans le carton de livres emportés m’attendent Les Juifs, une pièce russe, La traversée des confins de Serge Rezvani et d’autres sur les rayons des étagères dont Le livre rouge de Jung. Le prochain, ou Jung ou Rezvani, je sens bien en point contre-point de La part du héros.

Avec La part du héros, consacré au plus ancien mythe grec (avant L’Odyssée et L’Iliade), à la première expédition maritime, avec le premier navire mis à flots, je savais d’avance de quel pied marin et ailé, j’allais m’affubler, quel coup de jeune, j’allais me faire.

Ce sont donc 116 pages sur 259 que j’ai lues avec gourmandise, ce 8 juillet après-midi.

Andrea a une façon bien à elle de présenter le mythe. Il y a les adresses à ses lecteurs de La langue géniale, vous mes lecteurs, lui posant de multiples questions, auxquelles je vous répondrai. Comme les questions ont trait à la modernité des textes grecs, en quoi ces textes continuent à pouvoir nous dire des choses essentielles sur nous et le monde chaotique dans lequel nous vivons, Andrea alterne considérations sur notre temps et passages commentés du mythe. Je le dis tout net : les considérations sur le monde tel qu’il est, tel qu’il va ne peuvent intéresser que les branchés. Soit la majorité.

Quelqu’un qui s’est volontairement débranché ou qui fait un usage très sélectif des outils disponibles n’est pas réceptif à ces descriptions polémiques pas plus qu’il n’est pollué, empoisonné par ce monde qui ira là où il ira parce que c’est là qu’il doit aller. Ce qui a lieu c’est que c’était possible, tu mets des (   ) et tu dis ça va sans (    ); tu acceptes.   Donc à 82 ans passés, nul désir chez moi de partir ailleurs, de changer d’endroit, de vie. Par contre persévérer dans le travail sur moi pour accueillir tout ce qui s’offre, sans tri, sans jugement, pour ne pas ajouter par une vision binaire, dualiste, de la guerre à la guerre.

Venu de l’enseignement, m’étant conduit en éducateur, qui tire vers le meilleur de soi (la part du héros), en autorité (elle dit guide, préféré à maître),  c’est-à dire dans ma pratique celui qui autorise l’autre, le jeune, à s’autoriser, le contraire de l’imitation parce que s’autoriser à être soi-même, moi-m’aime, c’est user de la parole avec sincérité, sans mensonge, sans non-dits, passionnément, sans arrière-pensées, sans silences qui sont masques, c’est avoir confiance (la fidanza de Dante, ce mot si beau qui n’existe plus) et conscience qu’on sera entendu par l’éducateur d’abord,

donc venu de l’éducation, c’est quand Andrea se balade, nous balade dans l’étymologie des mots, des racines que je retrouve des pieds marins et ailés, que je prends un coup de jeune.

Je ne vais pas suivre le récit de cette expédition, passionnante, parce que les 50 argonautes montant sur Argô pour récupérer la Toison d’or et la ramener sont des jeunes gens qui ne savent rien de la vie, de la navigation, d’eux-mêmes, ils sont sans expériences et sans connaissances, inexpérimentés et innocents, vierges. Je ne le suis plus.

Jason, en prenant au pied de la lettre, le défi moqueur de son oncle Pélias qui a usurpé le trône de son père : Va, prends la Toison d’or, reviens, alors je libèrerai ton père, va larguer les amarres en fils de son père, non pour le venger, mais pour obtenir sa libération donc faire tenir sa promesse à Pélias.

En larguant les amarres, cette expédition aux multiples rebondissements va révéler  aux 50 argonautes, leurs faiblesses, leurs capacités, leurs peurs, leurs désirs de rebrousser chemin ou de s’arrêter à Lemnos, leur solidarité et leurs caractères (quand Jason pardonne à Télamon, les injures dont il a été abreuvé parce qu’ils ont oublié trois de leurs compagnons dont Heracles, après l’épisode de Kyzicos, il fait preuve d’une maturité, acquise déjà par les épreuves traversées). Les jeunes gens deviennent hommes, mûrs, matures et ces mots ne désignent pas des états définitifs mais des mouvements, ils sont en mouvement, en transformation, ils mûrissent, seuls, par leur parcours, pour donner des fruits, fructifier, être féconds. Héros, ils le deviennent parce qu’humains, humains d’abord et non parce qu’ils ont des qualités physiques et mentales exceptionnelles.

Trois balades en étymologies :

Métaphore mener à travers, en tenant par la main (à Athènes, les véhicules livrant des fleurs sont des métaphores).

Mémoire a pour racines men, me, mente = esprit (garder à l’esprit, le mental). Pour les Grecs, le siège de l’esprit était l’âme, du même mot (anémos) que vent, souffle. C’est l’âme-souffle qui éveille l’intellect, la mémoire, l’activité vitale de la psyché. La mémoire se conserve à l’aide de l’esprit mais c’est avec le coeur qu’on se rappelle. Se rappeler quelqu’un nous oblige à en prendre soin dans notre esprit puis, depuis l’âme, à faire tourner son souvenir dans le vent jusqu’à ce qu’il vienne toucher notre coeur. Se rappeler au sens premier c’est conserver en son esprit et en son coeur, l’image de son passé et de celui des autres.

C’est très différent de mémoriser, mémorisation, commémoration (tout ça de force, imposé, calendrier des commémorations, par peur d’oublier et parce que de fait, l’époque oublie, de l’écume des jours à l’écume des jours ou du bruit du monde au bruit du monde, journal après journal où la seule chose qui change, c’est le nom des assassins, des voleurs, des violeurs, des hommes politiques, des stars).

Meta, ce n’est pas le point d’arrivée, le but,

c’est le point d’irréversibilité,

c’est le point à partir duquel le parcours ne peut plus être modifié, où le rebrousse-chemin n’est plus possible, où il faut donc accepter le changement que le parcours porte en lui

c’est aussi le point intime de notre changement sans retour, notre devenir-autre

La meta, c’est le motif qui vaut la peine de faire la traversée,

C’est ta Toison d’or.

Pour Jason, outre la Toison d’or, ce sera l’amour dont il ne sait rien, qu’il n’a jamais éprouvé, dont il ignore les signes, les manifestations, les effets, les troubles, la durée, pour et avec Médée.

 

 

 

Lecture des 143 pages restantes, le dimanche 9 juillet, entre une balade de 4 kms sur la route de Montferrer (avec discussion de près d’une heure au kilomètre 2 avec Walter, ses deux chiens loups hollandais à poils longs, son passé de commando marine, sa pratique de l’aïkido) et ma première séance d’aquagym à la piscine (nous étions 7)

La part de critique de ce que nous sommes, de comment nous vivons, du monde que nous fabriquons et consommons est importante; elle est pour moi, excessive et idéologique, fonctionne comme ce qu’elle dénonce: il faut un bouc-émissaire pour expliquer nos démissions, lâchetés., pleutreries. Évidemment, dans ce genre de perception, le dénonciateur ne s’inclue pas dans ceux qu’ils dénoncent.

Lui, elle, ont le courage d’être ce qu’ils sont, ont l’audace de grandir, d’apprendre par et de la souffrance parce qu’ils savent, osent, le moment venu, au bon moment, le kaïros, larguer les amarres, partir sur une mer qui est un pont entre deux ports, le port de départ, familier, familial et le port inconnu, étranger vers lequel un désir inassouvi, indicible les porte, refusant toute tentation de rebrousser chemin, toute tentation de facilité offerte par l’expédition, en sachant que le point d’irréversibilité a été franchi, que le futur est derrière eux, qu’aller de l’avant ainsi, vivant au parfait (mode grec du temps, ce que le temps provoque en soi de changement, et non écoulement chronologique du temps), c’est trouver sa mesure, devenir à partir de son humanité, le héros de sa vie, en réalisant plus grand que soi, en dépassant ses limites, en découvrant que, oui, c’est possible, quitte à devoir brûler ses vaisseaux.

C’est toute l’expédition des argonautes et de Jason que je viens de raconter, porté par les mots anciens, grecs du récit d’Apollonios de Rhodes, mots éclairés par Andrea.

La part personnelle est également importante. Sans entrer dans le détail, Andréa révèle des événements et des lieux de son histoire personnelle, la perte en 3 mois d’un cancer foudroyant de sa mère, alors qu’elle a 16 ou 17 ans, l’anorexie qui s’en suit (une faute de frappe, un acte manqué, lui font taper aMorexie), les études de philologie, deux tatouages (sans paroles = sans voix et le labyrinthe de Cnossos), une ville de coeur choisie parce que blessée, Sarajevo, l’importance des lecteurs dans son écriture.

Elle écrit pour eux, pour ceux qui cherchent à s’éclairer à la lumière des mots premiers, des mots anciens, au temps où la beauté n’était pas seulement dans les. corps (des blonds aux yeux bleus, à l’iris arc-en-ciel capables de susciter des visions dans l’oeil de l’autre comme le fait la magicienne Médée en regardant le terrifiant serpent gardien de la Toison d’or) mais dans les mots et dans le soin apporté à les utiliser au moment opportun, le kaïros.

Prendre soin des mots pour ne pas sombrer dans la démesure, l’excentricité, l’hubris, toujours insignifiante, pour vivre dans la félicité qui est énergie d’agir, joie de faire, volonté de changer, d’être fertiles, être en harmonie, en mesure, dans les bonnes proportions, le nombre d’or de l’architecture, les proportions de l’arithmétique, science du nombre.

 

Balades en étymologie :

Discerner, séparer le grain de son enveloppe, tamiser la farine pour la rendre plus fine. Le discernement, l’aptitude à affiner pour exercer une critique raisonnée est aujourd’hui affaibli par toutes les attaques contre l’esprit critique, complotisme, fake-news, surabondance d’informations, vitesse de rotation des informations.

Empathie, être dans et non avec, être dans la même douleur, dans le même bonheur ; et comme celui ou celle qui accompagne par empathie celle ou celui qui souffre ou jouit n’est pas dans cet état émotionnel, l’imaginer par fantasia, fantaisie, imagination, extraordinaire capacité humaine d’être dans la douleur de l’autre sans l’avoir vécue soi-même, en souffrir pourtant comme si c’était nous, en fantasmant.

Une formule saisissante : Les Anciens savaient que l’amour demande de la force, du courage (le mot vient du mot coeur, le courage vient du coeur) pour être choisi mais de la tendresse pour être vécu.  Jason et Médée tombèrent amoureux instantanément et comblés de joie comme dit Platon. Ils se firent la promesse  de s’unir et surtout l’un et l’autre demandèrent, exigèrent de l’autre, surtout Médée, exigeant la fidélité, le respect, l’action. « Tu partageras notre lit dans la chambre d’un hymen légitime et rien ne nous séparera dans notre amour jusqu’à ce que la mort fixée par le destin nous couvre de son voile. » (os phatos, il dit.) Point. Fin du discours. Le poète n’a plus rien à dire.

Considération historique : l’expédition des argonautes semble avoir eu lieu 10 à 20 ans avant les récits homériques (l’Iliade et l’Odyssée) mais il ne reste nulle trace archaïque de cette aventure. C’est Apollonios de Rhode qui reprend le mythe, depuis la bibliothèque d’Alexandrie, dont il est le conservateur, plusieurs siècles après le cycle troyen homérique et qui eut le génie de distinguer le voyage aller du voyage retour. Le voyage aller est le voyage vers l’inconnue Colchide  où le jeune homme Jason devient homme, héros, découvre éros, l’amour (Platon relie héros et éros dans le Cratyle), où la jeune fille Médée devient femme en découvrant l’amour, éros.

Le voyage retour se fait sur les traces de l’Odyssée, donc en pays connus, tellement le récit homérique a été partagé, raconté, illustré.

Ma conclusion sous forme d’une question à Andrea :

pourquoi avez-vous eu besoin de noircir à outrance le tableau de notre époque et de ce que selon vous, nous sommes devenus, pour mieux nous faire goûter, savourer le monde grec. En fonctionnant selon ce schéma d’opposition, vous avez affaibli selon moi, votre démonstration.

Vous vous référez à Platon.

Dans le Cratyle, Platon écrivait : « quand on connaît les noms, on connaît aussi les choses. » Dit autrement et cela est dit dans votre texte, ce sont les mots qui créent la réalité, la font naître. « Si dire a le pouvoir de rendre réel, les mots servent à se choisir. » pages 33-34.

Wittgenstein dira la même chose : ce sont nos mots qui créent le monde, qui le rendent petit ou immense. page 63.

La réalité n’existe que par les mots que nous employons.

Platon écrit aussi que « penser est un discours que se tient l’âme tout au long à elle-même sur les objets qu’elle examine. » Théétète

 

Ce monde contemporain est noir, déprimant, insignifiant parce que vos mots sont noirs. Nous sommes lâches parce que vous nous dites lâches.

Personnellement, dans votre miroir, je ne vois ni noirceur ni lâcheté. Je vois de pauvres hommes, beaucoup d’hommes pauvres demandant compassion, empathie et tendresse, écoute pour qu’ils se disent, se choisissent.

Les Grecs appelaient Améchania, l’impuissance qui paralyse tout élan vers la vie, soeur et compagne de l’une des conditions humaines les plus pénibles, la pauvreté, Penia.

 

Améchania et Penia  représentaient pour les Grecs, le plus grand danger pour les hommes parce qu’elles les poussaient à se diminuer, à se faire petits au lieu de s‘élever vers le haut, pour essayer chacun dans sa vie d’être un héros selon son propre mètre, sa propre mesure. page 71.

J’imagine la rencontre nécessaire parce que désirée entre Andrea et Marcel. Andrea a 31 ans, Marcel, 97 ans. Quand La part du héros paraît, Marcel l’apprend, se le procure, le lit, est émerveillé et dubitatif. Il écrit à Andrea via l’éditeur. Il a écrit un essai essentiel sur Homère, l’éducateur du peuple grec. Il a écrit un essai inactuel Devenir Grec. De la Grèce antique, il a traduit et commenté Anaximandre, Héraclite, Parménide. La réputation de ses travaux lui ont valu d’être élu membre de l’académie d’Athènes.

« Voulez-vous bien que nous nous rencontrions à Treffort, dans mon bureau d’où je contemple par la fenêtre, le clos, la nature naturée et pense la Nature naturante, créatrice, le premier poète.

Il me semble chère Andrea dont je suis déjà amoureux (j’ai vu des photos de vous, je vous ai entendu parler dans La grande librairie) que vous mettez trop l’accent sur l’homme, sur le connais-toi toi-même de Delphes puis de Socrate.

« L’homme n’est qu’une éloise dans la nuit éternelle »  dit Montaigne.

Ce que vous nous invitez à devenir, des héros mus par éros, pour nous dépasser, créer, réaliser plus grand que nous, j’appelle cela sagesse tragique. Nous pourrions échanger sur cela et bien d’autres choses. J’ai entre autres relever votre désir de ne pas vous trahir. Qu’entendez-vous par se trahir soi-même ?

Nous sommes faits pour nous connaître. Je vous le demande du plus intime de mon coeur. »

 

À Corps ça vit, le 10 juillet, 17 H 17

un livre essentiel pour qui veut vivre en se sachant et se voulant mortel

un livre essentiel pour qui veut vivre en se sachant et se voulant mortel

Une question de mort et de vie

Irvin Yalom Marilyn Yalom

Albin Michel, octobre 2021

 

Marilyn Yalom va subir en quelques mois deux traitements violents en lien avec un cancer douloureux. Entre avril et novembre 2020. Les effets secondaires sont tels qu’elle en arrive à demander à mourir par suicide assisté.

Le suicide par dose létale diluée dans deux verres à boire par la patiente consciente en présence d’un médecin, d’une infirmière et de sa famille eut lieu le 20 novembre 2020. C’est l’objet du chapitre 21 du livre pages 201 à 205.

Les 20 chapitres qui précèdent sont écrits à deux mains, alternativement, par Irvin et Marilyn. C’est Marilyn qui a exigé l’écriture à deux de ce livre. Irvin dans son rôle d’aidant, d’accompagnant de fin de vie,  fait tout ce qui est en son pouvoir pour soulager Marilyn, pour être à ses côtés lors des séances de chimiothérapie comme des séance de perfusion d’immunoglobulines. Concernant la fin imminente de Marilyn, il est dans le déni. Elle est pour lui, inconcevable. Il ne pourra vivre sans Marilyn. Le suicide aura lieu sur décision et choix de Marilyn avant le Noël 2020.

Toute cette période, 8 mois, est source d’échanges entre eux, de réflexions de la part d’Irvin.

« La mort d’une femme de 87 ans qui ne regrette rien n’est pas une tragédie.’ » dit Marilyn, page 310. Plus pleinement vous avez vécu, moins la mort est une tragédie. L’angoisse de la mort touche plus fortement celles et ceux qui pensent à tout ce qu’ils n’auront pas fait s’ils meurent ou qui pensent avoir mal vécus. Ce sentiment peut provoquer au dernier moment des transformations majeures, une sorte de conversion, une expérience d’éveil (Ivan Illich chez Tolstoï, Scrooge chez Dickens).

L’angoisse de la mort a aussi beaucoup à voir avec le passé. Milan Kundera a dit : « ce qui me terrifie le plus dans la mort ce n’est pas la perte de l’avenir mais la perte du passé. En réalité, l’oubli est une forme de mort toujours présente à l’intérieur de la vie. » Irvin à 88 ans est sujet à des pertes de mémoire. Il apprend tardivement que la mémoire n’est pas une, qu’il y a des mémoires, la mémoire procédurale, implicite, inconsciente, la mémoire déclarative, explicite, consciente, que ces mémoires peuvent jouer l’une contre l’autre. page 252.

Sans Marilyn qui avait une excellente mémoire, ce sont donc des pans entiers de vie qui disparaissent pour toujours. Puisqu’il en est ainsi, autant retarder les décisions d’où la procrastination, ou reporter sur les enfants les choix à faire quant au devenir des bijoux, livres de Marilyn.

Prolongeant la réflexion, il comprend qu’il va lui aussi et son oeuvre sombrer dans l’oubli quand il n’y aura plus de témoins pour raconter.

Impermanence de toute chose vouée au néant.

Épicure offre aux incroyants, sceptiques, matérialistes, rationalistes de bons arguments pour calmer la peur  de la mort. En particulier celui-là : « Si la mort est là, c’est que je ne suis plus là. Pourquoi craindre quelque chose que nous ne pourrons jamais percevoir. » Irvin de compléter, le néant qui nous attend après la mort est identique au néant dans lequel nous étions avant la naissance. page 109. De souligner aussi que nos idées et nos actes atteignent les autres comme les ondes se propageant au jeter d’un caillou dans une mare. S’il y a disparition, il y a aussi transmission.

Du chapitre 22 au chapitre 35, Irvin fait le récit de son chemin de deuil, s’appuyant sur ses connaissances acquises, transmises  en soutien à des centaines de personnes en fin de vie. (Thérapies de groupes ou individuelles, en face à face ou en zoom).

Ce qui est assez fascinant c’est que ce psychothérapeute réputé qui « réussit » à soulager les autres, ne réussit pas pour lui-même, qu’il se livre à d’autres thérapeutes pour clarifier, tenter de comprendre car comprendre affirme-t-il page 251 finit par soulager, contribue à débloquer les pensées, émotions, images obsessionnelles comme par exemple au début du deuil, ces chars de la place Tienanmen écrasant les étudiants, rêve interprété comme la sensation d’écrasement ressenti par ce qu’il vient de vivre, la perte de l’être aimé. Partiellement vrai. L’image des chars s’estompe, se dissout en quelques jours. Il saisit vite qu’il y a la pensée rationnelle de l’homme enfin adulte, vivant seul, de façon indépendante (ils ont eu 73 ans de vie amoureuse, depuis l’âge de 15 ans en 3°, 65 ans de vie commune), qui sait la réalité de l’événement : que Marilyn est morte, n’est plus là, n’entend plus ses pleurs, regrets, désirs, espoirs; et qu’il y a la pensée magique, irrationnelle, l’envie de rejoindre Marilyn pour l’éternité, pourquoi pas, dans un cercueil à deux places; et de constater que l’idée magique apporte un réconfort et pas la réalité.

Autres points que je veux mettre en évidence : deuil et sexualité. Il constate mais c’est peu évoqué par les articles scientifiques que la sexualité soit se met en berne, soit est fortement réactivée, à l’issue d’un deuil surtout chez les hommes, pour peu que les veufs échappent à une mort rapide, leur taux de mortalité est important par rapport aux veuves, chapitre 25. Tout le monde comprendra ce que signifie cette remontée des appétits sexuels. Si le chagrin conduit à l’insensibilité, la sexualité conduit à ressentir à nouveau quelque chose. Souvent accompagnée de culpabilité, je trahis la femme aimée suivi de mais je dois continuer à vivre, je veux continuer à vivre sans la femme aimée, je veux pouvoir éprouver du plaisir sans me référer continuellement à la femme aimée qui n’est plus là, qui n’a plus de réalité, seulement une existence dans mon esprit, mes souvenirs. D’où son rapport à une superbe photo de Marilyn : il la retourne contre le mur pour ne pas la voir, ça le fait trop souffrir et il s’en veut de ce geste. De même, pas de visite au cimetière pendant les 125 jours d’après l’enterrement. Et sa fascination pour les gros seins d’une amie « ouh ouh, c’est là-haut que ça se passe » lui dit-elle.

Le rôle des rituels, au moins la première année, parfois deux, comprenant anniversaires de naissance, de mariage, de mort, les grandes fêtes : Noël, Nouvel-An, le déroulement des 4 saisons et le cycle des 12 mois, les vacances. Au bout d’un an, nous commençons à moins souffrir, au bout de deux ans, nous recommençons  à vivre. page 98. Et de constater aussi que les veufs ou veuves ayant vécu les mariages les plus heureux effectuent plus facilement le détachement d’avec leur conjoint décédé que ceux qui se sont moins épanouis dans leur vie de couple et regrettent les années gâchées.

La rencontre avec une patiente prénommée Irene est particulièrement savoureuse, chapitre 33 : « Nous autres endeuillés, nous avons appris à donner à vous autres chercheurs, les réponses que vous attendez.» « Votre vie n’est pas réelle. Vie douillette, confortable, entouré de votre famille. Que pouvez-vous savoir de la perte ? » « Irene, je suis convaincu que vous aviez raison. Arrogant et bien au chaud, disiez-vous de moi, et vous aviez raison. Maintenant que j’ai vécu la mort de Marilyn, j’entrerais en relation avec vous de façon plus authentique. »

Le livre s’achève par une lettre à Marilyn et sur une superbe photo. La lettre est écrite en plein confinement, 125 jours après le suicide assisté de Marilyn. Ce confinement mondial implique des restrictions sanitaires mais il ne s’inquiète pas outre mesure pour sa vulnérabilité. Il conclut, lui le rationaliste, pourfendeur dans La méthode Schopenhauer des croyances religieuses et spirituelles, sur son « respect renouvelé pour la puissance et la capacité de soulagement de la pensée magique. » page 309.

« Le berceau se balance au dessus d’un abîme, et le sens commun nous apprend que notre existence n’est que la brève lumière d’une fente entre deux éternités de ténèbres. » premières lignes de l’autobiographie de Nabokov. Page 310 et fin.

 

(JC : Montaigne  « pourquoi donnons-nous titre d’être à une éloise dans la nuit éternelle ? »

 

Pas de conclusion à cette note de lecture.

Autant de pertes, autant de personnes concernées directement, autant de deuils, autant de chemins.

 

Ce livre à deux voix pendant 200 pages et à une voix pendant 115 pages va être un élément dans la poursuite d’un travail d’écriture en cours depuis le 29 octobre 2010, depuis donc presque 13 ans en lien avec la question inaugurale que m’a posée l’épousée : je sais que je vais passer, où vais-je passer ? et qui a provoqué chez moi, une évolution du naturalisme et d’une métaphysique du hasard à un spiritualisme fondé sur la croyance en un principe créateur : l’Amour comme potentiel créateur de Vie et de Mort.

Je sens que je me dirige vers des formulations qui devraient être cristallines, limpides, immédiatement recevables, évidentes.

Au bout de ce cheminement, le retrait du co-créateur que nous sommes tous, se cacher, se retirer, tsimtsoum, pour laisser la création vivre sa vie, inventer son chemin de vie jusqu’à disparition avant d’autres apparitions.

Lectures d'été

J.-C. et moi de Martine Roffinella.

Sa lecture de pauvre - sans savoir et sans pouvoir, de docte ignorante, tirant sur ses bottes pour s’extirper de la boue dans laquelle elle s’enfonce par ses addictions, sa soumission narcissique aux pervers et aux prédateurs - du discours des Béatitudes et du 10° commandement, le dernier proposé mais qui commande aux 9 très anciens, proposé sous deux formes : Tu aimeras ton prochain comme toi-même / Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, ramenée à la Passion du Christ est savoureusement sanguinolente. C’est peut-être moi qui en rajoute.

Le corps du Christ sur la croix est l’échelle par laquelle tu t’élèveras si tu écoutes l’appel, celui qui attend d’être entendu dans ton coeur. Tu te hisseras à la force de tes mains et de tes bras en prenant appui sur les pieds ensanglantés du Christ. Puis tu te glisseras le long du corps déformé par les tortures en t’aidant du trou percé dans le flanc du crucifié et tu atteindras la bouche crachant des caillots de sang d’où sortira le dernier râle, le dernier souffle de Jésus, fils incarné du Père.

Cette escalade, cette ascension, tu l’imagines filmée par Alejandro Jodorowsky ou par Terri Gillian. Ce serait du sanguinolent, un peu grand-guignolesque, sans doute plus parlant, plus évocateur qu’un récit au 1° degré. Ça ne pourrait pas être au Christ-Roi à Lisboa. Trop majestueux, trop fréquenté. L’inspiratrice de cette image d’escalade n’est autre que Catherine de Sienne, appelant le corps crucifié du Christ, le Pont sublime. La traversée du Pont semble difficile, mais elle n’est rien comparée au calvaire du Christ, enduré une fois pour toutes pour tous les hommes, les lavant de tout péché, par Amour. Cette traversée, si on la tente, est en fait une élévation par purification (à préciser) des tentations sataniques fourmillant en toi et exploités par les satanistes, producteurs de dérivatifs à la quête spirituelle, d’artifices, d’addictions, de péchés contre le corps, maltraité, et contre l’esprit, pollué, empoisonné. S’élever en s’agrippant au corps ensanglanté du Christ, c’est se délivrer (à préciser) de nos démons, de nos tentations, de nos désirs vains, c’est libérer la part de ciel qui est en nous dès l’origine, la part d’amour divin. Cette escalade, cette ascension, cette traversée est délivrance de l’aspiration que nous bloquons par nos peurs et nos désirs, de ce à quoi nous aspirons dès l’origine, aimer avec excès, sans crainte de quelque jugement que ce soit, de quelque situation que ce soit (souffrance extrême, enfermement concentrationnaire et torturant), aimer sans modération, comme dit Christiane Singer.

 

C’est le récit d’une expérience mystique, vécue par une femme revenue des enfers addictifs, la cinquantaine passée et qui découvre tant la Bible que les Évangiles dont celui de Matthieu dans lequel le 10° commandement se formule de 3 façons : Aimez-vous les uns les autres, Aimez-vous comme je vous ai aimés, Aimez votre ennemi.

Ce qui me frappe dans cette quête - où la volonté de l’impétrante est secondaire, où le moteur de son chemin de croix est plutôt l’appel enfin entendu, appel venu du plus intime du coeur, indice de sa Présence depuis toujours - est son côté paradoxal.

L’accès à notre Essence divine, à notre Être divin, nous sommes à l’image de Dieu, ne peut se faire que lorsque nous cessons d’être dans le jugement. Or la narratrice n’arrête pas de juger, de stigmatiser l’ego et ses tentations, l’époque et ses satanistes, prédateurs et pervers, fabricants et fournisseurs d’addictions. Et dans la Bible comme dans les Évangiles, ça n’arrête pas non plus de juger. Jésus lui-même n’est pas exempt de jugement : Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font.

De là où j’en suis aujourd’hui, je me dis qu’il faut tout accepter.

Ne pas rejeter l’ego, ses boursouflures…, repérer ses manifestations et faire le petit pas de côté : Tiens J.-C., tu es en train de tenter de te mettre en valeur pour te faire aimer ? Soit, j’accepte ton intention, ta tentation mais elle n’ira pas jusqu’à se réaliser, elle se dissout dès que repérée, nommée.

Ne pas rejeter quoi que ce soit se produisant dans le monde. N’applaudir à aucune bonne action individuelle ou collective, ne condamner aucune action abominable, individuelle et collective. Tout ce qui se produit doit se produire. Pas de tri entre bien et mal, bon et méchant, beau et laid. Certes, on voit bien les oppositions, on a été formaté par l’éducation à opposer, à fonctionner de façon binaire, dualiste et on a peut-être un premier réflexe de tri, qui se dissout dès que repéré, nommé. J.-C. tu es en train de trier, de séparer le bon grain de l’ivraie. STP, l’ivraie est aussi nécessaire que le bon grain.

Il t’apparaît que la création est continue, que toi-même est créateur, co-créateur, participant de la création y compris en étant prédateur, destructeur, exploiteur. Ce qui est détruit (peut-être l’humanité et son suicide collectif en vue) sera remplacé par autre chose. Comme Je Suis, principe créateur qui se retire de la création, qui se cache, laissant libre sa création de vivre son chemin de vie et de mort, tu comprends que toi-même dois te retirer, te cacher. Ta création c’est la vie que tu as menée, l’amour que tu as donné ou pas. Laisse ta vie finir de se vivre. Laisse l’amour finir se donner. Ne te soucie pas de l’oeuvre, de « ton » oeuvre.

Ton retirement, ton tsimtsoun, ton retrait, ta retraite, auront lieu le 29 septembre 2023 à 19 H 30 avec la balade dans tes mots dont tu ne seras ni le concepteur ni l’interprète.

Lire la suite
<< < 1 2 3